31 octobre 2005

Halloween, "Dayly dose" ne met pas ses photos sur Flickr. Elle a raison, c'est une très grande photographe (thanks to JR)
Selon le compteur de "Blogger", ceci est la huit centième entrée de CISCOBLOG. Bon anniversaire à toutes les entrées ! (en général, je n'ai rien contre le franglais, mais le mot "post" est vraiment détestable dans notre langue : son manque d"e"final en fait une syllabe totalement dénuée de douceur)

30 octobre 2005

Aujourd'hui, changement d'heure. Vers cinq heures tout s'assombrit. C'est pourtant un jour où on aurait voulu retenir la lumière. C'est peut être le dernier Dimanche d'un été indien qui ne veut pas mourir. C'est un jour de fête. C'est un spectacle qui s'achève, un baisser de rideau. On dirait que personne ne veut manquer ça. La ville resplendit, sereine et sûre d'elle. Il y a comme une gravité dans l'air, une plénitude. Paris tout entier est dehors. Sur le boulevard Saint Michel, comme à la "passagietta", Les filles aux épaules nues toisent les garçons en bras de chemise. Et la ville est comme ces filles qui passent. La ville se caresse des yeux, fait mine de s'offrir aux passants. La terrasse du "Rostand" est bondée. Le ciel est rose au-dessus des grilles du Luxembourg. "Le soleil majestueux de l' automne jette ses derniers feux", dit la phrase consacrée. Quels feux ! On en redemande, on crie "bis !", "Encore, encore !" On s'installe aux terrasses pour jouir du spectacle . En sirotant mon Coca et emplissant mes yeux du spectacle des gens qui passent, je ressens cette étrange étreinte au fond de moi, qui, selon Clément Rosset, est le signe imminent de l'irruption du réel. Nathan me dit qu'il ne pourrait pas vivre ailleurs que dans une grande ville, à cause du monde dans les rues. Il veut voir la beauté en marche. Vivre sensuellement la ville. Au coin de la rue, l'aventure. La ville lui procure un sentiment océanique. C'est vrai, c'est la multitude agitée qui nous exalte. On n'aspire pas au calme quand on a dix huit ans.




Au café "La Bourgogne"

27 octobre 2005

C'est un de ces jours où la tiédeur de l'air vous donne pour la première fois de l'année la certitude que le printemps est arrivé. C'est une nuit à jeter votre veste sur l'épaule. C'est une nuit de mai. La ville est déserte et noire. Je ne sais plus pourquoi, je me retrouve sur le pont. Dix mètres sous moi, la Seine roule des eaux noires. Il neige. Mais ce n'est pas possible qu'il neige, il fait chaud. Ce sont des pétales de fleur. Des centaines de milliers de pétales de cerisier virevoltent dans l'air. Ils ne tombent pas dans le fleuve. Ils en émergent. Il y a un brouillard, une fumée, qui s'élève au dessus de l'eau, lentement, comme une aube. C'est un étrange phénomène, les pétales ne chutent pas, ils montent. On s'aperçoit même que ce tourbillon, qu'irise la lumière rosée des révèrbères, naît du fleuve. Le pont et les quais commencent à se couvrir d'un fin linceul blanc. Sous mes pieds, les pétales crissent, ils se posent sur mes vêtements, sur mon visage. Ma main les chasse. Deux ou trois me collent aux doigts. Je les regarde. Les pétales ont des pattes. De fines pattes de moustiques. Les pétales sont des ailes. Le tapis blanc que mes pas écrasent est fait de millions d'insectes tombés sur le pavé. Et il en tombe encore et encore, les uns après les autres, comme des flocons déposés par la brise. De l'eau, il en émerge sans cesse. A chaque instant, il en naît une infinité, puis une autre à la seconde suivante. Ce sont comme des successions de nappes vaporeuses. Chacune de ces éclosions, s'élance comme un jet au dessus du pont qui retombe lentement, inexorablement, sur les pavés des quais. Ce n'est pas la brise qui remue le tapis blanc : si je me penche, je peux voir les pattes entremêlées qui s'agitent, les ailes qui battent encore faiblement, la bousculade des corps qui se tordent. Ce sont des éphémères. Ils se précipitent, ils se pressent. Ils se jettent les uns sur les autres, Ils viennet de naître et aussitôt ils meurent. On dit qu'entre temps, dans un souffle d'air, ils se sont accouplés. La corruption s'installe dès la naissance. Le tapis se transforme vite en bouillie grise, plus dense que la boue. C'est une nuit de mort. L'air est incroyablement doux.

