| CISCOBLOG « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal |
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jeudi je me souviens de : "La sant� �a n'a pas de prix/donnez donnez de l'air/aux sardines !" de Pierre Louki posted by grossmann | 1/30/2003 mardi J'ai oubli� le nom de l'actrice qui joue dans le film "la fianc�e du pirate". Enfin, je dis �a pour vous la situer, pour que vous sachiez de qui je parle. Elle a jou� dans tout un tas d'autres films qu'il est inutile de vous citer. C'est son nom que je cherche. Pas autre chose. L�, juste maintenant. Je ne sais m�me plus ce qui m'y a fait penser. Ca n'a pas d'importance. Sachez le d�s maintenant, j'irai jusqu'au bout. C'est une actrice tr�s c�l�bre, bien s�r, vous voyez tr�s bien de qui il s'agit. Son nom ne vous �chappe pas, � vous. Bon, proc�dons avec m�thode. Je me souviens tr�s bien, par exemple, du nom de l'auteur du film "la fianc�e du pirate" : Nelly Kaplan. C'est un d�but. Ne pas confondre avec Leslie Kaplan, �crivain, dont l'avant dernier livre est " Le psychanalyste" et dont le dernier livre vient de sortir, je l'ai vu � Compagnie (ou sur le site des �ditions P.O.L, sur Internet, d'o� j'ai t�l�charg�, il y a une heure � peine, le dernier �pisode du feuilleton informatique de Martin Wrinkler, "Plume d'Ange", l'auteur de la "Maladie de Sachs", vous voyez bien comme je me souviens de tout (mais pas du nom de cette actrice, c'est idiot)), ce n'est pas le moment de s'�garer en cherchant son titre, je veux dire celui du dernier livre de Leslie Kaplan (que j'ai donc oubli� aussi, mais c'est moins grave.) Donc, "La Fianc�e du Pirate" est le principal succ�s de Nelly Kaplan ; elle a fait d'autres films, mais je ne me souviens pas non plus lesquels. De toute fa�on ils ne sont pas tr�s connus. Ce n'est pas comme le nom de cette actrice. Je viens de l'avoir sur le bout de la Langue. (ce doit �tre une assez vielle dame, maintenant, Nelly Kaplan, je veux dire, pas l'actrice, quoi que. "La Fianc�e du Pirate" date du d�but des ann�es soixante dix, je l'ai vu quand il est sorti, dans une petite salle de la rue Champollion, ou au "Cujas"). Le fait de me souvenir du nom de l'auteur du film (beaucoup moins connu) que l'actrice qui y joue me rassure sur l'�clipse (momentan�, j'en suis s�r) de ma m�moire. Elle (l'actrice) a jou� aussi dans les films de Fran�ois Truffaut, dans les tout premiers ("Tous les gar�ons s'appellent Patrick", non celui l� est de Godard, un des tout premiers, tr�s dr�le, avec aussi Jean Paul Belmondo, tout jeune, avant "A bout de souffle" (mince, j'ai du chercher aussi un moment avant de l'�crire, ce titre. D�cid�ment) et aussi Jean Claude Brialy. Ce n'�tait encore m�me pas la Nouvelle Vague, mais �� n'allait pas tarder. Bref, je m'�gare encore. Pas "Tous les gar�ons s'appellent Patrick" Mais "Les Mistons", un court m�trage, aussi. En noir et blanc, aussi. Avec les vrais bruits de la rue et la cam�ra � l'�paule. Et elle a jou� dans un autre film de Truffaut, pas tr�s connu (enfin, si, des cin�philes, je suppose, ou des heureux possesseurs du c�ble ou du satellite qui leur donne acc�s � "Cin�toile" et autres "Cin�-Classiques") : "Une belle fille comme moi", pas comme moi, belle, bien entendu, c'est pour �� que les guillemets ont leur importance. C'�tait l'histoire d'une d�linquante inv�t�r�e, poursuivie par les assiduit�s, toutes professionnelles au d�but, d'un travailleur social ou quelque chose comme ��, mais tr�s vite il tombe amoureux d'elle et elle le fait tourner vraiment en bourrique, enfin, si je me souviens bien.) Je n'ai toujours pas retrouv� son nom. Ne perdons pas le fil. C'est une actrice embl�matique de la Nouvelle vague, une brune, pas la vague, l'actrice, un beau brin de fille, au d�collet� provocant, avec une frange sur le front. Ce n'est pas pour faire le Tartuffe, parce que ses seins, ils �taient vraiment, mais vraiment bandants, mais le plus sensuel, chez elle, c'�tait encore sa voix : avec une voix pareille, on ne peut qu'appeler des chats des chats, si vous voyez ce que je veux dire. Je viens de l'avoir encore sur le bout de la langue. Vraiment sur le bout. Une fraction de seconde, j'ai cru le tenir. Je l'ai d'ailleurs tenu, j'en suis certain, mais il m'a � nouveau �chapp�. Elle a, bien s�r, jou� dans les meilleurs Chabrol, les anciens ("Le beau Serge" avec Jean Claude Brialy, encore, mais je ne suis pas s�r qu'il tenait le r�le principal, c'�tait celui d'un autre acteur, celui de l'alcoolique, je ne me souviens plus de son nom, non plus, je ne vais pas me mettre � le chercher maintenant que je suis d�j� en train de chercher le nom de cette actrice, �a va me faire oublier que j'ai oubli� son nom, celui de l'actrice, pas celui de l'acteur, mais je l'ai oubli� aussi, �a va me disperser pour ne pas dire me d�sint�grer, il y aura toujours au moins un nom dont je ne me souviendrai pas, et je servirai � quoi, moi, dans tout ��. G�rard Blain. Ouf. C'est venu tout d'un coup (mais toujours pas celui de l'actrice)) et les r�cents : "Poulet au vinaigre", avec Jean Poiret, "l'Inspecteur Lavardin", o� elle est d�j� une femme m�re (qui se souvient de "Poiret et Serraut"? Tout le monde, bon.) D'ailleurs, j'y pense, elle a une fille qui est actrice, elle aussi, bien �videmment je ne me souviens pas du pr�nom, parce que, si je me souvenais du pr�nom, je me souviendrais du nom, de celui de sa m�re, que, comme vous le savez d�j�, je suis pr�cis�ment en train de chercher. Et d'ailleurs, si la jeune, porte le nom de sa m�re, c'est que la m�re est plus connue que le p�re, qui n'est peut-�tre pas un acteur et qui n'a d'ailleurs peut-�tre jamais reconnu sa fille (mais qu'est-ce qu'on s'en fout) � moins que le p�re soit lui aussi un acteur connu, mais il aurait le m�me nom que celui de sa femme et, alors, je m'en souviendrais, nom de Dieu, je m'en souviendrais, c'est l� que je voulais en venir. Mais je ne m'en souviens toujours pas. Ni du pr�nom de la fille. Patience, �� va venir. On ne s'en fait pas. Qui s'en fait ? Vous croyez que quelqu'un s'en fait, ici ? Bon, continuons de tourner autour du pot, de tirer les fils qui d�passent de la pelote. Je me souviens des seins, je me souviens de la voix, je me souviens des partenaires, de presque tous les films, mais pas du nom. De quoi me souviens-je d'autre ? Des ann�es soixante-dix. De nos ann�es soixante-dix, � elle et � moi. Mais si je me mets � �voquer les ann�es soixante-dix� les Beatles, Armstrong sur la lune, l'Ajax d'Amsterdam - pour retrouver le nom de cette actrice, c'est s�r que je vais m'�garer � chercher d'autres noms dont je ne me souviens plus non plus ; �� ne me m�nera � rien et �� continuera de me d�primer (qui a dit "d�primer" ici ?) Je me souviens que je l'ai vue r�cemment � la t�l�. Je veux dire telle qu'elle est, maintenant, et pas dans les ann�es soixante-dix � la t�l� de maintenant. Elle est devenue une sorte de matrone, qui se pla�t � jouer les vieilles indignes un peu