27 octobre 2006




Il me suffit de penser "à quasiment rien" pour penser à Roman Opalka qui, ostinato, a fait de ce "quasiment rien" l'oeuvre de toute une vie. et alors, je ne peux m'empêcher d'y penser avec émotion. ciscoblog ne fera quasiment rien la semaine prochaine. Bonnes vacances !

22 octobre 2006

Sereine jeunesse, 6


C'est bientôt la fin de la video perdue. Il ne reste plus que quelques images. Il y avait eu la finale de la coupe du monde, l'incroyable Angleterre-Allemagne, les russes s'étaient entassés dans une chambre devant un poste de télé, en noir et blanc bien entendu, avec des bouteilles de Stoloitchnaïa. La grande équipe soviétique de Lev Yachine, considéré alors comme le plus grand gardien du monde, qu'on surnommait "l'araignée noire" ou la "pieuvre noire", venait d'être battue en demi finale par l'Allemagne et cela avait été presque un deuil national. Les russes avaient pris fait et cause pour les anglais, comme pendant la guerre, et ils les soutenaient encore plus fort que si cela avait été leur propre équipe. On ne soupçonne d'ailleurs plus l'ampleur de la haine que les russes éprouvaient à l'égard des allemands (elle était à peu près du même ordre que celle de mes parents qui, dans les années soixante, refusaient d'acheter tout appareil qui portait une marque allemande - ce qui n'était pas si simple car il était reconnu universellement que ces appareils étaient les meilleurs et de loin - et d'ailleurs je souçonne qu'une des causes de la russophilie de bien des gens de leur âge, pas seulement les communistes, tenait à leur haine commune des allemands) On était encore moins de vingt ans après la fin de la guerre. Il y avait eu dans ce pays des millions de morts, infiniment plus qu'en France même en ajoutant les morts des deux guerres, on a tendance à l'oublier. Nous nous étions donc joints aux russes devant la télé qui, quelques jours avant, comme on le voit sur la vidéo qui est, je le redis, une copie du film super huit original, nous avaient collé la patée lors d'une olympiade de jeux de plage - ils adoraient ça, les olympiades, les russes à cette époque, ils donnaient le nom d'olympiades à toutes leurs joutes, y compris les courses en sac, comme on pourrait le voir sur le film et la video perdue, ce sont des images qui ont existé mais qui n'éxistent plus que dans ma mémoire - et nous avions joint nos applaudissements aux leurs quand Hurst, ce héros, avait marqué le troisième but dont on ne sait toujours pas de nos jours s'il était vraiment entré (on le passe et repasse à des ordinateurs qui n'arrivent toujours pas à prendre position pour ou contre). Nous étions vraiment contents pour eux et pas tellement pour les anglais contre qui nous avions piteusement perdu trois semaines auparavant. On avait fêté ça toute la nuit à grand renforts de toasts à la Stolitchanaïa en l'honneur des amitiés sovieto-britanniques, franco britanniques, franco-soviétiques et de bains de minuits tout habillés, barbouzes, officiels, camarades, guides et touristes studieux tous mélangés dans la grande fraternité du ballon rond. Deux ou trois jours après tout le monde avait réussi à retrouver son sérieux pour la visite des cosmonautes. il y en avait eu deux d'un coup, qu'on avait sortis spécialement de la cité des étoiles pour nous. Ils ne sentaient pas la naphtaline mais presque. Je me souviens que l'un des deux était le colonel Komarov qui se crashera quelques années plus tard dans l'un des seuls accidents de capsule spatiale reconnu par l'URSS et deviendra un héros de l'Union Soviétique posthume, je peux me glorifier d'avoir fréquenté un héros de l'Union Soviétique, oui. Ils n'étaient pas venus avec leurs combinaisons de bonhomme Michelin mais avec leurs uniformes de colonels de l'Armée Rouge, leur casquettes étoilées et leur panoplie complète de médailles pectorales souveraine contre l'asthme et autres maladies bronchiques. Les quinze secondes d'images sombres, qui seraient, je le répète, donc devenues un document rare et exceptionnel si elles n'avait pas été perdues dans ce déménagement, où on les distingue, tels des demi-dieux, signant des autographes avec la certitude du devoir accompli et la supériorité tranquille que conférait le titre de représentant de la Patrie du Socialisme, sont pourtant dues à l'éclairage d'appoint fourni par la télevision soviétique convoquée pour la circonstance. J'ai d'ailleurs eu droit à un coup d'oeil, en tant que collègue avec ma petite super huit, dans le viseur (d'une taille incroyable) d'une caméra de télévision qui n'était pas encore à l'époque portable, même à l'épaule, mais montée sur un lourd trépied en bois qu'il avait fallu installer à l'avance. La visite, qui avait été préparée pendant au moins une journée et demie, avait duré en tout et pour tout disons sept minutes et puis les gentils cosmonautes étaient remontés dans leurs jolies petites capsules spatiales en faisant des signes de la main et il s'étaient envolés, comme ça, vers la cité des étoiles... L'avenir radieux venait de nous effleurer les cheveux. Plus rien de grave ne pouvait plus nous arriver. Il ne nous restait plus qu' à acheter les cadeaux souvenir. On nous amena donc la veille du départ dans un magasin de souvenirs d'état ou dans un magasin d'état de souvenirs. Cela existait, à l'époque. Il n'y avait d'ailleurs que là où on nous laissait acheter quoi que ce soit et il fallait bien veiller à rendre tous nos roubles avant de partir. On ne pouvait garder que les kopecks et les pin's. Malgré les prix d'état les chapkas et les samovars dont mes parents auraient rêvé étaient très au-dessus de mes moyens. Ils eurent donc droit à une cuillère en bois peinte en rouge et or dont les stocks étaient tels qu'on les écoule pour trois fois rien encore quarante ans plus tard dans les marchés de Noël avec le même succès indémenti, une petite poupée de moujik toquée et bottée qui trône encore, quarante ans après elle aussi sur le poste de télévision familiale et une bouteille de vodka Stolitchnaïa, bien entendu. Le retour se fit en Iliouchine par l'Aéroflot et les images de l'aéroport de Moscou sont les dernières qu'on peut voir sur le film super huit perdu, mais de celles-là je ne me souviens plus du tout. Il n'y eu plus de pellicule pour la fin du voyage. Mais le souvenir est bien plus fort que la pellicule. Je serai donc en mesure de le raconter dans le prochain et dernier épisode de "Sereine Jeunesse". Il s'intitulera : "Dresde ou les aventures de Ciscoblog en RDA". Bientôt sur cet écran.

