30 avril 2005

Les Tours de Vigneux



Farouche et gris, le ciel court
Au-dessus des tours de Vigneux
Pressé comme un besogneux
Par la banalité des jours

Liquide et bleu, l'ennui sourd
Du béton contraint des banlieues
Et s'insinue au milieu
Des cités barrées sans recours

Tourne la roue des saisons,
Elles sont, toujours à l'horizon,
Froides bornes débonnaires

Fauchant le temps, prenant la vie,
Sentinelles solitaires,
Que le monotone asservit.

(un Sonnet par Lieu)
Petits changements sur Ciscoradio : après "le Condamné à Mort", poème de Jean Genêt chanté par Marc Augeret (musique de Monique Morelli), place à Leonard Cohen pour quelques jours. A plus !

29 avril 2005

AU PAVILLON BLEU

Ce matin, au "Pavillon bleu", une escale avant de reprendre la vague des jours.

24 avril 2005

Collectionner un mot. J'ai trouvé, dans "La mystérieuse flamme de la Princesse Loanna" d'Umberto Ecco, que je suis en train de lire (et qui, je dois l'avouer, me tombe un peu des mains, au point où j'en suis) une une idée assez jolie : la collection de citations contenant un mot donné, en l'occurence le mot "brouillard". Il se trouve que le narrateur du livre est un marchand de livres anciens, qui collectionne à peu près tout ce qui est écrit. Collectionner un mot c'est un peu comme cueillir des champignons ou ramasser des coquillages sur la plage : c'est une promenade attentive, une pêche à la ligne rêveuse. Il n'y a pas la tension de la chasse ni l'obsession de la quête. On ne cherche pas, on trouve, comme dirait Picasso. Et si on ne trouve pas, il n'y pas de dépit : on ne rentre pas bredouille de la cueillette des mots, on en trouvera bientôt, au prochain livre, au prochain article de journal. Ce qui compte, c'est le plaisir de la ballade, de la déambulation entre les pages et les lignes, et tout ce qu'on aura lu. On aura pris les lettres comme d'autres prennent l'air. Je trouve que le mot "brouillard" est particulièrement bien choisi. C'est qu'il ne faut pas prendre un mot au hasard. Il faut que ce soit un mot concret, qu'il puisse évoquer des images. Il faut qu'il possède un potentiel romanesque ou mystérieux. Il doit être aussi peu polysémique que possible. Mais on doit pouvoir le rencontrer facilement. Il faut qu'il soit fréquent, mais pas complètement banal. Il faut pouvoir le distinguer dans le brouillard... Ce mot ce serait comme un coquillage d'une forme ou d'une couleur particulière, mais ce serait un coquillage. On pourrait en trouver de "joli spécimens". Il ne doit pas être un concept. Le mot "lumière", par exemple, qui me vient par association, et que je choisirais bien, me semble peut-être un peu trop chargé d'idées, de même que le mot "couleur". Il faudrait en choisir une, de couleur : le "jaune" ou le "bleu". Mais on n'est pas sûr du "rendu" romanesque ou évocateur de la citation qui le contiendra. Ce ne sera pas tant le mot qui comptera mais sa couleur ou sa forme, c'est-à-dire, en l'occurence, la phrase ou la citation dont il fait partie. Mais surtout il faut que cela soit un mot qu'on aime et dont on sait à l'avance que les citations ou les phrases qui le comptent vous réjouissent l'âme. Je déciderai donc, pour ma part, du mot : "Insomnie", tout à fait arbitrairement, sans aucune assurance ni certitude, et pour tenter l'expérience. Si ça ne marche pas, je changerai de mot, mais je promet de vous avertir. Rendez-vous dans quelques semaines, pour les premiers résultats.
Début de roman définitivement inachevé, 2