castratrices. Je m'inqui�te soudain. De quoi est ma m�moire? Comme dirait l'adjudant de la blague : De quoi sont les pieds ? R�ponse : L'objet de l'attention constante du soldat ! Pareil, ma m�moire est l'objet de mon attention constante. Le moindre trou m'agace : je ne passe pas mon temps � me souvenir, mais � v�rifier que je me souviens. Que mon sac est bien sur mon dos. Peu importe le poids. Parfois, dans ces moments d'oubli absurdes, j'ai l'impression de me trouver devant un mur, s�par� de mon pass� � tout jamais, dans un pr�sent idiot, perp�tuel et inutile, qui fuit dans les limbes du temps, ou bien dans une rue en ruine, genre Pomp�i, qui ressemble � d'autres rues en ruine, au coin desquelles aucune plaque �maill�e ne vient � mon secours. Un seul nom vous manque et tout est d�peupl�. �� ne me revient toujours pas, ce foutu nom. Et pourtant je vois son sourire, ses yeux, sa robe noire toute simple et si sexy dans une"Belle fille comme moi", j'entends le son de sa voix, qui est une provocation � elle toute seule, mais de son nom je ne me souviens pas. Personne, � cette heure, � qui demander. J'ai maintenant vraiment envie, que dis-je envie, besoin, de me souvenir son nom, de le savoir, pas du tout parce que cette actrice m'int�resse (elle m'int�resse, en plus, je l'aime bien) pas du tout parce que j'ai de l'"affection" pour elle, que je ne veux pas la perdre, elle, je m'en fiche bien en r�alit�, c'est seulement de son nom que je cherche � me souvenir, parce que, c'est une certitude, sa perte sera litt�ralement irr�parable. Celle d'un simple nom. Celui d'une actrice qu'il n'est pas du tout important de conna�tre, en aucune mani�re, sauf par miracle, si on est candidat aux premi�res questions de "Qui veut gagner des Millions ?" Les trous de m�moire sont comme les trous noirs, ceux qui, au centre des galaxies, t�tes d'�pingles pesant des milliards de tonnes, engloutissent tout inexorablement, m�me la lumi�re, m�me leur propre lumi�re, ils engloutissent votre pass� tout entier, ne laissent de vous qu'une fine pellicule transparente et fragile qui ne sert � rien et qui ne vous constitue pas : le pr�sent. Au d�but, rien du tout. Un trou d'�pingle, Un simple accroc au rideau qui laisse passer une toute petite raie de lumi�re, et, soudain, en acc�l�r�, l'accroc s'agrandi, devient une b�ance, une d�chirure, une cassure, une fracture ouverte sur l'�clat insoutenable de l'oubli, une v�ritable catastrophe en moins de temps qu'il ne faut pour le dire il a tout d�vast� on n'est plus s�r de rien (c'est expr�s qu'il manque la ponctuation). C'est pour cela qu'il faut le savoir. Savoir absolument le nom (s'avoir ?). C'est un enjeu. Pour ne pas laisser le rideau se d�chirer plus avant. Pour rester soi. Pour que la catastrophe atomique n'arrive pas, pas tout de suite. Rester soi. Tout l'univers est donc concentr� en ce simple nom, comme au premier milliardi�me de seconde du Big Bang, en ce simple et bon dieu de nom que je continue de ne pas retrouver et tout va me sauter � la figure si je ne le retrouve pas. C'est pour cela que, le nom de cette actrice, je ne manquerai pas de le demander, d�s demain, l'air de rien, comme en passant, au premier venu, tu sais, cette actrice de la nouvelle vague, qui jouait dans les films de Chabrol, et qui a une fille actrice elle aussi, tu vois qui je veux dire, et bien s�r tu verras, tu me me le dira tout de suite, le nom parce que toi, c'est d'un autre nom dont tu ne te souviens pas, celui d'un footballeur ou bien celui d'un de tes profs au lyc�e, tu ne connaissais que lui, il te faudra savoir, toi aussi, et ainsi de suite, mais le nom de cette actrice, pas de probl�me. Enum�rer les noms de toutes les actrices qui me viennent en m�moire, les convoquer � la file, en dire des dizaines, des centaines, et m�me ceux de tous les acteurs, fran�ais, am�ricains, ouzbeks, et m�me ceux de tous les gens que je connais ou que je ne connais pas, pendant des heures s'il le faut, des jours, et m�me tous les noms d' animaux et tous les noms de toutes les choses du monde entier, pendant des nuits, s'il le faut, bref, savoir que je sais tout le reste, ne r�parera pas que je ne sais plus ce seul nom, ce seul et unique nom, qui fait vaciller mon identit� � lui tout seul. Bernadette Lafond. Ouf. La fille, c'est Pauline. Mais, vous, vous, le saviez, depuis le d�but. Pourquoi ne m'avoir rien dit ? posted by grossmann | 1/28/2003 mercredi C'est assez amusant, en plus c'est interactif, vous pouvez vous en donner � coeur joie posted by grossmann | 1/22/2003 ![]() Si vous �tes un fan de Norma Jane, connaissez vous le "s�ance noire" ? Que vous connaissiez ou non, jetez vous sur votre souris pour cliquer ici ! posted by grossmann | 1/22/2003 lundi Le th��tre. Il faut bien commencer. Dans le silence qui vient avec l'obscurit�, il faut bien proc�der � ce lent et in�luctable "lever de rideau". Donc, la salle ouvre sa paupi�re pour r�ver : le rideau se l�ve. Il y a, comme � chaque fois, au moment ou le noir se fait, cette aile invisible qui nous fr�le, cet appel d'air, comme solennel, ce vent, cette fra�cheur imperceptible, qui vient de la sc�ne. En sentez-vous la caresse ? C'est un instant magique. On dirait qu'on commencerait par-l� � rideau ! (chuchot�) Silence ! (chuchot�, aussi) -. Une image, un souvenir: La grande galerie du th��tre de la cit� universitaire, en 1973. Pas de rideau. Une sc�ne longue comme une all�e, au raz du sol, avec les gradins des spectateurs en guise de talus. A un bout de l'all�e un plateau pour l'orchestre. Juste au-dessus des gradins, de chaque c�t� derri�re les spectateurs, les obligeant � se retourner, mais bien visibles par ceux d'en face, de petits praticables o� apparaissaient ou disparaissaient les personnages dans des d�cors escamotables en vrai carton-p�te. Je me souviens des rang�es de spectateur. Non : des rang�es de visages de spectateur (vous souvenez-vous, vous, de la merveilleuse introduction du non moins merveilleux "La fl�te enchant�e, de Mozart", film�e par Bergman, de ces visages de spectateurs si beaux, dans leur attente de l'�merveillement?) Des visages d'hommes et de femmes, pas un seul pareil, mais tous, absolument tous, ravis, souriants, tout � coup d�livr�s de toute angoisse, heureux, cr�dules volontaires, brusquement �clair�s par un "baladeur" braqu� sur eux, faisant soudainement partie, eux aussi du spectacle, �coutant J�r�me Savary, lanc� dans une improvisation de haute vol�e, leur raconter la "solitude du lapin". La pi�ce, c'�tait "Les derniers jours de solitude de Robinson Cruso�", et J�r�me Savary, le directeur du Grand Magic Circus. J�r�me Savary �tait � cette �poque-l� un Prospero de trente ans, d�miurge de pacotille, r�gnant sur un purgatoire d'animaux tristes et d'acteurs d�zingu�s, avec sa voix de vendeur � la sauvette, de bateleur du pont neuf, d'arracheur de dents, qui ne l�chait jamais sa trompette, toujours pr�t � entonner un blues m�lancolique ou une salsa endiabl�e. Il