25 septembre 2009

GRANDS MOULINS DE CORBEIL

19 septembre 2009

Histoire de Jean Luc, 1




Souvent Haltman se souvenait du professeur Weill. Cela devait être un très vieil homme maintenant. Le professeur Weill avait été chef du service de Néphrologie au CHU Henri Mondor à Créteil au temps de la jeunesse d'Haltman.  Il avait été le doyen de la faculté de médecine. "Doyen" voulait dire "président" même si l'on élisait à ce poste prestigieux des médecins déjà un peu âgés. A l'époque le professeur Weill ne devait pas avoir été  tellement plus âgé qu'Haltman aujourd'hui.  Haltman pouvait dire que c'était l'un des hommes les plus remarquables qu'il avait rencontré. Voilà comment cela s'était passé. A la fin de son internat, Haltman  en attendant un poste d'assistant, avait occupé un poste de médecin vacataire à mi-temps aux Mozards. Bonnafé, le père créateur,  qui avait déclaré la fin de "l'implantation préalable", était parti à la retraite fâché avec son équipe qui s'était voulue encore plus radicale que lui et prétendait en tout cas pousser la théorie de l'implantation préalable le plus loin possible.  Elle refusait énergiquement la construction des soixante lits d'hospitalisation qu'il préconisait maintenant. La bataille faisait rage contre les lits qui étaient vécus par les disciples, maintenant traités  vertement de gauchistes par le maître ou même de socialistes ce qui était la pire injure dans sa bouche,  comme une véritable trahison. L"autre mi-temps avait consisté en une sorte de mission : il avait été envoyé, sorte de commissaire politique, participer à la liaison entre le secteur public et ce qu'on appelait  le médico-social étant entendu que pour sociale que la psychiatrie publique se proclamait elle voulait surtout ne pas se séparer de la médecine ni de l'hôpital laissant au "privé associatif" (les familles)  la gestion des prises en charge à très long terme. Le CAT (centre d'aide par le travail) de Dormeil était l'une de ces institutions du médicosocial issue du paternaliste industriel qui avait eu son heure de gloire presque cent cinquante ans plus tôt. Il se situait dans le quartier de La Nacelle qui s'étendait en contre-bas de la nationale sept entre le chemin de fer et les bras entremêles de l'Essonne. c'était là que s'était tenu jusqu'à une époque toute récente, elle vient d'être démolie,  l'un des plus formidables monuments industriels de la région, la grande papeterie Darblay,  fierté de la ville avec les Grands Moulins. A la fin des années soixante dix c'était l'une des usines à papier les plus importantes d'Europe. Elle avait employé jusqu'à plus de mille ouvriers et fait vivre la ville pendant des décennies. La famille Darblay, l'une des fameuses "deux cent familles", c'est à dire actionnaires de la Banque de France, avait tout fait, à l'instar par exemple des Godin dans le Nord, pour "fidéliser" ses ouvriers. On avait construit des écoles, des cités ouvrières, des dispensaires, on avait même bâti une chapelle tout près de l'usine, de l'autre côté de la rue de la papeterie. C'est autour de cette chapelle, probablement achetée pour le franc symbolique par l'association de familles de malades mentaux "les Papillons Blancs", transformée en menuiserie que s'étaient regroupés les "Ateliers de la Nacelle" à la fin des années soixante. L'idéologie des Centres d'Aide par le Travail, essentiellement véhiculée par les associations de familles qui avaient légitimement besoin de structures pour prendre en charge, en dehors de tout soins,  leurs enfants reposait sur le concept de "handicap" que les psys ont toujours beaucoup suspecté. pour les psys et pour dire les choses rapidement sinon simplement la maladie n'était pas un