29 décembre 2009

Comme vous l'avez peut être constaté de vous même je suis actuellement en mode "forme courte". Je passe mes journées à charrier des cartons et des sacs poubelles. Nous vidons la maison en vue d'une grande et imminente transhumance. Chaque soir, fourbus et les muscles tétanisés par de peu usuels efforts physiques , nous plongeons dans un ou des bains réparateurs. Ce qui explique l'abondance subite des haïkus ci-dessous, d'autant qu'il s'agit des toutes dernières utilisations de la baignoire, la nouvelle maison du Quercy n'étant pour l'instant pourvue que d'une spartiate quoique confortable douche (multi-jets) Nous arrivons donc , chers ciscobloggers, vers la fin de la série des haïkus de bain.  Une fin naturelle, en quelque sorte,  fin prévue par disparition de la baignoire... D'ici peu il y aura donc une nouvelle série de haïkus mais je ne sais pas encore laquelle ( Je me vois mal passer aux haïkus de douche  quitte à changer et les haïkus d'embouteillage auxquels j'avais pensé risquent de ne pouvoir se produire faute d'embouteillages assez fréquents dans la nouvelle région), enfin on verra. J'ai pourtant plein d'idées et d'envies de posts longs mais c'est le temps qui manque et surtout l'accès à l'ordinateur dans l'amoncellement et le désordre qu'est devenu mon bureau. Habituels prétextes... Tout sera redevenu en principe normal vers début  janvier date prévue pour le basculement définitif (exempt pour vous, chers cisocbloggers,  de douleurs musculaires et autres lombalgies)
Un haïku par bain, 101


Mon dessein secret :
Le corps se couvrant d'écailles
Devenir poisson

Un haïku par bain, 100




La pomme de douche
Au fond de l'eau s'est cabrée
E.T. me regarde
Un haïku par bain, 99



J'aimerai ton corps
Par un soir au fond des bains
Ma biche aux abois

23 décembre 2009

Un haïku par bain, 98
 
 
Mémoire de l'eau
Le souvenir de mon corps
Emporte à la mer !

22 décembre 2009

INSOMNIA
Tanka, 18

Pour M. L.G.



Au pays de Serres
Le ciel tombe sur la terre
Hivernale églogue


Ah que le printemps revienne
et nous boirons du Morogues !

15 décembre 2009



Une petite video de l'idole dont nous parle Ciscotwitter en LCD qui, à défaut de vous donner envie de lire le livre - mais j'espère que vous aurez envie de le lire, lisez-le, vous me remercierez toute votre vie - vous montrera à quel point le personnage est sympathique, modeste, humain, naturel et sans façon. Un fan, vous dis-je... (via Noématique, que je m'empresse d'ajouter aux liens en LCD)

14 décembre 2009

Tanka, 17




Désarticulé,
A minuit sur une chaise
Mon  manteau bleu sombre


Tout au bout du couloir blême
Vient la grande angoisse bègue
Quintil, 1




Cette violence blafarde
Aux urgences un soir à Corbeil
La misère qui me regarde

Au temps de ma dernière garde
Ce soir à nul autre pareil

13 décembre 2009

Un Haïku par bain, 97




Un genou dépasse
D'une tiédasse mer d'huile
Aux premiers grands froids

10 décembre 2009


     
























Joyeux anniversaire, Omer !  (via Geisha Asobi)

09 décembre 2009

Cet après midi, longue traversée de la Brie dans le brouillard  jusqu'à Provins, fameuse ville médiévale que je n'ai absolument pas eu le temps de visiter cette fois-ci. C'est au fin fond de l'univers. Les routes, noyées dans la banquise d'ouate sont verticales, on grimpe dans les labours infinis d'où pleut toute l'eau du monde. Tout est dans le blanc, bien au dessus de la stratosphère. On ne redescendra du ciel qu'à la nuit de décembre, aveuglé par les phares des trente tonnes qui foncent en face. J'ai eu le temps d'entendre, bien au chaud dans ma capsule spatiale, une émission épatante, si,  je vous jure, un modèle d'émission, sur France Cul. J'ai enfin tout compris à la dette carbone !

