27 mars 2004

Pensée de la nuit N° 61 : "Un homme mort est comme un tigre, un tigre mort est comme un agneau" Mo Yan, Les treize pas

24 mars 2004

L'entrée du 23 mars de days of my life n'est pas loin de me tirer des larmes...

23 mars 2004

Il faut aller voir ça. Rien à dire de plus. (pâle tentative de copie : boite de médicaments : NOCTRAN 10 mg comprimés sécables 1 le soir composition : acépromazine (s.f. maléate acide) 0,75 mg Acéprométazine (s.f. maléate acide) 7, 5 mg chlorazépare dipotassique 10 mg Excipient qsp 1 comprimé (colorant E127) 30 comprimés sécables voie orale indications thérapeutiques, mises en garde spéciales : lire attentivement la notice ne pas laisser à la portée des enfants liste des excipients à effet notoire : lactose, huile ricin conservation : reboucher soigneusement le flacon après utilisation v 025276/01 2315072800023300 NOCTRAN 10 mg 30 compromés *Vign eur 2,33 *3150728*NOCTRAN 10 mg RESPECTER LES DOSES PRESCRITES conditions de prescription et de délivrance liste 1 Uniquement sur ordonnance La durée de prescription de ce médicament ne peut être supérieure à 4 semaines Exploitant MENARINI FRANCE Rungis (94-F) NOCTRAN 10 mg 30 comprimés sécables médicament autorisé n° 315072.8 Fabricant: BERLIN-CHEMIE AG Berlin (Allemagne) lot: 03085 Per: 04.2006 NOCTRAN 10 mg

22 mars 2004

26 (titre provisoire) IV, suite et fin

Et c’est alors que tout alla très vite. L'adorable Monsieur Gobin était venu, depuis la maison de retraite, faire une visite dans l'entre temps. Patrick se mit dans l'idée de l'emmener prendre un café, encore. Il y avait beaucoup de monde au Vingt-six, des patients, des soignants, des stagiaires. C'était un bon public. Ils n'étaient pas d'accord pour le laisser sortir seul - Mais pourquoi donc ? Ils auraient très bien pu les laisser faire, que risquaient-ils, au fond - De toute manière c'est exactement ce que Patrick cherchait et qu'Haltman avait vainement tenté d'éviter depuis plusieurs heures : une occasion de tout foutre en l'air, de franchir le point de non-retour qui le mènerait, le savait-il déjà, au bout du chemin, à l'UMD. Il avait repéré un manche à balai dans l'escalier du sous-sol. Il vint en frapper un grand coup sur la table, style c'est moi qui commande ici. Brève bagarre pour lui arracher le bâton. L’enchaînement des événements etait maintenant flou. On lui enlèva le bâton. Il les défia un par un. Viens te battre si t'es un homme, etc. Il sautillait sur place comme un boxeur, sûr qu'on allait lui faire une tête, ils étaient cinq contre cinq contre lui... Haltman se souvenait de Felix quand il l'avait sorti du bureau par le col dans un accès de l'une de ses saintes colères, parce que tout ce bordel interrompait un entretien. Il avait le souvenir de la terre des pots de fleurs jonchant le parquet, Il se souvenait de Renée faisant tomber les restes d'une vitre brisée. Il revoyait une chaise d'abord brandie dans sa direction qui finalement vola dans la fenêtre avec fracas. il avait le souvenir d'un coup de savate de Patrick qui s'arrêta à un centimètre de son bas ventre, Il voyait Vera qui lui hurlait de se calmer, il ressentait les moments de flottement, de pause, entre deux ou trois flambées de violence successives, Il voyai Patrick tourner comme un ours en cage. Il se souvenait d'un véritable champ de bataille, de cris et de gestes syncopés. Il n'y eut aucun blessé. Les flics arrivèrent dans un creux. L'un d'eux était goguenard, l'autre thérapeute, comme au cinéma. Il se souvenait que Patrick les avait suivis sans aucune difficulté. Après ça, Patrick eut un parcours psychiatrique classique. L'escalade qu'ils n'avaient pas pu éviter continua. A l’hôpital psychiatrique où il passa de nombreuses semaines dans les chambres d'isolement sans jamais renoncer à sa colère, il réussit un jour à mettre le feu avec un briquet subtilisé à un infirmier distrait. L'administration des hôpitaux déteste les incendiaires, à vrai dire ils font peur. Cela lui valut le statut de "malade dangereux" sans qu'il eut jamais porté la main sur quiconque. Il y a des services spéciaux pour "malades dangereux", les U.M.D. Il y passa deux ans avant d'accepter de rendre les armes. Ses parents ne l'avaient jamais abandonné. ils les rencontraient désormais une fois par trimestre, tous les trois. Patrick vivait dans un studio, travaillait dans un Centre d'Aide par le Travail, prenait du Leponex. Il etait le capitaine de l'équipe vétéran de tennis de table de la ville de Tainsry.
Paris en voiture 2