handicap, c'était une "dépendance évolutive" susceptible de progrès et objet possible de soins. Le "handicap" écartait a priori le soin puisqu'il se donnait d'emblée comme fixé, définitif, soumis à un taux d'invalidité arrêté par les autorités sanitaires. Le handicap mental, cette maladie mentale "cuite" pour ainsi dire  existe pourtant bel et bien, mais il n'a jamais été pris en compte tel qu'il était par la psychiatrie publique. Ce n'était (et n'est toujours pas, c'est une question de définition) son affaire. Dès qu'il était question de handicap (de mongolisme par exemple) on évoquait lle médicosocial et l'éducatif. C'est pourquoi on ne trouve aucun handicapé mental dans les hôpitaux. Dès les années soixante dix on les avait tous confiés au médicosocial. Ce sont ces idéologies contradictoires qui ont fait que la psychiatrie et le médicosocial se sont toujours regardés en chiens de faïence. mais n'ont jamais pu se passer l'un de l'autre (malgré leurs rêves parallèles) Il y avait à cette époque une grande méfiance entre les psys et les associations de familles. Mais la psychiatrie n'a jamais pu rester pure et dénier complètement la possibilité du handicap : il y avait par exemple des malades mentaux dont la guérison tardait beaucoup. Leur maintien dans une structure de soins avec des chances d'évolutions quasi nulles étaient la cause de l'évolution asilaire des dites structures. La psychiatrie  avait besoin de portes de sortie pour ses échecs. On pouvait même dire que ses chances d'échapper à une évolution asilaire étaient de garder des liens avec le médicosocial dont elle critiquait si souvent les pré-requis.  Plus un service était "alternatif" plus il avait de liens avec le médicosocial. C'était un véritable paradoxe. Cela avait aussi la source de graves malentendus qui persistent encore parfois de nos jours.  A partir du moment où nos enfants étaient des "handicapés" et non plus des "malades mentaux" (terme toujours connoté de dangerosité) on pouvait penser que la société avait plus de devoirs à leur égard,  ou plutôt on pouvait le penser plus facilement, sans arrière pensée. Le handicapé avait des droits alors que ceux du malade dangereux étaient suspendus par une loi spéciale, la loi de trente huit (du 30 juin 1838). Ils avaient par exemple le droit de travailler et les associations de familles se battaient à juste titre pour tout ce qui pouvait renforcer leur dignité. Cependant le problème restait celui de la "rentabilité". Le handicapé, par définition ne pouvait se soumettre aux cadences normales. Il lui fallait donc un lieu de travail adapté avec un salaire adapté lui aussi qui ne pouvait pas correspondre au SMIC des normaux qui auraient bien entendu hurlé qu'on les prenait pour des handicapés. Travail adapté, salaire adapté (modification de la pension d'invalidité en fait) et aussi encadrement adapté : éducateurs à la place de contremaitres. On avait donc inventé un corps spécial d'intervenants, à la fois contremaitres (il fallait bien produire, on n'était pas à l'opérette) et éducateurs (il fallait bien tenir compte du handicap). C'étaient les éducateurs techniques. Pour être éducateur technique il suffisait d'être normal et d'avoir travaillé dans l'industrie ou dans l'artisanat.  C'étaient bien souvent de vieux artisans en faillite ou de vieux ouvriers en pré-retraite pavés de bonnes intentions qui ne s'attendaient en général pas au choc de la rencontre avec la souffrance mentale. C'était pourquoi on avait tout de même besoin de psys. Mais leur intervention restait délicate tant la méfiance des familles était grande à leur encontre, eux qui n'avaient pas su guérir leurs enfants. Bref, on avait envoyé le soldat Haltman au CAT.