05 décembre 2009

OVER CORBEIL BRIDGE

                         Vu du pont de corbeil
Un haïku par bain, 96


Avec le bébé
Et mon rêve inconsistant
Jeter l'eau du bain

04 décembre 2009

Dans le train Corail qui va vers Cahors. Ciel bleu parsemé de mes chers brontosaures qui paissent paisiblement. Nous passons devant l'usine à gaz d'Ivry : je sais maintenant comment  se fabriquent les nuages.          Nous longeons la Seine. Villeneuve Saint Georges, Les tours de Vigneux, débonnaires sentinelles. Il me semble qu'il en manque une ou deux. Je n'ai pas la berlueil en manque bien deux. Elles ne sont plus sept mais cinq. Le troupeau s'amenuise.  Je me souviens qu'on devait les démolir.  On en parlait  mais cela ne se faisait jamais. J'avais fini par penser que cela ne se ferait pas. Je n'étais par retourné à Vigneux depuis trois ans. Ils ont fini par faire ce qu'ils annonçaient  La destruction a donc commencé. C'est la fin d'une époque. Il ne restera plus rien des trentes glorieuses à Vigneux, la ville des mal lotis. Et qu' y a-t-il dans la tête de Chemetov en ce moment ? Penser à mener à bien le projet de pèlerinage à Vigneux avant qu'elles aient complètement disparu (les tours de Montconseil, à Corbeil, moins emblematiques à mes yeux - ce sont celles des Tarterets qui le sont, mais on ne sait pas par quoi les remplacer - ont elles-aussi disparu, englouties dans le paysage informe. Personne ne se souvient déjà plus du paysage d'avant.   La banlieue est sans mémoire. On ne fait qu'y passer, même si la forme des villes change plus vite que le coeur des humains)           J'aime les voyages en train, surtout en première classe, depuis que j'ai la carte senior            Le vieillard édentée et la bouche emplie d'une salive rouge sang à cause du  bétel aux vêtements poussiéreux, assis sur ses talons - je ne pourrai jamais m'asseoir comme ça sur mes talons -  qui vendait du macis, de la muscade, juste quelques noix, une trentaine de clous girofle et un peu de cardamone posés sur un papier journal froissé à même le sol de terre rouge, le long de ce canal aux eaux immobiles immondes et glauques à Allpey où nous avions acheté de la limonade salée en bouteilles recapsulées, je m'en souviens très bien.           Je ne me souviens pas d'un traître mot du livre "la prospérité du vice" de Daniel Cohen que j'ai lu il y a deux ou trois semaines dont j'ai un mal fou à me souvenir du titre qui ressemble trop à celui d'un livre du marquis de Sade, ce qui ne veut pas dire que c'est un mauvais livre.          Je lis le "Dernier soupir du Maure" de Salman Rushdie en poche Folio. c'est une histoire qui se passe à Cochin en Inde, d'où peut être le souvenir du vieillard décharné d'Alipey évoqué plus haut. Mais c'était au moins un quart d'heure avant que je n'ouvre le livre. Une théorie physique hypermoderne met en doute la causalité elle même : il n'est donc pas sûr que l'effet ne précède pas la cause qui l'a produit.       "En hiver, nous irons dans un wagon rose/Avec des coussins bleus"          Je me souviens aussi d'un long après midi caniculaire dans les rue de Trichur où on pouvait rencontrer, vision inouïe - si j'ose dire - des éléphants qui émergeaient de loin, dans la mer des voitures comme des baleines à bosse aperçues à l'horizon des flots avec leurs crânes ridés surmontés de toupets de poils durs et aussi d'une longue station dans la boutique d'un marchand de tissus où j'ai acheté le dhoti (muntu en malayalam) de soie blanche bordé d'or et de pourpre que portaient les brahmanes tendance et qui est devenu le dai du canapé de jardin de  Mauleon Barousse bien des années plus tard, trouvant un  usage enfin digne à mon goût après de multiples tentatives insatisfaisantes d'être porté.          Nous traversons l'immense plaine de Beauce parsemée de bosquet déplumés, d'éoliennes et de chateaux d'eaux égarés. Le jour tombe déjà. Il est 15 heures 55           En lisant Rushdie qui évoque Kotayam, je me souviens soudain des fermes à caoutchouc du kérala (mais faire une recherche Google pour une description plus précise parce que je ne me souviens que d'une pâte jaunâtre et blême qui pendouillait sur les même écheveaux que la guimauve dans les camions des confiseries foraines) Souvenir auquel se superpose celui de Venus grimpant péniblement et sans grâce aucune à un cocotier  au risque de se vautrer lamentablement et de se rompre le cou pour nous décrocher une noix rien que pour nous épater. Il manquait d'entrainement depuis qu'il avait intégré son école d'informatique à Calicut.          A Châteauroux nous nous arrêtons devant un convoi de grumes pareilles à celle de mon enfance qui transportaient la potasse de Bollwiller à Mulhouse.           Rushdie parle d'arbres qui respirent la lumière et de chlorophyllosophie. C'est très beau.          Quand on se promène dans un train on voit trois choses : des visages, des livres ouverts et des ordinateurs muets.         Il suffit que Rushdie écrive les mots idli et sambar pour qu'en les lisant quinze ans plus tard, lancé comme un boulet bien au chaud dans mon train qui fonce à travers la campagne française transie de pluie, j'en retrouve le goût exact - délicieux - avec le souvenir où Venus nous en fit manger chez sa mère au petit déjeuner - elle debout et digne nous servant sans s'asseoir - avant de nous emmener dans la jungle à la recherche des ruines du palais de ses ancêtres.          Limoges et sa gare inoubliable          Ah, le plaisir d'écrire en lisant : c'est le mouvement, le voyage qui m'y invite      Le wagon se vide de la moitié de ses passagers : hommes et femmes d'affaires pressés, couples de retraités anxieux et méfiants de tout.          17 heures. Nous fonçons dans la nuit après avoir survolé Limoges entre deux collines sombres et mates.   En 1938 le film "Blanche Neige" fut sur tous les écrans du monde. Même à Ernakulam comme le note Rushdie page 136. J'ai toujours eu du mal, moi dont l'enfance fut bercée par les "Laurel et Hardy" les "Rintintins", les "Zoros"  et les "Charlots" en noir et blanc à me faire au fait que les films en couleur datent d'avant la guerre où je n'étais largement pas né(ma mère qui m'a mis au monde elle même n'ayant à cette date que douze ans) En sera-t-il de même des films en relief dont on nous rebat les oreilles et dont la naissance se situe dans les années soixante vingt ans avant celle de mes enfants ?           Un bébé gazouille ou pleure depuis le début du voyage sans interruption et sans repos. Pendant trente secondes l'air s'emplit d'une odeur d'épice que je ne reconnaît pas tout de suite. Quelqu'un dans le wagon croque un bonbon à l'anis. C'est l'odeur des petits gateaux alsaciens dans la cuisine de ma grand mère          Je pose le "dernier soupir du maure" et j'ouvre le numéro spécial de "La Recherche" acheté au "Relai H" de la gare d'Austerlitz (J'achète toujours "La recherche" quand je voyage en train, je n'achète "La Recherche" que quand je voyage en train ) consacré au "Pouvoir des Mathématiques"(on commence peut-être à savoir que les Maths me fascinent mais que je suis loin d'y être particulièrement "bon" - c'est la définition du vice.           Je suis infiniment admiratif de Grigory Perelman. C'est un héros de l'humanité de la trempe de Mozart ou de celle d'Einstein. Mais c'est aussi un héros sacrément romantique. Il est venu, il a vu, il a résolu la conjecture de Poincaré et il est reparti sans rien demander ni accepter (on est prêt à lui donner le million de dollars de la fondation Cray), il est retourné chez sa mère, avec sa face hirsute de géant muet et son sac en plastique de supermarché moscovite vide à la main.          Je me souviens d'avoir lu quelque part que les nombres infiniment grands, bien plus grands que les milliards de milliards, s'appellent des "gogols". On peut additionner ou multiplier des "gogols" entre eux et on obtient d'autres "gogols" à peine plus grands, au fond.        Le très joli nom de "Diophantine" a été donné à une équation bien plus vieille que mes robes.       Nous ne sommes nulle part puisque par la fenêtre on ne voit plus que le noir de la nuit immobile.  C'est la conjecture de Ciscoblog. J'aime être nulle part. Utérin, non ?          Ce que j'aime dans les maths, ce sont les histoires, le suspens. Par exemple la saga des nombres premiers est au moins aussi passionnante que les aventures des Pandavas et des Korovas dans le Mahâbhârata. Je trouve que les aventures de la preuve de l'hypothèse de Riemann sont encore plus passionnantes que le "Mystère de la chambre jaune". J'apprends dans "La Recherche"  que Ian Stewart vient de publier le livre que je rêvais de lire un jour : une histoire des maths à paraître en mars 2010. A ne pas manquer !      Nous sommes à Brives :  ce qui veut dire que nous arrivons à Cahors dans cinquante minutes. Je passe au Nouvel Obs' (que je n'achète qu'en garde ou en voyage, comme la recherche, les deux le plus souvent) dont Daniel Cohn Bendit est le "rédacteur en chef"          Rien de nouveau sous le soleil (qui ne brille d'ailleurs pas) Allez, je repasse à " Tristram Shandy !                                            

01 décembre 2009

Tanka 16,




Par un soir bleuté
Rue du bac et rue de Sèvres
J'ai marché sans fièvre

Luxe foule et volupté 
Que ma tristesse a domptés

29 novembre 2009

Tanka, 15




Le vent se faufile
Intraitable trublion
Rue Saint Louis en l'Isle


Emportant au loin le fil
De ce que nous oublions

16 novembre 2009

Tanka, 14




Dans le matin calme
Les balladins de l'Eau Vive
Consolent leur âme


Marchons dans les feuilles mortes
Aux derniers feux de l'automne

11 novembre 2009

Il y a une raison précise à la re-publication de ce post d'octobre 2002 : la mort de Georges Michel Salomon, le papa de mon amie Agnès, dans l'incendie de son appartement.  Il avait quatre vingt huit ans. Ses deux parents  avaient été déportés en 1942.  Il ne les a plus jamais revu. Il avait à peine plus de vingt ans.  Ils habitaient  l'appartement de la rue Pierre Nicole depuis 1935. C'était l'un des fondateurs de l'enseignement du travail social en France et un homme remarquable, comme on en fait presque plus. Comme celle de tous "nos" pères la présence de Georges Michel  est "en creux" dans le récit qui suit ici. 

