31 août 2002

La Galine sur la route de Grimaud qui monte � Lagarde-Freinet un cabanon ils appellent �a sur une petite colline une grande maison en pierre d'une beaut� et d'une puret� sans pareille c'est son nom la Galine au milieu d'un paysage tellement beau que la gorge se serre il y a sept plans successifs disait Anne de la vigne aux lointaines montagnes indigo en passant par tout un enchev�trement de colline ocres bleues et vertes un enchantement pour l'�me une beaut� parfaite voir �a et mourir non rester plant� devant toute sa vie ne plus jamais bouger juste regarder changer les couleurs Rolande et Lulu et leurs enfants leurs voisins les cousins les oncles et les tantes presque tous de la m�me famille ils se connaissent de p�re en fils et de m�re en fille depuis des si�cles Grimaud une communaut� disparue le p�re Bertrand le p�re de Rolande l'�curie le cheval du p�re Bertrand qu'on n'entend jamais pas un hennissement un tr�s vieux cheval il a plus de vingt ans il vient le voir tous les jours lui parler lui flatter l'encolure lui donner � manger dans sa paume le faire boire � la fontaine il ne voudrait pas qu'il meure les vignes les vendanges les amis du p�re Bertrand qui donnent un coup de main l'autre fois ce sera � nous de donner le coup de main pour leurs vendanges dans la plaine les vieux qui chantent des chansons proven�ales en travaillant cette envie d'avoir tout le temps fait partie de �a de ce paysage si beau et si serein de la fontaine en pierre pleine � raz bord d'une eau limpide et glaciale qui d�borde doucement par tous les bords moussus le p�re Bertrand qui y fait boire son vieux cheval le p�re Bertrand qui m'explique comment on f�conde la vigne avec son couteau de paysan notre admiration notre amour pour cet homme d'exception sa beaut� ses grandes mains calleuses son pantalon de toile et sa chemises sans col � rayures d�lav�es par les lessives la maison de Rolande et Lulu � Grimaud dans le village les fen�tres qui donnent au loin sur la baie avec la mer au fond leur professions employ�e de mairie employ� � la coop�rative vinicole et pompier volontaire le mistral qui s'engouffre dans les petites rues Christine et moi angoiss�s avec J�r�mie qui ne veut pas prendre le sein en octobre 80 la petite fille elle doit avoir trente ans maintenant infirme motrice c�r�brale n�e comme �a et toutes ses op�rations qui court malgr� tout dans la rue avec ses copines le "il l'a command� ?" interloqu� du petit gar�on de Rolande il a cinq ans � l'�poque devant le hochet "design" de J�r�mie il se disait il faut �tre compl�tement d�bile pour jouer avec un machin pareil la pluie sur les vitres de la voiture qui descend de Lagarde une vision idiote d'oliviers dans un virage et rien d'autre pourquoi cette vision l� et pas une autre la Galine aussi en ao�t 73 quand j'ai revu Christine un mois apr�s notre rencontre qui avait dur� trois jours � Paris nous n'�tions rest�s que trois jours ensemble elle �tait partie en vacances chez ses parents dans les Alpes on devait se retrouver � la Galine c'�tait la premi�re fois que j'y suis all� j'ai fait le trajet Paris Lagarde-Freinet en une seule fois en fon�ant avec mon ami 6 sur l'autoroute du Sud pas termin�e on ne disait pas encore A6 sans m'arr�ter une seule fois sauf pour le plein pas d'�lectricit� pas de meubles dans les pi�ces nues la fontaine on s'y lavait les dents mais on crachait par terre pour ne pas troubler l'eau Laurence et Anne en chemise de nuit blanche dans l'escalier avec une chandelle allum�e qui m'indiquent le chemin je n'en crois pas mes yeux et Christine un bouton de fi�vre je me souviens du bouton de fi�vre sa blondeur �claircie par le soleil ses yeux si bleus elle m'attend l'histoire des louis d'or dans le mur de la maison de Grimaud c'est une histoire marseillaise c'est s�r mais on y a cru dur comme fer les propri�t�s de la famille de Rolande et Lulu a Saint-Tropez la s�ur idiote et la m�re Bertrand m�chante Pagnol que �a rappelle tout �a le Gambetta limonade au caf� de Lagarde-Freinet plein de hippies communautaire le bruit des cigales dans les platanes du boulevard horreur plus tard la Galine am�nag�e d�figur�e par Rolande et Lulu � la mort du p�re Bertrand on ne pouvait pas dire que c'�tait nul que �a foutait tout en l'air devant toute la famille attabl�e qui saucissonnait sur la terrasse l'�lectricit� le frigo la salle de bain les poutres apparentes le paysage en �tait comme sali souill� nous nous sommes enfuis la Galine vendue � la fin � des hollandais quand Rolande et lulu se sont s�par�s je me souviens avant la Galine du temps de Laurence en chemise de nuit blanche dans l'escalier c'est Jean Dausset qui la louait au p�re Bertrand le p�re Bertrand tout fier "C'est un grande et belle nouvelle" quand on a tous appris qu'il avait eu le prix Nobel de m�decine cet �t�-l� comme si c'�tait nous qui l'avions re�u et la joyeuse nouvelle qui avait roul� de colline en colline et de cabanon en cabanon et parcouru toutes les rues du village nous ne pouvions aller � la Galine que les ann�es o� il ne la louait pas ou en dehors des grandes vacances ce qui ne faisait pas beaucoup mais nous on ne nous la louait pas on nous la pr�tait la meule de moulin sur le terre plein qui servait de terrasse parce que Jean Dausset y faisait pousser des plantes grasses les couchers de soleil encore une fois J�r�mie dans le porte b�b� kangourou au milieu des vendanges sur la pente douce de la colline les ch�nes-li�ges les oliviers les arbousiers la myrte le romarin la lavande le thym et le pin parasol et toutes les odeurs qui me reviennent l� maintenant avec les larmes oui les larmes.