Il fut un temps où il collectionnait les amoureux inconnus. Il enregistrait dans sa mémoire les images fugitives de couples croisés dans la rue, il prenait plaisir à les espionner à la terrasse des cafés, il rebroussait chemin pour les prendre en filature avant qu'ils ne disparaissent sous les porches, il les examinait sous le nez, de près ou bien il les observait de loin, sur les bancs publics, il les traquait dans les squares. Il les passait en revue sur les quais de la seine ou autour des pelouses du jardin du Luxembourg. Il les cherchait dans les queues de cinéma, les approchait à pas de loup dans les librairies, les guettait sur le quai du métro, s'approchait d'eux à la faveur de la foule. Il s'imprégnait de leurs mouvements, de la façon dont ils se prenaient les mains, les tailles, les épaules, les nuques. Il étudiait les séquences de gestes, les enchaînements de poses, les rapprochements des corps, leurs détachements. Par exemple : "Ceux-là, ils sont sur le quai, à Châtelet, au milieu de la foule, assis côte à côte sur les sièges bleus. Elle lui donne sa main à caresser. Leurs bouches se sourient, tout près, tout près, avant de se prendre.." Ou bien : " On dirait qu'il pèse sur elle, elle titube même un peu. Il a posé son bras sur ses épaules. Son coude fait un angle derrière sa nuque. Ils parlent en marchant. Il penche la tête vers la sienne et leurs cheveux se mêlent. Il lui montre quelque chose du doigt.." Ou encore : "Près du bassin, elle, assise un peu allongée sur un fauteuil en métal, lui soudain s'accroupit et pose la tête sur son giron en lui caressant la joue de son bras levé, à l'aveugle.." Et ceux-là : "aperçus fugitivement à la fenêtre de ma voiture en passant sur un passage clouté. Il la tient par la taille, elle aussi, il resserre son étreinte pour l'empêcher d'avancer et me laisser passer. Ils rient..". Il en avait rempli scrupuleusement tout un carnet de notes. Quand le carnet avait été plein, il l'avait rangé sur une étagère et l'avait oublié.

22 avril 2005

Il établissait des catalogues, des listes d'objets mentaux en tout genre. Il faisait le recensement de ses souvenirs, il les organisait, il les hiérarchisait. Il classait, séparait, définissait des catégories, des ensembles. Il faisait régulièrement le tour du propriétaire de sa mémoire. Il veillait à ce que rien ne manque, il furetait dans les coins les plus inaccessibles à la recherche de réminiscences cachées. S'il butait sur l'obstacle de l'oubli, il tentait de le contourner avec toute la patience dont il était capable. Il pensait qu'à son âge c'était devenu indispensable. Il ne disposait plus de l'avenir indéfini de la jeunesse. Il lui fallait savoir s'il était dans les temps, en quelque sorte. Clément Rosset, évoque dans son livre "Route de Nuit" les catégories espagnoles des cosas sin hacer (choses qui restent à faire) et des cosas sin saber (choses qui restent à savoir) : Il aurait voulu faire le tour ce qui lui restait à faire et de ce qui lui restait à savoir. Il voulait se rendre compte s'il avait le temps, s'il pouvait traîner en chemin, musarder ou bien s'il lui fallait se hâter ou faire fissa. De quelle question avait-il fait suffisamment le tour ? De quelle autre était-il certain qu'il n'y avait pas consacré assez de temps ? Car le temps était venu du temps compté. L'avarice allait forcément prendre le pas sur la prodigalité. Il allait falloir faire des choix, savoir ne pas se lancer dans des entreprises trop longues (par exemple apprendre un nouvel instrument de musique ou une langue étrangère), mais aussi évaluer celles pour lesquelles il avait raisonnablement du temps (par exemple faire tel voyage, relire tel auteur).

20 avril 2005

Comme vous le voyez sur la colonne de droite, j'ai enfin réussi à installer RADIOBLOG sur ma page. Pour écouter la musique du jour, qui restera en place trois ou quatre jours, je ne vous avertirai pas à chaque fois, cliquez à l'intérieur du cadre (pas sur "Radioblog" !), quand la flèche se transforme en "main", ce n'est pas obligatoire. Si vous voulez arrêter d'écouter, mettez le volume à zéro avec la "main", sous le cadre (il faut scroller) ou bien cliquez sur pause (scrollez aussi) : La première musique du jour est un extrait suites fraçaises de J S Bach par Piotr Anderjewski (sublime, n'est-il pas ?) Par ailleurs, si quelqu'un peut m'expliquer comment faire apparaître les titres il sera décoré de l'ordre du ciscoblog d'or, merci !


