| CISCOBLOG « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal |
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lundi Tu n'as rien vu à Ground Zero. Juste des palissades et des grues. Pas de nuées ni d'armées de grues, beaucoup de grues. Un chantier presque comme un autre. Rien de très impressionnant. On passait par là, on revenait de chez "J and R", on était allé chez "J and R" parce que "B and H" était fermé (une trotte de la 34ème rue au Lower Manahatan, mais comme le temps est compté on en vient à faire tout le même jour). "Tiens, c'est Ground Zero !" " Ah oui..." On voyait des grues et une grande palissade. Et les gens qui passaient, tous indifférents. On s'est engouffré dans le métro. Il ne s'est rien passé à Ground Zero, les passants passent, passent les bus et les taxis, et même les voitures des pompiers, la ville est une hydre. Une des tours que l'on construit est assez avancée, mais on ne voit pas bien le résultat final. Si j'habitais NYC (je rêve d'habiter NYC dans une prochaine vie) je ferais comme à Paris : j'irai voir les chantiers. J'en ai vu de grands et beaux chantiers : Le chantier du Trou des Halles, celui du Grand Louvre, de l'arche de la défense, celui de la grande Pagode d'Evry ; ou bien j'irais à Barcelone surveiller étroitement (plus qu'une fois tous les dix ou vingt ans) les progrès de la Sagrada Familia. NYC est la ville idéale pour les fanas des chantiers comme moi. Par exemple, on est en train de construire non loin de Lexington avenue et soixante troisième rue une tour qui semble dépasser largement les hauteurs du quartier. Mais il y a quelque chose qui cloche : on ne la voit pas de loin mais de près. Elle n'est pas si haute. Elle est seulement très étroite, très fine, gracile. Elle me fait penser à ces mannequins anorexiques des magazines. La mode est aux tours très fines et pas très hautes : je trouve que cette façon de jouer avec le paysage, de tricher avec la perspective est assez caractéristique de notre époque de faux-semblants. J'ai cherché à voir à quoi ressemblerait le nouveau World Trade center : c'est très bien qu'on ait pas décidé de faire la plus haute tour du monde, ce que les tours jumelles étaient, mais en même temps c'est un peu triste, comme si on avait accepté de se laisser dépasser par les autres, Dubaï et sa BurjDubaï, par exemple. S'il n'y avait pas eu les gratte ciels, Manhatan aurait éclaté dans l'étau de l' Hudson et de l' East River. Il n'y avait pas moyen de faire autrement, le manque d'espace poussait littéralement vers le haut. C'était comme la poussée des Alpes, ou celle des Pyrénées, inéluctables, tectoniques et naturelles, flamboyant cataclysme. Qui aurait pu penser que cela s'arrêterait un jour ? Pas que ça s'arrête vraiment à l'heure qu'il est, je ne suis pas sûr que cela ralentisse même, mais, tout de même, ces petites tours fines m'inquiètent. On commence par affiner, pour donner le change, après on rétrécit, comme le Mont Blanc, centimètre par centimètre, et on finit carrément par devenir une ville-musée.
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5/12/2008
dimanche Guernica en 3D (trois dimensions) pourquoi pas ? (via Aïe Tech) posted by grossmann | 5/11/2008 ![]() Une belle photo de Nathan sur son photostream chez Flickr
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5/11/2008
samedi Tout sur tous les gratte ciels du monde, en construction ou déjà construits. Normal, au retour de NYC, non ? Très bien fait, complet, tout. posted by grossmann | 5/10/2008 Une page du journal de Thiron-Gardais, par le maître blogeur JC Bourdais. Impressionnant (voir en LCD)
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5/10/2008
Un Haïku par bain, 66 et 67
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5/10/2008
C'est un coin liquide Où niche une baignoire. Ouf ! Retour au bercail. Cette autre baignoire Me fit me sentir un peu... Plus occidental. mardi
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5/06/2008
dimanche Je ne pourrai plus jamais retourner à New York de ma vie. C'est ce que m'a annoncé le docte chauffeur de taxi qui nous ramenait à Newark. J'en ai connu des chauffeurs de taxi : bengladeshi bavard qui pestait contre les embouteillages et qui disait que c'était parce que New York était une ville trop petite, il ne rêvait que de retourner dans sa Dacca natale et vaste, Haïtien plutôt taciturne mais qui parlait français comme vous et moi (d'ailleurs les noirs américains ne sont plus ce qu'ils étaient, on dirait qu'ils sont tous francophones, de Haïti, du Québec ou surtout d'Afrique, Côte d'ivoire, Sénégal et j'en passe, New York est une ville où on parle de plus en plus français), petit blanc du Sud, très gentil très serviable mais qui connaissait la ville moins bien que moi, grand black suspendu à la retransmission d'un match de Basket à la radio, petit vieux qui écoutait du Ella Fitzgerald et bien d'autres. Ce chauffeur de taxi donc, grec de Salonique pour sa part, aux US depuis 31 ans, revenant tous les ans au pays visiter sa famille, ayant beaucoup voyagé en Europe mais pas à Paris, ce qu'il souhaitait ardemment faire, tout en écoutant l'équivalent américain de France Culture, tout aussi confidentiel que chez nous, où un grand professeur faisait un exposé sur les maladies génétiques qui le captivait, me demandait combien de fois j'étais déjà venu à New York. Je lui répondais que je ne savait plus très bien mais que cela faisait en moyenne une fois tous les cinq ans depuis 1980. Il rétorqua : " C'est bien ce que je dis, vous ne reviendrez donc plus à New York." Un peu interloqué, je lui demandais pourquoi, ce à quoi il répondit : "Si vous venez aux US que tous les cinq ans , la prochaine fois il y a de fortes chances que vous ne puissiez pas venir : il n'y aura plus d'avions ! "Plus d'essence pour mettre dedans !" A quoi je répondis : "alors je prendrai le bateau" - "impossible, la mer sera gelée !" - "Alors à patin à glace, je patinerai ! " Il eut un sourire entendu. Même s'il plaisantait, je ne trouvais pas cela drôle. L'idée, possible tout de même, voire probable, que je ne pourrais plus revenir à New York, mais pas pour des raisons écologiques, il y a mille raisons triviales pour que je ne revienne jamais à New York m'alourdissait le cœur. Je me sentais au bord des larmes. Ce grec écologiste et érudit était un diable. Il m'avait volé la tristesse du départ et l'avait troquée contre une prédiction sombre et réalisable. Nous traversions le New Jersey, paysage industriel et ingrat comme dans le générique des "Sopranos", devant nous la tout de contrôle de l'aéroport de Newark se détachait sur le soleil couchant, non loin des lourds grattes ciel du centre de Newark city, ville natale de Philip Roth. En me retournant, entre les têtes de Lo Nat et Oxy, par la lunette arrière du taxi je pouvais voir pour la dernière fois le skyline scintillant de Manhattan qui commençait à se perdre dans le lointain et qui ressemblait de plus en plus à ces vues en rase motte de SimCIty. Les avions, qui ne voleraient plus dans cinq ans donc, décollaient pourtant encore dans tous les sens dans le ciel immaculé qui évoquait une toile peinte de studio hollywoodien. On pouvait les voir virer sur l'aile et prendre fièrement leur élan vers l'azur. Une fois de plus, la vision était sublime. Ce paysage plat, gigantesque, exempt de toute végétation hormis une vague herbe jaune et rase, truffé de cheminées d'usines de hangars et de ponts métalliques enchevêtrés ne faisait pas exprès d'être beau. Aucune hystérie. C'était la rudesse même du nouveau monde. Une symphonie. Devant nous, une nuit de 15 heures sans sommeil attendait.
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5/04/2008
samedi ![]() Demain, nous nous envolons à tire d'aile croquer la grosse pomme loin de nos soucis quotidiens. Retour prévu dans dix jours. Donc pas de post jusqu' à la fin du mois. Mais il n'est pas impossible que pour une fois Ciscoblog puisse bloguer en direct live, who knows ?
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4/19/2008
mardi posted by grossmann | 4/15/2008 dimanche Sur Canal U (voir le lien en LCD), une très interessante conférence sur la Chine. J'en profite d'ailleurs pour annoncer une nouvelle rubrique mensuelle sur CISCOBLOG : "La conférence de Canal U du mois". A vos écrans !
