29 juillet 2004

tout pour apprendre à jouer au Go
Pensée de la nuit N° 68 :"les animaux se décomposent en :a) appartenant à l'Empereur; b) embaumés; c) apprivoisés; d) cochons de lait; e) sirènes; f) fabuleux; g) chiens en liberté; h) inclus dans la présente classification; i) qui s'agitent comme des fous; j) innombrables; k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau;l) qui viennent de casser la cruche; m) qui de loin semblent des mouches" Michel Foucault, citant une liste de Borges tirée d'une « certaine encyclopédie chinoise», dans Les Mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966.

25 juillet 2004

26 (titre provisoire), IX

Fernando secrète les pierres. En plus des glandes salivaires, il possède des glandes minérales qui lui font pousser des galets dans la cavité buccale, bien qu'ils lui occasionnent des difficultés d’articulation, il ne leur donne que quand ils sont arrivés à maturité, un par un. Il pense que les bijoux des femmes envoient des ondes. Il connaît la vérité sur chacun d'eux : nous nous trompons sur nous même, mais ce n'est pas de notre faute. Lui seul connaît leur vrai prénom, leur âge véritable. Il est le chef d'une grande famille, ils sont tous des frères, des sœurs, des pères, des mères, des oncles ou des cousins. Il recompose une généalogie complexe où chacun d'entre eux a sa place. Madame Rivière, qu'ils accueillent depuis quelques semaines, est par exemple sa "quatrième mère véritable" après sa conception sur la lune, mais peut-être est-il aussi bien le fils parthénogénétique de son grand-père maternel Fernando, il a fallu plus d'un ventre pour mener à bien sa gestation. Il leur explique ainsi comment il a eu plusieurs mères successives, comment il a glissé d'un utérus à l'autre, en autant de naissances passagères, pour échouer, seulement quelques jours avant son expulsion définitive dans la matrice de Linda, la sorcière qui se prétend sa mère unique. Mais il pourrait aussi bien être l'immaculée conception ou s'être auto-engendré avec une pierre. Il n'est pas sûr d'avoir été engendré par un être vivant (une chose minérale, un sexe de pierre, un Golem), ce qui explique les utérus d'emprunt car en cette matière les mères sont bien incertaines, d'ailleurs il a pratiqué l'inceste avec beaucoup d'entre elles dont certaines sont aussi ses sœurs. C'est ainsi qu'il est leur père à tous et qu'il est le père de ses ancêtres. Rien de plus sûr pour renier son soit disant père, Mario, bandit violent, alcoolique pervers, mari de Linda et violeur de ses propres filles. Comme il n'est le fils d'aucun humain, les objets quotidiens perdent leur statut d'objet et prennent vie comme les cartes à jouer d'Alice au Pays des Merveilles. Il ingurgite des mixtures incroyables au risque de s'empoisonner, il communique avec les ampoules électriques et les chaises, mange de la paille, avale du papier, des billes ou des vis, porte un anneau dans la narine qui est l'inverse des lunettes d'Haltman et qui prouve qu'il doit faire l'amour avec sa sœur puisqu'il est son père à elle.



24 juillet 2004

Pensée de la nuit N° 67 : Voir ci dessous "Jacques citait souvent..."
26 (titre provisoire), VIII

Jacques citait souvent ce passage de Michel Serres qui distingue six figures de l'espace individuel : le pont, le puits, le labyrinthe, l'hôtel, la prison et la mort. figures du jeu de l'Oie : "Le pont est un chemin qui connecte deux berges ou qui rend une discontinuité continue. Ou qui franchit une fracture. Ou qui recoud une fêlure. La communication était coupée, le pont la rétablit, vertigineusement. Le puits est un trou dans l'espace, une déchirure locale dans la variété. Il peut déconnecter un parcours qui y passe, et le voyageur tombe, la chute du vecteur, mais il peut connecter des variétés qui seraient empilées. Des feuilles, des feuillets, des formations géologiques. Le pont est paradoxal, il connecte le déconnecté. Le puits l'est plus encore, il déconnecte le déconnecté, mais il connecte aussi le déconnecté. L'astronome y tombe, la vérité en sort. Le dragon assassin y habite mais on y puise l'eau de l’immortalité. Tante Dide la folle y jette la clé, entendez bien la clé du texte, mais il renferme tous les germes. Le puits de la mine germine, et il se nomme Germinal. Et tout à coup je parle à plusieurs voix, je ne sais plus marquer la limite entre le récit, le mythe, et la science."