26 octobre 2005

Marronnier *





*A vrai dire, je ne sais pas s'il y a un marronnier sur cette photo, peut-être y en a-t-il un au fond, en arrière plan, mais c'est plutôt parce que je sais qu'au Luxembourg, il y a des marronniers pas loin de cet endroit. Le titre de la notule veut seulement dire qu'il s'agit d'un sujet de saison. Dans la presse, on appelle "marronnier" un sujet qui revient périodoquement et qui n'est un évènement que parce qu'il revient : la rentrée des classes, les grands magasins à Noël, Les embouteillages du 31 juillet, etc. (cf le TLFI : "le premier marchand de marrons, les crêpes de la Chandeleur, le bouquet de violettes sur la tombe de Musset, sont des marronniers (COSTON, A.B.C. journ., 1952, p.196)". Bref, un marronnier c'est un non évenement par excellence. Ca tombe bien, il n'y a aucun évenement ni marchand de marron dans cette photo, qui n'est rien d'autre que de saison. Je m'en serais juste voulu de ne pas l'avoir faite. Voilà, c'est fait et dit, mais je me demande tout de même, comme disent Enstein et Magritte réunis, si tout évènement n'est pas un marronnier et si toute image n'est pas une pipe...

24 octobre 2005

Pensée de la nuit N°90

"Je suis athée (au sens où je ne crois pas à l'existence d'un pouvoir surnaturel dans l'Univers), mais je considère que les croyants créent leur Dieu en y croyant, et que cette forme d'existence (analogue à l'existence des personnages d'un roman), si elle n'est pas scientifique (ou physique, en tout cas pas matérielle) n'est pas pour autant inférieure ou illusoire : le Bien et le Juste sont aussi des créations humaines (selon moi ou selon tout matérialiste) et ce ne sont pas pour autant des créations mineures. Si, comme l'a suggéré Nietzsche, Dieu est mort et c'est nous qui L'avons tué, alors sans doute chacun d'entre nous a le pouvoir de le ressusciter ou de le faire naître. L'erreur serait de se dire que, parce que ce Dieu est issu de notre croyance, il est illusion, il est fantasme, il est un faux dieu. Au contraire : parce qu'Il est issu de la croyance de celui qui croit en Lui, Il est réel, Il est tout-puissant — celui qui ne croit pas ça ne Lui donne pas vraiment naissance". (David Madore, blog)



Il y a un joli jeu de mot anglais : "Bodyscape". C'est une image du détail du corps. Je ne suis pas assez bon en anglais pour dire s'il est passé dans le langage courant ou s'il a seulement été forgé par des photographes astucieux. En anglais, un "paysage" est toujours un détail du pays, ce que le français ne rend pas, laissant plutôt voir comme un brouillage. Quelle pourrait être la traduction de "bodyscape" ? "Corpsage", par exemple ?..

23 octobre 2005

Je m'aperçois que je vais assez souvent faire un tour sur le blog de Lionel Dersot. Je m'aperçois par la même occasion, en tapant ces lignes, que je ne fais plus beaucoup entrer de nouveaux sites dans La Colone de Droite (LCD pour les intimes), ces derniers temps. Je me suis déjà fait cette réflexion, of line, il y a un moment. Est-ce parce que je trouve qu'il y a de moins en moins de "bons" sites ou bien parce que, au contraire, il y en a de plus en plus et que je ne sais plus lequel choisir ? C'est une question metaphysique. Mais je crois que la réponse est dans la question : c'est de créer des liens qu'il s'agit. Au sens propre. Je vous donne donc ma recette : Quand je tombe sur un site interessant, je l'insère dans mes "favoris" dans un premier temps, puis, quand il a résité, j'en fais un lien sur la page principale de CISCOBLOG dans un deuxième. C'est en général plusieurs semaines après , voir plusieurs mois, après décantation, qu'il passe en LCD. Beaucoup d'appelés, peu d'élus, donc et beaucoup d'arbitraire. Un blog sans "liens" c'est un peu comme un blog secret. Dis mois qui tu lies, je te dirai qui tu es !