27 août 2002

Juste un dernier petit mot, ce soir. Il faut bien se rappeller que sur Ciscoblog (et sur tous les blogs, d'ailleurs) les premiers sont les derniers. C'est � dire qu'au moment o� vous lisez ces lignes, les plus r�centes s'affichent au-dessus des plus anciennes, et pas au-dessous. Un blog, en ce sens, est litt�ralement (c'est le cas de le dire) l'inverse d'un livre. Pour ce qui est de l'empi�tement de la photo sur le paragraphe d'en dessous, je n'en suis pas responsable, m�me par erreur. J'en suis tout surpris : c'est la faute � l'�diteur de blogs. Apparemment, on ne peut pas mettre en ligne plus d'une image par publication, mais l'effet de mise en page n'est pas si vilain, ne trouvez vous pas ? (je suis s�r qu'en fait vous n'avez cure de toutes ces consid�rations techniques, d�carcassez-vous, tiens !)
�a, c'est la copie extraite de mon petit carnet � dessinL'image de gauche est extraite de mon petit carnet � dessin. Je l'ai copi�e sur un livre d'art emprunt� � la biblioth�que de Corbeil, il y a quelques ann�es. Elle repr�sente le Peintre Avigdor Arikha en train de se peindre, dont je vous parlais il y a quelques jours. Je n'avais pas beaucoup plus de souvenirs de l'original. Quelle �tait sa taille r�elle ? Etait-il en couleurs ou en noir et blanc ? Ces questions seraient rest�es sans r�ponses avant que je ne trouve, en faisant une recherche internet, l'image ci-dessous. C' est une photo d'Arikha dans son atelier, prise par Cartier Bresson (lui-m�me). On voit que le format du tableau original est assez grand. Mais pour ce qui est de la couleur, on ne peut rien dire, vu que la photo est en noir et blanc. C'est donc la photo de Cartier Bresson montrant Avigdor Arikha montrant � Cartier Bresson le tableau o� il s'est peint lui m�me en train de se peindre. J'aime bien toutes ces mises en ab�me, pas vous ?�a, c'est la photo dde cartier bresson montrant Arikha montrant le tableau le montrant lui m�me en train de se peindre

25 août 2002

Ce soir, texte. Je pr�pare une suite en images sur ce que je racontais des auto-portraits d'Arikha, mais comme ce n'est pas encore tout � fait pr�t, ce soir, c'est texte. Ce que vous allez lire est la deuxi�me partie de l'histoire de Paulette, dont, si vous �tes un lecteur attentif de Ciscoblog, vous avez d�j� lu la premi�re partie en juin (sinon, vous �tes un mauvais �l�ve, tant pis). Pour les nouveaux, et uniquement pour eux, car ils sont attentifs, eux, les nouveaux, la premi�re partie de l'histoire de Paulette est dans les archives de juin, dat�e du 14. Interro surprise demain !

