30 septembre 2006

Psychiatrie humanitaire (sic), 3



On est toujours un peu le spectateur de sa propre vie. A certains moments plus qu'à d'autres. Je pense, par exemple, à l'émerveillement d'un Nicolas Bouvier à la fin de "L'usage du Monde". La scène qui suit, qui s'est pourtant vraiment passée, me revient toujours, comme un rêve un peu étrange. C'était Dimanche midi, sur le chemin qui mène à Brasov, nous avions arrêté la Dacia de location (mais n'était-ce pas simplement une bonne vielle R12 Renault ?) devant une minuscule église à cinq bulbes seule en pleine campagne, au milieu de prés fleuris entourés de barrières en bois. Des collines s'élevaient petit à petit jusqu'aux Carpates qu'on commençait à distinguer dans le lointain. Nous étions à peine à deux heure de voiture de la grande ville. Nous avions faussé compagnie au congrès. Nous nous étions extirpés des salles gigantesques du Palais du Parlement où se tenait depuis trois jours la litanie des justifications ou des autocritiques des gardes fous de l'ancien régime doublée des insupportables leçons de leurs confrères occidentaux. Nous étions là, loin des rumeurs de la révolution urbaine, dans cette église posée dans le bruissement de la campagne immémoriale. Pas une chaise, pas un prie-dieu. Tout était vide et sombre. Dans la petite nef où à peine plus de trente paroissiens auraient pu s'entasser debout, la lumière déjà vacillante de quelques chandelles, issue de lourdes coupes pendues au plafond par des chaînes, ne parvenait pas à éclairer des murs que nous devinions entièrement couverts de fresques rouges et dorées. C'est en sortant à l'air libre, de l'autre côté, que nous découvrîmes que nous n'étions pas seuls. A la fin de la messe, le pope avait accompagné à la sortie ses quelques ouailles, des petites vieilles en foulards. Elles s'éloignaient maintenant sur un chemin, à travers champs, vers un village que nous ne voyions pas. Elles lui avaient laissé en offrande, à la mode orthodoxe, de quoi faire un frugal déjeuner : boulettes de viandes et quignons de pain enveloppés dans des mouchoirs. Il revenait vers son église avec son paquet quand il nous vit sortir. Il marqua un temps d'arrêt, nous prenant peut-être pour des voleurs, puis avança vers nous d'un pas résolu, dans l'idée de nous chasser. C'était un géant et sa taille, encore augmentée par sa toque noire, le faisait paraître une sorte d’archange. Comprenant que nous étions des étrangers inoffensifs, il ralentit le pas. Sa jeunesse alors nous frappa, vingt cinq ans peut-être, le visage d'un ovale parfait, les cheveux et la barbe incroyablement longs, le regard fiévreux, comme en transes. Il ne comprenait pas un mot d'anglais et ne pu répondre à nos politesses. Il ne savait plus que faire comme un animal traqué : avancer, reculer, faire demi tour. Puis, il eut une inspiration soudaine. Il avança vers nous, nous bénit résolument et, dans le même geste, nous fit à son tour l'offrande de tout son déjeuner avant de se retourner, défait de toute attache charnelle, presque en courant, nous laissant sans voix, incapables même de le remercier, affamé, dénué de tout, image même de la charité, écartant les bras et se battant les flancs comme dans un geste d'impuissance. Il s'enfuit sans se retourner par le chemin des vieilles pour se perdre petit à petit dans le paysage. Nous regagnâmes la voiture pour partager les boulettes qui ne firent pas un déjeuner, loin de là. Je me souviens de leur goût délicieux. Deux heures plus tard, sous les rayons dorés d’un soleil déjà oblique, dans la rue de la République, bordée de belles maison baroques aux façades ocres, à Brasov, nous remontions, l’estomac creux, vers la place des Conseillers en fendant la foule et les garçons et les filles bras dessus bras dessous, reluquant nos vêtement d’occidentaux, images d’une paisible vie de province.

29 septembre 2006

Poème de septembre


Je prédirai le passé et me souviendrai de l'avenir
Les choses étant ce calçon
Aucun corps de femme n'a été utilisé dans ce poème,

C'est un joli volume pour un deux pièces

Onze septembre deux mille un
Le futur vous le voyez comment ?
Orange ?
Si vous êtes à ce point plein de haine,
C'est que vous êtes déjà mort.

Ca, c'est une question mal déplacée,
Rue Pierre Teilhard de Chardin
La musique adoucit les murs...

28 septembre 2006

MISSTIC ENCORE


Misstic, avenue d'Italie à Paris, dernières "livraisons"

24 septembre 2006

Sous le coup (déjà) des vingt cinq premières pages des "Bienveillantes" de Jonathan Little. Ca promet pour les huit cent soixante quinze autres...