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4/13/2008
Petit intermède Geek (ça n'arrive pas souvent sur Ciscoblog, on en conviendra) : Je publie ce post directement à partir du eeeAZUS de L (qui est une lève tôt et qui déjà jardine aux aurores), tout en faisant la grasse matinée du dimanche matin. C'est çà la révolution. Un véritable ordinateur, avec un vrai clavier, un vrai écran, le tout pas plus grand qu'une demi feuille au format A4 qu'on peut transporter absolument partout dans son sac à main, qui s'allume instantanément et se connecte tout aussi rapidement et le tout à moins de 300 euros! Une véritable merveille à côté de laquelle le si fameux I-phone d'Appple est une simple plaisanterie, un gadget de riches, un joujou d'enfant gâté. C'est l'ordinateur que l'éducation nationale devrait immédiatement fourrer dans le cartable de tous les écoliers de France! Une petite merveille vous dis-je! (encore un peu de café?)
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4/13/2008
lundi Bien que je n'aie rien posté depuis un moment, je suis toujours là. J'épie même le moindre de vos gestes. Là exactement en ce moment où vous approchez vos yeux de l'écran, par exemple, je vous vois manipuler votre souris et faire se diriger votre curseur vers le haut et la gauche de votre écran, votre index fléchissant légèrement mais fermement pour cliquer sur la flèche verte de la barre d'outils de votre navigateur et sans même lire la fin de ces lignes, changer de si
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4/07/2008
dimanche Un haïku par bain, 65 Je rêve à demi Qu'on a transporté mon lit Dans une bassine posted by grossmann | 3/30/2008 mardi posted by grossmann | 3/25/2008 Les 3 chats, 2
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3/25/2008
Binz, sur l'étagère enjambe les bibelots sans même les regarder. Il ne fait rien tomber. C'est un miracle toujours renouvelé, une sorte de grâce. On a envie d'applaudir. Nous serions incapables d'en faire autant, éternels éléphants dans les magasins de porcelaine que nous sommes. La sagesse des chats, contrairement à la turbulence infantile des chiens, nous ravit. Ce n'est pourtant pas que les chats fassent attention aux choses. Ils ne sont pas particulièrement précautionneux, encore moins bien élevés. Ils n'évitent pas les objets. Ils sont en phase avec eux, leur sont parfaitement synchrones. Leur nature, c'est de ne pas émerger. Ils se fondent dans le décor. Ils sont de la même substance. C'est une sorte d'harmonie. Quand un chat avance, c'est comme s'il est immobile. C'est alors la quintessence de l'avancée. Il ne fait pas seulement partie de la nature, c'est la nature même. Nous les humains, en dépit du désir que nous en aurions, n'y sommes pas si étrangers que ça. Dans l'univers, nous sommes de simples choses chaudes. La souris, l'oiseau sont aussi, de leur côté, les éléments indistincts d'une nature continuelle, eux aussi veulent se fondre dans l'indifférenciation des choses. Ils s'efforcent de ne pas exister, de n'être que de simples motifs dans le tapis. Le monde des chats et le monde des proies sont des mondes disjoints et radicalement étrangers. Un chat et une souris ne se croisent jamais. Ce sont leurs mondes respectifs qui entrent en collision en un seul instant catastrophique : celui de l'attaque. Il n'est d'attaque ratée que dans la fiction. Les chats ne sont ridicules qu'en dessin animé. Mais le chat ne mange que les souris, pas les objets de l'étagère. La souris peut arriver à tout moment comme un accident. Un chat, une souris, un oiseau, sont des phasmes, celui qui écrit aussi. Tordant
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3/18/2008
Que dis-je ? Hilarant ! ...(via Christine G.) vendredi ![]() Pourquoi n'y avait-il pas déjà un lien vers ces petites choses désopilantes, on se le demande. C'est réparé, cliquez sur le dessin (la jivarisation de Brokeback Moutain est un chef d'œuvre)
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3/14/2008
26 (mode d'emploi), XXIII Recette du beurre blanc en nuisette vaporeuse : Faites chauffer 10cc de bon vin blanc avec deux belles échalotes concassées. Quand les échalotes ont bu presque tout le vin, incorporez petit à petit des copeaux de beurre ramolli. Montez au fouet jusqu’à obtenir une sauce mousseuse. Passez au chinois. Rectifiez l'assaisonnement. Devinez où est la nuisette. Haltmann tenait sa recette du beurre nantais d’Alain Lapoule. Celui qu'aux Tarterêts on a appelé un jour Fanfan le Fou. Sa manière à la fois originale et élégante de dealer plaisait. Il prenait tous les risques. Il s'est fait serrer par les flics deux ou trois fois, il a fait de la tôle, presque une année. On l'avait récupéré au 26 complètement fou. Il apparaissait dans les endroits les plus saugrenus, empruntait à certaines patientes leurs tenues de nuit les plus suggestives, les enfilait par-dessus son pantalon et vivait ainsi vêtu au milieu des autres patients qui avaient assez à faire avec leur propre folie pour s'offusquer de celle-là. Il démontait tout ce qui contenait ou conduisait de l’électricité au risque de provoquer des courts-circuits et de s’électrocuter, ce qui est arrivé quelques fois. Il montait sur le toit, refusait de descendre, disait qu'il allait passer une nuit ou deux plus près du ciel, comme le Baron Perché. Mais après trois jours, il n'arrivait pas à descendre tout seul et il fallait aller l'aider à trois ou quatre avec des cordes et tout le tintouin. Ou alors, en montant les escaliers pour aller au premier et en passant devant la lucarne qui l'éclairait, on entendait toc toc : C’était lui qui était sorti par-là en se glissant, avait refermé la lucarne et se tenait tout recroquevillé et contorsionné sur l'étroit rebord à cinq mètres du sol. On voyait sa tête de clown et ça faisait un sacré choc. Pour le faire descendre c'était une autre histoire, repasser par l'escalier aurait été trop facile. Il jouait les équilibristes, mimait la panique, disait qu'il pouvait rester là des siècles, nous faisait tourner en bourriques. Pour finir, il se laissait pendre et sautait sur la pelouse, une fois il s'est bien tordu la cheville. On peut dire qu'il mettait de l'ambiance. On ne savait jamais comment on allait retrouver la maison en arrivant pour notre astreinte le soir ou le matin. Un jour, il avait décidé de faire la "grève totale de l'individu". Il s'était enroulé à la cave dans un vieux tapis avec les pieds qui dépassaient. Il passait ses journées comme ça, sortant de son repère la nuit pour voler à manger dans le frigo quand le contrôleur du gaz était descendu à la cave pour relever le compteur, il avait eu la trouille de sa vie en découvrant qu'au 26 on dissimulait les cadavres, échecs manifestes de la psychiatrie expérimentale, en les dissimulant dans des tapis roulés, avant d’aller à la nuit tombante les jeter discrètement à la Seine. Quand, pour faire un bon mot, il avait quand même demandé, timide et à moitié terrorisé : « Dites, le gars en bas, dans le tapis, il n’est pas mort celui-là au moins » et qu’il s’était entendu répondre assez évasivement sans lever le cul de sa chaise qu'avec Alain on avait l'habitude, il s’était sauvé en courant. Mais ce soir-là, il avait décidé de participer. Il avait donc fait en nuisette sexy devant la cuisinière une démonstration magistrale de la recette du beurre nantais ou beurre Blanc qu’ils avaient d'ailleurs dégusté sur des filets de cabillaud congelé. À cette époque, Il n’avait pas été envisagé une seule seconde de l'hospitaliser. « Je veux dire Francis L. pas le congélateur » ajoutait Haltmann avec un sourire énigmatique. « Le plus extraordinaire dans cette histoire - ajoutait-il encore - était qu’une institution psychiatrique, toute expérimentale qu’elle était, pouvait fournir à ses utilisateurs non seulement tous les ingrédients nécessaires à la réussite d’un vrai beurre nantais dans la tradition mais aussi le plat principal qu’il allait accommoder. Essayez seulement d’imaginer, dans nos modernes UPLI aseptisées, qu’on trouve de quoi confectionner une simple vinaigrette, qu’en plus on trouve la laitue à mettre dessous, où que même, on puisse se dire, rien que se dire : « tiens je me ferais bien une petite laitue vinaigrette » » jeudi 26 (titre provisoire), XXII
