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27 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, douzième épisode

l y a un très beau texte de Georges Perec sur l'analyse, où il la décrit comme une sorte de replis du quotidien, de poche, de caverne au fond d'une galerie, "dans la stratification des heures, un instant suspendu, un autre : dans la continuité de la journée une sorte d'arrêt, un temps", dit-il. On pourrait aussi comparer l'analyse à l'amour: un temps sans début et sans fin, un rythme seulement, qui se superpose au temps de la vie. Les amoureux sont projeés dans un hors temps où ils se retrouvent toujours, même séparés, même en proie aux plus grands aléas de la vie. Il en est de même pour l'analyse ou du moins pour celui qui fait une analyse : peu importe que cela dure quatre ou quinze ans, que ça n'aie ni début ni fin : c'est un ailleurs dans le temps qui flotte au-dessus du quotidien. "Dans les replis du temps" : c'est là que se tient l'analyse. Au même endroit que la mémoire, les souvenirs et l'amour. A partir de 1974, j'ai donc pris l'habitude de venir trois fois par semaine rue Ernest et Henri Roussel, de sonner deux fois, d'attendre l'ouverture magique de la porte, comme pour un accès à l'hyper espace, de passer dans le couloir muet, d'attendre en me vidant la tête, de serrer la main du passeur, et enfin de m'allonger sur le petit lit en même temps que j'entendais les craquement du fauteuil de cuir signe que l'attention flottante de mon analyste attendait le début de mon monologue. Je m'allongeais, il s'asseyait. Il ne disait même pas "je vous écoute" ou quelque chose de ce genre, son silence était de liberté: j'étais libre de parler ou de me taire, il n'avait pas l'intention me "faire parler". Parfois, j'avais préparé quelque chose, le plus souvent rien. Je passais directement de l'agitation du monde aux galeries souvent désertes des replis du temps. H. était un Charon bienveillant. Et muet, la plupart du temps. Un vrai lacanien, de ce point de vue là. Je commence seulement à entrevoir qu'il est parfois plus difficile de se taire, tout simplement, que de solliciter la parole de celui à qui les mots manquent, mais à ce moment là je lui en voulais parfois de son silence. J'y opposait le mien, délibérément, comme si le "faire parler", lui, allait compenser ma propre difficulté à dire. Il ne renonça jamais au fait de me laisser libre, si bien que nombre de séances se terminèrent sans qu'un mot ne fut échangé. J'en sortais comme d'une joute inutile avec le sentiment d'avoir tout fait pour perdre mon temps moi-même. d'ailleurs c'étaient les propres mots d'Hofstein quand par hasard ou par plaisir il se laissait entraîner dans une "discussion", sur la technique par exemple : "Nous sommes en train de vous faire perdre votre temps, mais si vous y tenez, etc." Il signifiait par là qu'il ne suffit pas de faire les gestes de l'analyse pour faire une analyse, il pointait une incidente, il indiquait les différents niveaux de l'échange et le passage subtil de l'un à l'autre. Même quand je lui racontais un rêve, il n'était pas dupe et ne me remerciait pas de l'effort ou du cadeau par une interprétation : il pratiquait à la perfection l'art de la frustration et me montra avec brio que l'interprétation ne prend sa valeur que dans le transfert. Pourtant, il interprétait parfois, "à vide", comme pour montrer l'inutilité de la virtuosité. Un jour, lassé de proposer moi-même les solutions et avec l'idée un peu honteuse de lui faire faire "son boulot" coûte que coûte, je lui racontai, en forme de colle, mon rêve de la nuit que je trouvais tordu et particulièrement hermétique. Il s'agissait de trois images successives, comme trois plans enchaînés dans un film muet. Je ne me souviens pas précisément des deux premières, mais il y était question d'argent et d'analyse sous une forme assez peu déguisée, que je n'arrivais pas à faire correspondre avec la troisième image qui était celle d'un papillon d'une taille gigantesque posé sur le papier japonais de son bureau. C'était un défi. C'était comme si je lui disais " Tenez, puisque vous vous taisez toujours, voici une bonne occasion de vous taire encore puisque vous ne parviendrez pas à déchiffrer ce rébus". J'en fus pour mes frais, la réponse fusa, précise et concise, dans les secondes qui suivirent : "Vous vous interrogez bien évidemment sur la valeur de votre analyste et ce qu'il achète avec l'argent que vous lui donnez puisque votre papillon représente un objet que vous ne pouvez pas manquer d'avoir remarqué dans cette pièce". Stupéfait, je parcourus des yeux la pièce en question. Mon regard tomba tout de suite sur une très belle statuette primitive comme on en trouve souvent dans les bureaux d'analystes, objet d'art luxueux, qu'effectivement je n'avais pas pu manquer de remarquer, et qui représentait une divinité dont les cheveux étaient peignés en un chignon qui avait la forme d'un énorme noeud... papillon !

24 septembre 2003

pour ce soir, voici cette extraordinaire premi�re page des r�cits de la Kolyma, de Varlam Chalamov dont je vous parlais la semaine derni�re :

Comment trace-t-on une route � travers la neige vierge ? Un homme marche en t�te, suant et jurant, il d�place ses jambes � grand peine, s'enlise constamment dans une neige friable, profonde. Il s'en va loin devant : des trous noirs irreguliers jalonnent sa route. Fatigu�, il s'allonge sur la neige, allume une cigarette et la fum�e du gros gris s'etale en un petit nuage bleu au-dessus de la neige blanche etincelante. L'homme est reparti, mais le nuage flotte encore l� o� il s'etait arret� : l'air est presque immobile. C'est toujours par de belles journees qu'on trace les routes pour que les vents ne balaient pas le labeur humain. L'homme choisit lui-m�me ses reperes dans l'infini neigeux : un rocher, un grand arbre ; il meut son corps sur la neige comme le barreur conduit son bateau sur la riviere d'un cap � l'autre.
Sur la piste �troite et trompeuse ainsi trac�e, avance une rang�e de cinq � six hommes. Ils ne posent pas le pied dans les traces, mais � c�t�. Parvenus � un endroit fix� � l'avance, ils font demi-tour et marchent � nouveau de fa�on � pi�tiner la neige vierge, l� o� l'homme n'a encore jamais mis le pied. La route est trac�e. Des gens, des convois de traineaux, des tracteurs peuvent l'emprunter. Si l'on marchait dans les pas du premier homme, ce serait un chemin �troit, visible mais � peine praticable, un sentier au lieu d'une route, des trous o� l'on progresserait plus difficilement qu'� travers la naige vierge. Le premier homme a la t�che la plus dure, et quand il est � bout de forces, un des cinq hommes de t�te passe devant. Tous ceux qui suivent sa trace, jusqu'au plus petit, au plus faible, doivent marcher sur un coin de neige vierge et non dans les traces d'autrui. Quant aux tracteurs et aux chevaux, ils ne sont pas pour les �crivains mais pour les lecteurs.
Dr�le de petite image de retour de p�che sur le Web par un matin calme. Bonne journ�e (via Geisha Asobi)

