29 octobre 2009

Un haïku par bain, 95


C'est un bain raté
Qui devait être une douche
Hygiénique et leste

24 octobre 2009

Un haïku par bain, 94


Recouvert de mousse
Je me prends pour une star
Tant pis pour mon âge !

18 octobre 2009

Caramba ! Philip Roth a encore raté le Nobel. Ma petite plaisanterie annuelle commence à ne plus être drôle. Ce n'est pas de ma faute. Est-ce un hasard (ou une malignité) si les éditeurs français publient chaque année son dernier livre au moment de l'attribution du prix ? Et comme il n'y a pas plus anti-américains que ces messieurs  du comité Nobel (même le prix à Obama est un acte d'anti-américanisme) nous ne sommes pas prêt de voir notre génial auteur préféré couronné. Au fond, le Nobel ça n'a pas d'importance. Mais je recommencerai ma petite plaisanterie l'année prochaine et les autres années jusqu'à la mort de Roth où l'on pourra alors vraiment dire qu'il n'aura jamais le Nobel...  Je suis plongé dans "Exit Ghost" et je commence à croire que ce qui me ravit chez Roth c'est son côté oulipien. Il y a plus de similitudes entre Philip Roth et Georges Perec qu'on croit. Il y a un côté vraiment "La vie Mode d'emploi" chez cet illustre représentant de grand récit américain. Philip Roth est un écrivain "à contrainte".  Etre "à contrainte" c'est mettre la question de la fiction  au centre même de  son projet littéraire. L'œuvre entière de Roth (on discutera  plus tard de son aspect "résistant" qui est moins "littéraire "par définition) pourrait se résumer à une interrogation magistrale sur la fiction et partant, sur l'identité. La contrainte, chez Roth, c'est l'écart, incroyablement travaillé, incroyablement ciselé,  qu'il interpose entre lui et son narrateur, dans une mise en abîme jubilatoire et géniale, construite patiemment, obstinément, sans jamais dévier d'un poil, de livre en livre et de volume en volume, dans ce travail d'illusionniste (on dit magician en anglais) qui sort sans cesse des lapins de son chapeau. Car la fiction c'est le faux, le fake, et c'est toujours le faux même quand c'est vrai. Avec Roth ce qui est épatant c'est que c'est toujours vrai, donc faux... Il  ne nous dit qu'une chose : le mensonge est plus beau que la vérité mais la vérité ne rachète jamais le mensonge (relisez donc "la tache" ,"The human stain", ce chef d'oeuvre)  Mentir c'est parler de la vérité par l'autre bout de la lorgnette car le malheur veut qu'à dire la vérité on ne fait jamais que mentir. mais si l'écrivain ne peut que mentir, l'homme, lui,  celui qui écrit , celui qui tient le stylo, l'homme de chait et de sang, doit, s'il veut se racheter, faire au moins une chose  : se taire, refuser de parler, même si pour cela il doit vivre en reclus solitaire au milieu des Beckshires désertiques. et pour Roth on aura compris que le meilleur moyen de se taire c'est d'écrire, écrire encore et encore, sans fin. On sait que, maintenant âgé de soixante quinze ans,  il a l'intention d'écrire son dernier roman sans jamais s'arrêter d'écrire.  Mettre en même temps un point final à la fiction et à la vie. Dieu lui en donne la force. "Exit ghost" ce sont donc Roth et Zuckerman, Ann Franck et Amy Bellette, les quatre mousquetaires quarante ans après,  au seuil de la mort, se débattant contre les maladies les plus immondes dans une crudité crépusculaire qui fait froid dans le dos, on a toujours froid dans le dos en lisant Roth. même quand c'est drôle. Dans les romans de Roth, la fiction est cette chose qu'il faut lancer comme un plus lourd que l'air, accélérer comme une fusée, à qui il faut donner beaucoup d'élan pour qu'elle plane un peu au-dessus du monde,  échappant à peine au champ d'attraction de la vie où elle sera irrémédiablement ramenée en cas de relachemant ou de perte d'énergie, comme la matière attirée est engloutie par les trous noirs. Il y a, entre fiction et réalité, une lutte pathétique, admirable, antinomique. Au bout du compte, "tenir" la fiction, comme les avions "tiennent en l'air" relève du miracle, du mystère. On bat des mains, on est emerveillé, comme au festival d'acrobaties aériennes. Le livre peut voler, si on lui insuffle assez de force. L'écrivain, l'homme, lui est voué à l'inertie et la mort. Roth dit qu'il ne relit jamais ses livres. Je soupçonne que c'est faux. Il les relit. Mais c'est là précisément qu'il est le fantôme. C'est un survol crépusculaire et laborieux. Sous lui défilent les scories et les apories  qu'il a  voulu désaffecter. Il n'y reconnaît rien de lui, puisqu'il a menti. Nous avons cru que c'était sa jeunesse, ce n'était pas la sienne mais la nôtre, nous avons cru que c'était son âge mûr, ce n'était pas le sien mais le nôtre , nous croyons que c'est sa mort, mais ce n'est pas la sienne, juste la nôtre. Il est là, devant nous gris et mélancolique, les yeux dans le vide, presque hébété,  certain seulement de son échec.

15 octobre 2009

Tanka, 12


Furtif projectile
L'insensible TGV
Déchire la nuit


Il m'emporte l'imbécile
Loin d'où mon coeur est rivé

10 octobre 2009

Acier, payne, de plomb, tourterelle d'étain, perle, fer, ardoise, pinchard, souris, les noms de gris n'y suffiront pas, non plus ceux des bleus, turquin, guede, pétrole, de Prusse, ardoise, ni ceux des bruns, châtaigne, terre d'ombre, bronze, cachou, café, ni des noirs, aniline, charbon, d'encre, de fumée, ni même des verts, impérial vert de gris, olive, glauque. Un ciel de peintre, un ciel  de salles hollandaises des musées, un ciel sublime ce dimanche au-dessus de la seine, des ponts, et de l'île Saint Louis. pour la première fois depuis longtemps, en cet automne flamboyant, le soleil ne luit pas. Les nuages, étalés dans le ciel au couteau ou à larges coups de brosse, se pressent fièrement comme à la parade, juste pour se faire admirer, pas pour pleuvoir, qu'on ne le craigne même pas. Au dessus  des ponts en enfilade, superposant leurs tabliers rectilignes et  mêlant leurs arches de toutes les formes, ils courent, changent et se transforment comme le plumage d'un énorme perroquet gris du Gabon qui ébourifferait le ciel.

06 octobre 2009

Pensée de la nuit N°161 : "Toutes les nuits je rêve que je me pince" Eric Chevillard, L'Autofictif

05 octobre 2009

QUAI D'ORLEANS,1

Quai d'Orléans, Paris, lendemain de nuit blanche.
Un Haïku par bain, 93


Entre deux tracas
Tentons de nous diluer
Bath in translation

02 octobre 2009

Pensée de la nuit N 160 "Cela me procura un soulagement amer, comme lorsqu'on termine la lecture d'un livre après avoir craint de mourir enfermé dedans". Patrick Besson, Mais le fleuve tuera l'homme blanc