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3/13/2008
Vingt ans plus tard, Haltmann fut de retour à Dormeil. Le nouvel hôpital était devenu vieux. Haltmann faisait toujours des gardes. Un jour, aux urgences il croisa Alain Lapoule qu'il avait perdu de vue. Ce n'était pas pour lui qu'il venait. Il attendait, dans la salle d'attente, les résultats d'une radio ou d'une prise de sang. Lapoule l'interpella "Salut, Alain !" Ils portaient le même prénom. Haltmann ne le reconnut pas immédiatement. Lapoule était devenu bedonnant, avait le visage bouffi, des rouflaquettes, son accent de titi de banlieue sonnait s'une manière démodée qui n'avait rien avoir avec le parler des cités d'aujourd'hui. Haltmann lui rendit son salut puis ne sut que dire. Lapoule était tout content de la revoir. Il n'avait plus l'insolence de la jeunesse mais il s'adressait à lui sur le ton de la familiarité complice d'antan. Il lui expliqua qu'il était maintenant suivi par un néphrologue pour une maladie chronique qui n'avait rien de psychologique. Haltmann fut à la fois heureux de voir que devenu quadragénaire, Lapoule s'était apparemment sorti du marasme de sa jeunesse et triste de constater qu'il n'avait pratiquement rien fait de sa vie. Ils se retrouvaient tous deux à l'hôpital, chacun d'un côté de la "barrière" et ne pouvaient s'en féliciter ni l'un ni l'autre. Ils restèrent un moment en silence face à face, baissèrent en même temps les yeux, puis ils se dirent des : "bon, au revoir, à bientôt peut-être". Mais ils n'avaient rien à se dire, pas même les terribles moment vécus ensemble. Tout en regagnant le PC des urgences Haltmann se souvint su temps où ils avaient, ensemble, "travaillé du chapeau" ![]() De splendides images de paysages : cliquez ici posted by grossmann | 3/13/2008 samedi A dix mille ans d'ici, les archéologues du futur, descendants de nos descendants, découvrant en guise de squelettes nos serveurs enfouis dans les strates immémoriales et réussissant à déchiffrer les codes qu'ils contiennent, alors aussi mystérieux et énigmatiques pour eux que l'était encore pour nous il y a peu le linéaire b, pourront y lire les innombrables litanies, les confessions infinies, les élucubrations intimes, les sagas minuscules, les vies grandioses, les légendes vraies, les voyages autour des chambres, les explorations d'esprits insondables, les écrans noirs de nos nuits blanches, les graphomanies obstinées, les repentirs, les regrets, les lamentations, les testaments, les jubilations, les colères et les joies de millions et de millions de blogs écrasés les uns sous les autres. Peut être tireront-ils de tout ce magma, de cette excès incroyable de données, plongeant leur regard au sein d'une masse infinie grouillante d'octets, de mots, de phrases et de pensées, l'équivalent d'une caverne de Lascaux ou de deux grottes de Cosquer, tels des diamants hors de la gangue, peut-être sauront-ils dire que nous jouions au tiercé, que nous écoutions France-Info dans les embouteillages et que nous compostions nos tickets de RER. Mais plutôt ne retrouveront-ils rien, brassant à l'infini sans comprendre les données innombrables et inutiles, suites incompréhensibles d'octets , de uns et de zéros, renonçant à ordonner le chaos rampant sous leurs pas, et passant pour le reste de l'éternité à côté de l'homme de Néanderthal.
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3/08/2008
vendredi Pensée de la nuit N°134 : "Dix minutes avant de sortir du ventre de sa mère, le bébé range tout" Jean-Marie Gourio, Brèves de comptoir, l'anniversaire (R. Laffont)
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3/07/2008
lundi ![]() Pas de blog ce soir, il y a la mort aux trousses sur Arte (je ne m'en lasse pas, et vous ?) dimanche Comme au cinéma ![]() Photo volée au cours d'une balade à Chinatown Paris avec Franklin. et Nathan. Ce ne sont pas des acteurs professionnels, juré ! posted by grossmann | 3/02/2008 samedi Un haïku par bain, 64 Ma main peut flotter : La pulpe des doigts se ride Et le bras dérive... posted by grossmann | 3/01/2008 vendredi an incredible optical illusion (via mnémoglyphes) posted by grossmann | 2/29/2008 mercredi Un grand salut à deux hirondelles qui se sont envolées ce soir pour le bout du monde !
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2/27/2008
dimanche Retour à la Défense, 2 Comme le temps passe ! J'ai du mal à y croire. Cela fait pourtant quinze ans que je n'étais pas retourné à la Défense. C'était bien de "retour" qu'il s'agit. Il y a dans le mot "retour" quelque chose de solennel, un peu grandiloquent, qui n'affecte en rien la Défense en elle même, notez bien. Revenir, c'est répéter. On croit que voyager dans le temps c'est impossible, on nous l' a cent fois répété : il suffit pourtant de bouger, de se déplacer, et voilà, c'est fait, le tour est joué, on est aussi quinze ans en arrière. (C'est d'ailleurs exactement pour ça qu'on se presse dans la foule des japonais pour "revoir" la "Joconde" ou qu'on sue sur son chameau pour "voir" les "Pyramides", quarante siècles etc.) On croit seulement qu'on est là, en un lieu. Non, on est là à un autre moment de sa vie, ou de celle de l'humanité, c'est tout. Il y a des tas d'endroits où je ne retournerai jamais. D'ailleurs j'aurais aussi bien pu ne jamais retourner à la Défense : je sais que je n'aurai jamais rien à y faire. C'est ce qui me rend fondamentalement triste, à mon âge. Le nombre des choses révolues devient beaucoup plus grand que celui de celles qui seulement se répèteront, sans parler de celles qui ne sont pas encore arrivées et qui n'auront plus le temps d'arriver. Et puis un jour tout sera révolu. Même seulement répéter, revenir, même un tout petit peu, ce ne sera plus possible. C'est ainsi. Je n'étais pas si joyeux que ça de me retrouver à la Défense ( "Il faut toujours que tu kvetshes", dirait ma mère, en fait elle dit gekvetshn, utilisant bien à propos ce curieux participe passé bègue propre aux langues germaniques. Il faut toujours que je me plaigne, que je me sois fait plaindre. C''est ma nature, de "kvetsher" ( en yiddish, "kvetshn" veut aussi dire presser (comme un citron)). La dernière fois où j'étais allé à la défense était déjà un retour. Déjà une plainte. l'histoire, si elle doit retenir de moi quelque chose, n'en retiendra que le kvetsher que j'étais. Bien entendu, Je ne suis pas retourné à la défense par hasard. Des circonstances fortuites ne m'ont pas surpris. Aucune obligation professionnelle, aucun rendez-vous d'affaire, pas de retrouvailles. J'y suis retourné exprès par pur désœuvrement, faire une promenade en souvenir de la dernière fois que j'y étais venu, que je ne croyais pas si lointaine. Aucune raison de kvetsher, donc. Et pourtant je ne peux pas m'en empêcher. Si on veut vraiment une explication qu'on sache seulement que la Défense est liée pour moi à la nostalgie, à une certaine forme d'exil intérieur. Je