27 octobre 2007



Ciscoblog va s'aérer une petite semaine à la montagne et reviendra tout neuf. A Dimanche en huit !
Un Haiku par bain, 58


No Haïku today
Because in my tiny vat
Was a pretty guest

24 octobre 2007





Cette photo parfaite fait partie du photostream de Rui Palha (tous droits réservés) un excellent photographe lisboète qui m'a été aimablement signalé par Nathan, elle appartient par ailleurs à un groupe de discussion Flickr tenu par Hugo et d'une très haute tenue. Si vous voulez tout savoir sur le moment décisif et H. Cartier Bresson click here sans délai !

22 octobre 2007

26 quatrains d'autoroute, 4



le regard
Qu'elle me jette !
Tout noir,
Ah mazette !


Douze, pré postscriptum



"Dans le champ de ruine qu'est devenue ma mémoire", ce lambeau de souvenir de ce lambeau de phrase de Jacques Roubaud, dans le début du "Grand Incendie de Londres" me revient comme une ritournelle, à chaque fois que je me pose à moi-même la question de la mémoire. Immédiatement, ces images de villes bombardées sur de vieilles cartes postales surgissent, sortes de stalagmites sinistres pointées sur le ciel gris, totems dressés à des dieux cannibales, déserts caillouteux et plat de je ne sais quel Nevada lointain, châteaux de boue grisâtres, dont je me dis maintenant que les collages de Max Ernst et les châteaux de sables de nos vacances détruits par la mer étaient directement issus - ces photos de bombardement, où une ville écroulée ne se distinguera plus d'une forêt dévastée avec ses troncs sans branches, ces hauteurs à jamais abolies, ces coins d'immeubles encore debout, ces solitudes pétrifiées, minérales, hagardes, à tout jamais désertées de vivant. "Dans le champ de ruine qu'est devenue ma mémoire" j'arpente ces rues vides et silencieuses, je passe le long de ces arches triomphales, de ces portiques froids dressées dans le vide, seuls vestiges d'habitations des hommes. Je trouvais que Roubaud exagérait, sa mémoire me semblant par ailleurs insondable et d'une précision "photographique". Il y a sûrement des choses, me disais-je, parmi toutes celles que nous avons vécu, dont nous ne nous souvenons plus. Probablement le nombre des souvenirs perdus est grand, mais le nombre de nos souvenirs gardés est bien plus grand que grand, incommensurable ; la perte est infime - du moins je croyais cela - notre mémoire n'ést pas si délabrée, tout juste manque-t-il, dans la rue en ruine, pour filer la métaphore, quelques vitres, peut être la signification perdue d'un vieux slogan publicitaire (Dubo, Dubon... Charbons Car...) voire quelques éléments de mobilier urbain, de petits détails sans importance, des poignées de porte, des choses comme des boules d'escalier en laiton (il y avait une au pied de l'escalier du boulevard Saint Michel, à la quelle je m'accrochait pour ne pas être emporté par la force centrifuge en descendant à toute vitesse dans le virage final, elle a été volée dans les années soixante dix, le matin elle avait disparu, arrachée pour être revendue à des collectionneurs. On a, fort joliment d'ailleurs, rebouché le trou avec un petit couvercle de laiton en forme de goutte aplatie et moins chère, aussi, utilisant moins de métal, et n'offrant aucune aspérité permettant l'arrachage) une vitrine soufflée à la grande rigueur, béant alors comme une bouche édentée dont on se détourne. Mais de dévastation, non. Pas à ce point, tout de même. Je me trompais. La perte était catastrophique, irrémédiable. Quand je tente de rassembler mes souvenirs du Douze, je me dis que Roubaud avait raison. 12 souvenirs , en hommage au Douze en 12 phrases chacun, 12 phrases pour appuyer secrètement l'hommage, 12 fois 12, 144 phrase, un chapitre, même pas, une peccadille, me disais-je. Il suffira de fourrer le poing dans le grand sac plein pour ramener tout un tas de sable aurifère. Je n'aurai plus qu'à sélectionner les plus pittoresques. Jacques Roubaud s'est mis à écrire le "Grand Incendie de Londres", qui est le livre de la mémoire de toute sa vie, juste après la mort de sa femme. Il y a une vie après la mort, mais nous ne survivons que peu de temps, seulement dans la mémoire de la première génération, nous évanouissant déjà dans celle de la seconde, abolis dans celle de la troisième, morts définitifs, pour ainsi dire. Je comprends ce qui a saisi Roubaud comme une nécessité. Qu'il ait ressenti cela juste après la mort de sa femme, je le comprends aussi. J'ai vécu 7 ans dans ce quartier, de 1974 à 1981, à l'apogée de mon âge, devenant un homme jeune dans un pur bonheur. Tous les jours j'ai arpenté la rue Jonquoy et j'ai franchi le porche du Douze soit en partant au travail soit en en revenant, des milliers de fois. Il ne m'en reste qu' une seule pauvre image, toujours la même. Le trottoir gris bleu, un petit muret de béton avec des plantes (très semblables à du canabis, nous nous demandions si ce n'en était pas