21 octobre 2005

14 janvier 1993


Deux pages de mon petit carnet à dessin (auquel je n'ai pas touché depuis douze ans...) Il y en a d'autres ici
J'aime beaucoup cette page de David Madore

20 octobre 2005


Un type comme moi ne devrait jamais mourir

17 octobre 2005



Je vous ai déjà dit que j'étais un "Flickraddict". Je suis aussi un fana du viaduc de Millau. Quel rapport me direz-vous , Eh bien cliquez ici et reglez la vitesse de défilement sur une seconde (en haut à droite), vous verrez qu'il est vraiment très très beau, le rapport ! (via "Laughtomb" via l'homme qui marche")
Pour mieux flipper, cliquer ici

16 octobre 2005

Douze, 2



C'était la clé sur la porte. Comme dans le roman de Marie Cardinal, qui avait été le miroir de cette époque. Un lieu de passage, des habitués au dîner, un piano collectif, un poste de télé noir et blanc pour quinze les soirs de coupe de monde, des bouteilles de Chambertin 69 fraternellement partagées vers 1976 (année caniculaire, passée nus sous la douche, qui elle aussi deviendra une grande année dans les années 80) - je n'ai plus jamais bu la moindre goutte de Chambertin depuis - des soirées entières à faire tourner les tables à la lumière des bougies, de vrais et de faux drames, des histoires d'amour gaies et des tristes aussi. Il suffisait de monter un étage ou d'en descendre deux pour que les vies bifurquent ou tournent en rond. Le soir, parfois, l'escalier était plein comme un couloir de métro. Des piques -niques improvisés sur les paliers, des amourettes dà l'abri des rampes, des passions sur les marches. Un jour, il y eut une grande fête dans l'immeuble. Ou plutôt dix en même temps. Un thème par palier. Vin blanc au second, vin rouge au cinquième, alcools au troisième, pareil pour la musique et les herbes à fumer. L'escalier se couvrit de serpentins et de confettis. La concierge, digne mais impuissante ne voulut pas participer, elle se claquemura dans sa loge. Cela finit par un grand déjeuner, le dimanche midi, au rez de chaussée (plus tard ce furent les dîners dans la rue).



14 octobre 2005

trente troisième album d'"Asterix le gaulois". Uderzo sans Goscinny c'est comme Erckmann sans Chatriand , Roux sans Combaluzier, Vautrin sans Frank et Michard sans Lagarde. Ce soir, je me suis perdu là, à la recherche de souvenirs oubliés...

13 octobre 2005


Ah les affichistes polonais !... (dans la "Boîte à Images")
Philip Roth a encore raté le Nobel.

12 octobre 2005

A cause de Jean Claude Bourdais je me suis perdu des heures sur le plus que remarquable "Picasso on line project" (c'est beau, internet)

09 octobre 2005



Tiens, il faudra que je pense à mettre à jour la rubrique "j'ai lu", sur la colonne de droite. Je viens de refermer, l'un après l'autre, "Les Abeilles et la Guêpe", de François Maspero et "Rencontre avec Roger Gentis", entretien avec Patrick Faugeras. Il est rare de tomber ainsi, coup sur coup, plutôt par hasard , sur deux livres qui collent aussi bien à votre histoire personnelle. A la toute fin des années 60, il arrivait qu'on vous réponde avec un sourire condescendant, quand vous demandiez où on avait acheté tel ou tel livre : "Ca ne s'achète pas, ça se vole chez Maspero !" C'était à la mode chez les gauchistes, vu qu'on ne portait jamais plainte, chez Maspero. D'ailleurs "si vous ne pouvez pas acheter Hara kiri, volez le !" disait le journal. On dit que c'est ce qui a coulé la Librairie. Quand je n'achetais pas de livres rue Saint Séverin, je furetais ou lisais sur place les passages qui m'interessaient. Je n'ai jamais volé de livres chez Maspero. Je le jure. C'était l'endroit où l'on trouvait l'indispensable "Lettre au parti communiste polonais" de Huron et Modlesewski, le "Staline" de Souvarine, les manuels militaires de léon Trotski, ceux du président Mao, "Rouge", le journal qui "annonçait la couleur", la revue "Partisans", "Aden Arabie" de Nizan, mais aussi les "Voies de la crétion théâtrale", les textes de Tadeuzs Kantor, les livres de Fernand Deligny et l'"Ordinaire" du psychanaliste. En 1970, en quatrième année de médecine, j'y découvris "Les murs de l'Asile" de Roger Gentis qui reveilla définitivement mon ancienne vocation pour la psychiatrie. Pour la première fois on parlait de la folie et de la psychiatrie en langage "ordinaire" avec des mots de tous les jours. Ce n'était pas la fameuse "image romantique" de la folie, mais une image qui donnait envie de se mettre au travail, simplement. Un tout petit peu plus tard, je croisai Gentis à l'hôpital de Moisselles, quand il venait participer aux groupes de travail de Jean Ayme. Je le revois calé dans son fauteuil, posé, ne collant pas tout à fait à l'image d'iconoclaste qu'on attendait de l'auteur du livre. Cela me fait penser à un collage. Comme celui de Picasso qui orne cette entrée. On dirait que Picasso et Braque (plus que Matisse, pour qui c'était surtout une question de forme) auraient inventé l'hyper texte : Il y a des formes, donc, des lignes, des couleurs, des "textures", comme on dirait maintenant, le linoléum, le papier journal, mais il y a aussi une guitare. Enfin, "il y a" ... Tout cela dessine une guitare. Mais aussi, va guement, un personnage. Il y a comme une guitare, plutôt. Ou un personnage. Ou les deux, l'un jouant de l'autre. On n'en est pas complètement sûr, d'autant qu'il y a aussi une espèce de commode à tiroirs, qui vient tout brouiller, on ne comprend plus très bien. Finalement, sont-ce bien une guitare, un personnage, ou seulement la juxtaposition d'un bout de lino et de papier journal ? (C'est le vacillement du sujet, en voie de disparaître, la naissance de l'abstrait, mais Picasso ne lachera jamais). Maspero, Gentis. Maspero, Gentis, Picasso, Braque. Maspero, Gentis Picasso, Braque, guitare, commode : des liens qui flottent au dessus du texte, des textures sur une image, des images juxtaposées dans ma mémoire. Le collage incertain qui dessine un bout de ma vie.

