31 mars 2010

Pensée de la nuit N°167 : "Odradek est la forme que prennent les choses  oubliéées" Walter Benjamin
J'ai une sorte de vice pour ça.


29 mars 2010

J'aurais une sorte de don pour le déracinement. Ou plutôt non, pour l'enracinement. Comme les arbres. Enfin, ça me plairait. Je me suis trouvé bien partout où je me suis établi, même dans les plus sinistres banlieues. J'ai toujours envie de prendre racine, où que je me trouve. Il faut que j'apprenne vite les noms des rivières, des villages, des rues, des montagnes, des cafés.  Chaque lieu où j'ai vécu, ou j'ai passé  plus de quelques jours et que j'ai quitté reste pour moi une mère patrie à tout jamais.  J'ai toujours eu la nostalgie des lieux. Je me fais l'effet du petit bout de scotch qui colle aux doigts et qu'on secoue pour le faire partir. J'ai la mémoire adhésive. Je n'en suis pas plus fier que ça. Cela  me vient probablement de mes parents  qui ont chacun été chassés de chez eux, jetés sur les routes, qui ont connu l'exode. Cela me vient de mes ancêtres voyageurs qui essaimaient comme ces graines ailées, ces graines d'érable, je crois, ou peut-être de platane (mais il me sembles que celles là avait plutôt la forme de pompons)  ingénieuses  merveilles de la nature  qu'on voyait, sous les ramées, descendre lentement vers le sol, au gré de la brise, bien droites,  minuscules machines de Léonard de Vinci qu'on aurait aussi bien  pu  prendre de loin pour des insectes au vol un peu lourd, et atterrir en douceur et au petit bonheur sur le gravier des allés ou les pelouses du jardin du Luxembourg de notre enfance. Hélicoptères à usage unique, puisqu'elle n'auraient su remonter à leur branche, elles s'entassaient alors comme des éphémères et nous les ramassions  pour nous en faire des pince nez après les avoir ouvertes en deux, ce qui nous faisaient de petites cornes de rhinocéros ailé du plus bel effet. Telles sont les pensées et souvenirs vagues qui me traversent en ce jour radieux du printemps, arpentant pour la vingt cinquième fois, peut-être, depuis que je suis là, la rue du Président Wilson, qui mène du pont Valentré, proche de l'hôpital,  au boulevard Gambetta, seule artère de cette préfecture véritablement digne de ce nom. "Ce sont des réflexions qu'on se fait quand on marche - comme sans y penser, ou plutôt au gré de ce soliloque intérieur que se tiennent les marcheurs, et qui est à la pensée ce que le grommellement est à la pensée éloquente" dit Olivier Rollin. C'est parfaitement dit. Je viens de tourner le coin de la rue Pierre Bourthoumieux, qui mène à la gare, si je regardais derrière moi (mais j'attendrai le retour, tout à l'heure, pour y faire face) je pourrais voir le pont en enfilade, avec ses voûtes ses escaliers et ses tourelles carrées à toits pointus, étrangement surmonté, mais un peu en retrait, dans le sens de l'eau, d'un gigantesque viaduc autoroutier,  aérien, nébuleux, où glissent des poids lourds petits comme des Dinkie Toys, qui semble survoler les berges escarpées de la rivière, collines, qu'on nomme  ici Cévennes, peuplées d'arbres noirs  et de rocailles, faisant   se percuter  les époques, moyen âge et modernité, dans un audacieux mais assez beau - disons-le - raccourci.  Au coin d'en face se tient "Le Méphisto", sympathique cantine de midi dont la terrasse et les quatre ou cinq tables à nappes à carreaux sont, à cette heure, prises d'assaut sous les regards vitreux  d'animaux en papier mâché qui ont été installés au fenêtres, cochons roses, ânes rigolards, coqs, vaches normandes, donnant à l'ensemble un air de douce dinguerie et de troisième mi-temps de rugby - il paraît que le patron, quand il juge l'ambiance assez bonne, accompagne le service au clairon. Je longe la façade austère de l'hôpital avec son porche d'entrée surmonté d'un toit d'ardoise, donnant à l'intérieur sur une vaste esplanade pour l'instant livrée aux grues et autres machines de BTP qui  ajouteront sans doute  un nouveau style au mélimélo architectural actuel.  