28 mai 2010

Haïku de rien, 2


Avant de fleurir
Petits tournesols déjà
Suivent le soleil

26 mai 2010

Voyage à Paris, 2


Cette fois ci je m'y étais pris à l'avance pour parer toute mauvaise surprise. Soucieux d'éviter la fatigue d'un long aller et retour  et surtout de ménager la vieille Polo, j'avais téléphoné chez Avis pour retenir une voiture pour la semaine, un véhicule catégorie "découverte" à un prix presque promotionnel. Le jour dit donc, le lendemain de mon arrivée, je me transporte à la première heure en autobus Place d'Italie, chez Avis, dont on m'avait donné l'adresse lors de ma réservation Mais pas moyen de trouver l'agence Avis, ni avenue Vincent Auriol, là où on me l'avait dit, ni  nulle part  ailleurs Place d'Italie. Une mauvaise blague. Assez décontenancé j'avise alors si j'ose dire, l'agence Hertz,  et j'y entre, lumineuse idée, pour demander où se trouve l'agence Avis. Un monsieur  moustachu en costume trois pièce cravate me répond très aimablement qu'il n'en sait rien, vu que c'est soin premier jour à l'agence. Je lui répond que le fait que j'ai retenu chez la concurrence n'est pas une raison pour se foutre de ma gueule (un peu de fair play, que diable, quand on est un bon commercial) et s'il lui plaît qu'il me donne rapidement la bonne adresse il sera bien aimable. Son collègue, plus ancien dans la maison, vers qui il se tourne, me répond tout aussi aimablement qu'il n'y a jamais eu d'agence Avis Place d'Italie. Comment ça! J'ai bien retenu il y a quinze jours un véhicule catégorie "découverte" chez Avis Place d'Italie et plus précisément 213 avenue Vincent Auriol où je me trouve présentement je n'ai pas la berlue tout de même! Le monsieur, sans se laisser démonter par  ma morgue et mon humeur franchement rébarbative me suggère encore plus aimablement que si c'est 213 avenue Vincent Auriol que j'ai loué une voiture cela ne peut pas être chez Avis, mais il y a bien des chances que ce soit chez Hertz qui est précisément logé à cette adresse et d'ailleurs on va le savoir tout de suite si vous avez l'amabilité de me donner votre nom et l'heure de location s'il vous plaît. Ébranlé par l'élégance de la solution à un problème en passe de devenir insoluble, je débite mon nom et tous les détails. Le monsieur ouvre un grand registre et à ma grande surprise tout s'arrange comme par enchantement et dans les pubs pour les agences de location de voitures. J'avais bien loué chez Hertz et non chez Avis. J'avais littéralement cherché midi à quatorze heures. Honteux, je me confonds en excuses très embarrassées  : mais de rien ne vous en faites pas on a l'habitude, Avis ou Hertz, hein, personne n'est obligé de s'en souvenir surtout après quinze jours etc. Je manque de paniquer comme dans les attaques de confusion mais je me remets, ravi que la réalité se remette en ordre toute seule. On me conduit donc avec tous les égards et sans la moindre rancune  mais avec un sourire en coin vers mon carrosse catégorie "découverte" garé sur le trottoir, une magnifique  Chevrolet "Matiz" (et non pas "Matisse", les héritiers, au contraire des Picasso ont du s'y opposer) sorte de minuscule caisse à savon sur roue que je n'ai jamais vu rouler nulle part - vous en avez vu vous des Chevrolets "Matiz" dans les rues ?  - modèle entrée de gamme (très) et promotionné (peu) contrastant plutôt, jurant même, avec la munificence du coupé Mercedes des pubs télévisées qui passent en boucle en cette saison  de retour des weekends printaniers.  Mais qu'importe le fourgon pourvu qu'on ait la vitesse! C'est donc enfermé dans cet ersatz de mini-bolide  que je m'engage bravement dans les embouteillages et les travaux de l'autoroute A6 comme cela ne m'était pas arrivé depuis deux mois. Pour un peu, j'en serais presque ému. l'hôpital de Dormeil est toujours à la même place. La frénésie immobilière qui, même en ces temps de crise, rogne ses espaces et ses parkings n'a pas cessé comme par enchantement, je constate qu'elle a logiquement gagné du terrain : les immeubles de rapport qui le cernent à l'étouffer ont gagné deux ou trois étages. J'ai toujours aimé l'hôpital de Dormeil, le bâtiment. C'est un élégant puzzle moderne aux couleurs vives datant du début des années quatre vingt et de la victoire de la gauche sans laquelle il ne serait jamais sorti de terre. Il ne fait pas vraiment ses trente ans (il a l'âge de Jérémie, mon premier fils qui ne les fait pas non plus) Il paraît que c'est l'âge maximum pour un hôpital de nos jours. On doit le remplacer en 2012 par l'immense bâtiment en construction au bord de la francilienne depuis des années, le nec plus ultra des nouveaux hôpitaux à ce qu'on dit, et qui remplacera du même coup aussi celui, voisin, d'Evry atteint par la limite d'âge et le double emploi. Il y a moins de six mois je travaillais au troisième étage. Présentement je viens dire bonjour, en touriste, un peu ému. Je fais la surprise. Seule Rita est au courant (elle a parlé d'une surprise, on lui a dit de mettre la surprise au frigo, elle a répondu avec son inimitable accent russe que la surprise ne se mange pas) je ne m'attendais pas à un accueil aussi chaleureux. On s' embrasse comme du bon pain, on fait des photos de groupe. Après, nous  allons déjeuner avec l'ancienne équipe au Self, comme nous le faisions touts les midis.  Tout le monde est là, c'est comme si je n'étais pas parti, sauf que ce n'est pas moi mais mon fantôme. Les problèmes,  les petites histoires, toujours les mêmes, elles aussi, celles là même qui me rendaient fou, me font maintenant rire de bon cœur. Je ne regrette pas d'être parti, loin de là. Je suis bien, cependant, au milieu des miens. Un peu plus tard, avant même que je quitte les lieux sur la pointe des pieds, tout le monde, à nouveau absorbé les soucis du jour, aura repris ses activités et m'aura déjà oublié. C'est la vie.