vais essayer d'expliquer pourquoi. Pourquoi la Défense, pas pourquoi la nostalgie, ça ne regarde que moi. J'arrive par le RER. .Je fais surface au pied de l'Arche, exactement comme la dernière fois. C'était le même ciel gris d'hiver, celui qui ne pèse pas, un ciel d'hiver doux. Il est une heure avant midi, jour de semaine. Des touristes sous le nuage de l'Arche, mais pas beaucoup. Un grand calme, comme à la campagne. Les tours sont toujours les mêmes. Peut-être ont-elles changé de nom ? AREVA, SGI, EDF TECHNIP, TI, KUPKA IBM, CNIT L'immeuble qui était en construction il y a quinze ans, je m'en souviens, c'est SG celui de la Société Générale, estampillé maintenant du même carré rouge et noir que mon carnet de chèques. Il me semble aussi qu'il y avait d'autres tours, avec d'autres noms encore, NOBEL ou GAN, qui ont disparu ou ont été remplacées par d'autres. Au delà de l'Arche il y avait une plaine immense, la zone de Nanterre et Puteaux, sur laquelle étaient plantées comme de fières sentinelles les fameuses tours nuages d'Emile Alliaud. Elles sont toujours là, fidèles au poste, mais un peu plus cernées par la ville. L'horizon se perd dans le brouillard, on devine maintenant un semblant de skyline comme de jeunes Alpes qui voudraient se dresser. Je me promène aux pieds des tours. Il y a de petits jardins, des "playgrounds", des coulées vertes envoyées là comme des tentacules par des parcs dissimulés derrière les tours. On voit une école, on entend les cris des enfants. Le plus étonnant c'est qu'on puisse se promener, justement, dans cet espace qui, vu de loin, y semble si peu propice, même de près, avec ses monstrueux échangeurs autoroutiers en éternelle construction qu'on peut contempler du haut des élégants ponts suspendus qui les enjambent. Il y a ces passerelles, ces passages, ces escaliers, ces amphithéâtres, ces piazzetas. De monumentales portes trouent les immeubles géants et vous laissent passer, vous faisant découvrir plus loin d'autres paysages enchevêtrés. A la défense, pas plus qu'à New york, même si l'espace y est plus courbe (et plus petit), on ne se perd pas. Il y a des repères, des fanaux, des balises, des marques pages. Absolument rien d'oppressant. Au contraire : partout les tours veillent sur vous. Je sais maintenant pourquoi j'ai tant aimé le film "Lost in Translation". Si on aime la défense on aime forcément Tokyo. En tout cas, la Défense est l'idée que je me fais de Tokyo, ce côté propre, simple, beau, paisible, prédit à l'avance, à la limite de l'ennui, invite à la méditation. En parcourant les allées du centre "Les Quatre Temps" (qui a du être rénovés au moins deux fois depuis la dernière fois que j'y ai mis les pieds) avec l'alignement des terrasses des restaurants vides mais prêtes pour l'assaut des salary-men bientôt déversés pour déjeuner, je me dit que je ne vois là aucune Scarlett Johansson à rencontrer pour le Bill Muray pour lequel je me prends. En tout cas je ne la trouve pas à l'inévitable Starbuck Café où il est encore raisonnable des commander un café et des scones. Après, je me fourvoie un moment à la FNAC qu'on a installée dans le CNIT lui aussi toujours en rénovation. Au rayon livres et disques elle est d'une indigence crasse, pas mieux achalandée que celle de l'Agora d'Evry, près de chez moi, mais on ne lui demande pas à elle d'être dans l'air du temps... En sortant du CNIT (je crois bien que s'y étaient tenus, dans les années soixante, des salons de l'Automobile ou de l'Enfance, des Floralies, peut-être) le gris uniforme du ciel qui jusque là nous recouvrait comme le dôme posé sur Sprinfield dans "Les Simpsons, le Film", s'illumine sous une poussée encore infructueuse du soleil. L'Arche se détache un moment devant une esquisse de nuages en forme de montagnes indistinctes puis tout redevient uniformément gris et rassurant. Il ne reste plus qu'à refaire le chemin en sens inverse. Rentrer à la maison. La ligne M1 est l'ancienne ligne Vincennes Neuilly, mais on ne dit plus comme ça. C'était la première ligne de métro de Paris, en 1900. A la fin des années cinquante j'ai posé mes fonds de culottes sur les banquettes en bois des wagons d'avant guerre. Maintenant, la rame est en fait un couloir ambulant en forme de ver de terre. La station Franklin Roosevelt, emblème des années soixante, n'existe plus. On la refait. Personne ne me l'avait dit. C'est un choc. Mais j'en ai vu d'autres. Dans les couloirs de la gare de Lyon le flot des passagers souterrains me rattrape. Sur le quai du RER C, deux amoureux seuls au monde au milieu de la foule se disent un adieux pathétique pendant que le RIVA de 12h 32 entre en gare (nous avons juste raté le ZYRC précédent). Les trains sont à deux étages. Je joue des coudes pour m'installer là haut sur l'impériale qui nous donne des yeux de géants. Nous croisons des TGV bien en rang, attendant sagement comme des chevaux à l'écurie le moment venu pour eux de s'élancer et de fendre l'espace. Tant de puissance au repos inspire le respect. La voie du RER, c'est le pays des taggeurs. Les yeux rivés sur les murets, les bornes, et les murs d'entrepôts qui défilent de plus en plus vite, je vois les strates de siècles et de siècles de tags. Je dis que le tag est une œuvre d'art à part entière, dès lors qu'il se veut la trace d'un être humain sur l'inanimé. Un tag c'est un signe d'homme au même titre qu'un tableau, même si je préfère Duhrer. Gloire éternelle, donc, à KIBUZZ, VICIN, TRANC, TVA NT SWIT ROR YOLE TPOL et PLASM qui nous saluent ici pour l'éternité en nous composant cette austère haie d'honneur. La voute grise du ciel se fissure, se craquèle. C'est la croute céleste, lézardée de filets blancs qui rendent le gris encore plus sombre. ARSN, ZAT, BANSA, NEKRO, OZNEK, SEYA, LYS, OKONG (je l'aime bien celui-là, Okong), COSE TRAN, tiens encore TPOL. ARSENI, ZAT WANGSER, OZMER, TPOL encore, et aussi TRANC. Le train est un direct, il accélère toujours. Voici BENSA, MOR, ARM, OKIB, TZIPS, SKC ( est-ce cassé ?) KUNI, KREVET, BRECK, TIGE et beaucoup d'autres très beaux très purs mais pas trancriptibles, illisibles comme des signatures. NAZBAL OEBONG, OZNEK, une vielle connaissance, salut à toi OZNEK ! OKTO, PIER (eh oui, le petit Pierre, il a mis son nom, lui aussi) Nous croisons en trombe un train qui retourne à Paris. Il est de l'ancienne génération gris strié à banquettes oranges. Le RER c'est mon autre ligne de vie, avec la N7. On arrive à Villeneuve Saint Georges, VSG pour les intimes. La seine, dont on ne peut apercevoir l'autre rive à cause du cadre de la fenêtre du wagon, l'alignement des arbres soigneusement élagués. Cette image est en moi depuis l'infini du temps. Dans une autre vie je descendais là, remontais la rue de Paris, populeuse et sympathique, disais bonjour à tous les passants qui me connaissaient tous par mon prénom, poussais la porte du magasin situé au N°33 de la rue, et l'odeur inoubliable de tissus propre et coupé de fers chauds de couture et de bois mêlés des "VETEMENTS JACQUES" que je ressens à nouveau, à cet instant précis, en tapant ces lignes, dans toute son intensité, me sautait au visage et aux narines. Le train repart. ZYCK BIPA. VILLENEUVE SAINT GEORGES, POSTE 4. OZBA, STILL. On traverse la Seine. ZIH, NOK. Salut à vous, Zih et Nok ! Voici que lentement se découpent sur le ciel pommelé jaune et gris, autres fanaux fameux, les tours de Vigneux en personne. Quelle majesté, quelle splendeur ! Salut les tours de Vigneux ! EPAV, BRAK, NOK, ZMK ZMK (deux fois) PH FUCK (tout de même) SOYN, PLE, RISOT (pourquoi pas) Salut à vous tous ! Juvisy. Terminus. Tout le monde descend.
