28 mars 2009

Pensée de la nuit N° 152 : "Comme la Lalangue, le Duduchamp est assez difficile à saisir, il a un côté "Boojum", il me rapelle Duduche, fille de Duchat, chat (en fait chatte) de Georges Perec qui fut la chatte de ma soeur. Quand une main quelconque non autorisée tentait de la carresser, elle ne griffait pas, ne protestait pas mais creusait tellement l'échine qu'il était strictement impossible de la toucher, geste qu'elle accomplissait dans l'impassibilité et avec une politesse parfaite, très duduchampienne" Jacques Roubaud, La Dissolution

27 mars 2009

Un Haïku par bain, 82


Mariner tranquille -
Oh délice remarquable -
A nouveau je peux !

22 mars 2009

Pensée de la nuit N°151 : "Or, le passé n'est pas anarchique. Il peut nous apparaître désordonné et confus, mais en fait, ce n'est qu'une impression du regard désarmé que nous portons sur lui ; mais en fait le passé n'a pas d'état de confusion générale à sa disposition. Il a son ordre qui découle de son immobilité définitive (pas un ordre raisonné, certes, mais un ordre de fait) Aujourd'hui, maintenant je présente ce rien en le décrivant, anarchiquement présent. chaque jour, ou d'un jour à l'autre, recommençant, je le revisite, creusant dans les parenthèses déjà ouvertes des disgressions plus ou moins proliférantes qui ne cessent de déranger l'ordre et la cohérence minimale que les parenthèses avaient conquis en s'enfonçant peu à peu dans le passé de la composition où elles reposaient, calmées et plates, comme des supercordes après lavage" Jacques Roubaud, La Dissolution,

20 mars 2009

Tanka, 1

Pour M.L.G.