23 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, onzième épisode


Ainsi, à vingt-cinq ans, je commençai une analyse avec un analyste qui avait le même prénom que moi. Il avait aussi les mêmes origines, bien que je ne l'aie appris que bien plus tard, il était alsacien. Et juif, mais ça, son nom l'attestait suffisamment pour que je ne me pose pas trop de questions. D'ailleurs, si je ne savais pas pourquoi je voulais que mon analyste fût un inconnu, je pouvais dire que le fait qu'il porte un nom juif me rassurait assez et que, pour moi, avoir un analyste d'origine juive allait pour ainsi dire de soit: il y avait sûrement assez de "juif" dans mes profondeurs pour préférer y être accompagné par quelqu'un pour qui cette culture n'était pas tout à fait inconnue et qui aurait vécue, comme moi, de l'intérieur, cette condition un peu particulière. Un petit juif inconnu, voilà ce qui peut être était l'image que je me faisais d'un analyste possible pour moi. Quelqu'un qui aurait pu avoir vécu les mêmes petites humiliations d'école communale, du genre "C'est vous qui avez tué Jésus, tu n'iras pas au paradis !" ou autres petites cruautés d'enfants quotidiennes, ou la sourde déprime de parents coupables d'avoir survécu à la guerre et la disparition de quelques proches qui avaient hanté notre enfance. J'aimais assez l'idée qu'il puisse partager spontanément, sans que j'aie à lui expliquer et risquer de penser qu'il ne comprenne pas, ce que représente d'avoir envie d'appartenir à un groupe qui vous rejette, cette envie, au sens fort, d'être justement comme les autres, qui peut rendre agressif, cette hypersensibilité, cette petite paranoïa qui peut finir par vous faire détester vos parents ou au contraire vous y soumettre encore plus, par dépit ou vengeance. Souvent, dans notre adolescence, nous avions résolu la question en nous retrouvant, à trois ou quatre, dans les classes, partageant presque comme un secret, solidaires même si nos personnalités ne nous auraient pas autrement réunis. C'est comme ça que j'avais connu Alain, en sixième, qui se faisait appeler Finck, mais il fallait prononcer Finque, il ne reprit son véritable nom, F*, que bien plus tard, il habitait dans le dixième( c'était poure moi, natif du quartier latin, un autre monde, voire une autre planète, carrément), derrière la gare de l'Est et prenait le bus 38 pour venir au lycée. Son père était un petit artisan maroquinier et sa mère qui pourtant avait fait des études d'infirmière en Pologne était femme au foyer et mère juive de son fils unique. Elle avait un accent qui vous faisait tomber amoureux d'elle dès qu'elle ouvrait la bouche. En plus, c'était une très belle femme. A cette époque, tout juste à la fin de la guerre d'Algérie, je croyais que tous les juifs (au moins les ashkénazes) étaient de gauche ou, sinon révolutionnaires, membres du parti communiste comme tous les amis de mon père, eh bien Finck, bien que fils d'ashkénaze, n'était pas de gauche, pas plus que ses parents (il ne le devint que bien plus tard, en 1968, parce qu'il fallait bien faire comme tout le monde, mais, encore plus tard, devenu philosophe célèbre et connu, il se gardera bien de prendre position). Je me souviens que nous faisions un bout de chemin ensemble après les cours, nous descendions la rue Soufflot, lui pour attraper le bus 38 à la station Luxembourg et filer vers la gare de l'Est et moi pour bifurquer sur la gauche, continuer à pied et remonter le boulevard Saint Michel vers Port-Royal. Chemin faisait nous refaisions le monde à la manière des préadolescents, c'est-à-dire en puisant à pleines brassées dans nos mythes familiaux respectifs. Il était encore de la première génération, il avait même été naturalisé quand il vait été tout petit, après que ses parents fussent arrivés en France, quelques années après la guerre. Etre juif fondait son identité. Il n'était pourtant pas circoncis (réflexe protecteur de ses parents) et ne parlait pas yiddish. Quant à moi, petit-fils d'un émigré d'avant la guerre de 14, étant déjà de la troisième génération, et grâce aux idées politiques de mon père, le chauvinisme juif m'étais épargné. Finck était le premier juif "conscient que je rencontrai. Je me sentais complètement fran�ais et même un peu cosmopolite, paradoxalement. De plus, comme j'étais circoncis, il ne pouvait me traiter de "faux juif", malgré l'envie qu'il en avait souvent,et la probable réalité, sans que je le renvoie perfidement à l'existence de son prépuce. Je n'étais pas sioniste. Lui, si, passionnément. Après avoir défendu l'Algérie française, il fut gaulliste. Malgré son admiration pour Mékloufi, le grand joueur du Racing, il n'aimait pas les arabes parce qu'ils s'attaquaient à Israël. Quant à moi, j'avais accompagné mon père dans les manifestations qui avaient suivi Charonne et mon coeur penchait vers les porteurs de valises et le sort des jeunes déserteurs. Le vent du gauchisme anti-stalinien s'élevait seulement mais ne soufflait pas encore bien fort. Nous étions en pleine guerre froide. Finck défendait le flamboyant Kennedy, qui venait de se faire élire face au triste Nixon, et moi je peinais à soutenir Khrouchtchev, le petit gros à la chaussure dont le fameux rapport devenait de moins en moins secret. Et malgré ces grosses divergences, nous fondâmes une amitié indéfectible qui dura quinze bonnes années, jusqu'à la seconde guerre du Liban. De la même manière, je rencontrai Marc T*, lui aussi fils d'émigrés de la première génération. Il se disait le cousin d'Alain Finck, mais en réalité ils n'étaient liés que par l'amitié très forte qui unissait leurs parents. Le père de Marc était ouvrier maroquinier, il travaillait dans le sentier et habitait passage Brady, sur le boulevard de Strasbourg très longtemps avant que les Indiens de Pondichéry le colonisent. Je me souviens du tout petit appartement où j'étais parfois invité à déjeuner des plats casher délicieux ou à boire du thé brûlant dans des verres. Marc était rouquin avec plein de taches sur le visage comme son père. Sa mère était ravissante, son accent polonais était des plus enjôleurs. Marc T*, contrairement à Alain, n'a jamais joué les intellectuels. C'était un personnage tout droit issu des livres de Robert Bober, le copain de Georges Perec. Il était brillant en classe mais ne musarda pas. Il était trop urgent pour lui de convertir rapidement les espoirs de ses parents. De nous tous ce fut lui le plus rapide. Il fit HEC ou Sup. de Co, partit faire un stage aux Etats Unis et revint expert financier marié à une américaine, juive bien entendu et laide, alors que nous étions encore à la fac, passions des concours, et lutinions les copines. Bien plus tard, quand je fus devenu psychiatre, il reprit contact : plus rien n'allait dans sa vie, il allait divorcer, perdre ses enfants et subissait des revers de fortune. Je tentais biende l'aider à soigner un moment son chagrin et le perdis de vue à nouveau. Comme il n'est pas devenu célèbre, lui, je n'ai plus aucune nouvelle. Alain, Marc et moi formions une sorte d'équipe avec deux autres camarades : Francois G* et Jean G* qui avaient pour caractéristique d'être juifs aussi, mais à moitié seulement, par leurs mères (ils ne portaient pas de noms juifs) François était le rival direct d'Alain. Le seul qui pouvait se mesurer intellectuellement avec lui. Il y avait entre eux une émulation pas toujours saine. Il intégra d'ailleurs Normale Sup Ulm du premier coup alors qu'Alain dut s'y reprendre à deux fois pour n'obtenir que Saint Cloud. Ses parents étaient tous les deux profs de math, surtout son père qui faisait partie du Séminaire Bourbaki, était un ami de Laurent Schwartz et était prof à la Sorbonne. C'était aussi un grand intellectuel de gauche qui s'était engagé assez loin durant la guerre d'Algérie, avait été victime de L'OAS qui avait plastiqué son appartement. Je m'en souviens encore : l'appartement des parents de François était situé rue de l'Estrapade, juste derrière le mur du lycée Henri IV, pratiquement sous la fenêtre où nous suivions les cours. A cette époque, nous étions en cinquième, je crois, le quartier latin résonnait au moins deux fois par jours du bruit d'explosion des bombes de l'OAS, lointain, comme un roulement de tonnerre, ou proche, carrément assourdissant. Ce jour la le bruit vers seize heures avait été particulièrement fort, les vitres avaient tremblé, dans d'autres classes elles s'étaient brisées. Nous avions l'habitude, c'est fou ce qu'on prend vite des habitudes, d'accompagner le bruit des explosions d'un "Boum�!" lançé joyeusement en choeur par toute la classe. Ce jour là François ne fut pas le moins prompt à entonner le "boum�!" insouciant et provocateur. Un peu plus d'une heure après j'appris que sa maison avait été totalement détruite en téléphonant chez lui pour me faire préciser je ne sais quel sujet de devoir. C'était un pompier qui me répondit et me disait que la famille était partie se réfugier à l'hôtel. Longtemps, nous avons été le confident l'un de l'autre et j'en sais peut-être plus sur ses chagrins d'amour que beaucoup d'autres de ses amis. A la suite de l'un de ces chagrins il s'exila deux ans à Taiwan pour apprendre le chinois. Plus tard, j'ai été son témoin, en compagnie d'Alexandre A* � son mariage avec Ning, ravissante chinoise de la Réunion, dont il a deux enfants. Ils habitent une petite maison dans le vingtième. C�est un sinologue réputé maintenant, il est prof aux Langues O, on le voit de temps en temps donner son avis à la télé ou faire la nécro des vieux dirigeants communistes à la radio. Nous nous voyons encore, malheureusement seulement de loin en loin. J'aurai toujours pour lui une tendresse indéfectible. C'est un être essentiellement chaleureux. Le cinquième mousquetaire était Jean Gosselin qui était très fort en maths et en bateaux à voiles. Il m'en communiqua un moment le goût et je lui dois le ravissement de mes séjours aux Glénans. Je l'ai perdu de vue rapidement, après qu'il eut intégré une grande école. Nous fûmes très proches, tous les cinq, pendant nos années de lycée. Alain et François firent "philo" et les trois autres, dont je faisais partie, "math Elem". Nous passâmes le bac en 1966, après l'avoir révisé ensemble à la campagne. Nous maintînmes la coh�sion du groupe au moins une année encore en nous retrouvant à déjeuner une fois par semaine dans un restaurant du coin de la rue Descartes et de la rue Thouin, le Volcan, qui existe toujours mais qui est devenu un resto à touristes. Un peu plus tard, nous nous réunîmes au "pot" de Normale Sup où François avait sa chambre et où, dans la fièvre, se fonda un des groupes gauchistes à l'origine du mouvement "autonome", "Camarades, (Camarades, virgule)" seul groupe politique qui pouvait tenir, non pas dans un autobus, mais dans un taxi, comme disait Alain dont ce fut l'unique période gauchiste, et "Matériaux pour l'Intervention" avec le soutien du déjà influent Toni Negri, mais ceci est une autre histoire, car tout doucement, sans faire de bruit, comme dit la chanson, la vie nous sépara. Un peu, mais pas tant que ça.
Je me souviens de ��Radio Paris ment ! Radio Paris ment ! Radio Paris est Allemand�!�. Je me souviens plut�t que mon p�re s'en souvenait. A l'�poque de Radio Paris je n'�tais pas n�. Mon p�re la fredonnait parfois en se rasant le matin. C'�tait une ritournelle, on dirait aujourd'hui un ��gingle�� qui passait probablement le soir, et qu'on �coutait autour du poste, sous la lampe, sur Radio Londres quelques bonnes ann�es auparavant. C'�tait un air entra�nant, un peu comme celui de la Boldoflorine, la � bonne tisane pour le foie � qui sponsorisait, mais on ne disait pas comme �a � l'�poque, la ��Famille Duraton��. En revanche je me souviens tr�s bien de la famille Duraton. C'�tait plus tard, vers 1955. Tout le mond� �coutait la famille Duraton dans les ann�es cinquante, et Monsieur Bartissol, et aussi Genevi�ve Tabouy avec sa voix chevrotante et suraigu� qui lan�ait ses ��attendez vous � savoir que�� grandiloquents de pr�dicatrice un peu allum�e. Elle m'effrayait d'ailleurs un peu cette Genevi�ve Tabouy, � pr�dire toujours les guerres" qui arrivaient (Cor�e, Indochine, Alg�rie) mais elle faisait rigoler mon p�re que je revois en train de se raser, en marcel, devant la glace de la cuisine, au rasoir Gillette. Certains se souviennent de leur p�re se rasant au coupe-chou, eh bien non, moi, mon p�re c'�tait au rasoir Gillette. Il est vite pass�, d'ailleurs,en homme moderne qu'il �tait, au rasoir �lectrique, mais je n'entendais plus ce qu'il fredonnait � cause du bruit. Je le revois aussi devant la glace de la cuisine, avec le bruit infernal de son rasoir Braun, tirer la peau de sa joue que j'aimais tant embrasser le soir quand il revenait du travail, m�me si, � cette heure-l�, elle piquait un peu, contrairement au matin dans la cuisine. Il avait une bonne odeur de papa, ce papa-l�. J'ai �crit rasoir Braun, parce que de nos jours tous les rasoirs �lectriques qui se respectent s'appelle Braun (ou Philishave � la rigueur) mais �a m'�tonnerait finalement qu'il se soit agit d'un Braun : toutes les marques allemandes �taient proscrites � la maison en ce temps-l�. Ma pauvre m�re, qui avait �dict� la r�gle, ne pouvait que jalouser en secret ses amies qui achetaient des machines � laver Brandt ou encore Miele, la meilleure des machines � laver reconnaissait-elle, mais elle restait sto�que, fid�le � sa promesse de ne jamais acheter ��boche�� (notez bien que je n'ai pas �crit Bosch. Tenez l'air de ��Radio Paris ment !�� ressemblait un petit peu � celui de ��Choisissez bien, choisissez Bosch !��). Eh bien chez nous, on ne choisissait pas Boche, on leur devait bien �a, aux boches. Les rencontres Adenauer-De Gaule faisaient enrager mon p�re, pas seulement parce qu'il �tait anti-gauliste, mais surtout parce qu'il �tait surtout anti-boche. Ma m�re, pareil, quoiqu'elle aurait bien �t� gauliste si son mari n'avait pas �t� communiste. Mais on ne peut pas tout avoir. Cela a dur� au moins jusqu'au d�but des ann�es quatre vingt quand ma m�re a achet� sa premi�re Miele, elle n'avait pas pu tenir plus longtemps, elle avait fini par craquer, sans que sa sainte haine en fut entam�e, d'ailleurs, mais il y eut une sorte d'arrengement avec le ciel, dans la cat�gorie "amendements �lectrom�nagers"". Donc, ce rasoir �lectrique, en bak�lite couleur ivoire, bien ventru, large, qu'on empaumait comme le pommeau d'une canne et non pas long et plat comme ceux d'aujourd'hui, qu'on tient avec trois doigts, et qu'il rangeait soigneusement sur le lit de soie de son �crin de papier m�ch� recouvert de velours bleu nuit � charni�res dor�e, ne pouvait �tre que de marque am�ricaine, Remington ou Sunbeam. Mon p�re, bien entendu, �tant aussi anti-am�ricain, aurait du acheter, ou se faire offrir, pour respecter ses principes jusqu'au bout, un rasoir de marque russe sauf qu'on ne trouvait pas plus d'objets russes � l'�poque que maintenant, et encore, la Russie n'est plus communiste. C'est tout dire, si vous voyez ce que je veux dire.

