28 février 2010

haiku de train, 1


Tiens, une colombe !
Perchée sur les toits pointus
Des maisons qui passent...

24 février 2010

Je rêve que nous montons une pièce de théâtre. Je suis à la fois acteur et metteur en scène. Nous jouons un "classique", Racine peut-être : Berenice, Phèdre, ou  Bajazet, je ne sais pas. C'est  toujours comme ça dans les rêves : on sait qu'on ne sait pas.  On monte une pièce, il y a ce qu'il faut pour la vraisemblance, le titre de la pièce est indifférent, je suis évidemment sensé le connaître. il y a des centaines de vers à apprendre, j'ai toujours avec moi un polycopié que je dois savoir par cœur, des tirades, des tunnels. Je remets toujours, je n'ai jamais le temps. ces foutus vers, il va falloir que je les apprenne en une nuit, juste avant l'unique représentation prévue. J'ai une bonne mémoire, j'ai déjà appris des rôles à la dernière minute,  d'ailleurs, être "charrette" me stimule, je m'en suis toujours sorti, ce n'était que quelques lignes,  quelques pages, mais pas ces dizaines de répliques, je n'aurais jamais du prendre un rôle aussi long, avec toute cette mise en scène et la gestion du spectacle. Les répliques pourtant, je le connais déjà, ou plutôt je crois les connaître, je les donne aux répétitions, mais je ne donne pas les vers, souvent même pas le sens général,  je ne donne que  le rythme, ta-ta-ta-ta-ta-taa,  on verra plus tard.  J'ai tant à faire, vérifier les costumes, régler les éclairages attendre les décors qui sont en retard etc. Je remets toujours l'apprentissage au lendemain, mais maintenant, il reste à peine deux ou trois jours. Je  sais déjà que je vais tout droit à la catastrophe mais je fais comme si je ne le savais pas. Il y a comme une urgence, une frénésie désordonnée, les images et les séquences s'entrechoquent, nous vivons sans dormir au milieu d'éléments de décors épars, des câbles électriques,  nous mangeons froid sur le pouce dans les coulisses. Nous n'avons pas vu la lumière du jour depuis une éternité.  Je ne sais  d'ailleurs pas si c'est le jour ou la nuit. C'est une sorte de huis clos fébrile. Nous sommes tous tendus vers un seul but, le spectacle.  Personne n'imagine vraiment un quelconque fiasco, c'est arrivé souvent, que tout se mette en place au dernier moment, alors qu'à l'instant d'avant, juste au lever du premier rideau, on soit en pleine confusion, et puis que, comme par magie,  les choses s'emboitent les unes dans les autres, s'ajustent et alors on se sent sur des rails et  comme  indestructibles. Combien de fois avons nous tout rattrapé au dernier moment. Mais là, j'ai le pressentiment que tout va foirer par ma seule faute à cause de ce rôle que je ne peux pas apprendre. Je pourrai prendre sur mes rares heures de sommeil mais je ne le fais pas, d'heures en heures d'ailleurs je procrastine jusqu'à l'inéluctable. Toujours dans le rêve, comme enchâssée dedans, me revient une image, mais en une fraction de seconde, infiniment moins qu'il en faut pour frapper ces lignes, une image  qui me hante, dont je me rend compte qu'elle m'a toujours hanté, même la journée quand je ne rêve pas.  C'était à la télé, du temps où elle était encore en noir et blanc, la mort "en direct" d'un funambule. C'est un homme déjà un peu âgé, au front largement dégarni. On le voit, filmé de près, concentré et calme, portant son immense perche en guise de balancier avancer  lentement sur un fil tendu entre les sommets de deux immeubles élevés. On voit la rue en bas, la circulation, la foule laborieuse, comme des fourmis.  Soudain le vent, un sale vent de face. On voit l'homme qui ralentit encore, attend un peu. Mais il n'y a rien à faire, le fil oscille de plus en plus Il ne peut plus reculer. Il a compris.  C'est son destin de funambule.  Aucune terreur sur son sérieux visage. Il lâche la perche,  la jette  tranquillement  et la suit. Il devance la chute, il saute dans le vide,  les pieds en avant, toujours imperturbable, totalement calme. Il ne renie rien. Une sorte de saut de l'ange. On voit la chute, il  chute, il vole, bras en l'air. les fourmis qui se rapprochent.  Puis il n'y a plus d'images. A nouveau le théâtre. J'ai tenté d'ingurgiter le texte en quelques demi-heures par ci par là, je ne le sais même pas à moitié. Je couperai dans les tirades, que sais-je encore. Je n'ai plus le temps. C'est le jour de la représentation. La salle est pleine. On ne peut plus reculer. On se jette en scène. Le rideau se lève. Les sourires sur les visages dans le public éclairent l'ombre. j'entre en scène. la tête totalement vide. Je ne me souviens plus de rien. Je n'ai sûrement pas improvisé, avec un texte en vers on ne peut pas. Le rêve ne dit pas comment tout cela se termine. Je me réveille l'angoisse et la honte au ventre. Un peu plus tard je me souviendrai d'une représentation de "Peines d'amour perdues" de Shakespeare par le théâtre du Campagnol. Jean Gilibert, acteur et psychanalyste y tient un rôle principal. Il joue toute la pièce le texte à la main victime d'un trou de mémoire total et irrémédiable.
Pensée de la nuit N°164 :"On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les médecins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de détail, la retardent de quelques mois, de quelques années, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du problème par un grand effort collectif où chacun travaillera à sa survie propre et à celle des autres. Voilà pourquoi, car il est nécessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but. La tâche est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commencé plus tôt ? Presque tout ce qui avait trait à la période que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a été perdu, jeté, par une négligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques éléments que je présente ici. Prouver leur authenticité, les situer exactement, tout cela n'a été possible que par des questions incessantes et une enquête minutieuse. Mais l'effort qui reste à accomplir est grand et combien se passera-t-il d'années, occupé à chercher, à étudier, à classer, avant que ma vie soit en sécurité, soigneusement rangée et étiquetée dans un lieu sûr, à l'abri du vol, de l'incendie et de la guerre atomique, d'où il soit possible de la sortir et la reconstituer à tout moment, et que, étant alors assuré de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer." J'ai une grande affection pour Christian Boltanski (qui fait partie des références secrètes de Ciscoblog, avec Roman Opalka, entre autres) Dès mon prochain weekend parisien j'espère pouvoir visiter "Personnes". Jean Claude Bourdais, avec ces quatre excellentes pages, nous y engage si définitivement !

