27 mai 2006

Sereine jeunesse, 5


Sur la vidéo ( que nous avons perdue et qui est, ne l'oublions pas, la copie du film en super huit, perdu, lui aussi) les images s'accélèrent. Un grand pano de Moscou qui donne le mal de mer avec des zooms exagérés sur les gratte ciels staliniens en plans de coupe, l'intérieur du stade Lénine vide et impressionnant (le stade de France, par exemple, ne sera construit que 32 ans plus tard), avec, pano dans l'autre sens et toujours mal de mer, le tremplin de saut à ski, délaissé par les trente cinq à l'ombre de l'été moscovite, un voyage en bateau mouche sur la Moscova un dimanche, je me souviens très bien du jour à cause des foules en maillot de bain sur les rives du fleuve, le bourrage de crâne permanent par les soit-disant étudiants qui sont montés avec nous jusque sur le pont du bateau, ils commencent tout juste à nous agacer mais c'est loin d'être fini, il faudrait être complètement aveugles pour ne pas s'apercevoir que nous sommes entourés de barbouzes, ou idiots pour les prendre pour de simples étudiants, d'ailleurs ils sont tous bien plus vieux que nous, des images des bâtiments complètemnt kitchs de l'exposition permanente des Républiques Soviétiques avec
au dessus de la foule et semblant marcher dessus, toute une profusion de grandes statues dorées à l'or fin d'ouvriers et de paysans au regards d'acier mais lointains, braqués sur l'horizon radieux. Une visite à Zagorsk pour nous montrer combien le mauvais traitement de l' Eglise par le Parti est une honteuse calomnie, image convenue mais très jolie d'un groupe de vielles babouchkas dévotes en noir eet fichus assises sur un trottoir et attendant Tolstoï ou seulement le bus qui les ramènera dans leurs banlieues boueuses sur fond de bulbes en forme de glace à l'italienne pistache fraise, la gêne, voire la honte, de nos guides qui ne les voient pas pour la première fois et qui manifestement n'en croient toujours pas leurs yeux, une autre dans un Sovkhose (ferme d'état, à ne pas confondre avec un Kolkhose qui est une collectivité privée, ah ah.) On nous voit, sortant uns à uns des clapiers ou des étables, un sourire idiot sur le visage, en blouse et chaussons blancs à cause des microbes capitalistes, tapoter la tête des veaux et des porcs, caresser les poussins et les petits lapins, passer au large des troupeaux d'oies, comme des officiels du parti en tournée d'inspection et en goguette. Tout se termine d'ailleurs par un plan assez sombre du douzième toast porté au grand banquet du soir à l'amitié franco-soviétique qui a le dos large et dont on taira le taux d'alcoolémie. Ne pas oublier que nous sommes la délégation française au festival des Jeunesses du Monde : images non moins sombres d'une immense salle de bal avec notre sempiternel orchestre de Jazz sur l'estrade qui joue cette fois ci des airs yéyés. Nos non moins sempiternels barbouzes se déhanchent en rythme à qui mieux mieux, ils s'appliquent mais "nos" filles les ignorent. Images prises à l'aveugle les bras tendus au dessus de la foule (enfin, petite) d'un dépôt de gerbe à la mémoire de Maurice Thorez, mort il y a seulement deux ans, sur le quai du même nom, pas loin du Kremlin qui a du être débapitisé et plusieurs fois rebaptisé depuis.

(suite au prochain numéro, vous pouvez lire les précédents épisodes de "Sereine Jeunesse"
en cliquant sur le lien sur la colonne de droite)

21 mai 2006

AUTOROUTE

envie de tracer...

20 mai 2006

Un haïku par bain, 35


C'est jour de tempête.
Ma baignoire est sous les combles :
Je trempe à l'abri.

17 mai 2006

Petits poèmes d'embouteillage, 1

Au feu me voici fait comme un rat !
France info a égrèné ses titres,
Devant la glace je fais le pitre,
Et dans mon nez je fourre les doigt !