22 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, dixi�me �pisode

La premi�re chose que vous chercheriez du regard si vous entriez dans le cabinet d'un psychanalyste, serait le divan, me semble-t-il. Vous vous attendriez � monts et merveilles. Vous imagineriez un R�camier, une berg�re, un sofa, un canap�, voire un fauteuil de dentiste avec des m�canismes compliqu�s ou, � la rigueur, un lit � baldaquin. En tout cas quelque chose d'original, une savante d�clinaison du concept de divan, une m�taphore, un jeu de forme subtile, quelque chose qui ressemble d�j� � une interpr�tation, un objet hybride, que vous avez cru entre apercevoir dans la vitrine de chez Knoll ou de The Conran Shop, qui invite au fantasme, aux associations et aux lapsi comme par d�finition, un lit de Procuste, une table de dissection, que sais-je, mais surtout quelque chose qui dise bien : "je ne suis pas un lit, je ne sers pas � allonger, vous avez tout compris". Or vous vous trouveriez devant un lit, un simple lit. Ni haut ni bas, mais plut�t bas. Avec un couvre lit qui aurait connu des jours meilleurs. Qui sentirait vous ne savez quelle odeur. Avec un polochon. Avec un mouchoir en papier bleu bien d�pli� dessus, � cause des cheveux gras, ce qui �viterait de changer le couvre lit trop souvent, mais qui serait chang� au moins une fois par mois, rassurez-vous. Un lit d'o� vous ne glisseriez pas �l�gamment � la fin des s�ances, mais au bord duquel, vous vous asseiriez, comme au bord de n'importe quel plumard, en vous grattant la t�te, avant de vous lever non sans effort. Un lit que vous pourriez d�faire pour y dormir entre les draps frais, comme dans un tableau de Balthus, alors que tout vit autour de vous, un lit o� vous pourriez vous prendre pour un roi cap�tien, un gisant, un lit de mort, mais n�en rajoutons pas trop. Et un peu d�fonc� avec �a, trop mou, comme s�il ne vous portait pas, comme si vous risquiez d�y sombrer un jour ou l�autre en vous laissant trop aller au flot de vos associations et que votre analyste, ne veillant pas au grain, oublie de vous remonter avec sa canne � p�cher le gros. Rien qu�une simple barque, un radeau m�me, rafistol�, bien loin de la fr�gate fi�re, votre analyste � la barre et tout son �quipage � la man�uvre, que vous auriez imagin�e pour vous emporter� vers les rives de l�inconscient et de Cyth�re � la fois.

18 septembre 2003

Entre Andreas Feininger et Anna Grossmann (rien � voir avec ciscoblog) j'ai une tr�s leg�re pr�f�rence pour Anna Grossmann (via Douze Lunes, amical clin d'oeil)

17 septembre 2003

Taphore (voir en LCD) : celle-ci n'est pas p�ch�e dans un roman policier. "Le penis aussi dur que l'alg�bre" (c'est dans le dernier livre de Robert Mac Liam Wilson, "la Douleur de Manfred." Robert mac Liam Wilson : l'inoubliable auteur d'Eureka Street. Bienheureux lecteurs d'Eureka Steet, je suis certain que nous formons une famille...Vous n'avez pas lu "Eureka street" ? Pauvre de vous. Courez vite l'acheter, c'est �dit� en poche. C'est une merveille. Elle ne fait pas partie de la pr�sente liste des marveilles (voir en LCD) mais sera compt�e dans la prochaine, soyez en certain. La "Douleur de Manfred" n'est pas mal du tout, non plus, un ton au-dessous cependant)
Les aventures de Lyse Ananas, neuvi�me �pisode