Une expo de ce photographe se tient actuellement à New York, elle va bientôt arriver à Paris, chouette ! C'est la jeune Camille qui nous l'apprend, dans un très bon petit blog franco-newyorkais, la "gazette newyorkaise" (recommandé par un "blog par jour")

17 avril 2005

Un haïku par bain, 12


Au mur un reflet
L’eau miroitante y frétille
Soleil de printemps !

(voir tous les "haïkus par bain")

16 avril 2005

Merveille, 19




Je peux admettre qu'on dise que "la Nuit Américaine" n'est pas le meilleur film de François Truffaut. Passe encore qu'on lui préfère "Jules et Jim" ou les "400 coups". Cependant j'aurais beaucoup de tendresse pour qui me dirait que la "Nuit américaine" est son film de Truffaut préféré et plus encore pour qui me dirait que c'est son film préféré tout court. En tout cas c'est le mien. Et de loin, me semble-t-il, devant même "les Sept samouraïs" de Kurosawa et la "Mort aux trousses" d'Hitchcock, qui feront partie de la prochaine nouvelle liste des merveilles, d'ailleurs. Je suis certain, en tout cas, que c'était le film préféré de Truffaut lui-même, vu qu'il a souvent joué le rôle principal de ses films préféré (Itard, dans "l'enfant sauvage" par exemple, où le veuf de la "Chambre verte"). J'ai toujours été épaté par le personnage de Ferrand, le metteur en scène. Je me suis toujours demandé pourquoi Truffaut l'avait affublé d'un sonotone sans jamais faire dire quoique ce soit à ce sujet par le personnage. Si quelqu'un a des informations sur le sonotone de Truffaut dans la "Nuit américaine", qu'il me les fasse passer… La nuit américaine n'est pas seulement un film sur le cinéma, le meilleur "making of" jamais réalisé", c'est au fond un film sur le travail, sur le collectif au travail, sur le bonheur incroyable de s'apercevoir qu'on fait un métier qu'on aime et de le faire bien, quelque fois, miraculeusement pour ainsi dire. Ce n'est pas autre chose que ce miracle que raconte la "Nuit américaine", sa fragilité : celui du moment où "la sauce prend", où chacun est à sa place, joue son rôle, occupe sa fonction au meilleur de lui-même. On a tous eu à connaître, du moins je l'espère, la même euphorie, la même joie, la même plénitude, que confère à chacun de ses membres un collectif qui "marche". Un groupe qui ne marche pas, c'est un "groupe en fusion", qui se prend pour son propre œuvre, le groupe qui marche est tendu, en revanche vers la production de l'œuvre. A la fin, il peut se séparer calmement, sans hystérie. C'est ce qu'on voit dans la longue scène finale de la "Nuit américaine" : des adieux sereins, pas déchirants, un simple "au revoir" calme et beau. Chacun retourne chez lui, à ses problèmes peut-être, mais le groupe ne l'aura pas détruit (et pourtant il s'en sont passées, des choses tragiques). C'est en cela que le cinéma est le plus proche du théâtre : ce n'est pas seulement que c'est un spectacle "quasi vivant", une reconstitution imagnaire de la vie ou de la pensée, un enregistrement d'un rêve, etc...c'est un art collectif, une co-création. Il n'y a d'ailleurs pas que le cinéma qui ressemble au théâtre en ce domaine. Je suis persuadé, comme le dit si bien F. Guattari, que le soin, qui n'est pas tout à fait la même chose que "les" soins, en psychiatrie, est une co-création, comprenant au moins deux personnes, le soignant et le soigné (l'analyse est un exemple parfait de co-création, le "surcroît" dont parle Lacan) mais le plus souvent toute une "équipe", pateints compris. Je reviendrai sûrement un jour (et pas une nuit, comme ce soir) sur cette question du soin comme oeuvre d'art, pas seulement métaphorique. Dans "la Nuit américaine", le moment de la cohésion, de la co-création est accompagné d'une musique sublime de georges Delerue : la "grande fugue de la Nuit américaine" qui, à elle toute seule, justifie tous les frissons. Le temps s'accélère, devient lui-même une fugue, tout est à la fois transfiguré et bien réel, l'enchaînement des images devient presque onirique, comme dans ces rêves où le vrai est plus vrai que nature. Le cinéma, qui est la véritable "guérison" de Truffaut, transcende le sujet des deux films, l'un montrant l'autre en train de se faire, le "vrai" et le "faux", mais ils sont tout aussi "vrais" ou "faux" l'un que l'autre, la mort d'Alexandre, la vraie et la fausse, en apportant la preuve irréfutable. Toute oeuvre d'art est avant tout reflexion sur l'art. Réflexion : reflet, réfléchissement. Alternative inouïe à la sècheresse du réel. La "Nuit américaine" est alternative, d'un bout à l'autre, du titre au déroulement même du film dans sa durée : C'est à la fois la nuit de l'actrice américaine, jacqueline Bisset, et la nuit en plein jour, nuit américaine.