08 octobre 2005

Un haïku par bain, 25


Aux derniers rayons

Du fragile soleil d'automne
la fatigue infuse

05 octobre 2005

Fin du ravalement de Archives. Ouf, tout marche !

04 octobre 2005

John Doe. Dans le Tumulte qui est vraiment, mais vraiment, un bon titre (quand je pense qu'au moment même où je frappe ces lignes (qui vont, dans une minute, être envoyées dans l'espace intersidéral et rejoindre des milliards d'autres lignes errantes) des millions d'autres personnes frappent, elles aussi des lignes qui, dans une minute, vont, etc...)

03 octobre 2005

Je relaie, via Parisist, ce lien vers le parquet de Jeannot qui est actuellement exposé à la BNF. Psychiatre et amateur d'art, comme on dit, je devrais me considérer comme un amateur d'art brut, sinon comme un spécialiste. Je ne le suis pas, spécialiste, ni même amateur, ou du moins très peu. J'ai quatre ou cinq tableaux dans mon bureau que j'ai achetés (oui, achetés, pas à prix d'or, certes, mais à un "vrai" prix) à des patients qui fréquentent le CATTP (Centre d'Accueil à Temps Partiel) du service dont je m'occupe. D'autres, assez peu nombreux, m'ont été offerts. J'ai aussi une sculpture. Je me suis toujours refusé à en faire une collection, comme certains de mes illustres confrères ou maîtres (Bonnafé, entre autres), j'ai déjà parlé dans ces pages de "mon" tableau de Mary Barnes. Mais il y a moins d'oeuvres d'art brut dans mon bureau que d'oeuvres d'art tout court (ce sont toutes des reproductions, évidemment : Matisse, Rembrandt, des antiquités egyptiennes du musée du Louvre et j'en passe.) J'adore Gaston Chaissac. Je suis abassourdi par le facteur Cheval et nombre de ses émules (sans jeu de mot), comme le petit Pierre et son manège à la "Fabuloserie" de Dicy sur Yonne. La folie de Van Gogh m'a passionné il y a très longtemps. J'avais adoré "l'enterrement dans les blés" de Vivianne Forester, qui a longtemps été mon livre préféré (ce qui me donne l'occasion d'éditer la Pensée de la nuit N°90, en passant). Mais je ne pense pas vraiment que tout ça s'appelle de l'Art brut, encore moins Van Gogh, bien entendu. C'est de l'Art tout court. Un point c'est tout. La folie, malgré toute la fascination qu'elle peut inspirer, reste secondaire. Souvenons nous, par exemple, que la maladie mentale et les artistes maudits ont été inventés à la même époque, au XIX° siècle. L'art et la folie n'ont qu'un seul point commun : l'humanité. Ce qui revient à dire qu'il y a pas mal de patients qui dessinnent ou barbouillent un peu partout dans les CATTP ou dans les ateliers d'Art-thérapie et qui ne sont pas des artistes. Excusez moi. Le pourcentage de vrais artistes y est aussi infime que dans la population générale, pour employer l'expression consacrée. Je suis tout à fait pour qu'on s'exprime. Et c'est très bien qu'il y ait des ateliers de poteries et des groupes de peinture dans les CMP, c'est très bien aussi qu'on ne passe pas son temps à "interprêter" les productions des patients dans leurs moindres détails, ça n'a jamais mais au grand jamais eu à voir avec des dessins d'enfants. En publiant cette notule, au fil du clavier, j'en viens à me dire que CISCOBLOG est, peut être, au même titre que tous les blogs, un bel exemple d'Art brut contemporain. Comme les "artistes" de l'Art brut (les "artbrutistes"), les blogs posent la question du rapport à la publication. Pour aller