31 mars 2006

Une jeune pousse, qui promet... mérite déjà le détour !

30 mars 2006

L'une des énigmes scientifiques les plus mystérieuses de tous le temps enfin résolue ! (via AEIOU)

27 mars 2006

Connaissez-vous Urville, en Provence insulaire ?

25 mars 2006

Un haïku par bain, 33


Mon cerveau, liquide !
Dedans se baigne un enfant
Tandis que je trempe
éclats de ciel


Le "Wasabi" est l'une de ces cantines japonaises, pas self-service mais presque, qui servent des menus bon marchés juste en face du jardin de Cluny, boulevard Saint Germain. On y trouve des sushis et des shashimis, des étudiants, des cadres sups pressés et des touristes hollandais ou sud africains. Le mobilier est résolument post moderne, tout en courbes, en obliques et en couleurs pastel. On dit en général que le poisson cru a un goût très subtil. En réalité chacun sait qu'il n'en a aucun. Le riz au vinaigre de sushis n' a lui non plus aucun intérêt gastronomique, il est en général collant et lourd. Les algues des makis ont une consistance synthétique et particulièrement triste. Mais la cuisine japonaise a su bâtir sa réputation sur un syllogisme en béton : Au restaurant japonais on mange du poisson cru, or le poisson cru doit se manger très frais, donc les restaurants japonais sont bons pour la santé. Ce message quasiment subliminal passe très bien. On pourrait donc dire que fréquenter les restaurants japonais "parce que c'est bon" frise l'auto-flagellation. Ce qui est plutôt mon cas. Mais j'ajoute immédiatement pour ma défense que les restaurants japonais ne sont pas pires que les chinois glutamates où les grecs un peu gras. Cela ne veut pas dire non plus qu'il n'existe pas de japonais gastronomiques et on sait combien il existe de restaurants chinois délicieux : je parlais juste de cantines (le restaurant japonais est aux années 90 - 2000 ce que les tavernes grecques étaient aux années 70 - 80.) Dans la catégorie zéro étoiles, le "Wasabi" possède vraiment un très bon rapport qualité prix. Je vais donc de temps en temps au "Wasabi" quand je suis du côté de Saint Germain, mais aussi chez WAT, j'en ferais de la pub une autre fois et je profite de cette note pour dire, mais ça n'a pratiquement aucun rapport, que je regrette vivement la fermeture du petit indien absolument délicieux et pas cher de la rue Gracieuse - quel nom pour une rue ! - à Mouffetard) Ce jour-là, nous étions donc attablés avec Nathan devant notre soupe miso et nos sushis préemballés, j'étais dos au boulevard et je pouvais voir en contre jour l'animation de la salle tout en mangeant. Un joyeux essaim d'étudiantes occupait une grande table ronde, juste derrière nous. Armées de cette bruyante certitude que confère souvent aux jeunes gens le simple sentiment d'être ensemble, elles étaient toutes plus belles les unes que les autres. Elles s'interpellaient et riaient à gorges déployées, se sachant assez au centre des regards. Je remarquai que, de temps à autres, dans la relative pénombre de la salle, la masse mouvante de leur groupe était soudain zébrée d'une sorte d'éclair qui me rappelait celui que fait parfois le dos écaillé d'une carpe qui saute sous le soleil irisant la surface d'une rivière, ouvrant ainsi la vanne de souvenirs estivaux de pêche à la ligne avec le même Nathan et son frère Jérémie par un bel après midi poyaudin dont je lui fit subitement part, interrompant le fil de notre conversation. Je pensai vaguement à l'éclat d'un bijou ou du verre d'une montre. Mais il n'y avait dans cette salle vraiment pas de soleil ni d'éclairage assez fort pour produire un tel phénomène. Je restai sous le charme de l'image, prêt à croire que la lumière provenait de la grâce même de toutes ces jeunes filles heureuses. Elles se passaient un certain objet et se penchaient les unes vers les autres avec des exclamations de joie qui faisaient penser qu'elles avaient joué un bon tour à quelqu'un. Je compris qu'elles se montraient des messages sur leurs téléphones portables : les jeux de lumières étaient produits par les hasards du maniement des appareils dont les écrans, d'où émanait cette lumière étrange un peu surnaturelle qu'on pourrait qualifier de bleu ciel "profond", se trouvaient, un bref instant, tout entiers face à mon regard. Ainsi le soleil émanait vraiment de leur jeunesse réunie puisque ces éclats de ciel bleu provenaient des baisers de leurs amoureux. Non sans un peu de honte, je me sentis, en reprenant le fil de la conversation avec Nathan qui n'avait rien vu, pareil aux fantômes dont parle Kafka : "Ils attendent avidement, tapis dans l'ombre. Les baisers écrits n'arrivent pas à destination. Les fantômes les boivent en route. C'est grâce à cette copieuse nourriture qu'ils se multiplient si fabuleusement. L'humanité le sent et elle cherche à lutter contre le péril. Elle cherche à éliminer le plus qu'elle pouvait les fantomatique entre les hommes. L'adversaire est tellement plus calme, tellement plus fort. Après la poste il a inventé le télégraphe, le téléphone, la télégraphie sans fil, mais nous nous périrons."