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2/24/2008
mercredi Paris au volant, 6
posted by grossmann | 2/20/2008 vendredi "Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais" Je viens de refermer le livre d'Annie Ernaux, "Les Années" (quand je dis "je viens de" ce n'est pas façon de parler, c'est vraiment : je viens de. Je l'ai lu en trois soirs, les deux premiers avant de m'endormir, allongé de "mon côté", sous la couette en désordre, à la lumière toute bachelardienne d'une lampe de "chevet' IKEA en forme de tentacule orientable dans absolument tous les sens, qui lit d'abord avec moi par dessus mon épaule, puis éclaire de plus en plus indistinctement le désordre de la couette et de la courtepointe emmêlées se perdant dans l'ombre du bout du lit où parfois se tient un des chats dont la forme noble émerge à peine du néant qui me fait face, lampe très propice aux insomnies mais préservant parfaitement le sommeil si facile de celle avec qui je vis ; Je l'ai terminé à la troisième fois, ce soir à 0 heures 54, il y a juste un instant. Je l'ai refermé et j'ai eu immédiatement envie de le relire depuis le début. Cela m'arrive rarement. J'ai ressenti le besoin de le dire. Je me suis alors levé, laissant la lampe éclairer toute seule ma "place" désertée, laissant dans l'ombre la forme endormie mais visible de ma compagne et suis descendu tout nu, dans le silence de la maison, "à l'ordinateur" (le réduit qui me sert de bureau est une caverne creusée dans les livres et les souvenirs, je ne le chauffe qu'en y arrivant, avec un vieux radiateur à bain d'huile, on tire un rideau qui le sépare de la "bibliothèque" (une ancienne boucherie chevaline, ce qui explique la petitesse de mon réduit : il a été aménagé dans une des anciennes chambres froides (déménagée de ses frigos, tout de même)) ladite boucherie étant, elle, beaucoup trop grande pour être chauffée en hiver mais est, en été, est un havre de fraîcheur) Mais revenons à nos moutons, "Les Années". Ce livre est un objet extraordinaire : il ne parle que de vous. De "notre" génération. C'est un livre palimpseste écrit sur plus de vingt ans (moins de 250 pages, pas plus de 25 par an, 2 par mois, 0,07 par jour) Ce n'est pas du tout un journal de bord, ni un mémorial. C'est la forme qu'on pourrait donner à l'éternel retour. C'est un objet à la MC Escher, à la G. Perec (celui du "je me souviens" qui ne se souvient de rien mais de tout ce que "nous" nous souvenons) C'est d'une écriture et d'une construction superbe en spirale, dont on ne sait jamais si c'est le centre ou la périphérie qui se situe l'un au-dessus de l'autre. C'est l'une des plus belles choses que j'ai lues sur la mémoire, la remémoration, la mélancolie, la sérénité. C'est vraiment une biographie impersonnelle, comme l'a elle même espéré A. Ernaux. C'est ma vie, c'est la votre, celle de vos parents pas encore tout à fait celle de vos grands parents, elle nous colle encore à la peau, écrite à l'imparfait dans une langue parfaite : "Les espaces marchands s'élargissaient et se multipliaient jusque dans les campagnes en rectangles de béton hérissés de panonceaux lisibles depuis l'autoroute. Des lieux de consommation dure où l'acte d'acheter s'effectuait dans un dépouillement aride, blocs de constructions à la soviétique contenant chacun, en quantité monstrueuse, la totalité des objets disponibles d'une même gamme, chaussures, vêtements, bricolage, et un Mac Do en récompense pour les enfants. A côté, l'hypermarché déroulait ses deux mille mètres carrés de nourriture et de produits déclinés pour chaque catégorie en une dizaine de marques. Faire ses courses réclamait plus de temps et de complications, surtout pour ceux qui n'avaient que le SMIC à dépenser en un mois. La profusion de la richesse occidentale se donnait à voir et à toucher en couloirs parallèles de marchandises où, du haut de l'allée centrale, le regard se perdait. Mais on levait rarement la tête..." Ou encore, plus loin, " On revenait à soi. Le soleil d'août chauffait la peau. Les paupières fermées sur le sable, c'était la même femme, le même homme. On baignait dans son corps, le même que celui de l'enfance sur les galets de Normandie, des vacances anciennes sur la Costa Brava. Une nouvelle fois ressuscité du temps dans un linceul de lumière. On ouvrait les yeux et l'on voyait une femme entrer tout habillée dans la mer avec sa veste et sa longue jupe, un voile de musulmane couvrant ses cheveux.Un homme torse nu, en short, la tenait par la main. C'était une vision biblique dont la beauté rendait affreusement triste"
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2/15/2008
mercredi Pensées de la nuit N°132 et 133 : "Notre souverain n'aimait pas déléguer : il abattait à la fois la besogne de ses ministres et celle de son bouffon" et "Au bout de cette allée de gravillons une foule de petits poucets" Eric Chevillard, l'autofictif
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2/13/2008
jeudi Je pense à
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2/07/2008
Dominque Laffin. Elle est morte d'une crise cardiaque à 33 ans en 1985. J'ai été follement amoureux de Dominique Laffin (et aussi de Christine Pascal, mais on reparlera une autre fois de Christine Pascal, elle aussi morte prématurément) Qui n'a pas été amoureux de Dominique Laffin à cette époque ? De son regard éperdu, de sa lumineuse beauté, de sa voix rauque ? Elle a été L'étoile filante du cinéma français des années soixante dix. La "Femme qui pleure" de Jacques Doillon, c'était elle. On dit que sa tombe est située au Père Lachaise, juste à côté de celle de François Truffaut. Ils ne se sont pas rencontrés au cinéma, pourtant. Ils auraient du. Du coup je pense aussi que la "Drôlesse" du même Jacques Doillon est l'un de mes dix films préférés au monde. Une grâce inouïe. Un chef d'oeuvre. Et Madeleine Desdevises (qui se souvient des acteurs non professionnels du film ?) qui est morte, elle aussi, à 13 ans, d'une maladie héréditaire deux ans après le tournage et Claude hébert, le garçon, qui est parti missionnaire au fin fond du monde et n'a plus jamais voulu entendre parler de cinéma. J'ai pensé à Dominique Laffin à cause des "Doigts dans la Tête" qui était aussi un film de J. Doillon. Et les "Doigts dans la tête" c'était le nom de la librairie qu'ont ouverte en 1975 N. et C. , ou plutôt C. comme on le verra, car N est devenu rapidement un grand spécialiste en pneumologie et en cancérologie, à Dijon. Un sacré nom pour une librairie, "Les Doigts dans la tête". J'étais, moi à quelques semaines de la quille. Presque en partance. Je peux dire avec fierté que j'ai participé à l'aventure. Oh, très modestement. Un coup de main au rafraîchissement des peintures du vieux fond de la rue Chabot Charny, dans le quartier des facultés, non loin de la fac de médecine ou de lettres, mon souvenir est vague, mais surtout, la vie dijonaise a pris alors pour moi un interêt imprévu. "Les doigts dans la tête" sont rapidement devenus un haut lieu alternatif de Dijon. Les jeunes et les moins jeunes en mal de nouveauté venaient s'y presser. La librairie ne désemplissait pas. Toutes les substances fumables et ingérables y circulaient, des révolutions bien plus souriantes et fraîches que celles du Quartier Latin d'alors y étaient fomentées. On y vendait pas seulement des livres selon les méthodes apprises en quelques voyages au même Quartier Latin à Paris à "Autrement dit ou "La Hune"et pieusement reproduites, mais aussi des disques dont s'occupaient plus particulièrement N. et son copain Biquette (N. et Biquette, en fait tous deux natifs tous deux d'Avallon étaient venus étudier à Dijon, ils y était déracinés eux aussi, pour ainsi dire comme moi, C. etait quant à elle de Noyères sur Serein où ses parents tenaient la pharmacie) Les surnoms bourguignons, il faudra un jour leur consacrer une entrée entière de Ciscoblog. C'est un des grands acquis de mon service militaire. En bourgogne, savez-vous, on s'appelle surtout par son surnom, pas par son prénom. Ainsi, dans la bande, par exemple, il y avait une fille qu'on appelait "La cigogne" probablement à cause de ses très belles longues jambes, je n'ai jamais su son vrai prénom ou en tout cas je l'ai vite oublié, et un jour, "la cigogne" a rencontré un garçon et ils se sont mis ensemble. Je ne me souviens pas non plus de son prénom mais tout le monde l'a immédiatement appelé "Le cigognot" bien qu'il