21 octobre 2006






La bande ci-dessus annonce un formidable film réalisé au siècle dernier, j'adore l'ancêtre de l'enregistreur MP3 que l'on peut y voir, par exemple (on y voit aussi l'ancêtre d'un lecteur). j'étais d'ailleurs né depuis belle lurette au moment où ce film a été tourné. On commence maintenant à trouver, en cherchant bien, sur Youtube ou Daylymotion, des film qui ont été tournés au dix-huitième et même au dix-septième siècle, si, si.

18 octobre 2006

Instantané, 2


Depuis quelques semaines, Henri,
mon père, 92 ans, a acheté un ordinateur portable (d'occasion) pour s'initier à Internet. Je le regarde aujourd'hui, de l'autre côté de la table, concentré sur l'écran écoutant les conseils de son petit fils Nathan, 19 ans, qui lui explique comment trouver un horaire de séance sur un site de cinéma. Il tient son majeur gauche levé au niveau de son visage prêt à appuyer sur la touche "entrée" comme si elle allait lui échapper pendant que sa main droite essaie de ne pas se crisper trop sur la souris. Depuis peu, il sait faire défiler le texte avec la molette. Il lit à haute voix l'horaire trouvé de la seance du film recherché : "Gaumont Alésia, O jérusalem, séance le lundi, mardi jeudi vendredi samedi à 13 heures 45." Mais il a une moue dubitative et un petit hochement de tête : "Quand même, c'est assez difficile pour moi toutes ces choses."
Pensée de la nuit N°109 :"Momma always said life was like a box of chocolate. You never know what you're gonna get" Forest Gump, via Echolaliste

14 octobre 2006

Un haiku par bain, 38


Malgré ses efforts
Le tourbillon de la bonde
Ne peut m'engloutir

13 octobre 2006

Guigne


Comme je l'écris maintenant chaque année à la même époque, mon meilleur écrivain préféré, Philip Roth, vient encore de rater le Prix Nobel de littérature. Ce qui ne retire rien, bien entendu, aux mérites de l' heureux récipendaire.