25 mai 2010

Haïku de train, 8


Loin de la fenêtre
Privé des contemplations
Des anciens voyages

24 mai 2010

Voyage à Paris, 1 


Dimanche 9 mai. Après un moi d'avril splendide et triomphal, mauvais temps, pourri . Je prends le Toulouse-Paris de 12 heures trente qui s'arrête juste deux minutes à Cahors. J'ai une mauvaise place, dans le sens contraire à la marche, enfermé contre le mur, avec les trois quart de la fenêtre masquée par le siège de devant. Mais bon, le paysage mouillé et gris n'est pas si attrayant. Mon voisin s'est endormi rapidement. Les wagons, qui ne sont plus compartimentés, sont maintenant de grands dortoirs alvéolés,  où l'on collectionne deux par deux,  des échantillons du genre humain,  hommes, femmes, enfants  aux regards perdus, voyageurs diaphanes et désœuvrés, enfermés dans leurs bulles, walkman, DVD sur les portables, bouquins, mots fléchés, mastications lentes de sandwichs emballés dans des films d'alu, sommeil, rêves.  J'ai acheté au petit Relais H de la gare une belle pile des magazines que je ne lis jamais que dans le train, "La Recherche" "Science et Vie", "Le Nouvel Obs", "Beaux Arts". Après les avoir feuilleté longuement et consciencieusement les uns après les autres nous n'avons pas fait plus d'un quart du trajet. Restent quatre heures, un gouffre. Nous ne sommes même pas encore arrivés à Limoges et sa splendide gare kitsch. Je me mets à la lecture d'"Orages ordinaires" de William Boyd dont j'avais adoré il y a plus de vingt ans "Un anglais sous les tropiques", "les nouvelles confessions"  "Brazzaville plage" et plus récemment la "Vie aux Aguets", qui se lit bien (cet art de vous emmener avec lui dans son histoire) mais qui présentement me déçoit assez. A destination, je l'oublierai d'ailleurs sur mon siège sans en connaître la fin et sans trop de regrets.  Hypnotisé, à l'instar de tous les échantillons du genre humain, par le fascinant défilement du paysage devant la vitre, j'ouvre mon calepin Clairefontaine,  assuré d'y noter sans tarder les deux ou trois haïkus de train qui ne manqueront pas d'éclore tout écrits dans mon esprit ainsi disposé à leur rencontre.  Je resterai cependant  sec un long moment, le bic en l'air,  ne parvenant à accoucher, devoir accompli, que du médiocre "Les forêts pressées/Défilent à la fenêtre/Du train immobile" déjà ici déposé, selon ma règle. J'élide l'arrivée à Paris, le quai désert, les gens pressés, les  travaux interminables de la gare d'Austerlitz, le taxi qui roule à gauche sur le boulevard Saint Marcel, le soir qui tombe sur la station Port Royal : J'ai dormi dans une pièce transformée en bureau qui est mon antique chambre d'enfant. J' y ai feuilleté, avant de m'endormir de vieux livres, des bibles et des livres de prières en hébreu qu'on ouvre par la fin,  aux pages parcheminées, vieux de deux cent cinquante ans qui furent ceux de l'arrière grand père de mon grand père et j'ai tenté d'y retrouver le Kaddisch que je n'ai pas su dire sur la tombe de mon père.
Tanka, 24


Sur la terre chaude
Saluant l'arrivée du soir
Grillons et crapauds

Au son de ce tintamarre
Je tâtonne dans le noir

21 mai 2010

j'ai rencontré aujourd'hui un lecteur de Ciscoblog. Comme à chaque fois, ça me fait tout drôle.

17 mai 2010

Abrégé d'histoire du WEB (via Mnémoglyphes)

16 mai 2010

Haïku de train, 7


Les forêts pressées
Défilent à la fenêtre
Du train immobile

02 mai 2010

STORMY WEATHER (NEAR BY SAINTE JULIETTE)