Petit matin clair
Depuis mon lit je peux voir
Un cerisier nu

Ah, pouvoir se rendormir

Jusques au retour des fleurs

18 mars 2009

"L'intérieur n'est à l'extérieur de rien" dit Valère Novarina. Depuis que le printemps est là les petits matins sont somptueux. Hier, juste après la séance de tintamarre triomphal des oiseaux saluant le jour, alors que le silence peinait à s'installer à nouveau, j'ai entendu un drôle de bruit. On aurait dit un bref coup de crécelle, un roulement de tambour sec ou une porte qui grinçait (une porte qu'on aurait mal fermée par inadvertance et qui profitait du silence pour lentement s'ouvrir toute seule) en tout cas un bruit qui n'avait rien d'animal, un bruit de machine à coudre grave, de chose qu'on manipule, un long craquement, un bruit étrange. Il se repetait à intervalles réguliers, déchirant à lui seul le silence que les plus farceurs des volatiles, soudain devenus respectueux, n'osaient interrompre. Le son était extraordinaire, plein, profond, stéréophonique. Tout le voisinage résonnait de son écho. Mais qui donc osait faire un tel boucan à une heure aussi matinale ? En tout cas pas le voisin charcutier dont le laboratoire donne sur notre jardinet et qui tous les jours, y compris le dimanche, nettoie ses instruments à grand coups de jets d'eau et bruits de gamelles entrechoquées faisant aboyer tous les chiens du quartier, pas non plus un volet ou une vraie porte mal fermés qui grinçaient : les intervalles étaient trop réguliers, il n'y avait pas de vent, l'air était immobile, au contraire. Aucun chien n'aboyait, même lointain. Je fis défiler dans ma mémoire, rangé bien à l'abri dans une circonvolution de mon cerveau, le paradigme "bruit de crécelle" : je fis revenir d'abord le souvenir très ancien d'un jouet en bois, teint en vert et en jaune, assez lourd pour émettre le bon grincement une fois secoué correctement, mais pas suffisamment pour ne pas être tenu dans la main d'un enfant, avec lequel il pouvait très bien s'assommer en l'agitant dans le mauvais sens, ce qui arrivait souvent, c'était un objet du genre "jouet à risque", qu'on oserait plus fabriquer de nos jours sous peine de se voir traîner devant la Cour Internationnale de Justice et dont les bébés des années cinquante avalaient en toute imunité les petites pièces détachées et mourraient de mort subite de nourrisson, étouffés dans leurs lits, puis celui, comme prévu, d'une lourde porte en bois, à la montagne, donnant sur un balcon (une galerie) un après midi de sieste bien méritée après une nuit blanche à tourner en rond avec le bébé dans les bras qui ne pouvait pas s'endormir et qui, maintenant tout aussi épuiisé que ses parents roupillait à l'intérieur, puis celui d'une matinée fraiche et claire où nous nous promenions, comme les frères Poucet, à une dizaine d'enfants et une monitrice, sacs au dos, à peine plus hauts que les fougères luxuriantes qui bordaient le chemin, dans une grandiose forêt de sapins , tout droit issue des illustrations de nos livres pour enfants, plus vraie que nos rêves les plus fous, dans laquelle on pénétrait comme dans un palais enchanté après avoir traversé des prairies muticolores à n'en plus finir en faisant s'envoler devant nos cuisses nues les sauterelles encore menue et fines de début juillet, où nous nous sentions chez nous, protégés, bien à l'intérieur, nous nous arrêtions après avoir traîné en queue de file pour ramasser des brindilles, des pommes de pin et cueillir une petite plante acidulée, délicieuse , une jeune pousse en forme de cresson que nous mangions sur le pouce, le gôut je l'ai déjà sur ma langue après près de cinquante ans, et que nous appelions "Pain d'Oiseau" inconscients des risques que nous prenions, ou encore celui d'une chaude journée plutôt mal définie, dans les champs, au choix, en Bourgogne, en Savoie en Auvergne ou dans le Comminges, avec le bruit d'un grillon inquiet qui se serait tenu coi dès qu'on aurait fait un pas et puis enfin celui d'une haute futaie, à nouveau, pleine d'ombre, dans une autre forêt, au lieu dit "Le Grand Sapin", connu des amateurs de champignons, entre Villiers Saint Benoît et Sommecaise, non loin de "La Ronce", où nous nous étions enfoncés depuis peu. C'était le bon souvenir, celui qui collait au bruit. Le son était identique, reconnaissable à tous les coups. L'odeur de feuilles mortes et de terre me revint dans le même temps. Marchant à la file indienne, nous nous faufilions entre les branches, faisant crisser le tapis de feuilles mortes que nous scrutions, cassés en deux , le nez au ras du sol, à la recherche des champignons, plus spécialement des "trompettes des morts" (ou "chanterelles" ou "cornes d'abondance") qui ressemblent tout à fait aux champignons chinois qu'on met dans le "Shop Suei". Des petits ceps, ou des girolles ne nous auraient pas déçus non plus, soit dit en passant, mais c'était un coin à "trompettes des morts". On ne les voit que que on a les yeux dessus, quand on en trouve un, on en trouve cent, etc. Je superposai alors, pour ainsi dire, le souvenir au présent : depuis un moment notre marche silencieuse était accompagné du même son de crécelle grave que j'entendais maintenant. Une pie venait de faire halte, dans le présent, sur le cerisier nu que je pouvais apercevoir de mon lit. Elle écoutait elle aussi le son de la forêt de mon souvenir en penchant la tête comme font tous les oiseaux. C'était le bruit d'un pic-vert. Il martelait de son bec une branche ou un tronc pour en faire sortir les insectes cachés à l'intérieur. En forêt, les craquements, les bruits de bois qui grince, de branches qui cassent, ne manquent pas. Nous avions interrompu le travail de l'oiseau sans nous arrêter pour écouter son bruit. Il était fort en colère. Il y eut des cris, des bruits d'ailes furieux. Quelque chose tomba sur le sol, juste à nos pieds. C'était le pic-vert qui était descendu pour nous engueuler. Il manifesta son mécontentement avec des cris stridents et force déploiement des ailes, puis remonta illico, en un vol quasi vertical, tout en haut de l'arbre où nous ne l'entendîmes plus. Son nid ne devait pas être très loin, il était probablement venu le défendre. Nous nous sentions coupables comme si nous venions de prendre un savon mérité. Et là, dans le petit matin clair, le même bruit de percussion venait déchirer le silence de la banlieue juste avant la sonnerie des reveil-matins. Le pic-vert ausculte l'intérieur de l'arbre. Il scrute la vie qui y grouille. Il fait sortir la vie de l'arbre, quelle que soit l'heure, en un inexorable et mortel sauve qui peut. Et pourtant son bruit n'est pas sinistre, il n'est pas douloureux, comme celui des mouettes, ou laid comme celui des pies. C'est un bruit de travail, un bruit laborieux. On dit qu'il tambourine. (même si son cri, qu'on entend beaucoup plus souvent qu'on croit, selon Internet, une sorte de ricannement sardonique est assez désagréable) "L'intérieur n'est à l'exterieur de rien". C'est une phrase étrange, un tantinet dérangeante, paradoxale alors qu'elle n'exprime aucun paradoxe. C'est vrai : l'intérieur et l'extérieur sont deux catégories radicalement différentes de l'espace, disjointes. C'est ce que dit radicalement Valère Novarina, il faut en finir avec les compromis. Le dedans et le dehors ne communiquent pas, pas même en vertu de lois topographiques compliquées. Pas d'échange posssible, pas de place pour quoi que ce soit de transitionnel ou intermédiaire, pas d'ouverture autre que l'éffraction chirugicale ou mutilante toujours catastrophique, comme celle du pic-vert (Le plus souvent les aphorimes concernant l'intérieur et l'extérieur font allusion à leur caractère au contraire communiquant, les faisant s'écouler l'un dans l'autre de manière lénifiante en donnant la clé du monde, "La sortie de secours est à l'intérieur " etc. ) Un bon psychothérapeute serait alors un pic-vert. Un tambourineur de l'index sur votre front ou votre nombril, penché sur votre corps allongé, levant légèrement les fesses de son confortable fauteuil. Il vous sortirait les verts du nez. Si l'interieur n'est à l'extérieur de rien, il faut s'y résoudre, le cerveau est un organe externe, un peu comme les testicules ou les seins. De même, en dernière analyse, que notre tube digestif, aussi long et alambiqué soit-il, qui n'est qu'une invagination du dehors au temps où nous tombions, minuscules, dans l'abysse amniotique, que nos viscères mêmes, si propres et si bien rangés, aucune place perdue, encore plus beaux que dans les livres d'anatomie, luisant de l'éclat de leurs couleurs originelles, doux et fermes au toucher, jouissant de leurs formes parfaitement lisses, petits animaux immobiles et tranquillement pulsatiles, sont des organes externes, traversés par des millions de ramifications qui communiquent toutes entre elles et avec nos orifices naturels. l'intérieur n'est à l'extérieur de rien... mais il n'existe pas.

