30 décembre 2005

sotei nuit copie

27 décembre 2005

Et ce soir, pour en terminer avec mon vice caché, j'ai enfin compris à quoi pouvaient bien servir les fameuses RSS (Realy Simple Syndication), ou autres "agrégateurs", qui jusque là m'avaient laissé perplexe dans le genre c'est plus de mon âge, en cliquant presque par hasard sur Blog-appetit (faites comme moi, vous ne serez pas déçus...)
Internet, Shminternet, voui... Mongrandpère il dirait. N'empêche. J'ai retrouvé là, un quart d'heure après avoir publié la note suivante (mais on est sur un blog, vous me suivez ?) l'incunable secret du männele. Jusqu'à aujourd'hui j'ai cru qu'il l'avait inventé rien que pour ses petits enfants... et encore, vous avez de la chance que je ne vous parle pas des bredele (mais ceux là, je vais éssayer d'en faire !)

Je suis en train de confectionner mon Beerawecka annuel (une fois fini, je vous promet de vous en montrer une photo. Cela dit ce n'est pas très beau, cela ressemble plutôt à "Kroug", mais en moins roulé sous les aisselles. Et délicieux avec ça ! "Quand on aime Kroug on aime Beerawecka" (petit littré)). Cela me prend plusieurs jours de travail (d'autant que j'oublie toujours d'acheter un ingrédient ou l'autre, mais ma môman alsacienne dit aussi chaque année que ce n'est pas grave : on peut y mettre tout ce qu'on trouve de bon. Vous voulez savoir ce qu'est un Beerawecka ? Cliquez ici, sinon, non.) Si vou n'aimez pas ça n'en dégouttez pas les autres ! dit aussi ma môman. C'est pour ça qu'en plus du foie gras qui marine dans le frigo et du boulot, je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer à CISCOBLOG et j'implore votre pardon pour mes infidélités qui ne me collent aucune honte. "Ma, basta cosi !" ne dit pas ma môman qui n'est pas italienne : allez faire un tour sur le site de ce photographe génial qui n'expose pas, lui non plus, sur Flickr et qui nous a été (re)découvert par la boite à images.


25 décembre 2005

FROSTWORK


Ciscoblog est de retour de vacances. Pendant 8 jours : Ciel bleu, froid sec et blanche terre (et maintenant : Bonjour, grisaille...)

17 décembre 2005

Un haiku par bain, 27


C'est un soir d'hiver.

Dore ma peau à l'or fin
Ombre délicate !

Il n'y a pas que Flickr dans la vie !

15 décembre 2005



Bon anniversaire !

13 décembre 2005

Voilà qu'il se prend pour Google maintenant...! (via aixtal, dont on reparlera sûrement ici)

12 décembre 2005




"Chez les filles", La Borne d' Henrichemont.

11 décembre 2005

Si j'ai bien compris, ce Mr Schott, après avoir fait un tabac outre - manche, débarque en France. Se déclarant lui même futile et inutile, il fait habilement l'économie de toute critique. On sait ce que peut avoir de poétique ce système de liste loufoque (c'est l'essence même du surréalisme) Il cite d'ailleurs lui-même Sei Shônagon, c'est tout dire ! son livre est exactement le genre d'objet qui peut (1) être offert à Noël (2) être abandonné à lire aux toilettes (3) ressembler à un parallèlepipède rectangle applati (4) être inclassable (5) faire se gondoler irrépressiblement (6) se retrouver dans cette liste (7) malheureusement ne pas retenir la serviette sur la plage (8) vous tomber des mains (9) brûler dans un autodafé (10) se refermer et ne pas être une huitre (11) être écrit en trop petits caractères (12) bien valoir toute une encyclopédie en trente volumes (13) énerver (13bis) être adoré.

09 décembre 2005

Il y avait Flickr pour les photos et maintenant il y a Pandora pour la musique. C'est une radio. Si vous ne saviez pas qu'il existait des radios sur le web, maintenant vousn le savez (jetez un coup d'oeil en LCD sur Ciscoradio) Mais grâce au miracle de la toile (...etc.) vous pouvez configurer cette radio pour qu'elle diffuse exclusivement la musique que vous aimez : il suffit de la guider (très simplement, en anglais, but nobody's perfect) Je viens d'y passer un moment. Ca marche très bien pour les variétés (anglo saxonnes), le jazz, beaucoup moins bien, voir pas du tout pour le classique. On ne peut pas tout avoir. Malgré tout, c'est assez bluffant, et, comme dit l'homme qui marche (un vrai "scout", celui là, un découvreur) assez addictif !

06 décembre 2005

Je relaie ici (c'est ça non, Internet ? une boite à relais, passe à ton voisin) la note de Pierre Assouline sur son blog, la "République des Livres", entré ce jour sur la Colonne de Droite (LCD pour les intimes) à propos des positions d'Alain Finkielkraut non pas sur ce que vous savez mais sur Internet. Allez donc d'abord faire un petit tour sur la "République des Livres" voir le dernier billet et revenez quand vous l'aurez lu. Ca y est ? bon. Ce matin donc, je découvrais la métaphore de Walter Benjamin sur la révolution (qui n'est pas la locomtive qui tire le train de la vie mais bien plutôt le signal d'alarme qui l'empêcherait de dérailler) en même temps que je me mettais, devant mon miroir de salle de bain, à réflechir sur le "donné" ( eh oui, tout ça dans ma salle de bain, à huit heure moins le quart du matin, heure propice au "Qui suis-je ? où vais-je ? Où cours-je ? Dans quel état j'erre ? et tout ça.) Le monde était-il bien "tel que je l'ai trouvé" ? comme disait L. Wittgenstein et aussitôt de courir le chercher en s'enfermant plusieurs mois dans une cabane dans les glaces désertes d'un fjord norvégien ? Est-il possible de nos jours de trouver le monde quelque part ? je veux dire de le trouver "tel que" ? C'est que, de plus en plus, "maîtres" que nous sommes, nous ne touchons plus le "donné" que par l'entremise de nos machines "esclaves", portatives (et même portables). Je n'en ai peut - être pas l'air, mais je tiens à ce que vous sachiez que suis capable de m'abîmer dans la contemplation d'un simple bouton "marche - arrêt". Je tiens que les boutons "marche - arrêt" sont la pierre de "touche" moderne de notre rapport au monde. De nos jours, le "donné" est devenu une "donnée" : au bout de nos doigts un bouton se presse et alors s'ouvre un monde de moins en moins impossible qui, pour n'en être pas "le" monde, n'en est pas moins votre écran d'ordinateur, par exemple...

03 décembre 2005

Au Pavillon bleu, 2






Par un matin de fin d'automne...

02 décembre 2005

"Animated knot" est un site de rêve pour ceux qui veulent tout savoir sur les noeuds sans oser le demander (via qui ? Geisha Asobi, evidemment !)

28 novembre 2005

Je le trouve très fort ce Felice Marini. J'irais bientôt visiter le MAC/VAL (voir le très joli compte-rendu sur blablablog)

27 novembre 2005

La faim




Le soir tombait, la neige poudrait de silence

Le village endormi. L'heure où la nuit commence
S'égrenait au clocher dressé vers les étoiles
Des nuages, la lune écartait le grand voile.
Tout était immobile sous les grands arbres blancs,
Seul, un prisonnier qui regagnait son camp
Comme honteux de troubler la nature figée,
D'un pas glissant foulait la neige immaculée...
Mais, dans le clair obscur des colonnes géantes
Il aperçut soudain, vision saisissante,
La Camarde debout sur ce décor d'ivoire
Où ses orbites creuses paraissaient plus noires
Près de la faux luisant d'un éclat irréel !
O Mort, s'écria-t-il si l'enfer éternel
T'envoie pour enlever les méchants de la Terre
Passe là ton chemin, échappé de la guerre
Je t'ai souvent frôlé, tu ne m'as pas voulu
Viendrais-tu me chercher quand la trêve est venue ?
Non ! Je sais ta douleur et ta désespérance
Et je veux de ton cœur ôter la souffrance.
Je puis sur ton désir faire devant tes yeux
Paraître les trésors des contes merveilleux
Veux-tu couvrir ton corps d'opale et de rubis ?
Veux-tu voir les palais des mille et une nuit ?
Veux-tu voir à tes pieds les plus belles sultanes ?
Les jardins où jamais les fleurs ne se fanent ?
Veux-tu voir tes parents réunis sous la lampe ?
Ta maison où déjà l'oiseau bâtit son nid ?
Dis moi ce que souhaite ton cœur qui frémit...
Et lui, devant ses yeux tout remplis d'espérances
Tendant ses pauvres bras dans son désir immense...
O Mort ! s'écria-t-il, au nom du Dieu vivant
Toi qui sais tout tirer des gouffres du néant
Dis moi ce qu'aujourd'hui je voudrais tant savoir...
Pour combien le seau ce soir ?