avait pos� un lapin tout blanc, tout innocent, celui m�me qui sort du chapeau du magicien, sur un gu�ridon tapiss� de vert tendre, juste devant le premier rang des spectateurs, il leur montrait ce que pouvait �tre la solitude d'un seul lapin devant quelques centaines de spectateurs humains. Il interpellait une spectatrice : "Et vous madame, vous sentez-vous seule ce soir, comme ce lapin ?" Et la dame de r�pondre, enthousiaste : "Non !" Et le public, heureux, soudain devenu collectif, prenant conscience de la chaleur humaine du nombre, de rire de cette �vidence. Mais on pourrait aussi commencer, la m�me ann�e, je crois, par la nudit� toute blanche et int�grale de la blonde Marrucha Bo tout juste rehauss�e par ce qu'il faut de strass et plumes d'autruches bleu-ciel, descendant l'escalier final de l'"Histoire du Th��tre" par le groupe TSE d'Alfredo Arias. c'�tait son fr�re Facundo qui jouait le meneur de revue. Je me souviens de la nudit� de Marrucha Bo : c'�tait une nudit� de th��tre, pas de music-hall, encore moins de strip-tease, � la fois plus exhib�e et plus intouchable (dans le "Robinson Cruso�" du Grand Magic Circus les acteurs aussi se mettaient tout nus (�a se faisait beaucoup dans les ann�es soixante dix), et en plus ils chantaient, parce que "Les derniers jours de Solitude de Robinson Cruso�" �tait un vrai op�ra, mais il y avait tout de m�me un c�t� grivois, totalement absent de l'"histoire du Th��tre" d'Arias). Je me souviens de Marrucha Bo avec �motion (je ne sais pas si nous sommes nombreux � nous souvenir de Marrucha Bo, �toile filante du th��tre des ann�es soixante-dix, emport�e, elle et toute sa splendeur par une leuc�mie), elle a �t� remplac�e, dans la troupe d'Arias, car le spectacle doit toujours continuer, par Marilu Marini, brune, elle, � la nudit� moins pr�rapha�lite, voire carr�ment "rapha�lique", mais tout aussi � l'aise dans son costume d'Eve (c'est elle qui, un peu plus tard jouera le r�le de la chatte dans les "Peines de c�ur d'une Chatte anglaise", pi�ce pour chats du m�me Alfredo, tir�e d'Honor� de Balzac.) Mais cela pourrait tout aussi bien �tre "Les Iks" de Peter Brook, en 1975, aux Bouffes du Nord, dans cet �poustouflant d�cor universel de th��tre en ruine - il faut entendre "universel" comme dans les groupes sanguins ("donneur universel" ou "receveur universel"), et entendre "ruine" comme dans "les ruines du temple d'Angkor", dans leur dimension sacr�e - qui peut tout � la fois repr�senter le "dedans" le plus modeste (ou le plus fastueux) ou le "dehors" le plus proche (le coin de la rue) ou le plus lointain (la mer ou le ciel ou l'espace intersid�ral), spectacle douloureux de bout en bout, voire insupportable, montrant l' irr�sistible extermination d'une tribu africaine par le seul effet de l'effraction de la civilisation, et, avec tant de force, comment on peut retourner la nature humaine contre la nature humaine. Ou bien, du m�me Peter Brook, en 1979, la "Conf�rence des oiseaux", avec Maurice B�nichou, qui racontait, avec trois fois rien, des b�tons, des tapis, des foulards une histoire qui se passe dans le ciel, et qui vous emportait dans les airs tout assis par terre sur un maigre coussin que vous �tiez. Mais on n'en finirait pas de "lever le rideau" sur le Th��tre. Juste deux ou trois souvenirs bien plus anciens, "fondateurs", pour employer un grand mot, et pour tenter d'en finir avec la fin du commencement. 1958 : Roger Planchon fait un triomphe � Paris avec son adaptation des "Trois Mousquetaires" de Dumas. Il vient de Villeurbanne o� il anime le th��tre de la Cit� (qui deviendra le Th��tre National Populaire, TNP, succ�dant � celui, mythique, de Jean Vilar, en 1972). C'est, je crois mon premier souvenir de vrai th��tre. Tout le monde sait que l'on dit : "Les planches", "monter sur les planches". Dans les "Trois Mousquetaires" de Planchon, les com�diens, les mousquetaires, s'affrontent en des duels tr�s chor�graphi�s. Les duellistes frappent le sol de leur pied en guise de provocation ou de feinte. On a tous vu �a dans les films de cape et d'�p�e. Mais l�, cela tourne carr�ment au Flamenco, qui est lui aussi une sorte de duel, ils ne se battent pas, ils contentant de danser et de se provoquer avec une virilit� ridicule, frisent leurs moustaches, se tournent lentement le dos en laissant tra�ner les �p�es qui raclent le sol ou bien se retournent sans crier gare, synchrones, hurlants, se battent au ralenti ou en acc�l�r� et meurent tout surpris de se voir tu�s. Il y a un Mazarin lubrique et une Milady d�poitraill�e. Je ne suis pas s�r d'avoir compris toutes les intentions de Planchon ; j'ai m�me �t� d��u de ne pas avoir vu un "vrai" "Trois Mousquetaires" (je n'aurai pas la m�me d�ception avec l'inoubliable "Fracasse" de Marcel Mar�chal, quinze ans plus tard), mais le souvenir des bottes des mousquetaires frappant "les planches", le parquet, le plateau, bref, la sc�ne, est rest� en moi tr�s vif, en une sorte d'incongruit� : j'aurais pr�f�r� que les duels se d�roulassent dans un d�cor de for�t ou de clairi�re au petit matin, par exemple, comme au cin�ma, mais non, le bruit de bois des "planches" frapp�s par les bottes nous rappelle toujours que nous sommes � l'int�rieur, dans un espace tout "rapetiss�" mais merveilleux, le th��tre. Ce qui me plait sur un plateau, c'est essentiellement qu'il est en bois, et qu'aucun des bruits de pas qu'on peut y faire entendre ne sera jamais "naturel". Mon deuxi�me souvenir est celui de la flamme d'une chandelle. C'est le d�but du "Malade imaginaire", � la Com�die fran�aise, en 1960 ( pi�ce inscrite depuis toujours au programme de fran�ais de la classe de sixi�me et que nous �tions all�s voir en famille, comme beaucoup de parisiens des ann�es soixante, bourgeois ou non, car la "Com�die Fran�aise" �tait, elle aussi, � cette �poque l�, un th��tre vraiment populaire). C'est Louis Seigner (le grand-p�re d'Emmanuelle, d�j� vieux) qui joue le r�le d'Argante. C'est le petit matin, il ne fait pas encore jour, il est en chemise et bonnet de nuit, Il demande de la lumi�re, on lui en apporte, une chandelle. J'ai dix ans. Je suis tout pr�t de la sc�ne, dans une loge de c�t�. Je suis fascin� par la force de cette flamme vacillante. C'est la preuve absolue que nous sommes bien le 25 f�vrier 1658, � cinq heures du matin. Pas un autre jour, pas une autre heure. Le visage de Louis Seigner, en bourgeois bougon est mon premier "clair-obscur". Je trouve �a infiniment plus magique que le cin�ma, que la t�l�vision. Merveille : On sent m�me l'odeur de la cire de la bougie qui fond ! Mon troisi�me souvenir ( il y en a toute une ribambelle qui d�boule, j'ai fait un choix rapide) est encore bien plus ancien : C'est le th��tre du Guignol du jardin du Luxembourg. La sc�ne de la grand-m�re, dans le Petit Chaperon Rouge. Le loup a d�j� mang� la vielle dame, il a pris la place sur le fauteuil � bascule. La sc�ne n'est �clair�e que par le rougeoiement du feu dans le chemin�e. Bien s�r, il n'y a pas de feu : la chemin�e est peinte en trompe-l'�il sur une toile de fond. On a �clair� de dessous, par une lampe rouge qu'on agite un peu pour figurer les flammes qui dansent. Le petit Chaperon rouge frappe � la porte, "Qui est l� ?", etc. Il y a d'autres spectacles du Guignol du Jardin du Luxembourg (Le Chat Bott�, Cendrillon, La m�re Mich�le) dont je suis aujourd'hui persuad� de l'absolue perfection. J'en garde un souvenir inoubliable. Ils m�ritent une th�se, je vais d'ailleurs l'entreprendre, d�s que j'en aurais le temps ; j'ai d�j� le titre : "L'intervention de Guignol dans les contes pour enfant au th��tre de marionnettes du Luxembourg, d'Avril 1953 � Juin 1959"