vraiment, tour joué par un locataire malicieux à une concierge qui pêchait par excès de zèle, mais n'avons jamais vraiment essayé) des capots de voiture assez indistincts - dans ce petit film un peu tremblé aux couleurs plutôt uniformes, une espèce de gris bleu comme j'ai dit, je traverse la rue entre deux voitures garées, il y a des échappées sur la rue en perspective avec l'enfilade de trois ou quatre porches, la camera remonte jusqu'au niveau du premier étage, des balcons, des colonnes, la pierre taillée, des images totalement banales qui pourraient renvoyer à n'importe quelle rue de n'importe quelle ville en n'importe quelle année du vingtième siècle, mais qui ont ce goût et cette odeur que je peux distinguer entre mille. J'essaie maintenant de remonter le temps, de me retrouver auprès de moi de ce temps là, de faire ma propre filature, comme dans la nouvelle de Borges - "l'autre", dans "le Livre de Sable", où le narrateur rencontre son double jeune et où il se met en tête de le convaincre que c'est bien lui, mais vieux, qui se parle à lui-même, jeune. Le jeune ne veut pas croire que c'est à lui-même vieux qu' il est en train de parler. On commence à comprendre qu'on serait peut être dans un rêve mais lequel ? Celui du vieux qui rêve du jeune ou bien celui du jeune qui rêve du vieux ? Comme pour nous donner tort, le vieux veut convaincre le jeune qu'il se rencontre lui-même plus vieux de trente ou quarante ans dans la réalité vraie, pas en rêve. Il cherche à lui donner une preuve : il cite deux ou trois choses que lui seul peut connaître, les livres de sa bibliothèque, une rencontre secrète, un "certain après midi" etc. mais le jeune dit que cela ne prouve rien parce qu' il pourrait être en train de rêver (car dans le rêve, on y est soi tout entier et personne d'autre, y compris justement les personnages du rêve que notre esprit ne fait que secréter, il n'y a aucun "autre", aucune scission) et il lui répond : "je veux te prouver immédiatement que tu n'es pas en train de rêver de moi. Ecoute bien ce vers que tu n'as jamais lu, que je sache." et il déclame lentement ce vers de Victor Hugo, "l'hydre-univers tordant son corps écaillé d'astres". A ce moment là, dans une "stupeur presque terrifiée" le jeune se rend compte qu'il a bien affaire à lui même car jamais, lui, n'aurait pu et ne pourra écrire un vers d'une telle beauté - A ma grande stupeur terrifiée à moi je constate que les souvenirs du Douze en ce temps là ne sont, bien sûr, plus des milliers ni des centaines. Ils ne sont même plus des dizaines. J'ai eu le plus grand mal à en réunir 12, pour tout dire, à ma stupeur presque terrifiée. Au début c'était facile, je n'avais que l'embarras du choix, je croyais choisir parmi les plus fugaces, les plus éphémères, ceux dont je ne souviendrai peut-être plus très bien dans vingt ou trente ans si dieu me prête vie. J'écrivais les premiers chapitres dans une sorte d'insouciance et la joie des réminiscences. Je me prenais pour un Casanova qui revivait sa vie en l'écrivant, un Michel Leyris et tout son fourbis ou un René Louis Desforets obstiné. Vers le cinq ou sixième souvenir, il y eut un brusque ralentissement. Comme si quelqu'un dans ma tête avait bloqué le défilement tranquille des images. Je ne m'en formalisai pas, reportant à plus tard un moyen de forcer la bobine à se dévider. Après le huit ou neuvième, je dus me rendre à l'évidence : tout ce que j'avais pris pour plénitude n'était que bribes et lambeaux étriqués. J'étais déjà au fond du sac et mes doigts ne faisaient plus que gratter l'étoffe rugueuse. Je fis des poses, pensais à autre chose, décrivait le présent pour mieux surprendre le passé, essayais de me tromper moi-même. La vérité est qu'il n'y avait jamais eu de bobine. Depuis plusieurs semaines - non, plusieurs mois - je faisais périodiquement des efforts de mémoire et de concentration, utilisant des ruses de chat pour me surprendre moi-même, faisant le vide, l'absent, le pas là, le "disparu", l'"e", promenons nous dans les bois pendant que le chat n'y est pas, pour laisser remonter des images de cette période et de cet endroit, et mieux leur sauter dessus, en vain, ou presque. Des bribes, dis-je. Des bouts de trottoirs, des capots de voitures, des plantes qui ressemblent à du canabis, des sourires sur les arbres, des traces de cravates, des odeurs de cire, de serpillière ou de contreplaqué, des émotions ineffables, des poignées de porte, des boules d'escalier, des milliers d'images presque toutes identiques mais différentes tout de même ou alors toujours la même, une seule qui radote, mais rien, absolument rien de racontable, rien qui ne permette d'en tricoter plus de douze phrases - euh, 12 phrases. 12 petits chapitres de 12 phrases sur le Douze. Pas un de plus. La messe est dite : "Dans le champ de ruine qu'est devenue ma mémoire" je ne fais que fouiller les décombres.

