| CISCOBLOG « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal |
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16 novembre 2009 Tanka, 14 Dans le matin calme Les balladins de l'Eau Vive Consolent leur âme Marchons dans les feuilles mortes Aux derniers feux de l'automne
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16.11.09
11 novembre 2009 Il y a une raison précise à la re-publication de ce post d'octobre 2002 : la mort de Georges Michel Salomon, le papa de mon amie Agnès, dans l'incendie de son appartement. Il avait quatre vingt huit ans. Ses deux parents avaient été déportés en 1942. Il ne les a plus jamais revu. Il avait à peine plus de vingt ans. Ils habitaient l'appartement de la rue Pierre Nicole depuis 1935. C'était l'un des fondateurs de l'enseignement du travail social en France et un homme remarquable, comme on en fait presque plus. Comme celle de tous "nos" pères la présence de Georges Michel est "en creux" dans le récit qui suit ici. Je me souviens d'Anne Franck et des vingt-huit ans de ma mère. J'ai cru un moment que c'était un faux souvenir, que les dates ne correspondaient pas. Mais en refaisant mes calculs, je me rends à l'évidence : je me souviens bien des vingt-huit ans de ma mère. J'avais cinq ans. C'est d'ailleurs un souvenir de tout petit garçon. Je parlerai un jour de l'extraordinaire capacité des souvenirs à "oublier" le temps : que je me souvienne de l'anniversaire des vingt-huit ans de ma mère, de la chasse aux sauterelles avec mon grand-père, de ma maîtresse de l'école communale, madame Massé, du jour du résultat du bac ou de l'internat ou de la première fois que j'ai fait l'amour, j'ai toujours le même âge. C'était il y a quarante-cinq ans et je le vis comme si c'était aujourd'hui, mais aujourd'hui, précisément au moment où je me souviens, j'ai l'âge que j'avais au moment où le souvenir se passe, il y a quarante-cinq ans. Au moment précis où je me souviens je suis à la fois moi-me-souvenant, maintenant, et celui que j'étais alors. Comme si le souvenir m'avait aspiré dans son temps propre. J'ai cinq ans. Je me souviens que nous étions chez Fanny, la mère d'Agnès Seules "les mères", comme nous disions alors, étaient présentes, et les enfants. Les pères étaient au travail. Il y avait peut-être Franklin et sa maman Monique et Alain et sa maman Yvette. L'appartement des parents d'Agnès était un tout petit appartement dans une HLM de la ville de Paris de la rue Pierre Nicole, aménagé douillettement, avec des canapés et des fauteuils profonds de couleur sombre et des lumières tamisées avec plein de livres et de glaces partout. J'ai précisèment le souvenir de galipettes ou de chahuts sur un canapé, avec une image renversée de miroir éclairé de côté, de rires et de réprimandes, de bougies soufflées sans façon. Les petits enfants trouvent toujours drôle qu'on f?te l'anniversaire des grands, ils se demandent si les grands y croient vraiment, si c'est un jour si important que ça pour eux et s'ils doivent y croire, eux, les petits. Il y a deux événements merveilleux dans la vie des petits : l'anniversaire et Noêl : les grands, ça fait longtemps qu'ils n'y croient plus, au père Noël. Mais dans le souvenir "des vingt-huit ans de ma mère", ce qui m'émeut n'est pas seulement que je revive la jeunesse et la beauté de ma mère, avec ce sentiment (très "oedipien", j'en conviens) d'y "être", de la manière que je disais plus haut. Ce qui m'émeut est une évocation, toujours la même, liée au souvenir des galipettes au fond d'un canapé sombre. C'est celle d'Anne Frank. Car toujours Anne Frank vient occuper ma pensée quand je convoque le souvenir des vingt-huit ans de ma mère et les souvenirs de l'appartement des Salomon, rue Pierre Nicole. Vingt-huit ans, c'est peut-être l'âge qu'aurait eu en 1954, Anne Frank si elle avait survécu, mais l'association ne repose pas sur un jeu avec les chiffres. C'est que cette scène se passe à peine dix ans après la fin de la guerre. Nos mères étaient persuadées d'avoir échappé au massacre par chance, uniquement. Avec toute la culpabilité inconsciente que ça vous colle. Anne Frank avait justement leur âge en mille neuf cent quarante-trois ou quarante-quatre. Elles avaient lu le "Journal d'Anne Frank" en pleurant et en pensant à leurs amies disparues. Comment peut-on imaginer que leurs enfants n'aient pas pris leur tristesse de plein fouet. Il y a des choses qu'on ne devrait pas dire aux petits. Mais justement on ne leur a pas dites. Quarante-cinq ans après, ils s'en souviennent encore, pourtant.
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11.11.09
10 novembre 2009 Pensée de la nuit N°162 "Prisonnier de son ornière, il prétend qu’il œuvre aux fondations." Eric Chevillard, l'Autofictif (merci, F.M.)
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10.11.09
09 novembre 2009 Cet après midi j'ai encore failli avoir le syndrome de Stendhal. Je suis assez sujet au syndrome de Stendhal comme vous le savez si vous fréquentez Ciscoblog. J'ai comme une faiblesse de ce côté là. J'ai failli l'avoir mais je ne l'ai pas eu. Heureusement car je conduisais ma voiture, sur le grand viaduc autoroutier de l'A15 qui enjambe la vallée de la Seine en une courbe qui a des douceurs de hanches. C'est un coin où je ne vais pratiquement jamais. Si j'y venais souvent j'y serais habitué. Mais là, j'ai failli avoir le syndrome de Stendhal. Il y a je crois un tableau célèbre de Monet qui s'appelle "la Seine à Argenteuil" . Il l'a peint plusieurs fois. Il y a amené ses copains, Sisley, Caillebotte, Manet. Cela n'est pas étonnant que les peintres aient pris le coin comme modèle. Ils y ont peint des paysages élégiaques baignés de lumières vibrantes. On y voyait des barques, de petits voiliers des peupliers ou des ponts aujourd'hui disparus. Plus trop de nos jours, mais le paysage y est toujours sublime. La Seine à Argenteuil est belle depuis les temps préhistoriques, quand les brontosaures venaient y boire. Ce n'est pas l'urbanisation d'aujourd'hui, ni la disparition des brontosaures et des impressionnistes qui lui fera perdre sa séduction. Je revenais donc d'Ermont en direction de Paris. L'autoroute (c'est une sorte de bretelle, un brin de l'incroyable enchevêtrement de bitume qui court jusqu'au Grand Stade de France à Saint Denis) descendait du coteau et débouchait sur le beau viaduc en une belle courbe à gauche très roulante. A ma droite, dans la demi brume de cette fin d'après midi d'automne gris le paysage se déployait. On pouvait voir le skyline de la défense, complexe, ne rendant rien à celui de mégapoles mondiales, champ de pointes et d'épines noires, biseautées miroitantes, où contre toute attente, pourrait-on dire, les lignes obliques dominaient étrangement les verticales, laissant deviner des jeux de courbes, des volutes, des boucles en attente, puis, première aspérité remarquable sur l'étendue presque infinie de l'amas des maisons et des immeubles qui y faisait suite, la Tour Eiffel très nette dans le lointain, balise immuable, rassurante et presque banale. Mais la perspective, rendue mobile par le mouvement de la voiture qui dévalait le viaduc, amorçait un lent travelling, se déployant vers le Nord. La coulée scintillante de la ville s'élevait comme une bulle de lave vers la colline de Montmartre surmontée du Sacré Coeur qui se découpait sur les nuages posés tels des touches de peinture. Le viaduc plongeait vers le fond de la vallée, virant en pente douce, on survolait maintenant une zone industrielle couverte de citernes alignées par douzaines, de myriades de hangars, de parkings, d'usines et de cheminées d'usines qui aspiraient le ciel. Ça et là, des plages résidentielles, comme dans les jeux vidéo, avec des achèlèmes plantés comme des piquets au milieu des friches. Je cherchai le fleuve des yeux et ne le trouvai pas d'emblée, occupé tout de même que j'étais par mon premier devoir d'automobiliste : surveiller la route. Il était là, pourtant, presque mince ruban d'acier mat aux ondulations immobiles. C'était lui que le viaduc enjambait telle un ruisseau au fond d'une rigole, généreusement : non seulement il l' enjambait mais il enjambait aussi les berges, mais aussi les villes et les collines. De la haut, avec l'effet de la courbe, la Seine semblait monter vers le ciel blanc comme dans un avion. Puis le viaduc se posa sur le coteau d'en face et la route se confondit à nouveau avec une route. Je m'accrochai au volant, prêt à freiner : j'avais le cœur qui débordait de la beauté du monde.
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9.11.09
07 novembre 2009 Un ch'ti lien sympa pour changer, relayé par Mnémoglyphes (un autre ch'ti lien sympa, d'ailleurs pour ceux qui ne le sauraient pas déjà) posted by grossmann | 7.11.09 06 novembre 2009 Tanka, 13 Mille feuilles mortes Dans le halot de mes phares Que le vent emporte Je fonce dans la nuit noire Et j'ai le cœur qui déborde
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6.11.09
29 octobre 2009 Un haïku par bain, 95 C'est un bain raté Qui devait être une douche Hygiénique et leste
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29.10.09
24 octobre 2009 Un haïku par bain, 94 Recouvert de mousse Je me prends pour une star Tant pis pour mon âge ! 18 octobre 2009 Caramba ! Philip Roth a encore raté le Nobel. Ma petite plaisanterie annuelle commence à ne plus être drôle. Ce n'est pas de ma faute. Est-ce un hasard (ou une malignité) si les éditeurs français publient chaque année son dernier livre au moment de l'attribution du prix ? Et comme il n'y a pas plus anti-américains que ces messieurs du comité Nobel (même le prix à Obama est un acte d'anti-américanisme) nous ne sommes pas prêt de voir notre génial auteur préféré couronné. Au fond, le Nobel ça n'a pas d'importance. Mais je recommencerai ma petite plaisanterie l'année prochaine et les autres années jusqu'à la mort de Roth où l'on pourra alors vraiment dire qu'il n'aura jamais le Nobel... Je suis plongé dans "Exit Ghost" et je commence à croire que ce qui me ravit chez Roth c'est son côté oulipien. Il y a plus de similitudes entre Philip Roth et Georges Perec qu'on croit. Il y a un côté vraiment "La vie Mode d'emploi" chez cet illustre représentant de grand récit américain. Philip Roth est un écrivain "à contrainte". Etre "à contrainte" c'est mettre la question de la fiction au centre même de son projet littéraire. L'œuvre entière de Roth (on discutera plus tard de son aspect "résistant" qui est moins "littéraire "par définition) pourrait se résumer à une interrogation magistrale sur la fiction et partant, sur l'identité. La contrainte, chez Roth, c'est l'écart, incroyablement travaillé, incroyablement ciselé, qu'il interpose entre lui et son narrateur, dans une mise en abîme jubilatoire et géniale, construite patiemment, obstinément, sans jamais dévier d'un poil, de livre en livre et de volume en volume, dans ce travail d'illusionniste (on dit magician en anglais) qui sort sans cesse des lapins de son chapeau. Car la fiction c'est le faux, le fake, et c'est toujours le faux même quand c'est vrai. Avec Roth ce qui est épatant c'est que c'est toujours vrai, donc faux... Il ne nous dit qu'une chose : le mensonge est plus beau que la vérité mais la vérité ne rachète jamais le mensonge (relisez donc "la tache" ,"The human stain", ce chef d'oeuvre) Mentir c'est parler de la vérité par l'autre bout de la lorgnette car le malheur veut qu'à dire la vérité on ne fait jamais que mentir. mais si l'écrivain ne peut que mentir, l'homme, lui, celui qui écrit , celui qui tient le stylo, l'homme de chait et de sang, doit, s'il veut se racheter, faire au moins une chose : se taire, refuser de parler, même si pour cela il doit vivre en reclus solitaire au milieu des Beckshires désertiques. et pour Roth on aura compris que le meilleur moyen de se taire c'est d'écrire, écrire encore et encore, sans fin. On sait que, maintenant âgé de soixante quinze ans, il a l'intention d'écrire son dernier roman sans jamais s'arrêter d'écrire. Mettre en même temps un point final à la fiction et à la vie. Dieu lui en donne la force. "Exit ghost" ce sont donc Roth et Zuckerman, Ann Franck et Amy Bellette, les quatre mousquetaires quarante ans après, au seuil de la mort, se débattant contre les maladies les plus immondes dans une crudité crépusculaire qui fait froid dans le dos, on a toujours froid dans le dos en lisant Roth. même quand c'est drôle. Dans les romans de Roth, la fiction est cette chose qu'il faut lancer comme un plus lourd que l'air, accélérer comme une fusée, à qui il faut donner beaucoup d'élan pour qu'elle plane un peu au-dessus du monde, échappant à peine au champ d'attraction de la vie où elle sera irrémédiablement ramenée en cas de relachemant ou de perte d'énergie, comme la matière attirée est engloutie par les trous noirs. Il y a, entre fiction et réalité, une lutte pathétique, admirable, antinomique. Au bout du compte, "tenir" la fiction, comme les avions "tiennent en l'air" relève du miracle, du mystère. On bat des mains, on est emerveillé, comme au festival d'acrobaties aériennes. Le livre peut voler, si on lui insuffle assez de force. L'écrivain, l'homme, lui est voué à l'inertie et la mort. Roth dit qu'il ne relit jamais ses livres. Je soupçonne que c'est faux. Il les relit. Mais c'est là précisément qu'il est le fantôme. C'est un survol crépusculaire et laborieux. Sous lui défilent les scories et les apories qu'il a voulu désaffecter. Il n'y reconnaît rien de lui, puisqu'il a menti. Nous avons cru que c'était sa jeunesse, ce n'était pas la sienne mais la nôtre, nous avons cru que c'était son âge mûr, ce n'était pas le sien mais le nôtre , nous croyons que c'est sa mort, mais ce n'est pas la sienne, juste la nôtre. Il est là, devant nous gris et mélancolique, les yeux dans le vide, presque hébété, certain seulement de son échec.