posted by grossmann |
1/20/2003
dimanche Oh, then, I see, Queen Mab hath been with you. She is the fairies'midwife, and she comes In shape no bigger than an agate-stone On the fore-finger of an alderman, Drawn with a team of little atomies... Je tiens la tirade de la reine Mab dite par Mercutio dans "Rom�o et Juliette" de Shakespeare comme l'une des plus belles r�pliques de th��tre que je connaisse et comme un des plus grands monuments de la po�sie. Notre professeur d'anglais de terminale, homme peu sympathique au demeurant mais grand admirateur du g�nie de Stratford-upon-Avon nous l'avais donn�e � apprendre par c�ur. J�essaie de savoir pourquoi ce qui me reste de la tirade de la reine Mab m'est revenu en m�moire par cet apr�s midi de garde tranquille � Evry, par quel chemin elle s'est faufil�e dans les m�andres de mes pens�es. Je tente de remonter le fil un peu l�che de mes associations. Il me semble que juste avant qu'elle n'�merge, je faisais la liste des pi�ces de Shakespeare que j'avais vues dans ma vie. Je pense � "La M�g�re Apprivois�e' avec son fabuleux prologue, dont je me souviens de deux versions. La plus connue est celle, cin�matographique, de Franco Zefirelli. Il en avait supprim� le prologue, justement, mais les sc�nes d�ext�rieur m'avaient enchant�, je me souviens plus particuli�rement de l'arriv�e de P�truccio, � cheval, � travers la Campanie dans la ville de Mantoue en plein carnaval, donnant l'id�e que Shakespeare lui-m�me aurait pu �tre un fantastique cin�aste. Petruccio �tait interpr�t� par Richard Burton et Catharina par Liz Taylor, excusez du peu. Leur sc�ne de rencontre est un chef d��uvre d'anthologie. L'autre version de cette pi�ce dont je me souviens est jou�e au th��tre de la cit� universitaire, � la fin des ann�es soixante-dix par une jeune troupe pleine d'enthousiasme dont j'ai oubli� le nom. Je me souviens des deux praticables pour simple d�cor et d'un personnage qui portait un mouchoir nou� aux quatre coins sur la t�te pour figurer la chaleur du jour, dont il est question dans le texte. Je me souviens aussi, bien entendu, de la version de Rom�o et Juliette du m�me Zefirelli, c'�tait la premi�re fois qu'on utilisait des acteurs qui avaient l'�ge du r�le, des ados, c'est devenu banal, mais � l'�poque c'�tait une vraie r�volution. Et puis, la sc�ne du balcon finissait vraiment au lit et Mercutio �tait un voyou chef de bande si tragique. Je me souviens de la version de "Comme il vous Plaira" de Beno Besson, prestigieux �l�ve de Bertold Brecht lui-m�me, dans la cour du palais des papes � Avignon, avec pour d�cor un �norme matelas de couleur verte o� s'enfon�aient les acteurs et qui figurait la for�t imp�n�trable et ces incroyables manches � air rouge vif qui les d�versaient litt�ralement comme d'un toboggan � leur entr�e en sc�ne. Rien de gratuit dans tout �a, du plaisir pur, exactement comme Shakespeare voulait en donner et puis cet incroyable Fou, un des Fous les plus r�ussis de Shakespeare, d�sopilant avec sa voix de cr�celle pleurnicharde. Je me souviens aussi de Tro�lus et Cressida au th��tre de la cit� universitaire, sur une sc�ne en rond qui ressemblait � un ring de boxe, mis en sc�ne par Stuart Seid qui devait vraiment �tre tr�s jeune � l'�poque puisqu'il doit avoir � peu pr�s mon �ge, il y avait un duel avec Achille me semble-t-il o� je revois une �norme massue de carton-p�te, je me souviens de la beaut� sauvage de l'actrice anglaise qui jouait Cressida en fran�ais. Je me souviens de Timon d'Ath�nes mis en sc�ne par Peter Brook dans le d�cor intemporel et universel du d�labrement du th��tre des bouffes du Nord avec Fran�ois Martouret dans le r�le-titre, comme on dit, et d'infimes accessoires pour figurer les richesses terrestres. Je me souviens du Macbeth de Kurosawa qui s'appelait le Ch�teau de l'Araign�e au cin�ma et de la for�t qui avance vraiment, les grands sapins qui se mettent en marche, des fl�ches qui traversent le cou du tra�tre enfin vaincu, et de celui d'Orson Welles, mais plus tr�s bien. J'ai vu une version compl�tement idiote d'Hamlet par Daniel Mesguish, tr�s mode genre Shakespeare postmoderne d�construit avec des citations rajout�es de Godard (le pauvre) et Roland Barthes. Pour ce qui est de la version de Lawrence Oliver, au cin�ma, je la tiens pour tr�s bonne malgr� son acad�misme. L'Antoine et Cl�op�tre de Roger Planchon au th��tre des Amandiers � Nanterre reste un grand choc avec la virtuosit� inou�e de la mise en sc�ne (On est transport� � l'�poque du cin�ma muet dans un studio d�Hollywood genre " fils du Cheikh", mais c'est au tournage de la pi�ce de Shakespeare qu'on assiste et �a colle parfaitement au th�me de la pi�ce) et la beaut� pure de l'histoire d'amour cont�e. Deux versions du Songe d'une Nuit d'Et� : la sensualit� de celle du th��tre du Soleil, dans le d�but des ann�es soixante-dix avec des acteurs presque nus et baba cool, se poursuivant sur un gigantesque tapis de peau de b�te au cirque d'hiver. La cruaut� de celle de Lucian Pentill� aux Amandiers � Nanterre, dans la neige, qui se termine par la mise � mort des acteurs paysans comme dans le th��tre antique romain o� l'on tuait vraiment les acteurs. Un extraordinaire moment de th��tre, compl�tement envo�tant : les pi�ces historiques (Henri V, les deux parties d'Henri VI, et Richard III) � la suite, au th��tre de Cr�teil, spectacle de neuf heures et trois entractes, mis en sc�ne par Denis LLorca avec la m�me troupe aux acteurs interpr�tant plusieurs r�les (dont Jean Claude Drouot, Thierry la Fronde colossal) dans un d�cor unique fait surtout d'une plage de sable dor�. On pouvait s'y rendre compte de l'incroyable unit� du texte de Shakespeare tout au long du cycle, et notamment le jeu sur les saisons et l��ternel retour, mais aussi la lente ascension au pouvoir de Gloucester, futur Richard III qui traverse plusieurs pi�ces. A la fin du spectacle, � la fin des neuf heures, � moiti� endormi, comme dans un r�ve, rassasi� de th��tre, alors que l'aube se l�ve r�ellement sur le lac de Cr�teil, et que les acteurs, �puis�s, ne touchent litt�ralement plus le sol, transfigur� par la gr�ce, on quitte le th��tre comme on sort d'une �glise o� on a assist� un office en secret. Je crois bien que j'�tais en premi�re ann�e de m�decine