Robert Quelavoine, Riegelsberg, Noël 1940

26 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 94 : "Alors que les être et les choses témoignaient sans relâche de sa présence au monde et qu'il lui semblait, jour après jour, apprécier un peu mieux son sillage parmi eux, un homme découvre que tout ne répète plus, désormais, que sa propre absence. Quand, et comment, cette inversion s'est-elle opérée ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, et contre toute apparence, ce sentiment d'une perte est peut-être la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait à peu près rien vu jusque là, se dit-il. Et, à plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'il expérimente maintenant tous les jours : que la beauté, alors même qu'on la touche, et déchirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cette homme va, vient et se dépense sans compter." Marcel COhen, Faits. lecture courante à l'usage des grands débutants
Sereine jeunesse, 2




J'ai longtemps eu l'idée que mon père ne nous avait, à mon frère et à moi, transmis aucune de ses passions. Je crois bien que j'ai même du penser qu'il n'avait jamais eu de passion, dans sa vie. Je me souvenais trop de son goût pour la chose communisme et tout ce qui tournait autour, la lecture de l'huma, la fête du même nom, les copains, les manifs etc., que nous avions fini par prendre pour exclusif. Le communisme, chez les gens de l'âge de mon père, il a dépassé les 90 ans, était une passion qu'on ne soupçonne absolument plus. Non seulement le communisme, mais la politique en général, qui est maintenant pour ainsi dire affaire de quelques professionnels et même de quelques voyous (mon père aimait nous répéter "Si tu ne t'occupes pas de politique, c'est la politique qui s'occupera de toi" (à cette époque, "politique" ne signifiait qu'une seule chose : lutte des classes et lendemain qui chantaient) mais qui était encore, comme son étymologie l'indique, la chose de tout le monde. Il disait que "s'occuper" de politique - il n'en a jamais "fait" - était, ou devait être, de même ordre que la nourriture l'hygiène et l'amour. Il n'y avait que les gens de droite qui ne faisaient pas de politique. Ca ne faisait donc pas beaucoup de gens, dans son idée, tout juste quelques membres des "grandes familles"ou quelques valets du capitalisme plus ou moins débiles mentaux. Et le général de Gaulle, bien entendu. Le "peuple", comme lui, qui en faisait partie avec fierté, était forcément de gauche, même s'il ne le savait pas. Mais nous ne lui voyions aucune autre passion. Ou plutôt celle de la politique occultait tout. Mon père disait de la poésie, par exemple. Il la disait fort bien. Il s'était même produit sur une scène pendant la guerre à Lyon. Notre mère qui n'était encore qu'une de ses copines était dans la salle. Il avait à son répertoire une douzaines de poèmes, qu'il disait, par trois ou par quatre, à la fin des repas. Toute la famille était très fière de ce petit talent. Ce n'était pas de la très grande poésie, ce n'était pas du Verlaine ou du Rimbaud. C'était de bons rimeurs inconnus qu'il avait entendus au Stalag après qu'il eut été fait prisonnier avec tout son régiment (Il n'était pas caporal mais on l'avait épinglé deux fois quand il avait essayé de s'évader, il y réussira la troisième en volant un vélo et sprintant droit devant lui. C'est sa chanson de geste, il n'a jamais prétendu avoir été un héros, loin de là) Il avait rajouté quelques vers de mirliton un peu lestes qui faisaient leur petit effet. De la poésie populaire, à la limite de la chanson. Le plus connu des auteurs s'appelait Miguel Zamacoïs , un de ses poèmes les plus jolis était "Le ramasseur de mégots", mais la plupart avaient été écrits par un de ses copains de captivité, totalement autodidacte, qui s'appelait Robert Quelavoine, son copain Quelavoine. C'était des thèmes de guerre, des visions brumeuses et grises, sur les camps de prisonniers, leur vie quotidienne, la faim, le froid. "Pour Combien le seau ce soir ?"... Il fermait les yeux à demi, laissait le silence s'installer, un sourire lèvres fermées sur le visage, un tout petit claquement de langue, comme quand on déguste du vin, une lente et calme inspiration, satisfait de son auditoire attentif. Sa voix était claire et posée toujours, il déclamait plutôt, mais sans emphase, avec des chuintements étudiés et des silences appropriés. Toute une technique. Il nous charmait, modestes sous les applaudissements. Nous étions aux anges. Nous avions appris deux ou trois de ses poèmes inédits pour les compositions de récitations où là nous faisions carrément sensations devant les profs de Français. Premiers à tout les coups. Indélogeables. Modestes sous les lauriers. Notre fond de commerce. Ma mère et lui étaient des fanas du TNP. Ils ont vu tous les spectacles de Jean Vilar et même Gérard Philippe dans "Le cid" qui a fait on ne peut pas imaginer quel tabac, à cette époque. On ne peut plus imaginer : Corneille, un auteur populaire. Comme je vous le dis. Quand nous avons été assez grand ils nous ont emmenés nous aussi voir le TNP qui était dirigé par Georges Wilson, le papa de Lambert, qui avait été l'assistant de Vilar, nous avons nous aussi descendu les marches monumentales au milieu de la foule et au son des trompettes solennelles, pénétré dans la salle magnifique du Palais de Chaillot, ouverte sur l'immensité d'une scène sans rideau, nous avons nous aussi frémi à l'entrée de maître Puntila ou de la bonne âme du Se Tchuan. C'était un vrai champion de Ping-Pong. Champion de Seine et Oise 1936. Il nous avait transmis ce virus là aussi (comment ai-je pu l'oublier !) mon frère et moi, lui plus que moi devînmes d'assez bon pongistes à qui leur père mettait quand même 21 - 10 ou 12 jusqu'à la cinquantaine dépassée. A Villeneuve Saint Georges, il avait joué au Tennis, qui était beaucoup moins un sport de riches qu'on croyait, il avait été voir un match de Cochet qui avait remonté trois sets à je ne sais plus quel américain en coupe Davis. Il se souvient de la pluie de canotiers qui s'était abattue sur le court au moment de l'égalisation. Il a toujours eu bon coup de raquette mais son service est toujours resté son point faible. Ila appris le ski à plus de quarante ans, bien avant la flèche d'argent de mon frère, et a skié à plus de soixante dix. Sur beaucoup de points, il a été notre référence. J'ai déjà parlé de sa soif d'apprendre, lui qui n'avait que le certificat, de son admiration pour le savoir. Il était fasciné par la technique, mais pas du tout technicien. Il s'émerveillait. Avait une foi absolue dans le progrès de l'humanité. A la fin des années cinquante, il avait acheté une camera huit millimètres et filmé pratiquement toutes nos vacances, les sorties dans les bois au début du printemps, la construction de sa maison de campagne, la grande affaire de sa vie, à V., et les chutes de skis joyeuses aux sports d'hiver. Ses panoramiques ont toujours donnés le tournis et la vitesse de son montage à la prise de vue toujours été trop rapide, malgré ses efforts. C'est que la pellicule coûtait cher. Il fallait mettre le maximum sur les bobines de trois minutes. Nous adorions les projections du dimanche après midi sur l'écran déroulé entre le salon et la chambre à coucher des parents. Nous servions d'assistants projectionnistes et de réparateurs de bobines. "Lumière, lumière !" Mais nous étions devenus des virtuoses de la colleuse découpeuse à toute allure et à la lampe de poche pendant que notre mère faisait passer les jus de fruit sans même rallumer. Petit à petit, en grandissant, je passai directeur de la photographie, et c'est en toute confiance qu'il me prêta la caméra pour une superproduction au moins hollywoodienne sur la Patrie du Socialisme. Et pour l'heure, donc, le train arrivait en gare de Moscou, sa capitale.







25 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 93 : "Le cri, la voix participent de la nature de la semence. Laisser dit, plus que laisser écrit incite la mémoire des autres à perserver." Erri de luca, "En haut à gauche"

20 novembre 2005

Douze, 3


Deux pièces cuisine salle de bain placard. La cuisine est laquée rouge sang de boeuf. Le plafond aussi. Le couloir et l'appartement forment un "T". A gauche, les deux pièces en enfilade, avec la chambre au bout. A droite, la cuisine. Le couloir est aussi une pièce commune. Ils y ont installé le piano et une bibliothèque. Il faut quand même se faufiler. Les fenêtres du palier et du couloir donnent sur la même cour. Il n'y a pas de rideaux, on peut voir à l'intérieur jusqu'à la salle de bain qui occupe le milieu de la barre du "T". Un jour où ils sont enfermés dehors G., pour leur ouvrir, passe de la fenêtre du palier à celle du couloir qui était restée entrouverte à hauteur de cinq étages en un seul très beau geste de varapeur.