18 octobre 2007

Un haïku par bain, 57


Nu dans ma baignoire
Par un paresseux dimanche :
Un bain de midi.

16 octobre 2007

Parfois la beauté fugace d'un instant me serre le coeur et me dit la fin des choses sans tristesse. Ainsi ce soir je descends les trois marches du perron de pierre du dispensaire de la rue du quatorze juillet, les "Mozards". C'est une belle grande maison de maître un peu incommode devenue trop chère à entretenir. Il y a un jardin sublime en terrasse au dessus de la seine. L'hôpital va le vendre prochainement pour renflouer ses caisses à une PME qui en faira un siège social de prestige. Ce sera épatant... C'est l'heure du retour à la maison, celle qui, dans les villes de banlieue succède à la sortie des bureaux. Il est tard, sept heures presque et demie. La rumeur de la ville monte de l'autre côté de la Seine et se mêle au bruit du fleuve qui s'écoule. La circulation est dense. La rue plutôt banale en réalité prend des airs de boulevard. A ma gauche, un parking qui occupe un espace entre les maisons se termine sur le quai dela Seine au pied du pont qui la traverse. On peut y nourrir les cygnes qui y ont élu domicile. Le magnifique saule pleureur qui l'ombrage attire souvent les groupes de SDF. A ma droite une suite de garages individuels avec leurs rideaux de fer peint en vert bouteille précède une batisse assez laide où habitait jadis un de mes patients. En face, un immeuble des années soixante dix sans grâce, tête de pont d'une petite cité qu'on appelle "la Poterie" tirant son nom de celui de la rue qu'elle enserre et qui est l'une des plus anciennes de la ville. C'est là que Bonnafé avait installé son CMP primordial, dans un petit appartement bien avant le préfabriqué sur la colline de Montconseil. La douceur du souffle de la ville me ravit. Tout semble suspendu. Je marche, je flotte, jusqu'à la voiture en regardant le ciel qui brille des feux du crépuscule. C'est la nuit, mais elle porte encore le nom de jour. Je me dis que je n'ai vécu que pour cette beauté. En anglais l'automne se dit "the fall" : la chute. La chute des feuilles, la chute du jour. Je marche sans souci dans cette ville qui respire. Mon dieu, un souffle, et trente ans ont passé !