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18.10.09
15 octobre 2009 Tanka, 12 Furtif projectile L'insensible TGV Déchire la nuit Il m'emporte l'imbécile Loin d'où mon coeur est rivé
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15.10.09
10 octobre 2009 Acier, payne, de plomb, tourterelle d'étain, perle, fer, ardoise, pinchard, souris, les noms de gris n'y suffiront pas, non plus ceux des bleus, turquin, guede, pétrole, de Prusse, ardoise, ni ceux des bruns, châtaigne, terre d'ombre, bronze, cachou, café, ni des noirs, aniline, charbon, d'encre, de fumée, ni même des verts, impérial vert de gris, olive, glauque. Un ciel de peintre, un ciel de salles hollandaises des musées, un ciel sublime ce dimanche au-dessus de la seine, des ponts, et de l'île Saint Louis. pour la première fois depuis longtemps, en cet automne flamboyant, le soleil ne luit pas. Les nuages, étalés dans le ciel au couteau ou à larges coups de brosse, se pressent fièrement comme à la parade, juste pour se faire admirer, pas pour pleuvoir, qu'on ne le craigne même pas. Au dessus des ponts en enfilade, superposant leurs tabliers rectilignes et mêlant leurs arches de toutes les formes, ils courent, changent et se transforment comme le plumage d'un énorme perroquet gris du Gabon qui ébourifferait le ciel.
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10.10.09
06 octobre 2009 Pensée de la nuit N°161 : "Toutes les nuits je rêve que je me pince" Eric Chevillard, L'Autofictif
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6.10.09
05 octobre 2009 ![]() Quai d'Orléans, Paris, lendemain de nuit blanche. posted by grossmann | 5.10.09 Un Haïku par bain, 93 Entre deux tracas
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5.10.09
Tentons de nous diluer Bath in translation 02 octobre 2009 Pensée de la nuit N 160 "Cela me procura un soulagement amer, comme lorsqu'on termine la lecture d'un livre après avoir craint de mourir enfermé dedans". Patrick Besson, Mais le fleuve tuera l'homme blanc
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2.10.09
25 septembre 2009
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25.9.09
19 septembre 2009 Histoire de Jean Luc, 1 Souvent Haltman se souvenait du professeur Weill. Cela devait être un très vieil homme maintenant. Le professeur Weill avait été chef du service de Néphrologie au CHU Henri Mondor à Créteil au temps de la jeunesse d'Haltman. Il avait été le doyen de la faculté de médecine. "Doyen" voulait dire "président" même si l'on élisait à ce poste prestigieux des médecins déjà un peu âgés. A l'époque le professeur Weill ne devait pas avoir été tellement plus âgé qu'Haltman aujourd'hui. Haltman pouvait dire que c'était l'un des hommes les plus remarquables qu'il avait rencontré. Voilà comment cela s'était passé. A la fin de son internat, Haltman en attendant un poste d'assistant, avait occupé un poste de médecin vacataire à mi-temps aux Mozards. Bonnafé, le père créateur, qui avait déclaré la fin de "l'implantation préalable", était parti à la retraite fâché avec son équipe qui s'était voulue encore plus radicale que lui et prétendait en tout cas pousser la théorie de l'implantation préalable le plus loin possible. Elle refusait énergiquement la construction des soixante lits d'hospitalisation qu'il préconisait maintenant. La bataille faisait rage contre les lits qui étaient vécus par les disciples, maintenant traités vertement de gauchistes par le maître ou même de socialistes ce qui était la pire injure dans sa bouche, comme une véritable trahison. L"autre mi-temps avait consisté en une sorte de mission : il avait été envoyé, sorte de commissaire politique, participer à la liaison entre le secteur public et ce qu'on appelait le médico-social étant entendu que pour sociale que la psychiatrie publique se proclamait elle voulait surtout ne pas se séparer de la médecine ni de l'hôpital laissant au "privé associatif" (les familles) la gestion des prises en charge à très long terme. Le CAT (centre d'aide par le travail) de Dormeil était l'une de ces institutions du médicosocial issue du paternaliste industriel qui avait eu son heure de gloire presque cent cinquante ans plus tôt. Il se situait dans le quartier de La Nacelle qui s'étendait en contre-bas de la nationale sept entre le chemin de fer et les bras entremêles de l'Essonne. c'était là que s'était tenu jusqu'à une époque toute récente, elle vient d'être démolie, l'un des plus formidables monuments industriels de la région, la grande papeterie Darblay, fierté de la ville avec les Grands Moulins. A la fin des années soixante dix c'était l'une des usines à papier les plus importantes d'Europe. Elle avait employé jusqu'à plus de mille ouvriers et fait vivre la ville pendant des décennies. La famille Darblay, l'une des fameuses "deux cent familles", c'est à dire actionnaires de la Banque de France, avait tout fait, à l'instar par exemple des Godin dans le Nord, pour "fidéliser" ses ouvriers. On avait construit des écoles, des cités ouvrières, des dispensaires, on avait même bâti une chapelle tout près de l'usine, de l'autre côté de la rue de la papeterie. C'est autour de cette chapelle, probablement achetée pour le franc symbolique par l'association de familles de malades mentaux "les Papillons Blancs", transformée en menuiserie que s'étaient regroupés les "Ateliers de la Nacelle" à la fin des années soixante. L'idéologie des Centres d'Aide par le Travail, essentiellement véhiculée par les associations de familles qui avaient légitimement besoin de structures pour prendre en charge, en dehors de tout soins, leurs enfants reposait sur le concept de "handicap" que les psys ont toujours beaucoup suspecté. pour les psys et pour dire les choses rapidement sinon simplement la maladie n'était pas un handicap, c'était une "dépendance évolutive" susceptible de progrès et objet possible de soins. Le "handicap" écartait a priori le soin puisqu'il se donnait d'emblée comme fixé, définitif, soumis à un taux d'invalidité arrêté par les autorités sanitaires. Le handicap mental, cette maladie mentale "cuite" pour ainsi dire existe pourtant bel et bien, mais il n'a jamais été pris en compte tel qu'il était par la psychiatrie publique. Ce n'était (et n'est toujours pas, c'est une question de définition) son affaire. Dès qu'il était question de handicap (de mongolisme par exemple) on évoquait lle médicosocial et l'éducatif. C'est pourquoi on ne trouve aucun handicapé mental dans les hôpitaux. Dès les années soixante dix on les avait tous confiés au médicosocial. Ce sont ces idéologies contradictoires qui ont fait que la psychiatrie et le médicosocial se sont toujours regardés en chiens de faïence. mais n'ont jamais pu se passer l'un de l'autre (malgré leurs rêves parallèles) Il y avait à cette époque une grande méfiance entre les psys et les associations de familles. Mais la psychiatrie n'a jamais pu rester pure et dénier complètement la possibilité du handicap : il y avait par exemple des malades mentaux dont la guérison tardait beaucoup. Leur maintien dans une structure de soins avec des chances d'évolutions quasi nulles étaient la cause de l'évolution asilaire des dites structures. La psychiatrie avait besoin de portes de sortie pour ses échecs. On pouvait même dire que ses chances d'échapper à une évolution asilaire étaient de garder des liens avec le médicosocial dont elle critiquait si souvent les pré-requis. Plus un service était "alternatif" plus il avait de liens avec le médicosocial. C'était un véritable paradoxe. Cela avait aussi la source de graves malentendus qui persistent encore parfois de nos jours. A partir du moment où nos enfants étaient des "handicapés" et non plus des "malades mentaux" (terme toujours connoté de dangerosité) on pouvait penser que la société avait plus de devoirs à leur égard, ou plutôt on pouvait le penser plus facilement, sans arrière pensée. Le handicapé avait des droits alors que ceux du malade dangereux étaient suspendus par une loi spéciale, la loi de trente huit (du 30 juin 1838). Ils avaient par exemple le droit de travailler et les associations de familles se battaient à juste titre pour tout ce qui pouvait renforcer leur dignité. Cependant le problème restait celui de la "rentabilité". Le handicapé, par définition ne pouvait se soumettre aux cadences normales. Il lui fallait donc un lieu de travail adapté avec un salaire adapté lui aussi qui ne pouvait pas correspondre au SMIC des normaux qui auraient bien entendu hurlé qu'on les prenait pour des handicapés. Travail adapté, salaire adapté (modification de la pension d'invalidité en fait) et aussi encadrement adapté : éducateurs à la place de contremaitres. On avait donc inventé un corps spécial d'intervenants, à la fois contremaitres (il fallait bien produire, on n'était pas à l'opérette) et éducateurs (il fallait bien tenir compte du handicap). C'étaient les éducateurs techniques. Pour être éducateur technique il suffisait d'être normal et d'avoir travaillé dans l'industrie ou dans l'artisanat. C'étaient bien souvent de vieux artisans en faillite ou de vieux ouvriers en pré-retraite pavés de bonnes intentions qui ne s'attendaient en général pas au choc de la rencontre avec la souffrance mentale. C'était pourquoi on avait tout de même besoin de psys. Mais leur intervention restait délicate tant la méfiance des familles était grande à leur encontre, eux qui n'avaient pas su guérir leurs enfants. Bref, on avait envoyé le soldat Haltman au CAT.
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19.9.09
17 septembre 2009 Un haïku par bain, 92 Silence abyssal Où je me suis englouti De l'eau plein l'oreille
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17.9.09
16 septembre 2009 Tanka, 11 Le long de l'A20 La file des éoliennes Agitant leurs pales De pathétiques géantes Scandent ma route incertaine
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16.9.09
11 septembre 2009 Cent quarante twitts de cent quarante signes, 1 Il faudrait un jour publier cent quarante twitts comptant exactement cent quarante signes (à celui là, par exemple, n'en manque pas un seul)
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11.9.09
Pensée de la nuit N° 159 : "Ce qui est bien avec Quignard, c'est qu'on peut facilement le parodier, son parti pris de "crudité" est souvent à la limite du casse-gueule"
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11.9.09
On voudrait nous faire croire que les livres nous racontent des histoires. C'est l'inverse : ils nous racontent nous. C'est nous les lecteurs qui sommes des histoires. Nous sommes de la même matière que les nuits de Shéhérazade. Nous n'existons que parce que nous sommes racontés. Les livres de nos bibliothèques ne racontent mille et une fois qu'une seule chose : moi, vous, leurs lecteurs. Le livre n'est pas un objet que je tiens ou que je scrute et dont j'absorberai silencieusement la substance invisible. Le livre me produit, au sens littéral du terme. Je suis la substance dont je viens de parler. Je suis moi lecteur le résultat de ma lecture, dans le temps même où je suis en train de lire. Rien d'autre qu'une identité narrative. quand je lis je n'ai pas d'imaginaire, je suis imaginaire. Je ne suis qu'une vapeur de livre. J'en ai eu la preuve hier, deux fois coup sur coup. Une première fois en lisant"Assez parlé d'amour" d'Hervé Letellier, l'autre fois juste après, en lisant "la Barque silencieuse" de Pascal Quignard. Je lis donc que Le héros de Letellier a donné un rendez vous au café Zimmer, place du Châtelet. Il précise bien qu'il n'a pas mis les pieds au Zimmer depuis plusieurs années. D'ailleurs il n'est jamais entré au Zimmer très souvent. Il n'est pas un fan du Zimmer. Incroyable coïncidence : J'ai moi même pris la veille un pot au Zimmer , dans lequel , qui plus est, je n'avais pas pénétré depuis plus de dix ans, et je m'étais même fait exactement la même réflexion, que je ne rentrais pas souvent au Zimmer, que je préférais quand j'étais dans ce quartier flâner chez les marchands d'animaux du quai de la Mégisserie (ce sont exactement les mots du personnage d'"Assez parlé d'amour") et qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Je me souviens avoir vraiment pensé cela. Je l'ai même dit à la personne avec qui j'étais au Zimmer qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Et voilà que je le lis à nouveau dans ce livre sous le halo chirurgical de ma lampe de chevet. Je ne suis pas en train de lire ce livre, je suis dans ce livre. Je parle par la bouche du personnage de roman, il me vole mes mots. Ou alors me les souffle-t-il, à l'inverse. C'est lui qui parle dans ma bouche, je ne sais plus si j'ai vraiment pris un pot au Zimmer la veille ou bien si c'est dans le livre, si par hasard même je n'e suis pas le personnage d'un livre. Je change de livre, comme souvent. Je partage souvent mon temps de lecture vespérale ou nocturne entre deux livres. J'ouvre la "Barque Silencieuse", à la page que j'avais cornée la veille (je ne marque pas les pages, je les corne) Nouvelle coïncidence.Pascal Quignard, dans l'une de ses célèbres dérive étymologique, évoque l'origine du mot "Corbillard", origine que je suis capable, médusé en mon fort intérieur, ravi à moi même, de réciter immédiatement en même temps que je lis ses mots, nos deux voix, à Pascal Quignard et à moi, confondues en un étrange duo à l'unisson : "Corbillard" vient de "Corbeil" qui est la ville où je travaille depuis plus de trente ans. Pour une fois, je peux vérifier par moi même que les étymologies de Quignard pour baroques qu'elles semblent être, sont vraies. Un "corbillard" est une embarcation à fond plat qui descendait la Seine de Corbeil à Paris, transportant tout un tas de choses : des barriques de vin, des bébés emmaillotés ou des cercueils. Tout Corbeillois sait cela, évidemment. Quand donc avais-je croisé Pascal Quignard sur le pont de l'Armée Patton ou sur le quai Bourgouin ? Avait-ce été dans un livre ou dans la ville ? Cette fois, il ne s'agit plus de coïncidence, qui plus est redoublée. Il ne peut s'agir que d'éclairs de réalité, d'un entre deux mondes vacillants, entre la matérialité du livre et l'imaginaire de mon existence. Je ne suis que cela : en train de m'échapper perpétuellement des livres et je cours perdu, pareil au personnage de "La rose pourpre du Caire", dans un pays des merveilles où ne file aucun lapin pressé ni ne sourit aucun chat du Cheshire.