L'encha�nement des gestes et des attitudes : offrande � h�sitation � constat, est pratiquement toujours le m�me depuis que je la connais, m�me s'il en manque parfois un �l�ment, m�me si les particularit�s de telle ou telle situation l'�purent ou l'accentuent. C'est comme une ritournelle. On peut dire que c'est le "motif" de Paulette (On pourrait m�me dire, puisque ceci se passe dans un h�pital psychiatrique, que ce sont les "st�r�otypies" de Paulette, mais on ne le dira pas, non seulement parce qu'on n'a pas envie d'enfermer Paulette en une d�finition livresque qui fige le geste dans une incompr�hensibilit� d�finitive, mais aussi parce qu'on n'est tout simplement pas en train de d�crire un cas clinique). Offrande � h�sitation �constat : il faut conna�tre un peu l'histoire de Paulette pour pr�senter maintenant un personnage manifestement absent de son discours spontan� et comprendre � qui s'adresse peut-�tre path�tiquement la ritournelle. Pour faire durer un peu le suspens, si suspens il y a, reprenons par exemple l'histoire de Blanche-neige. On n'a pas manqu� de remarquer que la version de Paulette (int�gralement retranscrite plus haut) est courte et particuli�rement �dulcor�e. On s'est bien s�r aper�u qu'il y manquait deux personnages : le chasseur et la mar�tre, la m�chante reine, celle qui se transforme en sorci�re. Pour ce qui est du chasseur, rien de trop grave : il n'est qu'un des figures du Prince Charmant, du p�re, que Paulette ne nomme d'ailleurs pas comme prince charmant, mais r�duit, en une m�tonymie foudroyante et irr�vocable, � un baiser. Il en va tout autrement, en revanche de la m�chante reine. Son absence, dans le r�cit de Paulette est, comment dire, trop grosse, trop �vidente. C'est une absence qui veut peut-�tre dire trop de pr�sence, une pr�sence en creux, indicible. Permettez-moi alors, donc, de vous pr�senter, thus, let me introduce to you, the mother, la m�re de Paulette, l'Absente. Applaudissements, bien s�r. La m�re de Paulette est une m�chante reine. Elle habite tout pr�s de l'h�pital. Paulette peut aller chez sa m�re � pied. Elle fait le trajet pratiquement tous les jours, pratiquement plusieurs fois par jour, en traversant la for�t, celle o� on rencontre les biches donneuses d'organes, les Sept Nains, le loup, les chaperons rouges, les lapins press�s, les sourires des chats �vanouis et peut-�tre m�me les miroirs � traverser, je veux dire l'avenue Henri Barbusse, l'avenue la plus anonyme de toute la banlieue, la plus laide, la plus d�nu�e d'int�r�t, de curiosit�, celle o� il est impossible de fl�ner, celle que vous ne pouvez arpenter qu'en ruminant votre ennui et en laissant les molosses aboyer sur votre passage derri�re les grilles des pavillons en meuli�re ou derri�re les palissades. L'avenue Henri Barbusse est une longue estafilade, une plaie blafarde, taill�e � travers un paysage vaincu qui n'ose m�me plus se qualifier lui-m�me d'urbain. Le ch�teau de la m�re est donc plant� au bout de �a, autant dire au milieu du grand nulle part. Elle existe, en chair et en os, la m�re de Paulette. M�me si les ritournelles, qui n'en d�crient que le contour, pourraient nous faire croire � son d�faut. Tenez, elle est justement en train de pr�parer des p�t�s imp�riaux tout en papotant avec son miroir beau miroir. C'est sa sp�cialit�, les p�t�s imp�riaux. Parce que, en plus d'�tre reine et m�chante, la maman de Paulette est vietnamienne, ce qui n'est, bien s�r, pas grave du tout, mais qui explique � la fois le c�t� imp�rial des p�t�s et l'obstination des petites voix de Paulette � la traiter de chinetoque. Bref, Paulette finira par les ramener tout � l'heure, les p�t�s imp�riaux, dans un sac en plastique qui se balancera au bout de son bras, en arpentant l'avenue Henri Barbusse dans l'autre sens, pour les partager au d�ner avec les autres patients. Mais nous n'en sommes pas encore l�. Il y a toute une longue et douloureuse contrainte, une sorte de chemin de croix. Paulette arrive chez sa m�re, donc. Elle sonne. La m�re a les mains pleines de p�te � p�t�s imp�riaux ou de farine de riz, je ne sais pas, il faut qu'elle s'essuie, elle crie � travers la porte : "j'arrive ! " Et Paulette r�plique, toujours � travers la porte ferm�e : "fous-moi la paix !" , peut-�tre parce qu'il faudrait que la porte soit toujours ouverte ou quelque chose comme �a, ou qu'elle soit toujours ferm�e, il faut qu'une porte soit ouverte ou ferm�e, toujours-est-il qu'elle fait demi-tour imm�diatement sans m�me laisser � sa m�re le temps de s'essuyer et d'ouvrir. D'ailleurs la m�re a l'habitude, elle ne r�pond "j'arrive !" que par habitude, elle n'"arrive" pas vraiment, du moins dans l'intention ou c'est bien plus tard, qu'elle compte "arriver", elle continue tranquillement ce qu'elle est en train de faire, et, pendant qu'elle y est, prend bien le temps de s'essuyer les mains avant d'ouvrir la porte : elle sait d�j� que Paulette ne sera plus derri�re. A ce petit jeu l�, les rencontres entre la m�re et la fille prennent des allures d'�v�nements totalement hasardeux, d'accidents temporels, de "rendez-vous manqu�s" r�ussis on ne sait pourquoi. Paulette aurait beaucoup plus de chance de rencontrer sa m�re sur la place de la concorde que dans sa propre maison. Mais elle ne va jamais Place de la Concorde. A peine revenue � l'h�pital elle fait demi-tour : �a fait tourner les infirmiers en bourrique parce qu'ils sont chaque fois oblig�s de lui ouvrir la porte et de la lui ouvrir � nouveau cinq minutes apr�s, pour la laisser sortir. Parfois, m�me, Paulette sonne � la porte de l'h�pital et avant qu'on ait eu le temps de lui ouvrir, elle a d�j� fait demi-tour et est repartie chez sa m�re. �a peut durer toute une journ�e. Cinq, six, dix allers et retours sont parfois n�cessaires, le long de l'avenue Henri Barbusse, avant que Paulette entre chez sa m�re, accepte enfin les p�t�s imp�riaux (quand je dis p�t�s imp�riaux, �a peut tout aussi bien �tre une bouteille de coca ou un petit pain au chocolat ou m�me rien du tout), sans rien dire ni m�me merci et reparte comme elle �tait venue, maugr�ant et r�pliquant des insultes � ses petites voix. Il arrive qu'on trouve Paulette en train de faire des allers et retours incessants sur l'avenue Henri Barbusse sans entrer nulle part, ni � l'h�pital, ni chez sa m�re. C'est du pareil au m�me. Le trajet en forme de chemin de croix n'et plus qu'une enveloppe vide. Elle ne fait plus que le mimer, comme les chansons, comme les histoires. il arrive m�me que la m�re s'absente, pour de bon, pour des vacances, par exemple, au Vi�t-Nam, par exemple. Paulette continue les allers et retours sur l'avenue Henri Barbusse : Si on ne savait pas, on dirait qu'elle tourne en rond. Mais au fond, savoir, par savoir, c'est du pareil au m�me.