16 mai 2006

Pensée de la nuit N° 101

"Quand les garçons étaient petits, je leur expliquai que le génie de la Bastille, chaque nuit, à minuit, prenant soin de ne pas être regardé, passe d'un pied sur l'autre pour soulager ses crampes. A ce sujet, ils ne savaient sur quel pied danser." Underground, Journal poétique paraissant le mercredi

14 mai 2006

Pour continuer sur P. Roth, duquel nous attendons avec impatience la parution en France l'avant-dernier roman, "The plot against América", Christine G. nous rapporte ceci :" peut -être t'interressera t-il de savoir qu'au Pays Bas, ce minuscule pays d'environ 15 millions d'âmes, la semaine dernière, quand j'y étais, j'ai été fort surprise de découvrir dans les rues d'Amsterdam et d'ailleurs, des panneaux taille Decaux avec le protrait de Philip Roth à l'occasion de la sortie de son nouveau roman "Everyman", pas celui qui sort fin mai en France et qui a l'air d'ailleurs fort bon (cf le Monde 2 de cette semaine) mais le... prochain, encore même pas sorti aux Etas-Unis (m'a expliqué un vendeur de librairie que j'ai interviewé) mais qui est... déja traduit en batave. Etonnant, non ?" Yes, astonishing ! (un petit coup de pub gratuite pour "Le Monde" au passage...)

13 mai 2006

La République des Livres nous annonce que selon the Book Review, le meilleur roman américain de ces 25 dernières années est "Beloved" de Toni Morisson (qui était au programme de littérature pour le bac l'année dernière au lycée de Nathan) devant "Underworld" de Don delilo (je ne l'ai pas lu) et "Blod méridian" de Cormac mac Carthy (qui m'était tombé des mains il y a plus de dix ans, pouvez vous lire Cormac Mac Carthy, vous ? moi non.) On remarquera que Philip Roth, notre pref à tous, est cité six fois sur les vingt deux romans nommés par le jury de 200 huiles de la littérature outre-atlantique. Décidément notre cher Philip est victime d'une véritable malédiction : chaque année, il perd le Nobel de peu et voilà qu'il ne gagne qu'"à la moyenne" le prix du meilleur roman des vingt cinq dernières années . Je n'ai rien du tout contre Toni Morisson, qui a remporté le Nobel, ni contre Delilo qui n'est pas toujours ma tasse de thé, mais tout de même, finira-t-on un jour par distinguer à sa juste valeur notre meilleur écrivain préféré ?

10 mai 2006

AT MY NEIGHBOUR'S



Vue sur la maison de mon voisin (ce qui est loin d'être une image juste, mais juste un image, comme dirait Godard...)

Pour contourner le problème de mise en page mystérieusement apparu sur Blogger j'ai republié certaines des dernières entrées. Les grands habitués de ces pages s'en sont très certainement aperçus, les autres n'y voient que du feu ! A plus pour encore plus de CISCOBLOG !

Il est difficile de se faire une véritable idée de la bibliothèque de Babel, celle de Borges. Elle contient non seulement tous les livres qui ont été écrits dans le passé, ce qui, impossible en réalité, peut encore théoriquement se concevoir, mais aussi tous les livres du futur, tous les livres à venir. Elle contient absolument tous les livres, tous ceux qui on été ou seront écrits. Ce qui revient à dire que tout a toujours été écrit et que tout est toujours la réécriture d'un livre déjà existant de toute éternité. Il ne faut pas chercher lequel à moins de croire en Dieu. Aucun livre n'est orphelin. tout livre est fils ou fille de livres. Ces lignes même que vous lisez en ce moment, qui, magré leur désir de liberté, ne peuvent se détacher de vos yeux, ces lignes mêmes, par exemple, ont déjà été écrites sur la colonne d'un temple d'Uruk, en 3459 avant jésus christ ou bien seront écrites en 3005, redécouvertes 150 ans plus tard sur la carlingue d'une épave de vaisseau dérivant au large de Proxima Centauri. De telle sorte que, comme le dit Pierre Ménard, il est parfaitement possible de réécrire, non pas de copier de mémoire, mais d'en inventer une nouvelle version, de l'écrire à nouveau, absolument conforme à l'original, encore plus exact que l'original, pour ainsi dire, n'importe quel livre du passé ("Don Quichotte" ou "les Misérables"), à condition de se mettre le plus exactement possible dans la peau de son auteur pour le faire vivre à notre époque (donnez aussi un milliard de machines à écrire à un milliard de singes, laissez les taper n'importe quoi pendant un milliard d'heures et il en sortira très certainement une version d'Hamlet de Shakespeare parfaitement identique à l'original, en vertu du fait qu'on peut parfaitement décider de regonfler une roue crevée, sans pompe à vélo, en la tenant simplement en l'air : le fait que suffisamment d'air se retrouve un jour dedans, par le simple jeu du mouvement naturel des molécules, est une certitude mathématique, il suffit d'avoir un temps infini) Et encore peut-on faire abstraction des livres du futur, des volumes en eux mêmes, puisqu'on a la certitude qu'ils ont déjà été écrits dans le passé et que donc, en cherchant bien dans la bibliothèque on les retrouvera à tous les coups. Et, de fil en aiguille, pourquoi ne pas alors faire abstraction des livres du passé eux même, puisque, toujours en cherchant bien on pourra toujours en trouver un exemplaire déjà écrit auparavant. On pourra même dénicher le livre unique qui contient tous les autres de toute éternité, celui dont la page centrale n'a pas de verso. Bien sûr il faudra (on ne prend pas de risque à employer le futur) beaucoup de temps pour le dénicher, mais il existe, caché au milieu d'un rayonnage. Ainsi j'ai trouvé hier à la librairie "Compagnie", s'est offert à moi, le livre d'Antoine Vivaux, "Senesco", dont je suis également bien entendu l'auteur, exactement comme vous êtes vous même l'auteur de ces lignes, c'est à dire qu'en les lisant vous leur donnez leur sens. C'est un livre écrit entre 1987 et 2004 à raison d'une vingtaine de lignes par jour pas tous les jours qui est le journal intime de l'expérience du temps qui coule et du vieillissement au jour le jour. Il s'agit de l'une des tentatives de donner au temps une matérialté les plus pathétiques que j'ai jamais rencontré ( avec, peut être, "Vingt lignes par Jour" d'Harry Matthews"et "W, ou le souvenir d'enfance", de Georges Perec ou, dans un autre d'ordre d'idée, "Ostinato" de René Louis Desforêts). Exactement comme si j'avais trouvé le livre de tous les livres. Je ne l'ai pas encore lu. Je ne l'ai même pas ouvert. Je l'ai rangé au milieu de ma bibliothèque, parmi les autres.