17 novembre 2005

Projet de roman fleuve perdu dans les marais, 1


Depuis qu'il s'est reveillé, il fixe les quatre chiffres luminescents qui semblent se déplacer dans le noir de la chambre. Dans le temps, il avait une vue perçante. Même encore maintenant, du lit, allongé sur le dos, il peut lire l'heure sur le cadran à l'autre bout de la pièce. C'est un de ces nouveaux tourne-disques qui ressemblent à des stations orbitales. Les deux points verticaux qui clignotent entre le 02 et le 37 battent plus lentement que son coeur. Le reste de la chambre, ou plutôt du bureau qui lui sert de chambre, est plongé dans un noir sidéral. C'est comme cela toutes les nuits. Pas un bruit. Il sent des mouvements dans son abdomen. Il a faim. Une faim de loup, à vrai dire. Il mangerait sur l'heure tout un immeuble. Cette faim l'étonne, lui qui ressemble maintenant tant à un oiseau déplumé. Il mange, il dévore, il engloutit les aliments et pourtant rien ne fait corps. A deux heures trente huit du matin il se sent parfaitement éveillé, les sens aiguisés. Parfois il se réveille plus tôt, vers minuit. Il se rendort toujours vers les cinq heures. Depuis quelques temps, il voit rarement la lumière. Il en se souvient plus très bien de la couleur du jour, mais cela ne le chagrine pas. Il a un peu de peine à se redresser. Tou le dos lui fait mal. Mais une fois que c'est fait, il peut faire jouer presque sans douleur toutes ses articulations. Il s'asseoit contre son oreiller et écoute le silence tout en continuant de fixer les quatre chiffres bleus. La nuit lui parle. Une rumeur continue roule au loin. Mais il est plus attentif à ses voix intérieures. Il attend encore pour allumer la lampe de chevet. Dans la pièce voisine, Hanna, la garde-malade (pourquoi "garde" et pourquoi "malade" ?) ne veille pas. Elle dort, calée dans le Voltaire qu'elle lui emprunte tous les soirs en arrivant. Il se sent bien. Sans cette satanée tendance à trop dormir - combien de temps dort-il par jour ? 17 ou 18 heures ?- il se sentirait très bien. Il pense que cela fait au moins vingt ans qu'il ne s'est pas senti aussi bien. Il se sent léger comme l'air, léger comme une volute de fumée. Il pense aussi qu'il devrait être mort. Comment ne pas penser à la mort à 113 ans ? Il y pense toutes les nuits au sortir des limbes. Il pense que petit à petit - mais à quelle vitesse ? - ses périodes de veilles rétréciront jusqu'à ne plus permettre à une pensée même simple de se formuler jusqu'au bout, et qu'il ne se reveillera plus, les nuits succèdant aux nuits jusqu'à la fin des temps. Alors on tirera le rideau. Il éprouve la faiblesse de ses muscles et la raideur de ses articulations. Il y a encore dix ans, tout cela lui faisait très mal. Le moindre mouvement provoquait en lui une série infinie de douleurs en chaînes pareille aux vagues par grand vent. Maintenant plus rien. Mais il ne bouge plus beaucoup. Il se déplace un peu dans la chambre, un peu moins dans l'appartement,
qui est grand. Il explore les couloirs la nuit, observe les raies de lumière sous les portes, écoute la musique ou les voix de la télé (Depuis quand n'en a-t-il pas fait complètement le tour ? Il aime imaginer tomber, au hasard de ses explorations, en dans une chambre sans frapper, sur une jeune fille, une de ses descendantes, lisant dans son lit les mémoires qu'il avait publiées il y a vingt cinq ans et levant sur lui des yeux étonnés. Mais il ne le fait pas. Il n'entre jamais sans frapper. Ses petits enfants, des personnes âgées déjà, ont bien leur propres soucis, il sait ce que c'est, et puis ses arrières petits enfants et toute sa famille se sont depuis deux génération égayés dans des pièces dont il n'a plus tout à fait le souvenir). Quand au dehors, les promenades à petits pas, c'est une ou deux fois par an, moins maintenant, peut-être. A quoi bon ? tout a tellement changé. Il ne reconnaîtrait même plus le coin de sa rue. Et puis sortir à deux heures et demie du matin, quel intérêt ? Il attend donc qu'Hanna se reveille et lui apporte son déjeuner. Il a envie de gratin daufinois bien gratiné dans un grand plat très chaud. Il se brûlerait le palais. Il croise les doigts sur son estomac qui fait des bonds (il aime sentir ses organes bouger et ne peut retenir le filet de salive qui s'insinue entre ses lèvres).


(On dira qu'il est né vers 1892. Il aura 113 ans. Il sera dans une forme physique et intellectuelle hors du commun. . Il se plongera dans ses souvenirs, entre les bras du passé. Ce sera un passé plein et des souvenirs précis. Il aura connu des centaines d'hommes et de femmes, il aura été témoin de presque tous les évènements qui ont marqué le monde. Il n'aura été ni un homme politique, ni un ambassadeur ni un haut fonctionnaire, encore moins un espion ni un grand reporter. Il aurait eu ce qu'on peut appeler une chance incroyable. Etre toujours là au bon moment avec la bonne personne. Magnifiquement doué pour les confidences, magicien des relations humaines. Il n'aura laissé absolument aucune trace dans l'histoire. Aucun homme ou femme célèbre ne l'aura mentionné dans ses mémoires, aucun biographe ne lui aura prêté attention. Il parlera plus d'une dizaine de langues dont plusieurs d'Europe centrale, etc. )

14 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 92 "(é)cri(re) l'imite la casse du cri", Mathias Lair, Inzeste

13 novembre 2005

Avant première. Le désordre nouveau est arrivé. Il y a décidément du Christian Boltanski chez Philippe de Jonckheere ! "C'est ce qui m'a fait" disait Sartre dans "Les Mots". Il y a aussi assez d'acharnement en lui pour le dire. Chapeau.

12 novembre 2005

Un Haiku par bain, 26



Un instant, fracas :
Newton attaque Archimède.
Et puis rien. Je flotte.

11 novembre 2005

Jusqu'à la fin des temps





Cherruthuruti, Kerala, Inde, décembre 1999, au bord du fleuve,

10 novembre 2005

"Trois jours avec ma mère" est un bon petit roman qui ne mérite pas de distinction particulière. Mais "Salomé" ne pouvait décidément pas être primé vu qu'il était écrit depuis plus de trente ans. Le fond de tiroir est bien meilleur que l'angoisse de la page blanche en abyme. J'ai beaucoup aimé "Salome" malgré - à cause - de ses tics perisoixanhuitards. C'était comme un réactivation (ce mot laid fait partie du vocabulaire médical) de mes enthousiasmes pour "Le Pitre", l'ex-premier roman désopilant de François Weyergans (dont je lis systématiquement tous les livres, ce qui ne fait au fond que 10, en pratiquement toute une vie de lecteur) Mais qu'attend-t-on pour le rééditer en poche ? Mon exemplaire original a semble-t-il été perdu dans un déménagement (ou dans un autodafé avec plein d'autres - oui dans un autodafe, un vrai feu, pas purificateur du tout, j'en parlerai peut-être un jour, c'est la plus grande honte de ma vie, ce ne sera pas si facile) Ce n'est pas que je tienne François Weyergans (Weyergraf, comme il se nomme lui même) pour un génie littéraire, mais je trouve qu'il représente, assez parfaitement, avec tous ses défauts et même ceux de ses qualités, les hommes de ma génération en particulier - j'ai eu moi aussi mon Grand Vizir, je ne m'en plains pas plus que François - et les graphomanes en général. Les jeunes, eux, le trouvent insignifiant. C'est pour cela qu'il a droit à toute mon affection. ( la rubrique "j'ai lu" est en panne depuis deux mois, je caresse parfois l'idée impérative de la mettre à jour, un de ces jours...)

06 novembre 2005

J'entre à l'aéroport de Juvisy. Je prends un billet pour le Costa Rica. L'avion arrive immédiatement. Dans l'image suivante, je suis au Costa Rica. C'est jour de match. Tout le monde est au stade. C'est complètement désert. Pas âme qui vive. la ville s'arrête net sur un paysage d'une beauté incroyable. Quelle campagne ! De vertes pelouses, un grand étang calme sur lequel on donne un cours de chasse au canard. on fait s'agiter sur l'eau des appâts en plastique avec un jeu compliqués de ficelles et de poulies suspendues au-dessus de l'eau. C'est toute une technique. Je contemple tout cela d'une petite colline. La perspective est sublime. Mon regard opère un panoramique de droite à gauche. Un fleuve dont les méandres luisent sous les éclats du soleil serpente dans une verte vallée à perte de vue. Au fond, des sommets enneigés vertigineux dans une lumière de fin d'après midi. Zoom in sur les sommets, puis zoom out. Je m'aperçois que la colline qui me sert d'observatoire et elle aussi enneigée. C'est de la neige lourde de printemps, de couleur un peu terreuse. Mon regard continue le pano vers la gauche. Un grand bloc de montagne se détache sans bruit juste en contre bas, en avant de la colline. tout un pan du paysage s'effondre et s'engloutit sans bruit, puis toute l'image se met à fondre. Je me reveille. Ce n'est pas du tout un cauchemar.

04 novembre 2005

Un petit tour chez le monstre ?
Incroyable mais vrai. Voici un lien surréaliste pour apprendre à votre grand mère, même plutôt votre arrière grand mère ou autre Jacques Chirac, les joies du double cliquage, du mulot, et des usages basiques de l'ordinateur. Beware ! uniquement pour les grands mères anglophones ! Mais même si vous n'êtes pas grand mère, rien que l'accent de la jolie demoiselle devrait vous séduire. J'ai moi même suivi le tutoriel jusqu'au bout ! On dirait qu'elle parle anglais juste pour que vous puissiez la conprendre, vous tout seul. Kitsch en diable, incroyablement bien fait et so british. Un monument d' humour anglais, même si c'est un peu long à télécharger ! (via mes lubies)

01 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 91 : "Parmi nos articles de quincaillerie nous recommandons notre robinet qui s'arrête de goutter quand on ne l'écoute pas" (Marcel Duchamp)

31 octobre 2005

Halloween, "Dayly dose" ne met pas ses photos sur Flickr. Elle a raison, c'est une très grande photographe (thanks to JR)
Selon le compteur de "Blogger", ceci est la huit centième entrée de CISCOBLOG. Bon anniversaire à toutes les entrées ! (en général, je n'ai rien contre le franglais, mais le mot "post" est vraiment détestable dans notre langue : son manque d"e"final en fait une syllabe totalement dénuée de douceur)

30 octobre 2005

Aujourd'hui, changement d'heure. Vers cinq heures tout s'assombrit. C'est pourtant un jour où on aurait voulu retenir la lumière. C'est peut être le dernier Dimanche d'un été indien qui ne veut pas mourir. C'est un jour de fête. C'est un spectacle qui s'achève, un baisser de rideau. On dirait que personne ne veut manquer ça. La ville resplendit, sereine et sûre d'elle. Il y a comme une gravité dans l'air, une plénitude. Paris tout entier est dehors. Sur le boulevard Saint Michel, comme à la "passagietta", Les filles aux épaules nues toisent les garçons en bras de chemise. Et la ville est comme ces filles qui passent. La ville se caresse des yeux, fait mine de s'offrir aux passants. La terrasse du "Rostand" est bondée. Le ciel est rose au-dessus des grilles du Luxembourg. "Le soleil majestueux de l' automne jette ses derniers feux", dit la phrase consacrée. Quels feux ! On en redemande, on crie "bis !", "Encore, encore !" On s'installe aux terrasses pour jouir du spectacle . En sirotant mon Coca et emplissant mes yeux du spectacle des gens qui passent, je ressens cette étrange étreinte au fond de moi, qui, selon Clément Rosset, est le signe imminent de l'irruption du réel. Nathan me dit qu'il ne pourrait pas vivre ailleurs que dans une grande ville, à cause du monde dans les rues. Il veut voir la beauté en marche. Vivre sensuellement la ville. Au coin de la rue, l'aventure. La ville lui procure un sentiment océanique. C'est vrai, c'est la multitude agitée qui nous exalte. On n'aspire pas au calme quand on a dix huit ans.