 18 janvier 2004, rue Gay Lussac

20 mars 2004

26 (titre provisoire), IV

Patrick gifla sa sœur adorée et s'enfuit de la maison. Mais dehors, c'etait le mal absolu. Le monde n'avait d'yeux que pour lui, le fils maudit. On le regardait, on lui trouvait une drôle de tête, une tête de frère incestueux, une tête de masturbateur ou peut-être même de parricide. Patrick marchait dans la ville déserte en ce début d'après midi. Derrière chaque mur se cachait un mort vivant, comme dans les mauvais jeux vidéos. Patrick traversait une ville de cauchemar. Il tentait de se réfugier d'une maison à l'autre. De celle de ses parents au Centre de Crise. Mais, pour lui c'est une autre famille, une anti-famille comme on dit anti-matière. Une anti-famille avec des anti-parents, les soignants et les anti-frères et sœurs, les patients, comme précisément Emilienne, la pute, l'anti-sœur qui a refusé ses avances. Au Centre de Crise, dans l'anti-maison, il tabassa l'anti-sœur sans prévenir et s'enfuit avant l’arrivée des flics. Déjà il avait joué le drame. Tout avait été fini mais ils avaient tenté d'aller plus loin, désespérement. Il avait agressé le double négatif de sa sœur, avec qui on dort si chastement (cette étrange comparaison, dans le récit de sa mère, entre le chien et la sœur, le chien qui a des oreilles noires comme les cheveux sur les oreilles de Vivianne, la soeur). Il s'enfuit à nouveau, l'horreur aux trousses. Enfer du voyage à rebours : du Centre de Crise, il retourna chez ses parents, une fois encore à travers les morts vivants hideux. Mais il ne pu se sentir abrité dans aucune maison. Et le père arriva. Comme ça, ça fait entrée en scène. En fait, il rentrait du travail, tout simplement tard, en vrai. Gifle, à nouveau. Il Gifla le père, le rival. Le père en resta "bouche bée", dira la mère : éberlué. Il ne réagit pas. Il ne fit rien à Philippe. Il ne lui signifia rien. Viré de son piédestal, il n'avait pas eu le temps de s'en apercevoir. Philippe, lui, tomba dans un puits sans fond. Disparaître. Après l'acte sacrilège. Avaler le tube d'Urbanyl familial. Ne dormit pas une seconde. "Merde, ça ne tue même pas, cette saloperie !". Le SAMU, appelé au téléphone, refusa d'intervenir : " il va dormir deux jours, voilà tout", répondit-on au téléphone - " Mais je n'ai même pas dormi une heure ! Je suis immortel, je vous dis ! Qui peut donc me tuer ?" Supplia-t-il. Toute la famille se rendit aux urgences. Personne n'y fut capable de le tuer, il y dormit quelques quarts d'heures, n'y rencontra pas de psychiatre et se retrouva au petit matin seul, mort vivant, sur le parvis de l’hôpital, la grande place bègue qui s'avance. Il fut ramené au CMP, seul. La famille s’etait égaillée au travail où on oublie tout. Il vit Jacques, il vit Simone qui le trouvèrentent très mal et appellerent le Centre de Crise. Haltman avait lu le déchronographe et y avait appris l'agression d'Emilienne. Il ne savait encore rien du reste, sauf le suicide, mais très vaguement, et rien de ce qui s'est passé avant, les gifles. Il vint donc le chercher au CMP. Il etait pâle, il tremblait, il etait très mal, tout puissant. Il avertit Haltman : il démolirait quiconque se mettrait sur sa route et ne garantissait absolument rien quant à ses retrouvailles avec Emilienne. Il n'est pas du tout impossible qu'il lui écrasât la tête. Qu'il se le tint pour dit ! Haltamn ne savait pas très bien pourquoi ils s'étaient mis, tous les deux, à se jouer