24 août 2002

toujours le petit carnetVoici encore une image d'une double page de mon petit carnet. Ce sont des copies de deux tableaux (l'une au crayon, l'autre � l'aquarelle) d'Avidgor Arikha, qui est probablement l'un de mes peintres pr�f�r�s. Je l'ai copi� de nombreuses autres fois. Il a beaucoup r�fl�chi sur l'abstrait et le figuratif.Ce n'est pas un r�aliste. Il a pour particularit� d'�tre pass� de l'abstrait vers le figuratif au cours de sa carri�re, dans ce sens l�, non l'inverse. C'est assez peu banal comme trajet. Son figuratif se veut un figuratif d'apr�s nature (c'est ce qu'on appelle un peintre de chevalet) o� il rend son statut � l'instantan�, � la vitesse d'ex�cution, et, dit-il, � la vie, mais dans ce qu'elle a d'enigmatique.Il se rapproche un peu de Lucian Freud. Il a peint toute une s�rie d'autoportrait en train de se peindre (devant un miroir) tr�s impr�ssionnante. En peinture il y a l'oeil, et il y a la main. Arikha se veut un peintre de la main, qui comme chacun sait est aveugle, seulement guid�e par l'oeil. Il peint tout ce qu'il voit, nature morte, paysage, objet, corps humain v�tu ou d�v�tu dans des poses triviales. Il ne cherche pas le r�eel mais interroge sa peinture sur sa propre v�racit�. On lui doit, surprise, un (malgr� tout, on peut consid�rer que c'est un aboutissement de ses th�ories radicales sur le "sujet") tr�s beau portrait de feue la reine m�re d'Angleterre, qui r�sume assez ses conceptions de la peinture. Personne n'est parfait. Cependant, je lui voue une grande admiration en raison de son acuit� et de sa vista dans le choix fi�vreux de ses sujets et de leur execution fr�n�tique, (il a fait le portrait en pied de sa femme au sortir d'une grave op�ration, avec un gros pansement sur l'oeil, par exemple (ce n'est pa pire que la reine m�re)). Allez, bonsoir

23 août 2002

J'ai trouv� ce roman, ce soir, en fouillant dans "ECHOLALIE". (si vous vous sentez d�prim�, ne serait-ce qu'un tout petit peu, voici une ordonnance : prendre, quand bon vous semble, plusieurs fois par jour si n�cessaire, un comprim� d' ECHOLALIE, site anti-d�presseur)


Chap�tre I


Le golf �tait humide. Le golfe �tait humide. Tout �tait humide.