ne présentât aucun caractère propre aux volatiles de cette espèce. C. s'appelait la "Puce" à cause de sa taille et "Biquette" "Biquette" à cause des ses cheveux frisés, etc. A cette époque les projets foisonnaient. En dehors des livres, donc, il y avait les disques, et particulièrement les exports d'Impulse dont les nouveautés étaient attendues dans la fièvre, le label "ECM" avec Dollar Brand ou Pharoa Sanders, pour ne citer que les moins connus (N. avait deux idoles : Schmoll, alias Eddy Mitchell et Sun Ra) J'y ai découvert le Art ensemble of Chicago avant Brigitte Fontaine, Keith Jarreth avant le concert de Cologne , Anthony Braxton et Cecil Taylor : de grands moments. Au sous sol on avait ouvert une galerie d'Art contemporain qui marchait du feu de Dieu. J'ai bien plus appris en quelques mois à Dijon qu'en 10 ans de rue de la Huchette. Bien sûr comme toutes les Utopies, "Les doigts dans la tête" n'ont pas tenu, victimes, tout comme leur illustre modèle "La joie de Lire" du vol de livres qui était à cette époque un sport national et un manque à gagner bien plus irréparable que Napster ou La Mule vingt cinq ans plus tard pour les grandes compagnies de disques. Mais "La puce" se battit plusieurs années avant de rendre dignement les armes et de devenir l'une des bibliothécaires les plus respectées de la région. "Biquette" est parti un jour tout droit sans un sou aux US à New York où il a failli crever de faim dans le légendaire Lower East Side et dans un désir inextinguible de contre culture, ce qui lui a valu deux ans plus tard à son retour, pétri comme personne de musique d'outre atlantique de se faire engager par Jean Francois Bizot dans l'équipe d'Actuel (et plus tard de devenir le parrain de Jérémie, entre autre) N a suivi sa route, c'est un cancérologue respecté maintenant. Je présume qu'il ne rate pas un concert de Schmoll. Après, je suis retourné à Paris pour finir mon internat en psychiatrie à Dormeil chez Bonnafé et y rencontrer les petits Mozards (sic pour le "d") qui ont maintenant bien vieilli mais c'est la vie. Et la vie qui sépare tout doucenement ceux qui s'aiment sans faire de bruit nous a séparés nous aussi. Je porte Dijon et tous ces amis dans mon âme et mon coeur. vendredi Je me souviens
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2/01/2008
De Dijon. Le train se mettait à ralentir juste avant le lac Kir. Felix Kir avait été le maire emblématique de Dijon de 1945 à avril 1968, date de sa mort, un mois avant les évènements et juste cinq ans avant que prenne place l'évocation qu'on va lire. Il a donné son nom au lac sus-nommé et surtout au blanc-cassis dont il fit inlassablement, durant sa très longue carrière de député maire de Dijon, la promotion pour Lejay-Lagoutte. Chanoine, il fut le dernier député en soutane à sièger sur les bancs de l'assemblée nationale. Au cours de l'une de ses mémorables rencontres avec Nikita Khroutchev, fut inventé le "Double K" (en voir ici une recette anticommunisto-bolchevique) Nous longions les rives du lac de blanc - casse à petite vitesse. Je commençait à réunir mes affaires pour descendre lors d'une des deux minutes d'arrêt prévues à Dijon. Il n'était pas plus de huit heures du matin en ces lundis de saine froidure. Trois heures plus tôt je m'étais arraché du lit, des bras de ma bien aimée endormie et des fins de nuits des weekends de perm' pour sauter dans mon jean et dans le premier métro qui m'avait conduit à la gare de Lyon, éponyme de la ville terminus du train d'où, présentement je descendais, la chemise un peu fripée. Un changement de bus plus tard, vers huit heures et demie, j'étais dans le service de psychiatrie de l'hôpital d'application des armées Hyacinthe Vincent. C'était l'époque des comités de soldats. quelques mois plus tard ils défileraient masqués et cagoulés lors d'un défilé du 1er mai, mémorable lui aussi. Avec mon copain Cambray, originaire du Pas de Calais vu qu'il était natif d'Arras, non, pas d'Arras, de Maubeuge en r&alité (et pas de Cambray, si vous me suivez, c'était son nom de famille) c'était un bon vivant tranquille qui savait ce qu'il voulait dans la vie, enveloppé (gros, quel gros?) et binoclard, avec mon copain Cambray donc, lui aussi aspirant médecin du service psychiatrie de l'hôpital militaire de Dijon nous faisions un concours de réforme de bidasses, membres des comités ou non. Certains d'entre ces membres d'ailleurs nous arrivaient en fort mauvais état, au bout du rouleau, après parfois des semaines passées au trou, mutiques, apeurés, sûrs de se faire piéger. Nous avions beau leur dire que leur calvaire était terminé, il ne voulaient pas nous croire. Il y en a qui ont joué dangeureusement (au risque de se faire prescrire et d'ingurgiter même les neuroleptiques que la mort dans l'âme nous nous étions résignés Cambray et moi à leur prescrire, les prenant finalement pour les schizophrènes qu'ils simulaient si bien) avant de rendre les armes devant toutes les preuves que nous leur donnions de notre bonne foi et à notre grand soulagement. Je me souviens d'en avoir embrassé un sur la bouche quand il s'était mis à parler. Curieusement, notre hiérarchie, nos capitaines, nos colonels et nos commandants d'actives fermaient les yeux et nous donnaient cartre blanche pour réformer à tour de bras. C'est vrai que pas plus qu'en mai 68 il n'y eut dans ces années des comités de soldats de grosses bavures et les miltaires, pas plus que les CRS ne s'étaient finalement pas montrés si SS que ça. Ils auraient pu. Je peux en témoigner. Notre commandant, le chef de service, de quatre ou cinq ans notre aîné, était loin de porter les gauchistes dans son coeur, il avait ses "valeurs" comme on dit maintenant à tout bout de champ, il s'occupait avec beaucoup d'humanité des vrais laissés pour compte de l'armée, les legionnaires abrutis par les guerres coloniales de la précédente génération et qui souffraient de vrais traumatismes de guerre, eux, nous disait-il, alors vos appelés de la société de consommation comme vous dites, toujours nous disait-il, faites en ce que vous voulez et mettez vous les même ou je pense... Alors nous ne nous gênions pas. Je ne sais plus qui avait gagné de Cambray ou de moi, mais nous avions chacun dépassé les mille réformés dans l'année. A part ça nous faisions des gardes, pas très souvent, heureusement. Nous surveillons les angines de poitrines des mamans des colonels, nous vaccinions les petits enfants des mamans des colonels et nous rafistolions les bobos plus ou moins graves des simples soldats des colonels. Je me souviens par exemple d'avoir recousu un oreille de chasseur alpin coupée net par les carres du ski d'un copain passé trop près, avec un certain succès je dois le dire, ce qui lui donna définitivement une certaine coquetterie dans le port de la tête qui lui attira moult succès féminins par la suite et d'une détorsion de testicule en salle d'op avec comme seul aide le capitaine chirurgien titulaire au téléphone, qui n'avait en aucune manière voulu se déplacer (mais cela existait aussi dans le civil) quand je ne savais plus quelle aponévrose couper ou recoudre. A l'armée les psychiatres étaient des chirurgiens commes les autres, nuls. Mais il n'y eut pas de catastrophe trop catastrophique. La médecine n'était pas aussi technologique qu'aujourd'hui. On avait encore le droit de se débrouiller avec des bouts de ficelles et personne ne faisait une maladie d'un poignet cassé pas replâtré tout droit, surtout à l'armée. Personne ne me dut de perdre un membre ou un organe interne, personne ne devint invalide ni infirme de mon fait. Ce qui n'était pas gagné d'avance il faut bien le dire. Mais il ne faut pas croire, nous étions loin d'être assommés de travail. Il nous restait largement assez de temps pour déjeuner longuement tous les jours au mess des officiers, au centre ville où on servait des vins de bourgogne d'un excellence que je ne pu me payer que très rarement même longtemps après être revenu à la vie civile et gagner correctement ma vie, de faire la tournée des caves des côtes de Nuit et de Beaune réunies. Le corpus de mes connaissances en oenologie date de cette époque-là, il n'a été que très peu modifié par la suite. Ces années là, qui précédèrent le Numérus Clausus mis en place peu après et dont nous souffrons tant de nos jours, mais c'est une autre histoire, regorgaient d'étudiants hospitaliers et d'externes en tous genres qu'il fallait bien