Grande nouvelle : j'ai enfin compris quel avenir fabuleux avaient la télé par internet en même temps que les series aux formats courts (Ciscoblog comprend vite mais il faut lui expliquer longtemps). Si vous n'aimez pas Kaamelot, n'en dégoutez pas les autres... (via "les yeux au carré" qui entrent de ce pas en LCD)

22 septembre 2006

Pensée de la nuit N° 107 "Le mot c'est la mort sans en avoir l'air" Michel Arrivé, France Cul 22 septembre 2006

18 septembre 2006

26 (titre provisoire), XXI




Regis P. venait vers eux. Il longeait la façade du château, absorbé dans ses pensées, les yeux baissés sur un parterre de fleurs qui émergeaient de la terre en cette fin d'hiver. "Alors, comment vont mes médicaments ! " s'écria-t-il, soudain tout joyeux, en les apercevant et en écartant les bras vers eux en un large geste de bienvenue. La chaleur et la démonstration de cet accueil les étonna. Haltman et Jacques venaient à La Borde rendre visite à Regis à peu près une fois par mois. D'habitude il était nettement plus froid, jamais hostile, plutôt indifférent ou disons prudent, les poings au fond des poches de son pantalon de velours côtelé et un peu crotté de gentleman-farmer, le regard machinalement dirigé vers les productions terrestres. Il affectait presque de ne pas les voir, leur adressait un vague salut, marmonnait une ou deux de ses célèbres phrases hermétiques ou au contraire, le regard toujours rivé à une quelconque pousse d'ortie ou de liseron, ne leur laissait pas placer un mot en un discours très peu articulé qui tenait à la fois de l'argumentation théologique, du cours d'astrophysique, des formules cabalistiques sur un ton inéffable de confidence, d'évidence, d'interrogatoire subtil et de sage scepticisme paysan. Très souvent, il s'en tirait par une question en forme de colle insoluble, souvent métaphysique, un hochement de tête entendu et las, une moue qui en disait long, un haussement d'épaules qui le voûtait soudain et il les laissait en plan au milieu d'un salon, du bar, ou devant le feu crépitant de la cheminée du club pour rejoindre des activités seules connues de lui et en général très solitaires. Cette fois-ci, cela avait été tout de même différent : il leur avait longuement serré les mains, ce qu'il ne faisait jamais, avec ses deux mains et un beau sourire sous sa moustache de sapeur. Il avait amorcé avec eux un tour de propriétaire dans le parc jusque vers les serres où il les avait planté tout de même là au bout de cinq minutes pour disparaître comme un chat. Mais il y avait eu cet accueil : "Comment vont mes médicaments !" : l'une de ses phrases étranges. Car s'il s'était bien adressé à Haltman et Jacques, il leur avait bien demandé des nouvelles de ses médicaments et non pas de leurs nouvelles. Il ne s'était pas inquiété de leur santé, par exemple. Il aurait été hasardeux d'en déduire qu'il les avait pris pour ses médicaments et les avait identifiés, par exemple, à des pilules à pattes comme dans la pub pour Smarties. Ce n'était vraiment pas de leurs personnes qu'il avait voulu parler. Il n'avait pas ce genre d'élans, même envers ses parents ou sa soeur. Même s'il les avait investis de cette double fonction
soignante et affective, il n'était pas certain qu'ils aient représenté, dans son esprit, comme le dit Balint par exemple, de simples remèdes-médecins (ni même de médecins-remèdes.) Car il était bien connu que Régis entretenanit des rapports difficiles avec les médicaments. Il ne se présentait pas aux distributions. Il les prenait quand ça lui chantait et en montrant bien que c'était de guerre lasse. c'était toujours une négociation difficile. Tout le monde en parlait. Régis et ses médicaments, c'était plutôt un sacré problème. Souvent, d'ailleurs mieux valait ne pas insister. En se servant de cette boucle rhétorique étrange, il leur demandait, sur un mode pour une fois apaisé, non seulement des nouvelles de son problème, les médicaments, mais aussi de ses propres nouvelles (ce que nous faisons tous, d'ailleurs, mais en nous passant de l'ellipse de Régis, puisque le "ça va ?" attend toujours un "et toi ?" dont nous n'avons jamais l'intention d'éluder la réponse.) Haltman se souvenait de sa première rencontre avec la famille P. Il y avait le père, la mère et le fils. On les avait reçu autour de la grande table de la salle à manger tout juste débarrassée du repas de midi. Ils avaient certainement du croiser Scarlett (elle se faisait appeler ainsi, mais c'était madame M, de son vrai prénom Renée. C'était une vraie voisine du "26". Elle habitait à trois maisons et venait leur rendre visite au moins six fois par jour pour les injurier, leur emprunter des allumettes, se servir dans le frigo ou leur dire qu'elle venait accoucher de quarante deux enfants et qu'alors il ne fallait pas lui en compter, hein. Parfois les pompiers venaient la chercher au milieu de la nuit pour tapage nocturne. Ils la conduisaient aux urgences contre son gré. Elle était alors ramenée au 26 sans se débattre, s'enfuyait rapidement chez elle et tout recommençait. Finalement le quartier avait bien du s'habituer. Elle faisait un peu peur mais elle n'était pas méchante.) Bref ils se demandaient vraiment si l'adresse qu'on leur avait indiqué à la Salpétrière était la bonne et s'ils étaient tombés sans se tromper au centre de crise promis. C'est que Régis était "en crise". Il était là devant Haltman, avec sa moustache à la gauloise et ses cheveux blonds raides comme de baguettes de tambour. Il le regardait de ses yeux bleus en amandes dont la forme même, étrange et belle, lui avait justement valu à la Salpétrière, dans le service de pédopsychiatrie où on l'avait enfermé plus d'un an quelques années auparavant le docte diagnostic de "maladie des Mitochondries", une belle maladie qui ne se soignait pas et c'était pour cela qu'on l'avait orienté, règlementairement, dès ses quinze ans et trois mois révolus, sur le secteur de psychiatrie adulte où il était bien connu qu'on s'occupait des maladies qui ne se soignent pas. Le père se tordait les mains sans toucher à la tasse de café fumant qu'on avait placé devant lui, jetait des regards à la dérobée, ne voulant pas croire que cette salle à manger à peine débarrassée du déjeuner pas très rangée tienne lieu de cabinet de consultation ou de bureau d'accueil. La mère se tenait raide et cramoisie en proie à une crise immédiate de l'acné rosacée qu'on lui verrait porter tout au long des prochaines années. Rien ne l'étonnait mais elle avait peur d'un rien, laide autant que vulnérable. Monsieur P. parlait lui aussi à voix basse, de cette manière à la fois gouailleuse, relachée, facile, "non soutenue" pourrait-on dire, qui est souvent prise pour le signe d'une certaine sagesse populaire mais qui forçait l'interlocuteur à la connivence.
L'Homme qui Marche s'est déplacé (c'est normal pour un homme qui marche) sur Mnémoglyphes. Dont acte. Longue vie à Mnémoglyphe (il va encore falloir que je change tous mes liens... mais je garderais l'homme qui marche en souvenir) !