15 avril 2005

Rain in the garden


Rain in the garden
Originally uploaded by Photogopher.
tres belle photo d'un jardin japonais situé quelque part en Oregon (sic). Peut-être ne percevez vous pas tout le sel de la performance mais cette photo a ete postee directement de son emplacement sur Flickr, y compris cette petite note. On n'arrête plus le progrès ! (note absolument add-free)

13 avril 2005

Tout sur les artichauts chez le Chef Simon (j'adore ça !)
je relaie aussi une trouvaille de l'homme qui marche sur R. Clark, un photographe qui parcourt les USA avec un caméraphone (mot beaucoup plus joli que téléphone-appareil poto) c'est évidemment une publicité pour le fabriquant dudit caméraphone mais c'est assez magistral et démontre en tout cas à quel point ces incroyables petites machines en sont arrivé.

12 avril 2005

Les livres de ma vie.


JR, de l’ « homme qui marche » alias « douze lunes » et d’autres encore, me fait passer le relais d’un questionnaire sur les livres que vous avez probablement déjà rencontré sur vos blogs favoris. Je livre donc ici volontiers ma contribution.


1 – combien de livres lisez-vous par an ?
– Autour de cent, un petit peu plus ou un petit peu moins selon les années Avant je considérais comme absolument indispensable d’aller jusqu’au bout d’un livre même s’il m’ennuyait ou ne plaisait pas. Avec les années je suis à la fois devenu plus indulgent avec moi-même et les ouvrages. Je nous délivre de notre peine avant terme si cela s’avère nécessaire. Je n’en n’éprouve plus aucun remords. La vie se fait un peu plus urgente… plus trop de temps à perdre.

2 – Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?David Grossmann, « j’écoute avec mon corps ». Pure coïncidence. Ce n’est pas du tout un parent à moi. C’est un très bon auteur israélien dont j’avais adoré « Voir ci-dessous amour » (voir ci-dessous, sic) qui m’avait en outre fait découvrir Bruno Schulz

3 – Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?« Réponses » de Erri de Luca dont j’ai cité récemment une phrase comme « pensée de la nuit ». Erri de Luca est un écrivain rare. Je veux dire qu’il écrit surtout des textes assez courts. Des quintessences, des concentrés d’écriture, limpides. Il a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles…