Au café "La Bourgogne"

27 octobre 2005

C'est un de ces jours où la tiédeur de l'air vous donne pour la première fois de l'année la certitude que le printemps est arrivé. C'est une nuit à jeter votre veste sur l'épaule. C'est une nuit de mai. La ville est déserte et noire. Je ne sais plus pourquoi, je me retrouve sur le pont. Dix mètres sous moi, la Seine roule des eaux noires. Il neige. Mais ce n'est pas possible qu'il neige, il fait chaud. Ce sont des pétales de fleur. Des centaines de milliers de pétales de cerisier virevoltent dans l'air. Ils ne tombent pas dans le fleuve. Ils en émergent. Il y a un brouillard, une fumée, qui s'élève au dessus de l'eau, lentement, comme une aube. C'est un étrange phénomène, les pétales ne chutent pas, ils montent. On s'aperçoit même que ce tourbillon, qu'irise la lumière rosée des révèrbères, naît du fleuve. Le pont et les quais commencent à se couvrir d'un fin linceul blanc. Sous mes pieds, les pétales crissent, ils se posent sur mes vêtements, sur mon visage. Ma main les chasse. Deux ou trois me collent aux doigts. Je les regarde. Les pétales ont des pattes. De fines pattes de moustiques. Les pétales sont des ailes. Le tapis blanc que mes pas écrasent est fait de millions d'insectes tombés sur le pavé. Et il en tombe encore et encore, les uns après les autres, comme des flocons déposés par la brise. De l'eau, il en émerge sans cesse. A chaque instant, il en naît une infinité, puis une autre à la seconde suivante. Ce sont comme des successions de nappes vaporeuses. Chacune de ces éclosions, s'élance comme un jet au dessus du pont qui retombe lentement, inexorablement, sur les pavés des quais. Ce n'est pas la brise qui remue le tapis blanc : si je me penche, je peux voir les pattes entremêlées qui s'agitent, les ailes qui battent encore faiblement, la bousculade des corps qui se tordent. Ce sont des éphémères. Ils se précipitent, ils se pressent. Ils se jettent les uns sur les autres, Ils viennet de naître et aussitôt ils meurent. On dit qu'entre temps, dans un souffle d'air, ils se sont accouplés. La corruption s'installe dès la naissance. Le tapis se transforme vite en bouillie grise, plus dense que la boue. C'est une nuit de mort. L'air est incroyablement doux.

26 octobre 2005

Marronnier *





*A vrai dire, je ne sais pas s'il y a un marronnier sur cette photo, peut-être y en a-t-il un au fond, en arrière plan, mais c'est plutôt parce que je sais qu'au Luxembourg, il y a des marronniers pas loin de cet endroit. Le titre de la notule veut seulement dire qu'il s'agit d'un sujet de saison. Dans la presse, on appelle "marronnier" un sujet qui revient périodoquement et qui n'est un évènement que parce qu'il revient : la rentrée des classes, les grands magasins à Noël, Les embouteillages du 31 juillet, etc. (cf le TLFI : "le premier marchand de marrons, les crêpes de la Chandeleur, le bouquet de violettes sur la tombe de Musset, sont des marronniers (COSTON, A.B.C. journ., 1952, p.196)". Bref, un marronnier c'est un non évenement par excellence. Ca tombe bien, il n'y a aucun évenement ni marchand de marron dans cette photo, qui n'est rien d'autre que de saison. Je m'en serais juste voulu de ne pas l'avoir faite. Voilà, c'est fait et dit, mais je me demande tout de même, comme disent Enstein et Magritte réunis, si tout évènement n'est pas un marronnier et si toute image n'est pas une pipe...

24 octobre 2005

Pensée de la nuit N°90

"Je suis athée (au sens où je ne crois pas à l'existence d'un pouvoir surnaturel dans l'Univers), mais je considère que les croyants créent leur Dieu en y croyant, et que cette forme d'existence (analogue à l'existence des personnages d'un roman), si elle n'est pas scientifique (ou physique, en tout cas pas matérielle) n'est pas pour autant inférieure ou illusoire : le Bien et le Juste sont aussi des créations humaines (selon moi ou selon tout matérialiste) et ce ne sont pas pour autant des créations mineures. Si, comme l'a suggéré Nietzsche, Dieu est mort et c'est nous qui L'avons tué, alors sans doute chacun d'entre nous a le pouvoir de le ressusciter ou de le faire naître. L'erreur serait de se dire que, parce que ce Dieu est issu de notre croyance, il est illusion, il est fantasme, il est un faux dieu. Au contraire : parce qu'Il est issu de la croyance de celui qui croit en Lui, Il est réel, Il est tout-puissant — celui qui ne croit pas ça ne Lui donne pas vraiment naissance". (David Madore, blog)



Il y a un joli jeu de mot anglais : "Bodyscape". C'est une image du détail du corps. Je ne suis pas assez bon en anglais pour dire s'il est passé dans le langage courant ou s'il a seulement été forgé par des photographes astucieux. En anglais, un "paysage" est toujours un détail du pays, ce que le français ne rend pas, laissant plutôt voir comme un brouillage. Quelle pourrait être la traduction de "bodyscape" ? "Corpsage", par exemple ?..

23 octobre 2005

Je m'aperçois que je vais assez souvent faire un tour sur le blog de Lionel Dersot. Je m'aperçois par la même occasion, en tapant ces lignes, que je ne fais plus beaucoup entrer de nouveaux sites dans La Colone de Droite (LCD pour les intimes), ces derniers temps. Je me suis déjà fait cette réflexion, of line, il y a un moment. Est-ce parce que je trouve qu'il y a de moins en moins de "bons" sites ou bien parce que, au contraire, il y en a de plus en plus et que je ne sais plus lequel choisir ? C'est une question metaphysique. Mais je crois que la réponse est dans la question : c'est de créer des liens qu'il s'agit. Au sens propre. Je vous donne donc ma recette : Quand je tombe sur un site interessant, je l'insère dans mes "favoris" dans un premier temps, puis, quand il a résité, j'en fais un lien sur la page principale de CISCOBLOG dans un deuxième. C'est en général plusieurs semaines après , voir plusieurs mois, après décantation, qu'il passe en LCD. Beaucoup d'appelés, peu d'élus, donc et beaucoup d'arbitraire. Un blog sans "liens" c'est un peu comme un blog secret. Dis mois qui tu lies, je te dirai qui tu es !

21 octobre 2005

14 janvier 1993


Deux pages de mon petit carnet à dessin (auquel je n'ai pas touché depuis douze ans...) Il y en a d'autres ici
J'aime beaucoup cette page de David Madore

20 octobre 2005


Un type comme moi ne devrait jamais mourir

17 octobre 2005



Je vous ai déjà dit que j'étais un "Flickraddict". Je suis aussi un fana du viaduc de Millau. Quel rapport me direz-vous , Eh bien cliquez ici et reglez la vitesse de défilement sur une seconde (en haut à droite), vous verrez qu'il est vraiment très très beau, le rapport ! (via "Laughtomb" via l'homme qui marche")
Pour mieux flipper, cliquer ici

16 octobre 2005

Douze, 2



C'était la clé sur la porte. Comme dans le roman de Marie Cardinal, qui avait été le miroir de cette époque. Un lieu de passage, des habitués au dîner, un piano collectif, un poste de télé noir et blanc pour quinze les soirs de coupe de monde, des bouteilles de Chambertin 69 fraternellement partagées vers 1976 (année caniculaire, passée nus sous la douche, qui elle aussi deviendra une grande année dans les années 80) - je n'ai plus jamais bu la moindre goutte de Chambertin depuis - des soirées entières à faire tourner les tables à la lumière des bougies, de vrais et de faux drames, des histoires d'amour gaies et des tristes aussi. Il suffisait de monter un étage ou d'en descendre deux pour que les vies bifurquent ou tournent en rond. Le soir, parfois, l'escalier était plein comme un couloir de métro. Des piques -niques improvisés sur les paliers, des amourettes dà l'abri des rampes, des passions sur les marches. Un jour, il y eut une grande fête dans l'immeuble. Ou plutôt dix en même temps. Un thème par palier. Vin blanc au second, vin rouge au cinquième, alcools au troisième, pareil pour la musique et les herbes à fumer. L'escalier se couvrit de serpentins et de confettis. La concierge, digne mais impuissante ne voulut pas participer, elle se claquemura dans sa loge. Cela finit par un grand déjeuner, le dimanche midi, au rez de chaussée (plus tard ce furent les dîners dans la rue).