26 (titre provisoire), VII, suite 3


Haltman disait souvent : "Si c'est pour aboutir en fin de course à un refus de tout lit d'hospitalisation au nom de la lutte contre l'asile, l'implantation préalable est une imposture, et rien d'autre. Maintenir coûte que coûte la grande souffrance à l'exterieur de notre enceinte c'est refuser, au fond, de s'y colleter. Si nous n'organisons pas nous-mêmes nos lieux d'accueil pour la folie, nous agissons avec une mauvaise foi pire que l'asile qui est le degré zéro de l'accueil." Et jacques, le théoricien du groupe ajoutait : "Il est possible que l'hospitalisation soit le point de fuite de la psychiatrie de secteur. On peut concevoir un secteur idéal sans lits, mais c'est un idéal probablement inazteignable, même asymptotiquement. Sans espace de paix possible, sans lieu d'accueil pour la folie, on risque de retourner l'enfermement comme un doigt de gant. La question n'est pas celle du lieu où tel ou tel se tient, mais de sa possibilité de circulation entre tel ou tel lieu. Il faut tendre le plus possible à remplacer les "lieux" par le "lien", mais tout lien a une origine, donc un "lieu"."

21 juillet 2004

Alain Simon


Les voies de la création en sept jours, 4 semaines par mois et douze mois sur douze. Très beau

