29 novembre 2009

Tanka, 15




Le vent se faufile
Intraitable trublion
Rue Saint Louis en l'Isle


Emportant au loin le fil
De ce que nous oublions

16 novembre 2009

Tanka, 14




Dans le matin calme
Les balladins de l'Eau Vive
Consolent leur âme


Marchons dans les feuilles mortes
Aux derniers feux de l'automne

11 novembre 2009

Il y a une raison précise à la re-publication de ce post d'octobre 2002 : la mort de Georges Michel Salomon, le papa de mon amie Agnès, dans l'incendie de son appartement.  Il avait quatre vingt huit ans. Ses deux parents  avaient été déportés en 1942.  Il ne les a plus jamais revu. Il avait à peine plus de vingt ans.  Ils habitaient  l'appartement de la rue Pierre Nicole depuis 1935. C'était l'un des fondateurs de l'enseignement du travail social en France et un homme remarquable, comme on en fait presque plus. Comme celle de tous "nos" pères la présence de Georges Michel  est "en creux" dans le récit qui suit ici. 

Je me souviens d'Anne Franck et des vingt-huit ans de ma mère. J'ai cru un moment que c'était un faux souvenir, que les dates ne correspondaient pas. Mais en refaisant mes calculs, je me rends à l'évidence : je me souviens bien des vingt-huit ans de ma mère. J'avais cinq ans. C'est d'ailleurs un souvenir de tout petit garçon. Je parlerai un jour de l'extraordinaire capacité des souvenirs à "oublier" le temps : que je me souvienne de l'anniversaire des vingt-huit ans de ma mère, de la chasse aux sauterelles avec mon grand-père, de ma maîtresse de l'école communale, madame Massé, du jour du résultat du bac ou de l'internat ou de la première fois que j'ai fait l'amour, j'ai toujours le même âge. C'était il y a quarante-cinq ans et je le vis comme si c'était aujourd'hui, mais aujourd'hui, précisément au moment où je me souviens, j'ai l'âge que j'avais au moment où le souvenir se passe, il y a quarante-cinq ans. Au moment précis où je me souviens je suis à la fois moi-me-souvenant, maintenant, et celui que j'étais alors. Comme si le souvenir m'avait aspiré dans son temps propre.  J'ai cinq ans. Je me souviens que nous étions chez  Fanny, la mère d'Agnès Seules "les mères", comme nous disions alors, étaient présentes, et les enfants. Les pères étaient au travail. Il y avait peut-être Franklin et sa maman Monique et Alain et sa maman Yvette. L'appartement des parents d'Agnès était un tout petit appartement dans une HLM de la ville de Paris de la rue Pierre Nicole, aménagé douillettement, avec des canapés et des fauteuils profonds de couleur sombre et des lumières tamisées avec plein de livres et de glaces partout. J'ai précisèment le souvenir de galipettes ou de chahuts sur un canapé, avec une image renversée de miroir éclairé de côté, de rires et de réprimandes, de bougies soufflées sans façon. Les petits enfants trouvent toujours drôle qu'on f?te l'anniversaire des grands, ils se demandent si les grands y croient vraiment, si c'est un jour si important que ça pour eux et s'ils doivent y croire, eux, les petits. Il y a deux événements merveilleux dans la vie des petits : l'anniversaire et Noêl : les grands, ça fait longtemps qu'ils n'y croient plus, au père Noël. Mais dans le souvenir "des vingt-huit ans de ma mère", ce qui m'émeut n'est pas seulement que je revive la jeunesse et la beauté de ma mère, avec ce sentiment (très "oedipien", j'en conviens) d'y "être", de la manière que je disais plus haut. Ce qui m'émeut est une évocation, toujours la même, liée au souvenir des galipettes au fond d'un canapé sombre. C'est celle d'Anne Frank. Car toujours Anne Frank vient occuper ma pensée quand je convoque le souvenir des vingt-huit ans de ma mère et les souvenirs de l'appartement des Salomon, rue Pierre Nicole. Vingt-huit ans, c'est peut-être l'âge qu'aurait eu en 1954, Anne Frank si elle avait survécu, mais l'association ne repose pas sur un jeu avec les chiffres. C'est que cette scène se passe à peine dix ans après la fin de la guerre. Nos mères étaient persuadées d'avoir échappé au massacre par chance, uniquement. Avec toute la culpabilité inconsciente que ça vous colle. Anne Frank avait justement leur âge en mille neuf cent quarante-trois ou quarante-quatre. Elles avaient lu le "Journal d'Anne Frank" en pleurant et en pensant à leurs amies disparues. Comment peut-on imaginer que leurs enfants n'aient pas pris leur tristesse de plein fouet. Il y a des choses qu'on ne devrait pas dire aux petits. Mais justement on ne leur a pas dites. Quarante-cinq ans après, ils s'en souviennent encore, pourtant.