14 octobre 2005

trente troisième album d'"Asterix le gaulois". Uderzo sans Goscinny c'est comme Erckmann sans Chatriand , Roux sans Combaluzier, Vautrin sans Frank et Michard sans Lagarde. Ce soir, je me suis perdu là, à la recherche de souvenirs oubliés...

13 octobre 2005


Ah les affichistes polonais !... (dans la "Boîte à Images")
Philip Roth a encore raté le Nobel.

12 octobre 2005

A cause de Jean Claude Bourdais je me suis perdu des heures sur le plus que remarquable "Picasso on line project" (c'est beau, internet)

09 octobre 2005



Tiens, il faudra que je pense à mettre à jour la rubrique "j'ai lu", sur la colonne de droite. Je viens de refermer, l'un après l'autre, "Les Abeilles et la Guêpe", de François Maspero et "Rencontre avec Roger Gentis", entretien avec Patrick Faugeras. Il est rare de tomber ainsi, coup sur coup, plutôt par hasard , sur deux livres qui collent aussi bien à votre histoire personnelle. A la toute fin des années 60, il arrivait qu'on vous réponde avec un sourire condescendant, quand vous demandiez où on avait acheté tel ou tel livre : "Ca ne s'achète pas, ça se vole chez Maspero !" C'était à la mode chez les gauchistes, vu qu'on ne portait jamais plainte, chez Maspero. D'ailleurs "si vous ne pouvez pas acheter Hara kiri, volez le !" disait le journal. On dit que c'est ce qui a coulé la Librairie. Quand je n'achetais pas de livres rue Saint Séverin, je furetais ou lisais sur place les passages qui m'interessaient. Je n'ai jamais volé de livres chez Maspero. Je le jure. C'était l'endroit où l'on trouvait l'indispensable "Lettre au parti communiste polonais" de Huron et Modlesewski, le "Staline" de Souvarine, les manuels militaires de léon Trotski, ceux du président Mao, "Rouge", le journal qui "annonçait la couleur", la revue "Partisans", "Aden Arabie" de Nizan, mais aussi les "Voies de la crétion théâtrale", les textes de Tadeuzs Kantor, les livres de Fernand Deligny et l'"Ordinaire" du psychanaliste. En 1970, en quatrième année de médecine, j'y découvris "Les murs de l'Asile" de Roger Gentis qui reveilla définitivement mon ancienne vocation pour la psychiatrie. Pour la première fois on parlait de la folie et de la psychiatrie en langage "ordinaire" avec des mots de tous les jours. Ce n'était pas la fameuse "image romantique" de la folie, mais une image qui donnait envie de se mettre au travail, simplement. Un tout petit peu plus tard, je croisai Gentis à l'hôpital de Moisselles, quand il venait participer aux groupes de travail de Jean Ayme. Je le revois calé dans son fauteuil, posé, ne collant pas tout à fait à l'image d'iconoclaste qu'on attendait de l'auteur du livre. Cela me fait penser à un collage. Comme celui de Picasso qui orne cette entrée. On dirait que Picasso et Braque (plus que Matisse, pour qui c'était surtout une question de forme) auraient inventé l'hyper texte : Il y a des formes, donc, des lignes, des couleurs, des "textures", comme on dirait maintenant, le linoléum, le papier journal, mais il y a aussi une guitare. Enfin, "il y a" ... Tout cela dessine une guitare. Mais aussi, va guement, un personnage. Il y a comme une guitare, plutôt. Ou un personnage. Ou les deux, l'un jouant de l'autre. On n'en est pas complètement sûr, d'autant qu'il y a aussi une espèce de commode à tiroirs, qui vient tout brouiller, on ne comprend plus très bien. Finalement, sont-ce bien une guitare, un personnage, ou seulement la juxtaposition d'un bout de lino et de papier journal ? (C'est le vacillement du sujet, en voie de disparaître, la naissance de l'abstrait, mais Picasso ne lachera jamais). Maspero, Gentis. Maspero, Gentis, Picasso, Braque. Maspero, Gentis Picasso, Braque, guitare, commode : des liens qui flottent au dessus du texte, des textures sur une image, des images juxtaposées dans ma mémoire. Le collage incertain qui dessine un bout de ma vie.

08 octobre 2005

Un haïku par bain, 25


Aux derniers rayons

Du fragile soleil d'automne
la fatigue infuse

05 octobre 2005

Fin du ravalement de Archives. Ouf, tout marche !

04 octobre 2005

John Doe. Dans le Tumulte qui est vraiment, mais vraiment, un bon titre (quand je pense qu'au moment même où je frappe ces lignes (qui vont, dans une minute, être envoyées dans l'espace intersidéral et rejoindre des milliards d'autres lignes errantes) des millions d'autres personnes frappent, elles aussi des lignes qui, dans une minute, vont, etc...)

03 octobre 2005

Je relaie, via Parisist, ce lien vers le parquet de Jeannot qui est actuellement exposé à la BNF. Psychiatre et amateur d'art, comme on dit, je devrais me considérer comme un amateur d'art brut, sinon comme un spécialiste. Je ne le suis pas, spécialiste, ni même amateur, ou du moins très peu. J'ai quatre ou cinq tableaux dans mon bureau que j'ai achetés (oui, achetés, pas à prix d'or, certes, mais à un "vrai" prix) à des patients qui fréquentent le CATTP (Centre d'Accueil à Temps Partiel) du service dont je m'occupe. D'autres, assez peu nombreux, m'ont été offerts. J'ai aussi une sculpture. Je me suis toujours refusé à en faire une collection, comme certains de mes illustres confrères ou maîtres (Bonnafé, entre autres), j'ai déjà parlé dans ces pages de "mon" tableau de Mary Barnes. Mais il y a moins d'oeuvres d'art brut dans mon bureau que d'oeuvres d'art tout court (ce sont toutes des reproductions, évidemment : Matisse, Rembrandt, des antiquités egyptiennes du musée du Louvre et j'en passe.) J'adore Gaston Chaissac. Je suis abassourdi par le facteur Cheval et nombre de ses émules (sans jeu de mot), comme le petit Pierre et son manège à la "Fabuloserie" de Dicy sur Yonne. La folie de Van Gogh m'a passionné il y a très longtemps. J'avais adoré "l'enterrement dans les blés" de Vivianne Forester, qui a longtemps été mon livre préféré (ce qui me donne l'occasion d'éditer la Pensée de la nuit N°90, en passant). Mais je ne pense pas vraiment que tout ça s'appelle de l'Art brut, encore moins Van Gogh, bien entendu. C'est de l'Art tout court. Un point c'est tout. La folie, malgré toute la fascination qu'elle peut inspirer, reste secondaire. Souvenons nous, par exemple, que la maladie mentale et les artistes maudits ont été inventés à la même époque, au XIX° siècle. L'art et la folie n'ont qu'un seul point commun : l'humanité. Ce qui revient à dire qu'il y a pas mal de patients qui dessinnent ou barbouillent un peu partout dans les CATTP ou dans les ateliers d'Art-thérapie et qui ne sont pas des artistes. Excusez moi. Le pourcentage de vrais artistes y est aussi infime que dans la population générale, pour employer l'expression consacrée. Je suis tout à fait pour qu'on s'exprime. Et c'est très bien qu'il y ait des ateliers de poteries et des groupes de peinture dans les CMP, c'est très bien aussi qu'on ne passe pas son temps à "interprêter" les productions des patients dans leurs moindres détails, ça n'a jamais mais au grand jamais eu à voir avec des dessins d'enfants. En publiant cette notule, au fil du clavier, j'en viens à me dire que CISCOBLOG est, peut être, au même titre que tous les blogs, un bel exemple d'Art brut contemporain. Comme les "artistes" de l'Art brut (les "artbrutistes"), les blogs posent la question du rapport à la publication. Pour aller vite, j'y reviendrai peut-être un jour, internet permet au "blogger" l'économie de la critique, puisqu'il s'autopublie pratiquement sans le moindre frais. Un "blogger", même s'il s'implique dans le processus de l'écriture, n'y met pas son existence en jeu. A celui de l'édition réelle, il n'aurait jamais été publié. Il n'a donc d'existence que virtuelle, à moins, évidemment, qu'il ne soit écrivain par ailleurs. Cela ne fait que sourdre de lui. Pour moi, par exemple, "le Tumulte" de François bon, qui n'est pas un blog contrairement aux apparences, mais une vraie entreprise littéraire, est beaucoup plus un OVNI que n'importe quel blog à prétention littéraire (je ne veux evidemment citer personne). Le blog flotte au hasard sur le net. S'il rencontre un public, c'est seulement grâce à la statistique ou à la loi des grands nombres, pas grâce aux vrais efforts de son gestionnaire. A l'Internet, qui n'est rien d'autre qu'une juxtaposition infinie de solitaires devant leurs écrans, il manque la société, le risque. Deux choses, donc, au moins sont nécessaires dans l'Art : l'oeuvre, ce qui est fait, et le public, ce qui le regarde, l'écoute, en jouit. Pas d'Art sans public. Pas d'Art sans collectif, sans société, pas d'Art sans risque. Il y a toujours eu des artistes "fous", mais ils avaient leur propre idée du public, au moins dans leur tête. Ils ont eu droit, malgré leur folie et leur insuccès, voire même à leur médiocrité, à l'appellation d'artiste tout court. Mêmes incompris, ou justement à cause de cela, ils ont desespérément cherchés à ce qu'on les voie, les entendent, les lisent, quitte à en crever. Dès qu'un "arbrutiste" (Gaston Chaissac en est le meilleur exemple) pense à un public, c'est à dire une oeuvre, et non plus un simple produit, dès qu'il pense à faire éprouver à un autre ce qu'il exprime, il quitte le statut d'artiste brut et prend celui d'artiste tout court. Un artiste brut est un artiste qui ne pose pas lui-même la question de son public. C'est toujours l'autre (galériste, amateur, curieux ou scientifique) qui désigne l'artiste brut. L'artiste se désigne toujours lui-même, par son désir de montrer son oeuvre qu'il fait oeuvre en le montrant. Il manque à la production de l'"artbrutiste" qu'elle ne se définisse pas avant tout par rapport à l'autre. C'est en cela qu'elle n'est pas oeuvre. Pur produit du corps, voir déchet, excretion, sécrétion, encore le corps lui-même, pas déplié, invaginé dans lui-même, pour ainsi dire, elle ne défie pas l'autre. Que ce "produit" soit essentiellement humain, aucun doute. Mais qu'il soit artistique, c'est une autre histoire. Il peut y avoir des artistes qui ne trouvent jamais leur public, ce qui veut dire que la possibilité d'un "mauvais" artiste, ou bien celle d'oeuvre nulle, existe. L'Art brut échappe toujours à cela. Il n'y a pas de bon ou de mauvais artiste brut. Cela n'a pas de sens, cela ne se "donne" pas, en tout cas pas comme oeuvre. l'artbrutiste marche sur une seule patte, celle du Corps, et jamais sur celle de l'Autre. L'artbrutiste a probablement pris d'autres risques. Mais dès qu'il en forme le désir, dès qu'il se met à produire une oeuvre, il devient sans délai un artiste tout court. Exit l'artbrutiste et le folklore. C'est dire si l'Art brut est un oxymoron, ou bien les blogs, c'est le même.