17 juillet 2004

26 (titre provisoire), VII, suite 2


Leur équipe n'étaient pas née de l'Asile. En 1972 Bonnafé s'était installé avec sa garde rapprochée dans un petit appartement du quartier de "la Poterie" d'où il avait pu lancer les opérations pour tester "l'implantation préalable".  Haltmann était arrivé dans le service en 1975 comme interne, avec la deuxième vague, dans le préfabriqué de "Montconseil", en haut de la colline. On s'était alors rapproché de l'hôpital général qui surplombait  deux cent mètres plus bas, la rive gauche de la Seine. C'était la seconde partie du plan de Bonnafé : après l'investissement de la municipalité et des quartiers, en accord avec le maire, qui était un ami politique, on s'attaquait à l'hôpital général, qui était une autre paire de manche. Dormeil, comme beaucoup de petites cités ouvrières de l'époque, était une municipalité communiste. En ville, la psychiatrie publique avait eu toute latitude : on avait multiplié le contacts réguliers avec les écoles, les crèches les centres de PMI, les maisons de jeunes, les services d'action sociale et les bibliothèques municipales. L'hôpital était dirigé par un ancien militaire d'opérette qui ne comprenait rien au don de soi militant, et par un jeune anésthésiste, futur président (à vie) de la CMC, déjà mandarin dans l'âme, qui avait succédé à un chirurgien du XIXème siècle, docteur des pauvres adoré de toute la ville, et une mère supérieure en cornette qui dirigeait des escadrons mixtes d'infirmières et bonne soeurs. Il s'agissait maintenant d'investir ce qui constituait le noyau dur de la pratique et se colleter avec la réalité la plus crue de la folie, sa face médicale. Bonnafé, malgré ses enthousiasmes surréalistes de jeunesse et ses courageux engagement dans la résistance  était au fond resté très proche de la médecine et de la notabilté. Il fréquenta avec assiduité les centres de commandement de la machine hospitalière. Il ne manqua pas un arrosage, un départ à la retraite, ou une promotion. Il ne manqua aucune des réunions de la CMC. l'histoire ne le dit pas vraiment, mais il n'est pas sûr que ce ne soit pas le jeune anésthésiste qui séduisit le vieux chef sioux et se le mit dans sa poche. Bonnafé comprit en tout cas qu'il ne pourrait rien faire sans lui. La psychiatrie n'était alors  pas respectée par la médecine, pas plus que trente ans plus tôt, pas plus qu'aujourd'hui  et probablement pas par le jeune anésthésiste qui y vit pourtant un créneau qui le démarquerait des autres et un argument pour faire construire son nouvel hôpital. Un peu plus tard il deviendrait, par le jeu du progrès médical et d'une embellie passagère de la fonction publique hospitalière, anesthésiste-réanimateur, puis réanimateur tout court. Il se considéra, devenu grand sachem à son tour, comme le "protecteur" de la psychiatrie de secteur dont il parla, après le départ de Bonnafé en citant ses conversations privées avec lui. En réalité, il se fichait de la psychiatrie elle même, fut-elle de secteur comme d'une guigne et il n'y avait jamais rien compris ( Bonnafé l'avait toujours su, mais cela resta un secret politique) En tout cas, cette pseudo amitié et le soutien du maire de la ville qui était aussi député, conseiller général et président du conseil s'administration, ce qui aide, fut une chance pour la psychiatrie de secteur à Dormeil. Dans le même temps, ou presque, une circulaire ministérielle, la fameuse et révérée "circulaire de 60" ordonnait aux frileuses équipes asilaires d'aller se dégourdir dans la vraie vie. On créait des "antennes" urbaines, à dimensions forcément plus humaines, issues des grands hôpitaux du renfermement. Bonnafé n'avait d'ailleurs pas de mots assez durs pour fustiger ces "postes avancés". Un des grans morceaux de son florilège était l'histoire de la Mante religieuse. Il comparait ces antennes à celle d'une énorme mante religieuse dont le corps monstrueux était l'asile. Il considérait que ces antennes, rapidement coupées d'une base immobile et masticatoire ne pouvaient au mieux que vivoter frileusement, cernées par le monde, elles aussi dans l'ignorance de la vraie vie et au pire se replier au sein de la maison mère. Il fallait donc inverser le processus : commencer par la vitalité des postes avancés et établir un réseau suffisant pour que l'hôpital en fasse lui aussi partie d'une manière vivante, à dimension humaine, à sa place et pas plus, sans tout dévorer inexorablement. C'est ce qu'il avait fait à Dormeil. "Les hommes avant les murs" comme avait dit un titre du journal "l'Humanité" qui chapeautait une de ses interwiews.  Ils n'étaient donc pas nés de l'Asile. En toute logique, on attendait les murs. Et c'est là que les choses se mirent à clocher. Bonnafé lui-même avait prévu la fin du préalable. L'implantation se devait d'avoir une fin et sa conclusion, pour ne pas dire son apothéose devait être la création raisonnée et "reflexive" de lits d'hospitalisation, en petit nombre. Pour lui, 60 lits était un nombre suffisamment petit. Pour certains de ses collaborateurs qui n'avaient jamis connu l'Asile, c'était dix mille fois trop. La perspective n'était pas pour eux de sortir de l'Asile mais surtout de ne jamais y entrer. Il y a une part irréductible de la psychiatrie qui ne peut être que violence. Réduire cette violence au plus juste est une tache éthique énorme. Bonnafé savait bien, élève de De Clérambault qu'il est impossible de la supprimer totalement et que donc, se passer d'un lieu contenant ou affirmer que la psychiatrie pouvait être faite sans, relevait de l'imposture. Ils préfèraient encore que les hopitaux voisins continuent de faire le travail salissant à leur place, ce que les hôpitaux voisins toléraient de plus en plus mal, d'ailleurs, en plus de se faire traiter d'asiles. Ce fut ce qu'on appelait en ces temps là une erreur historique. Il y eut un rude combat entre le toujours jeune vieux sioux plein d'espoir, qui voulait des lendemains qui chantent et ses jeunes futurs vieux sachems, pleins de mauvaise foi, qui voulaient continuer de fumer tranquillement leurs calumets. Contrairement à toute attente, mais pas tant que ça, (l'hôpital manquait de sous, les effets du choc pétrolier de 73 commençaient à se faire sentir, etc.) ce fut eux qui gagnèrent. Bonnafé ne décoléra pas. Il avait nourri sous lui des traitres : on ne refaisait pas les enfants des petits bourgeois, disait-il, lui qui était un fils de grand bourgeois. Du coup, il prit sa retraite sans demander à être prolongé comme il en avait le droit. Il ne voulu plus de ne jamais être prophète en son pays. Il s'enferma dans sa belle maison de La Ville-du-Bois et on commença à venir le consulter comme un Oracle, lui qui se considérait comme battu par ses propres troupes. Il découvrit le "formidable intérêt" des ordinateurs, acheta l'un des premiers traitements de texte, resta fidèle toute sa vie à windows 3.1, rédigea ses mémoires et surtout édita ses fameux "textes", qui tenaient sur deux ou trois pages et qu'il distribuait lui-même comme des prospectus de peur de ne jamais être publié. Ce qui ne fut, bien sûr, pas du tout le cas. Il existe maintenant, réunis grâce au traitement de texte à pédale du vieux sioux, plusieurs gros livres de receuils et certains sont encore en préparation. Les "textes" de Bonnafé son inépuisables. Bonnafé écrivait beaucoup plus mal qu'il ne parlait ( c'était un orateur hors pair, il avait la voix chaude et chantante que confère les origines méridionales), mais on retrouvait dands les "textes" tout ce qu'il avait dit. Les "textes" de Bonnafé, c'était comme les proverbes. Il y en avait toujours un qui s'appiquait à la situation.