Note : Dans ce chap�tre, court et dense, l'auteur expose au moyens de figures de styles hardies - telle la lilote, l'amphigouri ou l'oxymore - l'objet de son travail, qui est d'accoucher, dans la souffrance et la sueur, d'un monument, une montagne accessible aux seuls lecteurs volontaires et d�termin�s, une �pop�e tragique et multiforme, aupr�s de laquelle "l'Iliade et l'Odyss�e", "La Recherche du temps perdu" et "Le livre du �a" seront r�l�gu�s � l'�tat de simples bluettes pour midinettes illetr�es.


Chap�tre II


Comme la pluie continuait de tomber, tout �tait de plus en plus humide. M�me les lavis � la pointe s�che �taient humides.

Note : Dans ce chap�tre, l'auteur r�affirme avec conviction la force de ses propos, et se refuse � toutes les facilit�s. Il aborde divers aspects de la peinture, vue sous un angle original et exhaustif.


Chap�tre III


Certains pensaient que "tout �tait assez humide", mais je m'aper�us vite que tout �tait tr�s humide.

Note : Dans ce chap�tre d'une bouleversante sinc�rit�, l'auteur remonte au racines de l'inconscient, et r�ussit une �blouissante synth�se des travaux de Lacan et de G�del.


Chap�tre IV


Il m'�tait �vident que tout aller passer de l'�tat "humide" � l'�tat "mouill�". Etais-je le seul � en �tre convaincu, ou les Autres pensaient-ils comme MOI ?

Note : Dans ce chap�tre l'auteur aborde un th�me qui lui est cher, celui de l'incommunicabilit�. Il reprend les th�ses de Wittgenstein, en prouve �l�gamment la platitude et l'inanit�, et pose les fondements d'une logique de l'absurde.


Chap�tre V


Longtemps je me suis mouill� de bonne heure. M�me le poisson rouge faisait des r�ves humides.

Note : Dans ce chap�tre l'auteur aborde divers aspects. Sa faramineuse �rudition lui permet de trouver les liens cach�s entre divers paradig

Chap�tre VI


A force de pluie et d'ennui, il nous arriva d'envisager de faire cuire des sushis au barbecue.

Note : Dans ce chap�tre l'auteur d�couvre, invente et d�veloppe un nouveau modus operandi, dans une oscillation ternaire m�lant habilement les techniques hypertextuelles et oulipiennes � la fragilit� du vers mallarm�en.


Chap�tre VII


Il fallait que les gouttes d'eau se ressemblassent, ou se rassemblassent, sous l'influence de la fl�che molle et humide du temps.

Note : Dans ce chap�tre l'auteur exerce sa dext�rit� pour mettre en abyme l'ambiguit� fondamentale et contingente des gouttes d'eau.


Chap�tre VIII


Un apr�s-midi, nous f�mes venir Jerphanion, qui nous lut les 27 tomes des "Hommes de bonne volont�" de Jules Romain. Nous appr�ci�mes particuli�rement le passage o� le h�ros se saisit d'un parapluie. Puis, nous rel�mes Proust.

Note : Dans ce chap�tre l'auteur exprime un profond d�sespoir, temp�r� par l'id�e d'une r�demption proche pour lui et ses semblables.



Pas mal, non ?
encore extrait de mon petit carnet

Souvenir d'Heurtebise.
Le paradis perdu ? Les mots me manquent ce soir.