4 - Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés -
Alors là, je vais tricher. Je donne une première liste qui est la première qui me vient à l’esprit, je donnerai ensuite un peu plus tard un jeu de 5 listes que j’aurais pu donner il y a trois mois, cinqn vingt ou même il y a cinq minutes, si on m’avait posé la question, parce que cinq livres seulement, vraiment je ne peux pas. La première liste, spontanée, disons, est la suivante : 1 – « Eureka street » de Robert Mac Liam Wilson. Probablement le meilleur roman que j’ai jamais lu. C’est toute l’histoire de l’Irlande du Nord, le roman d’une ville et de ses habitants, Belfast. Il y a des pages sur un attentat à la bombe qui m’ont laissé bouche bée. Un chef d’œuvre absolu (du même auteur, je mentionnerais « la douleur de Manfred » qui est un livre antérieur et tout aussi déchirant) 2 – « L’équilibre du monde », de Rohinton Mystry, un grand roman indien beau comme du Dickens ou du Victor Hugo, une saga, une épopée. C’est un de ces livres où l’on se baigne, s’immerge, se noie, on n’en sort plus, longtemps après l’avoir terminé. 3 – « L’œuvre de Dieu, la part du diable », de John Irving qui n’est pas un romancier de gare, comme le croyait ma copine A*, un peu snob parce qu’on trouvait ses livres dans le livre de poche, et donc dans les gares, mais un grand, digne du prix Nobel, mais les académiciens suédois sont bêtement antiaméricains, même constatation pour Philip Roth (voir ci-dessous, aussi). John Irving est à part égale avec Roth, le prototype du classicisme (c’est une grande qualité pour moi) en littérature moderne, je citerai à part pratiquement égale d’Irving « Un mariage poids moyen » et « l’hôtel New Hampshire » que me fait pleurer, moi aussi à chaque relecture. 4 – « La plaisanterie » de Milan Kundera, plus encore que « l’insoutenable légèreté de l’être » pollué dans ma mémoire par la médiocre mise en cinéma. Véritable découverte, par le roman, de ce dont la presse et les informations nous avaient rebattu les oreilles : L’univers gris du stalinisme et de l’Europe centrale. 5 - "La vie mode d'emploi" de Georges Perec, dont j'ai déjà beaucoup parlé ici. Merveille des merveilles.

Pour jouer le jeu, je ne lasserai cue cette sur la page principale de CISCOBLOG, si vou voulez consulter les autres listes, cilquez ici, bonsoir.





10 avril 2005

J'ai reçu un mail de Marc T*, après plus de trente ans. Vive internet !

09 avril 2005

Pensée de la nuit N° 84 : " Ecrire c'est aussi s'enfermer dans un vocabulaire, dans une clôture. Réussir à retrouver une territoire de mots aimésqui s'amuse à exclure les autres qui sont déjà usés, qui ne tiennent plus.L'écriture est une île, non pas la mer infinie" Erri de Luca, Essais de réponse
Paris au volant, 14


RUE DU VAL DE GRACE

08 avril 2005

Un Haiku par bain, 11


Tels des bouts de queue
Dans une boite à sardines
Deux orteils émergent

07 avril 2005

Il y a une photo. Je ne l'ai pas sous les yeux, je la décris de mémoire. Nous posons, mon frère et moi, en culottes courtes et en chemises blanches. Nous sommes assis côte à côte devant la porte d'une grange. Il y a peut-être des géraniums derrière nous. Nous avons moins de huit ans. C'est à Combloux, en Haute-Savoie, face à la chaîne du Mont Blanc. Nos parents appelaient ça un "home d'enfants". Très tôt, ils nous ont envoyés dans des homes d’enfants. Maintenant on dirait des « colos ». Mais c’était un peu plus chic, plus familial, il y avait moins d’enfants, parfois seulement moins d’une dizaine. Il y avait une directrice, chef des cheftaines, vieille dame qui se faisait appeler "tante Micette" (c'est un prénom qui n'existe pas). Il y avait un chalet tout en bois dont il ne me reste que de très vagues images, avec des parquets et de longs balcons (plus tard j'apprendrai qu'on dit "galerie"). Tante Micette recevait, aidée d'une poignée de cheftaines scoutes, jolies jeunes filles à lunettes, foulards noués sur les longs cous blancs, une petite vingtaine d'enfants pendant les vacances. La vie était organisée comme dans un camp scout : réveils en fanfare, patrouilles, noms de totem, jeux de pistes dans des forêts sombres. Tante Micette était toujours habillée de noir, un filet dans ses cheveux blancs. Elle était plus sévère que gentille, devait beaucoup rassurer les parents. Il y avait messe obligatoire. Nos parents ne le savaient pas. Mon frère et moi avons longtemps protégé leur ignorance pour ne pas leur faire honte. Je garde le souvenir de messes forcées, de timides et vaines rebellions, d’antisémitisme rampant quand j’y repense, de chansons, « Eh ho vieux Joe », « ensen-emble tout sem-emble plus beau », « Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry », de grosses chaussures de cuir brossé kaki qui faisaient mal, de traces de pas dans la neige et de pieds gelés. Nous y avons appris, un hiver à faire du ski. Je me souviens des skis fixés aux pieds par des lanières de cuir et des bouts d'allu qui servaient de fixation. Il fallait farter, sinon ça ne glissait pas, même dans le sens de la pente. On montait les skis sur l'épaule ou interminablement en "escalier". Il n'y avait pas de tire-fesses. À cette époque, je rêvais d'être scout, probablement à cause des cheftaines.Je rêvais de leurs totems et de leurs troubles ravissements. Mais je n'aimais pas tante Micette.