17 septembre 2009

Un haïku par bain, 92


Silence abyssal
Où je me suis englouti
De l'eau plein l'oreille

16 septembre 2009

Tanka, 11


Le long de l'A20
La file des éoliennes
Agitant leurs pales

De pathétiques géantes
Scandent ma route incertaine

11 septembre 2009

Cent quarante twitts de cent quarante signes, 1 
 
Il faudrait un jour publier cent quarante twitts comptant exactement cent quarante signes (à celui là, par exemple, n'en manque pas un seul)
Pensée de la nuit N° 159 : "Ce qui est bien avec Quignard, c'est qu'on peut facilement le parodier, son parti pris de "crudité" est souvent à la limite du casse-gueule"
On voudrait nous faire croire que les livres  nous racontent des histoires. C'est l'inverse :  ils nous racontent nous.  C'est nous les lecteurs qui sommes des histoires. Nous sommes de la même matière que les nuits de Shéhérazade. Nous n'existons que parce que nous sommes racontés. Les livres de nos bibliothèques ne racontent mille et une fois qu'une seule chose : moi, vous, leurs lecteurs.  Le livre n'est pas un objet que je tiens ou que je scrute et dont j'absorberai silencieusement la substance invisible. Le livre me produit, au sens littéral du terme.  Je suis la substance dont je viens de parler. Je suis moi lecteur le résultat de ma lecture, dans le temps même où je suis en train de lire. Rien d'autre qu'une identité narrative. quand je lis je n'ai pas d'imaginaire, je suis  imaginaire.  Je ne suis qu'une vapeur de livre. J'en ai eu la preuve hier, deux fois coup sur coup. Une première fois en lisant"Assez parlé d'amour" d'Hervé Letellier, l'autre fois juste après, en lisant "la Barque silencieuse" de Pascal Quignard.  Je lis donc que Le héros de Letellier a donné un rendez vous au café Zimmer, place du Châtelet. Il précise bien qu'il n'a pas mis les pieds au Zimmer depuis plusieurs années. D'ailleurs il n'est jamais entré au Zimmer très souvent. Il n'est pas un fan du Zimmer. Incroyable coïncidence : J'ai moi même pris la veille un pot au Zimmer , dans lequel , qui plus est, je n'avais pas pénétré depuis plus de dix ans,  et je m'étais même fait exactement la même réflexion, que je ne rentrais pas souvent au Zimmer, que je préférais quand j'étais dans ce quartier flâner chez les marchands d'animaux du quai de la Mégisserie (ce sont exactement les mots du personnage d'"Assez parlé d'amour") et qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Je me souviens avoir vraiment pensé cela.  Je l'ai même dit à la personne avec qui j'étais au Zimmer qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Et voilà que je le lis à nouveau dans ce livre sous le halo chirurgical de ma lampe de chevet. Je ne suis pas en train de lire ce livre, je suis dans ce livre. Je parle par la bouche du personnage de roman, il me vole mes mots. Ou alors me les  souffle-t-il, à l'inverse. C'est lui qui parle dans ma bouche, je ne sais plus si j'ai vraiment pris un pot au Zimmer la veille ou bien si  c'est dans le livre, si par hasard même je n'e suis pas le personnage d'un livre.  Je change de livre, comme souvent. Je partage souvent mon temps de lecture vespérale ou nocturne entre deux livres.  J'ouvre la "Barque Silencieuse", à la page que j'avais cornée la veille (je ne marque pas les pages, je les corne) Nouvelle coïncidence.Pascal Quignard, dans l'une de ses célèbres dérive étymologique,  évoque l'origine du mot "Corbillard", origine que je suis capable, médusé en mon fort intérieur, ravi à moi même, de réciter immédiatement en même temps que je lis ses mots, nos deux voix, à Pascal Quignard et à moi, confondues en un étrange duo à l'unisson : "Corbillard" vient de "Corbeil" qui est la ville où je travaille depuis plus de trente ans. Pour une fois, je peux vérifier par moi même que les étymologies de Quignard pour baroques qu'elles semblent être, sont vraies. Un "corbillard" est une embarcation à fond plat qui descendait la Seine de Corbeil à Paris, transportant tout un tas de choses : des barriques de vin, des bébés emmaillotés ou des cercueils. Tout Corbeillois sait cela, évidemment. Quand donc avais-je croisé Pascal Quignard sur le pont de l'Armée Patton ou sur le quai Bourgouin ? Avait-ce été dans un livre ou dans la ville ? Cette fois, il ne s'agit plus de coïncidence, qui plus est redoublée. Il ne peut s'agir que d'éclairs de réalité, d'un entre deux mondes vacillants, entre la matérialité du livre  et l'imaginaire de mon existence. Je ne suis que cela : en train de m'échapper  perpétuellement des livres et je cours perdu, pareil au  personnage de "La rose pourpre du Caire", dans un pays des merveilles  où ne file aucun lapin pressé ni ne sourit aucun chat du Cheshire.