17 février 2010

Quintil, 2


Comme une couleuvre écaillée  de cendre
La rivière va donnant sa leçon
De nos souvenirs pourquoi se déprendre ?

Place Chapou il gèle à pierre fendre
Le vent, dans les rues,  siffle sa chanson

10 février 2010

Vous avez remarqué : il neige! Pour une information c'est une information, non? Ciscoblog ne se mouche pas du pied, Ciscoblog vous informe. Ciscoblog fait aussi bien que le journal de David Pujadas.  Ciscoblog ne se fatigue pas. David Pujadas non plus : il s'est déjà assez fatigué comme ça avec Haïti , l'attaque des marchés contre la Grèce et la crise qui recommence. Pouce, un peu ! On n'en peut plus, laissez nous nous regarder dans le miroirs des étranges lucarnes, faire la politique de l'autruche, ça repose. Un peu de non information, de grâce!. Merci qui ? Merci, Daniel Pujadas ! Il neige en février, qu'on se le tienne pour dit, et ça suffit comme ça !

07 février 2010

Pensee de la nuit N° 163 : "Il reste certainement quelques livres qui n’ont pas encore été écrits. Mais ne nous berçons pas d’illusions : nos chances de découvrir lesquels sont désormais infimes". Eric Chevillard, l'autofictif

04 février 2010

Il s'agit très certainement d'un repost (ça date de 2007) mais je ne résiste pas au plaisir après l'avoir retrouvée sur Noematique. Beaucoup d'entre vous n'ont pas encore vu cette petite merveille (l'accent norvégien n'est-il pas en lui même une petite merveille ?) :