06 avril 2005

Ciscoblog, cela se saurait, n'est pas Google (pour faire snob, prononcez Gogol, comme les djeuns des técis.) Cependant on trouve tout sur Ciscoblog, surtout ce qu'on ne cherche pas. Cela vient de m'arriver, justement : en parcourant mes liens (en LCD) je suis tombé sur cette liste qui tombe pourtant à pic - l'avez vou trouvée ailleurs ? (via écholalie, bien sûr, vous pouvez d'ailleurs consulter toutes les autres listes, mais attention de ne pas tomber dedans, vous ne pourez plus en sortir !))

05 avril 2005

Pierre Pachet : ce qui compte pour lui, en écriture, c'est le travail de l'idée, pas celui du langage. Il dit qu'écrire sans idée lui paraît à la limite de l’obscénité. Je trouve qu'il exagère, mais qu'il n'a pas tout à fait tort. Il s'interroge sur les artifices propices à la "venue" des idées. Il faut impérativement s'en remettre au hasard. Comment à la fois favoriser le hasard et convoquer ce qui en émerge ? Pour lui, pas de meilleur moyen que la promenade, parce que justement, elle prive des moyens d'écrire. Oublier les crayons, les stylos, cacher les carnets de notes, les bouts de papiers, jeter les tickets de métro. Se mettre dans un état propice au surgissement, ne rien chercher à retenir, laisser même l'oubli agir. Pierre Pachet est un écrivain presque inconnu, C'est mon écrivain secret. J'ai lu trois livres de lui. "Autobiographie de mon père" et "Conversations à Jassy" qui sont de véritables joyaux. Le premier m'avait été recommandé par Jean Claude B., qui l'avait édité dans la collection "Autrement" et découvert, à cette occasion, avec passion (c'est un homme déjà âgé, il a plus de soixante ans). Le second, j'ai eu le bonheur de tomber dessus à la librairie "Compagnie" en furetant parmi les rayons : Jassy est une ville introuvable, à la frontière de la Russie, du côté de la Bessarabie, peut-être pas très loin de la mer Caspienne. Je suis nul en géographie. En tout cas Jassy ne se situe en aucune manière ni dans les Deux-sèvres ni dans les Yvelines, comme la banalité de son nom pourrait le laisser penser. C'est la ville natale de son père, Monsieur Pachet, juif russe comme lui non plus, son nom ne l'indique pas, et il y fait un splendide pèlerinage tout en retenue et en émotion. Plus tard, j'ai encore trouvé, à "Compagnie", "l’œuvre des jours",le troisième, d'où je tire le début du texte que vous êtes en train de lire. je suis en train de lire le quatrième, sur lequel je suis encore tombé par hasard (mais je me dis qu'entre Pierre Pachet et moi, il n'y a peut-être pas que du hasard) en cherchant un livre à offrir à mon juif de père à moi : "L'amour dans le temps". J'en suis à la page 5 et j'ai laissé immédiatement tomber "Confessioins d'un taoïste à Wall Street" de ce phénomène de David Paine. Il attendra. Je voudrais savoir écrire comme Pierre Pachet. Je voudrais laisser venir les idées à moi.