Je me souviens d'Anne Franck et des vingt-huit ans de ma mère. J'ai cru un moment que c'était un faux souvenir, que les dates ne correspondaient pas. Mais en refaisant mes calculs, je me rends à l'évidence : je me souviens bien des vingt-huit ans de ma mère. J'avais cinq ans. C'est d'ailleurs un souvenir de tout petit garçon. Je parlerai un jour de l'extraordinaire capacité des souvenirs à "oublier" le temps : que je me souvienne de l'anniversaire des vingt-huit ans de ma mère, de la chasse aux sauterelles avec mon grand-père, de ma maîtresse de l'école communale, madame Massé, du jour du résultat du bac ou de l'internat ou de la première fois que j'ai fait l'amour, j'ai toujours le même âge. C'était il y a quarante-cinq ans et je le vis comme si c'était aujourd'hui, mais aujourd'hui, précisément au moment où je me souviens, j'ai l'âge que j'avais au moment où le souvenir se passe, il y a quarante-cinq ans. Au moment précis où je me souviens je suis à la fois moi-me-souvenant, maintenant, et celui que j'étais alors. Comme si le souvenir m'avait aspiré dans son temps propre.  J'ai cinq ans. Je me souviens que nous étions chez  Fanny, la mère d'Agnès Seules "les mères", comme nous disions alors, étaient présentes, et les enfants. Les pères étaient au travail. Il y avait peut-être Franklin et sa maman Monique et Alain et sa maman Yvette. L'appartement des parents d'Agnès était un tout petit appartement dans une HLM de la ville de Paris de la rue Pierre Nicole, aménagé douillettement, avec des canapés et des fauteuils profonds de couleur sombre et des lumières tamisées avec plein de livres et de glaces partout. J'ai précisèment le souvenir de galipettes ou de chahuts sur un canapé, avec une image renversée de miroir éclairé de côté, de rires et de réprimandes, de bougies soufflées sans façon. Les petits enfants trouvent toujours drôle qu'on f?te l'anniversaire des grands, ils se demandent si les grands y croient vraiment, si c'est un jour si important que ça pour eux et s'ils doivent y croire, eux, les petits. Il y a deux événements merveilleux dans la vie des petits : l'anniversaire et Noêl : les grands, ça fait longtemps qu'ils n'y croient plus, au père Noël. Mais dans le souvenir "des vingt-huit ans de ma mère", ce qui m'émeut n'est pas seulement que je revive la jeunesse et la beauté de ma mère, avec ce sentiment (très "oedipien", j'en conviens) d'y "être", de la manière que je disais plus haut. Ce qui m'émeut est une évocation, toujours la même, liée au souvenir des galipettes au fond d'un canapé sombre. C'est celle d'Anne Frank. Car toujours Anne Frank vient occuper ma pensée quand je convoque le souvenir des vingt-huit ans de ma mère et les souvenirs de l'appartement des Salomon, rue Pierre Nicole. Vingt-huit ans, c'est peut-être l'âge qu'aurait eu en 1954, Anne Frank si elle avait survécu, mais l'association ne repose pas sur un jeu avec les chiffres. C'est que cette scène se passe à peine dix ans après la fin de la guerre. Nos mères étaient persuadées d'avoir échappé au massacre par chance, uniquement. Avec toute la culpabilité inconsciente que ça vous colle. Anne Frank avait justement leur âge en mille neuf cent quarante-trois ou quarante-quatre. Elles avaient lu le "Journal d'Anne Frank" en pleurant et en pensant à leurs amies disparues. Comment peut-on imaginer que leurs enfants n'aient pas pris leur tristesse de plein fouet. Il y a des choses qu'on ne devrait pas dire aux petits. Mais justement on ne leur a pas dites. Quarante-cinq ans après, ils s'en souviennent encore, pourtant.

10 novembre 2009

Pensée de la nuit N°162 "Prisonnier de son ornière, il prétend qu’il œuvre aux fondations." Eric Chevillard, l'Autofictif (merci, F.M.)

09 novembre 2009

Cet après midi j'ai encore failli avoir le syndrome de Stendhal. Je suis assez sujet au syndrome de Stendhal comme vous le savez si vous fréquentez Ciscoblog. J'ai comme une faiblesse de ce côté là. J'ai failli l'avoir mais je ne l'ai pas eu. Heureusement car je conduisais ma voiture, sur le grand viaduc autoroutier de l'A15 qui enjambe la vallée de la Seine en une courbe qui a des douceurs de hanches. C'est un coin où je ne vais pratiquement jamais. Si j'y venais souvent j'y serais habitué. Mais là, j'ai failli avoir le syndrome de Stendhal. Il y a je crois un tableau célèbre de Monet qui s'appelle "la Seine à Argenteuil" . Il l'a peint plusieurs fois. Il y a amené ses copains, Sisley, Caillebotte, Manet. Cela n'est pas étonnant que les peintres aient pris le coin comme modèle. Ils y ont peint des paysages élégiaques baignés de lumières vibrantes. On y voyait des barques, de petits voiliers des peupliers ou des ponts aujourd'hui disparus. Plus trop de nos jours, mais le paysage y est toujours sublime. La Seine à Argenteuil est belle depuis les temps préhistoriques, quand les brontosaures venaient y boire. Ce n'est pas l'urbanisation d'aujourd'hui, ni la disparition des brontosaures et des impressionnistes qui lui fera perdre sa séduction. Je revenais donc d'Ermont en direction de Paris. L'autoroute (c'est une sorte de bretelle, un brin de l'incroyable enchevêtrement de bitume qui court jusqu'au Grand Stade de France à Saint Denis) descendait du coteau et débouchait sur le beau viaduc en une belle courbe à gauche très roulante. A ma droite, dans la demi brume de cette fin d'après midi d'automne gris le paysage se déployait. On pouvait voir le skyline de la défense, complexe, ne rendant rien à celui de mégapoles mondiales, champ de pointes et d'épines noires, biseautées miroitantes, où contre toute attente, pourrait-on dire, les lignes obliques dominaient étrangement les verticales, laissant deviner des jeux de courbes, des volutes, des boucles en attente, puis, première aspérité remarquable sur l'étendue presque infinie de l'amas des maisons et des immeubles qui y faisait suite, la Tour Eiffel très nette dans le lointain, balise immuable, rassurante et presque banale. Mais la perspective, rendue mobile par le mouvement de la voiture qui dévalait le viaduc, amorçait un lent travelling, se déployant vers le Nord. La coulée scintillante de la ville s'élevait comme une bulle  de lave vers la colline de Montmartre surmontée du Sacré Coeur qui se découpait sur les nuages posés tels des touches de peinture. Le viaduc plongeait vers le fond de la vallée,  virant en pente douce, on survolait maintenant une zone industrielle couverte de citernes alignées par douzaines, de myriades de hangars, de parkings, d'usines et de cheminées d'usines qui aspiraient le ciel. Ça et là, des plages résidentielles, comme dans les jeux vidéo, avec des achèlèmes plantés comme des piquets au milieu des friches.  Je cherchai le fleuve des yeux et ne le trouvai pas d'emblée, occupé tout de même que j'étais par mon premier devoir d'automobiliste : surveiller la route. Il était là, pourtant, presque mince ruban d'acier mat aux ondulations  immobiles. C'était lui que le viaduc enjambait telle un ruisseau au fond d'une rigole, généreusement : non seulement il l' enjambait mais il enjambait aussi les berges, mais aussi les villes et les collines. De la haut, avec l'effet de la courbe,  la Seine semblait monter vers le ciel blanc comme dans un avion. Puis le viaduc se posa sur le coteau d'en face et la route se confondit à nouveau avec une route. Je m'accrochai au volant, prêt à freiner : j'avais le cœur qui débordait de la beauté du monde.

07 novembre 2009

Un ch'ti lien sympa pour changer, relayé par Mnémoglyphes (un autre ch'ti lien sympa, d'ailleurs pour ceux qui ne le sauraient pas déjà)

06 novembre 2009

Tanka, 13




Mille feuilles mortes
Dans le halot de mes phares
Que le vent emporte


Je fonce dans la nuit noire
Et j'ai le cœur qui déborde

29 octobre 2009

Un haïku par bain, 95


C'est un bain raté
Qui devait être une douche
Hygiénique et leste

24 octobre 2009

Un haïku par bain, 94


Recouvert de mousse
Je me prends pour une star
Tant pis pour mon âge !