09 octobre 2006

Instantané, 1




Depuis le début du mois, Henri, mon père, 92 ans, lit pour la première fois de sa vie "A la Recherche du temps perdu" (il lit tout ce qui lui tombe sous la main), dans un volume de la collection Quarto de Gallimard. Aujourd'hui il a chaussé ses lunettes et, assis sur une chaise style louis XV collée contre le mur de son salon, se penche sur le gros livre qu'il a posé sur son maigre giron. Il a déjà allègrement dépassé les deux cent cinquante pages. Il lève les yeux et commente : "C'est bien écrit, mais quelques fois c'est emmerdant."

07 octobre 2006

Psychiatrie humanitaire (sic), 4



Jean Marie de Lassus dit qu’Il faut distinguer le don du cadeau : le premier se situe au niveau de l’être, le second au niveau des choses. Les anthropologues, dit-il, ont montré que le Potlatch finit par ruiner les sociétés qui le pratiquent. Tout cadeau est empoisonné. Donner, en revanche, c’est être capable de faire l’expérience de la perte sans attente de retour. Tout don est alors rédempteur. Il y a aussi de cette maxime apocryphe attribuée à Lacan : l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Je sentais confusément que tout ce qui c’était passé durant cette journée en Europe centrale avait à voire avec ce qui s’appelle la « vocation » (la mienne, pour la médecine, la pulsion soignante, la « pulsion d’aide », comme l’avait appelée un jour mon vieil ami François) et ce n’était pas fini. Mon tableau préféré est la « Vocation de Saint Mathieu » du Caravage. Je pense que, si le Paradis existe, Saint Mathieu en est encore, aujourd’hui, à se demander pourquoi il a été désigné, lui et pas un autre. Il y a évidemment dans le don quelque chose de sacré, et toute « vocation » a obligatoirement à voire avec le don sans quoi elle n’est rien. C’est ce que nous avions naguère essayé de formuler en tentant de faire la théorie de l’ « Accueil ». Plus tard, le soir, en revenant de Brasov et quittant définitivement le pays de Dracula nous redescendîmes les montagnes de Transylvanie. Nous avions traversé Sinaia et sa toute litanie de palais surannés parmi les sapins majestueux. C’était le crépuscule, au détour des virages, parfois, nous pouvions apercevoir des campements de tziganes à l’orée de forêts avec les roulottes disposées en cercle et des chevaux qui paissaient dans des clairières comme dans les livres d’images de notre enfance. Nous avions des visions fugitives de femmes aux vêtements colorés portant de l’eau ou s’activant à la préparation des repas autour de feux de bois dont les flammes s’élevaient très haut dans le ciel. Nous avancions hors du temps. Je ne sais plus pourquoi, mais je crois que ce fut simplement la beauté et le calme majestueux du paysage, nous arrêtâmes la voiture pour faire quelques pas dans la lumière rougeoyante et la nuit qui venait doucement. Il faisait presque froid. Venus de nulle part un jeune homme et une petite fille très pauvrement vêtus nous abordèrent. Dans un très mauvais anglais, le jeune homme nous demanda d’où nous venions comme pour engager la conversation, mais il ne se souciait pas tant que ça de notre réponse. Nous étions les étrangers qu’il attendait. La petite nous tira par les manches. Il nous invitèrent à venir chez lui où leurs parents nous dirent-ils seraient très heureux de nous saluer. Il était impossible de refuser. Nous les suivirent et ils nous conduisirent à une toute petite maison isolée, presqu’une masure, adossée au flanc de la montagne. Le père et la mère nous accueillirent comme s’ils nous attendaient en nous serrant les mains et, avec force sourires et politesses, nous firent asseoir (nous étions quatre) dans une pièce pratiquement nue à une toute petite table où il fallu nous serrer pour nous servir à dîner : du babeurre servi dans des verres duralex. Toute la famille était debout et s’activait autour de nous. Ils nous apportèrent en s’excusant tout ce qu’ils avaient. Un peu de fromage frais et des gâteaux secs. Ils nous regardaient manger. Nous prîmes grand soin de ne pas en laisser une miette. Ils n’avaient rien et nous avaient tout donné, comme le pope le matin même. A la fin, on échangea toujours avec le sourire, faute de mots suffisants, des banalités sur l’amitié franco-roumaine et sur la promesse de temps meilleurs. Ils nous raccompagnèrent à la voiture en nos remerciant, oui nous remerciant d’avoir bien voulu accepter leur hospitalité. La fin du voyage se fit en silence. Nous regagnâmes le monde, le siècle, l’Histoire, notre hôtel international au mobilier des années cinquante aux salles de bains couvertes de mauvais stuc à la robinetterie rouillée et à la télé en noir et blanc dans toutes les chambres qui ne diffusait en continu que les débats à l’assemblée nationale. A quelques soirs de là il y eut un grand pince fesses organisé à l’ambassade de France où l’ancien ministre de la santé, fondateur historique d’une organisation humanitaire bien connue, ouvrit le bal avec son successeur en robe blanche et de droite et où des loufiats en habit faisaient circuler des plateaux chichement garnis de canapés infects et des mêmes rondelles de mauvais salamis qu’on pouvait trouver seulement à prix d’or dans les restaurants pour occidentaux.