Gros coup de tabac au boulot, en ce moment. Et le soir, encore boulot ! Plein d'idées pour CISCOBLOG mais pas de temps. Entre deux expertises, juste celui d'un petit tour sur le net sur et mes liens préférés : "L'homme qui marche" remanie son blog, il tente un mixte intéressant entre blog et photoblog, c'est un peu la double formule chère à Libé, à suivre. Rien de nouveau chez Alexandra Bovarini, mais avec elle il ne faut jamais désespérer, elle réapparaît toujours au moment où on s'y attend le moins. La Boite à Images ne faiblit pas, toujours aussi pertinente et percutante, Lunette rouges arpente l'Europe de l'art, cliquez ici aussi, superbe, et David madore madorise à qui mieux mieux. Mais ce n'est pas le tout, faut que je retourne à "Word", bye.

Il y a deux ou trois soirs j'ai revisité "La tentative d'épuisement sentimental de la description du boulevard Saint Michel" jadis ici publiée. J'en ai même rafraîchi la présentation à l'aide de mon nouvel éditeur de site. J'ai écrit ce texte il y a cinq ans et je l'ai mis en ligne il y en a trois. Enfin, je dis çà, mais je ne me souviens plus exactement quand. Je ne l'ai pas daté. C'est un comble, une grosse erreur (mais c'est comme ça. J'ai failli, en tapant ces lignes lui en donner une fausse, à peu près plausible, genre "17 avril 2001" ( "...du boulevard Saint Michel, ici publiée le 17 avril 2001"). Je n'ai pas retrouvé encore le carnet Clairefontaine d'origine où j'ai pris les notes qui me permettrais de dater précisément le texte et je ne sais pas si j'aurais le temps suffisant pour le retrouver un jour. J' ai arrêté de prendre systématiquement des notes à la fin des années 90. Il y a une pile de carnets Clairefontaine à spirales (du format le plus épais, ni trop petit ni trop large) cachée au fond de mes étagères dans la vague et bien entendu vaine attente des archéologues du futur. Certains n'ont pas été consultés depuis plus de dix ans, voire quinze (quel abyme !) Je viens de m'interrompre pour y jeter malgré tout un coup d'oeil. Au hasard, je suis tombé sur celui qui porte l'étiquette (elle aussi Clairefontaine à larges ligne bleues et double liseré aux coins coupés) libellée "du 9 mai 1989 au 19 novembre 1989" En l'ouvrant à la première page venue, je lis, datées du 14 août 1989 les notes suivantes (et j'arrêterai là cet inquiétant voyage en arrière dans des gouffres insondables) : "premières idées pour un projet de papier intitulé "Espace Mémoire forme - cf la mémoire et l'oubli - Odile et son geste du pouce et de l'index - l'histoire du mec à la télé - "Je me souviens" de Percec..." Ces lignes, tracées jadis de ma main, me sont maintenant étrangères faute de les relire seulement pour la première fois après quinze ans, mais pas tout à fait. Par exemple "la Mémoire et L'oubli" est un livre de Bergson (mais peut être n'est ce qu'un article ?) auquel je crois bien n'avoir pratiquement jamais repensé depuis, je ne me souviens non plus très bien du geste du pouce et de l'index d'Odile mais je suis sûr qu'il ne s'agit pas de celui qui imite le compte de billets imaginaires et, en revanche, je ne me souviens plus du tout de quel mec il s'agit, ni quelle histoire à la télé ni même de quelle télé, ni même pourquoi j'ai noté de m'en souvenir. Les secondes idées pour un projet de papier n'existent probablement pas et je suis sûr de n'avoir jamais publié aucun papier sur le sujet, c'était bien avant les ordinateurs, internet et Ciscoblog ... bref, je ne me souviens plus de la date précise à laquelle je décidai d'écrire la "tentative d'épuisement du Boul'mich", très impressionné depuis déjà un certain temps par celle, princeps, de G. Perec, dans son projet de livre qui ne vit jamais le jour et qu'il voulait appeler "Lieux". Il avait pour objectif, disait-il, de "rendre compte d'un triple vieillissement : celui des lieux eux même, celui de ses souvenirs et celui de son écritures". Dans la "tentative de description de choses vues au carrefour Mabillon le 19 mai 1978" on peut lire, même si on est pas du tout au courant du "cahier