Je passe devant la poste, après avoir dépassé, sur le trottoir d'en face, la trésorerie générale, le siège de la radio locale et de cossus cabinets d'avocats,  de médecins spécialistes, avec des cours plantées d'arbres vénérables sous lesquels attendent de gros 4X4 noirs aux formes de corbillard et autres voitures de luxe, derrières de lourds portails en fer forgé. Ici s'abouchent de ces rues bourgeoises et calmes, bordées des maison sans style, ni belle ni laides, comme on en voit dans toutes les villes de province. Je ralentis le pas, comme à chaque passage, devant la grille d'un mystérieux jardin, carrée minéral et végétal, désert et silencieux, où personne ne se promène jamais, ne servant probablement qu'à agrémenter la vue de l'intérieur du bâtiment où il est enchâssé, au dessus duquel la fine tour-clocher du collège des Jésuites, ajourée, surmontée d'une élégante lanterne  sert de fanal aux alentours.  Des personnalités aussi diverses que Fénelon, Léon Gambetta et Fabien Galthier y ont paraît-il usé leurs fonds de culotte témoignant, si c'était nécessaire, du bon aloi culturel de la ville. A partie de là et sur les cinquante derniers mètres, la rue est bordée des deux côtés par des vitrines et des officines : agences immobilières, fringues, chaussures, fleuriste chic, pharmacie. Je débouche sur le boulevard aux deux rangées de platanes encore nus qui descend en pente douce vers la rivière qui est loin d'ici et sépare la ville en deux. De l'autre côté commence l'enchevêtrement des ruelles moyenâgeuses, mais ce sera pour une autre promenade, une autre fois.  Je remonte le boulevard un peu vers la gauche pour entrer au café l'"Interlude" qui est mon nouveau poste d'observation.  Je suis tombé dessus dès le premier jour, comme attiré par un tropisme intime. C'est un café comme je les aime, ni trop rade ni trop luxe, avec de grands miroirs un peu piqués, des appliques lumineuses discrètement art nouveau sur des murs cramoisis, avec, accoudés au zinc, des habitués que ne renierait pas Jean Marie Gourio, qui se chambrent et ne parlent que rugby et, dans la salle - quelques banquettes recouvertes de moleskine noire très fatiguée tout à fait à mon goût -  des citadins qui ont fini les courses ou des employés cravatés. Sur le large trottoir, une terrasse couverte aux tables et fauteuils en osier fin prêts pour les beaux jours qui ne sauraient tarder accueille quelques courageux optimistes. Le patron, Michel - tous les patrons de bar s'appellent Michel - est un sympathique barbu qui m'a adopté dès le début. Naturellement nous n'échangeons pas plus de trois phrases. Le café est excellent.  Pierre Pachet, dans "L'œuvre des jours" : "C'est du hasard que naissent les pensées. Ce qui donne les pensées et ce qui donne accès au hasard, c’est la promenade, la lecture, la vaisselle ou le balayage, les mots croisés. La promenade en particulier, parce qu’elle vous prive des moyens d’écrire". Il oublie les cafés et leur brouhaha de la vie... où on peut écrire. Et voilà que, "ménagé", comme dit Heidegger, à "l'abri de la pluie et du vent"  - Heidegger est bien un nordique, il n'imaginerait jamais que le soleil brûle au point qu'on ait besoin de s'en mettre à l'abri -  j'aime beaucoup le terme de "ménagé", au café je me sens "ménagé", exactement - voilà que je me souviens de tous les cafés de ma vie : mes premiers cafés, ceux de mon adolescence, où je me j'ai mis de longs mois (de longues années ?) le nez collé à la vitre derrière laquelle des hommes jouaient au flipper, avant de me décider à entrer, persuadé que mon absence de poil au menton m'aurait fait foutre dehors, c'était rue Saint Jacques, je ne souviens plus du nom du rade, à côté de l'Institut Océanographique, sur le chemin du Lycée (il n'existe plus, j'ai vérifié il n'y a pas si longtemps) les deux cafés du Boulmich, près de chez nous où j'ai effectivement appris à jouer au flipper (mais apprend-t-on  à jouer au flipper ? C'est un peu comme apprendre à jouer aux jeux de casino) le "Luco" au coin de la rue de l'Abbé de l'Épée, le "Val de Grâce" au coin de la rue du Val de Grâce, mais aussi le "Balto" un peu plus loin, place Denfert Rochereau, moins souvent, mais où j'ai certainement croisé sans le savoir Jean Michel Guénassia et son club d'incorrigibles optimistes, "Les Quatre sergents", rue Descartes, derrière le Lycée où nous nous retrouvions illicitement pendant les cours de gym (là, je me vente un peu), Le "Maheu" et le "Capoulade" en bas de la rue Soufflot où je ne jouais pas au flipper; puis le café" des Facultés" qui comme son nom l'indique était coincé entre les deux parties du bâtiment universitaire du CHU Pitié Salpêtrière où j'ai, moi, usé mes fonds de culotte avant et après 68, où j'ai joué au flipper "jusqu'au bout de la nuit" comme disait une pub de marque de bière de l'époque ; et le "Rostand" rue Médicis où Jean Eustache a tourné "La maman et la putain", qui est resté le café de mon cœur à tout jamais, où je ne suis jamais resté plus d'un mois de toute ma vie sans y entrer au moins une fois, parole d'honneur ; et la "Gentilhommière", au coin de la rue Saint André des arts, le café "Procope", le plus ancien de Paris, celui du neveu de Diderot, qui existait encore et n'était pas encore un resto à touristes mais qui était déjà chic, La Bûcherie sur le quai en face de Notre dame, avec une vraie cheminée l'hiver où j'ai donné rendez-vous à mes amoureuses ; Le "Normal Bar" au bout de la rue des Feuillantines où j'attendais les copains (n'existe plus non plus) ; et la vie qui passe, le "Cactus" au coin de la rue Jonquoy et de la rue des Suisses au temps du quatorzième héroïque,  le "Tholozé" au coin de la rue Lepic et de la rue Tholozé en face du théâtre du Tertre ; un petit café sans nom sinon "café", tout en bois, dans le village d'Hauteluce en Savoie, tenu par deux paysannes octogénaires vêtues de noir qui depuis longtemps était déjà d'un autre âge ; et puis le "Café Crème" à Gentilly  dont le patron s'appelait Michel ;  et le "Café de la Mairie", place de la mairie à Corbeil-Essonnes et le "Bellevue" au bout du pont de l'armée Paton, d'où la vue sur la Seine et les Grands Moulins est imprenable ; et la vie qui file, j'en oublie sans doute, la cafétaria de l'hôpital Gilles de Corbeil qui répondait à tout les critères du café sans en être vraiment un et qui était quand même un endroit chaleureux (personne ne me croit) ; et tout ceux du vaste monde, "U dvu Kotchu", aux deux chats, à Prague sur cette petite place de la vieille ville, derrière Notre Dame de Tyn, avec un orchestre de jazz pour les jours gais, et le  grand café "Mucha" pour les jours tristes ; chez "Trelli's", Roosevelt Island, NY,  où nous buvions des floats et où je sais que je retournerai un jour ; et le café misérable  au bord de la jungle, à Cherruthurutti,  Kérala, avec le patron qui avait un balai de poils dans chaque oreille, où Malik m'entraînait  boire des thés au lait  brûlants dans des tasses douteuses avec la peau du lait qui me donnait des nausées tous les matins,  où je sais que je ne retournerai  jamais, mais qui me manque tous les jours ; et la vie qui virevolte et me prend sur son dos.