15 octobre 2007

Pensée de la nuit N°124 "J’ai retenu ma respiration et si bien fait le mort que mon âme abusée s’est envolée au Ciel où elle jouit de la félicité divine, baignée de lumière, de musique, tandis que mon corps ranimé se goberge ici-bas dans la compagnie de très lascives poulettes et roule impunément d’orgie en orgie." Eric Chevillard, l'Autofictif, Blog

14 octobre 2007

Avec un peu de temps devant vous, une petite ballade dans Purpose, excellente revue photographique en ligne (via La boite à images)

12 octobre 2007

L'épuisement du mercredi, 4




L'ascenseur, ah l'ascenseur. En fait, il y en a six. Trois sont "réservés au public", les trois autres servent au brancardage et aux malades couchés, on leur a donné une forme de monte-charge, ce qu'ils sont en réalité. les entrées sont situées dans un hall étroit relégué derrière l'obligatoire atrium d'accueil. Sourires verticaux béants qui déversent à intervalles irréguliers des grappes de soignants pressés ou de patients hagards, inquiétants molochs qui se repaissent de petites foules frileuses, ils bloblotent comme des parkinsoniens, avec un boucan d'enfer juste avant l'arrêt, achevant de terroriser les petites vieilles chavirées qui se risquent avec moi sur le palier du troisième étage, à la recherche d'un service ou d'une consultation. Ici les couleurs sont le vert anglais et le rouge orangé, avec ce sol gris eternellement brillant, qualité passage intensif, poli chaque jour par des cireuses si énormes qu'elles semblent traîner derrières elles les toutes petites agents des services hospitaliers censées les piloter. Des sièges rivés au sol, très peu accueillants, anti-SDF, comme dans le métro, tentant de décourager toute position allongée mais sans succès dès que le froid arrive ne meublent pas cet espace inhospitalier par excellence. C'est là, dans cet inconfort notoire, qu'on peut rencontrer aux heures de visites reglementées des mères ou des grands mères hébétées avec des enfants qui dégoulinent de leurs genoux, se répandent et se chamaillent sur le lino, manquent de se faire emporter à l'étage supérieur par l' ascenseur vide qui vient absurdement de s'ouvrit devant eux, il faut se lever et leur courir après, des pères des frères des soeurs des amis silencieux et dignes aux yeux bouffis d'inquiétude et de résignation attendant les nouvelles que les blouses blanches qui passent chargées de soucis de dossiers et responsabilités ne leur apporteront pas. A droite la neuro, au delà du palier la cardio. L'étranger, l'Amérique, la planète Mars. Pour chez nous c'est à gauche et en face. La - euh - signalétique est plutôt mystérieuse. Vous savez ce que ça veut dire, vous, UPLI ? (Unité Psychiatrique de Liaison Intersectorielle, et alors ? C'est un acronyme, c'est très à la mode mais, développé, ça ne veut toujours rien dire) Il faut connaître, en quelque sorte. On n'entre pas là par hasard. D'ailleurs ça ne risque pas. C'est fermé à clef ou plutôt à code, c'est plus moderne. Il faut s'annoncer, il y a un interphone. La porte ne s'ouvre pas toute seule. On vient vous ouvrir. On regarde qui vous êtes à travers le hublot carré. Ce genre de regard peut ne pas être accueillant parfois, c'est une litote. Mais moi, personne ne me regarde, j'ai le code (0105A) Je pianote et ça s'ouvre tout seul. Nouveau couloir immmaculé que rien ne vient encombrer. Ni mobilier, ni chariot ni roulante. Du blanc, beaucoup de blanc, des touches de rouge, de vert de jaune et d'orangé sur les portes. Ca brille par terre comme jamais. C'est très propre.