18 octobre 2009

Caramba ! Philip Roth a encore raté le Nobel. Ma petite plaisanterie annuelle commence à ne plus être drôle. Ce n'est pas de ma faute. Est-ce un hasard (ou une malignité) si les éditeurs français publient chaque année son dernier livre au moment de l'attribution du prix ? Et comme il n'y a pas plus anti-américains que ces messieurs  du comité Nobel (même le prix à Obama est un acte d'anti-américanisme) nous ne sommes pas prêt de voir notre génial auteur préféré couronné. Au fond, le Nobel ça n'a pas d'importance. Mais je recommencerai ma petite plaisanterie l'année prochaine et les autres années jusqu'à la mort de Roth où l'on pourra alors vraiment dire qu'il n'aura jamais le Nobel...  Je suis plongé dans "Exit Ghost" et je commence à croire que ce qui me ravit chez Roth c'est son côté oulipien. Il y a plus de similitudes entre Philip Roth et Georges Perec qu'on croit. Il y a un côté vraiment "La vie Mode d'emploi" chez cet illustre représentant de grand récit américain. Philip Roth est un écrivain "à contrainte".  Etre "à contrainte" c'est mettre la question de la fiction  au centre même de  son projet littéraire. L'œuvre entière de Roth (on discutera  plus tard de son aspect "résistant" qui est moins "littéraire "par définition) pourrait se résumer à une interrogation magistrale sur la fiction et partant, sur l'identité. La contrainte, chez Roth, c'est l'écart, incroyablement travaillé, incroyablement ciselé,  qu'il interpose entre lui et son narrateur, dans une mise en abîme jubilatoire et géniale, construite patiemment, obstinément, sans jamais dévier d'un poil, de livre en livre et de volume en volume, dans ce travail d'illusionniste (on dit magician en anglais) qui sort sans cesse des lapins de son chapeau. Car la fiction c'est le faux, le fake, et c'est toujours le faux même quand c'est vrai. Avec Roth ce qui est épatant c'est que c'est toujours vrai, donc faux... Il  ne nous dit qu'une chose : le mensonge est plus beau que la vérité mais la vérité ne rachète jamais le mensonge (relisez donc "la tache" ,"The human stain", ce chef d'oeuvre)  Mentir c'est parler de la vérité par l'autre bout de la lorgnette car le malheur veut qu'à dire la vérité on ne fait jamais que mentir. mais si l'écrivain ne peut que mentir, l'homme, lui,  celui qui écrit , celui qui tient le stylo, l'homme de chait et de sang, doit, s'il veut se racheter, faire au moins une chose  : se taire, refuser de parler, même si pour cela il doit vivre en reclus solitaire au milieu des Beckshires désertiques. et pour Roth on aura compris que le meilleur moyen de se taire c'est d'écrire, écrire encore et encore, sans fin. On sait que, maintenant âgé de soixante quinze ans,  il a l'intention d'écrire son dernier roman sans jamais s'arrêter d'écrire.  Mettre en même temps un point final à la fiction et à la vie. Dieu lui en donne la force. "Exit ghost" ce sont donc Roth et Zuckerman, Ann Franck et Amy Bellette, les quatre mousquetaires quarante ans après,  au seuil de la mort, se débattant contre les maladies les plus immondes dans une crudité crépusculaire qui fait froid dans le dos, on a toujours froid dans le dos en lisant Roth. même quand c'est drôle. Dans les romans de Roth, la fiction est cette chose qu'il faut lancer comme un plus lourd que l'air, accélérer comme une fusée, à qui il faut donner beaucoup d'élan pour qu'elle plane un peu au-dessus du monde,  échappant à peine au champ d'attraction de la vie où elle sera irrémédiablement ramenée en cas de relachemant ou de perte d'énergie, comme la matière attirée est engloutie par les trous noirs. Il y a, entre fiction et réalité, une lutte pathétique, admirable, antinomique. Au bout du compte, "tenir" la fiction, comme les avions "tiennent en l'air" relève du miracle, du mystère. On bat des mains, on est emerveillé, comme au festival d'acrobaties aériennes. Le livre peut voler, si on lui insuffle assez de force. L'écrivain, l'homme, lui est voué à l'inertie et la mort. Roth dit qu'il ne relit jamais ses livres. Je soupçonne que c'est faux. Il les relit. Mais c'est là précisément qu'il est le fantôme. C'est un survol crépusculaire et laborieux. Sous lui défilent les scories et les apories  qu'il a  voulu désaffecter. Il n'y reconnaît rien de lui, puisqu'il a menti. Nous avons cru que c'était sa jeunesse, ce n'était pas la sienne mais la nôtre, nous avons cru que c'était son âge mûr, ce n'était pas le sien mais le nôtre , nous croyons que c'est sa mort, mais ce n'est pas la sienne, juste la nôtre. Il est là, devant nous gris et mélancolique, les yeux dans le vide, presque hébété,  certain seulement de son échec.

15 octobre 2009

Tanka, 12


Furtif projectile
L'insensible TGV
Déchire la nuit


Il m'emporte l'imbécile
Loin d'où mon coeur est rivé

10 octobre 2009

Acier, payne, de plomb, tourterelle d'étain, perle, fer, ardoise, pinchard, souris, les noms de gris n'y suffiront pas, non plus ceux des bleus, turquin, guede, pétrole, de Prusse, ardoise, ni ceux des bruns, châtaigne, terre d'ombre, bronze, cachou, café, ni des noirs, aniline, charbon, d'encre, de fumée, ni même des verts, impérial vert de gris, olive, glauque. Un ciel de peintre, un ciel  de salles hollandaises des musées, un ciel sublime ce dimanche au-dessus de la seine, des ponts, et de l'île Saint Louis. pour la première fois depuis longtemps, en cet automne flamboyant, le soleil ne luit pas. Les nuages, étalés dans le ciel au couteau ou à larges coups de brosse, se pressent fièrement comme à la parade, juste pour se faire admirer, pas pour pleuvoir, qu'on ne le craigne même pas. Au dessus  des ponts en enfilade, superposant leurs tabliers rectilignes et  mêlant leurs arches de toutes les formes, ils courent, changent et se transforment comme le plumage d'un énorme perroquet gris du Gabon qui ébourifferait le ciel.

06 octobre 2009

Pensée de la nuit N°161 : "Toutes les nuits je rêve que je me pince" Eric Chevillard, L'Autofictif

05 octobre 2009

QUAI D'ORLEANS,1

Quai d'Orléans, Paris, lendemain de nuit blanche.
Un Haïku par bain, 93


Entre deux tracas
Tentons de nous diluer
Bath in translation

02 octobre 2009

Pensée de la nuit N 160 "Cela me procura un soulagement amer, comme lorsqu'on termine la lecture d'un livre après avoir craint de mourir enfermé dedans". Patrick Besson, Mais le fleuve tuera l'homme blanc

