31 août 2009

Je me souviens des retours de vacances de mon enfance et de la mélancolie qui m'étreignait sur le quai de la gare où les parents nous attendaient. Nous nous jetions dans leurs bras, bien sûr, la tête fraîchement émerveillée des moments de socialisation que nous venions de vivre. C'était le temps des groupes des équipes des drapeaux et des totems. On nous envoyait en colos ou chez les éclaireurs pour apprendre le collectif plutôt que la vie. Nous étions en proie à la douleur de nos premiers chagrins d'amour et de nos premières séparations conscientes. Il y a quelques heures , sur l'autoroute A20, seul dans la voiture, c'étaient les derniers feux d'un rougeoyant crépuscule. Le ciel et la Beauce s'étaient embrasés une dernière fois avant la venue de la nuit. Les petites lumières bleues des éoliennes rangée à la file sur des kilomètres clignotaient à l'unisson dans l'ombre grandissante et faisaient une ligne pointillée qui se perdait au loin pour revenir en sens inverse, en un second plan qui révélait des ondulations secrètes, enfouies sous la platitude, conférant au paysage un lyrisme d'autant plus émouvant qu'on ne l'attendait pas là. Les trois longues pales pointues de chacune de ces géantes pathétiques tournaient si lentement dans le calme de la plaine, poussées par aucun vent ou seulement par un maigre souffle vite aboli qu'elles paraissaient en panne, comme surprises les unes après les autres par une immobilité qui les encombrait, dans un silence gêné, alors qu'elles étaient faites pour le bruissement vigoureux de l'air brassé et les faisaient s'excuser d'être là à nous regarder passer sur la route et nous implorer de leur absence de visage, leurs bras désunis brandis à contre temps comme dans une chorégraphie délibérément moderniste. On n'avait jamais vu de machines aussi pareilles à des être humains. Tristes comme eux. La Beauce rougeoyait pour la dernière fois du jour sans promesse de recommencement. C'est donc la rentrée avec son lot de mélancolie salutaire et sa sempiternelle nouvelle vague de bonnes résolutions ! Réveiller un peu Ciscoblog qui a une nette tendance à s'engourdir ces derniers temps comme les éoliennes, par exemple, ne serait pas du luxe (vous avez remarqué, je suppose, cette raréfaction de la parole, cette réduction en vers, cette absence de posts longs depuis quelques mois, cette grande place bègue qui s'avance) Il faut dire, sans trop évoquer la vie privée, que les temps ne sont pas particulièrement propices au tranquille babil qu'implique l'esprit d'un blog qui ne devrait être au journal intime que ce que la conversation est à la confession. Trop d'émotions peut-être, trop, mais ce n'est pas le lieu. On en restera donc là pour ce soir. Demain est un autre jour (de travail)

25 août 2009

...DU HAUT DU MONT PELAT


Changer de point de vue. Regarder de ce côté là. Prendre un peu l'air. Mettre les choses en perspective

24 août 2009

Un Haïku par bain, 91


À tirer des bulles
D'un flacon de savon vide
j'ai passé mon temps

20 août 2009

Pensée de la nuit N° 158 : " Tout bien considéré, le plus grand regret de nos vies, compte tenu des plus douloureux et des plus intimes, aura sans doute été la séparation des Beatles"
Tanka, 10


Au dessus du toit
Le mont Sacon fume encore
Lendemain de pluie

Et les orages s'éloignent
De nos cœurs et de nos corps

09 août 2009

Tanka, 9


à M.L.G


Dans le brouillard gris
Je la tenais par la taille
Sous le parapluie

Pareille à l'Ourse de Sost
Qu'enlace l'Ours de Ferrère

02 août 2009

Villecerf


Tout au bout du jardin la rive de l'Orvane
Moussait de fraîcheur à l'ombre d' un bois profond
Nous venions le soir poser des lignes de fond
Et pêcher des anguilles les matins diaphanes

Notre chienne Letchee sur la pelouse plane
Poursuivait les poules du voisin furibond
Pendant que les yeux vagues et l'esprit vagabond
Tous deux nous refaisions le monde dans nos crânes

Tu te souviens de ce mois d'août de soixante huit
De l'armée rouge à Prague et de l'espoir en fuite ?
Et de ce jour splendide de tes dix neufs ans

Sur l'écran noir et blanc le petit pas d' Armstrong
Te rendais fier de l'homme. Au bout de la nuit longue
L'aurore ne serait jamais plus comme avant

(un sonnet par lieu, 8)