Le * Rue Ernest et Henri Roussel �tait une petite maison avec un air anglais comme il y en avait beaucoup dans le quartier des Peupliers. Pour entrer, il y avait un code. Je ne parle pas de ces codes de maintenant qu� il faut soigneusement noter sur son calepin � c�t� du num�ro de t�l�phone et changer r�guli�rement, �a vous fait des calepins pleins de ratures, et qui ouvrent une premi�re porte d�entr�e qui vous conduisent � une seconde porte, elle aussi prot�g�e par un autre code que vous avez la plupart du temps oubli� de noter, bref vous vous retrouvez avec votre calepin ouvert, que vous manquez de l�cher, dans une main, le parapluie dans la deuxi�me et le sac de course dans la troisi�me qu�il faut poser � terre pour taper le code dans la p�nombre, La minuterie ne s�allume que si les premiers chiffres sont les bons, et que vous devez reprendre pour passer la porte, en faisant attention qu�elle ne se referme pas avant que vous n�ayez tout ramass� (Dieu merci, tout ce rituel va bient�t dispara�tre avec la g�n�ralisation des t�l�phones portables qui permettra de se passer de noter le code). Le code dont je parle �tait beaucoup plus simple quoique plut�t �trange. Vous sonniez deux coups successifs et brefs pour vous annoncer. Les deux coups signalaient que vous apparteniez � la cat�gorie des analysants. Alors H., de son cabinet, sans bouger de son fauteuil, appuyait du pied sur un interrupteur �lectrique et la porter s�ouvrait automatiquement. Vous entriez dans un couloir court. Cabinet � gauche, porte close sur la s�ance en cours, salle d�attente � droite, porte ouverte. Vous entriez dans la salle d�attente, en g�n�ral vide, car H. s�arrangeait pour que ses clients ne se rencontrent pas, dans la mesure du possible, et vous pouviez vous asseoir, soit dans un confortable canap� dos � la porte, soit sur un non moins confortable fauteuil qui y faisait face (vous aviez le choix, car il y avait deux fauteuils, de part et d�autre de la chemin�e). En g�n�ral, je pr�f�rais le canap�. Et vous attendiez. Sur une petite table basse, il y avait des revues de d�coration qui n�ont pas �t� chang�es en quinze ans, je peux le dire. Au mur, pas mal de tableaux, de dessins plut�t bons, une petite formation de jazz par exemple, et une litho abstraite d�dicac�e. En moyenne, l�attente �tait moyenne. Largement le temps de se vider l�esprit des contingences du moment et de se pr�parer � l�association libre. Vous aviez le temps aussi d��couter les bruits de la maison. Une autre cat�gorie, donc, �tait celle des familiers, qui, pour s'annoncer, vous le compreniez vite, devaient sonner trois coups, ce qui permettait � H. d'ouvrir la porte � ses enfants, sa femme, les copains de ses enfants ou d'autres, sans quitter son fauteuil et toujours sans interrompre la s�ance. Au fond les occupations professionnelles d'H. en faisaient un portier tout � fait convenable. La troisi�me cat�gorie, celle de ceux qui n'�taient pas dans la confidence, �tait celle de ceux qui faisaient le code sans le savoir, qui ne sonnaient qu�une seule fois comme partout ailleurs : l�, H. devait se lever de son fauteuil, vous laisser allong� sur votre divan au beau milieu d'une phrase en marmonnant une excuse accompagn�e, toujours, d'un long soupir (chaque fois qu�il devait se lever de son fauteuil, pour mettre fin � la s�ance, par exemple, il poussait un long soupir), et aller ouvrir la porte en personne. Imaginez, s'il ne l'avait pas fait, la t�te du patient qui vient � son premier rendez-vous ou celle du livreur de pizzas ou de l�employ� du gaz devant une porte qui s'ouvre toute seule, sans personne qui tient la poign�e derri�re. ?a peut vous avoir vite un c�t� maison hant�e qui n'est pas du meilleur effet. Dans l'ensemble le syst�me fonctionnait sans trop de heurt et montrait ainsi qu'on pouvait tr�s bien se passer de domestique ou de secr�taire pour ouvrir la porte quand on est psychanalyste. De plus, les familiers pouvaient prendre le risque de sortir en oubliant leur trousseau de cl�s aux heures ouvrables sans crainte de rester enferm�s dehors, ce qui ne g�tait rien, probablement.
Moi je vais m'abonner � cette mailing list que m'sugg�r�e Carlotta (vous pouvez aussi la retrouver en LCD : c'est LISTE FROUGE), bonsoir.
Pens�e de la nuit N�40 : "Sleon l'Uvinertis� de Cmabrigde, on lit snas porlb�me si les pmeir�re et dren�ires lttere d'un mot retsnet � luer palce. Si j'�ircs : la Csore est un vari berodl, inutile de remettre de l'ordre." Herv� Letellier, Papier de verre, "le Monde" du 16 septembre 2003


14 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, huiti�me �pisode

Donc, je commen�ai une analyse avec Francis H. en 1974. Cela se passa dans le treizi�me pendant plus de dix ans. Bien plus que dix ans. Il y a encore quelques ann�es, je consid�rai le temps que j�avais pass� sur un divan, plus long que la moyenne, comme une sorte de monstruosit� dont j�avais presque honte. Maintenant que le temps a estomp� la sensation de dur�e, et que l�analyse me semble si loin, je n�y pense presque plus. Je l�ai d�j� expliqu�, il avait fallu absolument que mon analyste ne fut pas c�l�bre ni m�me connu. Pas du tout parce que, par exemple, il aurait �t� moins cher, par sens de l��conomie, et d�ailleurs ses tarifs s�alignaient sur ceux de ses coll�gues, il gagnait tr�s bien sa vie, ni parce que, par sens de la modestie, je n�aurais pas voulu �taler aupr�s de mon entourage ses quartiers de noblesse. En r�alit�, si j�avais pu me le permettre, je n�aurais pas du tout �t� m�content de ��descendre d�une lign�e�� importante et par l� m�me pr�parer au mieux mon avenir professionnel. Seulement tout ceci m��tait tout bonnement impossible. Certains s�adressaient, en toute connaissance de cause, au meilleur, genre Leclaire, Perrier, Clavreul, Mannoni ou Lacan lui-m�me et j�en ai connu qui se sont saign�s aux quatre veines pour �tre admis sur les divans de grands barons ou d��minents A.E. (Analystes de l�Ecole, rares appel�s qui avaient ��fait la passe��, admis dans le Saint des Saints, et non pas simplement A.M.E, analystes membres de l�Ecole, ni m�me A.P. analystes praticiens, la pi�taille, qui n�avaient fait que demander leur inscription sur l�annuaire de l�Ecole) pas tellement plus par ��investissement�� professionnel que pour se convaincre de ne pas �tre tomb� aux mains d�un charlatan. La c�l�brit� les rassurait. Car � l��poque, il faut bien le dire, n�importe qui, apr�s deux ou trois ans de Vincennes (la facult� de psychanalyse, nouvellement cr��e) pouvait s�autoriser �de lui-m�me��, comme disait le Ma�tre, demander son inscription comme AP, qui n��tait jamais refus�e, racoler les petites �tudiantes de pr�f�rence, s�en mettre plein les poches en n�y pr�tant qu�une attention flottante. Les histoires ne manquaient pas d�analyses qui avaient mal tourn�, avec internements ou suicides r�ussis. La psychanalyse �tait reconnue pour �tre une aventure risqu�e, vous pouviez en ressortir compl�tement jet� ou les pieds devant. Mieux valait s�y engager sinon � coup s�r, au moins s�entourer du maximum de pr�cautions. La c�l�brit�, loin de me rassurer, me faisait peur. Elle me terrorisait, m�me. C��tait tout � fait irrationnel. Je ne crois jamais �tre parvenu � l�expliquer compl�tement. Quoiqu�il en ait �t�, � cette �poque, j�ai tout fait pour ne rien savoir de mon analyste. S�il �tait le copain d�untel ou s�il avait �t� form� par tel autre, et ce qu�il pensait du d�bat sur la ��passe��, qui faisait rage� Et j�y suis longtemps parvenu. J�ai longtemps r�ussi � ne rien savoir�: je refusais avec obstination de rechercher son nom sur les livres (je ne lisais plus, j��vitais le rayon psychanalyse, je n�ouvrais pas un exemplaire de la Nouvelle Revue de Psychanalyse ou d�Ornicar sans trembler, seule Scillicet, malgr� son �litisme, voire son herm�tisme, pouvait me rassurer puisque les articles n�y �taient pas sign�s), j��vitais de parler de lui avec les coll�gues, voire les amis que je trouvais un peu mondains de peur d�apprendre par hasard qu�il avait �t� en analyse avec Lacan ou pire encore, je me persuadais qu�il �tait bien cet analyste obscur mais s�rieux auquel m�avait envoy� celui que j�avais pris pour son ma�tre.
Je pense �

la pharmacie du coin. Les pharmaciens sont de grands hommes. Je le pense vraiment. Non. J'esp�re que vous n'�tes pas pharmacien. Il n'y a s�rement pas beaucoup de pharmaciens qui lisent r�guli�rement CISCOBLOG et m�me s'il y en avait je ne m'excuserais pas. J'ai parcouru il y quelques jours toute la ville de J. � la recherche d'une pharmacie qui voulait bien me vendre mon m�dicament quotidien sous forme g�n�rique. Je sais qu'il existe sous forme g�n�rique puisque c'est un pharmacien lui-m�me qui me l'a propos� lors des mes derni�res vacances (celui l� c'est un homme exceptionnel, le membre peut-�tre unique d'une esp�ce rare, je vais d'ailleurs imm�diatement lui faire de la pub : c'est le propri�taire de la pharmacie qui se trouve juste sur le quai du Port d'Aval � Collioures, Pyrenn�es Orientales.) A vrai dire, je n'y avais m�me pas pens� moi-m�me. J'en ai presque eu honte. Merci monsieur le pharmacien de Collioure dont je ne connais pas le nom, vous �tes l'honneur de votre profession. Bref, � J. comme dans toutes les villes de France, il y a une pharmacie tous les trente m�tres, � peu pr�s. Connaissez-vous un pays o� il y a autant de pharmacies ? Je connais m�me des rues, � J. o� il y a plus de pharmacies que de d�bits de boissons. J'en ai m�me vu une o� ils vendaient des jouets. Je vous jure. Bref, je revenais de vacances, o� un pharmacien m'avait en quelque sorte rappel� mes devoirs de citoyen et de m�decin, et je cherchais donc mon m�dicament sous forme g�n�rique, qui porte juste le nom de sa mol�cule, qui n'est pas plus compliqu�, d'ailleurs, que son nom commercial. Impossible de trouver du Rivapamil � Juvisy, m�me avec ma carte professionnellle. Que des excuses nullardes et piteuses. "Vous savez, on a surtout une clientelle de vielles personnes, et les vielles personnes vous savez ce que c'est, si on leur change quoique ce soit, etc..." J'ajoute que mon m�dicament, qui fait tout simplement baisser la tension est un m�dicament parmi les plus vendus. Mais non, il n'existe pas sous forme g�n�rique dans la ville de J. J'ai �ssay� six pharmacies et puis j'ai abandonn�. Je n'allais pas passer mon apr�s-midi � �a, il y avait tout de m�me des patients qui m'attendaient, � V., pour que je leur prescrive leurs m�docs (depuis les vacances je me suis jur� de ne prescrire que des g�n�riques mais j'oublie souvent, les vieilles mauvaises habitudes reviennent vite, et puis c'est vrai, certains patients se sont mis � me regarder d'un dr�le d'air. C'est d�sagr�able, somme toute.) Tout �a pour dire que CISCOBLOG, pas plus que les mamies, ne dit pas merci aux pharmaciens de J. Ils s'en foutent, les pharmaciens de J. Mais �a fait du bien de cracher son venin, de temps en temps. Cela n'arrive pas si souvent. C'est un inter�t de CISCOBLOG. Cela fait une tribune pour dire du mal de qui on veut. Bon, maintenant je vais vous dire pourquoi j'ai pens� � la pharmacie du coin. Parce que la pharmacie du coin, selon ma charmante derni�re patiente, lib�re les m�dicaments. SI, si : lib�re. Il ne manquait plus que �a. Voil� que les pharamciens lib�rent les m�dicaments, maintenant. Les pharmaciens sont les champions du monde du lib�ralisme : ils lib�rent les m�dicaments comme le gouvernement les prix et les bons juges les voleurs de pain. Non. Pas du tout. Ils n'ont jamais rien lib�r�, les pharmaciens (j'en ai m�me vu sous mes yeux, et plus d'une fois, refuser de vendre, je dis bien vendre, sous le regard approbateur des m�m�es venues chercher leurs laxatifs, une seringue propre � un jeune homme qu'ils soup�onnaient d'�tre un toxico ( et qui en �tait un, manifestement, d'ailleurs), comme la loi les y obligent.) C'est ma charmante derni�re patiente qui savait qu'il y avait une expression recherch�e pour dire vendre des m�dicaments. elle voulait dire : d�livrent. Les pharamciens d�livrent les m�dicaments. C'est malheureusement correct, du point de vue linguistique. C'est vrai. ils ne d�lib�rent pas, heureusement, ils d�livrent. Cela fait "bon en Fran�ais" d'employer l'expression "d�livrer les m�dicaments", elle s'�tait juste un peu tromp� de mot, ma gentille patiente et, justement, pour ma gentille patiente, la pharmacie du coin n'avait pas voulu lib�rer les m�dicaments sans ordonnance. A juste titre. L�, il la respectent la loi. Ouf, heureusement qu'il existe des hommes d'ordre dans ce pays. Mon dieu, delivrez nous du mal... et des pharmaciens.
J'ai lu �a vendredi dans Lib�. Enfin quelqu'un qui �crit tout haut ce que je pense tout bas (j'ai arr�t� de fumer il y a exactement vingt trois ans.) "Fumer fait vivre". Oui. Je le constate tous les jours. Bravo, Anne Serre, et merci.

11 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, septi�me �pisode

Francis H. habitait au cinq rue Ernest et Henri Roussel, deux grandes figures de la psychiatrie du d�but du XXe si�cle, dans le quartier des Peupliers, dans le treizi�me. L'entretien pr�liminaire eut lieu � peu pr�s six mois avant la premi�re s�ance. Je lui parlai psychiatrie et th��tre, amours et angoisses. Je me souviens par exemple qu'il me demanda comment j'avais eu connaissance de son pr�nom puisqu�il portait le m�me que le mien. Je lui r�pondis que c'�tait Jacques Hassoun lui-m�me qui me l'avait communiqu�, en m�me temps que son nom, son adresse et son num�ro de t�l�phone. Il en parut surpris. Il �tait d'accord pour me prendre sur son divan, � condition que je patiente quelques mois qu'une place se lib�re. Cela m'arrangeait particuli�rement car � ce moment-l� je pr�parais encore l'internat. Mais il m'engagea � voir d'autres analystes pour d'autres entretiens pr�liminaires, comme c'�tait l'usage. Je ne m'y r�solus jamais. Par peur d'avoir � choisir. Par peur d'avoir � juger. A cette �poque, j'aurais voulu que l'analyse fonctionn�t comme l'�ducation nationale o� l�on ne choisissait pas son professeur, ou l'h�pital o� l�on ne choisissait pas son m�decin. Je d�cidai donc de m'en tenir � Francis Hofstein une fois pour toutes. Le premier serait le bon. J'avais d�cid� � l'avance que la fili�re Ligue Communiste-Jacques Hassoun �tait une garantie suffisante, ce qui m'�vitait d'avoir � faire des choix douloureux mais surtout de douter d'avoir fait le bon. Le c�t� fonci�rement lib�ral, contractuel de la pratique analytique ne convenait pas � mon genre de n�vrose, en quelque sorte. Mais je comprenais aussi vaguement que la fili�re dont j'ai parl� n'existait que dans ma t�te. Je r�solus de me voiler la face sur son �ventuelle r�alit�, qui se r�v�la finalement plus vraie que je ne l'avais imagin�e, mais, bien entendu, pas l� o� je l'avais imagin�e.
Samedi dernier, j'ai retrouv� Franklin � Mouffetard pour d�jeuner. Nous revenions tous les deux de notre travail. Je l'ai emmen� dans ce troquet qui fait le coin de la rue de l'Arbal�te o� j'aime bien prendre un petit-d�jeuner de temps en temps. Il y a des tables en bois cir� et des banquettes. Cette fois, nous avons d�jeun� l�, attendu longtemps que la serveuse, d�bord�e au-del� de ce qui est possible, toute seule qu�elle �tait pour une si vaste salle, veuille bien nous apporter notre blanquette et notre petit sal�, et discut� de choses et d�autres, surtout de femmes et d�amour, mais pas plus que d�habitude. Puis nous sommes descendus vers la place Saint M�dard au milieu des �boueurs qui rappliquent vers deux heures de l�apr�s midi pour redonner � la rue, en cette fin de march�, l�air pittoresque pour lequel les touristes ont pay� leur agence de voyage. Dans la rue Edouard Quenu, il y a la librairie � L�Arbre � Lettres � qui, je crois est une des meilleures de Paris (il faudra, un jour, que je fasse la liste, longue, des meilleures librairies du Quartier Latin qui ont fini, au fil du temps, par �tre remplac�es par des magasins de fringues, eux-m�mes encore plus vite remplac�s par d�autres magasins de fringues encore plus �ph�m�res). Nous sommes rentr�s � � l�Arbre � Lettres � et nous nous sommes promen�s � travers les rayons. Sur la table consacr�e aux nouveaut�s en sciences humaines, je suis tomb� sur le dernier num�ro de la revue � Che Vo� � qui, comme chacun sait, est dirig�e par le c�l�bre docteur A. D. Dans un premier mouvement, dont il n�y a aucune raison de se vanter, je me suis demand� ce que la revue dirig�e par ce personnage, � qui j'en voulais tellement, pouvait bien faire sur la table des nouveaut�s de ma meilleure librairie de Paris pr�f�r�e, puis dans un second mouvement, un peu plus r�fl�chi, j�ai constat� que la revue �tait consacr�e, en une forme d�hommage, � Jacques Hassoun, mort il y a peu. J�ai d�j� dit le r�le que Jacques Hassoun avait jou� pour moi et j�avais d�ailleurs, quelques mois auparavant, appris sa mort avec beaucoup de nostalgie sinon avec beaucoup de tristesse. Bref, je me suis saisi de la revue et j�ai commenc� � la feuilleter. Le premier article �tait sign� Francis H ! Bien s�r, la sc�ne se situe � peu pr�s vingt-cinq ans apr�s le d�but de mon analyse. Bien s�r, il �tait tout � fait pr�visible, connaissant les liens qui avaient uni Hassoun et H. que je tombasse sur un texte de lui, mais la puissance d��vocation, quasi-instantan�e, de cette �trange rencontre avec ce que j�avais tant craint pendant des ann�es et qui pourtant, cette fois, me laissait froid, me fit presque chanceler. J�appelais Franklin, qui tra�nait non loin dans le rayon peinture et lui montrai � Che Vo� � et l�article d�H. J�essayai de lui expliquer ce que, je consid�rai comme une sorte de victoire, encore que je n�avais parcouru l�article qu�en diagonale, rapidement et prudemment. Il fut poli et je crois qu�il ne comprit pas tr�s bien. Je r�solus donc d��crire les aventures de Lyse Ananas.