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11.9.09
08 septembre 2009 Dimanche matin. Au beau milieu de la rue Mouffetard. Il fait beau et frais. Un temps idéal. On dirait un décor de cinéma. Tout paraît trop beau. L'animation un peu factice à la "Amélie Poulain" bat son plein. Les marchands de fruits et légumes voisinent avec les boutiques de fringues et de déco branchées dans le plus pur style bobo. La terrasse du "Verre à Pied" qui mange la moitié de la chaussée est bondées des sempiternels habitués. Les touristes qui descendent la rue et dont je dois fendre le flot bon enfant sont aux anges. C'est la même rue Mouffetard que celle de mon enfance, celle de Gripari, celle de la sorcière du placard à balais, celle du petit Bachir et du sorcier poisson rouge. Ce sont les mêmes pavés que je foule. C'est la même rue Mouffetard que nous dévalions à toutes jambes à la sortie de l'école. C'était une rue de labeur, noire et mystérieuse, d'avant Malraux et ses ravalements obligatoires, on y roulait des tonneaux de vins, on y portait des sacs de charbon sur les épaules, on s'y interpellait dans une langue rugueuse, on n'y traînait pas, on entrait par une porte qui actionnait une sonnette enrouée chez des marchands de couleurs où des balais et des martinets étaient suspendus au plafond dans l'obscurité. On y tirait encore des charrettes à bras parfois malgré la pente. Il y flottait perpétuellement des odeurs fortes et étranges, des odeurs d'adultes, celle un peu écœurante du vin répandu sur les parquets, celle acre de la poussière de charbon, des odeurs de marché, de champignon, de feuilles mortes. Parfois les fumées de brûleries de café autour de la place des Gobelins toute proche mais aussi de la rue de l'Estrapade (qui est restée active jusqu'à la fin des années soixante dix) embaumaient l'air. Les fils des bougnats du quartier, en galoches et blouses grises pardessus leurs culottes courtes nous y attendaient en embuscade, il y eu des empoignades mémorables. Et puis, tout en bas, le marché éclatait à la sortie de Saint Médard. Tous les jours nous nous y perdions dans les odeurs et les bruits. Maintenant c'est la ville musée, quoiqu'en dise mon copain Franklin. Moi même je n'habite plus là qu'en pensée et j'y reviens, comme magnétisé par des bribes de souvenir de mon enfance, sans trop savoir pourquoi, pas plus que les papillons qui reviennent se brûler les ailes à la même chandelle ne savent eux aussi pourquoi. Le sentiment que tout cela est mis en scène, qu'il ne s'agit pas de la vraie vie, que tous ces gens font semblant de s'activer, qu'ils sont employés par l'office du tourisme, que tout est reconstitué comme dans le "Pueblo Espanol" de Barcelone, avec ses faux artisans qui font semblant de fabriquer sur place des objets depuis longtemps manufacturés en Chine, m'envahit comme une vieille paranoïa et me voilà arrêté au milieu de la rue, bousculé par les touristes, immobile, mon sac de plastique à la main (je reviens d'une urgence de dimanche matin à l'"Arbre à Lettres") en train de bougonner sur mes souvenirs perdus. Pour ne rien arranger je viens de m'apercevoir que le marchand de journaux vers lequel je me dirigeais a vendu son échoppe à une gadgeterie et qu'il ne sera plus possible d'acheter le "Journal du dimanche" avant d'aller prendre son café à "la Bourgogne". Qui prenait donc son café à "la Bourgogne" le dimanche matin au temps de mon enfance ? Et qui même y lisait son journal ? On n'y trouve en tout cas plus aucun maraîcher ni aucun mareyeur ni aucun garçon-boucher ni aucun négociant en vin accoudé au bar. Pendant un moment on a pu trouver les tout derniers au zinc de chez "Papillon" mais ils ont disparu depuis plusieurs années et les nouveaux commerçants ne boivent pas d'alcool. Quant à "Papillon", la dernière survivante des gargotes de Balzac, c'est tout juste si elle a échappé aux irrésistibles grecs qui ont commencé à coloniser la rue par le haut il y a vingt cinq ans. Cela ne saurait très certainement tarder. Sauf que ce n'est plus tendance - "à la mode", disait-on du temps de mon enfance - . Je suis là, avec mes deux bouquins dans leur sac en plastique, à râler dans mon fort intérieur sur la disparition du petit commerce et à me laisser heurter par les épaules des grands hollandais, à recevoir des coups de cabas à roulette dans les mollets et à passer pour un parfait abruti. Au coin de la rue de l'Arbalète, devant la pharmacie fermée, un type d'à peu près mon âge, tout à fait assorti au décor, chante en s'accompagnant mollement à la guitare ce qui, dans le brouhaha de la foule qui s'écoule devant lui, doit être un tube de la "chanson française" des années soixante-dix (se souvient-on que le premier joueur de gratte venu chantait Brassens ou Brel et que nous connaissions pratiquement toutes leurs chansons par cœur ?) Il lance des regards effarés et inquiets de tout côtés tout en continuant de chanter et de jouer de plus en plus vite comme s'il cherche le moment propice pour s'échapper de ce guêpier vu que la sébile posée devant lui à même le pavé reste vide. Le temps de me retourner pour prendre la photo ci-dessus, il a décampé. Faisant le deuil du "Journal du dimanche" je me décide à redescendre la rue dans le sens du courant. Il y a des travaux sur le parvis de Saint Médard. C'est l'heure de la sortie de la messe mais il n'y a personne à l'intérieur. Le restau qui fait des brunchs en face en a profité pour étendre son empire. Ses tables en fer peint s'alignent en rangs serrés de l'autre côté de la rue, bousculant les derniers étals du marché. Il multiplié son espace vital au moins par trois. Ce n'est pas un endroit où l'on peut s'attabler seul avec une absence de journal. La terrasse de la bourgogne est bondée. Pas une seule place. Tant pis. De toute façon je suis attendu au Village Saïgon à des milliers de kilomètre de là pour déjeuner. Je fuis vers la modernité, il n'est que temps! 04 septembre 2009 J'ai encore failli oublier le nom de Shoranur posted by grossmann | 4.9.09 02 septembre 2009 Staline et moi, nous en avons des comptes à régler. Je viens de refermer "l'Hirondelle avant l'Orage" le livre de Robert Little. C'est l'histoire à peine romancée de la tragédie que vécurent les grands poètes russes Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova, Boris Pasternak, et d'autres dont Maxime Gorki, Nikoaï Boukharine, Staline lui même au temps des grandes purges de 1934, des procès de 1938, des geôles de la Lubianka, du Goulag. Ossip Mandelstam est un héros, Anna Akhmatova aussi. le récit du martyr de Mandelstam est poignant. Mais le véritable héros du livre ne fait pas partie des persécutés. Le véritable héros du livre est Staline, l'homme d'acier, le persécuteur, le diable lui-même. Dès son entrée dans le récit il capte l'attention, la détourne à son profit, pour ainsi dire. Staline a toujours eu cet étrange pouvoir hypnotique, tant dans l'histoire "réelle " que dans les histoires des fictions comme dans l'épatant "Les Enfants de l'Arbat" de Rybakov, par exemple. Staline est un personnage de fiction idéal, le modèle du mal, l'ami des romanciers et des sénaristes, étrangement plus proche de nous que son collègue Hitler, par exemple (c'est parce Hitler, lui, se situe par delà le mal, on ne peut pas régler de comptes avec lui) Staline a été l'inventeur du culte de la personnalité, il en est peut-être resté quelque chose, un certain respect pourrait-on dire. Hitler a été abhorré par nos pères bien avant qu'on connut ses forfaits. Staline, en revanche, a été admiré par eux. Mon propre père, par exemple affirma toute sa vie que Staline, le grand vainqueur de Stalingrad avait fait tout au plus des erreurs ou alors qu'Hitler avait été le mal absolu mais que Staline avait été un mal nécessaire ayant tout de même contribué à l'envoi du premier homme dans l'espace et que oui la dictature du prolétariat était une vraie dictature, on ne pouvait pas arriver au socialisme sans, et que les capitalistes avaient juré la perte de la patrie du socialisme alors Staline avait des excuses etc. J'ai des comptes à régler avec Staline car il a été l'idole de mon père. C'est une chose que j'ai du mal à pardonner malgré mon grand amour filial. Il y a un certain nombre d'hommes et de femmes ( nés à peu près cinq ans après la mort d'Hitler et cinq ans avant celle de Staline) qui sont dans ce cas là. Martin Amis, le grand écrivain anglais contemporain, l'auteur de l'inoubliable "Expérience" et du non moins inoubliable "La flèche du temps", en est un, par exemple. Il vient de publier cet année un nouveau roman toujours consacré à sa relation tumultueuse à son père, le romancier anglais Kingsley Amis et au père de tous nos pères le camarade Djougachvili alias Staline, alis "Koba", son premier nom de guerre quand il dévalisait les banques de Tiflis. Martin Amis a deux avantages sur moi : d'une part c'est un immense écrivain, d'autre part son père a quitté le parti en 1956, alors que le mien ne l'a même pas quitté après 1989 (en fait il n'y a jamais été inscrit, il est toujours resté un "compagnon de route" comme on disait à l'époque, encore plus stalinien que le plus aveugle des militants) Il a fallu à Martin Amis au moins trois romans pour se sorti de la relation triangulaire infernale entre son père, Staline et lui et encore n'en est-il pas sorti vraiment. Que voulez vous que je fasse, moi, avec mon petit Ciscoblog ? Je n'en ai pas fini avec le camarade Staline !
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2.9.09
01 septembre 2009 Je viens de télécharger "Opera 10.00". Enfin un navigateur qui va vraiment plus vite ! J'ai vérifié qu'il respectait mon template (modèle) de Blogger au millimetre près, ce que ne faisait ni "Google Chrome" ni "Opera 9" ni "Internet Explorer" jusqu'à maintenant. Nickel. Seul hic pour l'instant, le correcteur orthographique qui n'est pas français, mais c'est véniel (reste à vérifier qu'ill est parfaitement compatible avec "Blogpress", l'éditeur blogger pour Iphone, mais il n'y a pas de raison). Je vais donc enfin pouvoir abandonner Firefox qui commençait à m'agacer sérieusement : quand on l'avait fermé on ne pouvait jamais le rouvrir dans la même session. Il fallait redémarrer le PC, c'était très désagréable comme bug. C'est tout pour ce soir, folks, good night !