Changement de décor. Ce soir, Haltman marche dans les rues à la recherche d'un endroit où dîner. Il a garé sa voiture sur le grand boulevard de la ville bordé de platanes étêtés et tout nus, celui où se tiennent les agences des grandes banques et les magasins franchisés des principales chaînes de vêtements serrés les uns contres les autres. Ils ont tous fermé en même temps sans traîner à la tombée de la nuit. A droite, la vielle ville, à gauche la ville moderne. d'un côté l'hôtel de ville du moyen âge, arcades romanes et grilles de fer forgées illuminées, de l'autre le palais de justice du XIX° siècle à fronton et colonnes néoclassiques.  l'hôpital où il travaille désormais, mélange hétéroclite de bâtiments des années soixante dix et de vielles casernes du XVIII° se situe évidemment à gauche, tout près de la rivière que franchit à cet endroit là un vieux pont qu'on trouve souvent dans les anciens manuels de géographie ou sur les timbres de collection. C'est un vieux pont formidable, malgré le fait qu'il se situe illogiquement du côté moderne, nous y reviendrons un autre jour, il n'a pas attendu qu'on parle de lui sur Ciscoblog pour être célèbre. Pour l'instant, Haltmann choisit résolument la droite et s'enfonce dans le vieux quartier aux rues étroites et pas droites qui entourent la cathédrale et la place du marché. Il ne rencontre pas grand monde. La ville est une ville où on travaille. On n'y habite guerre, beaucoup de vielles maisons sont vides bien que majestueuses, il n'y a que de rares fenêtres allumées par-ci par-là à moins que la plupart des habitants, bourgeois frileux, qu'Haltmann imagine à peu près du même âge antique que leurs maisons,  soient des couches-tôt déjà bien à l'abri derrière les lourdes portes de bois et les porches clos.  Mais par-ici tout le monde semble habiter la campagne (les patients viennent souvent de petits villages aux noms mythiques ou au contraire dont il n'a jamais entendu parler et que les infirmières lui situent sur une grande carte du secteur accrochée dans le hall du service) Les boutiques continuent de se fermer sur son passage, il n'y a plus que les femmes de ménages et bientôt la devanture qui s'éteint jusqu'au lendemain. Les rues transversales sont de petites ruelles mal éclairées. Un moment,  une femme qui tient d'une main un petit chien en laisse et de l'autre un cabas marche devant lui, elle s'engage dans une de ces ruelles où il ne la suit pas. Il note mentalement que ses mains, au bout de ses bras écartés du corps par la marche et l'effort de contrepoids, pourraient toucher des deux côtés les murs des maisons qu'elle longe. Une voiture n'y passerait certainement pas. Il erre un peu dans le quartier maintenant désert.  Il revient sur ses pas après avoir atteint le quai de la rivière qu'il a deviné dans le noir.  Il croise des cafés, tout petits, encore ouverts avec trois ou quatre habitués qui sont attablés au bar devant un patron ou une patronne qui sèche ses verres, des télés muettes au fond, des joueurs de cartes, mais il n'ose pas entrer, à cause même de la chaleur humaine qui semble émaner de ces lieux pourtant insignifiants. Il pense aux lumières qui voient et aux chaumières de Bachelard. Il revient vers le centre. le troquet devant lequel il est déjà passé à l'aller, d'où deux ou trois habitués à l'air sympathique sont sortis les bières à la main et continuent une conversation animée à l'air libre, lui semble suffisamment accueillant. On l'installe à une table seul dos à un écran de télé mural géant et face au bar où règne une animation bon enfant. L'ambiance doit être chaude les jours de rugby mais pour l'heure, il y a du foot (muet) sur l'écran extra large que personne ne regarde. La serveuse, qui n'est pas débordée engagerait bien la conversation mais pas lui, il se plonge dans le menu. A la table d'à côté il y a un dîner de filles. Elles sont trois,  la trentaine, professeuses à ce qu'il entend, elles parlent de mecs et de cul comme toutes les filles entre elles, elles baissent la voix quand ça devient chaud. La nourriture est comme les filles : "du terroir" et  plutôt quelconque. Après le dîner il ne s'attarde pas. Il va rejoindre sa voiture sur le boulevard. Le froid est glacial. Il longe un quai qui porte sans rancune le nom d'un génial natif d'une autre ville du département et traverse la rivière. Face au skyline moyenâgeux qu'il a déjà contemplé mieux illuminé en été, juste sur l'autre rive, avec à son pied un bateau restaurant où il se promet de venir avec L. aux beaux jours, il y a une grande maison de maître qui tient lieu d'hôpital de jour. A l'intérieur, boiseries et marqueterie.  Au deuxième étage un appartement de trois pièces salle de bain avec tout le confort moderne, ordinateur et télé, le tout dans un état impeccable, le lit fait tous les jours, qui ne sert que la nuit et les weekends. Haltmann pense sans regrets aux chambres de garde miteuses qui l'ont accueilli jusque là.  A plus de minuit, affalé sur le canapé du salon devant la télé, les urgences ne l'ont toujours pas appelé. Elle ne l'appèleront pas de la nuit. Il se glissera dans le grand lit frais. Le lendemain il se réveillera face à la beauté de la ville. Changement de décor.

01 février 2010

Tanka, 20


Hôtel Floridor
Place Denfert Rochereau
Quand tout Paris dort

Les fantômes du métro
S'y baladent en Tchador