23 mars 2010

Comme je l'ai déjà dit, je commence à comprendre comment naviguer avec Twitter à travers les listes et les retweets, entre autre. Jusque là, et vous avez pu le constater vous mêmes,  je ne l'avais utilisé que de manière particulièrement restreinte, ne considérant que son côté "microblogging", j'en avais fait une sorte de tout petit frère de Ciscoblog. Je ne l'utilisai qu'à un très très faible pourcentage de ses possibilités, aussi faible qu'on dit que l'espèce humaine utilise son cerveau. Je crois qu'on peut affirmer qu'on surf de nos jours dans twitter come on surfait il y a dix ans sur le Web lui-même. Twitter recolore le Web, Twitter est le véritable Web2 dont on nous rebat les oreilles. Twitter est un nouvel internet à l'intérieur du vieux. Pas que lui d'ailleurs, Facebook essaye d'en faire autant (et peut être aussi Myspace et d'autres que je ne connais pas) mais facebook "ferme", alors que Twitter "ouvre". Facebook regroupe dans une communauté en théorie toujours en expension (mais pas en pratique), Facebook "replie", alors que Twitter  "deplie", ouvrant sur un océan d'information. Utiliser Twitter c'est prendre un coup de jeune. Ainsi, je me suis mis à trouver en quelques clics tout un tas de nouveaux sites interessants sur lequels ni le Web traditionnel, ni Facebook ne m'auraient conduit, je crois. En tout cas pas aussi facilement à l'aventure ou au petit bonheur la chance, comme au bon vieux temps de l'eclosion du web. Qu'on ne s'y trompe pas : les sites qu'on trouve sur Twitter sont bien évidemment les mêmes que sur le Web (et même les mêmes que sur Facebook) c'est la façon dont le réseau nous y donne accès ou nous invite à les visiter qui fait la différence. Mais baste sur ce sujet. tout ça pour vous dire que si le coeur vous en dit vous pouvez vous rendre sur ce site littéraire très érudit et très passionnant, proche de mes préoccupations et rêveries du moment, où un petit surf sur Twitter m'a conduit (voir en bout de liste sur la LCD)

21 mars 2010

Tanka, 23


Terrasse au soleil
Déjà sur mon déjeuner
La première guêpe


Laissons la se réchauffer
Après un si long hiver

19 mars 2010

J'avais perdu ce lien, 'Kill me sarah',  il y a des années. Je viens de le retrouver par hasard grâce à la liste Twitter de JR (merci, JR!) Il s'est considérablement bonifié!    (et hop direct en LCD)

17 mars 2010



"My Way", Tel est le titre des ingénieuses représentations mentales en forme de plans de Christoph Niemann, artiste new-yorkais, j'aime aussi beaucoup ses impressions fugitives de la ville en légo (via Mnémoglyphes)

16 mars 2010

Nous voyageons beaucoup en train par les temps qui courent, enfin, plus qu'avant. Des weekends à Paris, à Lyon, à Toulouse, un peu plus d'une fois par mois. J'adore ces longues heures dans les limbes. J'y prévois toujours des révisions et des rattrapages. C'est là que je peux m'adonner sans remords à la lecture de tout "le Monde", de la première à la dernière page, de toute "l'Équipe" de la dernière à la première, accélérer la progression dans un livre que je n'arrivais pas à terminer, où dans lequel j'avais du mal à entrer, c'est selon, prendre des notes, relire mes carnets, ce que je n'ai jamais le temps de faire ailleurs, préparer des posts pour Ciscoblog, composer un ou deux vers dans ma tête, etc. Ce soir, je prends le transsibérien. Je vois les choses en grand.  N'en déplaise à sa prose, à la petite Jehane et à Blaise, je prend le transsibérien! Je suis de garde à l'hôpital, justement ça tombe bien. Je pars pour Vladivostok, via Irkoutsk, Novosibirsk  Krasnoïark et le lac Baïkal. On n'arrête pas le progrès, nom d'une pipe en bois! Je vais pouvoir me livrer aux inversions et aux transmutations que j'adore : Ce ne sera plus moi qui comblerai le temps du voyage pas des des lectures ou des jeux de l'esprit rêveurs mais le voyage lui même qui viendra me distraire dans la chambrette immobile et rêveuse où je tape ces lignes. Voici donc maintenant que Google Maps propose un voyage virtuel en transsibérien, en temps réel, 150 heures de video avec bruit des rails en fond sonore, lecture de "Guerre et Paix" ou des "Ames Mortes" en VO et au choix, cartographie instantanée et ballades à pied des environs des  gares visitées. Champagne!
Haïku de train, 4