20 mars 2006

Beaubourg (Big Bang)


BIG BANG (BEAUBOURG)
Pensée de la nuit N° 98 :


"Comme une fille/La rue s'déshabille/Les pavés s'entassent/Et les flics qui passent/ Les prennent sur la gueule" Léo Ferret

18 mars 2006

Longtemps je me suis raconté des histoires avant de m'endormir. Je n'avais pas de bougie à souffler et j'avais largement le temps de me dire" je m'endors ". C'est notre mère qui éteignait le plafonnier, pas question de le rallumer. Têtes bêches dans nos lits gigognes depliés sur le terrain de football ou l'autoroute de l'après midi, nous cachions des lampes de poche et nous enfouissions sous les draps avec lequels, les matins sans école, en guise de grasse matinée, nous faisions des cabanes. Mais le soir, en semaine, nous n'avions même pas le droit de parler entre nous. Plongé dans l'obscurité, allongé sur le dos, je fixais la clarté venue des revèrberes du boulevard que filtrait la double épaisseur des volets et des rideaux tirés. Au bout d'un moment, l'empreinte de la fenêtre dérivait lentement vers l'extérieur de mon champ de vision et se mettait à flotter dans le noir. Je clignais des yeux pour la remettre à sa place, bien au milieu du mur. Le sommeil ne venait pas si facilement. Parfois, à voix basse, je me risquais à demander à mon frère s'il dormait. Un "Oui" énigmatique étouffé par les couvertures ne satisfaisait qu'à moitié ma demande. La maison n'était jamais complètement tranquille, même si les parents ne faisaient pas de bruit : Ajouté à la rumeur de la circulation sur le boulevard, le passage de la ligne de Sceaux sous l'immeuble faisait vibrer doucement nos lits, situés au troisième étage, comme pour nous bercer, à des intervalles de temps qui grandissaient en allant vers les heures creuses de la nuit (aux heures pleines, en plein jour, ce mini tremblement de terre inquiétait - et inquiète toujours - les visiteurs non familiers). Je n'avais pas besoin de convoquer alors des images de terriers enfouis, de nids douillets ou de chaumières : elles venaient toutes seules. C'était un lumineux hiver moyenâgeux. La campagne etait toute blanche, avec des traces de pas d'animaux bleutées sur la neige. La neige, en cette contrée, n'etait pas si froide, même si tous les animaux portaient un cache nez. C'était plutôt comme une variante de la crème Chantilly, pour faire joli. Bien au chaud dans son terrier, Renard se reveillait. Je racontais que Renard s'éveillait. Il portait un bonnet de nuit avec un pompon, il étirait ses pattes. rien ne manquait au mobilier rustique de sa chambre souterraine aux murs sphériques. Dame Hermeline, déjà levée, réchauffait le petit déjeuner dans une marmite ventrue sous laquelle les flammes de la cheminée crépitaient. Dans la version pour enfants illustrée du "Roman de Renard" qui nous servait de livre de lecture à l'école, Renard traversait la rue pour rendre visite à Ysengrin. On le voyait frapper à sa porte. Ysengrin était méfiant mais curieux, avide et bête. Il passait sa truffe noire dans l'entrebâillement de sa porte, encore en bonnet de nuit. Ysengrin s' était mille fois déjà fait berner, mais il était si bête qu'il allait se faire prendre une nouvelle fois. Non loin déjà la charrette des deux marchands d'anguilles et de lamproies s'approchait, les paysans cassaient la glace de l'étang et les moines en leurs monastères suspendaient les jambons...
Un haïku par bain, 32