08 septembre 2009

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Dimanche matin. Au beau milieu de la rue Mouffetard. Il fait beau et frais. Un temps idéal. On dirait un décor de cinéma. Tout paraît trop beau. L'animation un peu factice à la "Amélie Poulain" bat son plein. Les marchands de fruits et légumes voisinent avec les boutiques de fringues et de déco branchées dans le plus pur style bobo. La terrasse du "Verre à Pied" qui mange la moitié de la chaussée  est bondées des sempiternels habitués. Les touristes qui descendent la rue et dont je dois fendre le flot bon enfant sont aux anges.  C'est la même rue Mouffetard que celle de mon enfance, celle de Gripari, celle de la sorcière du placard à balais, celle du petit Bachir et du sorcier poisson rouge. Ce sont les mêmes pavés que je foule. C'est la même rue Mouffetard que nous dévalions à toutes jambes à la sortie de l'école. C'était une rue de labeur, noire et mystérieuse, d'avant Malraux et ses ravalements obligatoires, on y roulait des tonneaux de vins, on y portait des sacs de charbon sur les épaules,  on s'y interpellait dans une langue rugueuse, on n'y traînait pas, on  entrait par une porte qui actionnait une sonnette enrouée chez des marchands de couleurs où des balais et des martinets étaient suspendus au plafond dans l'obscurité. On y tirait encore des charrettes à bras parfois malgré la pente. Il y flottait perpétuellement des  odeurs fortes et étranges, des odeurs d'adultes, celle un peu écœurante du vin répandu sur les parquets, celle acre de la poussière de charbon, des odeurs de marché, de champignon, de feuilles mortes. Parfois les fumées de brûleries de café autour de la place des Gobelins toute proche mais aussi de la rue de l'Estrapade (qui est restée active jusqu'à la fin des années soixante dix) embaumaient l'air. Les fils des bougnats du quartier, en galoches et blouses grises pardessus leurs culottes courtes  nous y attendaient en embuscade, il y eu des empoignades mémorables. Et puis, tout en bas, le marché éclatait à la sortie de Saint Médard. Tous les jours nous nous y perdions dans  les odeurs et les bruits.   Maintenant c'est la ville musée, quoiqu'en dise mon copain Franklin. Moi même je n'habite plus là qu'en pensée et j'y reviens, comme magnétisé par des bribes de souvenir de mon enfance, sans trop savoir pourquoi, pas plus que les papillons qui reviennent se brûler les ailes à la même chandelle ne savent eux aussi pourquoi. Le sentiment que tout cela est mis en scène, qu'il ne s'agit pas de la vraie vie, que tous ces gens font semblant de s'activer, qu'ils sont employés par l'office du tourisme, que tout est reconstitué comme dans le "Pueblo Espanol" de Barcelone, avec ses faux artisans qui font semblant de fabriquer sur place des objets depuis longtemps manufacturés en Chine, m'envahit comme une vieille paranoïa et me voilà arrêté au milieu de la rue, bousculé par les touristes, immobile, mon sac de plastique à la main (je reviens d'une urgence de dimanche matin  à  l'"Arbre à Lettres") en train de bougonner sur mes souvenirs perdus. Pour ne rien arranger je viens de m'apercevoir que  le marchand de journaux vers lequel je me dirigeais a vendu son échoppe à une gadgeterie et qu'il ne sera plus possible d'acheter le "Journal du dimanche" avant d'aller prendre son café à "la Bourgogne". Qui prenait donc son café à "la Bourgogne" le dimanche matin au temps de mon enfance ? Et qui même y lisait son journal ? On n'y trouve en tout cas plus aucun maraîcher ni aucun mareyeur ni aucun garçon-boucher ni aucun négociant en vin accoudé au bar. Pendant un moment on a pu  trouver les  tout derniers au zinc de chez "Papillon" mais ils ont disparu depuis plusieurs années et les nouveaux commerçants ne boivent pas d'alcool. Quant à "Papillon", la dernière survivante des gargotes de Balzac, c'est tout juste si elle a échappé aux  irrésistibles grecs qui ont commencé à coloniser la rue par le haut il y a vingt cinq ans. Cela ne saurait très certainement tarder. Sauf que ce n'est plus tendance - "à la mode", disait-on du temps de mon enfance - . Je suis là, avec mes deux bouquins dans leur sac en plastique, à râler dans mon fort intérieur sur la disparition du petit commerce et à me laisser heurter par les épaules des grands hollandais, à recevoir des coups de cabas à roulette dans les mollets et à passer pour un parfait abruti.  Au coin de la rue de l'Arbalète, devant la pharmacie fermée, un type d'à peu près mon âge, tout à fait assorti au décor,  chante en s'accompagnant mollement à la guitare ce qui, dans le brouhaha de la foule qui s'écoule devant lui, doit être un tube de la "chanson française" des années soixante-dix (se souvient-on que le premier joueur de gratte venu chantait Brassens ou Brel et que nous connaissions pratiquement toutes leurs chansons par cœur ?)  Il lance des regards effarés et inquiets de tout côtés tout en continuant de chanter et de jouer de plus en plus vite comme s'il cherche le moment propice pour s'échapper de ce guêpier vu que la sébile posée devant lui à même le pavé reste vide.  Le temps de me retourner pour prendre la photo ci-dessus, il a décampé. Faisant le deuil du "Journal du dimanche" je me décide à redescendre la rue dans le sens du courant. Il y a des travaux sur le parvis de Saint Médard. C'est l'heure de la sortie de la messe mais il n'y a personne à l'intérieur. Le restau qui fait des brunchs  en face en a profité pour étendre son empire. Ses tables en fer peint s'alignent en rangs serrés de l'autre côté de la rue, bousculant les derniers étals du marché. Il multiplié son espace vital au moins par trois. Ce n'est pas un endroit où l'on peut s'attabler seul avec une absence de journal. La terrasse de la bourgogne est bondée. Pas une seule place. Tant pis. De toute façon je suis attendu au  Village Saïgon à des milliers de kilomètre de là pour déjeuner. Je fuis vers la modernité, il n'est que temps! 