Brumes du matin
Pâquerettes sous le givre
A quand le printemps?
Des livres vous accompagnent toute une vie, des fanaux, des étoiles brillantes. Ils sont là,  foule bienveillante, sereins, sur les rayons de votre bibliothèque. Parfois votre regard  croise le leur et ils nous font un petit signe qui veut dire "je ne vous oublie pas". Vous les avez déjà relu ou vous les relirez, ils ne sont pas pressés, ils n'ont jamais de fourmis dans les pages. Mais il y a aussi les écrivains qui vous accompagnent toute une vie. Des compagnons, des amis, sans galvaudage. Pour moi, ils ne sont pas si nombreux, un petite troupe, à qui je suis fidèle. Ce sont ceux qui ont à peu près mon âge, à plus ou moins dix ans près, que je lis depuis leurs débuts, ou depuis que le m'intéresse à la littérature. René Belletto est de ceux-là. J'ai lu tous ses romans au fur et à mesure de leur sortie. "Le Revenant" est un de mes livres préférés "de tous les temps".  je ne l'aurais peut être pas dit au moment de sa publication, mais maintenant, avec tout le temps qui a passé, si. Dans mon panthéon personnel, la "trilogie lyonnaise", "Le revenant", "Sur la terre comme au ciel" et "l'Enfer" occupent pratiquement la même place que la "trilogie de nos ancêtres" d'Italo Calvino ("Le chevalier inexistant", "le Baron perché", "le vicomte pourfendu"), c'est dire. Ce qui ne veut pas dire, en revanche, que tous les livres de Belletto, où  l'un quelconque d'un autre de mes auteur-compagnons (Roth, Modiano, Lodge, Houellbec (si, si), Rouaud, pour ne citer que ceux qui me viennent tout de suite à l'esprit) font partie de mon Guinnes Book perso. Ainsi j'ai trouvé qu'après 90, à partir de "La Machine" il y a eu un coup de moins bien, J'ai eu l'impression qu'il changeait de style. Son côté baroque, brillant avait cédé la place à un style volontairement plat, voir simpliste qui se rapprochait dangereusement de celui des romans de gare qu'il avait jusque là si bien pastiché, même si les intrigues, utilisant la veine inépuisable du "policier" et la mêlant toujours aussi brillamment à celle du "fantastique," devenaient de plus en plus sophistiquées. C'était justement l'alliance entre un réalisme de "thème" et un fantastique "d'écriture", leur subtile imbrication et leur génial basculement l'un dans l'autre (plus le thème devenait fantastique, plus l'écriture devenait plate) qui m'avait fait adorer le "Revenant". Cela avait culminé dans l'"Enfer" qui ressemblait très certainement au genre de production monstrueuse dont Belletto lui même se serait bien vu accoucher.  Il y avait comme une boursoufflure, une accélération, un saut dans l'hyperespace qui vous mettait divinement mal à l'aise, en vous faisant toucher du doigt l'essence même du mal. C'était comme une écriture  pathologique, contaminée, mélancolique (lente minutieuse, adhésive, s'appesantissant sur tous les détails, fouillant tous les personnages, tous les lieux à l'infini, vous collant une douleur morale contagieuse, vous arrachant un éclat de rire sardonique) qui subissait soudain  un virage brutal, une inversion  "maniaque", non pas salvatrice mais aggravante et s'accélérait follement jusqu'à décrire l'explosion de l'univers (et du récit) en  à peine trois ou quatre phrases, là où,  cent cinquante pages plus tôt, il lui en avait fallu une trentaine pour décrire, par exemple, un seul geste du héros. Du coup, on pouvait comprendre la raison de la platitude et les efforts que Belletto faisait pour s'affranchir du style, ou mieux oser poser la question de  sa concordance avec le thème, ou mieux encore  de celle des mots nécessaires et de la fiction. La recherche de Belletto depuis vingt cinq ans est peut être la suivante : Comment passer de l'écriture à la voix, du style au cri, comment effacer les mots, le narrateur, la narration même et faire communiquer, directement pour ai nsi dire, le lecteur avec la fiction dont l'acmé n'est alors rien d'autre que l'horreur.  Un livre de Belletto c'est un perpétuel attentat contre le narrateur sous les yeux écarquilles du lecteur qui n'ose croire ce qu'il lit (on y tue lentement, par exemple, des enfants) Belletto sait mieux que tout autre que le lecteur peut décider à tout moment de ne plus y croire, qu'il peut d'une seconde à l'autre poser le livre et arrêter la lecture. D'où la course en avant, l'urgence, le sauve qui peut et la nécessite absolue de se défaire de tout lest inutile. Epurer, épurer toujours pour laisser  à la fiction toute puissante la place de se déployer enfin et de maintenir le lecteur dans le livre. Mais il faut pour cela une puissance formidable à la fiction. Ce  qu'elle n'avait pas dans les récits des années 90 à 2000 qui ne décollait pas du genre "policier" avec serial killers horribles comme il faut bien troussé mais toujours un peu convenu. On ne faisait que rester, agréablement certes, sur sa faim. Depuis 2005 ça change. Deux romans, je crois, pas plus : "Coda" et le dernier, qui vient de sortir, "Hors la Loi". Avec pour thème la confusion du début et de la fin du recit, l'éternel retour, la boucle du temps, ce qu'on appelle, en musique, justement une coda. Les thèmes et les voix s'inversent, échangent leur substance même. Le recit est repété à rebours, cancrizans, comme dans une fugue de Bach, savante et vénéneuse. C'est un tour de force tout à fait réussi : les livres ont repris de l'épaisseur. Il s'y secrète toute une tératologie qui en font des objets vraiment étranges, des objets qui nous communiquent leur urgence et qu'on ne lache plus. Lisez "Hors la loi", il y a une urgence dans chaque page, dans chaque ligne, dans chaque mot. Ce n'est certainement pas "vrai". C'est en tout cas le grand art de Belletto de nous y faire croire.