02 octobre 2005

Tetracapillotomie pseudosociologique, 3 (ou 4 ?)

Bill Murray était déjà très connu avant "Lost in Translation". Mais ce film en a fait un véritable grand du cinéma mondial et l'a hissé, à juste titre et vu son âge, au niveau des derniers colosses hollywoodiens, de la trempe de Sean Connery ou de Clint Esatwood (juste un degré en desous de Robert Redford et de Paul Newman.) On se met à construire des films entièrement autour de son personnage de grand Duduche pas nunuche, déprimé comme il faut devant l'absurdité du monde, democrate un tantinet schizophrène. "Broken Flowers", de Jim Jarmuch serait juste un bon petit film s'il n'y avait pas Bill Murray. Grâce à lui, il passe dans la catégorie des très bon films. "Lost in Tranlation" et "Broken Flowers" son de relativement petites productions, des films dits d'auteurs. D'ailleurs "Broken Flowers" est dédié à Jean Eustache. Qui connaît Jean Eustache aux Etats-Unis ? (qui y connaît d'ailleurs Jim Jarmuch, se risquera-t-on à demander ? (et qui connaît Jean Eustache en France, par la même occasion ? )) Dans une "grande" production, le personnage de Bill Murray serait cantonné à des seconds rôles, il aurait même des chances d'obtenir un Oscar du meilleur second rôle, mais il resterait un honnête personnage de second plan. On ne fera jamais une "grande" production autour de ce personnage-là. Je dis le personnage, car l'acteur Bill Murray, à condition de laisser tomber le personnage, est probablement tout à fait capable de tenir des premiers rôles dans de "grands" films hollywoodiens. Mais ce n'était pas pour faire le critique de film que je voulais parler de "Broken Flowers" (allez tout de même voir "Broken Flowers", si ce n'est déjà fait, vous passerez un bon moment). Il y a dans ce film une scène de dîner compassé assez drôle, où tout le monde s'emmerde et où la nourriture n'est même pas bonne. Les trois convives (dont le personnage de Bill Murray) sont des gens très "comme il faut", ils se tiennent très bien à table. C'est de cela que je voulais parler, se tenir à table. Juste un tout petit détail, pour rester fidèle à l'esprit nombrilique de Ciscoblog, rester dans mon "personnage" à moi. Je me suis rendu compte que personne ne tenait ses mains sur la table, dans cette scène où tout le monde est bien élevé. Pourquoi avons nous cette impression étrange de mauvaise conduite, d'impolitesse, voir de "saleté" ? Parce qu'ils se touchent le corps en mangeant. Et en plus sous la table, c'est dire qu'on ne sait pas à quel endroit ! Chez nous, quand on est bien élevé, il faut laisser les mains sur la table. Chez les anglo-saxons, c'est l'inverse, il ne faut pas les y poser : dès que l'on ne se sert pas du couteau, la main libre doit disparaître, on doit la poser sur les genoux, sous la table, ce qui est justement tout à fait prohibé chez nous. Je pense que dans les deux cas c'est exactement pour les mêmes raisons, tout aussi puritaines : attirer le moins possible l'attention sur le corps. En France, il est inconvenant de le toucher en mangeant, d'où la nécessité de montrer ses mains en permanence, et chez les anglo-saxons ces mains mêmes ont quelque chose d'obscène, donc il faut les cacher. Il y a une dialectique entre la table et le corps : en Angleterre, elle ne doit pas faire corps avec le corps, elle ne doit pas êttre en continuité avec lui, en France les mains doivent en quelque sorte appartenir à la table, se séparer du corps, donc on doit les poser sur la table. C'est un peu comme la circulation, à droite et à gauche. C'est aussi une question de politesse - "je n'agresse pas, je n'en ai aucune intention", ni physiquement, ni sexuellement - , pas du tout une question de sécurité, ça existait bien avant les voitures. Se croiser sur un chemin, quelle grande difficulté : par quel côté se laisser passer (comment montrer qu'on ne va pas sauter sur l'étranger qui vient à nous et qu'on ne va pas l'étriper) ? Il n'y a pas trente six solutions : définir à l'avance le côté par lequel on va se croiser. Il faut bien "trancher", assez arbitrairement entre les deux solutions possibles, comme les mains, qu'on sépare ou non du corps. A droite, dans le Midi, car il faut montrer sa "droiture", à gauche, dans le Nord, parce qu'en cas de besoin on pourra toujours tirer l'épée plus facilement... Bon, que tout cela ne vous empêche pas d'aller voir "Broken Flowers". Bonne nuit.
Je ne suis pas parmi les 800 000 heureux élus du petit Nicolas... Tant mieux !

30 septembre 2005

Je sais, CISCOBLOG n'est pas trop bavard en ce moment. Des projets restent en plan, des textes traînent sur mon bureau en attente de début ou de fin. Il faut dire que je suis un peu bousculé au travail en ce moment, où la réalité dépasse de très loin la fiction (je raconterai peut-être tout ça un jour, dans dix ans, mais certainement pas avant) il y a des échéances qui ne peuvent plus attendre. Pour l'instant, il faut courber le dos et écoper en attendant une éclaircie... CISCOBLOG s'est toujours fait la nuit. Il arrive pourtant des moments où la fatigue est la plus forte. Je m'en tiens donc, plus pour très longtemps j'espère, à une maintenance parfaitement routinière, j'en conviens, et j'en profite pour faire des choses un peu fastidieuses quoiqu'indispensables, mais qui ne demandent pas trop d'énergie. La republication des archives de CISCOBLOG en fait partie. N'hésitez donc pas à fouiller en LCD parmi d'anciennes entrées qui redeviennent accessibles. Bonne pêche ...

25 septembre 2005

Mais qu'est-ce que je fais là, moi ?


24 septembre 2005

Un Haiku par bain, 24


Comme un miroir lourd
l'eau paralyse mon corps
Quel est ce silence ?

21 septembre 2005

Via l'Homme qui marche, un lien génial vers trois heures et des poussières de pur bonheur !
Je me lance ce soir dans un long travail de republication des archives de CISCOBLOG qui sont illisibles depuis que Blogger s'est "modernisé" (deux fois depuis 2002, en 2003 et cette année) et qu'il ne peut plus les publier sans les truffer de signes bizarres ni détruire la mise en page, pour des raisons informatiques qui m'échappent mais paraîssent définitives. Voici donc, et je suis assez fier d'y avoir réussi tout seul, la page de mai 2002 , qui est la première de tout CISCOBLOG. Je ne vous avertirai pas pour les autres pages, et je ne créerai pas de lien dans le corps du texte, mais elles apparaîtrons progressivement, jusqu'à totalement remplacer celles de Blogger dans la rubrique "archives" de la colonne de droite (LCD pour les intimes)
Un passionnant feuilleton sur la perspective dans la "Boite à Images"

18 septembre 2005

Un Haiku par bain, 23


Oasis inverse
Dans le tumulte du temps
Une île liquide

17 septembre 2005

Malgré la relative rareté de ses "posts" (guerre plus d'un ou deux par mois), je continue de m'émerveiller de la limpide simplicité des photos d'Alessandra Bovarini. Je donnerais tout mon photostream flickrien pour son seul dernier cliché...

14 septembre 2005

Pensée de la nuit N° 89


"Quand le terre claquera dans l'espace comme une noix sèche, nos oeuvres n'ajouterons pas un atome à sa poussière." Emile Zola, l'Oeuvre

12 septembre 2005

qui est-ce ?