quand j'ai assist� � la version de Richard II de Patrice Ch�reau qui �tait encore un adolescent. Il y avait l'inoubliable Daniel Emilfolk dans le r�le de Bolinbroke, et Ch�reau lui-m�me, d'une terrible beaut� dans le r�le de Richard. Les grands personnages de la pi�ce circulaient allong�s sur des lits port�s par des valets, dialoguaient de lits � lits, �taient transport�s par des machines de bois et de cordes � travers le d�cor, personne ne touchait jamais terre, les corps du roi et de la reine faisaient un pont au-dessus du sol lors de la sc�ne d'adieu et seul Richard vaincu se tordait sur le sable de sa prison comme un ange d�chu. Beaucoup plus tard les Shakespeare de Miouchkine ont occup� deux ans le th��tre de la Cartoucherie. ![]() J'ai vu un Richard II d'une extr�me beaut� formelle inspir�e de toutes les formes du th��tre japonais, N� et Kabuki. La nuit des rois �tait inspir�e du th��tre balinais et indien. Il y a peu de choses aussi belles et abouties. Je me souviens d'une � Temp�te � d'Alfredo Arias et du th��tre TSE, avec Facundo Bo dans le r�le de Prospero et de Marilu Marini dans celui d'Ariel, Caliban �tait �patant. Je me souviens d'un autre Richard III, donn� seul, celui-l�, au th��tre de la ville par Georges Lavaudant, dans une mise en sc�ne �poustouflante qui ne faisait pas la part belle aux acteurs. Je ne pourrai jamais oublier le Falstaff d'Orson Welles qui est une adaptation magistrale de la deuxi�me partie d'Henri IV. Mais le spectacle le plus achev�, le plus intelligent reste une version qui n'appartient pas compl�tement � Shakespeare : c'est le "Lear" d'Edward Bond mis en sc�ne � L'Od�on par Ch�reau vers les ann�es quatre-vingt. Il y avait un voile qui tombait devant le tableau finissant comme un cri d�chire un r�ve ou comme le sang voile soudain le regard du mourant. La sc�ne de torture, quand on arrache les yeux de Lear �tait insoutenable et pas du tout grand-guignolesque comme elle est si souvent. Il y encore le merveilleux "beaucoup de bruit pour rien" de Kenneth Branagh au cin�ma dans les villas de Palladio et le paysage toscan, l'Henri V du m�me Branagh, plein de fougue juv�nile, je me souviens d'un "Mesure pour Mesure" �patant de Peter Brook avec ce fabuleux acteur anglais (Bruce Myers) dans le r�le du Duc, et d'un Marchand de Venise, avec Daniel Sorano au th��tre Sarah Bernard, c'�tait encore dans les ann�es soixante, d'un tr�s mauvais "Peines d'amour perdues" du th��tre du Campagnol, au th��tre de Corbeil, il y a trois ou quatre ans, mal jou�, au d�cor laid, tout juste sauv� � la fin par un tr�s joli ch�ur chant� dont la musique n'�tait �videmment pas de Shakespeare, d'un pr�tentieux "Othello" de Mathias Langer avec Tcheki Kario dans Iago et je ne sais plus quelle B�atrice Dalle dans Desd�mone ( � moins que ce ne f�t une autre actrice � la mode) au th��tre d'Aubervilliers, politiquement correct et rien d'autre, et bien s�r de la version �patante de Richard III par la troupe du Lyc�e de Savigny avec Malik Rumeau dans le r�le du roi mourant et un tr�s bon jeune Richard, J'y ai retrouv� Thierry Bosc apr�s le spectacle, devenu professeur de th��tre et que j'avais connu au temps de l'Aquarium et qui avait �t� un ex de Florence Daudy. Et pourquoi j'ai pens� � Shakespeare, je ne sais toujours pas.posted by grossmann | 1/19/2003 mercredi Avertissement : Un ciscoblogger qui n'aimerait pas Jacques Reda ne serait pas un v�ritable ciscoblogger. J'ai trouv� ce bout de texte sur le web, je ne sais plus trop o�. Je ne resiste pas au plaisir de vous le faire lire (le premier qui sera surpris � ne pas le lire jusqu'au bout , sera priv� de CISCOBLOG pour trois jours, non, deux, allez. Attention ! j'ai l'oeil !) Recommandations aux promeneurs (extrait) [�] Encore tout r�cemment le train restait une des meilleures fa�ons d�associer le d�placement et la lecture. On y pouvait lire alternativement (voire, � partir d�un certain degr� d�apprentissage, simultan�ment), quatre ou cinq pages d�un livre et plusieurs kilom�tres d�un parcours. D�sormais qu�on va de Paris � Dijon en une heure, ce confort de tr�s haute culture va rejoindre d�autres bonheurs du pass�. Cependant l�amateur de circulation ind�pendante repr�sente toujours un cas sp�cial. Sans doute, comme � l�automobiliste, et � plus forte raison puisqu�il ne dispose que de deux roues, vaut-il mieux lui d�conseiller de lire en roulant. En revanche, � l�instar du pi�ton, il poss�de cet avantage d�interrompre ais�ment sa route o� et quand il le veut. Un bouquet de pins, une clairi�re entrevue, le rebord d�une fontaine lui sugg�rent irr�sistiblement la volupt� de s�asseoir ou de s�allonger contre le doux corps spirituel qu�un livre enferme et qui va l�envelopper, avec l��il du soleil glissant vers la fin de son chapitre. Mais comme la dur�e de sa promenade ne se borne pas dans un jour, et que l�encombrement de son bagage conna�t au contraire des limites, il lui faut bien trancher entre un d�sir naturel d�emporter une biblioth�que, et la crainte tout aussi normale d�en subir les inconv�nients. Avant de tirer harmonieusement les le�ons de la pratique, j�ai moi-m�me voyag� dans les plus absurdes conditions, trimbalant sur mon dos des kilos de bouquins dont la plupart rest�rent enfouis sous mes chemises, au fond du sac. Puis, passant d�un extr�me � l�autre, il m�est arriv� de partir sans aucune provision, mais de revenir sous un poids de volumes intol�rable, et que leur disparate faisait encore plus accablant. Car il se passe alors une chose tr�s simple, c�est qu�au bout de quarante-huit heures de p�nurie on ne tient plus. On se jette dans n�importe quelle maisons-de-la-presse-bureau-de-tabac de campagne, on fouille de fond en comble le soir l�unique librairie du chef-lieu. Il y tra�ne bien toujours des �ditions de poche de po�tes qu�on croit savoir par c�ur, et une fois de plus, par un ent�tement masochiste, on rach�te quelque tractatus qu�on ne comprendra jamais. Suivant la r�gion o� l�on r�de, on est tent� de se procurer deux �normes tomes de Contes et L�gendes du Bas Morvan, ou une �tude savante sur la perception de la gabelle � Niort, entre 1715 et 1732.