25 septembre 2009

GRANDS MOULINS DE CORBEIL

19 septembre 2009

Histoire de Jean Luc, 1




Souvent Haltman se souvenait du professeur Weill. Cela devait être un très vieil homme maintenant. Le professeur Weill avait été chef du service de Néphrologie au CHU Henri Mondor à Créteil au temps de la jeunesse d'Haltman.  Il avait été le doyen de la faculté de médecine. "Doyen" voulait dire "président" même si l'on élisait à ce poste prestigieux des médecins déjà un peu âgés. A l'époque le professeur Weill ne devait pas avoir été  tellement plus âgé qu'Haltman aujourd'hui.  Haltman pouvait dire que c'était l'un des hommes les plus remarquables qu'il avait rencontré. Voilà comment cela s'était passé. A la fin de son internat, Haltman  en attendant un poste d'assistant, avait occupé un poste de médecin vacataire à mi-temps aux Mozards. Bonnafé, le père créateur,  qui avait déclaré la fin de "l'implantation préalable", était parti à la retraite fâché avec son équipe qui s'était voulue encore plus radicale que lui et prétendait en tout cas pousser la théorie de l'implantation préalable le plus loin possible.  Elle refusait énergiquement la construction des soixante lits d'hospitalisation qu'il préconisait maintenant. La bataille faisait rage contre les lits qui étaient vécus par les disciples, maintenant traités  vertement de gauchistes par le maître ou même de socialistes ce qui était la pire injure dans sa bouche,  comme une véritable trahison. L"autre mi-temps avait consisté en une sorte de mission : il avait été envoyé, sorte de commissaire politique, participer à la liaison entre le secteur public et ce qu'on appelait  le médico-social étant entendu que pour sociale que la psychiatrie publique se proclamait elle voulait surtout ne pas se séparer de la médecine ni de l'hôpital laissant au "privé associatif" (les familles)  la gestion des prises en charge à très long terme. Le CAT (centre d'aide par le travail) de Dormeil était l'une de ces institutions du médicosocial issue du paternaliste industriel qui avait eu son heure de gloire presque cent cinquante ans plus tôt. Il se situait dans le quartier de La Nacelle qui s'étendait en contre-bas de la nationale sept entre le chemin de fer et les bras entremêles de l'Essonne. c'était là que s'était tenu jusqu'à une époque toute récente, elle vient d'être démolie,  l'un des plus formidables monuments industriels de la région, la grande papeterie Darblay,  fierté de la ville avec les Grands Moulins. A la fin des années soixante dix c'était l'une des usines à papier les plus importantes d'Europe. Elle avait employé jusqu'à plus de mille ouvriers et fait vivre la ville pendant des décennies. La famille Darblay, l'une des fameuses "deux cent familles", c'est à dire actionnaires de la Banque de France, avait tout fait, à l'instar par exemple des Godin dans le Nord, pour "fidéliser" ses ouvriers. On avait construit des écoles, des cités ouvrières, des dispensaires, on avait même bâti une chapelle tout près de l'usine, de l'autre côté de la rue de la papeterie. C'est autour de cette chapelle, probablement achetée pour le franc symbolique par l'association de familles de malades mentaux "les Papillons Blancs", transformée en menuiserie que s'étaient regroupés les "Ateliers de la Nacelle" à la fin des années soixante. L'idéologie des Centres d'Aide par le Travail, essentiellement véhiculée par les associations de familles qui avaient légitimement besoin de structures pour prendre en charge, en dehors de tout soins,  leurs enfants reposait sur le concept de "handicap" que les psys ont toujours beaucoup suspecté. pour les psys et pour dire les choses rapidement sinon simplement la maladie n'était pas un handicap, c'était une "dépendance évolutive" susceptible de progrès et objet possible de soins. Le "handicap" écartait a priori le soin puisqu'il se donnait d'emblée comme fixé, définitif, soumis à un taux d'invalidité arrêté par les autorités sanitaires. Le handicap mental, cette maladie mentale "cuite" pour ainsi dire  existe pourtant bel et bien, mais il n'a jamais été pris en compte tel qu'il était par la psychiatrie publique. Ce n'était (et n'est toujours pas, c'est une question de définition) son affaire. Dès qu'il était question de handicap (de mongolisme par exemple) on évoquait lle médicosocial et l'éducatif. C'est pourquoi on ne trouve aucun handicapé mental dans les hôpitaux. Dès les années soixante dix on les avait tous confiés au médicosocial. Ce sont ces idéologies contradictoires qui ont fait que la psychiatrie et le médicosocial se sont toujours regardés en chiens de faïence. mais n'ont jamais pu se passer l'un de l'autre (malgré leurs rêves parallèles) Il y avait à cette époque une grande méfiance entre les psys et les associations de familles. Mais la psychiatrie n'a jamais pu rester pure et dénier complètement la possibilité du handicap : il y avait par exemple des malades mentaux dont la guérison tardait beaucoup. Leur maintien dans une structure de soins avec des chances d'évolutions quasi nulles étaient la cause de l'évolution asilaire des dites structures. La psychiatrie  avait besoin de portes de sortie pour ses échecs. On pouvait même dire que ses chances d'échapper à une évolution asilaire étaient de garder des liens avec le médicosocial dont elle critiquait si souvent les pré-requis.  Plus un service était "alternatif" plus il avait de liens avec le médicosocial. C'était un véritable paradoxe. Cela avait aussi la source de graves malentendus qui persistent encore parfois de nos jours.  A partir du moment où nos enfants étaient des "handicapés" et non plus des "malades mentaux" (terme toujours connoté de dangerosité) on pouvait penser que la société avait plus de devoirs à leur égard,  ou plutôt on pouvait le penser plus facilement, sans arrière pensée. Le handicapé avait des droits alors que ceux du malade dangereux étaient suspendus par une loi spéciale, la loi de trente huit (du 30 juin 1838). Ils avaient par exemple le droit de travailler et les associations de familles se battaient à juste titre pour tout ce qui pouvait renforcer leur dignité. Cependant le problème restait celui de la "rentabilité". Le handicapé, par définition ne pouvait se soumettre aux cadences normales. Il lui fallait donc un lieu de travail adapté avec un salaire adapté lui aussi qui ne pouvait pas correspondre au SMIC des normaux qui auraient bien entendu hurlé qu'on les prenait pour des handicapés. Travail adapté, salaire adapté (modification de la pension d'invalidité en fait) et aussi encadrement adapté : éducateurs à la place de contremaitres. On avait donc inventé un corps spécial d'intervenants, à la fois contremaitres (il fallait bien produire, on n'était pas à l'opérette) et éducateurs (il fallait bien tenir compte du handicap). C'étaient les éducateurs techniques. Pour être éducateur technique il suffisait d'être normal et d'avoir travaillé dans l'industrie ou dans l'artisanat.  C'étaient bien souvent de vieux artisans en faillite ou de vieux ouvriers en pré-retraite pavés de bonnes intentions qui ne s'attendaient en général pas au choc de la rencontre avec la souffrance mentale. C'était pourquoi on avait tout de même besoin de psys. Mais leur intervention restait délicate tant la méfiance des familles était grande à leur encontre, eux qui n'avaient pas su guérir leurs enfants. Bref, on avait envoyé le soldat Haltman au CAT.