08 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, sixi�me �pisode

Francis H. habitait au cinq rue Ernest et Henri Roussel, deux grandes figures de la psychiatrie du d�but du XXe si�cle, dans le quartier des Peupliers, dans le treizi�me. L'entretien pr�liminaire eut lieu � peu pr�s six mois avant la premi�re s�ance. Je lui parlai psychiatrie et th��tre, amour et angoisses, Florence et Christine. Je me souviens par exemple qu'il me demanda comment j'avais eu connaissance de son pr�nom puisqu�il portait le m�me que le mien. Je lui r�pondis que c'�tait Jacques Hassoun lui-m�me qui me l'avait communiqu�, en m�me temps que son nom, son adresse et son num�ro de t�l�phone. Il en parut surpris. Il �tait d'accord pour me prendre sur son divan, � condition que je patiente quelques mois qu'une place se lib�re. Cela m'arrangeait particuli�rement car � ce moment-l� je pr�parais encore l'internat. Mais il m'engagea � voir d'autres analystes pour d'autres entretiens pr�liminaires, comme c'�tait l'usage. Je ne m'y r�solus jamais. Par peur d'avoir � choisir. Par peur d'avoir � juger. ? cette �poque, j'aurais voulu que l'analyse fonctionn�t comme l'�ducation nationale o� l�on ne choisissait pas son professeur, ou l'h�pital o� l�on ne choisissait pas son m�decin. Je d�cidai donc de m'en tenir � Francis Hofstein une fois pour toutes. Le premier serait le bon. J'avais d�cid� � l'avance que la fili�re Ligue Communiste-Jacques Hassoun �tait une garantie suffisante, ce qui m'�vitait d'avoir � faire des choix douloureux mais surtout de douter d'avoir fait le bon. Le c�t� fonci�rement lib�ral, contractuel de la pratique analytique ne convenait pas � mon genre de n�vrose, en quelque sorte. Mais je comprenais aussi vaguement que la fili�re dont j'ai parl� n'existait que dans ma t�te. Je r�solus de me voiler la face sur son �ventuelle r�alit�, qui se r�v�la finalement plus vraie que je ne l'avais imagin�e, mais, bien entendu, pas l� o� je l'avais imagin�e.

06 septembre 2003

Je pense �

Nicolas Philibert. Je suppose que ce nom vous dit quelque chose. C�est un cin�aste. Il fait de tr�s beaux films. Ce ne sont pas des films de fiction. Ce sont des documentaires, mais le mot est mal choisi, disons que ce sont des films de non-fiction, pour aller vite. Son dernier film, � Etre et Avoir � (ou l�inverse, peut �tre � peu importe -) a eu pas mal de succ�s. Je pense � Nicolas Philibert, parce que je viens de lire dans T�l�-Obs, le suppl�ment t�l� et cin�ma, comme son nom l�indique, du journal le � Nouvel Observateur � (que je ne lis jamais, mais que j�ai achet�, �tant de garde aujourd�hui, en pr�vision de meubler les temps morts par la lecture plut�t que de r�diger mes expertises en retard ou me planter devant la t�l� � vous allez tout savoir - avec � Pour la Science �, l� �dition fran�aise du � Scientific american � que j�ach�te de temps en temps, en revanche - le pr�f�rant � son rival fran�ais du CNRS, � La Recherche �, je ne sais pas pourquoi, il faudrait que je creuse la question un jour, mais �a n�a pas un grand int�r�t - et le � Elle Cuisine � du mois, enfin paru (lire "Elle � table " ou � CVF � (alias � Cuisine et vins de France � ) se suffit � soi m�me, plus besoin de faire la cuisine, ou d�aller dans les bons restaurants, on peut aller ingurgiter son macdo�, sa pizza Hut ou son assiette grecque quotidienne (c�est un peu comme les films ou les bouquins pornos, plus besoin de faire l�amour, ou alors simplement continuer � le faire avec son partenaire habituel, si vous voulez)), je viens donc de lire dans Tele-Obs que son film � La Ville Louvre � sur les coulisses du mus�e du m�me nom (que je n�ai pas vu , mais qui a eu, je crois, un bon succ�s d�estime) allait passer cette semaine � la t�l�. Je pense � Nicolas Philibert dont je viens donc de lire que le film � la Ville Louvre � allait passer � la t�l�, parce que je me suis souvenu d�un court m�trage (dans l��mission � Court Circuit � d�ARTE, je crois) qui lui �tait consacr�. On y voyait des extraits de plusieurs de ses films, � Etre et Avoir � sur les petits enfants de l��cole communale et leur instituteur, la � Ville Louvre � donc, consacr� aux coulisses du Louvre, avec tout le c�t� surr�aliste que cela peut avoir, d�autres films dont je ne souviens plus, et � La Moindre des Choses �, surtout � La Moindre des Choses �, qui est son film sur la clinique Laborde et ses habitants. � La moindre des Choses � est probablement le film qui m�a le plus �mu de ma vie (je cite ici, bien que cela n�ait pas un rapport �troit, Marie Depuss� qui a �crit sur Laborde (dans � Dieu g�t dans les d�tails �), pour vous donner une id�e : � A Laborde, je sentais qu�ils faisaient de la vie quotidienne une chance : que se r�p�tent les heures avec le plus de douceur, de d�licatesse possible, et que ces heures viennent � la rencontre d�hommes d�truits. Ils cherchaient � disjoindre, qu�on me pardonne cette simplicit�, la r�p�tition et la mort. Que les heures se r�p�tent, c�est une douceur pour les hommes perdus. Mais qu�elles ne meurent pas de se r�p�ter. Ou plut�t, qu�elles ne masquent pas la mort, qu�elles l�accueillent dans le respect des choses pr�caires, gestes, regards, marques de pas, grincement d�une porte, feuilles qui volent, la pluie, le soleil : l�inutile dans toute sa transcendance � ou encore � ..Et puis ce ch�teau avait un c�t� n�glig�. L�air de se foutre d��tre un ch�teau : il �tait un peu sale. Les rhododendrons du parc �taient des arbres sombres, immenses, jamais taill�s. Et dans cet abandon, la vie d��tres abandonn�s pouvait se faire une place, dans l�ombre de ces arbres, qui, invent�s par des jardiniers, �taient devenus immenses, insolents et sauvages. J�essaie de rassembler le faisceau d��vidences qui me fit poser mes bagages, dans la lumi�re de l��t�. Il y avait autre chose. Tout de suite les fous me repos�rent. Je sus qu�ils se battaient en premi�re ligne, pour moi. Pendant que je tra�nais ma m�lancolie � l�arri�re, je savais qu�il y en avait d�autres, au front. Ainsi Beckett �tait mon repr�sentant en premi�re ligne, lui et les clodos.� Si je cite aussi longuement Marie Depuss�, c�est que je ne peux pas mieux dire sur Laborde. Autrement il faut y aller. Ou voir � La moindre des choses � de Nicolas Philibert. Je pense � Nicolas Philibert et � son tr�s beau film sur Laborde, � La moindre des choses �, qui peut vous donner une id�e de ce que moi et quelques autres entendons par le mot � Psychiatrie �. Laborde est un momnument, pas seulement parce que c'est un chateau. Un des personnages du film, le personnage principal peut-�tre, qui n�est pas un acteur, �tait (est toujours ? (Lacan : � quand vous avez un patient psychotique, c�est pour la vie �.)) un de mes patients psychotiques, Herv�. C�est lui qui est sur l�affiche du film dans son costume de marquis, avec le quel nous avions eu un mal de chien et qui faisait encore, � l��poque o� le film avait �t� tourn�, des allers et retours entre la clinique des bords de Loire et notre CMP de la banlieue parisienne. Je pense donc � Nicolas Philibert et � Herv�. A cette �poque nous faisions aussi de fr�quents aller et retours entre notre banlieue o� r�sidaient les parent d�Herv� et le ch�teau des fous. Je me souviens d�un jour, tenez, o� contrairement aux autres jours o� il faisait mine de ne m�me pas remarquer notre existence, alors que nous avions fait des centaines de kilom�tres (mais c��tait toujours un plaisir de venir � Laborde) pour venir prendre de ses nouvelles et que nous nous promenions dans le parc avec l�adorable docteur B. en parlant de lui, nous l�avions crois� presque par hasard sur le chemin de la serre. Il avait eu, lui d�habitude si renfrogn�, eu un sourire radieux en nous apercevant et cette exclamation inoubliable : � Ah, bonjour docteur G ! Et comment vont mes m�dicaments ? � (�a ne lui est quasiment pas revenu une autre fois depuis.) Le docteur B nous parlait du tournage du film, de la mani�re qu�avait Herv� de ne pas y participer tout en y participant et des relations tout � fait particuli�res qu�il entretenait avec le r�alisateur (que je ne connaissais pas � l��poque) Nicolas Philibert. Puis j�ai un peu oubli� ce moment. J�ai vu � La moindre des choses � environ un an plus tard, � sa sortie dans les salles. J�en ai �t� �mu aux larmes. Et puis nous avions organis� une projection au th��tre de notre ville de banlieue o� Herv� �tait venu saluer � la fin, avec ses parents. Cela avait �t� encore plus �mouvant. Mais je n�avait toujours pas vu Nicolas Philibert. Je ne savais pas � quoi il ressemblait. J�imaginais vaguement un jeune et doux intello, peut-�tre, sans plus. Mais tout m�est tomb� dessus quand j�ai vu son visage pour la premi�re fois dans cette �mission de courts m�trages � Court Circuit �, il y a quelques mois, trois ans apr�s : J�ai vu Herv�. Nicolas Philibert et Herv� se ressemblaient comme deux gouttes d�eau. Pas seulement physiquement. Il y avait la voix, les gestes. Rien du jeune intello. Un personnage terrien. Ce visage concentr�, grave et franc. Je comprenais tout � coup la d�licatesse du docteur B, au sujet de leur relation quand nous promenions trois ans plus t�t dans le parc du ch�teau de Laborde. Et cette ressemblance incroyable, me fit enfin comprendre pourquoi � La moindre des choses � �tait un film si beau et combien Nicolas Philibert, que je voyais pour la premi�re fois (je ne l�ai jamais vu une autre fois, ni � la t�l� ni en r�alit�) �tait empli d�humanit�. Tout empli. ("La Ville Louvre" de Nicolas Philbert sur Plan�te le 9 sepembre 2003)

