17 juillet 2007




Ciscoblog prend de courts quartiers d'été jusqu' au 6 août. Bonnes vacances !

16 juillet 2007

Un Haïku par bain, 52


Par longue immersion
L'onde émoliante nous fait
Les doigts tout ridés

14 juillet 2007

Vieux Lieux Pieux (...), Post Scritum n+5


Le 115 est définitivement un immeuble délabré. La façade, recouverte d'un mauvais crépi blanc tirant insensiblement vers le gris est sale et triste. Il semble maintenant totalement abandonné, à tous les étages. Il n'y a pas de rideaux aux fenêtres, sauf au deuxième, celle du milieu, un rideau simple à demi ouvert, retenu par une embrase bricolée dans le même voile bon marché. La papeterie a fermé cette année. Le neveu a vendu. "Il a vendu" : mes parents utilisaient ce verbe à l'intransitif. Expression particulièrement sinistre, "Vendre", qui était toute leur vie, prenait alors des allures d'arrêt de mort. Derrière le mot se dissimulaient celles dont il ne fallait pas prononcer le nom, sombres faillites ou tristes retraites. C'était "plier boutique", "lever le camp", "reprendre la route de l'exil", sans même peut-être en avoir tiré de quoi rembourser les sempiternelles traites. Ils hochaient gravement la tête. Si peu chrétiens qu'ils étaient, ils seraient aller jusqu'à faire un signe de croix en guise de conjuration. Même encore maintenant je trouve les boutiques vides d'une tristesse infinie. La tante, la blonde, est morte il y a deux ans. On ne voyait déjà plus que le neveu, seul dans sa boutique vêtu de son éternel pull over gris à cotes. Déjà vouté sinon bossu quand nous étions petits, je le crois légèrement plus âgé que moi, il s'est franchement affaissé au fil du temps. Il y a quelques semaines (je savais qu'il allait "vendre" (par ma mère, qui est au courant de tout)) je suis entré dans la boutique pour acheter je ne sais quoi, un gomme ou un cahier, exactement comme il y a trente ans, quand, en plus d'être voisin, étudiant que j'étais, j'étais un "bon client". Le neveu m'avait servi comme si de rien n'avait été, toujours aussi commercial, professionnel et gris. Pas un mot d'adieu, ni même de reproche. Nous nous connaissions depuis quanrante cinq ans et n'avions jamais échangé plus que trois mots. Nous savions l'un et l'autre que nous ne nous reverrions plus jamais. C'est de toutes ces petites ruptures anodines que nous finissons chacun par disparaitre