17 septembre 2009

Un haïku par bain, 92


Silence abyssal
Où je me suis englouti
De l'eau plein l'oreille

16 septembre 2009

Tanka, 11


Le long de l'A20
La file des éoliennes
Agitant leurs pales

De pathétiques géantes
Scandent ma route incertaine

11 septembre 2009

Cent quarante twitts de cent quarante signes, 1 
 
Il faudrait un jour publier cent quarante twitts comptant exactement cent quarante signes (à celui là, par exemple, n'en manque pas un seul)
Pensée de la nuit N° 159 : "Ce qui est bien avec Quignard, c'est qu'on peut facilement le parodier, son parti pris de "crudité" est souvent à la limite du casse-gueule"
On voudrait nous faire croire que les livres  nous racontent des histoires. C'est l'inverse :  ils nous racontent nous.  C'est nous les lecteurs qui sommes des histoires. Nous sommes de la même matière que les nuits de Shéhérazade. Nous n'existons que parce que nous sommes racontés. Les livres de nos bibliothèques ne racontent mille et une fois qu'une seule chose : moi, vous, leurs lecteurs.  Le livre n'est pas un objet que je tiens ou que je scrute et dont j'absorberai silencieusement la substance invisible. Le livre me produit, au sens littéral du terme.  Je suis la substance dont je viens de parler. Je suis moi lecteur le résultat de ma lecture, dans le temps même où je suis en train de lire. Rien d'autre qu'une identité narrative. quand je lis je n'ai pas d'imaginaire, je suis  imaginaire.  Je ne suis qu'une vapeur de livre. J'en ai eu la preuve hier, deux fois coup sur coup. Une première fois en lisant"Assez parlé d'amour" d'Hervé Letellier, l'autre fois juste après, en lisant "la Barque silencieuse" de Pascal Quignard.  Je lis donc que Le héros de Letellier a donné un rendez vous au café Zimmer, place du Châtelet. Il précise bien qu'il n'a pas mis les pieds au Zimmer depuis plusieurs années. D'ailleurs il n'est jamais entré au Zimmer très souvent. Il n'est pas un fan du Zimmer. Incroyable coïncidence : J'ai moi même pris la veille un pot au Zimmer , dans lequel , qui plus est, je n'avais pas pénétré depuis plus de dix ans,  et je m'étais même fait exactement la même réflexion, que je ne rentrais pas souvent au Zimmer, que je préférais quand j'étais dans ce quartier flâner chez les marchands d'animaux du quai de la Mégisserie (ce sont exactement les mots du personnage d'"Assez parlé d'amour") et qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Je me souviens avoir vraiment pensé cela.  Je l'ai même dit à la personne avec qui j'étais au Zimmer qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Et voilà que je le lis à nouveau dans ce livre sous le halo chirurgical de ma lampe de chevet. Je ne suis pas en train de lire ce livre, je suis dans ce livre. Je parle par la bouche du personnage de roman, il me vole mes mots. Ou alors me les  souffle-t-il, à l'inverse. C'est lui qui parle dans ma bouche, je ne sais plus si j'ai vraiment pris un pot au Zimmer la veille ou bien si  c'est dans le livre, si par hasard même je n'e suis pas le personnage d'un livre.  Je change de livre, comme souvent. Je partage souvent mon temps de lecture vespérale ou nocturne entre deux livres.  J'ouvre la "Barque Silencieuse", à la page que j'avais cornée la veille (je ne marque pas les pages, je les corne) Nouvelle coïncidence.Pascal Quignard, dans l'une de ses célèbres dérive étymologique,  évoque l'origine du mot "Corbillard", origine que je suis capable, médusé en mon fort intérieur, ravi à moi même, de réciter immédiatement en même temps que je lis ses mots, nos deux voix, à Pascal Quignard et à moi, confondues en un étrange duo à l'unisson : "Corbillard" vient de "Corbeil" qui est la ville où je travaille depuis plus de trente ans. Pour une fois, je peux vérifier par moi même que les étymologies de Quignard pour baroques qu'elles semblent être, sont vraies. Un "corbillard" est une embarcation à fond plat qui descendait la Seine de Corbeil à Paris, transportant tout un tas de choses : des barriques de vin, des bébés emmaillotés ou des cercueils. Tout Corbeillois sait cela, évidemment. Quand donc avais-je croisé Pascal Quignard sur le pont de l'Armée Patton ou sur le quai Bourgouin ? Avait-ce été dans un livre ou dans la ville ? Cette fois, il ne s'agit plus de coïncidence, qui plus est redoublée. Il ne peut s'agir que d'éclairs de réalité, d'un entre deux mondes vacillants, entre la matérialité du livre  et l'imaginaire de mon existence. Je ne suis que cela : en train de m'échapper  perpétuellement des livres et je cours perdu, pareil au  personnage de "La rose pourpre du Caire", dans un pays des merveilles  où ne file aucun lapin pressé ni ne sourit aucun chat du Cheshire.

08 septembre 2009

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Dimanche matin. Au beau milieu de la rue Mouffetard. Il fait beau et frais. Un temps idéal. On dirait un décor de cinéma. Tout paraît trop beau. L'animation un peu factice à la "Amélie Poulain" bat son plein. Les marchands de fruits et légumes voisinent avec les boutiques de fringues et de déco branchées dans le plus pur style bobo. La terrasse du "Verre à Pied" qui mange la moitié de la chaussée  est bondées des sempiternels habitués. Les touristes qui descendent la rue et dont je dois fendre le flot bon enfant sont aux anges.  C'est la même rue Mouffetard que celle de mon enfance, celle de Gripari, celle de la sorcière du placard à balais, celle du petit Bachir et du sorcier poisson rouge. Ce sont les mêmes pavés que je foule. C'est la même rue Mouffetard que nous dévalions à toutes jambes à la sortie de l'école. C'était une rue de labeur, noire et mystérieuse, d'avant Malraux et ses ravalements obligatoires, on y roulait des tonneaux de vins, on y portait des sacs de charbon sur les épaules,  on s'y interpellait dans une langue rugueuse, on n'y traînait pas, on  entrait par une porte qui actionnait une sonnette enrouée chez des marchands de couleurs où des balais et des martinets étaient suspendus au plafond dans l'obscurité. On y tirait encore des charrettes à bras parfois malgré la pente. Il y flottait perpétuellement des  odeurs fortes et étranges, des odeurs d'adultes, celle un peu écœurante du vin répandu sur les parquets, celle acre de la poussière de charbon, des odeurs de marché, de champignon, de feuilles mortes. Parfois les fumées de brûleries de café autour de la place des Gobelins toute proche mais aussi de la rue de l'Estrapade (qui est restée active jusqu'à la fin des années soixante dix) embaumaient l'air. Les fils des bougnats du quartier, en galoches et blouses grises pardessus leurs culottes courtes  nous y attendaient en embuscade, il y eu des empoignades mémorables. Et puis, tout en bas, le marché éclatait à la sortie de Saint Médard. Tous les jours nous nous y perdions dans  les odeurs et les bruits.   Maintenant c'est la ville musée, quoiqu'en dise mon copain Franklin. Moi même je n'habite plus là qu'en pensée et j'y reviens, comme magnétisé par des bribes de souvenir de mon enfance, sans trop savoir pourquoi, pas plus que les papillons qui reviennent se brûler les ailes à la même chandelle ne savent eux aussi pourquoi. Le sentiment que tout cela est mis en scène, qu'il ne s'agit pas de la vraie vie, que tous ces gens font semblant de s'activer, qu'ils sont employés par l'office du tourisme, que tout est reconstitué comme dans le "Pueblo Espanol" de Barcelone, avec ses faux artisans qui font semblant de fabriquer sur place des objets depuis longtemps manufacturés en Chine, m'envahit comme une vieille paranoïa et me voilà arrêté au milieu de la rue, bousculé par les touristes, immobile, mon sac de plastique à la main (je reviens d'une urgence de dimanche matin  à  l'"Arbre à Lettres") en train de bougonner sur mes souvenirs perdus. Pour ne rien arranger je viens de m'apercevoir que  le marchand de journaux vers lequel je me dirigeais a vendu son échoppe à une gadgeterie et qu'il ne sera plus possible d'acheter le "Journal du dimanche" avant d'aller prendre son café à "la Bourgogne". Qui prenait donc son café à "la Bourgogne" le dimanche matin au temps de mon enfance ? Et qui même y lisait son journal ? On n'y trouve en tout cas plus aucun maraîcher ni aucun mareyeur ni aucun garçon-boucher ni aucun négociant en vin accoudé au bar. Pendant un moment on a pu  trouver les  tout derniers au zinc de chez "Papillon" mais ils ont disparu depuis plusieurs années et les nouveaux commerçants ne boivent pas d'alcool. Quant à "Papillon", la dernière survivante des gargotes de Balzac, c'est tout juste si elle a échappé aux  irrésistibles grecs qui ont commencé à coloniser la rue par le haut il y a vingt cinq ans. Cela ne saurait très certainement tarder. Sauf que ce n'est plus tendance - "à la mode", disait-on du temps de mon enfance - . Je suis là, avec mes deux bouquins dans leur sac en plastique, à râler dans mon fort intérieur sur la disparition du petit commerce et à me laisser heurter par les épaules des grands hollandais, à recevoir des coups de cabas à roulette dans les mollets et à passer pour un parfait abruti.  Au coin de la rue de l'Arbalète, devant la pharmacie fermée, un type d'à peu près mon âge, tout à fait assorti au décor,  chante en s'accompagnant mollement à la guitare ce qui, dans le brouhaha de la foule qui s'écoule devant lui, doit être un tube de la "chanson française" des années soixante-dix (se souvient-on que le premier joueur de gratte venu chantait Brassens ou Brel et que nous connaissions pratiquement toutes leurs chansons par cœur ?)  Il lance des regards effarés et inquiets de tout côtés tout en continuant de chanter et de jouer de plus en plus vite comme s'il cherche le moment propice pour s'échapper de ce guêpier vu que la sébile posée devant lui à même le pavé reste vide.  Le temps de me retourner pour prendre la photo ci-dessus, il a décampé. Faisant le deuil du "Journal du dimanche" je me décide à redescendre la rue dans le sens du courant. Il y a des travaux sur le parvis de Saint Médard. C'est l'heure de la sortie de la messe mais il n'y a personne à l'intérieur. Le restau qui fait des brunchs  en face en a profité pour étendre son empire. Ses tables en fer peint s'alignent en rangs serrés de l'autre côté de la rue, bousculant les derniers étals du marché. Il multiplié son espace vital au moins par trois. Ce n'est pas un endroit où l'on peut s'attabler seul avec une absence de journal. La terrasse de la bourgogne est bondée. Pas une seule place. Tant pis. De toute façon je suis attendu au  Village Saïgon à des milliers de kilomètre de là pour déjeuner. Je fuis vers la modernité, il n'est que temps! 