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1.9.09
31 août 2009 Je me souviens des retours de vacances de mon enfance et de la mélancolie qui m'étreignait sur le quai de la gare où les parents nous attendaient. Nous nous jetions dans leurs bras, bien sûr, la tête fraîchement émerveillée des moments de socialisation que nous venions de vivre. C'était le temps des groupes des équipes des drapeaux et des totems. On nous envoyait en colos ou chez les éclaireurs pour apprendre le collectif plutôt que la vie. Nous étions en proie à la douleur de nos premiers chagrins d'amour et de nos premières séparations conscientes. Il y a quelques heures , sur l'autoroute A20, seul dans la voiture, c'étaient les derniers feux d'un rougeoyant crépuscule. Le ciel et la Beauce s'étaient embrasés une dernière fois avant la venue de la nuit. Les petites lumières bleues des éoliennes rangée à la file sur des kilomètres clignotaient à l'unisson dans l'ombre grandissante et faisaient une ligne pointillée qui se perdait au loin pour revenir en sens inverse, en un second plan qui révélait des ondulations secrètes, enfouies sous la platitude, conférant au paysage un lyrisme d'autant plus émouvant qu'on ne l'attendait pas là. Les trois longues pales pointues de chacune de ces géantes pathétiques tournaient si lentement dans le calme de la plaine, poussées par aucun vent ou seulement par un maigre souffle vite aboli qu'elles paraissaient en panne, comme surprises les unes après les autres par une immobilité qui les encombrait, dans un silence gêné, alors qu'elles étaient faites pour le bruissement vigoureux de l'air brassé et les faisaient s'excuser d'être là à nous regarder passer sur la route et nous implorer de leur absence de visage, leurs bras désunis brandis à contre temps comme dans une chorégraphie délibérément moderniste. On n'avait jamais vu de machines aussi pareilles à des être humains. Tristes comme eux. La Beauce rougeoyait pour la dernière fois du jour sans promesse de recommencement. C'est donc la rentrée avec son lot de mélancolie salutaire et sa sempiternelle nouvelle vague de bonnes résolutions ! Réveiller un peu Ciscoblog qui a une nette tendance à s'engourdir ces derniers temps comme les éoliennes, par exemple, ne serait pas du luxe (vous avez remarqué, je suppose, cette raréfaction de la parole, cette réduction en vers, cette absence de posts longs depuis quelques mois, cette grande place bègue qui s'avance) Il faut dire, sans trop évoquer la vie privée, que les temps ne sont pas particulièrement propices au tranquille babil qu'implique l'esprit d'un blog qui ne devrait être au journal intime que ce que la conversation est à la confession. Trop d'émotions peut-être, trop, mais ce n'est pas le lieu. On en restera donc là pour ce soir. Demain est un autre jour (de travail)
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31.8.09
25 août 2009 Changer de point de vue. Regarder de ce côté là. Prendre un peu l'air. Mettre les choses en perspective
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25.8.09
24 août 2009 Un Haïku par bain, 91 À tirer des bulles D'un flacon de savon vide j'ai passé mon temps posted by grossmann | 24.8.09 20 août 2009 Pensée de la nuit N° 158 : " Tout bien considéré, le plus grand regret de nos vies, compte tenu des plus douloureux et des plus intimes, aura sans doute été la séparation des Beatles" posted by grossmann | 20.8.09 Tanka, 10 Au dessus du toit Le mont Sacon fume encore Lendemain de pluie Et les orages s'éloignent De nos cœurs et de nos corps posted by grossmann | 20.8.09 09 août 2009 Tanka, 9 à M.L.G Dans le brouillard gris Je la tenais par la taille Sous le parapluie Pareille à l'Ourse de Sost Qu'enlace l'Ours de Ferrère posted by grossmann | 9.8.09 02 août 2009 Villecerf
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2.8.09
Tout au bout du jardin la rive de l'Orvane Moussait de fraîcheur à l'ombre d' un bois profond Nous venions le soir poser des lignes de fond Et pêcher des anguilles les matins diaphanes Notre chienne Letchee sur la pelouse plane Poursuivait les poules du voisin furibond Pendant que les yeux vagues et l'esprit vagabond Tous deux nous refaisions le monde dans nos crânes Tu te souviens de ce mois d'août de soixante huit De l'armée rouge à Prague et de l'espoir en fuite ? Et de ce jour splendide de tes dix neufs ans Sur l'écran noir et blanc le petit pas d' Armstrong Te rendais fier de l'homme. Au bout de la nuit longue L'aurore ne serait jamais plus comme avant (un sonnet par lieu, 8) 28 juillet 2009 ![]() Jamais je n'ai ressenti un tel besoin de vacances. Je pars jusqu'à la fin aout. Pour la première fois, je pourrai bloguer sans PC. Je donnerai des nouvelles sur Twitter mais aussi dans Ciscoblog grâce à Blogpress. Bises à tous et à bientôt.
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28.7.09
24 juillet 2009 Un Haïku par bain, 90 Seul avec le chien Par ce beau soir de juillet Baignons notre ennui posted by grossmann | 24.7.09 19 juillet 2009 Ceci n'est en aucune manière peint sur une vitre, on n'a tendu aucune bande colorée. Aussi incroyable que cela paraisse, c'est peint dans l'espace. Sur les murs, sur le plancher, sur la fenêtre, au plafond. A l'égal de Roman Opalka, Felice varini fait partie de mes peintres préférés. Chacune des œuvres que j'ai vue de lui m'a profondément réjoui, remué et donné à penser. Il est probablement à l'origine d'une révolution esthétique aussi importante que le cubisme ou l'abstraction. On peut dire qu'il donne un réponse sublime à la question angoissée de Picasso concernant le sujet dans la peinture. Il inverse l'alchimie de la représentation. Non seulement il préserve l'intégrité du sujet en ne le reportant pas sur la toile - la copie est toujours un rapt - mais il lui laisse son entière liberté d'être là. Ce n'est plus la peinture qui ravit le sujet comme l'appareil photo des explorateurs en Papouasie, le vidant d'une partie de sa substance, le collant sur la toile et le clouant aux cimaises, mais le sujet lui-même qui, devenant support surface de la peinture alors réduite à sa propre couleur, s'épanouit dans sa splendeur singulière et inaltérable. D'abord on ne voit rien, des traits épars dans le paysage, sans signification apparente, dont un seul indice marque l'unité : la couleur. Il faut se déplacer, bouger, chercher. trouver un point de vue, un seul, et c'est la révélation, tout s'ordonne dans une impeccable perfection. On comprend d'un seul coup, on bat des mains comme devant un feu d'artifice ou un numéro d'acrobate. Si vous avez du mal à saisir ce que je veux dire et si vous ne connaissez pas Felice Varini, dieu merci, son travail se prête particulièrement bien à la video, en voici donc deux pour vous persuader de sa magie :18 juillet 2009 Tanka, 8
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18.7.09
Un carillon passe C'est le camion rose et bleu Du marchand de glaces Enfants de la Grande Borne Un nouvel été commence! 16 juillet 2009 OK, Ciscoblog peut bloguer à partir de son téléphone. Ciscoblog est content. Il a découvert plein de nouveaux joujoux, il en découvre de nouveaux chaque jour. Il traîne sur Facebook, rencontre de vieilles connaissances, se met à twitter comme un fou, des endroits les plus insolites, mais ce n'est pas ça (à qui le dites-vous) qui le fait publier des posts intéressants. En tout cas ça prend du temps. Et justement, du temps, en ce moment il n'en a pas tant que ça. C'est pour ça qu'il ne publie pas trop. Il est même débordé par les soucis professionnels. Il trouve que son métier est un beau métier, mais que juste en ce moment il est trop dur, pas du tout facile à exercer. Où qu'il se tourne, il se sent pris entre deux feux. Il ne sait pas vraiment comment en sortir. Il ne croit plus à la crise, à l'explication conjoncturelle. Il ne croit plus que c'est une fatigue passagère, il pense que tout ça ne vient pas de que de lui, il est peut-être, à son âge, en train de perdre ses dernières illusions, il se dit que si ça continue il va falloir que ça s'arrête, que c'est trop pour un seul homme, il attend les vacances, Il a peur d'avoir à tout remettre en question à la rentrée, de poser les vraies question, mais il attend les vacances, au moins les vacances...
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16.7.09
14 juillet 2009 Ça marche ! posted by grossmann | 14.7.09 je peux maintenant bloguer à partir de mon téléphone grâce à une petite appli - comme on dit - que je viens de télécharger. Ce qui veut dire qu'à partir de maintenant je suis affranchi, si je veux, de tout ordinateur, même ultra portable. J'ai ma mémoire portative et le monde entier dans ma poche. Par exemple, là, très exactement maintenant je blogue sur le trottoir en face de chez moi, mais je pourrais tout aussi bien le faire au sommet du Mont Blanc ou du fond de mon lit , dans les files d'attente aux caisses des supermarchés, dans les embouteillages ou au feu rouge. C'est ce qu'on appelle une révolution.
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14.7.09
07 juillet 2009 On me demande souvent, avec perplexité, comme s'il s'agissait d'une sale manie, pourquoi j'utilise Twitter. J'utilise Twitter parce que j'aime beaucoup les formes courtes. J'aime cette idée de condenser une info ou une idée en 140 signes et basta, j'aime cette contrainte. Je suis un fan des formes courtes et des formes à contrainte, comme vous pouvez facilement le voir sur ce site. si Twitter supprime un jour la contrainte des 140 signes (y compris les espaces, ah les espaces!) je quitte Twitter immédiatement.Twitter est la quintessence du blogging, la jivarisation du journal intime. et puis il y a ce côté immédiat, directement du producteur au consommateur qui est fascinant, c'est ce que Facebook n'a absolument pas compris. On n'a jamais été aussi immédiat. aussitôt dit, aussitôt fait, posté, consulté, repondu et vogue la galère. Il y a toute une poésie dans Twitter, qu'on ne s'y méprenne pas. Une poésie de la vitesse donc du temps, du minimal donc de l'essentiel. Twitter est un noble exercice de condensation et de méditation. Twitter c'est de l'art gestuel, du Hans Hartung, de la danse, du Pina Bauch. Twitter va directement à l'essentiel : le trois fois rien et le tréfond de soi. C'est ça que j'aime dans Twitter. Sans aucune vergogne.
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7.7.09
05 juillet 2009 Tanka, 7 Une nuit paisible tombeFugace fraîcheur Qui s'exhale du jardin A peine arrosé En silence sur le monde posted by grossmann | 5.7.09 03 juillet 2009
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3.7.09
29 juin 2009 Un haïku par bain, 89
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29.6.09
Bon insomniaque Trempe à deux heures du mat' Au loin, bruit de train Je ne sais pas pour vous, mais mon ordinateur est très serviable. Non seulement il fait tout un tas de choses pour moi automatiquement, mais en plus il est poli, il me demande la permission. Par exemple, tous les trois ou quatre mois, il me signale aimablement que j'ai des icônes que je n'utilise jamais sur mon bureau et me propose de les effacer. La plupart du temps je dois avouer que je je l'envoie paître sans plus de façon. je ne suis pas toujours gentil avec mon ordinateur mais il ne se froisse pas, il n'en prend pas ombrage, du moins je crois. Aujourd'hui, grâce à luiet à sa discrète obstination j'ai retrouvé dans un coin perdu de mon écran d'accueil une icône sur laquelle je n'avais pas cliqué depuis un bail : La boite à couleur. Cela nous ramène aux premiers émerveillements d'internet. Connaissez vous le vert chartreuse, ou le zinzolin de la nuit ? Le sinople ou le glauque ? Le celadon où le gris-de-lin ? Allez, Courez, volez et nous téléchargez "La Boite à Couleurs" de Benjamin Chartier sur son site pourpre.com. Vous me direz des nouvelles de ce petit bijou aussi modeste que simplissime. Merci qui ? Mais oui, merci mon petit ordi adoré (c'est que c'est susceptible, en plus)
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29.6.09
28 juin 2009 Un Haîku par bain, 88 Calme bloc aqueux En ma baignoire obscure Ici bas chu. D'où ? posted by grossmann | 28.6.09 Ciscoblog est à jour. Notamment les archives. En ce dimanche ensoleillé, au sortir d'une garde assez éprouvante (ce n'est plus de mon âge) je me suis livré à de menus travaux d'entretien sur le site. Si vous avez été attentifs ces derniers temps (qui n'a pas été attentif? Levez le doigt !) vous avez du vous apercevoir que les archives étaient très en retard. Pour une raison indépendante de ma volonté, il m'avait été provisoirement impossible d'enregistrer au jour le jour. Encore à cause d'Alice, si vous voulez tout savoir, qui a définitivement supprimé les accès à Tiscali.fr, mais aussi à cause de moi parce que j'avais perdu un petit carnet crucial où j'avais noté mes anciens paramètres de Tiscali sans lequels, pour faire court, plus personne, pas même l'aide en ligne d'Alice, n'a accès maintenant. Ciscoblog-chez-Tiscali.fr me fait penser à ces satellites scientifiques qui, une fois leur mission remplie comme de bon petits soldats franchissent les limites du système solaire et se perdent dans le silence infini des espaces qui nous effraient. Et puis je n'avais pas le temps, ce maudit temps. Au bout du compte cela a fait un an de retard. Mais grâce à Blogger qui a vraiment de la ressource j'ai pu enfin pu remèdier à la chose en m'y penchant un peu en cet après midi de tête vide. Voici donc Ciscoblog en pleine forme nickel chrome sans un seul bouton de guêtre qui manque ! (il en est très fier, le ciscoblog)