04 octobre 2006

Gérard Genette, oui je dis bien le très sérieux Gérard Genette, le pape de la narratrolgie de la métalepse et autre palimpsteste, auteurs réputé des "Figures", maître à penser de toute une génération de critiques post-barthésiens a publié au seuil un amour de blog sur papier (un livre) sous forme de répertoire où les entrées sont rangées par ordre alphabetique de "Aa" à "Zut", des pensées minuscules, des souvenirs de souvenirs, intitulé "Bardadrac" et où je puiserai les prochaines "pensées de la nuit"


Pensée de la nuit N° 108 :
"Pour réduire les temps morts il faudrait pouvoir pratiquer dans le vécu des ellipses, comme il y en a dans les récits, dans une pièce de théâtre ou dans les films. Le plus approchant est sans doute l'aneshésie générale, mais on nous déconseille d'en abuser. Le mieux serait d'ailleurs plutôt un effet de forte accélération, come lorsqu'un romancier résume plusieurs années en une page, voire une ou deux lignes ("il voyagea"...) : un pensum de dix heures prendrait dix secondes, et l'on verrait tourner à toute allure les auguilles de sa montre. Mieux, parce qu'au lieu de se revieller après syncope, on vivrait l'accéleration. On pourrait compenser ce gain (?) de temps par un effet contraire sur les moments trop brefs, mais comme ils sont nettement moins nombreux, je crains fort un bilan négatif, une fin brusquée"
26 (titre provisoire) XXI, suite