la comédie du "ça va aller", "ça va tenir", "on va s'en sortir", on va faire comme si, comme si c'etait possible. Tout se passa bien, un court moment. Les voilà au Centre de Crise. Patrick fit un effort surhumain pour rester calme une heure et ne pas parler à Emilienne (comme il ne parle pas à sa sœur quand ils se sont chamaillés et que la tension retombe toute seule). Mais ça lui coupa l'appétit, il ne mangea rien au déjeuner. Son angoisse aspirait l'air, on suffoquait. Haltman pensa à de l'air frais, à une promenade, les bords de Seine peut-être, le calme de l'eau qui coule. Et puis Eddy qui devait passer pour voir Renée. Il valait mieux qu'ils ne se rencontrent pas, ces deux là. Ils avaient une vieille histoire. Patrick fut d'accord pour la promenade. (Il croiserait tout de même José et rien ne se passerait). Les voilà au bord de la Seine : sur le chemin qui longe le fleuve vers Le Coudray. C'était très étrange, c’est comme lors des entretiens familiaux quand ils se sentaient, avec Jacques, aspirés, neutralisés, par la fausse chaleur de la famille. Haltaman se senti aspiré par Patrick. Il parlait sans arrêt, ses fabulations habituelles : chaînes de vélo et sang qui giclait et aussi le respect qu'il avait pour Haltman et l'estime, etc. Ils furent sur le point de faire demi-tour, Ils avaient atteint le bout du chemin. Voilà que tout bascula. Patrick ordonna tout à coup : "Allez, on va au café d'où je me suis fait vider, je règle mes comptes, vous êtes témoin, je les allume tous devant vous et on se tire" - " Patrick, ce n'est pas possible..." - "Ah bon, pas possible, alors je me jette à l'eau". Et le voilà qui descendait les grosses pierres, commencait à se déshabiller théâtralement, faisait mine de plonger et haltman comme un imbécile, avec les passants qui passaient "Patrick, allez venez, c'est ridicule, Philippe, revenez etc." Et lui qui continuait de se déshabiller. Il le tenait. Haltan pensa plus tard qu'il aurait du s'enfuir et le laisser là, avec ses vêtements épars et son plongeon ridicule. Mais quoi ? Prévenir les pompiers, la police ? Il y avait un fou qui avait décidé de traverser la seine par zéro à l'ombre ? Il imaginait l'incrédulité des flics...et sa honte. Impossible de le laisser là. Piégé. Il cèda au chantage absurde avec le fol espoir d'avoir le dessus au bout du compte. Il lui dit qu' il acceptait d'aller au café mais pour boire un café et rien d'autre. " Mais bien sûr, on va boire un café, ça se passera très bien, vous verrez". Il attrapait la perche que, pas fier, Haltman lui tendait. Il se rhabilla à toute allure. Dame, il caillait. Sur le retour Haltman lui dit qu'il le tenait en otage, et il lui faisait la gueule. Dans la voiture, il ferait mine de leur faire avoir un accident au moment où Haltman lui suggérera une nouvelle fois de rentre sagement au Centre de Crise. Haltman se fâcha très fort, de peur. Il lâcha le volant juste avant le mur. Impossible de ne pas passer par le "Longchamp", le café. Haltman était hors de lui, et lui, hors de lui. Ils avalèrent deux cafés en silence. Bien sûr, il ne se passa strictement rien, d'ailleurs il ne s'était jamais rien passé au "Longchamp" avec Patrick, pas plus de bagarre que de vidage, c'était l'évidence, alors pourquoi toute cette mise en scène compliquée ? Finalement, retour au Vingt-six. Haltman était remonté comme une bombe qui se retenait d'exploser. Patrick était une bombe qui était en train d'exploser.

