31 juillet 2003

Pens�e de la nuit N� 34 : "La vache est un animal qui a environ quatre pattes qui descendent jusqu'� terre" Jacques Roubaud, les animaux de tout le monde (via "notules dominicales", enfin, � peu pr�s...)
Un petit tour, ce soir, dans la vall�e de mes liens (la LCD, pour les intimes, mais on peut la re-baptiser la LVML si vous voulez). D�cid�ment j'aime beaucoup days of my life : je vous en ram�ne deux l�gendes de photomontages nostalgiques (cliquez pour voir les images, l'�tat de ma connexion ne me permet pas encore d'�diter des images. Patience, patience dans l'azur, etc.) Voici la premi�re, dont, tout compte fait, je ferais bien ma devise : Three o'clock il the morning is always too late or too early for anything you want to do et la seconde qui ne d�parerait pas non plus le tablier de ma chemin�e : And earth changes from pain to pain ; et �a aussi, en flash, via la toujours charmante Mes Lubies qui broie un peu de noir en ce moment, enfin, je trouve, un peu, ce que j'en dis, hein... Bonsoir

29 juillet 2003

Pi�ge � Francis Grossmann

J'ai re�u ce mail de mon ami Franklin concernant l'affaire Francis Grossmann. Je trouve la manoeuvre assez astucieuse :



De : franklin millner


A : francis.grossmann@wanadoo.fr


Copie :


Priorit� : Ce message a �t� envoy� avec une priorit� normale
Objet : francis grossmann
Re�u le : 10/06/03 20:30

Fichier(s) joint(s) :

Mon cher Francis,
Je crois que tu te goures sur ton alter ego le Grossmann Francis de Grenob le. Toi, avec ta formation, penser qu'il y a de l'inadvertance, du hasard dans ses embrouillages d'adresses... tu me sid�res.
On ne va pas lui dire que c'est un lapsus : il est linguiste. Mais c'est bel et bien un acte manqu� et il peut avoir plusieurs sens.
Apr�s votre premi�re rencontre fortuite nous savons qu'il est venu sur ton site et t'a fait des remarques humoristiques qui fleuraient le compliment.
Mais si toi - le seul, le vrai � mes yeux - toi, qui fut f�ru de liguistique, qui �tudia, j'en suis t�moin pour l'avoir fait conjointement, Saussure, Jakobson, Benveniste, homsky, Ducros et bien d'autres, toi tu ne semble plus pr�ter beaucoup d'attention aux d�veloppements r�cents de cette discipline, LUI, l'autre, le double qui m�ne double jeu, n'a jamais cess� d'aller sur ton site dont tu t'�tonnais de la fr�quentation duquel.
Il voudrait �tre aussi toi, �� c'est s�r par moment il se croit toi, il est chez lui chez toi...D'o� le courrier de ce curieux bonhomme qui s'�crit � lui m�me de peur de s'oublier.
Cette th�orie est tr�s facile � v�rifier: si tu publies ma lettre et qu'il y r�pond ce sera la preuve qu'il squatte ton site, et s'il n'y r�pond pas ce sera une preuve plus flagrante encore de sa maligne duplicit�!

Voil� une modeste contribution � la r�solution de tes insomnies, prochainement j'irai recompter les tours de Vigneux,
bien � toi, Franklin