vite, j'y reviendrai peut-être un jour, internet permet au "blogger" l'économie de la critique, puisqu'il s'autopublie pratiquement sans le moindre frais. Un "blogger", même s'il s'implique dans le processus de l'écriture, n'y met pas son existence en jeu. A celui de l'édition réelle, il n'aurait jamais été publié. Il n'a donc d'existence que virtuelle, à moins, évidemment, qu'il ne soit écrivain par ailleurs. Cela ne fait que sourdre de lui. Pour moi, par exemple, "le Tumulte" de François bon, qui n'est pas un blog contrairement aux apparences, mais une vraie entreprise littéraire, est beaucoup plus un OVNI que n'importe quel blog à prétention littéraire (je ne veux evidemment citer personne). Le blog flotte au hasard sur le net. S'il rencontre un public, c'est seulement grâce à la statistique ou à la loi des grands nombres, pas grâce aux vrais efforts de son gestionnaire. A l'Internet, qui n'est rien d'autre qu'une juxtaposition infinie de solitaires devant leurs écrans, il manque la société, le risque. Deux choses, donc, au moins sont nécessaires dans l'Art : l'oeuvre, ce qui est fait, et le public, ce qui le regarde, l'écoute, en jouit. Pas d'Art sans public. Pas d'Art sans collectif, sans société, pas d'Art sans risque. Il y a toujours eu des artistes "fous", mais ils avaient leur propre idée du public, au moins dans leur tête. Ils ont eu droit, malgré leur folie et leur insuccès, voire même à leur médiocrité, à l'appellation d'artiste tout court. Mêmes incompris, ou justement à cause de cela, ils ont desespérément cherchés à ce qu'on les voie, les entendent, les lisent, quitte à en crever. Dès qu'un "arbrutiste" (Gaston Chaissac en est le meilleur exemple) pense à un public, c'est à dire une oeuvre, et non plus un simple produit, dès qu'il pense à faire éprouver à un autre ce qu'il exprime, il quitte le statut d'artiste brut et prend celui d'artiste tout court. Un artiste brut est un artiste qui ne pose pas lui-même la question de son public. C'est toujours l'autre (galériste, amateur, curieux ou scientifique) qui désigne l'artiste brut. L'artiste se désigne toujours lui-même, par son désir de montrer son oeuvre qu'il fait oeuvre en le montrant. Il manque à la production de l'"artbrutiste" qu'elle ne se définisse pas avant tout par rapport à l'autre. C'est en cela qu'elle n'est pas oeuvre. Pur produit du corps, voir déchet, excretion, sécrétion, encore le corps lui-même, pas déplié, invaginé dans lui-même, pour ainsi dire, elle ne défie pas l'autre. Que ce "produit" soit essentiellement humain, aucun doute. Mais qu'il soit artistique, c'est une autre histoire. Il peut y avoir des artistes qui ne trouvent jamais leur public, ce qui veut dire que la possibilité d'un "mauvais" artiste, ou bien celle d'oeuvre nulle, existe. L'Art brut échappe toujours à cela. Il n'y a pas de bon ou de mauvais artiste brut. Cela n'a pas de sens, cela ne se "donne" pas, en tout cas pas comme oeuvre. l'artbrutiste marche sur une seule patte, celle du Corps, et jamais sur celle de l'Autre. L'artbrutiste a probablement pris d'autres risques. Mais dès qu'il en forme le désir, dès qu'il se met à produire une oeuvre, il devient sans délai un artiste tout court. Exit l'artbrutiste et le folklore. C'est dire si l'Art brut est un oxymoron, ou bien les blogs, c'est le même.

02 octobre 2005

Tetracapillotomie pseudosociologique, 3 (ou 4 ?)