17 mars 2004

Pensée de la nuit N° 60 : "Je réponds à toutes les questions. ­ Quels sont vos tarifs ?­ Mille euros pour trois questions. ­N'est-ce pas un peu cher ? Non. Quelle est votre 3e question ?" Hervé le Tellier, le monde.fr, billet du 17 mars 2004

15 mars 2004

Je me souviens des fuseaux

12 mars 2004

chic , une nouvelle rubrique ! Paris, en voiture :

Paris en voiture 1


25 janvier 2004, Port Royal
Découvert par hasard, ce site sur Robert Mcnamara (je me souviens de robert Mcnamara) et sur le film "Fog of war" absolument passionnant (en dépit d'une présentation assez kitsh). Qui sait quand le film "Fog of war" est programmé en france?

10 mars 2004

Très mauvais en mots croisés je n'en suis que plus admiratif pour les praticiens. Je suis tombé sur ce site érudit (et cette superbe définition : rêve d'une belle, en neuf lettres. (solution))

09 mars 2004

Panne plus importante que prévu. Il n'est pas sûr que je puisse récupérer toutes mes données ni même la machine elle même (ne me demandez pas si j'ai attrapé un virus, ça m'énerve.) Je réussis tout de même à tirer Ciscoblog au sec (j'entends d'ici tous les soupirs de soulagement, merci.)

08 mars 2004

Merveilles, 11

douanier rousseau : le rêveC'est un de ces soirs où l’on se sent en paix avec le monde. Les cerisiers qui bordent les trottoirs de la rue des Chevaliers Saint Jean se détachent sur le bleu profond de la nuit. Une odeur appétissante (porc au caramel, poisson fumé) flotte dans l'air. La rue est déserte, mais pas inquiète. Elle offre joliment ses grilles et perrons à la lumière douce des réverbères. Nous prenons le frais, assis sur les escaliers du perron du Vingt-Six. C'est cette heure bénie, après le dîner et la vaisselle où chacun, constatant que la journée est bien finie, referme le sac des soucis et décide d'accepter la trêve du soir. Aucun bruit de voiture, pas de chant d'oiseaux. Le léger bruissement de la brise dans les feuilles rehausse la qualité du silence. On se dit que par un soir comme celui-là, rien de mal ne peut arriver. Antoine lui-même, si terrorisé par le Diable ces derniers jours, s'est pointé tout à l'heure sur le haut du perron pour humer l'air et la tiédeur. Il a marmonné un bonsoir, s'est retourné comme à regret, est monté dans sa chambre. Par un soir comme celui-là, il pourrait s'endormir pour peu qu'il accepte de nous laisser monter la garde à sa place. Par un soir comme celui-là l'espoir ne peut pas faire défaut. Derrière nous, la télé marche toute seule, faute de spectateurs, sans le son. En se retournant on peut voir les images bleutées et changeantes à travers le rideau de la fenêtre du salon. La porte d'entrée est ouverte, celle de la grille aussi en une sorte laisser aller indulgent propice aux confidences. Par un soir comme celui-là, Cathy, ma coéquipière, me raconte longuement comment son père et sa mère, ont assassiné la première femme de son père.

06 mars 2004

Penée de la nuit N° 59 : "Que la bouche mange, baise et parle devrait par soi même amener ceux qui s'en tiennent à ce qui est tangible à penser que nous sommes d'un bout à l'autre confrontés à l'incompréhensible" Hugo von Hoffmansthal, le Livre des Amis.