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28.6.09
24 juin 2009 Chicago, 1 Encore Katakali
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24.6.09
Bis Commedia del arte Toujours Bunraku A nouveau Kabuki RE NO Deux chênes Trois sapins Quatre tuyas Cinq Platanes SIX TROENES Country court bas Classique vole culotte Jazz venge jarretelle Reggae part string FOLK VA GAINE Dame vitesse Femme dilligence Femelle presse Demoiselle précipitation FILLE HATE Soupe troupe Chinoise équipe Baguette bande Bol tribu PHO HORDE Terre épluche Mer écale Feu décortique Air écosse EAU PELE ![]() dans la série : "On Les a Retrouvés !" (via design crush) posted by grossmann | 24.6.09 23 juin 2009 Pensée de la nui N° 157 : "Mon assassin court toujours" Eric Chevillard, l'Autofictif posted by grossmann | 23.6.09 21 juin 2009 Je suis arrivé à un âge où les trous de mémoire agacent. Je ne suis pas tout à fait sûr d'en avoir vraiment plus qu'à vingt cinq ans, mais c'est un âge où le moindre accroc intellectuel jette sur vous un soupçon discret mais tenace. Je fais partie de ceux qui on pensé toute leur vie que les mots qui manquent ou les noms sur le bout de la langue loin d'un déficit organique n'étaient que la manifestation du dieu rieur qui gît au fond de tout un chacun. En ce domaine, l'acte manqué freudien a toujours constitué pour moi un modèle. Chaque petite défaillance était le prétexte à une recherche passionnée sur les ratés du moteur inconscient et l'occasion de découvertes sur mon fonctionnement automatique qui me ravissaient plutôt que de m'inquiéter. Je ne suis toujours pas inquiet, mais je ne veux surtout pas donner l'occasion qu'on s'inquiète autour de moi. C'est l'une des coquetteries obligées de l'âge mur. Depuis quelques années je me suis doté d'une sorte de mémoire de secours. Elle ne se love pas au fond de mes circonvolutions cérébrales, elle ne ronronne pas entre mon corpus niger et mon hippocampe. La plupart du temps je la tiens au bout de mes doigts, ceux mêmes qui tapent les mots, que vous lisez. C'est une mémoire digitale au sens propre du terme. Mais avant de l'évoquer, bien que vous ayiez déjà deviné de quoi il s'agit, permettez moi là une première digression . Je me souviens d'avoir été dans ma jeunesse un fan de SF, c'est-à-dire de Science Fiction. Nous appelions cela d'ailleurs d'un nom qui sonnait plus noblement pour nous : l' "Anticipation". Nous, je dis nous - digression de deuxième niveau - parce que je pense à mon ami Alain I. qui m'y avait initié qui est devenu plus tard chercheur en virologie à l'Institut Pasteur et une notabilité de la Fédération Française de Judo et que j'ai malheureusement perdu de vue depuis des années (Salut, Alain!) Nous étions des fans de la revue "Fiction", de la collection "Présence du Futur", de Théodore Sturgeon ("Les plus qu'humains" , quel titre!), Arthur C Clarke "2001 odyssée de l'espace" (quinze ans avant Kubrick), Isaac Asimov et le cycles des "Fondations", le "Monde des non-A" de Van Vogt et (je viens de me servir de la mémoire de secours, hé hé) Clifford D Simack. avec "Demain les Chiens". Nous nous passions tous ces livres en nous enthousiasmant des possibilités illimitées de l'avenir. Je pense que le déclin de la SF (mais y a-t-il eu déclin ? N'est-ce pas seulement une projection nombrilique de mon désinterêt ?) date de l'arrivée en masse des ordinateur et de l'Internet (j'ai failli écrire "d'Internet" - troisième digression - La toile reste une chose, une chose incroyable certes, qui va bientôt se substituer à nous, mais une chose. Ecrire ou dire "Internet" tout seul c'est lui donner un prénom qui ferait d'elle une personne, une personne universelle, un dieu. Pas de ça, pas de ça encore) L'internet a tué la SF tout simplement parce que la fiction était devenue réalité et qu'il n'y avait plus besoin d'imaginer toute les merveilles de la science. Je me souviens donc d'avoir lu, il y a presque une vingtaine d'année, un livre de SF intitulé le "Problème de Turing". Il était écrit par une pointure de l'IA : Marvin Minsky. C'était un professeur à l'université de Carnégie Mellon, l'un des premiers à travailler sur le devenu célèbre concept d'Intelligence Artificielle", "IA" de son petit nom. Si le problème de Turing, vous ne l'ignorez pas, est un vrai problème, une expérience de pensée philosophico-logique, le "Problème de Turing" est un roman de science fiction. Faisons, si vous voulez bien, une quatrième digression pour aborder ce qu'est le problème de Turing. Alan Turing, un grand mathématicien anglais assez tourmenté (je n'entrerai pas - mais n'y suis-je pas déjà ? - dans une cinquième digression pour vous conter la vie tumultueuse de ce génie fulgurant, cela en vaudrait la peine mais l'internet est là pour çà, digressez vous même si vous y tenez) propose une réponse passionnante à cette question taraudante : a quel moment pourra -t-on dire que la machine est aussi intelligente que l'homme ? - en ce temps là, les années cinquante, la mémoire même du PC où vous êtes en train de lire ces lignes aurait pris la place de toute la bibliothèque Nationale et ce qu'il proposait était pratiquement inaccessible à notre entendement, du moins celui de nos parents. Il imaginait un jeu, genre question pour un champion mais pourtant beaucoup plus simple, entre vous et une machine qui tenterait de vous abuser, une machine imitatrice, cachée, disons derrière un rideau, réél ou virtuel et qui essaierait de se faire passer pour un homme. Il s'agissait de démasquer cet ordinateur rien qu'en lui posant des questions (peu importait la manière dont on posait les questions, l'interface utilisée, clavier, micro, reconnaissance vocale ou n'importre quoi d'autre et peu importaient les questions elles mêmes d'ailleurs) - n'oublions pas qu'à l'époque on ne "parlait" aux machines qu'en langage binaire, avec des "0" et des "1" , on ne savait même pas ce qu'était une interface, parler avec une machine, n'aurait-il été que de la pluie et du beau temps, était en fait encore inconcevable - la réponse n'aurait de toute façon pu être fournie que sous forme de listing incompréhensible sur le papier perforé que nos oncles nous ramenaient pour faires des bateaux, des chapeaux de Napoléon ou des coloriages). Les robots recalés, de ceux qui ne pouvaient donner la date de la bataille de Marignan, les plus idiots, à ceux qui pouvaient réciter leur histoire familiale aussi bien que celle de la république de Venise mais qui échouaient à contrefaire la tristesse, les imitateurs même les mieux programmés, étaient définis comme tout simplement moins intelligent que l'homme. Mais la machine indémasquable, celle qui se sortait de toutes les questions pièges, qui non seulement pouvait vous parler un quart d'heure de ses cors aux pieds et de son petit fils, qui réagissait avec tact à la colère incompréhensible qui vous prenait quand on vous contredisait et plus encore, qui savait ne pas maîtriser ses émotions sans verser de larmes de crocodile, qui s'angoissait à l'idée de sa propre fin, l'imitatrice qui devenait vraiment son modèle et qui vous faisait la prendre vraiment pour un homme, celle-là seul était déclaré aussi intelligente que vous, tout simplement. Pour Turing, le moment où vous ne pourriez plus dire si derrière le rideau se cachait un homme ou un robot, celui-là serait le moment où la machine serait devenue aussi intelligente qu'un homme. Il n'y avait aucun calcul compliqué à faire, pas d'autre moyen pour l'affirmer. Une simple conversation. Rien que du langage, mais tout le langage contenu dans la bibliothèque de Babel ( c'est en celà, que Borges est le génial précurseur de l'Internet). C''était une expérience de pensée. Il n'imaginait bien sûr aucune machine réelle capable de cette performance. Marvin Minsky dans son roman, ne fait qu'inverser la question : une telle machine, qu'un homme ne réussirait pas à démasquer, pourrait - elle accéder au statut d'être humain avec diplômes en poche et tampon sur le front ? C'est la même question que pose le replicant à son créateur dans le célèbre film dont j'ai le nom sur le bout de la langue. Je veux dire "Blade Runer" (mémoire de secours ou pas, à votre avis ?) Marvin Minsky n'imaginait même pas la beauté parfaite et glaciale des replicants de Ridley Scott. Pour lui, la machine en question n'etait qu'un simple PC à pattes, en plastique et alu brossé, qui suppliait qu'on lui accorde des droits civiques. l'homme n'était plus le roi de l'univers. Il ne se situait plus qu'à égale distance entre l'animal et la machine. Je me souviens, dans le roman, d'une scène de neurochirurgie épatante où on transférait une partie de la mémoire d'un homme à un PC. Maintenant qu'il existe des disques durs externes et qu'on sait les rapetisser, une interconnection avec nos cellules nerveuses cérébrales est envisageable. Les greffes bio-machiniques existent déjà. Mais le plus fort est que ces opérations sanglantes ne seront pas nécessaires. Car il est arrivé ce que ni Alan Turing, ni Marvin Minsky, ni Alain I. et moi à l'âge de douze ans n'avaient imaginé : l'Internet, Google... et l'Iphone. Google n'est plus seulement un moteur de recherche, c'est une mémoire de secours et - de plus en plus fort - cette mémoire incommensurable tient maintenant dans notre poche. Toute la bibliothèque de Babel dans ma poche ! Si Alain I. m'avait dit ça à l'âge de douze ans, je me serais pris pour un fou. Il m'aurait fallu des efforts de mémoire énormes Il n'y a même pas dix ans pour me souvenir du titre du film de Ridley Scott ou un temps fou pour trouver un proche qui eut pu me souffler la réponse avec le risque de le contaminer lui aussi par le manque du mot et ne jamais en finir avec ce post (ce qui n'aurait probablement pas été une grande perte mais là n'est pas la question, il est trop tard pour une prochaine digression, d'accord ?) une petite requête "Google" bien troussée et hop le tour est joué ! L'éducation est en passe de devenir un luxe désuet, et la science véritablement infuse. On n'aura toujours pas besoin de retenir les numeros de téléphone et ce sera le bottin tout entier qu'on aura la certitude d'avoir appris par coeur. Il n'est pas impossible d'imaginer qu'adviendra alors l'atrophie de notre mémoire biologique, faute d'utilisation, sorte d'Alzheimer inverse, la machine se servant de notre dépouille corporelle en guise de membres artificiels et commençant la conquête d'un univers où l'homme sera devenu éternel.
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21.6.09
14 juin 2009 Pensée de la nuit N° 156 "Les amanites phalloïdes c'est vachement bon, mais faut en manger rien qu'un tout petit peu" In "Les notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion"
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14.6.09
12 juin 2009 ![]() Excellente série "Tintin, on les a retrouvé !" sur le "Blog à Dessin" de François Matton qui s'appelle d'ailleurs désormais "Tout va Bien" posted by grossmann | 12.6.09 Chicago, 0
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12.6.09
Selon l'OuLiPo, Un Chicago Est une devinette Homophonique. Exemple : Nul boulgour Néant couscous Zéro patate Nada polenta PAS RIZ Pisse homme de peu se foi Vomit dévot Crache bigot Expectore grenouille CHIE CAGOT Gant sarha Chapeau Myriam Bas Rachel Robe Léa MANCHE ESTHER 11 juin 2009 Tanka, 6
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11.6.09
Rue des cinq diamants Deux chats gris tirent leur flemme Dimanche à midi Promenons nous dans le temps Où notre jeunesse a fui 10 juin 2009 Un haïku par bain, 87 Je pense à Marat Pourrissant dans son sabot Où es-tu, Charlotte ? posted by grossmann | 10.6.09 09 juin 2009 Les jours ne contiennent pas assez d'heures. J'ai à nouveau du boulot par dessus la tête, des rapports en retard et des travaux d'écriture prioritaires et rasoirs que j'ai remis de soirs en soirs. Plus moyen de reculer. La procrastination vire à la catastrophe, comme d'habitude ( amical clin d'œil à Mnémoglyphes). Je n'ai pas de temps pour bloguer malgré toute l'envie que j'en ai. En attendant Je consigne mes idées sur de petits carnets Clairefontaine pour plus tard, à la retraite peut-être. A plus. Quoiqu'il en soit.