placer dans les hopitaux disponibles. La pénurie des postes des hôpitaux civils obligea à envoyer les étudiants dans les hôtitaux militaires, ce qui redora très largement leur blason. C'est ainsi que je me trouvais à la tête d'une petite troupe d'apprentis médecins, de cinq ans mes cadets, eux, que j'initiai gaiement aux joies de la psychiatrie de secteur, de la psychanalyse et des formations de l'inconscient au tableau noir en guise de batailles napoléonnieennes et même de l'antipsychiatrie anglaise en toute impunité. L'austère hôpital militaire se retrouvait transformé (mais peut-on dire transformé, ne l'était-il pas déjà avant?) grâce à cet apport de civils juvéniles en une sorte d'Abbaye de Thélème assez bonne enfant. Je pense que ce fut le début de la fin parce que l'hôpital Hyancinthe Vincent n'existe plus de nos jours. J'ai fait une recherche internet. Tout juste ai-je appris qu'il était désaffecté, voire démoli et qu'on songeait à la reconversion des terrains qu'il avait occupé. Je devins vite ami des membres de cette joyeuse communauté d'étudiants provinciaux. Je me mis à fréquenter la Rue Mably où habitaient N. et C. Ce qu'il advint par la suite et qui est l'histoire de la naissance d'un haut lieu de la vie culturelle dijonnaise de l'époque vous sera conté, si vous êtes sages et attentifs dans une prochaine soirée, bonne nuit à tous. mardi ![]() J'adore cette photo de Nathan, intitulée Port Royal
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1/29/2008
jeudi Pensée de la nuit N°131 . Tsuyu no yo wa/ Tsuyu no yo nagara/ Sarinagara. Je sais que ce monde/Est un monde de rosée/Et pourtant pourtant. Kobayashi Issa, Haïku, 1819 posted by grossmann | 1/24/2008 Il ne faut pas désespérer, il y a toujours une chance! La preuve : cette pub pour les assurances. posted by grossmann | 1/17/2008 lundi Un Haïku par bain, 63
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1/14/2008
Le traité d'hygiène Te proscrit, bain corrupteur Qui, là, m'amollit dimanche ![]() Eh oui, Michelangelo revisité comme ça c'est assez chouette (il faut regarder longtemps) même qu'on se demande si c'est une vraie photo-mosaïque, comme dit Luc (via "brève de comptoir") samedi Au théâtre il y a ce moment dont j'ai déjà plusieurs fois parlé ici qui me transporte toujours, surtout si la représentation a été bonne, c'est le salut. Ce moment de transition qui résume à lui tout seul toute la magie du théâtre, où l'acteur doit lentement se défaire du personnage, redevenir acteur et recevoir les applaudissements du public. C'est la fin de l'illusion, l'atterrissage, le retour au "réel". Si j'ai aimé la pièce, c'est vraiment un moment qui me serre le coeur. Nous nous séparons. Nous ne quittons pas les acteurs, mais les personnages. Il y a toujours une grande douceur : cette façon de s'aligner de se tenir par la main, de lever les bras ensemble, ce lent retour où, encore vêtu des oripeaux des personnages, les acteurs ne sont cependant plus les personnages, où ils ne peuvent plus ni ne veulent plus nous faire accroire. Il ne reste plus qu'à saluer. Mais l'acteur ne dit pas "au revoir" (c'est le personnage qui le fait), il dit au contraire "bonjour" et nous quitte en même temps. Les personnages s'évanouissent comme les protagonistes d'un rêve, quand il faut se reveiller. On voudrait les retenir, mais on ne peut pas. Les acteurs n'ont plus qu'à dire la vérité : c'est moi qui l'ai fait. Ils vont eux aussi quitter la scène. C'est une deuxième séparation. Tombent les masques, on dégrafe un peu les cols, on sourit. On s'aperçoit soudain qu'ils sont en nage, qu'ils sont essouflés, fatigués, quel travail cela été. Cet après midi, à la fin de l'excellent "Mariage de Figaro" que donne en ce moment la Comédie Française, j'ai ressenti cette émotion qu'on ne peut ressentir qu'aux spectacles "vivants". Au théâtre à l'italienne tout est fait pour qu'acteurs et spectateurs soient le plus proche possible : le parterre ne s'étend pas de plus en plus loin en arrière (comme dans un "Zénith" par exemple) au contraire, il bifurque très tôt et se développe en hauteur : corbeilles, premier balcon, deuxième balcon, poulailler, paradis. On s'élève tout droit jusqu'aux cintres. La sympathie vient de là : le théâtre est une maison, notre maison, toujours. Chacun de nous a connu enfant ces scènes "primitives" où nous occupions ces espaces ménagés entre les pièces, des ouvertures, des seuils, doubles portes par exemple, planchers surélevés, pour en faire des théâtres, éteindre les lumières et les éclairer à nouveau par une simple lampe de chevet. Concerts de trois minutes, tours de chant minuscules, oresties, énéides improvisées et autres soirées poétiques hésitantes... En cette fin d'après midi, en même temps que le jour finissait, nous étions tous heureux comme on l'est à la fin d'un repas de fête familial où on a poussé la chansonnette ou raconté une histoire, où chacun a montré ce qu'il sait faire et émerveillé les autres. Il y avait cette véritable chaleur. Je ne me sens jamais autant "chez moi", relié, "en famille", qu'au théâtre.
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1/12/2008
hier soir je me suis laissé prendre au piège : j'ai suivi sur Canal U un cours sur le mouvement brownien passionnant qui m'a tenu éveillé jusqu'à près de trois heures du matin. Dans la famille "faites votre télé vous-même" (deuxième) je demande Canal U : une mine,que dis-je, une exploitation !
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1/12/2008
mardi ![]() ![]() Il y a tout lieu d'être mécontent. Je n'ai évidemment pas acheté le Nouvel'Obs. Non seulement la photo du cul de Simone de Beauvoir pose un véritable problème "éthique" (en dehors de toute pudibonderie : quand j'ai vu la couverture du magazine, sans savoir de qui il s'agissait dans un tout premier temps, je me suis dit : chapeau ! Des culs comme ça on n'en voit pas touts les jours, bravo madame, franchement ! Et dans un tout proche deuxième temps, quand j'ai voulu m'enquerir de sa propriétaire : A qui donc avons nous l'honneur ? Madame de Beauvoir ? Ah bon, joyeuse surprise ! Vous m'en direz tant ! non contente d'être un cerveau de première classe vous possédiez, chère madame, une anatomie de star et un cul que Praxitele lui même il n'aurait pas fait mieux ! Et ma langue de tomber par terre et mes yeux de sortir de leur orbite. Ah, le sacré Jean Paul il ne devait pas s'emmerder avec un pareil castor. Elle avait vraiment tout pour elle, etc. ) mais son côté racolleur, faussement lumineux, le côté un peu pervers de la photo manifestement volée m'avait fait considérer l'évènement avec toute la prudence necessaire : Les journalistes font ce qu'ils veulent, surtout pour vendre du papier aux intellos bobos, mais je n'allais pas me laisser attirer par un artifice aussi mercantile. Je pensais que coller le cul de Simone de Beauvoir sur une converture pour fêtre son centenaire n' avait strictement rien de libérateur ni même d'iconoclaste ou scandaleux. Qu'en aurait, elle-même, dit ? S'il ne s'était s'agit d'une manoeuvre que je tiens pour réellement perverse concernant une héroïne incontestable du féminisme, j'aurais dit qu'il s'agissait, comme souvent, d'une fausse bonne idée, une idées de potaches boutonneux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur q ... nez et que décidemment la presse de gauche n'est plus ce qu'elle était. Mais je restai tout de même subjugué par la perfection de l'anatomie de notre centenaire. Je fis une recherche internet et tombai sur cette photo qu'il est très facile de trouver en quelques clics. C'était l'original de la photo publiée, une très belle photo d'une très jolie femme. Et ma colère ne fit que grandir. La photo avait été photoshopée, le cul avait été retouché ! Un petit coup de lumière par là, de l'ombre par ci, une légère culotte de cheval éffacée, un bronzage plus "intégral", la disparition d'un couvercle de chiottes etc. Beauvoir à poil, mais bien lisse et même bien liposucée. Un nu politiquement correct, de maintenant, tirant plus du côté Crazy Horse que de celui d'Araki. Le cul de Beauvoir en 1952 avait certes des grâces particulières mais était celui d'une femme qui n'était pas un modèle professionnel et cela se voyait ! Simone n'en redevenait que plus femme. Mais la vérité là dedans qu'on prétendait nous montrer toute nue ? Elle sent sous les aisselles, affirme Picasso. Et le Nouvel'Obs, il sent quoi ?