05 mars 2004

26(titre provisoire), III : les viaducs de la Nacelle, fin


Odile avait donc décidé de les adopter pour prendre soin d'elle. Cela sembla lui suffire, elle se contentait de vivre parmi eux, éloignée de Maria, du moment qu'on lui garantissait qu'elle n'était pas morte. Maria, de son côté demandait des nouvelle de " sa Odile" mais ne s'inquiétait pas vraiment de son retour. Ils avaient atteint une sorte d'équilibre. Odile se prenait pour la cousine Bette, plutôt jalouse des autres patients et même des jeunes et nouvelle stagiaires psychologues. Ils comprenaient mieux ses accès de colère, de plus en plus rares. Ils s'émouvaient de ses longues déprimes où elle se perdait dans ses mondes pas toujours meilleurs. Un jour, Haltman était monté au premier étage. Il était passé devant la porte de sa chambre ouverte. Elle était allongée sur le dos, sous la proéminence de son énorme ventre, en chemise. C'était l'après midi. On pouvait dire qu'elle faisait la sieste. Mais elle ne dormais pas. Un rayon de soleil, tamisé par la poussière, passait juste audessus d'elle. Odile gazoullait tranquillement, ses mains jouaient avec la lumière, ses doigts attrapaient ses doigts. Elle souriait aux anges. Odile fumait trois ou quatre paquets de cigarettes par jour et mangeait comme cinq. Elle toussait de longues heures la nuit, elle était éssouflée rien que de passer d'une pièce à l'autre. Son gros corps l'embarrassait, elle ne savait plus comment le ranger. Tout geste était effort. Le matin, au réveil ils la trouvaient étrangement pâle. Elle n'arrivait plus à se mettre correctement en colère : une grosse quinte de toux l'interrompait au milieu de sa diatribe et elle renonçait à poursuivre, trop fatiguée. Elle avait toujours chaud mais sa peau était tendue, froide, bleutée. Un jour, Haltman y posa un sthéptoscope et ce qu'il entendit l'inquiéta. Ca râlait et ca crépitait. Il téléphona au docteur Rimina, un collègue de médecine de l'hôpital et lui décrivit les symptômes. Elle donna rendez vous à Odile huit jours après. Il rassura tout le monde. Trois jours plus tard, le téléphone le reveilla chez lui, tôt le matin. Odile était morte en dormant, étouffée par son propre poids. Cela arrive, dit le Docteur Rimina. Odile était retournée dans c'mondlà. Maria refusa d'aller à l'enterrement, on allait pas lui refaire le coup, figurez vous. Au cimetière, il y eut donc la tutrice, sa secrétaire, quelques soignants et madame Lecomte. Odile avait quarante six ans.

( dans cet épisode de "26 (titre provisoire)", comme dans tous les autres qui relatent à des faits s'étant réellement produits, tous les noms et prénoms ont été changés, même les noms de lieux, sauf le Quartier de la Nacelle, à Dormeil. Ceci dit une fois pour toutes)

04 mars 2004

Le commerce internet a vraiment de l'avenir (via Heures creuses)