Bill Murray était déjà très connu avant "Lost in Translation". Mais ce film en a fait un véritable grand du cinéma mondial et l'a hissé, à juste titre et vu son âge, au niveau des derniers colosses hollywoodiens, de la trempe de Sean Connery ou de Clint Esatwood (juste un degré en desous de Robert Redford et de Paul Newman.) On se met à construire des films entièrement autour de son personnage de grand Duduche pas nunuche, déprimé comme il faut devant l'absurdité du monde, democrate un tantinet schizophrène. "Broken Flowers", de Jim Jarmuch serait juste un bon petit film s'il n'y avait pas Bill Murray. Grâce à lui, il passe dans la catégorie des très bon films. "Lost in Tranlation" et "Broken Flowers" son de relativement petites productions, des films dits d'auteurs. D'ailleurs "Broken Flowers" est dédié à Jean Eustache. Qui connaît Jean Eustache aux Etats-Unis ? (qui y connaît d'ailleurs Jim Jarmuch, se risquera-t-on à demander ? (et qui connaît Jean Eustache en France, par la même occasion ? )) Dans une "grande" production, le personnage de Bill Murray serait cantonné à des seconds rôles, il aurait même des chances d'obtenir un Oscar du meilleur second rôle, mais il resterait un honnête personnage de second plan. On ne fera jamais une "grande" production autour de ce personnage-là. Je dis le personnage, car l'acteur Bill Murray, à condition de laisser tomber le personnage, est probablement tout à fait capable de tenir des premiers rôles dans de "grands" films hollywoodiens. Mais ce n'était pas pour faire le critique de film que je voulais parler de "Broken Flowers" (allez tout de même voir "Broken Flowers", si ce n'est déjà fait, vous passerez un bon moment). Il y a dans ce film une scène de dîner compassé assez drôle, où tout le monde s'emmerde et où la nourriture n'est même pas bonne. Les trois convives (dont le personnage de Bill Murray) sont des gens très "comme il faut", ils se tiennent très bien à table. C'est de cela que je voulais parler, se tenir à table. Juste un tout petit détail, pour rester fidèle à l'esprit nombrilique de Ciscoblog, rester dans mon "personnage" à moi. Je me suis rendu compte que personne ne tenait ses mains sur la table, dans cette scène où tout le monde est bien élevé. Pourquoi avons nous cette impression étrange de mauvaise conduite, d'impolitesse, voir de "saleté" ? Parce qu'ils se touchent le corps en mangeant. Et en plus sous la table, c'est dire qu'on ne sait pas à quel endroit ! Chez nous, quand on est bien élevé, il faut laisser les mains sur la table. Chez les anglo-saxons, c'est l'inverse, il ne faut pas les y poser : dès que l'on ne se sert pas du couteau, la main libre doit disparaître, on doit la poser sur les genoux, sous la table, ce qui est justement tout à fait prohibé chez nous. Je pense que dans les deux cas c'est exactement pour les mêmes raisons, tout aussi puritaines : attirer le moins possible l'attention sur le corps. En France, il est inconvenant de le toucher en mangeant, d'où la nécessité de montrer ses mains en permanence, et chez les anglo-saxons ces mains mêmes ont quelque chose d'obscène, donc il faut les cacher. Il y a une dialectique entre la table et le corps : en Angleterre, elle ne doit pas faire corps avec le corps, elle ne doit pas êttre en continuité avec lui, en France les mains doivent en quelque sorte appartenir à la table, se séparer du corps, donc on doit les poser sur la table. C'est un peu comme la circulation, à droite et à gauche. C'est aussi une question de politesse - "je n'agresse pas, je n'en ai aucune intention", ni physiquement, ni sexuellement - , pas du tout une question de sécurité, ça existait bien avant les voitures. Se croiser sur un chemin, quelle grande difficulté : par quel côté se laisser passer (comment montrer qu'on ne va pas sauter sur l'étranger qui vient à nous et qu'on ne va pas l'étriper) ? Il n'y a pas trente six solutions : définir à l'avance le côté par lequel on va se croiser. Il faut bien "trancher", assez arbitrairement entre les deux solutions possibles, comme les mains, qu'on sépare ou non du corps. A droite, dans le Midi, car il faut montrer sa "droiture", à gauche, dans le Nord, parce qu'en cas de besoin on pourra toujours tirer l'épée plus facilement... Bon, que tout cela ne vous empêche pas d'aller voir "Broken Flowers". Bonne nuit.
Je ne suis pas parmi les 800 000 heureux élus du petit Nicolas... Tant mieux !