13 juillet 2007

Vieux lieux pieux (...), post scriptum n+00


Je ne sais même pas si un habitant du Quartier Latin aurait remarqué que la tentative d'épuisement du Boul'Mich (intitulée "vieux lieux pieux (...)") que vous avez pu lire depuis quelques semaines sur Ciscoblog n'est pas conforme. Je n'ai reçu aucun mèl à ce sujet. Je n'en attendais d'ailleurs pas. Quand je dis pas conforme, il ne s'agit pas seulement de simples détails où, par exemple, la description - il aurait fallu que je vous fasse un dessin, une photo, une vidéo en haute définition, un hologramme ? - n'aurait pas correctement rendu la réalité, ou bien le texte aurait falsifié l'état des choses parce que c'est le destin irrémédiable de toute description de trahir son sujet, de ne jamais l'épuiser, que c'est justement ça, la "force" des choses, de ne jamais se laisser épuiser par quoique ce soit et surtout pas par une description, enfin ce n'est pas le moment d' entrer dans ce débat sur la représentation et la capacité de la littérature avec un grand "L", pour employer des gros mots et si tant est qu'il soit question de littérature dans Ciscoblog, à rendre compte d'un quelconque état du monde ( C'est bien évidemment le cher G. Perec qui a posé clairement la question et tenté pathétiquement de la résoudre en inventant les "tentatives d'épuisement".) Il s'agit, je l'avoue, bien au contraire d'erreurs grossières de descriptions de lieux et de choses qui n'existent plus. Mais ont-ils jamais existé ailleurs que dans ma mémoire aproximative, je vous le demande ? Donnez-nous des preuves. Il n'y en a pas... Non, je ne sais seulement pas si qui que ce soit a remarqué qu'il ne s'agit pas du tout du boulevard Saint Michel. Enfin presque pas du tout. Je ne sais comment dire. Il aurait fallu un vrai habitant du boulevard qui aurait lu Ciscoblog en temps réel (et pourquoi pas le bottin tant qu'on y est ?) Bref, tiens, imaginez seulement un instant que notre ami Jean Palastrelli (je cite exprès son nom en entier et seulement maintenant, après on ne l'appèlera plus que Jean P., si jamais il lit ces lignes un jour, pour qu'il donne signe de vie, un sacré sprinter, mon frère et moi n'avons jamais vu quelqu'un qui courait si vite, il nous prenait par la main, nous entraînait, et on avait l'impression de voler, on inventait des poisons mortels avec notre petit chimiste et on les donnait aux poissons rouges, on prenait des bains ensembles dans les colos et les filles s'impatientaient derrière la porte en imaginant non sans raisons je ne sais quels jeux interdits, comment ais-je pu oublier de dire qu'il habitait au 101, que nous avons été amis que nous avons partagé tous nos jeux de sept à onze ans, que nous avions été dans la même classe, c'est mon frère qui vient de me le rappeler en passant devant) imaginez donc que Jean P. sorte de son immeuble du 101 pendant que vous lisez l'épisode N° 5 de "Vieux lieux pieux (...)". C'est pas du jeu. Dans l'épisode 5, Jean P. aurait, disons, huit ans. Il courrait à toute allure parce qu'il serait en retard à l'école. Il passerait devant chez "Della Stella", il verrait à la place un salon de coiffure du XXI° siècle avec des lasers et des robots coiffeurs qui ressembleraient à des garçons-coiffeurs, il penserait avoir la berlue, avoir mal digéré son Banania. Le restaurant "Delle Stella" a justement été remplacé tout récemment par un autre commerce, dont il faudra coûte que coûte que je parle ici, mais une autre fois si vous voulez bien. On lui aurait tout changé. Mais de quel Jean P. parlé-je ? le petit blondinet aux belles jambes bronzées qui avait huit ans au temps dont je parle ou celui d'aujourd'hui que je n'ai jamais connu et que j'imagine avec une couronne de cheveux épais autour de son crâne chauve et une petite moustache en habit de salary man comme je me souviens de son père. Je ne sais pas. Nous errons dans les replis du temps. Le passé peut soudain, au détour d'un sentier, cotoyer brutalement le présent. Tout ce que je peux faire, c'est noter (d'une graphie à chaque fois différente (aujourd'hui en italiques par exemple) le plus scrupuleusement possible, à intervalles réguliers, disons tous les cinq ans, ce qui était d'ailleurs la proposition de Pérec, les changements intervenus, les choses disparues, les nouveautés, l'oeuvre cahotique et insignifiant du temps. On obtiendrait ainsi un texte fractal, à lire en plusieurs dimensions, tel le mouvement de l'échographe qui crée un troisième dimension au sein d'une image plane, dans lequel on pourrait zoomer dans le temps à sa guise, d'avant en ariière et d'arrière en avant.

08 juillet 2007




Ce soir j'ai visionné le trente-septième épisode des "Sopranos", ma deuxième "famille". Du pur génie. Grâce à dieu il m'en reste heureusement encore une bonne cinquantaine à voir ! Cela dit, si vous cliquez au dessus vous verrez le meilleur générique de toute l'histoire de la télé. Forget all about it !

07 juillet 2007

Un Haïku par bain, 51


Les traces de doigts
Sur le miroir embrumé
Tiède marécage...

03 juillet 2007

Douze, 10

Au bout de la rue, en remontant les numéros, il y avait la rue Didot. Mon souvenir est ainsi fait : si on tournait à gauche, vers le boulevard Brune, on arrivait à l'hôpital Broussais, jumelé pour d'obscures raisons avec l'Hotel Dieu et où exerçait encore le grand Milliez et, si on tournait à droite, vers la rue d'Alesia, il y avait une toute petite charcuterie auvergnate où parfois nous achetions un dîner tout prêt. Je ne parviens pas à me souvenirs d'autres boutiques. Dans la rue Didot il suffisait de pousser un porche pour découvrir des villas dissimulées sous des coins de verdures. Pavés disjoints, petits jardins, chants des oiseaux. Villa Jamot, villa Deshayes, villa Collet, villa Duthy (où vécurent Prévert let Léo Mallet), villa Mallebet, villa Leone (dans la rue Bardinet). A l'autre bout de la rue, la rue des Suisses et ses immeubles modernes, en perpétuelle rénovation. Au coin de la rue de l'Abbé Carton, pendant très longtemps Il y eut un bar louche, fermé le jour, ouvert la nuit où il se disait qu'on y avait tué des hommes. Il était régulièrement fermé par la police et rouvrait sous un autre nom après un sommaire ravalement de façade. On aurait pu jouer à se faire peur, mais en réalité c'était un quartier tranquille, tout à fait sûr. Un village même, que nous conquérions tous les jours, sans le savoir vraiment, insouciante et cruelle jeunesse. Et nous avons, depuis longtemps, disséminé nos vies aux quatre vents, loin, très loin de là.



Maréchaux