11 octobre 2007

Marronier


Je peux écrire ici pour la cinquième année consécutive, non sans tristesse mais avec un peu d'agacement, que Philip Roth, notre écrivain favori préféré, a encore raté le Nobel, ce qui, selon la formule désormais consacrée, n'ôte rien à
l'heureuse récipiendaire.

10 octobre 2007

26 quatrains d'autoroute, 3


Sa bouche
Un "O"
Farouche
Et clos!
Vieux lieux pieux, post scriptum n+6


Cela arrive par vagues, par salves successives que rien n'annonce, venant à chaque fois contredire l'immanence des choses, souvent après une période de plusieurs mois où rien n'était venu troubler la belle et rassurante succession qu'on pensait chaque jours un peu plus indestructible. Quelque chose d'anormal survient soudain dans le paysage que vous croyiez familier. C'est comme une lente corrosion, un détail bizarre qui attire l'oeil : une vitrine, par exemple, se couvre lentement d'affiches collées à même le verre, une autre reste curieusement sombre au milieu des illuminations qui continuent alentour, un rideau de fer ne se relève pas, petit à petit même il se couvre de rouille et de tags, une taie grisâtre vient opacifier telle surface vitrée auparavant transparente. Soudain les rez-de-chaussée aveugles ne vous regardent plus. Ils vous forcent même à détourner le regard, à "passer", comme à une table de jeu de cartes, faussement détaché, le nez en l'air vers le soleil qui joue avec les feuilles des platanes. J'avais ainsi douloureusement assisté à l'agonie, à l'éffacement inexorable de ce qui avait été la "Papeterie 115", dépouillée du jour au lendemain de son contenu et livrée à l'oeuvre du sale vide poussiéreux. C'était maintenant au tour de la boutique "Peau d'Ane", la maroquinière amie de la famille, au 109, de tirer sa révérence : plus de portants sur le trottoir, plus d'abondance cossue dans la vitrine, disparues les valises Delsey ou Samsonite, les sacs à main italiens et à dos Easpack qui avaient fini par remplacer nos vénérables cartables à bretelles.Tout cela s'était éclipsé par un week end pas plus beau qu'un autre, sans plus de cérémonie. Du coup, à cet emplacement le boulevard, dejà pas si animé que ça, paraîssait plus vide et plus désoeuvré. Mais bien sûr ce n'était pas un drame, personne n'était mort. L'ancienne propriétaire commençait même, malgré sa trahison, selon ma mère à couler une retraite tranquille. La vie continuait. Pour ainsi dire, parce que c'était la tuberculose qui avait racheté le fond. En un tour de main la boutique avait été transformée en une officine austère aux vitrines opaques et dépolies. Nous appelions ainsi, dans le temps, une boutique du trottoir opposé (la "tuberculose" se tenait "en face" c'est à dire, comme on l'a déjà dit, "à l'étranger") qui a de tout temps hébergé luxueusement le "Comité National de Lutte contre la Tuberculose" au N°66, côté pair donc, qui n'a théoriquement rien à faire ici, qui est devenu plus tard le "Comité National de Lutte contre la Tuberculose et contre les Maladies Respiratoires" quand on a cru, à la fin des années soixante dix, juste avant le SIDA, que la tuberculose allait être vaincue pour de bon et devant laquelle nous passions en courant toujours bien respectueux mais fort contents de respirer à plein poumons, avec une pensée rapide mais toujours émue pour les petits enfants des sanas et des poumons artificiels (non ça c'était la Polio, on s'y perd) quand nous tournions au coin de la rue Auguste Comte pour nous rendre au Luxembourg. Voici donc la preuve qu'en ces temps troublés la tuberculose a pour ainsi dire repris du poil de la bête puisqu'elle a traversé le boulevard pour s'emparer de la vielle maroquinerie et en faire une annexe de son inquiétant commerce sans même besoin du renfort des maladies respiratoires cette fois. Comme pour narguer l'optimisme des années quatre vingt, elle s'étale, elle fait tache d'huile et se vautre sur le trottoir d'en face. Elle conquiert le quartier. Ca fait froid dans le dos.