[...] Jacques R�da posted by grossmann | 1/15/2003 dimanche je me souviens de Guy Mardel posted by grossmann | 1/12/2003 ![]() Cette image vous pla�t, ou vous rappelle avec nostalgie une �poque r�volue ? Il y en a plein d'autres aussi belles sur le site tr�s bien con�u de stephan landsberger, un colectionneur fada, heureusement qu'il y en a des comme lui sur le Web ! (via Geisha Azobi) posted by grossmann | 1/12/2003 jeudi ![]() Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes. "Des" parents. Enfin, chez nous, c'était plutôt notre père, pas tellement notre mère. Pour dire la vérité, il n'a jamais appartenu au Parti. C'est-à-dire : il n'a jamais eu sa carte du parti, il n'est jamais allé à des réunions de cellule, il n'a jamais fait du porte à porte pour vendre l'"Huma-Dimanche" et, même, on ne l'a jamais beaucoup vu aux défilés du 1er mai. Attention, n'allez pas croire, qu'au fond de son cœur, il n'ait pas été un vrai communiste, un dur. Au contraire. Seulement, d'une part, il était marié avec notre mère, ce qui avait son importance, comme on vient de le dire et comme on le verra, et d'autre part - c'était une sorte de version officielle - il était commerçant : ça aurait, bien sûr, pu nuire aux affaires d'avoir été "officiellement" communiste, et donc par suite, à la famille, aux enfants, à nous-mêmes, à nos études de futurs médecins : c'était notre mère qui le précisait toujours, comme pour l'excuser, prévenant la critique par une bonne dose de culpabilisation dont nous mîmes des années à nous débarrasser. Même si ça le gênait un peu de la laisser dire, il savait bien que c'était un peu la vérité, pas très glorieuse, mais pas seulement : c'était aussi parce que ça l'arrangeait, pour qu'on ne connaisse pas la vraie raison. A part ça, au fond de son cœur, comme je disais, c'était un vrai communiste. Il disait, non sans un soupçon de coquetterie, qu'il était un "compagnon de route" ; il y en avait de célèbres, des acteurs, des écrivains, des chanteurs. Ça se portait bien, le "compagnon de route". D'ailleurs, j'y reviendrai peut-être, je crois de moins en moins à la version officielle, et je la tiens même pour définitivement fallacieuse : bien que le fait qu'il n'ait jamais appartenu au parti reste une énigme, qu'il ne consent toujours pas, même aujourd'hui, à vouloir expliquer, je commence à comprendre qu'il y avait d'autres raisons que ses activités professionnelles et ses "responsabilités" de père de famille, plus intimes, plus dramatiques, pas tout à fait conscientes, voire peut-être un peu honteuses à ses yeux, qui ont fait que notre père ne s'est jamais tout à fait laissé enrôler. Il donnait au Parti pour les campagnes municipales et législatives, il lisait l'"Humanité" tous les matins et même ostensiblement pendant les vacances sur les plages de Saint Raphaël ou Sainte Maxime, il allait pratiquement tous les ans à la fête de l'Huma, en achetait des "billets de soutien" par liasses entières, il aurait volontiers ouvert sa porte aux vendeurs d'"Huma-Dimanche", à défaut de le vendre, mais, à sa décharge, il n'y en avait pas beaucoup boulevard Saint Michel, et de toute façon, il travaillait à son magasin, à Villeneuve Saint Georges, tous les dimanches matins (en plus du samedi toute la journée), et il y avait là, c'est sûr, bien plus de vendeurs d'Huma Dimanche que sur le boulevard Saint Michel et il avait largement l'occasion de l'acheter là-bas; il emmenait toute la famille une fois par an, voire deux, au Palais des Sports de la porte de Versailles, aux représentations des ballets Moïsseïev ou de celle des chœurs de l'Armée Rouge ; il avait pleuré, oui, pleuré, à la projection de "Quand passent les cigognes" et aussi quand le film avait gagné la palme d'or à Cannes en 1958 (mais il pleurait aussi, de rire, devant les films de Charlot) ; sa bibliothèque était constituée de cinq ou six rayons dont un entier était occupé par les au moins quinze tomes des "Communistes" d'Aragon, et un autre par ceux du "Don Paisible" de Michael Cholokhov ; il y avait aussi les "Principes Elémentaires de Philosophie" de Georges Politzer, en un seul tome, aux éditions sociales, dans lequel je me suis initié de bonheur au marxisme orthodoxe (mais c'est aussi de cette bibliothèque que j'ai tiré mon premier livre "sérieux": "L'adieu aux armes" d'Hemingway qui contenait quelques scènes d'amour assez torrides pour enflammer mes douze ans) ; il nous avait fait lire, un peu à la même époque, le livre de Boris Polevoï, "Un Homme Véritable", issu des mêmes rayons, qui racontait la vie à peine romancée d'un héros de l'Union Soviétique amputé des deux jambes à la suite d'un accident où sa vie avait été bouleversée, et qui, à force de volonté, de courage, de foi en Staline et le Parti, avait, non seulement réussi à remarcher (sur des prothèses), mais était devenu pilote de chasse durant la seconde guerre mondiale ; Il nous emmenait, les dimanches après midi d'hiver, au stade de Colombes, avec son ami Lionel et son fils Alain, assister aux matches France–URSS d'Athlétisme, où nous entendions avec émotion l'hymne soviétique et où nous vibrions aux exploits de Michel Bernard et de Piotr Bolotnikov (souvenir très précis de l'arrivée d'un cinq mille mètres où Bernard, maigre, héroïque, et pâle comme un linge, finit deuxième, à pas cinq mètres du recordman du monde, qui restera longtemps pour moi l'image même de la souffrance glorieuse et de l'abnégation) ; en 1962, j'ai pris russe en seconde langue (ce qui, à l'époque était assez original, nous étions moins de dix dans la classe) sur ses conseils, bien entendu, dispensés avec discrétion et tact de sioux, mais il n'avait tout de même pas réussi à me faire croire que c'était seulement parce que nous avions des origines slaves qu'il "approuvait" mon choix. Outre l'Humanité, qu'il achetait chaque matin, il était abonné aux "Lettres Françaises", fondées par Aragon et dirigées par le talentueux Pierre Daix, et à "France Nouvelle", l'hebdomadaire central du Parti. On peut dire vraiment qu'il lisait beaucoup. Il avait beaucoup d'amis qui militaient ou avaient été d'anciens résistants, il était souvent bien plus doctrinaire qu'eux. Il disait sincèrement qu'il n'aurait pas pu être ami avec quelqu'un "de droite"; il ne méprisait pas les "socialistes", à condition qu'ils ne soient pas membre de la SFIO, parce que personne n'est parfait ni complètement irrécupérable et que le "socialisme" était l'opinion, assez vague, il faut bien le dire, que professait toute sa belle famille (y compris notre mère). Il vouait une admiration sans borne aux "intellectuels du Parti", pas seulement les plus connus, comme Aragon, Elsa triolet, Frédéric Joliot Curie, mais aussi des universitaires ou de grands professeurs de médecine. C'est son admiration pour le Savoir en général qui était, de fait, plus grande que tout, absolument enthousiaste ; il croyait naïvement que tout intellectuel était forcément "de gauche". Il adorait Picasso tout en déclarant ne rien comprendre à l'art moderne. Il n'avait pour tout diplôme que le certificat d'études, il se décrivait lui-même, avec une véritable sincérité, comme un "primaire" ou un "inculte". En raison (c'est ce qu'il laissait croire) de son statut de "compagnon de route", qui n'était donc pas astreint aux tâches militantes routinières, il ne s'autorisait jamais le moindre écart critique, il était toujours "sur" la "ligne" la plus orthodoxe : celle de la direction du parti, qui n'avait qu'un seul tort, comme il aimait le répéter, au moins une fois par jour, en martelant ses mots, le doigt levé (il n'allait tout de même pas jusqu'à taper sur la table avec sa chaussure), celui "d'avoir toujours raison le premier". Aussi, eut-il à prendre, sans broncher, bon nombre de virages à cent quatre-vingts