Grisaille et pénombre
Je trempe dans l'ennui lent
D'une journée vide

12 mars 2006

Cela faisait des lustres que Ciscoblog n'avait pas proposé de nouveautés ! Voici donc quelques indispensables petits liens sans importance comme ce résumé définitif de "Brokeback moutain" (via Mes Lubies), ce splendide aperçu (La Boite à Images) de la peinture chinoise ancienne, ces jeux vidéos en légo (Flickr) et cette fascinante découverte bibliophilique (boing boing)

11 mars 2006

Message du soir, 1


Le veau gras poussa la Fiat.

09 mars 2006

pssst!


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De saison, chez Flickr

08 mars 2006

Je ne suis plus fumeur depuis longtemps mais j'adore cette histoire : "Très cher et très honoré Don Alexandre. C'est avec le plus grand respect que nous venons vers vous. Nous sommes les représentants de la brigade numéro 3 des rouleurs de cigares de la fabrique "Particoles" de La Havane, Cuba. Nous sommes d'enthousiastes admirateurs de votre oeuvre. Nous avons eu récemment le grand honneur et le grand plaisir d'entendre, de la bouche de notre lecteur, Don Césaro y Mortizas, votre admirable roman "le comte de Monte Cristo" à plusieurs reprises. Il nous a charmé, tout autant que vos "Trois Mousquetaires" et "vingt ans après". En témoignage de notre admiration nous venons ici vous demander la grâce de vous dédier notre tout prochain "figurado", "hecho a mano", le meilleur cigare que nous n'aurons jamais produit, et de lui donner le nom de votre roman : "Le Comte de Monte Cristo", auquel nous ajouterons les six épées pointées sur une fleur de lys des "Trois Mousquetaires" qui en seront la marque. dans l'attente d'une réponse favorable de votre part, nous vous adressons, cher Don Alexandre, nos très humbles salutations et l'expression de notre profond respect. la brigade N°3 des cigariers de la fabrique "Particoles"." On n'a gardé aucune copie de cette lettre. Il n'en existe aucune trace. Quand bien même Alexandre Dumas l'aurait reçue il est fort probable qu'il n'y ait jamais répondu. D'ailleurs cette lettre est un faux. Je viens de l'écrire. Mais la légende dit qu'elle aurait pu être envoyée. Puisqu'un celebrissime Havane porte le nom de son grand roman en témoignage de l'admiration des ouvriers cigariers qui jusqu'à une époque récente (il existe encore quelques "lectores" dans certains ateliers cubains) roulaient les précieuses feuilles à la main en écoutant les plus grands textes de la littérature, je ne vois pas pourquoi on ne réécrirait pas leur lettre au grand homme. D'autres disent que le "Monte Cristo" a été crée beaucoup plus prosaïquement par Alonzo Menendes, le propriétaire de "Uppman" à partir de 1935 quand il racheta la fabrique "Particoles", alors que Dumas et les cigariers de la brigade N° 3 étaient morts depuis longtemps. Au début, Il s'appelait "Le comte de Monte Cristo", mais ce sont les anglo saxons qui ont insisté pour que l'on réduise son nom à simplement "Monte Cristo". Quant à moi, je préfère croire à la légende. Regardez la photo : au fond, derrière les rangées de torcedores, on distingue la silhouette du lector assis sur une petite estrade. bien calé contre le dossier d'une simple chaise, il lit le "Comte de Monte Cristo". Le roman plane au dessus de l'atelier. "Verba volent, scripta manent" : on traduit le proverbe à tort. Les mots proférés volent, oui. Les mots écrits, eux, ne décollent pas.
la lecture d'une "histoire de la lecture", d'Alberto Manguel m'incite à rouvrir le rubrique "J'ai lu" ( comme lecture de ma lecture d'une histoire de la lecture (j'aime bien les compositions en abîme)...? )
Un haïku par bain, 31


Ô bain bien aimé,
En manque d'inspiration
Je choisis la douche !