Connaissez-vous l'auteur de ce tableau ? "Lunettes rouges" nous dirige vers cette exposition du musée Getty, entièrement visible sur le site (n'hésitez pas à zoomer sur les touches de pinceau)

09 septembre 2005

Raune, Vleu, Bouge et Jert


PRESENCES

Mon frère et moi avons partagé la même chambre tant que nous avons habité chez nos parents. La chambre était toute petite, elle sert maintenant de bureau à mon père, et quand je la revois, je me demande comment nous avons pu y vivre toutes les aventures que nous inventions alors (le dimanche matin nous jouions "aux cabanes" avec nos édredons pendant que les parents faisaient la grasse matinée, en rentrant de l'école, nous en faisions un terrain de basket "indoor", etc.) Nous dormions tête-bêche dans des lits gigognes. Nos parents étaient assez à cheval sur l'heure du coucher. Pas de télé sauf le mercredi, qui était alors la veille du mercredi, comprenne qui pourra, et après la piste aux étoiles de Gilles Margaritis, hop au lit lumières éteintes (pas questions de les rallumer, même en cachette, notre mère avait un sixième sens pour ça) Nous partagions les premiers instants en parlant dans le noir, ensuite, nous nous détachions l'un de l'autre et chacun se livrait à ses rêveries hypnagogiques personnelles. Nous avions des sujets métaphysiques. "Quand on regarde, est-ce qu'on voit la même chose ?" demandait mon frère. C'était le début de toute une palabre. « Quand on regarde, est-ce qu’on voit la même chose ? » « Est-ce que nous voyons les couleurs de la même manière ? » « Par exemple, une chose qui est bleue, et que nous appelons bleue tous les deux, le ciel, tel objet de notre chambre, croyons-nous seulement qu’elle est bleue ? Quelle est sa vraie couleur, en dehors de nous ? » « C’est notre cerveau qui nous la fait voir comme ça » « Peut-être que le ciel n’est pas bleu, en réalité, Il n'aurait aucune couleur. Ce serait seulement dans notre tête qu’il serait bleu » « Et si le monde, en réalité, n'était d'aucune couleur ? » « Il se mettrait à en avoir que si on le regarde, mais dès qu’on ne le regarderait plus, il aurait n’importe quelle couleur. Le monde serait gris » « Mais alors, ça serait pareil pour les formes ? » « Ben oui, ça serait pareil, mais les formes, c’est plus facile, on peut les toucher ! » « tu peux toucher la forme d’une montagne toi, t’est fort… » « Ca dépend de notre cerveau. » « Si je ne regardais plus le monde, il se mettrait à avoir n’importe quelle couleur, comment vérifier. Mais alors toi tu te mettrais à le regarder et alors il reprendrait une couleur, une couleur qui serait dans ta tête à toi, même si moi, je ne le regardais plus » « Si nous le regardions ensemble, ce ne serait pas sûr que nous voyions la même chose ? » « Oui, hein ! » « Es-tu sûr que ce que tu vois bleu, moi, je le vois bleu aussi ? Peut-être je le vois rouge, je veux dire « ton » rouge à toi. Et alors, « ton » rouge serait « mon » bleu. » Et si « tes couleurs n’avaient rien à voir avec les miennes. Si tes couleurs étaient des couleurs que je ne peut même pas imaginer, que je n’ai jamais vues et que je ne verrai jamais, des couleurs uniquement à toi » "Mes couleurs ? bleu rouge jaune et tout ? » « Qu’est-ce qui le prouve ? Comment sais-tu qu’il n’y a pas d’autres couleurs que celles que nous connaîssons » « Et comment on les appellerait, alors ? » « Ben je sais pas moi… Raune, Bouge, Vleu, Bert, par exemple " « et pourquoi pas étagère, crocus ou éléphant ? « « Parce que rien que de leur donner un nom on voit une étagère beige, un crocus bleu, ou un éléphant gris » « comme jonquille, par exemple, ou lilas, Jonquille jaune ou lilas lilas, tu as raison, mais lunettes par exemple… » « Lunette c’est une couleur : je suis sûr que tu vois une couleur quand tu penses à une lunette » « Bon : « il avait les yeux couleur lunettes, alors ! » » « Moi, je les vois marrons ces yeux lunettes, mais tu peux les voir noirs ou transparents, si tu veux » « C’est drôle, c’est juste une question de mots, il faut inventer un mot qui n’existe pas pour une couleur qui n’existe pas, on est obligé… Si je te dit bouge, ou raune alors tu ne vois aucune couleur, mais « ton » jaune, pour moi, peut être que c’est du bouge, ou ton bleu c’est du bert » « Alors on dirait que les objets n’ont aucune couleur en réalité, quand on ne les regarde pas. C’est notre cerveau qui leur donne une couleur » « Les couleurs ça serait juste des mots, les vraies couleurs, elles seraient invisibles » « non pas invisibles, on pourrait juste pas leur donner de nom » etc…etc…


06 septembre 2005





Et au milieu, coule une Ourse...

05 septembre 2005

Magique. Ouvrez grands vos quinquets et cliquez dans tous les coins !

04 septembre 2005

Un Haiku par bain, 22


Un seul bain vous manque
Et la douche est dépeuplée.
Retour au bercail.

Douze, 1


C'était un large escalier, entièrement en bois dont chaque palier faisait un angle droit avec le précédent. On disait que le premier propriétaire de l'immeuble l'avait acheté tel quel, déjà tout fait. Comme il avait bien fallu qu'il serve à quelque chose, il avait ensuite construit la maison tout autour. Son style manifestement germanique contrastait étrangement avec l'architecture haussmannienne ou plutôt post-haussmannienne qui l'englobait. Il semblait déplacé, malgré sa taille imposante et sa couleur sombre naturelle. Avec ses larges paliers et sa balustrade de bois tourné, il aurait pu se visiter comme une curiosité touristique du quatorzième arrondissement. Pas plus que la rue Simon Crubellier, la rue Jonquoy ne présentait, à vrai dire, d'intérêt particulier. Située dans le quartier Plaisance, non loin de la rue de l'Ouest et de la rue Vercingétorix - on se souvient du projet giscardien (peut-être même pompidolien) de "radiale" Vercingétorix qui se proposait de démolir tout un quartier de Paris au profit d'une pénétrante autoroutière sur laquelle les écologistes naissants firent leurs premières dents, avec succès, semble-t-il - la rue Jonquoy joignait la rue des Suisses à la rue Didot (des pénétrantes, d'axe Sud-Nord), la rue Pierre Larousse, qui longeait l'hôpital Saint Joseph, et celle de l'abbé Carton constituant les quatrièmes côtés des pâtés de maisons au Sud et au Nord. Peu de commerces, hormis au 2 (en face du 1), un café, "Le Cactus". Mais des ateliers d'artistes, comme dans tout le quatorzième populaire, et pas des moindres. Roy Adzak, américain de Paris, ami d'Andy Warhol et de Roy Lichtenstein qui s'était fait une spécialité d'exposer ses déjections corporelles, un homme peu facile d'accès qu'on rencontrait à tout heure de la journée, toujours de mauvais poil et entre deux vins au "Cactus", et surtout Zao Vu ki, tout petit chinois, poli et froid, en costume cravate qu'il vente ou qu'il pleuve, qui ne sortait presque jamais et qu'on ne voyait dans la rue que lorsqu'il dirigeait la délicate manœuvre qui consistait à sortir de son atelier d'immenses toiles toujours soigneusement emballées. Il y avait eu aussi une poignées d'ateliers d'artisans, avec pignon sur rue, se hélant dans la rue quand ils passaient et s'appelant par leurs prénoms, mais ils disparurent les uns après les autres. L'escalier reliait six étages, sept niveaux en comptant le rez de chaussée, qui était habité par la concièrge d'un côté et C.D. , de l'autre, trois appartements par étage (gauche gauche, gauche droite et droite) ce qui faisait, en tout, un petite vingtaine d'appartements.
Sereine Jeunesse, 1


