25 juin 2006




La pelouse n'existait pas. Les ballons n'étaient que des pixels, les joueurs des avatars. C'étaient des images fabriquées dans les télés. Une pure sécrétion de la Matrice. C'était un matraquage bien pire que "Starac'". C'était à la limite de l'infect. Et pourtant, la potion avait fait son effet une fois de plus : le matin du lendemain de la victoire de cette bande d'enfants gâtés il s'était levé, comme des dizaines de milliers d'autres, le coeur bien plus léger. Car, comme chacun de ces dizaines de milliers d'autres, croisés dans les rues un certain soir de juillet 98, il tenait serré au fond de son âme ses "bleus" à lui qui, il n'y avait pas besoin d'aimer le foot pour ça, avaient simplement à voir avec la joie. La joie elle même. Elle avait mis tant de temps à venir après la peine...

19 juin 2006

Douze, 6


Il y eut le groupe de Rock punk newyorkais ramené par Bernard Z., dit "Biquette", plus vrai que nature mais tous gentils garçons, qui avaient dormi "à la dure" sur la moquette et le lino de la cuisine et ne sortaient presque jamais même la nuit de peur de faire du tourisme ou prendre des coups de soleil ou nous ne savions quoi, dont les groupies avaient occupé des temps exagérément longs la minuscule salle de bain, y avaient volontairement dégradé au rouge à lèvre notre photo préférée de Marylin Monroe. Ils avaient attendu des semaines, pratiquement sans quitter la cuisine où ils enfilaient des bières, des joints et écrivaient des poèmes avant de "passer" une seule soirée en lever de rideau aux "Bains Douches" dans l'indifférence générale, impassibles et raides sous les décibels de leurs guitares sursaturées. Ils étaient retourné aux States aussi inconnus qu'avant. Il y eut les colocs (mais on ne disait pas encore comme ça) d'A.F. anglais, américains, allemands, norvégiens, péruviens et burundis. Ceux qui étaient pianistes venaient jouer du Debussy ou du Schubert dans notre couloir, les autres apprenaient les rigueurs des voyages de formation en se disputant le frigo dans le minuscule trois pièces d'à côté où A.F., en véritable femme-orchestre et reine du pense à tout, remplissait, sans ménager sa peine, en plus de son métier d'institutrice bilingue, les triples fonctions de logeuse, agence matrimoniale et postière . C'était, en plus, une as des travaux d'aiguille et du petit bricolage, des liserés de dentelle et des nappes à carreaux. Elle avait placé quelques piges dans "Cent Idées" et remédiait avec génie aux petites misères de la vie. Elle correspondait avec la terre entière et ne perdait jamais ses amis de vue. Si le poste de maire avait éxisté au Douze, elle aurait sûrement fait campagne et raflé les voix. Surtout, elle avait fait la jonction avec les natifs. Elle avait sympathisé avec une famille autochtone qui s'était saignée, quelques années auparavant, pour accéder à la propriété d'un petit appartement du sixième et avait des vues sur la chambre de bonne d' à côté. Elle avait su leur montrer qu'ils n'avaient rien à craindre de l'invasion pacifique de leur immeuble par notre troupe de babas chevelus et locataires, bien au contraire : les prix montaient quatre à quatre. Ce fut l'Age d'Or du Douze, tout l'immeuble se retrouva, au moi de mai, pour un grand dîner oeucuménique auquel la concièrge refusa encore de participer (on a sa fierté) avec chandeliers et nappe blanche dans la rue, ce qui au milieu des années soixante dix ne se faisait encore pas tant que ça.

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Un haïku par bain, 35


C'est jour de tempête.
Ma baignoire est sous les combles :
Je trempe à l'abri.

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Je ne m'étais jamais posé la question de savoir s'il existait une photot de cet homme, mort en 1889, tant son visage nous était familier. J'ai appris ici, avec ce pincement douloureux qui m'étreint bizarrement à chaque évocation de sa vie, qu'il en existait une seule. Et en même temps qu'il n'en existait pas.
Pensée de la nuit N° 103 : "Avec toute la gravité que puissent donner les efforts de pensée assidûment fixée pour chercher à faire aussi bien qu'on peut..." Vincent Van Gogh, lettre à Théo

13 juin 2006

Deux petites merveilles pour le prix d'une dans la Boite à Images !