05 septembre 2003

Pens�e de la nuit N�39 " La derni�re fois que je suis all� � l'int�rieur d'une femme c'est quand j'ai visit� la statue de la Libert�" Woody Alen
Vous qui �tes un habitu� de CISCOBLOG, vous ne manquez, bien entendu, pas de consulter r�guli�rement la LCD (La Colonne de Droite, pour les petits nouveaux, bienvuenue � tous les petits nouveaux) et notamment les listes qui y sont plus ou moins r�guli�rement mises � jour. Le monde, en fait, est une liste, la m�moire est une liste, l'Histoire est une liste, l'art est une liste,CISCOBLOG est une liste. La liste est le fondement de la civilisation, la liste est l'ombilic de l'Univers...Bref, en voici donc une, et savoureuse ! (via echolaliste)
Copi� chez DEFINISTAIRE, o� il faut courir au moins une fois par semaine (publicit� toujours absolument gratuite) :

Chapelle : [ Nom F�minin] Femelle du chapeau. Le petit de la chapelle et du chapeau s'appelle chapelet et pr�sente, d�s sa naissance, les attributs de son esp�ce : paille, claque ou melon. On distingue �galement les chapeaux romans, massifs, des gothiques, plus �lev�s et ajour�s.

ex : Tirer son chapelet en t�moignage d'admiration.
Chapelet melon et bottes de cuir, titre d'une s�rie sur les cur�s qui vont aux putes.


petit essai : cliquez ici, pour voir. Ah, �a marche ! (via Meslubies) Et pendant que nous y sommes, regardez cette image , troublante, isnt'it ? (via Geisha Asobi)

04 septembre 2003

Pens�e, le jour

La "Pens�e, le jour" , qui sera toujours �crite le jour, ne sera pas l'inverse de la "Pens�e de la nuit", qui est toujours celle d'un autre. Elle ne sera pas la clart� oppos�e � l'obscurit�, par exemple, mais plut�t l'inverse des "je me souviens" : Il s'agira d'exprimer, le plus imm�diatement possible une �motion brute, et si possible � un moment o� je me trouve d�j� devant l'ordinateur. Elle proc�dera, elle aussi de "l'association d'id�e" de la m�moire, voire aussi du souvenir, mais sera plus li�e � l'imm�diat, � l'"actualit�", dans toutes ses acceptions. Cela ne sera pas "je me souviens de", mais je "pense �". On s'efforcera de coller aiu plus pr�s � l'�vocation, � l'image, aux mots, au quotidien. Le "je pense �" est un "je me souviens" sans la dimension collective. On s'efforcera de donner le point de d�part du "Je pense �" entre parenth�ses. Il n'y aura pas de liste des "je pense �". Il n'y aura pas de num�ro de "Pens�e, le jour"

Je pense �

Varlam Chalamov. Les r�cits de la Kolyma. Cette phrase que j'avais not�, lue dans un livre sur la "litt�rature concentrationnaire" dont je ne me souviens plus du titre : "Le gel, ce m�me gel qui changeait en gla�on le crachat avant qu'il ne touche terre, parvenait jusqu'� l'�me humaine". Et je pense aux enfants de l'Arbat d'anatoli Rybakov et � tous les "romans" de primo l�vi. Surtout "La Tr�ve" et "Maintenant ou Jamais" dont le h�ros se nommait Gedal, comme mon arri�re grand p�re. Je pense aussi � Robert Antelme et "La Douleur" de M. Duras. Je pense � tous ces livres (et encore � Imre Kertesz et Jorge Semprun). L'�criture ou la vie. Etre sans destin. (Compte rendu de la publication en version int�grale des "r�cits de la Kolyma" de Varlam Chalamov , Lib�ration du 4 septembre 2003)

03 septembre 2003

Les aventures de Lyse Ananas, cinqui�me �pisode

Je commen�ai donc une analyse en 1974. Comme je l'ai dit un jour pr�c�dent, entreprendre une analyse �tait pour moi une v�ritable question de survie. Mais � l'�poque, choisir son analyste �tait encore un choix politique : il n'�tait pas question pour moi de me faire soigner par quelqu'un de l'autre bord et surtout si ma survie en d�pendait. Il y avait d'un c�t� l'Institut psychanalytique (IPP) de Paris et l'Association Fran�aise de Psychanalyse (AFP), de droite, vendus, n'ayons pas peur des mots, � l'Association internationale de Psychanalyse (AIP), elle-m�me quasiment vendue au mandarinat, au grand capital et aux Am�ricains, et de l'autre c�t�, les bons, les Lacaniens de Lacan, de gauche, prol�tariens et anti-asilaires regroup�s � l'Ecole Freudienne de Paris (EFP) pour une grande partie d'entre eux et au Quatri�me Groupe, encore plus "gauchiste", plus autogestionnaire, pour une autre partie d'entre eux, plus petite. Il �tait hors de question pour moi, comme je l'ai dit, de me m�ler aux asilaires et aux Am�ricains et mon choix se porta tout "naturellement" vers les Lacaniens si possible politis�s. C'est pourquoi j'allai voir Jacques Hassoun qui passait pour "l'analyste de la Ligue", entendez Ligue Communiste R�volutionnaire (LCR) car � l'�poque m�me pour faire un bon r�volutionnaire il fallait aussi passer par une bonne remise en question personnelle. Il me re�ut dans son cabinet de la rue Claude Bernard, non loin du si�ge de l'Ecole Freudienne. C'�tait un homme assez petit, aux cheveux noirs coup�s courts et � la barbe sombre, ni freudienne, ni marxiste. Cet aspect contrastait avec la mode baba de l'�poque et encore plus curieusement contraste avec l'aspect tr�s patriarche qu'il eut � la fin de sa vie (il est mort peu avant l'an 2000). ? la v�rit�, je savais qu'il �tait surbook� et que sa liste d'attente �tait tr�s longue. Je ne tenais pas � ce qu'il me prenne pour patient, au contraire, je ne l�aurais pas support� comme analyste, c�l�bre comme il �tait. Je m'attendais simplement � ce qu'il m'indique le nom d'un confr�re plus obscur voire d'un �l�ve, mais dont je pouvais �tre s�r, et d'ailleurs je ne voulais surtout pas d'un analyste connu pour des raisons peu avouables que j'avouerai plus loin si j'en ai le courage. Il m'indiqua le nom de ce que je crus donc un �l�ve � lui, Francis H.
Pens�e de la nuit N� 38 : " Architectes de notre vie, le compas mental toujours pr�par�, dans le chaos �venementiel nous mesurons des distances, des points focaux. Nous tra�ons des courbes virtuelles, inachev�es mais calculalbles, soumises � une formule ind�cise et secr�te." Betty Rotjman, une improbable rencontre.

01 septembre 2003

je me souviens de Lefuneste. A vrai dire, quelqu'un d'autre vient de s'en souvenir avant moi. C'est Stéphane. Nous étions à table. D'habitude Stéphane se concentre sur la nourriture. Là, non. Il parlait. Stéphane parlait. Il parlait de poils qui dépassaient du nez, "comme Lefuneste". Je ne me souvenais plus que Lefuneste avait des poils qui dépassaient du nez. Stéphane, si. Peu de temps auparavant, debout sous la pluie, il venait de donner à boire aux termites. Pour donner à boire aux termites, c'est très simple : il suffit de se tenir debout sous la pluie battante et de tirer la langue. Les gouttes qui tombent sur la langue abreuvent les termites. Si on ne donne pas à boire aux termites, les poils poussent du nez, comme de celui de Lefuneste. C'était très important que les termites aient pu boire en pompant à l'intérieur de sa langue, parce que, nous explique Stéphane, on ne peut les désaltérer par aucun autre moyen, et avec toute cette canicule... Heureusement qu'il y avait eu cet orage, parce que les poils qui sortent du nez c'est signe que les termites ne vous tiennent plus, et quand "on est tenu par les termites" comme l'est Stéphane, c'est très important que les termites puissent boire pour continuer de le tenir (les termites "tiennent" l'édifice du corps de Stéphane exactement à l'inverse de ce qu'elle font des vieux meubles et des vielles charpentes, ce qui lui donne donc, par antithèse, la jeunesse et surtout la force éternelle.) Personne d'autre que les temites ne peut "tenir" Stéphane. Nous sommes d'ailleurs tous contents que les termites tiennent Stéphane. Elles nous aident beaucoup. Stéphane le sait. C'est une sorte de pacte avec nous. Parce que Stéphane pèse plus de cent kilos et mesure au moins un mètre quatre vingt dix, ce qui est la cause que, quand il n'est plus tenu par rien, il ne vaut mieux pas essayer de le tenir soi-même...En dehors de ses cent kilos et de son mètre quatre vingt dix, Stéphane a une voix douce et la poignée de main la plus franche que vous puissiez imaginer. Une poignée de main de Stéphane, c'est quelque chose. Je ne connais rien de plus franc que la poignée de main de Stéphane. Au championnat du monde des poignées de main elle aurait sans doute la médaille d'or, et de loin. C'est un vrai plaisir de serrer la main de Stéphane. Il vous offre sa large paluche. Vous la prenez en même temps qu'elle vous prend votre propre main, dans un mouvement que seul Stéphane sait rendre aussi harmonieux. Il vous "serre" la main au vrai sens du terme. Ce n'est pas une étreinte, il ne vous écrase pas la main, il ne la pétrit pas, il serre juste ce qu'il faut, ni trop fort ni pas assez, il empaume votre paume le temps qu'il faut et pas plus, avec un jeu des muscles du poignet, de l'avant bras, du bras et même de l'épaule qu'on peut dire parfait. C'est la poignée de main idéale. On n'ose pas y croire. en même temps il plonge loin dans votre regard le bleu confiant de ses yeux. Son sourire a beau être édenté, il illumine. Il va de soi que lorsque Stéphane est en colère , il ne vous serre pas la main. C'est la première chose qu'il ne fait pas, avant de vous insulter. Mais nous reparlerons un jour de Stéphane, sans doute.