14 mars 2010

Tanka, 22


Ipod aux oreilles
Le front contre la fenêtre
Poing sous le menton

La terre et le ciel dérivent 
Loin de ses yeux qui divaguent
haïku de train, 3


Ces noirs capucins
Escaladent les collines
A l'assaut du ciel

11 mars 2010

Pensée de la nuit N°166 : "Vu mon âge, j'ai de moins en moins de mère, il faut bien que j'existe par moi même" René Belletto, interview donnée à Marty Laforest - Nuis Blanches

07 mars 2010

SOMEWHERE IN QUERCY

05 mars 2010

Haïku de train, 2


Au soleil couchant
Arbres, prés, maisons, collines :
Parfait paysage
Je kiffe j'adore ce genre de trucs un max !


03 mars 2010

Tanka, 21

Le brun vire au vert
Sur les prés et les collines
Ciel de fin d'hiver


Avant que le jour décline
J'arpenterai  l'univers

02 mars 2010

Pensée de la nuit N°165 : "Je suppose que l’homme a appelé glace son miroir dans l’espoir de s’y conserver intact comme aux premiers âges. Or ça marche, en effet, et bientôt il voit se dresser devant lui dans sa salle de bains un parfait spécimen de mammouth laineux à long nez et grandes oreilles" Eric Chevillard, l'Autofictif.

01 mars 2010



Superbe photo de Nathan, non ?