15 juillet 2004

Déjà jeudi ! ouh la la, le temps passe à une de ces vitesses....

12 juillet 2004

Je me souviens

d'Astéroids. Une page vraiment vraiment nostalgique...
Clunyvarium


Cela s'appelle un Clunyvarium et cela se trouve (entre cent autres petits clin d'yeux) de l'autre côté des cailloux

08 juillet 2004

Savez vous que :

11 + 2 = 12 + 1

Allez vérifier ici, une surprise vous attend (délicieuse, même pour les pas matheux)

07 juillet 2004

Tetracapillotomie pseudosociologique : on va dire


Durant une brève période il y a eu "On va dire si vous voulez", puis le "si vous voulez" est tombé, définitivement. « On va dire », « Allez, on va dire ». Depuis à peu près un an, on entend cette nouvelle expression à chaque coin de phrase. C’est une précaution oratoire qui, comme le désormais désuet « si vous voulez » s’excuse par avance de l’imprécision ou de la rapidité d’une formulation et demande l’indulgence du destinataire. « On va dire » est plus emphatique que « si vous voulez » (et encore plus que le vieux « n’est-ce pas » interrogatif de nos grand parents qui cherchait, on va dire, franchement, la connivence) qu’il a fini par totalement supplanter. Moins modeste aussi, et plus expéditif, pour ne pas dire définitif. « On » (va dire) remplace « vous » ( de si vous voulez). « On va dire » ne prend pratiquement plus de gants. C'est presque "je" (vais dire, la prochaine étape ?) Le locuteur assume , il ne demande presque plus l’autorisation. On va dire qu'il est même pressé : plus le temps d'attendre l'acquiescement formel de l'autre, si vous voulez. Il achève le mouvement qui s’était amorcé par le « si vous voulez » quand il a lâché le bien (« si vous voulez bien ») terminal. Il s’affirme. Le destinataire, qui n’est plus prié d’intervenir n’a qu’a recevoir ce qui « va » être dit et se débrouiller. « On va dire » est l’expression de la génération montante, « on va dire » est de plus en plus sûr de lui. « On va dire » est carrément brutal. Il n’est plus conditionnel (dirais-je). Il a la force tranquille et l’assurance de la jeunesse. Il prend ses responsabilités. Et le pas sur ma génération qui, avec son "si vous voulez", est un peu plus faux-cul, on va dire.


04 juillet 2004

Pensée de la nuit N°66 : "A mesure quelle s'éloigne de l'aube et qu'elle avance dans la journée, la lumière se prostitue, et ne se rachète - éthique du crépuscule - qu'au moment de disparaître." Cioran, De l'Inconvénient d'être né.

01 juillet 2004

Barry Singer


Une incroyable galerie de photos ! Des heures et des heures, je vous dis...