20 août 2002

double page de mon vieux petit carnet � dessin. A gauche le couteau, � droite la Venus (je pr�cise, vu la maladresse du dessin, on pourait confondre) Cette image, l�, � gauche du texte que vous �tes en train de lire, est une double page de mon vieux carnet � dessin que j'ai num�ris�e et mise en ligne. Ce n'est pas que le dessin soit si bien ex�cut�, quoique vous reconnaissiez peut-�tre une tr�s mauvaise copie de la V�nus andiom�de de Titien (accompagn�e, sur la page de gauche, d'un dessin au crayon de mon Laguiole (je pr�cise quand m�me, au cas o� vous ne reconna�triez pas un Laguiole, ni m�me un couteau)), et quoique j'ai un petit faible pour ce carnet � dessin plein de maladresses (un jour, si j'ai le temps, je le mettrai en ligne sur "ciscoblog.free"), mais c'est pour apprendre. Oui, pour apprendre. Apprendre � utiliser Internet. Si, si. Vous ne vous doutez certainement pas (et si vous vous en doutez multipliez par trois) du temps et de l'�nergie qu'il m'a fallu, � moi, pauvre amateur, pour, � partir, du carnet, qui est l�, referm� bien sagement, � c�t� du clavier o� je frappe ces lignes, arriver � vous en donner cette image. Vous ne pouvez imaginer le casse-t�te que fut de passer le carnet au scanner, changer le format de l'image (num�ris�e d'abord en rien du tout, puis en BMP par erreur) au format JPG avec Photoshop, l'envoyer sur "ciscoblog.free" avec LeechFTP, la r�cup�rer dans Bloggar (le logiciel qui me sert � composer ce que vous lisez en ce moment m�me). Combien de cheveux me suis-je arrach�s � chaque fausse manipulation, � chaque erreur, a chaque v�rification qui ne donnait aucun r�sultat; vous n'imaginez pas (ou alors multipliez par cinq, cette fois), combien de fois j'ai cru devoir renoncer, tout envoyer ballader, casser mon ordinateur � coups de marteau et � coups de front sur l'�cran, et d�cider que, vraiment, internet, c'�tait trop dur pour moi. Eh bien, finalement je suis assez content du r�sultat et de mon obstination, voil�. Je recommencerai.