02 mars 2004

26(titre provisoire), III : les viaducs de la Nacelle, suite 6

Mais il y avait de meilleurs moments : Odile est assise, cuisses écartées au bord de son lit, clope aux doigts, elle regarde le mur. "Dites donc, il ne faudrait pas qu'elle meure ma mère, hein ? Elle est pas morte ma mère, hein ? - "Mais non, Odile nous l'avons vue ces derniers jours, elle va bien" - "C'est vrai ça ? (elle fait un grand sourire) Tant mieux ! Ca serait une grande catastrophe, vous savez, si elle mourait." - "Si vous voulez on pourra vous emmener la voir." - "C'est une idée, ça, c'est quand donc que vous me ramenez ? Je vais pas bientôt rentrer chez moi ?" - "Non, Odile, cette fois on vous garde un peu plus longtemps avec nous." - "Ah bon ! Vous êtes sûr qu'elle est pas morte, alors ?" fin du dialogue. Un peu plus tôt, sur la Nationale 7, Odile dans la voiture. Ils sont partis, presque sur un coup de tête, avaler des kilomètres vers Fontainebleau, elle adore ça. Ca la rend loquace. D'abord le monde de la découpe : il ya les mauvais découpeurs, ceux qui découpent en morceaux, qui décapitent, genre Bourreau de Béthune ou version hard de Charlot Poissay, ceux qui sont l'horreur , le sang, la mort. Et puis il y a les autres, ceux dont on parle très tranquillement : les chirurgiens de blocs orératoires de béton, ils vous font belle à nouveau comme quand on avait dix-huit ans dans un autmonde, en un tour de main. Un coup de scalpel par ici, un coup de ciseaux par là, du bistouri en haut, de la scie en bas et hop ! ils retirent la viande en trop et les grosses fesses redeviennent mignonnes, les poteaux télégraphiques des jambes et les jambons des bras. C'est très vite fait. Ils sont très habiles, les chirurgiens des blocs opératoires de béton. Et puis on parle de Charlot Poissay, version soft. " De son vivant il ne nous laissait jamais toucher un papier, à maman et à moi, depuis qu'il est mort comment voulez vous qu'on s'en sorte ? C'est pour ça qu'avant de partir à la retraite il nous a confié à vous, pour que vous vous occupiez de nous, maman et moi. Au fait, c'est quoi votre métier dans votre mondavous ? - "Docteur, Odile, vous le savez bien !" - "Eh oui ! C'est bien c'mondlà, il nous a confiées à des docteurs et tout pour qu'ils prennent bien soin de nous." La 4l de service sculpte l'espace et le soleil rougeoie au fond de la plaine briarde. "Mais au fait, le mariage, c'est unique ou répétitif ?" Silence. Odile répète la question : "le mariage, c'est unique ou répétitif ?" Haltman ne sait vraiment pas quoi répondre. "Parce que, je me souviens très bien maintenant : je me suis mariée ! avec le petit garçon (elle veut parler du fils de Thérèse et Hans), en robe blanche et tout, il m'avait cherchée partout, il savait que j'habitais la Nacelle, mais il ne connaissait pas ma maison. Je me souviens, ma mère avait acheté un tout petit sapin de Noël miniature qu'il était mignon ! et voilà, il trouve la porte, il sonne, on lui ouvre, il dit "je suis drôlement content de vous trouver,je vous ai cherché longtemps" et on se marie." Silence. "Et après, Odile ? Il est parti ? - "Non" - Il est resté ?" - "Non" - "Oh? Odile, je ne comprends plus très bien !" - "Mais c'est pour ça que je vous pose la question si le mariage est unique ou répétitif. C'est ça le problème : c'est que si c'est répétitif, Charlot Poisset, il a oublié de répéter mon mariage, c'est grave ça, vous savez." - "Et si c'est unique ?" - Alors là, c'est différent, vous comprenez..." Et ainsi de suite jusqu'au retour dans la ville, dans les rues de la ville, dans les maisons de la ville. La maison après le voyage, la raison après le rasage, le maçon après l'étayage, Les médicaments après les amants, etc. Les mondes d'Odile. Sacrée cosmographie ! D'abord, il y avait le mondamoi. C'était un enchevêtrement de mondes infinis. Du monde des HLM de la Nacelle, au monde de Charlot et Maria, en passant par le monde de Marylin Monroe, le monde d'Amélia Van Houten (des chocolats), celui de la vingt-cinquième génération de décapitation. Odile leur en avait dévoilé quelques uns, elle gardait les autres dans son chapeau. ensuite, venait le mondavous, qui était le monde de la psychiatrie, le monde des docteurs, des chirurgiens des blocs opératoires de béton, celui des petits garçons si gentils et celui des herbes et de la Tour Effeil, qui pouvaient basculer l'un dans l'autre sans prévenir, su bien qu'il valait mieux ne s'y aventurer qu'avec précautions. Et enfin, il y avait c'mondlà, monde de l'origine au-dessus duquel glissait tous les autres, en désordre et en perpétuel mouvement. Dans tous ces mondes, ils n'étaient pas interprètes, mais géomètres et cartographes, comme avait dit Jean CLaude Pollack, enfin il essayaient...
En panne subite d'ordinateur depuis quatre jours ! J'utilise l'ordinateur du bureau pour "poster". Réparation prévue dans le courant de la semaine. Un peu de patience, avides ciscobloggers ! ( ah, galères : amical clin d'oeil à Phil. D.)