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9.6.09
Roosevelt Island
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9.6.09
C'est là que le Queensborough bridge Jaillissant de la frondaison Enjambe l'île et les maisons D'un pas fier que rien ne fige Là-haut dans le Tram qui voltige Sur le skyline à l'horizon Nous irons plus que de raison Vers Manhattan et ses prodiges Mais avant de nous embarquer Viens, allons marcher sur le quai Où l'East River roule une eau grise Puis au bar assis côte à côte Nous nous ferons porter des floats Par le tamoul de chez Trelli's (un sonnet par lieu, 7) 29 mai 2009 Villabé (lez Corbeil-Essonnes)
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29.5.09
28 mai 2009 Un haïku par bain, 86 Je sais que ces bulles Sont des bulles de savon Et pourtant pourtant 24 mai 2009 Tanka, 5 Déjeuner à Mer Passer voir Max à Laborde, Scarlett à Saumry Nos pas ne résonnent plus Dans l'escalier de Chambord 22 mai 2009
18 mai 2009 Pensée de la nuit N°155 "Les livres empilés à mon chevet semblent se lire eux-mêmes à haute voix pendant mon sommeil" Alberto Manguel, le journal d'un lecteur in Journal Volubile d'Enrique Vila-Matas
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18.5.09
16 mai 2009 Fleurs d'ail
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16.5.09
La force de l'art ![]() (On a vu cette photo un peu partout mais celle-ci c'est la mienne)
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16.5.09
13 mai 2009 Un Haïku par bain, 85 Un joli jet d'or D'ailleurs sans valeur aucune Découpe la mousse posted by grossmann | 13.5.09 Roger Planchon est mort. Je suis certain que beaucoup d'entre vous se demandent qui c'est. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc. Dans ma génération tout le monde connaît Planchon, même ceux qui ne s'intéressent pas plus que ça au théâtre. J'ai été plutôt triste à la mort de Brassens, assez indifférent à celles de Sartre et Lacan, triste à celle de leo Ferré et Mitterand et serai rigolard (si je vis encore) à celle de Brigitte Bardot ou Johnny Halliday. Mais je suis très triste de la mort de Roger Planchon. Pas seulement parce qu'il était un maître, un modèle - et je vais dire quel modèle il a été pour nous - mais triste aussi parce que c'est notre jeunesse qui nous revient tout à coup dans la gueule comme une gifle. On me disait cet après midi que Planchon représente une grande part de ce que nous n'avons pas pu transmettre, de ce que notre génération n'a pas transmis à ses enfants. C'est bien de ça, précisément, qu'il y a lieu d'être triste. La mort de Planchon scande notre échec. Il nous avait montré la voie que nous n'avons jamais suivie. Planchon était, comme disent les japonais, un trésor national vivant. Il était à lui tout seul, tant par sa vie que son travail le symbole de ce qui nous paraît maintenant un improbable oxymore : la culture populaire. Je veux parler de la "popularité" de la culture et non pas de la culture "du peuple", loin de moi toute intention culturaliste, que Dieu me tripote. Car quand j'emploie le mot "culture" je parle de celle avec un grand K qui nous fait, quand on l'entend prononcé, sortir notre révolver même. Ce que Planchon nous disait était que la culture pouvait à la fois être "hard" et "populaire". Qu'il n'y avait pas un culture pour les riches ou les savants et une autre, au rabais, pour les pauvres et les ignorants, comme voudrait nous le faire croire les communautaristes de maintenant, mais une seule culture pour qui voulait bien se donner la peine d'y entrer, comme les pauvres d'esprit au Paradis. A condition qu'on les y laisse entrer, qu'elle leur soit simplement accessible, comme un droit, aussi important que le droit à la santé (ouaf, ouaf) ou au logement (re oauf ouaf), accessible, pas en terme de comprenette, comprenez-moi bien, si j'ose dire, mais tout simplement en terme de sous, d'économie, de mise à disposition, de désserte, d'usagers. Et qu'on ne vienne pas me gonfler avec l'élitisme. Il disait qu'on pouvait se fendre la gueule même avec des chefs d'oeuvres immortels. Vilard avait déjà fait ça. Mais en plus, Planchon était un théatreux de génie, qui savait tout de son métier. J'ai déjà dit ici quel choc ésthétique avait été pour moi la représentation de la deuxième version de son Tartuffe de 1973, proche, et c'est un spécialiste qui vous parle, du syndrome de Stendhal. Planchon travaillait, formait des succésseurs, tentait de passer le flambeau (Patrice Chéreau par exemple, qui ne l'a lui, repassé à personne) Parce que Planchon était aussi un chef. Il avait un théâtre, une troupe, tout comme Molière, il faisait vivre des gens, il dirigeait, en remontrait aux ministres mêmes, ne se laissait jamais damer le pion. C'est précisément ce que nous n'avons jamais pu être, ce genre de chef . Je ne saurai bien dire pourquoi. Je pense aussi à mon maître Bonnafé, qui savait tout de la psychiatrie, mort il n'y a pas si longtemps en 2003, qui a eu des enfants, nous, notre génération, mais qui n'aura pas de petits enfants. Je pense aussi à Marcel Sassolas qui lui est bien vivant, ardéchois comme Planchon, qui a travaillé toute sa vie aux pied des grattes-ciel de Villeurbanne avec les plus fragiles, qui lui aussi sait tout de la psychiatrie et de la culture. Longue vie à Marcel Sassolas ! Qu'on ne vienne surtout pas me dire que ce n'est pas notre faute. Eux en tout cas, avaient tout fait pour qu'on n'en arrive pas là. C'est ce que j'ai envie de dire en ce soir de grande tristesse.
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13.5.09
08 mai 2009 Tanka, 4 En haut du volcan D'éphémères parapentes s'élevaient dans l'air Et par ce soir doux et clair J'avais plus de cent mille ans posted by grossmann | 8.5.09 Pensée de la nuit N° 154 :"Moi, monsieur, de mon temps il fallait se lever pour changer de chaîne !" G Genette, Codicile posted by grossmann | 8.5.09 04 mai 2009 ![]() Quand je pense à tout ce qu'on aurait perdu si Flaubert avait écrit "Madame Bovary" sous Word 1857... (site extraordinaire, car loin de la magie de l'informatique (qui nous donne à voir tout ça) il y a un formidable travail "à la main", via CG) posted by grossmann | 4.5.09 01 mai 2009 Le phare de Sauzon
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1.5.09
Accroupi sur la jetée du phare vert En marinière et salopette Hosh Kosh Petit garçon minuscule gavroche Il lançait son carrelet dans la mer Le fier pêcheur - et moi j'étais son père - m'apportait en courant parmi les roches Les crevettes qu'à la ligne on accroche Et que les poissons préfèrent aux vers Terreurs de gobies bourreaux d'éperlans Plus têtus encor que les goélands Nous étions les rois, mon fils et mézigue Une équipe un attelage un tandem Sérieux et sages comptant sur nous-mêmes Jamais plus heureux que sur cette digue (un sonnet par lieu, 6) 25 avril 2009 Tanka,3 Près de la chapelle Un aigle dans le ciel pur Au loin disparait Le pic du Gar éternel Et les saisons reviennent posted by grossmann | 25.4.09 Gare de Toulouse Matabiau, sept heures trente. Le petit train de Luchon vient de s'ébranler. Une heure plus tôt j'avais débarqué, un peu chiffonné dans une aube calme et prometteuse, du train de Paris où j'avais dormi quelques heures en couchette de première en compagnie d'une sympathique famille mono-parentale et montalbanaise, Ce sont les premières heures des vacances, J'apprécie, même un peu courbaturé. Hier, mon voisin Christian m'a accompagné à la gare de Juvisy d'où en RER j'ai gagné la gare d'Austerlitz. Arrivé très en avance pour le train de nuit, j'ai traîné un long moment dans le relais H. Les relais H sont un de mes vices cachés. Surtout dans les gares. Je ne peux pas m'en passer. Pour moi relais H rime avec voyage. c'est une faiblesse coupable et néanmoins délicieuse. J'ai acheté le dernier numéro de «La Recherche» que je ne lis que quand je voyage (c'est un tort, excellent numéro sur la disparition des langues dans le monde) et je ne sais plus quel revue de cuisine, et au milieu des bestsellers du mois, un bouquin de philosophie amusante intitulé «Planton et l'ornithorynque» à bases de blagues juives américaines pas mal tournées du tout. Je suis allé récupérer la première carte senior de ma vie (je pense à Sheila : «C'est ma première surprise partie») au guichet. Je n'ai pas pu empêcher de faire le malin, J'ai dit : «C'est terrible, je n'arrive pas à m'y faire» et la jeune femme du guichet, une brune ravissante sanglée dans le bel uniforme bleu roi de la SNCF m'a très aimablement répondu avec un sourire : «eh oui, c'est terrible mais ça permet de voyager» sans se démonter et sans plus de compassion que ça. Après je suis retourné vers les quais regarder les filles. c'est fou ce qu'on voit comme filles, à Paris, surtout dans les gares un samedi soir de chassé croisé de vacances. j'adore ça, même dans des moments plus ordinaires. Déjà dans le RER, une blonde. Magnifique créature assise juste en face de moi, cheveux longs savamment crantés, impeccablement maquillée à la mode d'aujourd'hui, visage et long cou de madone du Pontormo ceint des écouteurs blancs d'un téléphone multifonction très chic, ne daignant à aucun moment regarder le pauvre monde environnant, perdue dans son ennui ses pensées sa musique ou sa conversation avec sa meilleure copine si ce n'était son amant, que je regardais à la dérobée, de même que la plupart de mes voisins mâles, dont un grand noir au visage sympathique qui souriait à la vie, un magrébin portant à l'envers une casquette marquée «SECURITE» et plus loin encore un fou à lunettes de soleil et santiags parlant à haute voix de Sarkosi et de la «maire» de Juvisy tout en regardant tout le monde d'un air entendu. Je lui jetais de rapides coups d'oeil furtifs, surtout pas trop insistants, en m'efforçant de regarder un point plus ou moins fixe derrière elle par dessus son épaule, ou tournant ostensiblement la tête vers le paysage nocturne qui défilait par la fenêtre et qui reflétait l'ombre de mon propre visage, captant ainsi son image juste le temps du mouvement, par peur de croiser son regard qui m'aurait transpercé de honte. Je pense qu'a treize ou quatorze ans, devant la même fille (qui devait en avoir vingt tout au plus) j'aurais été encore plus mal à l'aise. Je me souviens qu'il y a dix ans, voire cinq, j'aurais essayé un sourire, à tout hasard, pour la frime mais pas plus. D'ailleurs, divine surprise, nos regards s'étaient croisés une fraction de seconde. Elle levait donc les yeux elle aussi furtivement sur nous, pendant que nous nous efforcions de ne pas la regarder, testant le pouvoir universel de son charme, se demandant peut être si nous la regardions si nous la trouvions belle, et moi, le petit monsieur assis en face d'elle à soixante quinze centimètre de distance, ce fut comme si le regard de la déesse Aphrodite en personne où la grâce s'étaient posées sur lui. Mais j'avais pu rester stoïque. Elle nous avait finalement délivré en se levant une station avant la notre, à «Bibliothèque de France», empoignant sa valise roulante et bousculant la mienne, sans un sourire même d'excuse, définitivement indifférente, sculpturale, grande comme la statue de la Liberté dans son jean moulant de marque, roulant sur les talons hauts qui en faisait une vraie star de magazine, suivie, je le vérifiai tout de suite, par les regards admiratifs et respectueux de toute la gente masculine du wagon. Des filles, de tous les pays, de tous les âges, déambulant comme à la «passagietta» en groupe voire en troupeaux, avec leurs sacs à dos ou tirant des valises à roues, touristes japonaises habillées n'importe comment, espagnoles chantant des cantiques avec entrain, par trois ou quatre à la recherche de leurs copains, de leurs familles, seules avec ou sans enfants, des filles. Debout face au grand tableau des départs, légèrement en retrait de la foule attentive, une asiatique longiligne appuyée sur un parapluie transparent à la Courrèges, bas et escarpins noirs, un long manteau noir de couturier sur une minirobe vert pastel exactement assortie au liseré qui borde le tour du parapluie, les longs cheveux de jais encadrant son visage allongeant encore sa silhouette filiforme, le nez chaussé de grandes lunettes blanches rectangulaires, parle dans l'inévitable portable dernier modèle. D'une voix qui n'a pas du tout la distinction de sa vêture, elle engueule sans aucun accent - elle est française, à coup sûr ce n'est pas la fille du maffieux japonais ou du magnat chinois que vous imaginiez - un pauvre correspondant affecté d'un retard semble-t-il inadmissible. Dans la queue du guichet grandes lignes, cette africaine avec son copain, tous les deux très tendance, minutieusement sapés, joyeux dans l'éclat de leur jeunesse. Sous un béret noir, ses cheveux défrisés auburn (mais ne serait-ce pas une perruque ?) et ses sourcils rasés remplacés par deux courbes de maquillage très nettes et très noires soulignent la beauté de ses yeux en amandes. J'ai erré un peu dans la foule. Le train avait du retard. C'était la cohue des départs en vacances. Pas une seule place assise sur les banquettes réservées à cet effet devant la salle d'attente des grandes lignes. J'étais là au milieu de toute cette agitation et je m'ennuyais un peu, aspirant au repos dans un compartiment de première et ses couchettes confortables et n'arrivais toujours pas à me faire à l'idée que c'était ma première carte senior.
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25.4.09
21 avril 2009 Un haïku par bain, 84
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21.4.09
Est-ce assez décent Les attributs recouverts D'Obao moussant ? 17 avril 2009
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17.4.09
Un haïku par bain, 83 Les deux pieds croisés, Ce sont les queues des sardinesSerrées dans leur boite.