19 août 2002

Nous avons tous trois march� sur le pont qui traverse le Neckar et m�ne au c�l�bre chemin des philosophes, jusqu'au milieu de l'ouvrage, au dessus des flots couleur de m�tal. C'�tait vers cinq heures du soir, le jour tournait insensiblement � la nuit et nous n'�tions presque plus que des ombres les uns pour les autres. Le fleuve exhalait une brume vaporeuse. En nous retournant, pour regagner la ruelle pav�e qui nous avait amen�s l�, presque par hasard, nous f�mes face � la splendeur la vieille ville surmont�e des ruines de l'antique schloss. Les fl�ches de la cath�drale commen�aient � s'estomper sous les derniers rayons d'un soleil froid. Heidelberg se pr�parait � la nuit. Je ne peux pas dire maintenant si cela avait �t� le fleuve, qui s'�coulait si tranquillement, ou bien cette sorte de douce fra�cheur de l'air provoqu�e par le brouillard qui tombait comme une gaze sur la ville et en feutrait la rumeur, ou encore la fatigue accumul�e de toute cette journ�e et la perspective de celle du voyage de retour, mais je fus saisi d'une sorte de long frisson, d'un tremblement qui n'�tait pas seulement d� au froid. C'�tait comme une sensation intense d'�tre, une prise de conscience presque absurde d'exister soudain, que cette vision de la ville et du fleuve, � la fois �vanescente et intemporelle, apr�s celle de l'internement, ne faisait qu'aggraver. C'�tait comme apr�s une d�faite encore proche, au moment o� l'oubli n'a pas encore commenc� son �uvre, comme le surgissement d'un monde pass� mais pas compl�tement r�volu ni r�solu - l'Allemagne rh�nane si civilis�e, le romantisme, Schubert, le Chemin des Philosophes et la mont�e du nazisme, Heidegger qui enseigna ici, la guerre. Je suis retourn� d'autres fois � Heidelberg, mais jamais je n'ai ressenti plus fort cette sensation de coalescence de la nature, de la ville et de la pens�e que ce soir de novembre. Je ne me r�solvais pas � quitter, sans une sorte de nostalgie douloureuse, le pont que les limbes envahissaient de plus en plus s�rement. Nous avions quitt� les Mozards le matin m�me, cette fois nous avions emmen� H�l�ne avec nous. C'�tait le deuxi�me s�jour de Philippe � l�Unit� pour Malades Difficiles de Sarreguemines, H�l�ne avait �t� son m�decin traitant dans l'intervalle de deux hospitalisations ou s�jours au vingt-six. Avec Paul, nous avions d�cid� de rendre visite � Philippe une fois tous les deux mois (l'autre mois, c'�tait ses parents ou sa s�ur Christine et son fr�re Christophe.) Nous avions estim� ce nouveau s�jour � Sarreguemines � un an, un an et demi : six ou huit voyages, pour ne pas perdre le contact. Nous avions roul�, depuis le petit matin, sur le long ruban terne de l'autoroute A4, Paris Strasbourg. C'�tait le deuxi�me ou le troisi�me voyage aux confins de l'Alsace et de la Lorraine, aux confins du Nord et de l'Est, � un jet de pierre de la fronti�re allemande. Nous �tions arriv�s vers onze heures � l'h�pital psychiatrique. Se faire reconna�tre, passer tous les contr�les, sas et autres lourdes portes ferm�es � cl�. Nous avions p�n�tr� encore une fois dans ce monde hors du monde, cet enfer. B�tisses militaires, ancienne caserne allemande d'avant la guerre de 14, ne poss�dant aucune des sinistres beaut�s habituelles des architectures carc�rales, espaces ext�rieurs bord�s de "sauts du loup" qu'on apercevait seulement en s'approchant. Grisaille du ciel, grisaille de murs, des b�tisses, grisaille de la terre. Encore se faire reconna�tre, encore attendre qu'on pr�vienne, encore des sas, encore des portes que des gardiens en blanc referment � cl� derri�re nous. Au bout de ce parcours, Philippe, �tonnamment mince, mais non pas amaigri, �maci� plut�t, aff�t�, encadr� de deux infirmiers d�bonnaires mais vigilants. Il nous attend, nous l'avions convenu � notre derni�re visite. Il n'est pas en "bleu", comme lors de son premier s�jour, o� il avait eu "droit" aux ateliers, il porte un de ses propres pyjamas, signe probable que son �tat est encore incompatible avec les activit�s occupationnelles ordinaires. D'abord le rituel de la cigarette. Je ne fume pas. H�l�ne lui tend son paquet, mais il pr�f�re celles de Paul. Ils fument, puis nous parlons. Il est toujours � cent cinquante � l'heure, il raconte des aventures invraisemblables, o� il est Superman, o� tout a la m�me valeur, le bien et le mal, o� rien n'est grave. Il supporte tout, m�me les pires tortures, il en redemande, ce n'est pas assez encore, c'est du sport, il est le champion du monde de l'endurance. Il ne va pas mieux, effectivement. Il n'est toujours pas capable de dormir, �a fait plus de deux mois, malgr� un traitement faramineux. Il nous propose une partie de Ping pour nous montrer qu'il n'a rien perdu de son fameux revers et que tous les m�dicaments du monde n'y ferons rien. Mais d�j� il passe � autre chose, il parle de sang, de bagarres et de meurtres qui n'ont jamais eu lieu dont il sort toujours indemne et vainqueur. Les infirmiers confirment qu'il leur � en fait voir �, mais ils sont sans haine ni m�chancet�. Ils l'aiment bien. Ils font un travail impossible, ils ne sont pas pervers, c'est d�j� �a, c'est beaucoup. Les autres patients nous d�visagent, viennent nous serrer la main en regardant au loin � travers nous. Il y a des assassins parmi eux et cela ne se voit pas sur leurs visages. Ils sont une dizaine, seuls au milieu des autres, confin�s en un espace qu'un seul regard de surveillant peut embrasser. Il y a une t�l�, inaccessible, tr�s haut plac�e qui diffuse des images muettes. Un peu plus loin, ce sont les chambres carrel�es aux lits de fer et aux nuits neuroleptis�es. Il y a une bonne odeur de soupe. C'est absurde. Philippe fabule, il nous raconte des horreurs, il dit qu'on tue des gens ici, qu'on les laisse mourir attach�s � leurs lits, ils s'en d�barrassent quand tous les traitements ont �t� essay�s et qu'il n'y a plus rien � faire contre leur violence et leur r�sistance. Il est hant� par les massacres, les carnages, les tueries, les corps d�membr�s, les torrents de sang et les langues qui pendent. Il vit dans un monde � la J�r�me Bosch. Ici, � Sarreguemines, hormis les chevalets de torture et les brasiers, c'est un peu �a. C'est terrible � dire, mais �a lui convient. �a convient � ce qu'il a dans la t�te. Nous rencontrons le m�decin de l'unit�, dans son bureau plein de dossiers impeccablement rang�s. Il est dans son monde, lui aussi, � l'aise. C'est un jeune arriviste dont l'activisme intellectuel �tudi� jure avec le calme prosa�que et l'humanit� des infirmiers. Il est en train de mettre la derni�re touche � une grande th�orie de la violence chez les malades mentaux, �a se sent. Il nous expose sa conception du regard : la violence �a se voit dans les yeux, et il a vu la violence dans le regard de Philippe. C'es aussi simple que �a. �a nous fait plaisir de voir enfin quelqu'un de tranquille, ici. Mais, dit-il pour nous rassurer, m�me si les th�ories sont vraies, elles n'ont pas toujours de cons�quences pratiques. Pour Philippe, ce sera Haldol et Nozinan, voire Leponex jusqu'� ce qu'il se calme si �a arrive un jour et vogue la gal�re. Il nous cong�die : il a d'autres regards � examiner. Nous allons dire au revoir � Philippe qui est d�j� en train de proposer aux infirmiers un semi-marathon autour des murs de L'UMD, ce qui ne semble pas trop les brancher, nous convenons de la prochaine visite, l'ann�e prochaine d�j�, dans deux mois, en janvier, et nous nous remettons sur les voies de la sortie et du salut qui, comme chacun sait sont plut�t imp�n�trables. Ce n'est qu'une fois � l'air libre, pour ainsi dire, et en nous mettant � respirer � grandes goul�es, que nous avons pris conscience de l'�tat de tension qui nous avait habit�s � l'int�rieur de ces hauts murs.