04 septembre 2009

J'ai encore failli oublier le nom de Shoranur

02 septembre 2009

Staline et moi, nous en avons des comptes à régler. Je viens de refermer "l'Hirondelle avant l'Orage" le livre de Robert Little. C'est l'histoire à peine romancée de la tragédie que vécurent les grands poètes russes Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova, Boris Pasternak, et d'autres dont Maxime Gorki, Nikoaï Boukharine, Staline lui même au temps des grandes purges de 1934, des procès de 1938, des geôles de la Lubianka, du Goulag. Ossip Mandelstam est un héros, Anna Akhmatova aussi. le récit du martyr de Mandelstam est poignant. Mais le véritable héros du livre ne fait pas partie des persécutés. Le véritable héros du livre est Staline, l'homme d'acier, le persécuteur, le diable lui-même. Dès son entrée dans le récit il capte l'attention, la détourne à son profit, pour ainsi dire. Staline a toujours eu cet étrange pouvoir hypnotique, tant dans l'histoire "réelle " que dans les histoires des fictions comme dans l'épatant "Les Enfants de l'Arbat" de Rybakov, par exemple. Staline est un personnage de fiction idéal, le modèle du mal, l'ami des romanciers et des sénaristes, étrangement plus proche de nous que son collègue Hitler, par exemple (c'est parce Hitler, lui, se situe par delà le mal, on ne peut pas régler de comptes avec lui) Staline a été l'inventeur du culte de la personnalité, il en est peut-être resté quelque chose, un certain respect pourrait-on dire. Hitler a été abhorré par nos pères bien avant qu'on connut ses forfaits. Staline, en revanche, a été admiré par eux. Mon propre père, par exemple affirma toute sa vie que Staline, le grand vainqueur de Stalingrad avait fait tout au plus des erreurs ou alors qu'Hitler avait été le mal absolu mais que Staline avait été un mal nécessaire ayant tout de même contribué à l'envoi du premier homme dans l'espace et que oui la dictature du prolétariat était une vraie dictature, on ne pouvait pas arriver au socialisme sans, et que les capitalistes avaient juré la perte de la patrie du socialisme alors Staline avait des excuses  etc. J'ai des comptes à régler avec Staline car il a été l'idole de mon père. C'est une chose que j'ai du mal à pardonner malgré mon grand amour filial. Il y a un certain nombre d'hommes et de femmes ( nés à peu près cinq ans après la mort d'Hitler et cinq ans avant celle de Staline) qui sont dans ce cas là. Martin Amis, le grand écrivain anglais contemporain, l'auteur de l'inoubliable "Expérience" et du non moins inoubliable "La flèche du temps", en est un, par exemple. Il vient de publier cet année un nouveau roman toujours consacré à sa relation tumultueuse à son  père, le romancier anglais Kingsley Amis et au père de tous nos pères le camarade Djougachvili alias Staline, alis "Koba", son premier nom de guerre quand il dévalisait les banques de Tiflis. Martin Amis a deux avantages sur moi : d'une part c'est un immense écrivain, d'autre part son père a quitté le parti en 1956, alors que le mien ne l'a même pas quitté après 1989 (en fait il n'y a jamais été inscrit, il est toujours resté un "compagnon de route" comme on disait à l'époque, encore plus stalinien que le plus aveugle des militants) Il  a fallu à Martin Amis au moins trois romans pour se sorti de la relation triangulaire infernale entre son père, Staline et lui et encore n'en est-il pas sorti vraiment. Que voulez vous que je fasse, moi, avec mon petit Ciscoblog ? Je n'en ai pas fini avec le camarade Staline !

01 septembre 2009

Je viens de télécharger "Opera 10.00". Enfin un navigateur qui va vraiment plus vite ! J'ai vérifié qu'il respectait mon template (modèle) de Blogger au millimetre près, ce que ne faisait ni "Google Chrome" ni "Opera 9" ni "Internet Explorer" jusqu'à maintenant. Nickel. Seul hic pour l'instant, le correcteur orthographique qui n'est pas français, mais c'est véniel (reste à vérifier qu'ill est parfaitement compatible avec "Blogpress", l'éditeur blogger pour Iphone, mais il n'y a pas de raison). Je vais donc enfin pouvoir abandonner Firefox qui commençait à m'agacer sérieusement : quand on l'avait fermé on ne pouvait jamais le rouvrir dans la même session. Il fallait redémarrer le PC, c'était très désagréable comme bug.  C'est tout pour ce soir, folks, good night !