10 novembre 2009

Pensée de la nuit N°162 "Prisonnier de son ornière, il prétend qu’il œuvre aux fondations." Eric Chevillard, l'Autofictif (merci, F.M.)

09 novembre 2009

Cet après midi j'ai encore failli avoir le syndrome de Stendhal. Je suis assez sujet au syndrome de Stendhal comme vous le savez si vous fréquentez Ciscoblog. J'ai comme une faiblesse de ce côté là. J'ai failli l'avoir mais je ne l'ai pas eu. Heureusement car je conduisais ma voiture, sur le grand viaduc autoroutier de l'A15 qui enjambe la vallée de la Seine en une courbe qui a des douceurs de hanches. C'est un coin où je ne vais pratiquement jamais. Si j'y venais souvent j'y serais habitué. Mais là, j'ai failli avoir le syndrome de Stendhal. Il y a je crois un tableau célèbre de Monet qui s'appelle "la Seine à Argenteuil" . Il l'a peint plusieurs fois. Il y a amené ses copains, Sisley, Caillebotte, Manet. Cela n'est pas étonnant que les peintres aient pris le coin comme modèle. Ils y ont peint des paysages élégiaques baignés de lumières vibrantes. On y voyait des barques, de petits voiliers des peupliers ou des ponts aujourd'hui disparus. Plus trop de nos jours, mais le paysage y est toujours sublime. La Seine à Argenteuil est belle depuis les temps préhistoriques, quand les brontosaures venaient y boire. Ce n'est pas l'urbanisation d'aujourd'hui, ni la disparition des brontosaures et des impressionnistes qui lui fera perdre sa séduction. Je revenais donc d'Ermont en direction de Paris. L'autoroute (c'est une sorte de bretelle, un brin de l'incroyable enchevêtrement de bitume qui court jusqu'au Grand Stade de France à Saint Denis) descendait du coteau et débouchait sur le beau viaduc en une belle courbe à gauche très roulante. A ma droite, dans la demi brume de cette fin d'après midi d'automne gris le paysage se déployait. On pouvait voir le skyline de la défense, complexe, ne rendant rien à celui de mégapoles mondiales, champ de pointes et d'épines noires, biseautées miroitantes, où contre toute attente, pourrait-on dire, les lignes obliques dominaient étrangement les verticales, laissant deviner des jeux de courbes, des volutes, des boucles en attente, puis, première aspérité remarquable sur l'étendue presque infinie de l'amas des maisons et des immeubles qui y faisait suite, la Tour Eiffel très nette dans le lointain, balise immuable, rassurante et presque banale. Mais la perspective, rendue mobile par le mouvement de la voiture qui dévalait le viaduc, amorçait un lent travelling, se déployant vers le Nord. La coulée scintillante de la ville s'élevait comme une bulle  de lave vers la colline de Montmartre surmontée du Sacré Coeur qui se découpait sur les nuages posés tels des touches de peinture. Le viaduc plongeait vers le fond de la vallée,  virant en pente douce, on survolait maintenant une zone industrielle couverte de citernes alignées par douzaines, de myriades de hangars, de parkings, d'usines et de cheminées d'usines qui aspiraient le ciel. Ça et là, des plages résidentielles, comme dans les jeux vidéo, avec des achèlèmes plantés comme des piquets au milieu des friches.  Je cherchai le fleuve des yeux et ne le trouvai pas d'emblée, occupé tout de même que j'étais par mon premier devoir d'automobiliste : surveiller la route. Il était là, pourtant, presque mince ruban d'acier mat aux ondulations  immobiles. C'était lui que le viaduc enjambait telle un ruisseau au fond d'une rigole, généreusement : non seulement il l' enjambait mais il enjambait aussi les berges, mais aussi les villes et les collines. De la haut, avec l'effet de la courbe,  la Seine semblait monter vers le ciel blanc comme dans un avion. Puis le viaduc se posa sur le coteau d'en face et la route se confondit à nouveau avec une route. Je m'accrochai au volant, prêt à freiner : j'avais le cœur qui débordait de la beauté du monde.

07 novembre 2009

Un ch'ti lien sympa pour changer, relayé par Mnémoglyphes (un autre ch'ti lien sympa, d'ailleurs pour ceux qui ne le sauraient pas déjà)

06 novembre 2009

Tanka, 13




Mille feuilles mortes
Dans le halot de mes phares
Que le vent emporte


Je fonce dans la nuit noire
Et j'ai le cœur qui déborde