Nous avions mis cap � l'Est, comme pour �chapper � l'�pouvante, mettre de la distance, franchir les fronti�res, mus par la fuite en avant qui a fini par nous amener, � travers un d�dale d'autoroutes encombr�es et de paysages industriels monotones, jusqu'au pont sur le Neckar, au milieu de cette paix invraisemblable et de cette beaut� presque inqui�tante. La nuit �tait pratiquement tomb�e. Sur le quai, les phares brouill�s des voitures �clairaient par intermittence les murs des vieilles maisons, la lumi�re des lampadaires, tout l� haut, se frayait un passage dans l'ouate et l'humidit�. Nos pas r�sonnaient sur les pav�s des petites ruelles. On aurait pu se croire dans un vieux film expressionniste. On aurait pu s�attendre � voir surgir de l�encoignure d�une porte coch�re, dans l�ombre, le visage hallucin� de Peter Lore. Le quartier de la cath�drale �tait presque d�sert, les petites �choppes qui se pressent le long de ses murs, o� on vend depuis le moyen �ge des pains d��pice et des d�corations de No�l fermaient les unes apr�s les autres. Sur la place d�serte, Nosf�ratu, � nouveau, allait bient�t nous aborder. Nous avions faim et soif. Nous trouv�mes la brasserie "Veter" en revenant sur nos pas, vers le fleuve. Nous d�couvr�mes, ravis, qu'en Allemagne, on brasse encore la bi�re dans les brasseries, et pas seulement dans les usines. L�, chez "Veter", sous une lumi�re qu'elles semblaient irradier, trois cuves de cuivre rouge, hautes de trois m�tres, �changeaient leurs gros tuyaux et fabriquaient sur le champ un liquide g�n�reux qu'une fois attabl�s, nous v�mes mousser joyeusement dans nos bocks. La vie, que nous cherchions d�sesp�r�ment depuis des heures se tenait l�, dans la chaleur de cette grande salle pleine de bruit, avec cette fine fleur de la d�mocratie occidentale, ces �tudiants biens nourris, s�rieux, joyeux et polis qui partageaient de grandes tabl�es anim�es. En rassemblant tout le peu d'allemand que nous poss�dions � nous trois, nous r�uss�mes � commander des saucisses, de la choucroute et du fromage. Je me souviens encore de leur d�licieuse saveur. Nous nous laiss�mes couler encore un instant dans le bruit et la chaleur, sans rien dire, un peu d�cal�s au milieu de toute cette jeunesse avant de regagner la voiture, l�autoroute et le long voyage de retour au milieu de la nuit. A l�heure ou je tape ces mots sur le clavier, nous sommes � la veille de la catastrophe la plus effrayante du vingt et uni�me si�cle commen�ant et Philippe, apr�s presque dix ans de r�mission, vient d��tre � nouveau hospitalis� � Vivaldi. Fichu m�tier.

18 août 2002

Et c'est aujourd'hui le grand retour ! Bonjour � tous ! juste le temps de faire un tour sur mes sites favoris et d�couvrir de nouveaux liens. Si, comme moi vous �tes un fan de po�sie graphique je vous conseille ce site que je vais imm�diatement et rituellement ajouter � la liste de la colonne de droite (que je nommerai d�sormais "LCD"). Par exemple, j'aime beaucoup l'image du 29 mars 2002. (pendant que j'y suis, allez faire, de m�me, un tour des images du 8 et 29 mars sur "DAY OF MY LIFE")

03 août 2002

C'est aujourd'hui le grand d�part ! Nous avons pr�par� nos sacs � dos et nous sommes mont�s sur nos �l�phants. La caravane s'est �branl�e lentement . Nous sommes enfin en route ! A bient�t ! (fin ao