04 avril 2005

Pensée de la nuit N°83 : "Pour être "papabile", être baptisé suffit. Il semble pourtant que mes chances seraient faibles. Je ne me plains pas : celles de ma femme sont nulles." Hervé Letellier, Papier de Verre, billet du lundi 4 avril 2005

03 avril 2005

Un haïku par bain, 10


Un seul geste crée
D’anodins raz de marées.
Typhons minuscules !

02 avril 2005

Contribution


SHOP DUMMIES

01 avril 2005

Début de roman définitivement inachevé


C’est un homme ordinaire. Tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il a des activités ordinaires. Il conduit sa Twingo, il regarde le foot à la télé, Il part à son travail le matin et rentre le soir, il a une femme et des enfants, passe l’aspirateur de temps en temps, il fait son marché et la vaisselle quoiqu’un peu trop souvent à son goût. C’est un homme ordinaire, se dit-il, entre deux âges, plein de soucis professionnels et de traites à la fin du mois. Pourquoi lui ? Son métier voulait cela probablement. Ce coup de fil de sa secrétaire sur son portable, cet après midi : « Alain (il s’appelait Alain, il a une secrétaire, sa secrétaire l’appelle par son prénom) on cherche à te joindre » - « Qui çà ? » - « Un médecin légiste ! » - « ? » - « Il veut que tu le rappelle de toute urgence » - « Mais je suis en congé (il avait pris la communication en conduisant, il rentrait du macdo où il avait emmené sa belle fille, il avait pris son mercredi après midi - il connaît la faiblesse insigne de l’argument) qu’est-ce qu’il veut ? » - « il ne me l’a pas dit ! Mais c’est urgent, quand je lui ai dit que tu n’était pas là aujourd’hui, il a répondu que c’est aujourd’hui qu’il avait besoin de toi, il veut que tu le rappelles» «bon, je le rappelle, donne- moi le numéro ». Il a l’habitude de téléphoner en conduisant (il passe ses coups de fils pas urgent sur son trajet professionnel, pénible et long, de banlieue à banlieue, dans les embouteillages ou aux feu rouges, toujours un peu de temps de gagné, il court toujours après le temps), il compose le numéro au prochain feu rouge « médecin légiste, médecin légiste qu’est-ce que c’est que ça encore… » La petite joue avec le cadeau macdo de la semaine, arrimée à l’arrière. « Allo, c’est Haltman », on lui répond « Taine à l’appareil (c’est le médecin légiste de l’hôpital, c’est idiot mais ça le rassure, c’est professionnel) je t’appelle d’A* : un homme vient de tuer ses deux enfants et de se suicider, l’épouse me paraît bizarre.» - « on le serait à moins ! » « Oui, je sais mais justement elle prend tout très froidement, comme si elle n’était pas concernée, elle veut dire adieu à ces enfants, les embrasser une dernière fois, elle est trop bien, pas effondrée, tu vois ce que je veux dire, ça m’inquiète » -« je vois, oui (il baisse le ton et tente de parler par périphrases, la petite continue de jouer à l’arrière) C’est…sale ? » « Oui, très… il y en a partout » - « Elle veut entrer dans la pièce ? – « Elle ne peut pas, il y a les constatations et tout, mais plus tard, Qu’en penses-tu ? » - « je pense que non, pas du tout, au funérarium seulement, elle doit être vue (quand il dit ça il pense que les psy ne regardent pas beaucoup contrairement aux médecins légistes) pas immédiatement, ça ne servirait à rien, mais très rapidement, demain ou sous 48 heures, surtout si elle ne s’effondre pas, OK ? » - « OK, elle ne les voit pas, donc » - « non, elle ne les voit pas » - « OK, je te remercie, c’est ce que je voulais savoir » - « tu as mes coordonnées directes maintenant : on me rappelle dès que c’est nécessaire ». Il jette un coup d’œil dans le rétro, la petite joue toujours, il raccroche. Il se demande si l’échange téléphonique a bien eu lieu. Il y a des choses dans la vie qui ressemblent à un début de polar. C’est un début de polar. Seulement un début, parce que ce n’est pas un polar, c’est la vie : il n’y aura pas de suite(s).