28 juillet 2003

Georgie, le cousin germain de ma m�re, est vraiment un dr�le de type. Avec ses cheveux longs un peu sales, ramen�s en queue de cheval, il ressemble � un baba attard�. Il a tout de m�me soixante quatorze ans. Dans les rue de Manhattan, avec ses sacs en plastique au bout des bras, sa parka verd�tre us�e jusqu'� la corde, on se demande s'il n'est pas un de ces sans abris en passe de perdre toute dignit�. Tr�s franchement, on pourrait le prendre pour un clochard. Mais c'est un genre qu'il se donne. Il cultive le c�t� "savant cosinus" avec beaucoup de bonheur, si on peut dire. A tel point qu'il en oublie de changer de v�tements ou de se laver les cheveux... Mais on peut aussi le voir en veste � larges carreaux orange avec un n�ud papillon de clown, son costume de professeur de magie, ce qui, soit dit en passant, ne surprend personne dans les rues de Manhattan. car en plus d'�tre un math�maticien de haut niveau, le cousin Georges est un magicien respect�. C'est qu'il "enseigne m�me" la magie, et parfois, on peut le voir se h�ter vers son �cole de magie press� comme le lapin d'Alice. C'est un dr�le de type, Georgie, vraiment. Manhattan n'a aucun secret pour lui, il arpente la ville � longueur de journ�es pour trouver toutes sortes d'objets insolites. Un jour, il nous a entra�n�s dans une v�ritable odyss�e � la recherche d'un passe-lacet que nous avons fini par trouver dans une mercerie chinoise compl�tement improbable d�Houston street. Je vous jure que �a vous fait voir Manhattan sous un jour autrement plus int�ressant que touristique. Il insiste toujours pour nous faire marcher des miles en direction des quatre points cardinaux pour trouver l'Objet rare, c�est-�-dire le moins cher de la ville. Il est capable d'une �nergie incroyable pour �conomiser quelques cents (au risque d'en d�penser cent fois plus en transport en commun). Pour lui, on dirait que New York reste cette jungle des ann�es trente, o� il fallait �tre sinon le plus fort, au moins le plus d�brouillard pour survivre et il ne voudrait pour rien au monde manquer � sa r�putation de grand malin. Car, derri�re sa modestie ostentatoire (y compris vestimentaire comme je l'ai dit) c'est un incorrigible orgueilleux. C'est cet orgueil qui l'a emp�ch� d'acc�der au statut de math�maticien c�l�bre auquel ses dons lui promettaient de parvenir. Bien qu'il ait enseign� dans plusieurs universit�s prestigieuses, qu'il ait fait sa th�se de Doctorat avec Louis de Broglie lui-m�me, qu'il ait c�toy� les plus grands, par exemple Richard Feynman, Beno�t Mandelbrot et son p�re, Grothendieck, le petit jeunot, le bourbakiste dissident, (mais celui l�, il ne faut pas lui en parler, il tient pour un mauvais, allez savoir pourquoi), en Californie, Lebedev le russe (qui claquait des talons quand il se pr�sentait) Meyer ou Weill (son homonyme) � Columbia et quelques autres � Princeton dont Albert Einstein soi-m�me, il n�est jamais parvenu � la v�ritable gloire. Il a beau dire, il en garde une certaine aigreur. Le r�cit de sa rencontre avec Einstein est d�ailleurs � l�image du personnage. Cela se passe sur le campus de la c�l�bre universit� de Berkeley, en Californie, o�, tout jeune docteur et brillant physicien fran�ais, il vient de d�barquer. Nous sommes en 1956 tr�s exactement. Nous sommes aussi tr�s exactement � l�int�rieur de la caf�t�ria du campus, et il y p�n�tre � la suite d�un cours, accompagn� de je ne sais plus quel coll�gue un peu plus �g� que lui, et qui, pour l�heure lui sert de guide et lui montre les lieux. Il y a des tables, avec des �tudiants bruyants, et, au fond, une longue paillasse donnant directement sur la cuisine am�ricaine, comme de juste, avec des tabourets, sur deux desquels il aper�oit, et il en frissonne encore en le racontant, le g�nial chevelu prix Nobel, ses c�l�bres sandales aux pieds, en compagnie de sa deuxi�me �pouse, qui prend son d�jeuner l�, par hasard. Son coll�gue, le plante l� et va saluer famili�rement le grand homme qui lui montre un tabouret vide et l�invite � s�asseoir. Lui, il reste p�trifi� de respect au fond de la caf�t�ria et n'ose se m�ler � la compagnie. C�est tout. Voil� � quoi se r�sume les relations de mon cousin Georges et d'Albert Einstein. C�est une non-rencontre. Il prend beaucoup de plaisir � nous raconter son insignifiance. Il savoure aussi notre d�ception, comme on le ferait � l'�nonc� de certains r�sultats math�matiques inattendus et myst�rieux, incontestablement justes mais d�concertants, �tranges. D'autant que la chute de l'histoire nous fait basculer dans le pur fantastique : Georges est certain que la sc�ne se passe en 1956, ann�e o� il posa le pied en Californie, il est certain aussi de la r�alit� incontestable de la sc�ne, banale somme toute. Il ajoute, en forme de coup de th��tre final, que ce qui est certain aussi, et v�rifi� par la Grande Histoire, c'est que Albert Einstein est mort en 1955. Georges n'a donc pas pu rencontrer Albert Einstein dans la r�alit�, et pourtant la banalit� m�me du souvenir atteste de sa vivacit� et sa permanence. Myst�re, myst�re. Fausse reconnaissance, due au d�sir exacerb� de la rencontre ? Ou bien, pourquoi pas, rencontre r�elle avec un ectoplasme, dans une exp�rience surnaturelle ? Entre la simple m�prise et l'hallucination, entre la r�miniscence et la r�incarnation, depuis tout ce temps, mon cousin Georges ne s'est encore pas r�solu � d�cider. Je le vois encore, enfonc� dans son canap� du 625 Main Street, Roosevelt Island, New York New York, les yeux clos lev�s vers le plafond, et une moue dubitative sur les l�vres. Peut-�tre que les grands scientifiques ("grands" comme on dit "grands malades") ne s'acharnent � comprendre la "r�alit� cach�e" du monde que pour �chapper � la grande angoisse qu'ils ont de le d�couvrir essentiellement surnaturel.