des charges" extrêmement précis et complexe qui lui donne forme et origine, des successions de courts paragraphes, qui sont autant de strates déposées les unes sur les autres au cours du temps, de souvenirs accumulés mélangés à des observations notées en "temps réel". Le plus fort est bien entendu que cela reste lisible et c'est ce qui constitue le génie de Perec. Je ne suis pas du tout sûr que "ma propre" tentative d'épuisement (le plus misérable étudiant tente toujours d'imiter son inaccessible maître) soit lisible. Je sens pourtant que le temps est venu d'ajouter la première strate, tentant de donner au texte une première autonomie. J'annonce donc que vais, dans les semaines qui suivent, parcourir à nouveau le boulevard Saint Michel, le carnet à la main (Clairefontaine à spirale, bien sûr !) mais aussi avec une copie imprimée du texte, pour noter tous les changements dans les lieux décrits jadis. Ces nouvelles descriptions seront ajoutées à la suite des premières, à la fois ici sur Ciscoblog, en ligne, et datées, sous une forme que je n'ai pas encore entièrement déterminée, et au sein du texte déjà rédigé il y a cinq ans et archivé ici, à peu près au fur et à mesure. Il vous suffira de cliquer sur ce lien pour consulter le vieillissement même d'un souvenir, d'un lieu et d'un texte. Vaste programme, non ? A bientôt !

Ford Sierra, 1


Toute la journée, nous restions à l'abri des murs rouges de la fattoria épais comme ceux des coffres forts. Allongés pour la sieste à même le carrelage nous ne parvenions pas à nous rafraîchir. les gosses poursuivaient les chats dans des escaliers à la Piranèse ou on garait les vélos. Ils jouaient au foot dans de petites cours fleuries. Il y a une photo de Nathan en marinière et salopette courte appuyé contre une ancienne jarre d'huile bien plus grande que lui. Sur les paliers, au fond de sombres niches, veillaient des madones de pierre usées. Un peu après quatre heures de l'après midi, il fallait bien sortir, n'était-ce que pour les courses. Il fallait descendre lentement la colline, la clim à fond sous peine de fondre, du côté des vignes, et rejoindre la Via Cassia qui serpentait à travers les champs brûlés parmi les cyprès en processions qu'on peut voir sur toutes les cartes postales. Un quart d'heure après, on entrait dans Sienne par la Porta Romana et l'asile San Nicolo. Avec un peu de chance, à cette heure, où le flot des touristes commençait à refluer, on pouvait se garer en épis à l'ombre du mur qui faisait face au vieil hôpital. Ses grilles ne gardaient plus que deux palmiers assoiffés aux feuilles jaunies et des agaves géantes en fleur. J'aurais adoré y travailler au milieu des fous arrachés aux arbres et des bonnes soeurs en cornette. Trop tard : il était désaffecté, peut-être depuis la loi 180. Sa bibliothèque était transformée en musée. Nous nous asseyions à une terrasse pour boire de la liqueur d'artichaut avec des câpres fraîches, énormes, grosses comme des billes, rangées en cercles sur des soucoupes. On était en pleine époque de préparation du Palio. A travers ruelles et passages, des processions silencieuses menaient, derrières deux ou trois rangs de lansquenets sérieux comme des papes, battant tambour et maniant les gonfalons, des chevaux et leurs cavaliers recevoir la bénédiction dans des églises tapies au fond de petites places pavées. On dressait déjà des tablées longues comme des rues pour les banquets de la victoire. Totalement indifférente aux étrangers, quartier par quartier, la ville se refermait sur elle même comme jamais avec la gravité des veilles de batailles. Plus tard nous contemplerions la tombée de la nuit et les étoiles s'allumer assis par terre à même le pavage de la Piazza del Campo qui est sans conteste la plus belle place du monde. Ou bien nous filerions dans le crépuscule jusqu'à Pienza, bourrée de palais baroques, manger des spaghettis aux rougets ou des pizzas à la roquette dans un restaurant où l'on servait les trois plats et où on mettait la bouteille de grappa sur la table à la fin du dîner.