degrés. Par exemple, bien avant notre naissance, et même avant son mariage, il avait soutenu de toutes ses forces et contre vents et marées, le pacte germano-soviétique, pendant la drôle de guerre où il avait été soldat (je me souviens comment il nous racontait qu'il avait clandestinement rédigé et tiré un tract où il justifiait la position soviétique, ce dont il était assez fier et qui doit être son seul acte militant connu) ; en 1956, et les années de plomb qui ont suivi, il avait, comme Maurice, Jeannette, Jacques, Georges et les autres, refusé de croire aux révélations du fameux rapport secret et continué de vénérer la mémoire du Petit Père des Peuples, tout en admettant, avec la moue de rigueur, à la fois dubitative et indulgente, que Staline avait peut-être "commis" quelques "erreurs" mais que le bilan etc. (le plus grave était, qu'avec la même mauvaise foi que Maurice, Jeannette, Jacques et Georges, il ne croyait pas un traître mot de ce qu'il disait, et, que son interlocuteur même ne pouvait croire un seul instant en sa sincérité, tant le discours était convenu, dicté, récité par cœur) ; je me souviens, deux ans ou trois ans plus tôt, en 53 ou 54, un dimanche matin, le seul jour où nous nous réveillions avant nos parents, qui faisaient une courte grasse matinée derrière la porte close de leur chambre, à cheval sur l'accoudoir du divan du salon-salle à manger, pendant qu'il y faisait des galipettes, avoir interrogé mon petit frère (il devait avoir trois ans, à peu près), sur le métier qu'il voudrait faire quand il serait grand : je ne me souviens plus de sa réponse, mais, ce dont je me souviens très bien, c'est que je lui avais posé la question uniquement pour dire que, moi, plus tard, je voudrais être "communiste, comme Papa, pour qu'il n'y ait plus jamais la guerre" ; je me souviens aussi que notre père, qui ne dormait pas (forcément, je devais m'en douter), et qui avait tout entendu, comme il nous l'a raconté plus tard, m'avait pris dans ses bras et donné un gros baiser en sortant de sa chambre (j'ai honte, quand j'y pense, après toutes ces années, si); l'année 1968 fut une sorte d'année terrible pour la famille, non pas à cause des évènements de mai qui avaient pourtant apporté, comme dans bon nombre de foyers, leur lot de controverses passionnées ou d'anathèmes définitifs, mais à cause de l'invasion de la Tchécoslovaquie qui fut une affaire autrement plus grave. Depuis quelque temps, mon frère et moi, avions commencé à prendre de précautionneuses distances avec les idées de notre père et nous mettions à le plaisanter doucement sur leur orthodoxie; nous avions beau nous modérer le plus possible, cela le chagrinait sincèrement d'avoir mis au monde et entretenu sous son toit de la graine d'intellectuel petit bourgeois (mais, bien entendu, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même), et la violence et l'opiniâtreté qu'il mettait soudain à défendre bec et ongles la "ligne" du Parti, lui cet homme réputé si doux, qui n'avait jamais levé la main sur ses fils (ou juste une fois, en une seule occasion, sur son fils cadet, ce qui fait que nous nous en souvenons encore, je reviendrai sur l'épisode une autre fois), connu pour son sens de la diplomatie dans les relations humaines, son goût de la dialectique, nous déconcertait par sa raideur brutale et crue en nous faisant toucher des aspects de sa personnalité que nous n'osions à peine envisager. Un de nos persiflages favoris était de prétendre qu'il était incapable d'exprimer une opinion avant d'avoir vérifié le matin, par la lecture de l'Humanité, si elle était conforme à celle du Parti. Bref, nous insinuions qu'il prenait ses "ordres" directement de la place du Colonel Fabien sinon de Moscou et qu'il était donc incapable de penser par lui-même, ce qui le mettait dans une rage folle, tant il était persuadé de l'adéquation harmonieuse, quasi naturelle, de sa vision du monde et de celle du bureau politique. Ce jour-là, le 21 août, nous avions suivi la progression des chars russes à Europe N°1, suspendus au transistor. Durant les mois précédents, la position du Parti vis à vis du printemps de Prague, d'abord bienveillante, était devenue plus qu'ambiguë et nous avions, pour la première fois, perçu, dans le discours de notre père, de l'incertitude, sinon de l'angoisse. A Prague, la tension était montée tout l'été, et l'intervention militaire, malgré les reculades successives de Dub_ek, semblait inévitable. On ne peut le dire qu'à posteriori. C'était un de ces curieux moments de l'Histoire où l'imminence de la catastrophe ne fait aucun doute, mais où l'on est incapable de la projeter dans une réalité à venir. Sa survenue est inéluctable, on l'attend sans le savoir et, en même temps, on ne croit pas qu'elle va se produire : Ce n'est qu'à la minute même où elle survient que nous percevons, rétroactivement, l'évidence de sa menace. Il y a alors eu un "changement de phase" : le présent a modifié le passé. Notre père l'envisageait la mort dans l'âme, nous avions même entendu proférer cette phrase quasi inespérée, alors qu'il était plongé dans l'Humanité du matin : "ils ne vont tout de même pas faire ça". Puis, jusqu'au jour fatidique, il s'était muré dans un silence politique qui nous faisait craindre un de ces revirements dont seuls lui et le Parti avaient le secret. L'invasion commença le 20 août, une heure avant minuit ; elle nous surprit, donc, et nous indigna. Dès tôt le matin, nous sommâmes notre père de prendre position. Sa pâleur faisait peine à voir. C'était comme s'il avait vieilli d'un seul coup, devenu soudain fragile et sans défense. L'"Humanité" n'était encore pas parue et le bureau politique s'obstinait à se taire à la radio. En proie au plus grand désarroi, devant notre insistance et notre impatience il déclara enfin, comme s'il se jetait à l'eau tout habillé, d'une voix presque inaudible (il fallut lui faire répéter), qu'il "désapprouvait". Il "désapprouvait". Nos récentes disputes l'avaient forcé à prendre position sans l'appui du discours officiel du Parti. Il en fut littéralement malade. Bons fils, malgré tout, un peu honteux de notre avantage, nous tentâmes de le rassurer en lui affirmant que le Parti ne pouvait que lui aussi "désapprouver" et que le communiqué qui allait mettre fin à son angoisse allait tomber d'une minute à l'autre. Il déclara qu'il n'en doutait pas. Rien n'était moins sûr, il le savait très bien. Sa fidélité était mise à rude épreuve. Le Parti fit mieux, dans un premier temps, tout du moins, au grand, très grand soulagement de notre père : il exprima sa "réprobation" par la voix du gentil Waldek-Rochet. Notre père exultait. Au fond de lui, il n'en revenait pas. Plus tard, le Parti, égal à lui-même passa de la "réprobation" à la "désapprobation", puis finit, indécrottable, par approuver la "normalisation". Notre père, bien évidemment, suivit le mouvement. Le dilemme du 21 août 1968 ne fut plus qu'un vieux mauvais souvenir.