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1/08/2008
dimanche Imperatif catégorique. Je n'ai jamais bien compris si c'était l'impératif qui était catégorique ou bien la catégorie qui était impérative. A vrai dire, Je n'ai jamais trop cherché à me pencher sur Kant, si j'ose dire. Une sainte trouille, peut être, ou bien un respect pétrifiant, c'est selon. Un pas rigolo, j'ai toujours pensé. Pas le gai savoir, ah ça non. C'est le seul philosophe pas rigolo du tout que je connaisse. Il me rappelle mon prof de philo quand j'étais en mathelem à H IV, Maurice Caveing (c'était un éminent élève de Georges Canguilem himself, pour qui j'ai une admiration sans borne, celui du "Normal et du pathologique" et du maquis, maître aussi de M. Foucault, je l'ai appris bien plus tard, Maurice Caveing est toujours vivant, il doit avoir près de quatre vingt dix ans, je viens de faire une recherche internet, je croyais qu'il était mort depuis longtemps mais non) qui nous infligeait cinq heures de logique ajoutées aux neuf heures de math et jamais de métaphysique ou de morale qui aurait pu nous faire souffler entre deux théorèmes. Nous voulions être des scientifiques eh bien nous allions être servis ! Vous reprendrez bien un petit coup de Zénon d' Elée après les élements d'Euclide ? On airait bien aimé, nous, un petit coup de Nieztche, ou encore mieux de Freud ou même de Marx, mais non, allez vous faire voir, rien que de la Mathématique pendant un an. On aurait dit qu'il nous punissait d'avoir choisi mathélem et non Philo ! En tout cas quand j'éssayais d'imaginer Kant à sa promenade je lui superposait toujours le visage pâle de Maurice Caveing avec ses lunettes, l'homme qui ne souriait jamais. Mais revenons à nos moutons catégoriques. C'est le titre du dernier épisode du "Grands incendie de Londres" de Jacques Roubaud dont je viens de faire la précieuse acquisition à Compagnie. Je croyais savoir qu'il avait arrêté. Qu'il avait renoncé, qu'il avait abandonné son Projet infaisable, mais non. En voilà une branche aussi innatendue que réjouissante : "Impératif Catégorique" (Le Seuil, Fiction & Cie). Il y a deux écrivains, vous vous en êtes peut être déjà apeçus, vous fidèles Ciscobloggers, à qui je voue une véritable passion, à qui je porte une admiration sans borne, sans qui, je crois franchement, je ne serais pas tout à fait le même, je veux dire G. Perec et J. Roubaud. J'éprouve une fascination presque fatale à me plonger depuis une dizaine d'année dans les méandres du "Grand incendie de Londres", le roman qui ne sera jamais écrit, fleuve tranquille dont on ne connaît ni la source ni l'embouchure. Il y a quelque chose de Roman Opalka, chez Roubaud. Ce qui m'émeut terriblement dans sa tentative insensée, c'est l'acuité de sa conscience du temps. Il nous dit que tous les matins du monde ne reviendront jamais. Mais pour dire cela, il faut le redire et le redire sans cesse. Il faut faire comme si un jour un matin du monde parmis tous reviendra. Il faut y croire, un seul un tout petit matin du monde, parmi des myriades de matins qui ne reviendront jamais, une aube faiblarde ou même blafarde mais elle reviendra, quelque part dans l'éternité. Il y a, on le sait, dans Le Grand incendie de Londres tout un travail de deuil, mais un travail de deuil qui boucle la boucle , un deuil qui ne butte pas sur l'oubli : La poésie est la mémoire de la langue. Le "Grand Incendie" n'a du roman que le nom : c'est de la poésie. Grâce à Roubaud je crois avoir compris que la poésie c'est la disparition du narrateur, cet intermédiaire inutile, la rencontre non médiatisée de l'auteur et du lecteur, la fonte l'un dans l'autre de celui qui écrit et de celui qui lit, leur confusion, leur vibration. Il faut faire résonner l'écriture comme un tambour, comme le bruit d'un bout de bois sur un autre bout de bois, Si en littérature on veut faire disparaître le narrateur il faut, avec toute la modestie nécessaire, alors ramener obstinément, ostinato, la littérature à l'essentiel, la graphie, l'acte d'écrire. Le simple acte d'écrire. Un des seules issues possibles, bien loin de toutes les constructions de mondes fictifs est de prendre son propre soi comme unique sujet, non pas par narcissisme, non pas par humanisme comme Montaigne qui est si grand mais simplement pour devenir par cette seule alchimie l'Autre à qui l'on s'adresse et qu'on veut regarder en face, l'unique et l'universel, l'éternel et l'éphémère. Je ne comprends que de cette manière le "Je est un Autre" d'Arthur Rimbaud. Le "Je est un autre" n'est en aucune manière une étrangeté radicale, il n'est que le résultat, le reste, le résidu, le précipité, de l'alchimie de la littérature. Un livre ou un poème n'est à jamais lu que par une seule personne, même s'il s'adressent à des millions. La poésie est un million de fois plus qu'une transmission. C'est une transformation dans l'autre. Le texte est ce seul noeud crucial ou celui qui l'écrit rencontre celui qui le lit en s'y confondant de toute sa chair et de tout son sang. Revenir en même temps au renversement, au retournement en doigt de gant, de Stendhal par Perec : écrire est bien plus qu'un "miroir qu'on promène le long des chemins", on n'emmagasine pas, on se déverse. Le livre est cette chose même dont jaillit au contraire le chemin, toutes les merveilles qui le bordent et en fin de compte le lecteur lui-même, je veux dire la vie. Le livre, le poème créent la vie, littéralement.
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1/06/2008
mercredi Pensée de la nuit N° 130 : "Proust est tombé dans le domaine public. Maintenant tout le monde a le droit d'écrire du Proust". Jean Marie Gourio, Brèves de comptoir. L'annivesaire.
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1/02/2008
Pensée de la nuit N° 129 : "Parfois je m’assieds, le crayon à la main, mais je n’ai pas envie de faire du Chevillard encore ; j’attends donc qu’il se lasse d'attendre ; c’est alors tantôt du Montaigne qui me vient, tantôt du Proust, du Borges ou du Nabokov ; à la fin, tout de même, ma vanité d’auteur reprend le dessus et je signe ces pages de mon nom." Eric Chevillard, L'autofictif
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1/02/2008
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1/02/2008
samedi Un haïku par bain, 62
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12/29/2007
S'inonder le crâne Et gésir dans la pénombre Solstice d'hiver. dimanche Pensée de la nuit N°128 :"Les génies ont la cervelle deux fois plus grosse que la normale, si t'en manges, tu peux pas tout finir" Jean-Marie Gourio, Brèves de comptoires, L'anniversaire !
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12/23/2007
Un haïku par bain, 61
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12/23/2007
Désirs et canards Souvenirs, flacons, tout flotte Inexorablement vendredi Je me souviens
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12/21/2007
de Martin Beck, Le héros des romans de Cheval et Valleux. C'étaient les auteurs, de leur vrai nom Maj Sjöwall et Per Whallö, de polars suédois épatants des années soixante dix. Le polar suédois a bâti sa réputation sur de solides bases sociologiques voire politiquement assez engagées, le style procédural et un hyperréalisme confinant parfois au fantastique. Martin Beck était un flic ordinaire bien qu'extrêmement doué, accrocheur, marqué par les aléas de la vie et par conséquent plein d'espérience. Entre seux enquêtes il consommait son divorce, refaisait sa vie etc. Bien qu'ennemei juré de l'injustice, il n'était pas particulièrement politisé. C'était le narrateur qui était d'extrême gauche. Le lecteur aussi, le plus souvent, à l'époque. C'était un héros brechtien, pour ainsi dire. Ses aventures s'étalaient sur une petite dizaine de romans que nous dévorions en nous les repassant les uns aux autres. Il valait mieux les lire dans l'ordre. Vers la fin, l'enquête en cours s'étalait parfois sur deux romans. Un des volumes commençait par la fin de l'histoire du précedent et finissait sur le début du suivant. Il n'y avait pratiquement pas d'histoire dans celui qu'on était en train de lire. Mais la force de séduction et l'humanité de Martin Beck était telles que nous sentions comme des poissons dans l'eau de la vie du commissariat et celle de son commissaire. L'hyperréalisme le disputait au minimalisme. Et pourtant pas de remplissage, pas de fioriture. Les détails, les sentiments, les personnages, l'ennui, la routine, le train train des jours, tout cela était si tranquillement et minutieusement décrit que nous nous sentions scotchés à ces pages comme s'il s'était agi d'un suspens à la hitchcock. C'est la lecture de la trilogie de "Millenium" de Stieg Larsson et des aventures de son héros, Michael Blomkvist, le super journaliste, dans laquelle je suis enfoui jusqu'au cou ces jours-ci qui m'a rapellé Cheval et Valleux et Martin Beck. Il y a un personnage féminin, qui prend d'ailleurs une importance de plus en plus grande au fil des trois volumes, Lisbeth Salander, qui est des figures les plus originales et les plus attachantes que j'ai rencontré sur le papier ses dernières années. Stig Larsson c'est Cheval et Valleux revisité par Quentin Tarantino et c'est sacrément réjouissant. Si, comme le dit la pub, vous ne faites pas encore partie du million d'accros, n'hésitez pas une seconde, lancez vous, vous ne le regretterez pas ! Et cette pub-là est totalement gratuite ! |
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