11 juin 2006

Je me souviens

de la comète de Halley qui revient tous les soixante quinze ans. La prochaine fois, ce sera en 2061. Je serai mort depuis longtemps. La dernière fois c'était en 1986, et la fois d'avant en 1911. Mon père n'était pas né. Le tour de mon père, de ma mère, de mon frère et mon tour sont déjà passés : mes fils verront son prochain retour, en principe. La comète de Halley revient à peu près une fois dans la vie de chaque homme, parfois deux, avec un peu de chance. Je ne dis pas ça pour parler des comètes, il y en a qui repassent tous les 4057 ans, ni même de la mort, quoi que, mais du temps qui passe. Un jour, par exemple, j'avais neuf ou dix ans et je lisait le journal Pilote à plat ventre sur mon lit. J'étais encore très impressionnable à cette époque. C'était disons au début des années soixante ou à la fin des années cinquante. Je n'ai pas envie de calculer la date précise, mais vous pouvez le faire vous même si ça vous tente, il y a déjà assez de chiffres dans ce texte pour en déduire l'âge du capitaine. Quant à moi, j’avais calculé l’âge que j’aurais au prochain passage de la comète, en 1986 : 37 ans. Un peu jeune pour mourir. Mais en même temps très loin vers la fin des temps. Le journal parlait de collision. Il y avait une illustration montrant la planète terre embrasée par la fameuse chevelure de l’astre tueur. C’était la fin du monde. L’angoisse qui me saisit m’empêcha d’aller jusqu’au bout de l’article. Je n’y lu donc pas qu’il était très improbable que la comète touche la planète de plein fouet et qu’elle passerait suffisamment au large pour éviter toute catastrophe. Je refermai l’illustré et le rangeai dans un coin. Je n’ai plus osé le relire jusqu’au bout. Je restai persuadé que la fin du monde aurait lieu pour mes 37 ans. Les jours qui suivirent, et même peut-être les semaines, en y repensant la nuit dans mon lit, empêché que j’étais de dormir par la connaissance de la date exacte de ma mort, je me demandais pourquoi un tel évènement n’était annoncé que dans un journal pour enfants et pourquoi les adultes continuaient à vaquer à leurs occupations comme si de rien n’était, sans penser une seconde que c’était justement parce qu’il n’allait très certainement pas se produire. Au contraire, je pensais que, comme c’était loin dans le temps, ils savaient gérer leurs angoisses. Capables d’évaluer le temps qui passe, de ne pas se laisser déborder et de gérer chaque problème un par un, les adultes devaient penser dans leur grande sagesse que ce souci viendrait bien à temps et qu’il pouvait être reporté à plus tard, puisqu’on n’y pouvait rien. Les adultes, à l’âge si lointain, si proches donc de leur mort qu’ils étaient, s’étaient habitués à l’idée de la fin du monde et l’acceptaient comme ils acceptaient l’idée de mourir, sans même en parler aux enfants pour ne pas les effrayer. C’était même devenu une sorte de tabou, de chose dont on ne parlait pas, comme la sexualité ou les questions d’argent. Mais moi, je le savais. Si je l’avais appris, même dans un illustré pour enfants, c’était donc comme par effraction, comme si j’avais goûté au fruit de l’arbre de la connaissance. De manière tout à fait irrationnelle, avec cette logique défaillante propre aux rêves ou aux angoisses, j’endossais la faute de savoir et n’imaginai même pas m’être tout simplement trompé. Quoiqu’il en soit et malgré ma terreur je n’ai jamais osé abordé le sujet avec mes parents ni avec personne, pas même mon frère (je me souviens pourtant lui avoir appris non sans plaisir l’inexistence du père Noël) me raccrochant peut être au fol mais inutile espoir de survie que ma lecture incomplète me laissait encore. Quand le pessimisme et la certitude de la catastrophe ne m’étreignaient pas j’essayais d’imaginer le lointain futur de mes trente sept ans. Il me restait une petite vingtaine d’années à vivre, deux fois plus que je n’en avais déjà vécu. Une éternité, en fait. Chez les enfants la pensée de la mort est ainsi toujours tempérée par la difficulté à évaluer le temps qui passe. La vie est une sorte d’ennui. C’était déjà si difficile de concevoir vingt ans. Alors quarante ou soixante… Le monde ne connaîtrait donc pas l’an 2000, bon on verra plus tard. Mes soucis quotidiens reprirent le dessus et je ne pensais presque plus à la fin du monde : j’avais fait comme les adultes, je m’y étais habitué au point de m’en accommoder. C’est alors que j’osai reprendre l’illustré et lire l’article sur la comète de Halley jusqu’au bout…

06 juin 2006

Cela n'interessera probablement personne mais je crois que j'ai finalement compris mon problème avec Blogger : en fait, il n'y a aucun problème avec Blogger, mais il y en a un avec mon navigateur, Firefox ! C'est lui le coupable. Il y a un bug avec Blogger à chaque nouvelle version de Firefox, qui les rend pratiquement incompatibles et me fait m'arracher les cheveux. Or les nouvelles versions de firefox se téléchargent automatiquement... Je n'en reviens pas, moi qui n'avait qu'à me louer d'avoir opté pour Mozilla il y a pratiquement un an. J'ai fait la contre épreuve : je suis allé ouvrir Blogger avec Internet explorer, malgré son côté surrané, et tout a marché... Il ne me reste donc plus qu'à être vigilant et de bien veiller à n'utiliser Blogger qu'avec Internet Explorer. Juste une petite manipulation en plus. Pour tout le reste Firefox demeure bien supérieur à IE, surtout le sytème d'onglets. Il ne me rete plus qu'à attendre qu'ils corrigent leur bug, comme lors du dernier téléchargement... Ceux qui ne comprennent rien à ce jargon geek sont dispensés de lire ce billet jusqu'au bout... Mais, pas d'inquiétude, Ciscoblog continue de plus belle !
L'agence Eureka est une usine secrète à souvenirs...

05 juin 2006

Blogger recommence ses âneries, je pense que je vais quitter Blogger...
Pensée de la nuit N° 102

"... et mon père, qui n'avait pas hésité à sermonner les apprentis antisémites de bistro à Washington, pleurait la bouche grande ouverte, comme un bébé qu'on abandonne, comme un adulte qu'on torture, parce qu'il n'avait pas le pouvoir de faire échec à l'imprévu. Or, l'élection de Lindhberg avait pour moi levé tout doute sur ce chapitre la révélation de l'imprévu, tout était là. Retourné comme un gant, l'imprévu était ce que nous, les écoliers, étudions sous le nom d'"histoire", cette histoire bénigne, où tout ce qui était inattendu en son temps devenait inévitable dans la chronologie de la page. La terreur de l'imprévu, voilà ce qui occulte la science de l'histoire qui fait d'un désatre une épopée" Philip Roth, le complot contre l'Amérique.