14 septembre 2006

Mille pardons pour être moins souvent là en ce moment, mais j'aiiii du boulooooot jusque par dessuuuus les oreeeeeilles !

10 septembre 2006

Un Haïku par bain, 37


Et mon corps humide
Gisant dans le demi-jour
Eclaboussé d'or

07 septembre 2006

Je suis fou des Pythagoraswichs, pas vous ? (Ils sont fous ces japonais, via geisha asobi)

06 septembre 2006


Douze, 7


Nous disions donc "au douze" comme on dit "à la maison". Du jour au lendemain, nous ne pûmes plus le dire.
Ce fut un rude coup et cela nous contraria beaucoup. Une lettre à entête de la mairie du XIV° fut un beau matin reçue par tous les locataires, ainsi libellée : "dans le cadre de la dénumérotation de tous les N° 12 de la ville de Paris pour des raisons de sécurité, veuillez prendre note que votre adresse est dorénavant le 10 ter rue Jonquoy. Il vous appartient d'en informer tous vos correspondants et les services dont vous dépendez. Recevez, madame, monsieur, nos sincères salutations." Nous constatâmes, dévalant navrés quatre à quatre les escaliers , que la jolie plaque de métal émaillée, portant le chiffre "12" bleu sur fond crème qui trônait depuis toujours sereinement au dessus de la porte de l'immeuble avait bel et bien été remplacée durant la nuit par une vilaine et traitresse plaque en plastique bleue au chiffre "10 ter" mal gravé en blanc, puisqu' il n'éxistait pas de numéro 11 à la rue et que l'immeuble qui nous précédait portait le N° "10 bis". Un seul chiffre vous manque et tout est des peupliers. Les moins abatttus d'entre nous téléphonèrent à la mairie courroucés pour exiger des explications. A quoi rimaient ces fumeuses "raisons de sécurité" ? On nous prit pour des fous : il n'y avait jamais eu de dénumérotation pour quelle mesure de sécurité qu'if fut. Nous dûmes nous résigner bien à contre coeur et faute de toute persécution administrative, à la thèse de l' horrible canular.
Haïku d'autoroute, 1


Les nuages paissent
Comme des gros dinosaures
Sur le bleu du ciel

05 septembre 2006

Pensée de la nuit N° 106 : "Je m’étais sérieusement fâchée avec l’espoir à cause d’espérances violentes qu’il m’etait arrivé de nourrir contre tout espoir et le sachant. Et puis, tout passe. On en est pas à se taper dans le dos mais j'abandonne l'adverbe." (underground efk)