25 juillet 2003

Courte histoire de Patricia


On doit � la po�sie urbaine de dire qu'une ville o� se trouve une rue qui porte le nom du Pr� de la Montagne du Cr�ve C�ur ne peut �tre consid�r�e comme un v�ritable trou. La rue du Pr� de La Montagne du Cr�ve C�ur se trouve � Montgeron, dans l'Essonne, o� il n'y a ni pr� ni montagne. Elle se fraye un chemin incertain � travers le fouillis de la zone, bord�e de bicoques mal align�es. Avec ses trottoirs �troits recouverts toute l'ann�e de la boue ramen�e des terre-pleins pel�s des cit�s voisines, elle h�siterait � se donner elle-m�me le nom de rue. C'est pourtant l� qu'habite Patricia, dans le petit pavillon que lui loue pas trop cher son m�decin g�n�raliste. Il lui en a fait la proposition au moment o� �a ne pouvait plus continuer comme �a avec Alain il y a dix-huit mois et o� ils s'�taient s�par�s. Quand le m�decin vient voir comment va sa maison, il en profite pour prendre des nouvelles de ses locataires, et quand il vient pour la bronchite du petit, Patricia lui demande en m�me temps de faire quelque chose pour le chauffe-eau ou la fen�tre qui ferme mal. Le m�decin est un brave homme. Il s'acquitte sans fa�on � la fois de ses obligations professionnelles et de ses devoirs de propri�taire. On peut dire qu'il aide beaucoup Patricia. Elle travaille dans une usine de sacs en plastique, � Epinay-sur-seine, de l'autre c�t� de Paris. Coup de chance, elle n'a pas � changer de RER. Le soir elle s'occupe de ses trois enfants. L'a�n�, Christopher a quatorze ans. Il marche bien � l'�cole. C'est un peu le papa maintenant. C'est lui qui met de l'ordre quand K�vin et S�bastien se chamaillent. Christopher et K�vin ont le m�me p�re, mais pas S�bastien, son p�re � lui, c'est Alain. Patricia s'est s�par�e du p�re des deux grands, R�mi, il y a huit ans. Il avait �t� routier, s'�tait fait virer, avait mal tourn�, avait tra�n� un peu, mais surtout s'�tait mis � la battre, par jalousie ou pour rien, quand �a le prenait. C'�tait un violent. Elle avait d� le quitter. Mais, curieusement ils sont toujours rest�s en bons termes, il n'a pas refait sa vie, comme �a il n'a plus personne � battre et il s'en trouve bien. Il travaille, il est de nouveau routier. Il voit ses enfants r�guli�rement. Il n'a jamais bu une goutte d'alcool. Apr�s, elle a rencontr� Alain et S�bastien est n�. Il buvait d�j�, Alain. C'�tait l� le probl�me. Alain s'est suicid� il y a trois semaines. Il s'est jet� sous le train � la gare de Brunoy. Le soir m�me, il lui avait demand� encore une fois de reprendre la vie commune. Cette fois l�, elle avait refus�, suffisamment fermement pour le d�sesp�rer. Et il s'�tait jet� sous le train. Depuis, la vie qui d�j� n'�tait pas dr�le tous les jours est devenue un mauvais r�ve. Souvent d�j� elle avait l'impression d'�tre automatique, mais l�, tout s'�tait carr�ment d�r�gl�. Les courses, elle les faisait une fois sur deux, au lieu d'acheter des yaourts elle achetait du mauvais whisky, la vaisselle, elle ne la faisait plus, le linge sale s'accumulait et ainsi de suite. D�j� elle dormait mal, mais maintenant elle ne pouvait m�me plus se coucher. Les enfants ne la reconnaissent plus. Les deux plus jeunes, avec l'insouciance de leur �ge, retournent � leurs chahuts, mais Christopher s'inqui�te et elle ne peut pas le rassurer. Et puis elle