29 mai 2009

Villabé (lez Corbeil-Essonnes)


SOIR D'ORAGE SUR VILLABE

28 mai 2009

Un haïku par bain, 86


Je sais que ces bulles
Sont des bulles de savon
Et pourtant pourtant

24 mai 2009

Tanka, 5


Déjeuner à Mer
Passer voir Max à Laborde,
Scarlett à Saumry

Nos pas ne résonnent plus
Dans l'escalier de Chambord

22 mai 2009



Je suis un fan des "Sopranos". Ceci est une réduction (au sens culinaire) , une concoction, une jivarisation parfaitement réussie. Les images défilent à toute allure. La voix tente de les suivre, elle y parvient, il y a cette sorte d'urgence qui fonce vers la fin inéluctable, qui accélère. J'ai aussi l'impression que c'est ainsi que notre mémoire fonctionne : nous n'avons certes pas retenu des "Sopranos" plus que ces 7 minutes, je veux dire que notre cerveau n' en a probablement pas enregistré plus - et probablement moins à mon avis- mais nous en mémoire le sentiment de la durée, cent cinquante ou deux cent heures en temps réel, huit jours. C'est très paradoxal. Si nous tentons dans notre tête d'arrêter la course folle des souvenirs de notre vie ou de la ralentir, d'y opérer une sorte de zoom temporel, de dilater la durée de tel ou tel épisode ou de tel moment nous ne retrouvons certainement pas plus qu'une seule image, agrandie certes, mais ne possédant en aucune manière plus d'information que celle contenue dans le pauvre chaînon d'un centième de seconde qui nous reste. Nous sommes tout à fait incapable d'y ajouter le moindre détail (c'est ce que Sartre explique dans "l'Imaginaire", je crois) et pourtant nous avons le sentiment de la pleinitude du moment. Nous avons la certitude de l'avoir vécu. Aucune preuve de cela, cependant. On pourrait tout à fait nous avoir "greffé" le dossier, nous faire croire que nous avons vécu alors qu'en réalité nous sommes une machine initialisée il n'y a que quelques secondes. Qu'est-ce qui prouve que nous ne sommes pas une série télé ou une machine vidéo ? Mais n'allons pas jusque là, foin de paranoïa. A l'âge où je suis arrivé, qui n'est pas si canonique que ça, je peux ainsi résumer ma vie : "Ciscoblog en sept minutes". Je peux "zoomer" à toute allure, d'avant en arrière ou d'arrière en avant quand je veux, faire défiler les images et les sons, quand je me brosse les dents devant le miroir de la salle de bain, sur les toilettes ou dans les embouteillages. Je suis même certain que je pourrais sans difficulté résumer toute ma vie en une seule page de 20 lignes de 60 signes et qu'on entendrait la même urgence que celle du commentaire des "Sopranos en sept minutes" Et vous ?


18 mai 2009

Pensée de la nuit N°155 "Les livres empilés à mon chevet semblent se lire eux-mêmes à haute voix pendant mon sommeil" Alberto Manguel, le journal d'un lecteur in Journal Volubile d'Enrique Vila-Matas

16 mai 2009

Fleurs d'ail


La force de l'art






(On a vu cette photo un peu partout mais celle-ci c'est la mienne)