Je me souviens de l'hôtel Moskva. Dans la deuxième moitié des années soixante, Je ne sais plus s'il existe encore. On pouvait y manger du caviar. A vrai dire, ça se faisait d'aller manger du caviar à l'hôtel Moskva. C'était bien avant le temps de la perestroïka. C'était un hôtel pour étranger et pour apparatchiks. Il suffisait d'avoir une tête d'étranger, c'est-à-dire par exemple d'être habillé normalement, en jean et T-shirt pour qu'on vous laisse entrer. Les grooms avaient des têtes de barbouze. Il me semble que l'hôtel Moskva donnait sur la place rouge, mais peut être était-ce sur la rue Gorki. C'était un restaurant au douze ou treizième étage d'un immeuble élégant et strict. On mangeait en terrasse, avec, finalement, j'y tiens, une vue sur l'entrée de la place Rouge. On y servait, au milieu de la nomenklatura et des diplomates, dans des plats d'argents posés sur des coupes de cristal, pleines de glace pilée, comme il se doit, un caviar gris sombre et luisant comme un fourrure de petit animal . On y servait aussi des pirojkis délicieux. Je ne me considérais pas encore comme assez âgé pour arroser le tout à la bière, comme le faisaient tous mes camarades plus âgés, ou au vin géorgien qui coulait à flots : je me contentais de l'eau minérale gazeuse en bouteilles de verre vert qu'on vendait aux touristes. Selon une sorte de coutume, toutes ces bouteilles n'étaient jamais desservies et s'accumulaient donc au centres des tables à nappes blanches empesées comme autant de témoins de l'immoralité des temps et pour qu'on puisse mesurer, rien que du regard, l'importance des convives et le brio avec lequel ils tenaient l'alcool. On n' est pas sérieux quand on a dix sept ans. A cette époque, le parti communiste français possédait un nombre incalculable d'officines plus ou moins officielles, plus ou moins secrètes et plus ou moins ouvertement financées par lui : des associations d'entraide, des associations de femmes, d'émigrés, des éditeurs, des librairies et des agences de voyage. Mon père avait déniché le catalogue de "Loisirs et Vacances de la Jeunesse" (LVJ) qui était imbattable pour les séjours en URSS. Le voyage à Moscou était la récompense d'un bac réussi avec mention (assez bien) et des études médicales qui s'ouvraient largement devant moi. Je me rendis vite compte que le voyage auquel je devais participer n'était pas un voyage seulement touristique ("rencontres avec la jeunesse soviétique", disait, par exemple, la brochure). C'était un voyage "officiel" qui ne disait pas son nom. Il était dirigé, à la manière des commissaires politiques par un membre assez élevé de l'appareil des "jeunesses communistes", puisqu'ils contrôlaient LVJ, dont je ne me souviens plus du nom, mais je n'ai plus jamais entendu parler de lui plus tard comme député de la gauche ou encore moins comme ministre. Il était entendu que les participants au groupe, garçons et filles, n'étaient en aucune manière des militants triés sur le volet, mais vu qu'il s'étaient adressés à LVJ pour leur voyage en Russie ils savaient quand même à quoi s'en tenir sur leur représentativité pour les Journées Mondiales de la Jeunesse. C'était donc d'une manière inofficielle mais implicite qu'ils en constituaient la délégation française (le pape, avec les JMJ, n'a fait que reprendre une vieille idée stalinienne et éculée). Beaucoup d'entre nous étaient quand même tombés là comme des cheveux sur la soupe. Il y avait comme une mauvaise foi dans ce recrutement qui ne disait pas son nom, sous des protestations d'oecuménisme : le parti ratissait large, il fallait montrer qu'il recrutait par trains entiers, même s'il attirait ses proies sous couvert d'une agence de voyage anodine. Nous partions faire du "tourisme", nous nous trouvions "enrôlés", on ne dira pas "malgré nous", dans les rangs des sympathisants, des "compagnons de route" et des "représentants de la jeunesse mondiale", échantillon justement représentatif puisque quasi prélévé au hasard parmi, disons, la jeunesse de gauche, humaniste et généreuse sinon tout à fait enthousiaste. Nous n'étions pas seulement tendres et crédules, mais nous nous sentions vaguement complices, coupables ou manipulés, selon notre degré de croyance en l'avenir de l'homme et aux lendemains qui chantaient. Notre responsable de groupe, un moniteur un peu plus âgé que nous, n'était pas inscrit au parti, mais il savait ce qu'il faisait tout en prétendant pouvait préserver son libre arbitre. Nous avions tout des parents staliniens, qui nous avaient envoyé là sans notre désaccord, d'ailleurs. Rares étaient ceux qui étaient venu pour voir par eux même : l'agence de voyage avait, avec suffisamment de perversité mis cartes sur table. En général, on était sympathisant ou au moins bienveillant. Nous nous attendions à vérifier in situ ce que ceux qui nous envoyaient là bas, voulaient savoir : L'URSS était le premier pays du monde et sa jeunesse la plus lucide et la plus enthousiaste. Je n'en voulais absolument pas à mon père de m'avoir payé, en guise de récompense d'un bac réussi, ce voyage plus politique que d'agrément et je m'apprêtais, bon fils que j'étais, à confirmer l'avance évidente de la société socialiste sur l'occidentale. J'étais de toute façon intéressé (Moscou valait bien une messe) et partais à l'aventure avec enthousiasme. J'avais fait le plein de colifichets et de stylos à bille, dont on disait, même les amis de mon père, qui revenaient d'URSS et qu'on ne pouvait pas soupçonner de mauvais esprit, que les autochtones, en plus d'être héroïques, étaient friands. Mon père m'avait confié la camera super huit familiale, avait bourré ma valise de pellicules vierges et s'attendait, après mes derniers succès de vacances comme "Venise en contre jour" et "Carinthie sous la pluie" à ce que je ramène le reportage du siècle sur les merveilles de la Grande Patrie. J'avais la ferme intention de ne pas le décevoir. Je partis donc sur les lieux du tournage la tête pleine d'idées de montage à la prise de vue et de musiques d'accompagnement. Il faudrait maintenant, pour être tout à fait dans le ton, avoir en tête la pompe étincelante de "la Grande Porte de Kiev" de Moussorgski, orchestrée par Maurice Ravel ou la sensualité surannée des "Danses Polovstiennes" de Borodine. Le film, effectivement réalisé, plein de panos tremblés et de plans de six secondes, dignes de Dziga Vertov, d'une durée d'un bon quart d'heure, qui est un saisissant accéléré de toutes les merveilles de la Patrie du Socialisme deux ans avant mai 68, a malheureusement disparu au cours d'un de mes nombreux déménagements. Le rassemblement avait lieu à la gare de l'Est. C'était en train que devait se faire le voyage. Il y avait pas mal de jolies filles un peu plus âgées que moi, des célibataires, des couples à venir, des couples déjà constitués dont l'inévitable chanteur et guitariste, sympathique au demeurant, avec son inévitable petite amie béate d'admiration qui animerait tout le voyage avec le répertoire complet de Georges Brassens, Jacques Brel et Jean Ferrat. Il y avait aussi le couple franchouillard, vieilli avant l'âge, embarqué dans l'aventure par erreur, pour le coup, gaulliste, qui servait d'excellente caution démocratique au parti et de repoussoir au reste du groupe, chauvin, je ne dirais pas petit bourgeois car nous l'étions tous. Il y avait le vieux qui se croyait encore jeune et faisait des plaisanteries douteuses et aussi le vieux qui l'était encore vraiment avec son "esprit ouvert" un peu simplet, sa moustache, son bermuda et son Instamatic. J'étais parmi les plus jeunes sinon le plus jeune. Et impressionné par les jolies filles. J'avais appris, en deuxième langue, un peu de russe encore tout frais dans le si proche secondaire, toujours pour faire plaisir à mon père, et c'était le peu de pratique de cette langue qui me distinguait un tant soit peu des autres, non pas par supériorité mais pour l'embarras qui pouvait en résulter, on verra comment un peu plus loin. Le voyage dura trois jours, dans la promiscuité obligée du train qui préfigurait les acquis futurs de notre éphémère et hétéroclite communauté. Le Paris Moscou régulier était un train russe. Les compartiments se transformaient le soir en chambrettes d'un luxe tout prérévolutionnaire avec petites lampes de chevets sur les tables basses à rabats. C'était du plus coquet effet et fort propice aux visites ou invitations dans les compartiments des filles, où nous passions le temps à boire, débattre toute la nuit et tomber amoureux au petit matin. C'est au cours de ces ébats que nous franchîmes la frontière entre les deux Allemagnes et fîmes face sans vraie frayeur aux tracasseries de vopos et de leurs têtes d'enterrement. L'imminence de la traversée du mur de Berlin nous plongea au second matin dans une sorte de recueillement angoissé. Par ses arrêts inopinés, ses ralentissements, ses redémarrages improbables et inattendus le train se montrait un metteur en scène hors pair. Visages collés aux vitres, silencieux, nous traversâmes au ralenti un long no mans’ land tout enchevêtré de barbelés et de béton armé. Une lente litanie de murs muets et de fenêtres aveugles défilait en arrière plan. Je filmai l'instant précis où nous franchîmes le mur, à vrai dire le pignon d'un immeuble déserté perpendiculaire à la voie. Puis ce fut Berlin Est, avidement contemplé, et le train réaccéléra vers les vastes forêts d'Europe centrale. Il y eu des centaines de kilomètres de bouleaux, de clairières et de petites maisons de bois. La langueur des voyages transeuropéens commençait à nous gagner. Nos voix se turent petit à petit, nous nous renfermâmes chacun sur nous mêmes, lents et contemplatifs, nos yeux se perdaient dans les paysages immuables (forêts, prairies, isbas) et nous laissions nos têtes et nos corps se bercer aux balancements organiques du train qui fonçait en fuyant le crépuscule. Notre jeunesse était sereine. La vision du paysage en mouvement déroulait les pensées en volutes et les poèmes montaient aux lèvres. Il y eut un très long arrêt nocturne à Brest Litovsk pour changer l'écartement des roues des wagons, les voies russes n'ayant pas la même largeur qu'ailleurs, encore des douaniers et des soldats, et nous pénétrâmes, l'esprit un peu embrumé par le manque de sommeil ou l'hébétude mais le cœur battant, sur le territoire soviétique. C'était nuit noire, nous écarquillions les yeux, il n'y avait rien à voir. Le jour se leva sur les mêmes espaces infinis et socialistes. Minsk arriva au milieu de la plaine, pendant que nous courions vers le soleil. Des voyageurs descendaient, d'autres montaient, comme dans tous les trains. A deux ou trois téméraires, nous nous aventurâmes dans la gare, puis dans la ville, enfin, juste devant la sortie principale. Une avenue d'une largeur inconcevable, de vieux bâtiments modernes, avec des tramways déjà d'un autre âge furent notre première vision du paysage soviétique, plutôt furtive, pusqu' il fallut rejoindre en courant le train qui partait sans nous (le souvenir de cette incursion d'à peu près une minute trente sur cette avenue de Minsk - tout ce que je connaîtrai jamais de la Biélorussie - est non seulement resté gravé, des années durant, sur le film super huit perdu dans les déménagements, en un plan séquence de quinze secondes obscurci rythmiquement par les masses sombres des camions qui passaient, mais aussi dans ma mémoire, comme souvenir "écran" : je me suis longtemps demandé ce qui se serait passé si nous n'avions pas pu rattraper le train. J'en conçus une expression de ma langue interne : "voir Minsk", qui désignait une forme très précise d'acte irréfléchi, impulsif et téméraire que la vie m'a donné pas mal d'occasions d'utiliser). Le matin du troisième jour, le train, tel un sprinter vainqueur juste avant la ligne, eut une sorte de relâchement, un ralentissement de satisfaction qui annonçait le terminus : Moscou, enfin.