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1/09/2003
samedi Tous les matins, en arrivant � Vigneux, j'emprunte l'avenue Henri Barbusse. L'avenue Henri Barbusse court de Draveil � Vigneux, comme chacun sait. L'avenue Henri Barbusse pr�sente une pente l�g�rement descendante. Mais comme elle est toute droite et tr�s longue, elle plonge, dirait-on, lentement dans le paysage. De tr�s loin, au bout de l'avenue, on aper�oit les tours de Vigneux. J'aime bien apercevoir tous les matins, les tours de Vigneux. je les compte, c'est mon plaisir : une tour, deux tours, trois tours, quatre tours, cinq tours et six tours. Je ne sais pas si vous vous souvenez, j'ai publi� ici, il y a quelques mois, un texte sur les "tours de Vigneux" (si vous avez besoin (mais pourquoi auriez-vous besoin, vous �tes tellement fondu de ce site que vous avez tout appris par coeur), enfin, si vous �prouvez, par le plus grand hasards l'envie de vous rafra�chir la m�moire (on se demande pourquoi, encore une fois, c'est juste, bien s�r, un supposition, une vue de l'esprit, une hypoth�se d'�cole) enfin, allez y, si c'est absolument n�c�ssaire, si vous h�sitez par exemple sur un ou deux mots, ou sur l'ordre des phrases : c'est ici). Mais revenez apr�s, jai une r�v�lation � faire. Voil�, j'ai fait une erreur : Elles ne sont pas six, mais sept. Je le confesse, � ma grande honte (vous aurez au passage, not� ma grande, ma tr�s grande, hon�tet� intellectuelle) elles sont bien sept, d�finitivement sept, sept de toute �ternit�. J'ai compt�, recompt�, je suis oblig� de me rendre � l'�vidence. C'�tait comme tous les matins, je comptais les tours en roulant, elle se d�placaient lentement vers ma gauche, comme d'habitude. Une, deux, trois, quatre, cinq, six. Sept. Sept ? Pas possible ! J'ai recompt�. Sept, nom de dieu : sept. J'ai recompt� � nouveau, tout en roulant (et ralentissant dangereusement, parce que je commen�ais � les d�passer - appels de phare de la camionnette qui me suivait, pas que �a � faire, lui -) : six. Ouf. Mais le doute s'�tait insinu�. Cent m�tres plus loin, j'ai recompt�. Du fait du mouvement, l'alignement des tours avait encore chang� : un, deux trois quatre, cinq, six. Pas sept. Et si : sept ! Un court instant, mais c'�tait suffisant, un immeuble s'est nettement d�tach� d'un autre, s'ajoutant � la file. En proie � une grande agitation, je ne suis pas all� jusqu'� Camille Claudel. J'ai obliqu� sur la gauche, je voulais en avoir le coeur net. Je me suis rendu � l'�vidence, il y avait bien sept tours, je suis sorti de ma voiture, je les ai compt� � pied, pas d'erreur possible. Sept. Comment ais-je pu, apr�s toutes les minutieuses v�rifications dont je parlais, ne les compter que six, il y a quelques mois ? Il y a plusieurs raisons, quand j'y r�fl�chis bien. La premi�re, bien s�r, c'�tait mon envie qu'elle ne soient pas sept. Enfin, ce n'est pas tout � fait aussi simple : je me souviens que j'ai d'abord mal compt� en voulant, au contraire, v�rifier qu'elle �taient sept. J'ai compt� une fois : six. J'ai compt� une deuxi�me fois, avec un autre point de vue : six. J'ai �t� alors agr�ablement surpris : j'ai commenc� � interpr�ter les intentions de Chemetov (l'architecte, c'est lui qui a construit aussi le minist�re des finances, � Bercy, et la partie la plus interessante du Forum des Halles. Il avait fait ses classes � Vigneux, banlieue rouge, dans les ann�es soixante-dix, je l'ai lu dans ses m�moires). S'il n'avait plac� que six tours, c'etait qu'il avait voulu, en quelque sorte conjurer le chiffre sept, qu'il avait voulu ostensiblement faire la nique au nombre d'or et aux sept merveilles du monde. C'�tait une d�claration d'intention, un manifeste : les sept merveilles du monde, d'accord, mais les six tours de Vigneux. Quelles autres merveilles vont par six ? J'�tais assez ravi. Alors, quand j'ai recompt�, j'ai recompt� non plus pour v�rifier qu'elles �taient sept mais, au contraire, bien six. J'ai alors compt� six, � plusieurs reprises, en variant encore les points de vue, confortant mon erreur. La seconde raison tient aussi � Chemetov : C'est qu'il a, dans son "paquet de tours", construit deux immeubles, et seulement deux, beaucoup plus rapproch�s l'un de l'autre ques les autres. Je les avais pris pour une seule et m�me tour. Ce n'est qu'en se pla�ant tr�s pr�s des �difices qu'on peut voir que deux d'entre eux se font face � face dans une confrontation qui para�t d'autant plus "dramatique" que les autres gardent des distances assez "indiff�rentes". Ils sont proches � se toucher. On peut les prendre, sous la plupart des angles, pour un seul. Enfin, je me suis tout de m�me trouv� assez b�te d'avoir racont� toutes ces histoires. Mais la v�rit� historique et g�ographique est r�tablie : Les tours de Vigneux sont bien sept, comme les p�ch�s capitaux, les piliers de la sagesse, les l�gumes du Tagine royal, les nains, les samoura�s, les mercenaires, les boules de cristal, les g�ants du petit tailleur et les merveilles du monde (ce qui n'enl�ve strictement rien � leur �nigmatique beaut�.) posted by grossmann | 1/04/2003 ![]() J'aime bien ces d�tournements compl�tement oufs de vielles b�d�s que fait Photomontage.com, pas vous? Il y en a d'autres sur son site (suffit de cliquer en LCD) posted by grossmann | 1/04/2003 Maintenant que je l'ai rencontr�, je r�alise � quel point la vie, sans ce site, �tait si d�pourvue d'int�r�t. Je me demande comment, moi, nous, le monde, la galaxie, tous, avons pu nous en passer si longtemps ! posted by grossmann | 1/04/2003 vendredi
posted by grossmann |
1/03/2003
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