04 septembre 2009

J'ai encore failli oublier le nom de Shoranur

02 septembre 2009

Staline et moi, nous en avons des comptes à régler. Je viens de refermer "l'Hirondelle avant l'Orage" le livre de Robert Little. C'est l'histoire à peine romancée de la tragédie que vécurent les grands poètes russes Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova, Boris Pasternak, et d'autres dont Maxime Gorki, Nikoaï Boukharine, Staline lui même au temps des grandes purges de 1934, des procès de 1938, des geôles de la Lubianka, du Goulag. Ossip Mandelstam est un héros, Anna Akhmatova aussi. le récit du martyr de Mandelstam est poignant. Mais le véritable héros du livre ne fait pas partie des persécutés. Le véritable héros du livre est Staline, l'homme d'acier, le persécuteur, le diable lui-même. Dès son entrée dans le récit il capte l'attention, la détourne à son profit, pour ainsi dire. Staline a toujours eu cet étrange pouvoir hypnotique, tant dans l'histoire "réelle " que dans les histoires des fictions comme dans l'épatant "Les Enfants de l'Arbat" de Rybakov, par exemple. Staline est un personnage de fiction idéal, le modèle du mal, l'ami des romanciers et des sénaristes, étrangement plus proche de nous que son collègue Hitler, par exemple (c'est parce Hitler, lui, se situe par delà le mal, on ne peut pas régler de comptes avec lui) Staline a été l'inventeur du culte de la personnalité, il en est peut-être resté quelque chose, un certain respect pourrait-on dire. Hitler a été abhorré par nos pères bien avant qu'on connut ses forfaits. Staline, en revanche, a été admiré par eux. Mon propre père, par exemple affirma toute sa vie que Staline, le grand vainqueur de Stalingrad avait fait tout au plus des erreurs ou alors qu'Hitler avait été le mal absolu mais que Staline avait été un mal nécessaire ayant tout de même contribué à l'envoi du premier homme dans l'espace et que oui la dictature du prolétariat était une vraie dictature, on ne pouvait pas arriver au socialisme sans, et que les capitalistes avaient juré la perte de la patrie du socialisme alors Staline avait des excuses  etc. J'ai des comptes à régler avec Staline car il a été l'idole de mon père. C'est une chose que j'ai du mal à pardonner malgré mon grand amour filial. Il y a un certain nombre d'hommes et de femmes ( nés à peu près cinq ans après la mort d'Hitler et cinq ans avant celle de Staline) qui sont dans ce cas là. Martin Amis, le grand écrivain anglais contemporain, l'auteur de l'inoubliable "Expérience" et du non moins inoubliable "La flèche du temps", en est un, par exemple. Il vient de publier cet année un nouveau roman toujours consacré à sa relation tumultueuse à son  père, le romancier anglais Kingsley Amis et au père de tous nos pères le camarade Djougachvili alias Staline, alis "Koba", son premier nom de guerre quand il dévalisait les banques de Tiflis. Martin Amis a deux avantages sur moi : d'une part c'est un immense écrivain, d'autre part son père a quitté le parti en 1956, alors que le mien ne l'a même pas quitté après 1989 (en fait il n'y a jamais été inscrit, il est toujours resté un "compagnon de route" comme on disait à l'époque, encore plus stalinien que le plus aveugle des militants) Il  a fallu à Martin Amis au moins trois romans pour se sorti de la relation triangulaire infernale entre son père, Staline et lui et encore n'en est-il pas sorti vraiment. Que voulez vous que je fasse, moi, avec mon petit Ciscoblog ? Je n'en ai pas fini avec le camarade Staline !

01 septembre 2009

Je viens de télécharger "Opera 10.00". Enfin un navigateur qui va vraiment plus vite ! J'ai vérifié qu'il respectait mon template (modèle) de Blogger au millimetre près, ce que ne faisait ni "Google Chrome" ni "Opera 9" ni "Internet Explorer" jusqu'à maintenant. Nickel. Seul hic pour l'instant, le correcteur orthographique qui n'est pas français, mais c'est véniel (reste à vérifier qu'ill est parfaitement compatible avec "Blogpress", l'éditeur blogger pour Iphone, mais il n'y a pas de raison). Je vais donc enfin pouvoir abandonner Firefox qui commençait à m'agacer sérieusement : quand on l'avait fermé on ne pouvait jamais le rouvrir dans la même session. Il fallait redémarrer le PC, c'était très désagréable comme bug.  C'est tout pour ce soir, folks, good night !