13 mai 2009

Un Haïku par bain, 85


Un joli jet d'or

D'ailleurs sans valeur aucune

Découpe la mousse
Roger Planchon est mort. Je suis certain que beaucoup d'entre vous se demandent qui c'est. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc. Dans ma génération tout le monde connaît Planchon, même ceux qui ne s'intéressent pas plus que ça au théâtre. J'ai été plutôt triste à la mort de Brassens, assez indifférent à celles de Sartre et Lacan, triste à celle de leo Ferré et Mitterand et serai rigolard (si je vis encore) à celle de Brigitte Bardot ou Johnny Halliday. Mais je suis très triste de la mort de Roger Planchon. Pas seulement parce qu'il était un maître, un modèle - et je vais dire quel modèle il a été pour nous - mais triste aussi parce que c'est notre jeunesse qui nous revient tout à coup dans la gueule comme une gifle. On me disait cet après midi que Planchon représente une grande part de ce que nous n'avons pas pu transmettre, de ce que notre génération n'a pas transmis à ses enfants. C'est bien de ça, précisément, qu'il y a lieu d'être triste. La mort de Planchon scande notre échec. Il nous avait montré la voie que nous n'avons jamais suivie. Planchon était, comme disent les japonais, un trésor national vivant. Il était à lui tout seul, tant par sa vie que son travail le symbole de ce qui nous paraît maintenant un improbable oxymore : la culture populaire. Je veux parler de la "popularité" de la culture et non pas de la culture "du peuple", loin de moi toute intention culturaliste, que Dieu me tripote. Car quand j'emploie le mot "culture" je parle de celle avec un grand K qui nous fait, quand on l'entend prononcé, sortir notre révolver même. Ce que Planchon nous disait était que la culture pouvait à la fois être "hard" et "populaire". Qu'il n'y avait pas un culture pour les riches ou les savants et une autre, au rabais, pour les pauvres et les ignorants, comme voudrait nous le faire croire les communautaristes de maintenant, mais une seule culture pour qui voulait bien se donner la peine d'y entrer, comme les pauvres d'esprit au Paradis. A condition qu'on les y laisse entrer, qu'elle leur soit simplement accessible, comme un droit, aussi important que le droit à la santé (ouaf, ouaf) ou au logement (re oauf ouaf), accessible, pas en terme de comprenette, comprenez-moi bien, si j'ose dire, mais tout simplement en terme de sous, d'économie, de mise à disposition, de désserte, d'usagers. Et qu'on ne vienne pas me gonfler avec l'élitisme. Il disait qu'on pouvait se fendre la gueule même avec des chefs d'oeuvres immortels. Vilard avait déjà fait ça. Mais en plus, Planchon était un théatreux de génie, qui savait tout de son métier. J'ai déjà dit ici quel choc ésthétique avait été pour moi la représentation de la deuxième version de son Tartuffe de 1973, proche, et c'est un spécialiste qui vous parle, du syndrome de Stendhal. Planchon travaillait, formait des succésseurs, tentait de passer le flambeau (Patrice Chéreau par exemple, qui ne l'a lui, repassé à personne) Parce que Planchon était aussi un chef. Il avait un théâtre, une troupe, tout comme Molière, il faisait vivre des gens, il dirigeait, en remontrait aux ministres mêmes, ne se laissait jamais damer le pion. C'est précisément ce que nous n'avons jamais pu être, ce genre de chef . Je ne saurai bien dire pourquoi. Je pense aussi à mon maître Bonnafé, qui savait tout de la psychiatrie, mort il n'y a pas si longtemps en 2003, qui a eu des enfants, nous, notre génération, mais qui n'aura pas de petits enfants. Je pense aussi à Marcel Sassolas qui lui est bien vivant, ardéchois comme Planchon, qui a travaillé toute sa vie aux pied des grattes-ciel de Villeurbanne avec les plus fragiles, qui lui aussi sait tout de la psychiatrie et de la culture. Longue vie à Marcel Sassolas ! Qu'on ne vienne surtout pas me dire que ce n'est pas notre faute. Eux en tout cas, avaient tout fait pour qu'on n'en arrive pas là. C'est ce que j'ai envie de dire en ce soir de grande tristesse.

08 mai 2009

Tanka, 4


En haut du volcan
D'éphémères parapentes
s'élevaient dans l'air

Et par ce soir doux et clair
J'avais plus de cent mille ans
Pensée de la nuit N° 154 :"Moi, monsieur, de mon temps il fallait se lever pour changer de chaîne !" G Genette, Codicile

04 mai 2009



Quand je pense à tout ce qu'on aurait perdu si Flaubert avait écrit "Madame Bovary" sous Word 1857... (site extraordinaire, car loin de la magie de l'informatique (qui nous donne à voir tout ça) il y a un formidable travail "à la main", via CG)




01 mai 2009

Le phare de Sauzon


Accroupi sur la jetée du phare vert
En marinière et salopette Hosh Kosh
Petit garçon minuscule gavroche
Il lançait son carrelet dans la mer

Le fier pêcheur - et moi j'étais son père -
m'apportait en courant parmi les roches
Les crevettes qu'à la ligne on accroche
Et que les poissons préfèrent aux vers

Terreurs de gobies bourreaux d'éperlans
Plus têtus encor que les goélands
Nous étions les rois, mon fils et mézigue

Une équipe un attelage un tandem
Sérieux et sages comptant sur nous-mêmes
Jamais plus heureux que sur cette digue


(un sonnet par lieu, 6)