08 octobre 2007

Un haïku par bain, 56


Soir de fin d'été
Tout s'estompe et s'obscurcit
Dans la tiédeur lente
Faites votre télé vous- même, 1



Théo Jansen, artiste kinetique







Nouvelle rubrique : faites vraiment votre télé vous même, choisissez vos images parmi le flot du net, laissez vous emporter ou bien résistez si vous le voulez. Ciscoblog donne seulement des pistes (pour la télé cliquez sur le lien au dessus et choisissez votre video, merci Ciscoblog).


05 octobre 2007

L'épuisement du mercredi, 3


Je ne gare jamais la polo dans le parking reservé au personnel auquel l'accès est assez malaisé (il faut passer sous l'hôpital en suivant la rampe d'accès des urgences, s'arrêter dans le sas des ambulances, sortir de la voiture et appuyer sur le bouton qui manoeuvre une lourde porte de fer dont j'ai déjà parlé et dont le vacarme s'entend à cent mètres à la ronde y compris dans notre petit bureau, remonter dans la voiture, passer le sas, et chercher longuement une place en pestant contre les imprévoyances des administratifs qui eux, ont la leur reservée à leur nom etc.),je préfère jeter l'ancre dans celui des visiteurs, non protégé mais plus commode par définition, malgré les risques non négligeables de se faire vandaliser (j'y ai déjà perdu deux ou trois enjoliveurs, cataphotes et autres, il circule comme partout des histoires probablement vraies de vol avec effraction et bris de glaces) mais bon, à cette heure encore matinale où toutes les consultations n'ont pas encore commencé, on n'a pas à y faire trois fois le tour et on peut garder encore un peu sa bonne humeur. Je salue les SDF qui ont réussi à se faire enfermer la veille au soir pour dormir à l'abri dans les couloirs, les escaliers et autres coursives et qui grillent leur premier mégot de la journée sur le parvis. Avec leurs joues creuses mangées de barbe et leurs vêtements fripés, leurs cabas rayés et sacs de sports sur l'épaule, ils ont la mine hagarde et les gestes raides des passagers clandestins. Car l'hôpital est bien un vieux rafiot, avec ses soutes ses machines et ses cales qui se mettent à grincer dans la brise du nouveau jour qui se lève. A cette heure, les marins commencent à deserter la cafétéria et regagner leurs postes dans les étages. On y sert avec le sourire et dans des gobelets en plastiques un excellent café à soixante centimes d'euros que j'avale rituellement en parcourant tout aussi rituellement les pages de l'"Equipe" du jour et celle de "Télérama" puisque c'est Mercredi. Il y a des malades en robes de chambre ou en pyjama qui promènent leurs pieds à perfusions entre les improbables tables de jardin de cette caféteria souterraine tout aussi accros que moi à leur expresso du matin (il vont dans deux minutes eux aussi se griller la cigarette interdite sur le parvis, en grelotttant solitaires, à l'air libre, à peine plus légitimes ici que les SDF). Je pense à B.V. que je vais bientôt retrouver qui, quand elle n'est plus hospitalisée, squatte les verrières de la gare de Lyon entre les rames de trains de banlieue. Les hôpitaux sont des gares où on n'attend aucun train avec des rêves de voyages qui se prennent pour des rêves de guérison.

01 octobre 2007

Un haïku par bain, 55



Un seul jet doré
Fonde le plaisir liquide
Des réminiscences