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17.4.09
12 avril 2009 Pensée de la nuit N° 153 "On les a pourtant bien fermés, mais la nuit entre par les fentes des volets." Eric Chevillard, l'autofictif
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12.4.09
11 avril 2009 A nouveau Haltmann hantait sa propre mémoire, se livrant à la minutieuse récolte du moindre lambeau de souvenir. Pendant des heures, il ne trouvait rien, arpentant en un vaste désert froid où le ciel avait la couleur exacte du sable. De loin en loin il rencontrait des scènes figées dans des paysages en ruine qu'il ne parvenait pas, malgré tous ses efforts à animer. Le petit latin, le pot de l'Ecole, l'assistanat à Châlon... C'était un homme du début du siècle dernier, il avait cru se souvenir de son nom - Harnois - mais juste au moment de l'écrire il lui était revenu qu'il pensait en fait à un autre professeur de Français latin grec, qu'il avait eu plus tard, en première et que celui duquel il s'était souvenu en premier, il l'avait eu en quatrième (on commençait le latin en sixième en même temps que la première langue) mais il ne se souvenait plus du tout de son nom. Il leur faisait faire du "petit latin". C'est là que Haltmann voulait en venir : au "petit latin". "Ils faisaient du petit latin." Cette expression qu'il n'avait ni lue ni entendue depuis au moins trente ans lui était revenue à la lecture des mémoires de Catherine Clément (les gens de son âge commençaient à publier leurs mémoires - il n'est tout de même pas de la génération de Claude Lanzmann, loin de là - c'était une mine inespérée pour ses propres recherches, qu'ils exaltaient en quelque sorte). Le professeur de quatrième était toujours bien habillé, costume trois pièces gris souris et cravate unie bleu marine, les joues roses, les cheveux blancs jaunissant impeccablement bien peignés. Avec son menton légèrement fuyant et son sourire aux grandes dents il ressemblait un peu à un personnage du Bébète Show. Mais qui connaît le Bébète Show de nos jours à part ceux qui se souviennent ? Il avait fallu pénétrer encore plus profondément les strates des souvenirs empilés, pousser la focale de l'instrument mémoriel à l'extrême, remonter à des scènes imprécises et indatables de lecture de cahiers de textes, d'écriture au stylo à plume, de copies Clairefontraine à grands carreaux et à marge rouge à gauche, feuillets de deux pages recto verso dont on n'utilisait que les deux premières pour les versions et à peine la moitié de la première pour les thèmes (qui étaient déjà en perte de vitesse, devenant désuets et traditionnels, très proches des maths, ne servant plus du tout à la selection comme encore une génération plus tôt). Faire du petit latin c'était comprendre un texte latin avec la traduction sur la table, en plus du Gaffiot, toujours autorisé. Le grand latin, le latin "de compétition" avait deux épreuves : la version, qui était d'une difficulté normale et le thème latin, qui était beaucoup plus difficile puisque d'ordinaire le thème est la langue étrangère "parlée" et qu'on ne pouvait en principe pas "parler" latin . Tout thème était forcement un exercice de littérature ardu nécessitant la plupart du temps une maturité et un goût rares à leur âge. Il se souvenait qu'en thème latin, qui était probablement l'exercice le plus difficile de toute la scolarité, il avait eu des notes négatives, des moins onze ou des moins neuf, il n'avait jamais du dépasser les trois ou quatre sur vingt, ce qui le situait tout de même dans les cinq meilleurs de la classe. Le professeur qui leur donnait des notes négatives pour qu'ils ne se découragent pas et puissent mesurer leurs progrès, ce qu'il n'aurait bien sûr pas pu faire en accumulant les simples zéros, s'émerveillait quand un élève atteignait les notes positives et proposait au concours général celui qui avait atteint la moyenne. Le "petit latin" se situait entre le thème et la version, il était à la fois du thème et de la version. Tout le monde aimait le petit latin, c'était comme se reposer, se divertir, faire ce qu'on n'avait pas le droit de faire "en compétition", comme jongler avec le ballon à l'entraînement du foot par exemple. Malheureusement, il n'y avait pas d'épreuve de petit latin même si on était capable d'y être bien plus brillant qu'en "Grand Latin" (on se fait sortir par l'entraîneur quand on se met à jongler pendant un match) En fait, ils apprenaient le latin en faisant du petit latin, c'était là qu'ils rencontraient vraiment les romains, se frottaient à leurs grands esprits, leur mode de vie, leurs certitudes, leurs doutes, ce qui leur donnait un sens très profond de l'histoire. C'était un divertissement intelligent, comme la "physique amusante". Les professeur "modernes" , comme celui de quatrième, dont Haltmann ne se souvenait plus du nom, poussaient encore plus loin l'esprit du petit latin vers la détente et l'accessibilité : ils faisaient de la conversation latine. Ils leur proposaient de dialoguer en "version originale", de traduire des mots comme "vélomoteur" ou "avion à réaction" ou bien encore "téléphone" ou "ascenseur". Il fallait inventer des mots. leur professeur de quatrième était un as de l'exercice. Il parlait latin couramment "à la restituée". Il les émerveillait. Haltmann le revoyait, transfiguré, du haut de sa chaire, comme un demi dieu, une star des stades micrognathe, raconter sans le moindre effort le "petit chaperon rouge" en latin ou doubler en "live" des extraits de "capitaine courageux" ou des "trois mousquetaires". Ils avaient envie d'applaudir.
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11.4.09
06 avril 2009 Tanka, 2
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6.4.09
Pour H.G. En faisant le pain La farine à l'eau se mêle Odeur de levain De même en mes souvenirs Présent et passé s'emmêlent 05 avril 2009 ![]() Ce qu'a vraiment vu Hokusai (via "Very spécial report" ) posted by grossmann | 5.4.09 Je suis tombé sur cette vidéo proprement renversante (je vous jure que c'est le mot, s'il y en a un qui doit tout à Bach, c'est Dieu come disait l'ami Cioran) en parcourant l'excellent blog de maths "Algorythmes" (avec la faute d'orthographe) Les blogs de math sont à consommer avec aussi peu de modération que les blogs de cuisine! posted by grossmann | 5.4.09 28 mars 2009 Pensée de la nuit N° 152 : "Comme la Lalangue, le Duduchamp est assez difficile à saisir, il a un côté "Boojum", il me rapelle Duduche, fille de Duchat, chat (en fait chatte) de Georges Perec qui fut la chatte de ma soeur. Quand une main quelconque non autorisée tentait de la carresser, elle ne griffait pas, ne protestait pas mais creusait tellement l'échine qu'il était strictement impossible de la toucher, geste qu'elle accomplissait dans l'impassibilité et avec une politesse parfaite, très duduchampienne" Jacques Roubaud, La Dissolution
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28.3.09
27 mars 2009 Un Haïku par bain, 82 Mariner tranquille - Oh délice remarquable - A nouveau je peux ! posted by grossmann | 27.3.09 22 mars 2009 Pensée de la nuit N°151 : "Or, le passé n'est pas anarchique. Il peut nous apparaître désordonné et confus, mais en fait, ce n'est qu'une impression du regard désarmé que nous portons sur lui ; mais en fait le passé n'a pas d'état de confusion générale à sa disposition. Il a son ordre qui découle de son immobilité définitive (pas un ordre raisonné, certes, mais un ordre de fait) Aujourd'hui, maintenant je présente ce rien en le décrivant, anarchiquement présent. chaque jour, ou d'un jour à l'autre, recommençant, je le revisite, creusant dans les parenthèses déjà ouvertes des disgressions plus ou moins proliférantes qui ne cessent de déranger l'ordre et la cohérence minimale que les parenthèses avaient conquis en s'enfonçant peu à peu dans le passé de la composition où elles reposaient, calmées et plates, comme des supercordes après lavage" Jacques Roubaud, La Dissolution,
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22.3.09
20 mars 2009 Tanka, 1 Pour M.L.G. Petit matin clair Depuis mon lit je peux voir Un cerisier nu Ah, pouvoir se rendormir Jusques au retour des fleurs posted by grossmann | 20.3.09 18 mars 2009 "L'intérieur n'est à l'extérieur de rien" dit Valère Novarina. Depuis que le printemps est là les petits matins sont somptueux. Hier, juste après la séance de tintamarre triomphal des oiseaux saluant le jour, alors que le silence peinait à s'installer à nouveau, j'ai entendu un drôle de bruit. On aurait dit un bref coup de crécelle, un roulement de tambour sec ou une porte qui grinçait (une porte qu'on aurait mal fermée par inadvertance et qui profitait du silence pour lentement s'ouvrir toute seule) en tout cas un bruit qui n'avait rien d'animal, un bruit de machine à coudre grave, de chose qu'on manipule, un long craquement, un bruit étrange. Il se repetait à intervalles réguliers, déchirant à lui seul le silence que les plus farceurs des volatiles, soudain devenus respectueux, n'osaient interrompre. Le son était extraordinaire, plein, profond, stéréophonique. Tout le voisinage résonnait de son écho. Mais qui donc osait faire un tel boucan à une heure aussi matinale ? En tout cas pas le voisin charcutier dont le laboratoire donne sur notre jardinet et qui tous les jours, y compris le dimanche, nettoie ses instruments à grand coups de jets d'eau et bruits de gamelles entrechoquées faisant aboyer tous les chiens du quartier, pas non plus un volet ou une vraie porte mal fermés qui grinçaient : les intervalles étaient trop réguliers, il n'y avait pas de vent, l'air était immobile, au contraire. Aucun chien n'aboyait, même lointain. Je fis défiler dans ma mémoire, rangé bien à l'abri dans une circonvolution de mon cerveau, le paradigme "bruit de crécelle" : je fis revenir d'abord le souvenir très ancien d'un jouet en bois, teint en vert et en jaune, assez lourd pour émettre le bon grincement une fois secoué correctement, mais pas suffisamment pour ne pas être tenu dans la main d'un enfant, avec lequel il pouvait très bien s'assommer en l'agitant dans le mauvais sens, ce qui arrivait souvent, c'était un objet du genre "jouet à risque", qu'on oserait plus fabriquer de nos jours sous peine de se voir traîner devant la Cour Internationnale de Justice et dont les bébés des années cinquante avalaient en toute imunité les petites pièces détachées et mourraient de mort subite de nourrisson, étouffés dans leurs lits, puis celui, comme prévu, d'une lourde porte en bois, à la montagne, donnant sur un balcon (une galerie) un après midi de sieste bien méritée après une nuit blanche à tourner en rond avec le bébé dans les bras qui ne pouvait pas s'endormir et qui, maintenant tout aussi épuiisé que ses parents roupillait à l'intérieur, puis celui d'une matinée fraiche et claire où nous nous promenions, comme les frères Poucet, à une dizaine d'enfants et une monitrice, sacs au dos, à peine plus hauts que les fougères luxuriantes qui bordaient le chemin, dans une grandiose forêt de sapins , tout droit issue des illustrations de nos livres pour enfants, plus vraie que nos rêves les plus fous, dans laquelle on pénétrait comme dans un palais enchanté après avoir traversé des prairies muticolores à n'en plus finir en faisant s'envoler devant nos cuisses nues les sauterelles encore menue et fines de début juillet, où nous nous sentions chez nous, protégés, bien à l'intérieur, nous nous arrêtions après avoir traîné en queue de file pour ramasser des brindilles, des pommes de pin et cueillir une petite plante acidulée, délicieuse , une jeune pousse en forme de cresson que nous mangions sur le pouce, le gôut je l'ai déjà sur ma langue après près de cinquante ans, et que nous appelions "Pain d'Oiseau" inconscients des risques que nous prenions, ou encore celui d'une chaude journée plutôt mal définie, dans les champs, au choix, en Bourgogne, en Savoie en Auvergne ou dans le Comminges, avec le bruit d'un grillon inquiet qui se serait tenu coi dès qu'on aurait fait un pas et puis enfin celui d'une haute futaie, à nouveau, pleine d'ombre, dans une autre forêt, au lieu dit "Le Grand Sapin", connu des amateurs de champignons, entre Villiers Saint Benoît et Sommecaise, non loin de "La Ronce", où nous nous étions enfoncés depuis peu. C'était le bon souvenir, celui qui collait au bruit. Le son était identique, reconnaissable à tous les coups. L'odeur de feuilles mortes et de terre me revint dans le même temps. Marchant à la file indienne, nous nous faufilions entre les branches, faisant crisser le tapis de feuilles mortes que nous scrutions, cassés en deux , le nez au ras du sol, à la recherche des champignons, plus spécialement des "trompettes des morts" (ou "chanterelles" ou "cornes d'abondance") qui ressemblent tout à fait aux champignons chinois qu'on met dans le "Shop Suei". Des petits ceps, ou des girolles ne nous auraient pas déçus non plus, soit dit en passant, mais c'était un coin à "trompettes des morts". On ne les voit que que on a les yeux dessus, quand on en trouve un, on en trouve cent, etc. Je superposai alors, pour ainsi dire, le souvenir au présent : depuis un moment notre marche silencieuse était accompagné du même son de crécelle grave que j'entendais maintenant. Une pie venait de faire halte, dans le présent, sur le cerisier nu que je pouvais apercevoir de mon lit. Elle écoutait elle aussi le son de la forêt de mon souvenir en penchant la tête comme font tous les oiseaux. C'était le bruit d'un pic-vert. Il martelait de son bec une branche ou un tronc pour en faire sortir les insectes cachés à l'intérieur. En forêt, les craquements, les bruits de bois qui grince, de branches qui cassent, ne manquent pas. Nous avions interrompu le travail de l'oiseau sans nous arrêter pour écouter son bruit. Il était fort en colère. Il y eut des cris, des bruits d'ailes furieux. Quelque chose tomba sur le sol, juste à nos pieds. C'était le pic-vert qui était descendu pour nous engueuler. Il manifesta son mécontentement avec des cris stridents et force déploiement des ailes, puis remonta illico, en un vol quasi vertical, tout en haut de l'arbre où nous ne l'entendîmes plus. Son nid ne devait pas être très loin, il était probablement venu le défendre. Nous nous sentions coupables comme si nous venions de prendre un savon mérité. Et là, dans le petit matin clair, le même bruit de percussion venait déchirer le silence de la banlieue juste avant la sonnerie des reveil-matins. Le pic-vert ausculte l'intérieur de l'arbre. Il scrute la vie qui y grouille. Il fait sortir la vie de l'arbre, quelle que soit l'heure, en un inexorable et mortel sauve qui peut. Et pourtant son bruit n'est pas sinistre, il n'est pas douloureux, comme celui des mouettes, ou laid comme celui des pies. C'est un bruit de travail, un bruit laborieux. On dit qu'il tambourine. (même si son cri, qu'on entend beaucoup plus souvent qu'on croit, selon Internet, une sorte de ricannement sardonique est assez désagréable) "L'intérieur n'est à l'exterieur de rien". C'est une phrase étrange, un tantinet dérangeante, paradoxale alors qu'elle n'exprime aucun paradoxe. C'est vrai : l'intérieur et l'extérieur sont deux catégories radicalement différentes de l'espace, disjointes. C'est ce que dit radicalement Valère Novarina, il faut en finir avec les compromis. Le dedans et le dehors ne communiquent pas, pas même en vertu de lois topographiques compliquées. Pas d'échange posssible, pas de place pour quoi que ce soit de transitionnel ou intermédiaire, pas d'ouverture autre que l'éffraction chirugicale ou mutilante toujours catastrophique, comme celle du pic-vert (Le plus souvent les aphorimes concernant l'intérieur et l'extérieur font allusion à leur caractère au contraire communiquant, les faisant s'écouler l'un dans l'autre de manière lénifiante en donnant la clé du monde, "La sortie de secours est à l'intérieur " etc. ) Un bon psychothérapeute serait alors un pic-vert. Un tambourineur de l'index sur votre front ou votre nombril, penché sur votre corps allongé, levant légèrement les fesses de son confortable fauteuil. Il vous sortirait les verts du nez. Si l'interieur n'est à l'extérieur de rien, il faut s'y résoudre, le cerveau est un organe externe, un peu comme les testicules ou les seins. De même, en dernière analyse, que notre tube digestif, aussi long et alambiqué soit-il, qui n'est qu'une invagination du dehors au temps où nous tombions, minuscules, dans l'abysse amniotique, que nos viscères mêmes, si propres et si bien rangés, aucune place perdue, encore plus beaux que dans les livres d'anatomie, luisant de l'éclat de leurs couleurs originelles, doux et fermes au toucher, jouissant de leurs formes parfaitement lisses, petits animaux immobiles et tranquillement pulsatiles, sont des organes externes, traversés par des millions de ramifications qui communiquent toutes entre elles et avec nos orifices naturels. l'intérieur n'est à l'extérieur de rien... mais il n'existe pas.