12 mars 2009

Ce matin, il y a quelque chose dans l'air qui le rend plus doux. Le ciel est gris, il bruine, mais la lumière n'est plus tout à fait la même. Elle semble pleine de promesses. Dans quelques jours, à peine un ou deux peut-être, les fortitias seront en fleurs (les bergerias roses du petit jardin de façade le sont déjà, en touffes, mais elles sont capables de fleurir même en décembre) Dès qu'un rayon de soleil parvient momentanément à crever le plafond, les oiseaux se mettent à crier à tue tête comme si, sans attendre le coup de feu du starter, ils voulaient "voler" le départ . Le quartier est silencieux. Tout le monde est au travail ou au marché. Le reste pense à ce qu'il va faire à manger à midi, à vagabonder sur internet ou à souffrir au fond de son lit. Les chats ont disparu à leurs affaires, le chien dort dans la bibliothèque. On est bien chez soi. j'ai rarement pensé çà. En dix jours la tension est retombée. Je me suis mis à relire. Le repos forcé à provoqué, banalement, un retour sur soi qui commence à ne plus me faire peur. Je sens que, bientôt, si les choses continuent comme çà, je vais me remettre à écrire. c'est déjà un peu fait, non ?

10 mars 2009

Pensée de la nuit N°150 : "Après la mort d'Abdul Fazl, l'empereur devint plus sévère. Il lui incombait de régenter le mode de vie de son peuple et pendant trop longtemps il avait été défaillant dans ce domaine, remplissant fort mal son devoir. Il interdit la vente d'alcool aux gens du peuple sauf sur prescription médicale. Il prit des mesures contre les vastes essaims de prostituées qui bourdonnaient comme des mouches dans tous les coins de la capitale et les fit installer dans un campement batisé la Ville du Diable, à quelques distances du centre, et il ordonna que tous les hommes qui s'y rendaient dussent indiquer par écrit leur nom et leur adresse avant d'être autorisés à pénétrer dans le camp. Il déconseilla la consommation de viande bovine, d'oignon et d'ail et exhorta son peuple à manger du tigre pour puiser de la force dans sa chair. Il déclara que la pratique religieuse ne pouvait donner lieu à aucune persécution, quelle que soit la religion, on pouvait bâtir des temples et laver les ligams, Mais il était moins tolérant envers les barbus, car la barbe tire sa nourriture des testicules, ce qui est la raison pour laquelle les eunuques n'en portent pas. Il interdit le mariage d'enfants et désapprouva la crémation des veuves et l'esclavage. Il conseilla à son peuple de ne pas prendre de bain après des relations sexuelles. Et il convoqua l'étranger à l'Anup Talao dont les eaux agitées malgré l'absence de brise prouvait que la situation, qui aurait du être calme, était complètement perturbée." Saman Rushdie, l'Enchanteresse de Florence, Plon

07 mars 2009

C'est la fin du journal de Thiron-Gardais, snif. Merci, Jean claude Bourdais
Un Haïku pa bain, 81


Plus d'haïku d'hiver,
Me voilà privé de bain
Quinze jours d'avance !