24 janvier 2010






















Ça vient, ça vient...

15 janvier 2010

Il s'éloignait de la maison dans l'obscurité compacte. C'était une nuit sans lune. On ne voyait rien. C'était comme avant l'éclat du big bang. Ses yeux s'habituèrent pourtant peu à peu à l'obscurité. Des masses uniformément grises, de la couleur des objets quand personne ne les regarde, émergeaient autour de lui : un tas de bois, un de pierres, des carcasses de voitures, lui semblait-il, gros cubes uniformes, deux ou trois buissons couverts de neige, inquiétantes anémones de mer géantes aux aguets. Toutes choses que notre regard traverse le jour et qui nous inquiètent la nuit. Il tentait, à l'aveugle, de suivre le chemin enneigé qui se perdait dans l'obscurité. Un souvenir du procédé photographique d'antan avec les images qui se révélaient lentement dans l'ombre rouge le traversa. Le chien - il avait avalé de travers la veille, ils avaient cru qu'il allait mourir, il ne pouvait plus respirer, ils avaient tenté la manœuvre d'Hemlisch sans succès, ils avaient téléphoné en catastrophe au vétérinaire qui leur avait conseillé de le suspendre en l'air en le tenant par les pattes arrières, il était lourd comme un enfant de dix ans, il s'était laissé faire, il était revenu à la vie en râlant bruyamment, en remuant la queue, et vogue la galère - le chien qui avait déjà tout oublié savait où il allait, lui : l'appel sans délai du jadis pur, comme aurait dit Quignard, il en sentait les odeurs sous la neige. C'était l'état initial de la nature : humide sombre froide, oppressante et menaçante, sans pitié. Au loin, le dessin des arbres le long de la route, rehaussé un bref instant par ce qui pouvait être les phares d'une voitures qui passait, se précisait un instant et disparaissait en se fondant dans le flou de la nuit. Au-dessus de lui , le spectacle se préparait déjà. il n'avait pas encore levé les yeux, à cause du chien qui disparaissait dans le noir au bout de la laisse tendue.Le chien le menait, impérieux, sur des sols incertains. Il pensa au courage des aveugles. Il se força à ne pas regarder ses pieds. Devant lui, il distingua comme un semblant d'horizon. Il y avait comme un liseré plus clair, un dégradé de zinzolin, comme sur les bords de certains négatifs photos, que découpaient des arbres, des collines en ombre chinoise. C'était des restes de lumières venues de dessous la courbure de la terre de sources qu'il ne pouvait pas voir : des phares sur l'atlantique ou des villes lointaines. Son regard, suivant la ligne incertaine et floue qui courait comme un cercle de sorcière immense, effectua un lent panoramique que son corps accompagna. Il vit par dessus son épaule le halo que faisait la lumière de la maison par la porte qui était restée entrouverte. Il avait embrassé son nouvel univers. Il prit soudain conscience du froid polaire et frissonna. D'un coup de laisse , il tenta de faire revenir le chien qui n'obéissait pas. C'est alors qu'il leva les yeux : elles n'étaient là que pour eux deux, immobilles, belles comme il ne les avaient pas vues depuis des années. Soudain elles étaient des milliards. Il les vit toutes d'un seul coup, suspendues sereines dans le ciel de l'hiver et l'air pur. Il vit d'un coup toutes les constellations de l'horoscope, il distinguait les arcs, les flèches, les bras, les jambes, les chariots, les casseroles, les chiens , les hydres et les dragons entremêlés, se détachant sur la poussière de diamant de la voie lactée phosphorescente qui n'en finissait pas de déborder et de triompher. Ils flottaient, grandioses, au centre d'une sphère luminescente et parfaite, fascinés par le même spectacle exactement qu'avaient contemplé les brontausores et les hommes de Cro-magnon. iIs avaient des millions d'années. ll se souvint d'une visite au planétarium du Palais de la Découverte avec son cousin au début des années soixante et de l'ouverture de Lohengrin qui accompagnait une aube accélérée et triomphale. Le chien revint vers lui, s'assit sur son derrière et contempla avec lui le spectacle merveilleux des étoiles.


11 janvier 2010





Il fallait bien malheureusement que cela arriva un jour : les trois "R" ne sont plus que deux... Je me souviens de Fabrice Lucchini et d'Arielle Dombasle dans "Perceval le Gallois"

10 janvier 2010

Encore un numero définitif de l'excellente revue de photo en ligne Purpose cette fois ci consacrée au travail avec notamment des clichés géniaux de R Doisneau





















(via noematique)
Un Haïku par bain,104




Page qui se tourne :
Comme la maison déserte
La baignoire est vide
MOVING

06 janvier 2010

Un Haïku par bain, 103


A la manière d'Issa (à nouveau)





Et l'eau qui s'en va
Nos larmes emportera
C'est le Niagara !

03 janvier 2010

Un haïku par bain, 102




Tremper en silence
Sans qu'aucun courant n'emporte
Nos rêves au loin
Tanka, 19



Des flocons épars
Sur l'avenue des Platanes
Volent en silence


Un chat noir énigmatique
S'assoit dans la rue déserte
Voilà une question qui est cruciale! J'adore les questions idiotes que se pose David Madore, le matheux, s'il me permet ces qualificatifs qui se veulent surtout affectueux, et le pire c'est qu'il y répond ! David Madore est un maître, un maître agaçant, certes, qui veut avoir réponse a tout, une sorte de premier de la classe : il part de petits riens de la vie, des pannes de la machine à laver, des problèmes de chauffage électrique, de ses petites maladies, il a des manies, des marottes, des angoisses presque touchantes, et aussi d'operation dans le corps des réels et des zéros de la fonction Zeta de Riemann. Mais son érudition, son désir de tout comprendre, de tout expliquer, sa quête ininterrompue et sa pénétration nous laissent cois. Il finit par nous expliquer l'univers et l'infini, presque comme ça. sans y toucher, au moindre prétexte, en se l'expliquant à lui même, sorte de McGiver nombrilique,  lunaire et abstrait. il y a de la pulsion scopique là-dedans, à n'en pas douter,  mais que serions nous sans ce besoin tenaillant de savoir?

01 janvier 2010