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18.3.09
12 mars 2009 Ce matin, il y a quelque chose dans l'air qui le rend plus doux. Le ciel est gris, il bruine, mais la lumière n'est plus tout à fait la même. Elle semble pleine de promesses. Dans quelques jours, à peine un ou deux peut-être, les fortitias seront en fleurs (les bergerias roses du petit jardin de façade le sont déjà, en touffes, mais elles sont capables de fleurir même en décembre) Dès qu'un rayon de soleil parvient momentanément à crever le plafond, les oiseaux se mettent à crier à tue tête comme si, sans attendre le coup de feu du starter, ils voulaient "voler" le départ . Le quartier est silencieux. Tout le monde est au travail ou au marché. Le reste pense à ce qu'il va faire à manger à midi, à vagabonder sur internet ou à souffrir au fond de son lit. Les chats ont disparu à leurs affaires, le chien dort dans la bibliothèque. On est bien chez soi. j'ai rarement pensé çà. En dix jours la tension est retombée. Je me suis mis à relire. Le repos forcé à provoqué, banalement, un retour sur soi qui commence à ne plus me faire peur. Je sens que, bientôt, si les choses continuent comme çà, je vais me remettre à écrire. c'est déjà un peu fait, non ?
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12.3.09
10 mars 2009 Pensée de la nuit N°150 : "Après la mort d'Abdul Fazl, l'empereur devint plus sévère. Il lui incombait de régenter le mode de vie de son peuple et pendant trop longtemps il avait été défaillant dans ce domaine, remplissant fort mal son devoir. Il interdit la vente d'alcool aux gens du peuple sauf sur prescription médicale. Il prit des mesures contre les vastes essaims de prostituées qui bourdonnaient comme des mouches dans tous les coins de la capitale et les fit installer dans un campement batisé la Ville du Diable, à quelques distances du centre, et il ordonna que tous les hommes qui s'y rendaient dussent indiquer par écrit leur nom et leur adresse avant d'être autorisés à pénétrer dans le camp. Il déconseilla la consommation de viande bovine, d'oignon et d'ail et exhorta son peuple à manger du tigre pour puiser de la force dans sa chair. Il déclara que la pratique religieuse ne pouvait donner lieu à aucune persécution, quelle que soit la religion, on pouvait bâtir des temples et laver les ligams, Mais il était moins tolérant envers les barbus, car la barbe tire sa nourriture des testicules, ce qui est la raison pour laquelle les eunuques n'en portent pas. Il interdit le mariage d'enfants et désapprouva la crémation des veuves et l'esclavage. Il conseilla à son peuple de ne pas prendre de bain après des relations sexuelles. Et il convoqua l'étranger à l'Anup Talao dont les eaux agitées malgré l'absence de brise prouvait que la situation, qui aurait du être calme, était complètement perturbée." Saman Rushdie, l'Enchanteresse de Florence, Plon
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10.3.09
07 mars 2009 C'est la fin du journal de Thiron-Gardais, snif. Merci, Jean claude Bourdais posted by grossmann | 7.3.09 Un Haïku pa bain, 81 Plus d'haïku d'hiver,
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7.3.09
Me voilà privé de bain Quinze jours d'avance ! 18 février 2009 Un Haïku par bain, 80 Plongé solitaire Dans ce liquide équivoque Et crépusculaire posted by grossmann | 18.2.09 10 février 2009 Pensée de la nuit N° 149 : "Un instant, en lèchant machinalement l'intérieur de mon pot de yaourt presque vide, je me suis pris pour mon chien" posted by grossmann | 10.2.09 09 février 2009 J'aime énormément cette photo de Nathan, la mère de tous les petits déjeuners du monde...
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9.2.09
01 février 2009 Hier soir, la Garde, cette reine de la nuit, mais on comprend mieux si j'écris sans majuscule, la garde, était calme. Dans mon bureau à l'hôpital, j'ai une petite bibliothèque que je n'ai pas souvent le temps de consulter. J'y ai rangé des livres dont un jour j'avais cru avoir besoin pour je ne sais plus quel séminaire ou quelle réunion clinique, ou bien que j'ai posé là juste après qu'ils aient quitté les rayons de la librairie où je venais de les acheter, faute d'autre bibliothèque pour les accueillir. Ils peuvent tout aussi bien être des romans que des manuels de psychiatrie, des polars ou des recueils de poèmes. On peut venir les emprunter. Certains, faute seulement vénielle, oublient de la ramener, parfois. J'étais presque dans le noir, comme j'aime, seulement éclairé par une lampe de bureau de cette sorte qui font juste un halo de lumière sur le clavier de l'ordinateur et qui déjà laissent dans la pénombre le fauteuil de mes interlocuteurs de la journée, vide à cette heure et à cinquante centimètre de là, une de ces lampes à la Gaston Bachelard, une de ces lampes qui voient, une de celles, amicales, chères aussi à Alberto Manguel, doucement penchées sur vos doigts qui courent sur le clavier ou sur le papier, dont j'ai aussi un exemplaire pas tout à fait identique, mais tout à fait aussi tendre, dans le bureau de la maison silencieuse où je tape en ce moment ces lignes sous le halo lumineux qu'elle dispense avec, toujours, la même attention désinteressée. Je rêvassais, car que faire un jour de calme garde à moins de rêvasser, dirait un lièvre de mes amis. A un certain moment, peut être pour vérifier un souvenir, ou bien affiner une définition ou encore par pur désoeuvrement, je me suis levé pour consulter les livres alignés un peu plus loin que la longueur de mon bras. Parmi des titres que j'indifférais, occupés à simplement se tenir droits et à éviter mon regard qui panoramiquait paresseusement, un petit ouvrage assez mince me fit signe, avança imperceptiblement d'un pas de souris, que dis-je d'un pas de fourmi, pour se laisser prendre. C'était le "Régime des Passions" de Clément Rosset. Clément Rosset, que je ne connais pas, est un de mes meilleurs "amis" comme on dit maintenant sur facebook et dans les communautés virtuelles. On a vraiment rien inventé. Car un livre est une communauté virtuelle : celle de tous ses lecteurs, qui ne se connaissent pas. C'est pourquoi je dis que Clément Rosset est un de mes meilleurs "amis", au même titre que Jacques Reda ou Jacques Roubaud, ou même Philp Roth et Francisco Gonzales Ledesma. Le "Régime des passions", et c'est là son moindre défaut comme dirait une autre fourmi de mes connaissances, se laisse lire très facilement. Et même relire, ce que je fis, sans même m'en rendre compte en deux ou trois demi heures, toujours sans le moindre appel des urgences, ce qui était toujours ça de gagné sur la misère humaine. Et puis je me laissai emporter par l'admiration, cet exercice si délicieux. Je me souvenais du plaisir du "Réel et son double", de la "Force Majeure", de "Loin de moi", du "traité de l'idiotie", de cette langue si précise et si déliée qui jamais ne pèse ni ne pose ni ne jargonne. Du merveilleux et du très savant avec les mots de tous les jours, le "Gai Savoir" à l'état pur, dans ton son élan et toute sa fraîcheur. Dans un chapitre assez court, qui n'a rien à voir avec les "passions" et encore moins avec le "régime", Clément Rosset parle de Valère Novarina dont je n'ai presque rien lu et dont je n'ai jamais vu aucune pièce, même à Avignon au temps de ma jeunesse. Ce que je voulais juste dire ici, c'est que Clément Rosset parle de Valère Novarina exactement comme moi, j'espère, je suis en train de parler de Clément Rosset. Pour le simple plaisir de vous raconter un plaisir de lecture par une nuit d'hiver comme les autres, un tout petit moment de joie. J'ai maintenant très envie de lire Valère Novarina, voir si je peux m'en faire un "ami". Et vous, mes "amis", avez vous envie de lire ou relire Clément Rosset ?
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1.2.09
Mnémoglyphes parle de Ciscoblog et réciproquement... On va aller loin comme ça ! (J'aime beaucoup l'expression "bloguer à la volée") posted by grossmann | 1.2.09 31 janvier 2009 Pensée de la nuit N°148 et 147 : "Ici je suis de plus en plus le seul à penser comme tout le monde" et "l'intérieur n'est à l'extérieur de rien" Valère Novarina, Vous qui habitez dans le temps, cité par Clément Rosset, le Régime des Passions. posted by grossmann | 31.1.09 c'est avec soulagement que je découvre que cela fait seulement trois mois que je n'ai pas publié de "post long" . Ce n'est pas si long, trois mois. je pensais être en panne depuis bien plus longtemps. Je suis en panne, c'est sûr, mais plutôt à la panne. Selon littré, la panne sèche n'est en rien un arrêt de moteur en manque de carburant liquide. Au temps de la marine à voile on mettait à la panne : "En panne, se dit de l'état où est un navire, lorsque, une partie de ses voiles tendant à le faire aller en avant et l'autre partie le poussant vers l'arrière, il reste, sinon absolument immobile, du moins s'agitant presque sur place, dérivant un peu et ne faisant pas de route" et la panne sèche était une panne qui ne se tenait pas à la voile, mais seulement au gouvernail, ne me demandez pas comment, on s'empêchait simplement de dériver (si on arrête tout, sur un bateau à voile on ne reste pas immobile, comme lorsqu'on coupe le moteur d'une voiture, on dérive, on se laisse mener par le courant et le vent qui vous pousse malgré tout). Il est très difficile de rester immobile sans jeter l'ancre - j'avais écrit l'encre - ou se lier à un corps mort (tout corps mort plongé dans un liquide coule au fond) lui-même relié à la surface par une bouée, ou coffre. en tout cas se mettre à la panne n'est pas un accident, tout au plus une urgence. Celle de s'arrêter : Fig. et familièrement. Se tenir en panne, rester en panne, cesser d'agir en attendant un moment plus favorable. Le duc de Montelesne voulait se tenir en panne en attendant. Ceci n'est pas un "post long". Mais il n'est pas impossible, maintenant que les "posts longs" arrivent.
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31.1.09
29 janvier 2009 Pensée de la nuit N°146 "Rendez-vous compte ! Trois cents personnes assises en cercle sur les gradins qui frappent dans leurs mains au même moment, avec une parfaite coordination ! Quel numéro remarquable ! Il faudra que je félicite le dresseur, se dit l’éléphant sur son tabouret, au centre de la piste." Eric Chevillard, l'Autofictif posted by grossmann | 29.1.09 25 janvier 2009 La dernière livraison de la revue de photo en ligne "Purpose" consacrée cette fois à l'enfance. Excellente tenue comme d'habitude. posted by grossmann | 25.1.09 23 janvier 2009 Parfois, seulement montrer qu'on est toujours là, maintenir la barque à flot, faire un petit cou-cou. Pris dans le tourbillon, ne pas laisser l'écriture se faire expulser de son orbite par le mouvement chaotique de la vie. Sans forcément lutter contre l'absence d'inspiration, écrire pour ne rien dire - on a parfois vraiment rien à dire - ne pas en faire une maladie : ici ce n'est pas l'écriture ou la vie. Le beau temps après la pluie. De toute éternité.
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23.1.09
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