03 mars 2006

"Vivement que l'hiver finisse, les français en ont marre !" C'est ce que titrait à peu près, je cite de mémoire, "Le Parisien" d'il y a un jour ou deux. Pour une information, ça c'était une information ! Heureusement qu'un journal nous parlait des intempéries parce que nous ne nous en étions pas aperçu. Voilà une "une" qui montrait bien l'absolue nécéssité de la presse ! Je ne suis pas un lecteur régulier du "Parisien". C'est un journal populaire, bien fait, honnête, qui n'a plus rien à voir avec la feuille de chou poujadiste d'il y a dix ou quinze ans. Cela ressemble beaucoup à une "version papier" du journal télévisé de Claire Chazal, avec Claire Chazal en moins. Rien à voir avec la virulence quasi extrêmiste des tabloïdes anglais ou allemands. On ne peut pas dire non plus qu'il brille par l'indépendance de son opinion ni l'intransigeance de sa pensée. Il prétend reflèter l'expression de la "moyenne" , celle de "monsieur" et" madame" "tout le monde", ses pages sont truffées de petits commentaires de gens de la rue, de parisiens dont chacun sait qu'il vaut mieux les "avoir en journal", comme dit la pub, des "radio trottoirs" receuillis auprès de ce que les instituts de sondage nomme un "pannel représentatif". Le tout et donc assez consensuel, eau tiède et plutôt bien pensant. Pas aussi "à droite" que des lecteurs de journaux comme moi, élevés au biberon des "années Libé" pourraient le croire. La Une en était affichée à l'entrée du "Pavillon Bleu" où je vais prendre presque tous les jours mon petit noir matinal en feuilletant "Libé" et "l'Equipe" qui sont des journaux d'aristo. Je ne me souviens plus du titre du "Libé" du jour, accrocheur pourtant comme d'habitude, mais beaucoup moins en phase avec ce que tout le monde pouvait ressentir ce matin là autour du zinc du "Pavillon bleu". J'avais d'abord pensé que c'était un titre complètement nul. Ca c'était une info, la météo ! et puis je me suis dit que finalement, il n'y avait peut être rien d'autre à dire. D'ailleurs un titre comme ça cela signifiait très précisemment que devant l'obligation de faire un titre tous les matins, ce matin là, justement, les rédacteurs du "Parisien" n'avaient pas du tout eu l'envie de faire un titre. Ne rien monter en épingle. Faire une petite pause dans l'actualité spectacle et la noirceur du monde. Une manière de dire pouce, n'en jetez plus, la cour est pleine, de baisser les bras devant la complexité des choses. Arrêter de feindre d'être les organisateurs de mystères qui les dépassent. Un instant ne plus nous faire croire que leur mission est pédagogique. Parler du temps, comme on veut toujours le faire quans on ne veut pas parler d'autre chose. C'était juste glauque, comme tout le reste de l'actualité de ce matin-là, je ne vous fais pas un dessin, mais ça ne tuait personne, au moins. C'était l'exact reflet de la déprime ambiante. La une du "Parisien" répetait exactement ce qu'il y avait dans nos têtes, avec une tranquille évidence, sans détours ni grandes phrases. Un sentiment de vide au bord de la résignation mais pas tout à fait. De quoi les Français (moi, vous qui entrez tous les matins dans vos Pavillons bleus à vous pour acheter vos clopes ou vous en jeter un vite fait au zinc) ont-il raz le bol ? Du temps, de l'air. C'est ça, l'air du temps. Raz le bol de l'hiver. Au diable L'Irak, le déclin économique et la nullité de l'équipe de France. On n'arrive plus à penser. tout juste au temps qu'il fait. Le "Parisien" a très bien saisi cela. Il nous le renvoyait comme un miroir.