s'est mise � boire, pas beaucoup mais suffisamment pour que tout le monde puisse le voir. Jamais elle n'avait bu auparavant. Elle fait �a pour se calmer le soir, un verre ou deux de Whisky. Bien s�r, elle ne supporte pas l'alcool, alors si elle d�passe trois verres elle ne sait plus ce qu'elle fait ni ce qu'elle dit et elle en dit des mots, des mots qui donnent envie � ses amis d'appeler le m�decin ou de l'emmener � l'h�pital, tellement elle leur fait peur. Et puis, la nuit, quand elle ne dort pas, elle voit Alain au pied du lit et elle l'entend parler. Il lui redit ses derniers mots, il lui demande de le reprendre, il lui jure qu'il ne reboira plus jamais. D�s qu'elle allume la lumi�re il dispara�t. Une fois elle a cru qu'elle n'arriverait pas � allumer, elle �tait comme paralys�e. Elle sait bien qu'il n'est pas vivant, elle doit �tre tellement fatigu�e qu'elle s'endort sans s'en rendre compte et se met � r�ver qu'elle est dans son lit, seule. Et alors il vient. En ce moment elle va le voir tous les jours au cimeti�re, la plupart du temps avec S�bastien, c'est lui qui insiste pour porter une fleur � papa, c'est lui qui veut, mais elle ne refuse pas, elle se laisse entra�ner. Elle y va aussi seule quand elle est trop triste et que le manque de lui et la culpabilit� l'oppressent trop. Elle lui parle, elle lui raconte sa journ�e ou autre chose, � haute voix, comme s'il pouvait l'entendre. Elle peut rester des heures, une apr�s-midi. C'est b�te, mais �a lui fait du bien. Il ne lui manque pas seulement parce qu'il est mort mais surtout parce qu'elle l'aime encore et qu'elle ne le reverra plus jamais. Elle n'arr�te pas de se r�p�ter, jusqu'� se d�chirer de souffrance, que si elle avait su l'accueillir l'autre soir, il serait l� avec elle et pas dans cette urne scell�e dans le mur du cimeti�re. Parfois elle n'est plus elle-m�me que cette unique pens�e. Elle se sent la t�te bouff�e comme par un monstre. ? ce moment-l� la douleur est si insupportable qu'elle pourrait en finir et le rejoindre. M�me la pens�e des enfants ne peut pas combattre �a. D'ailleurs, en ce moment ils se chamaillent tout le temps ou bien ils chahutent en ricanant, ils �vacuent comme ils peuvent, elle n'en peut plus de les entendre. Le soir, ils sont couch�s et elle se retrouve seule, plus rien ne la d�tourne du chagrin, m�me la t�l� elle ne peut pas la regarder.

24 juillet 2003

Je me souviens de notre premier poste � transistors. On pouvait le transporter partout o� on allait. Cela n'�tait pas rien.

21 juillet 2003

Pens�e de la nuit N� 33 : "Non que j'ai oubli� Hanna. Mais au bout d'un certain temps, mon souvenir d'elle cessa de m'accompagner. Elle resta en arri�re comme une ville quand le train repart. Elle est l�, quelque part derri�re vous, on pourrait s'y rendre, et s'assurer qu'elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? " Bernard Schlink, le Liseur.

19 juillet 2003

Coucou ! je profite de mon passage sur un ordinateur d'emprunt pour vous donner de mes nouvelles. Moi, globalement �a va. Mais, pour tout dire, le d�m�nagement n'a pas du tout r�ussi � l'ordinateur ni � la connection internet! J'en suis encore � me gratter le cr�ne pour savoir comment tout arranger. Mais, surtout ne vous d�couragez pas, CISCOBLOG sera bient�t de retour, encore plus beau et encore plus int�ressant!