07 mai 2006

je me souviens


de Rudy Altig, mais alors je ne sais vraiment plus pourquoi !

04 mai 2006

Pensée de la nuit N° 100


"En Italie, pendant les trente ans de régne des Borgia, il y a eu la guerre, la terreur, des crimes, du sang versé, mais cela a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, il y a eu l'amour fraternel et cinq cents ans de démocratie et de paix... Et qu'est-ce que ça a donné ? La pendule à coucou..." Orson Wells dans "Le troisième homme de Carol Reed


Je m'aperçois que demain Ciscoblog aura 8 ans moins 1481 jours. Bon anniversaire CISCOBLOG !

02 mai 2006

Un remarquable article en forme de cours magistral de sociologie. Classes moyennes, le grand retournement



Brillant ! (déniché par Boing Boing sur un site francophone (ça me rappelle le "22 à Asnières" de Fernand Reynaud - cliquez zici !))

01 mai 2006

Alternative, 6


Entre une secrétaire d'état virtuose du piano et un cinéaste pas terrible à la clarinette je choisis toujours le Woody
Pensée de la nuit N° 99


"Si tu téléphones à une voyante et qu'elle ne décroche pas avant que ça sonne, raccroche ! " David Madore
Douze, 6


Il y eut le groupe de Rock punk newyorkais ramené par Bernard Z., dit "Biquette", plus vrai que nature mais tous gentils garçons, qui avaient dormi "à la dure" sur la moquette et le lino de la cuisine et ne sortaient presque jamais même la nuit de peur de faire du tourisme ou prendre des coups de soleil ou nous ne savions quoi, dont les groupies avaient occupé des temps exagérément longs la minuscule salle de bain, y avaient volontairement dégradé au rouge à lèvre notre photo préférée de Marylin Monroe. Ils avaient attendu des semaines, pratiquement sans quitter la cuisine où ils enfilaient des bières, des joints et écrivaient des poèmes avant de "passer" une seule soirée en lever de rideau aux "Bains Douches" dans l'indifférence générale, impassibles et raides sous les décibels de leurs guitares sursaturées. Ils étaient retourné aux States aussi inconnus qu'avant. Il y eut les colocs (mais on ne disait pas encore comme ça) d'A.F. anglais, américains, allemands, norvégiens, péruviens et burundis. Ceux qui étaient pianistes venaient jouer du Debussy ou du Schubert dans notre couloir, les autres apprenaient les rigueurs des voyages de formation en se disputant le frigo dans le minuscule trois pièces d'à côté où A.F., en véritable femme-orchestre et reine du pense à tout, remplissait, sans ménager sa peine,
en plus de son métier d'institutrice bilingue, les triples fonctions de logeuse, agence matrimoniale et postière . C'était, en plus, une as des travaux d'aiguille et du petit bricolage, des liserés de dentelle et des nappes à carreaux. Elle avait placé quelques piges dans "Cent Idées" et remédiait avec génie aux petites misères de la vie. Elle correspondait avec la terre entière et ne perdait jamais ses amis de vue. Si le poste de maire avait éxisté au Douze, elle aurait sûrement fait campagne et raflé les voix. Surtout, elle avait fait la jonction avec les natifs. Elle avait sympathisé avec une famille autochtone qui s'était saignée, quelques années auparavant, pour accéder à la propriété d'un petit appartement du sixième et avait des vues sur la chambre de bonne d' à côté. Elle avait su leur montrer qu'ils n'avaient rien à craindre de l'invasion pacifique de leur immeuble par notre troupe de babas chevelus et locataires, bien au contraire : les prix montaient quatre à quatre. Ce fut l'Age d'Or du Douze, tout l'immeuble se retrouva, au moi de mai, pour un grand dîner oeucuménique auquel la concièrge refusa encore de participer (on a sa fierté) avec chandeliers et nappe blanche dans la rue, ce qui au milieu des années soixante dix ne se faisait encore pas tant que ça.