La famille de Régis habitait rue Emile Zola un tout petit appartement dans un immeuble de la SNCF en briques jaunes, pratiquement le long des voies de chemin de fer, à trois pas de la gare. Il partageait sa chambre avec sa sœur. Comme à cette époque il l’empêchait de dormir chaque nuit, il n’arrêtait pas de parler tout seul, elle était sortie assez rapidement de cette histoire pour se marier, déménager en province sur un poste obtenu par concours, mettre quatre cent kilomètres d’autoroute entre elle et sa famille, et offrir au plus vite un petit neveu aux risettes de son petit frère. Régis passait son temps à se faire la malle. Non seulement il était capable de vous réciter le Chaix par cœur mais en plus il vérifiait tous les horaires par lui-même. Il adorait les correspondances. A l’époque où ils le connurent il pouvait vous donner l’heure exacte du rapide vers Vesoul qu’on pouvait attraper en arrivant par Maubeuge gare Saint Lazare entre vingt heure sept et vingt heures treize. Il passait les entretiens à réciter les horaires ou les différentes manières de rallier deux villes de province éloignées sans passer par Paris. C’était aussi l’époque où son père, cheminot de pères en fils, toujours prévenu par un prévenant camarade courrait le chercher dans toutes les gares de France et de Navarre, un ou deux jours après qu’il ait disparu du domicile familial, à chaque fois il lui refaisait le coup, il s’était habitué mais c’était tout de même embêtant. Surtout que Régis n’était pas toujours commode. Et ça son père ne voulait jamais trop en parler. C’était toujours la mère qui vendait la mèche, sous prétexte de défendre son fils. Régis jouait assez souvent des biscotos et l’autorité paternelle en prenait pour son grade. On voyait même passer des ombres de désespoir dans le regard du père quand disait que c’était bien difficile de garder tout le temps ses nerfs. Il avait du prendre des coups en secret, la maman aussi peut être, mais pour rien au monde ils n’auraient dénoncé Régis. La sœur, elle l’avait fait à mots voilés, mais elle avait du céder la place. Quand elle est partie et que Régis a eu toute la place pour lui tout seul on peut dire que les choses se sont un peu arrangées mais pas trop. Surtout, les parents ont compris que cela ne finirait pas et que Régis ne grandirait plus jamais. Au lieu de travailler, de se marier, d’avoir des enfants, Il resterait avec eux toute la vie. La maman en prit vite son parti : elle accompagna Régis partout. Chaque fois qu’on voyait Régis à une « activité », et il participait à beaucoup d’ «activités », il était précédé ou suivi de sa maman toujours vêtue du même imperméable gris clair par-dessus ses jambes toujours nues, comme à la campagne jadis. Madame P. était de toutes les expositions, de tous les spectacles. C’était une groupie de la psychiatrie de secteur, aurait-on pu dire, elle était toujours aux premières loges, discrète comme la femme du régisseur qui tricote sur la pelouse dans la « Nuit Américaine » de Truffaut et qui surveille tout, juste à deux doigts de son rejeton dont elle admirait secrètement les talents. Elle était fière de lui. Dans la psychiatrie de secteur, là il avait réussi, oui. Il était devenu quelqu’un. Elle était déjà son assistante, son coach, son entraîneur, sa fan, elle lui dévouerait sa vie entière Le papa était bien content quand il avait réussi à l’emmener entre hommes au jardin : Régis l’avait regardé s’échiner, avait fait de doctes commentaires sur la pousse des légumes, avait daigné donner un ou deux coups de bêche, mais il n’avait pas été le dernier à finir ses haricots verts le soir, disait le père, lui aussi tout fiérot, hein, il aimait çà les haricots le fiston, tout frais du jardin. Les parents de Régis étaient le duo de soigneurs au bord du ring, les mécanos des grands prix de formule 1, ils étaient les marionnettistes du théâtre de Bunraku, ces assistants tout de noir vêtu, la tête entièrement masquée, toujours dans l’ombre qui font se mouvoir les personnages du drame ou bien ces machinistes de « Royal Deluxe » en livrée juchés sur des échelles qui font même couler les larmes de la Petite Géante ou bien ces ordonnance de généraux, ces secrétaires d’archevêques. Sa maman le faisait fonctionner, le lavait dans son bain lui donnait à manger, lui enfilait ses pulls et le papa, il ajoutait de l’huile avec sa burette. Sans ses parents Régis aurait été mort dans la semaine. Il se serait écroulé comme une poupée désarticulée. Il n’aurait pas fait un seul geste pour subvenir à ses propres besoins. Ils étaient bien plus que des tuteurs : ils étaient des tuteurs. Ils veillaient sur lui comme on veille sur une flamme vacillante. Jamais elle ne s’éteignait, même la nuit.

03 octobre 2006



(via "La Boîte à Images") Je me souviens de la version parisianiste de cette superbe affiche de Saul Steinberg (1976) qui montrait les Champs Elysées en premier plan, puis la tour Eillfel, puis l'ocean atlantique et en arrière plan... New York et l'amérique. Je ne l'ai pas retrouvée sur le net (mais il y a la version amsterdamoise.) Comme quoi : primo - on ne trouve pas tout sur le net. deuxio - Paris n'est pas le monde (New York, si)