31 août 2009

Je me souviens des retours de vacances de mon enfance et de la mélancolie qui m'étreignait sur le quai de la gare où les parents nous attendaient. Nous nous jetions dans leurs bras, bien sûr, la tête fraîchement émerveillée des moments de socialisation que nous venions de vivre. C'était le temps des groupes des équipes des drapeaux et des totems. On nous envoyait en colos ou chez les éclaireurs pour apprendre le collectif plutôt que la vie. Nous étions en proie à la douleur de nos premiers chagrins d'amour et de nos premières séparations conscientes. Il y a quelques heures , sur l'autoroute A20, seul dans la voiture, c'étaient les derniers feux d'un rougeoyant crépuscule. Le ciel et la Beauce s'étaient embrasés une dernière fois avant la venue de la nuit. Les petites lumières bleues des éoliennes rangée à la file sur des kilomètres clignotaient à l'unisson dans l'ombre grandissante et faisaient une ligne pointillée qui se perdait au loin pour revenir en sens inverse, en un second plan qui révélait des ondulations secrètes, enfouies sous la platitude, conférant au paysage un lyrisme d'autant plus émouvant qu'on ne l'attendait pas là. Les trois longues pales pointues de chacune de ces géantes pathétiques tournaient si lentement dans le calme de la plaine, poussées par aucun vent ou seulement par un maigre souffle vite aboli qu'elles paraissaient en panne, comme surprises les unes après les autres par une immobilité qui les encombrait, dans un silence gêné, alors qu'elles étaient faites pour le bruissement vigoureux de l'air brassé et les faisaient s'excuser d'être là à nous regarder passer sur la route et nous implorer de leur absence de visage, leurs bras désunis brandis à contre temps comme dans une chorégraphie délibérément moderniste. On n'avait jamais vu de machines aussi pareilles à des être humains. Tristes comme eux. La Beauce rougeoyait pour la dernière fois du jour sans promesse de recommencement. C'est donc la rentrée avec son lot de mélancolie salutaire et sa sempiternelle nouvelle vague de bonnes résolutions ! Réveiller un peu Ciscoblog qui a une nette tendance à s'engourdir ces derniers temps comme les éoliennes, par exemple, ne serait pas du luxe (vous avez remarqué, je suppose, cette raréfaction de la parole, cette réduction en vers, cette absence de posts longs depuis quelques mois, cette grande place bègue qui s'avance) Il faut dire, sans trop évoquer la vie privée, que les temps ne sont pas particulièrement propices au tranquille babil qu'implique l'esprit d'un blog qui ne devrait être au journal intime que ce que la conversation est à la confession. Trop d'émotions peut-être, trop, mais ce n'est pas le lieu. On en restera donc là pour ce soir. Demain est un autre jour (de travail)

25 août 2009

...DU HAUT DU MONT PELAT


Changer de point de vue. Regarder de ce côté là. Prendre un peu l'air. Mettre les choses en perspective

24 août 2009

Un Haïku par bain, 91


À tirer des bulles
D'un flacon de savon vide
j'ai passé mon temps

20 août 2009

Pensée de la nuit N° 158 : " Tout bien considéré, le plus grand regret de nos vies, compte tenu des plus douloureux et des plus intimes, aura sans doute été la séparation des Beatles"
Tanka, 10


Au dessus du toit
Le mont Sacon fume encore
Lendemain de pluie

Et les orages s'éloignent
De nos cœurs et de nos corps

09 août 2009

Tanka, 9


à M.L.G


Dans le brouillard gris
Je la tenais par la taille
Sous le parapluie

Pareille à l'Ourse de Sost
Qu'enlace l'Ours de Ferrère

02 août 2009

Villecerf


Tout au bout du jardin la rive de l'Orvane
Moussait de fraîcheur à l'ombre d' un bois profond
Nous venions le soir poser des lignes de fond
Et pêcher des anguilles les matins diaphanes

Notre chienne Letchee sur la pelouse plane
Poursuivait les poules du voisin furibond
Pendant que les yeux vagues et l'esprit vagabond
Tous deux nous refaisions le monde dans nos crânes

Tu te souviens de ce mois d'août de soixante huit
De l'armée rouge à Prague et de l'espoir en fuite ?
Et de ce jour splendide de tes dix neufs ans

Sur l'écran noir et blanc le petit pas d' Armstrong
Te rendais fier de l'homme. Au bout de la nuit longue
L'aurore ne serait jamais plus comme avant

(un sonnet par lieu, 8)

28 juillet 2009


Jamais je n'ai ressenti un tel besoin de vacances. Je pars jusqu'à la fin aout. Pour la première fois, je pourrai bloguer sans PC. Je donnerai des nouvelles sur Twitter mais aussi dans Ciscoblog grâce à Blogpress. Bises à tous et à bientôt.

24 juillet 2009

Un Haïku par bain, 90


Seul avec le chien
Par ce beau soir de juillet
Baignons notre ennui

19 juillet 2009

Ceci n'est en aucune manière peint sur une vitre, on n'a tendu aucune bande colorée. Aussi incroyable que cela paraisse, c'est peint dans l'espace. Sur les murs, sur le plancher, sur la fenêtre, au plafond. A l'égal de Roman Opalka, Felice varini fait partie de mes peintres préférés. Chacune des œuvres que j'ai vue de lui m'a profondément réjoui, remué et donné à penser. Il est probablement à l'origine d'une révolution esthétique aussi importante que le cubisme ou l'abstraction. On peut dire qu'il donne un réponse sublime à la question angoissée de Picasso concernant le sujet dans la peinture. Il inverse l'alchimie de la représentation. Non seulement il préserve l'intégrité du sujet en ne le reportant pas sur la toile - la copie est toujours un rapt - mais il lui laisse son entière liberté d'être là. Ce n'est plus la peinture qui ravit le sujet comme l'appareil photo des explorateurs en Papouasie, le vidant d'une partie de sa substance, le collant sur la toile et le clouant aux cimaises, mais le sujet lui-même qui, devenant support surface de la peinture alors réduite à sa propre couleur, s'épanouit dans sa splendeur singulière et inaltérable. D'abord on ne voit rien, des traits épars dans le paysage, sans signification apparente, dont un seul indice marque l'unité : la couleur. Il faut se déplacer, bouger, chercher. trouver un point de vue, un seul, et c'est la révélation, tout s'ordonne dans une impeccable perfection. On comprend d'un seul coup, on bat des mains comme devant un feu d'artifice ou un numéro d'acrobate. Si vous avez du mal à saisir ce que je veux dire et si vous ne connaissez pas Felice Varini, dieu merci, son travail se prête particulièrement bien à la video, en voici donc deux pour vous persuader de sa magie :















18 juillet 2009

Tanka, 8


Un carillon passe
C'est le camion rose et bleu
Du marchand de glaces

Enfants de la Grande Borne
Un nouvel été commence!

16 juillet 2009

OK, Ciscoblog peut bloguer à partir de son téléphone. Ciscoblog est content. Il a découvert plein de nouveaux joujoux, il en découvre de nouveaux chaque jour. Il traîne sur Facebook, rencontre de vieilles connaissances, se met à twitter comme un fou, des endroits les plus insolites, mais ce n'est pas ça (à qui le dites-vous) qui le fait publier des posts intéressants. En tout cas ça prend du temps. Et justement, du temps, en ce moment il n'en a pas tant que ça. C'est pour ça qu'il ne publie pas trop. Il est même débordé par les soucis professionnels. Il trouve que son métier est un beau métier, mais que juste en ce moment il est trop dur, pas du tout facile à exercer. Où qu'il se tourne, il se sent pris entre deux feux. Il ne sait pas vraiment comment en sortir. Il ne croit plus à la crise, à l'explication conjoncturelle. Il ne croit plus que c'est une fatigue passagère, il pense que tout ça ne vient pas de que de lui, il est peut-être, à son âge, en train de perdre ses dernières illusions, il se dit que si ça continue il va falloir que ça s'arrête, que c'est trop pour un seul homme, il attend les vacances, Il a peur d'avoir à tout remettre en question à la rentrée, de poser les vraies question, mais il attend les vacances, au moins les vacances...

14 juillet 2009

Ça marche !
je peux maintenant bloguer à partir de mon téléphone grâce à une petite appli - comme on dit - que je viens de télécharger. Ce qui veut dire qu'à partir de maintenant je suis affranchi, si je veux, de tout ordinateur, même ultra portable. J'ai ma mémoire portative et le monde entier dans ma poche. Par exemple, là, très exactement maintenant je blogue sur le trottoir en face de chez moi, mais je pourrais tout aussi bien le faire au sommet du Mont Blanc ou du fond de mon lit , dans les files d'attente aux caisses des supermarchés, dans les embouteillages ou au feu rouge. C'est ce qu'on appelle une révolution.