28 août 2003

Les aventures de Lyse Ananas, quatri�me �pisode

Pavillon Bretagne, H�pital de B�cheville, Les Mureaux, avril 1973. Je me souviens de Laurence, Sylvie, Larbi, Pierre, Jean-Jacques, Ginette et Madame D. Je me souviens combien je me suis senti impuissant et d�sempar� face � leur folie. Combien de nuits blanches j'ai pass� � tenter de calmer l'un ou l'autre, � mettre de l'ordre dans un pavillon emport� dans la temp�te, � lutter contre une �quipe qui avait baiss� les bras depuis longtemps et plaisantait de mon acharnement juv�nile, et un m�decin chef r�fugi� la plupart du temps dans son logement de fonction, une infirmi�re dans son lit, ou bien � cultiver la Marijuana dans son jardin. Combien de nuits blanches j'ai essay�, au milieu de mon angoisse et de ma solitude, de me persuader que, non, je n'�tais pas si nul que �a, et qu'on pouvait r�unir d'autres conditions de soins que ce foutu bordel qu'on appelait encore un service de psychiatrie. Laurence avait une sp�cialit� : elle se suicidait � l'Aspirine. En dehors de �a, c'�tait une ado � peine plus difficile qu'une autre. Elle �tait hospitalis�e depuis au moins un an et faisait tourner tout le monde en bourrique. Je me souviens, cette ann�e-l�, avoir arpent� de long et en large la for�t de Becheville � sa recherche. Elle avait annonc� son suicide pour la vingti�me fois, au moins. Le probl�me �tait qu'il pouvait se passer un temps �minemment variable entre l'annonce et le passage � l'acte. Une solution aurait �t� de l'enfermer, ce qui avait d'ailleurs �t� tent�, mais quand on l' eut laiss� sortir, elle avait pris ses comprim�s pour lesquels elle avait une multitude de cachettes. Le plus souvent elle venait dire aux infirmi�res qu'elle avait ingurgit� les foutus comprim�s, avait droit aux urgences de l'h�pital g�n�ral et au lavage de l'estomac avant qu'elle puisse tomber dans le coma et cela repartait pour un tour. Mais aussi, et c'�tait beaucoup plus angoissant, elle disparaissait en l'ayant annonc� ou pas, et c'�tait le signe qu'il fallait la retrouver de toute urgence. La veille au soir, elle avait laiss� un mot sur son lit pas d�fait, � c�t� de trois tubes d'Aspirine vides : "je suis partie dans la for�t". Et nous �tions dans la for�t, un peu apr�s l'aube, � la chercher, avec les oiseaux qui chantaient � tue-t�te et le soleil printanier qui jouait dans les feuilles. On nous aurait pris pour des chercheurs de champignons. Il y en avait d'ailleurs une quantit� incroyable de champignons, vu que les promeneurs �taient tr�s rares dans la for�t de Becheville, � cause de la proximit� des fous. On l'a assez vite retrouv�e au pied d'un arbre, dans le coma. Cette fois l�, nous avons tous cru qu'elle avait gagn� son pari pervers, mais non, elle s'en tira comme les autres fois apr�s quinze jours de r�animation. Les champignons, c'�tait Sylvie M qui allait les manger tout crus dans la for�t, quand elle avait d�cid� d'en finir parce qu'on �tait trop m�chant avec elle. Elle avait � peine dix-sept ans, �tait haute comme trois pommes. Elle hurlait toute la journ�e, la bave aux l�vres, avec plus de voix du tout � la fin, passait des semaines sans dormir. Son m�decin, un des inf�mes dont j'ai parl� plus haut, et qui passait son temps � pratiquer (pas toujours sans succ�s) le harc�lement sexuel des jeunes infirmi�res, la bourrait de doses hallucinantes de neuroleptiques, sans aucun r�sultat. Il envisageait les �lectrochocs, mais comme nous n'avions pas de machine cela resta un v�u pieux, si je puis dire, et Sylvie M. continua son acc�s maniaque sans fin encore bien apr�s que j'eus r�ussi � quitter le service. Une nuit, au cours de ses d�ambulations, elle entra chez Chalou, qui ne fermait jamais sa porte, monta jusqu'� sa chambre et le surpris au lit avec la surveillante, information qu'elle s'empressa de divulguer le plus bruyamment possible � travers tous les pavillons d�s le lendemain. Le pire �tait que Chalou, dans sa relation singuli�re avec les patients, Sylvie M. comprise, se montrait d'une finesse, d'une attention et d'une humanit� sans �gale. J'ai presque honte � le dire, j'ai �norm�ment appris en assistant � ses entretiens et en le voyant faire avec les patients. Mais seulement, d�s qu'il avait � faire � l'institution, tout tournait mal : on aurait pu dire qu'il �tait "trop" gentil et que les "m�chants" de tous bords abusaient de lui, mais c'�tait beaucoup plus subtil, il y avait chez lui un c�t� d�sesp�r� et d�sabus� qui incitait les autres � le m�priser ou se jouer de sa confiance. Chalou �tait un h�ros tragique et les patients faisaient les frais de cette trag�die-l�. Ce sont des types comme Chalou, qui vous font longtemps h�siter � admettre la perversit� des hommes et finalement vous vous y r�signez. Je parlerai encore de Pierre qui a bien failli m'�trangler pour de bon, un jour o� il �tait rentr� pourtant pas plus ivre qu'un autre soir, de Larbi qui dealait le shit et ravitaillait tout le monde en alcool, y compris certains infirmiers, et sodomisait les vieilles d�mentes, dont Ginette, qui �puisait tout le monde par sa turbulence incessante, son refus de rester habill�e et l'exhibition de son anatomie d�labr�e, de Jean-Jacques qui en voulait � la terre enti�re de son enfance malheureuse et qui pensait que c'�tait � la psychiatrie de r�parer sa vie foutue en l'air, il �tait d'une exigence pas croyable et se faisait sadiser par les plus subtils, il s'�tait construit une cabane dans la for�t pour les fois o� on le virait et il venait se ravitailler la nuit dans la r�serve du service, et de Madame D. vieille m�lancolique �dent�e au regard mort qui se suicidait en essayant de se noyer dans la cuvette des cabinets, par exemple, qui n'y arrivait pas tout � fait mais presque et dont le rictus affreux me donne encore des cauchemars apr�s tout ce temps.
Pens�e de la nuit N�37 : "Pens�e de la nuit �crite le jour. Peut-on pour autant appeler cela une pens�e du jour ? Grave question, non ?..Euh, bah voil�." Francis Grossmann, Ciscoblog du 28 ao�t 2003
Pens�e de la nuit N� 36 : "Pierre Bonnard �tait obs�d� par l'id�e d'ach�vement. Il croyait qu'il �tait toujours possible d'am�ilorer une oeuvre, que chaque minute de travail suppl�mentaire prut offir � un tableau consid�r� comme termin� une chance nouvelle d'approcher la perfection. Aussi se laissait-il enfermer dans les mus�es o� ses toiles �taient enferm�es. Il demeurait � l'affut jusqu'� ce que le dernier gardien se soirt d�finitivement �loign� et sortait alors son atiirail de peinture, palette mioniature et pinceaux, pour ajouter ici ou l�, un e toucheclaire, retracer une courbe, modofier presqu'imperceptiblement la lumi�re... Une nuit, il alla m�me jusqu'� supprimer un personnage et nul ne s'en �mut." Antoine Billot, le Desarroi de l'Eleve Wittgenstein.

24 août 2003

Les aventures de Lyse Ananas, troisi�me �pisode.


Je commen�ai une analyse en 1973 ou 1974. Finalement, je pense que ce fut en 1974, pas en 1973. Je le sais parce que cela se concr�tisa le jour o� je r�ussis l'internat des h�pitaux psychiatriques, et ce fut en 1974. Cette date je m�en souviens, promotion 74. Mes nouvelles fonctions m'assuraient un revenu suffisant pour assumer la lourde charge financi�re qu'une analyse repr�sentait � l'�poque. Mais j'avais commenc� le processus c'est-�-dire la recherche de l'analyste, les entretiens pr�liminaires, bien avant, d�s la fin de l'ann�e 73, pendant mon stage en chirurgie, � L�opold Bellan. ? la rentr�e de L'an�e universitaire 73-74 je m'inscrivis donc en sp�cialit� de psychiatrie � la Salpetri�re et cherchai un poste de faisant fonction d'interne en psychiatrie. Lors de mon passage � Moisselles, j'avais rencontr� un m�decin chef d�une quarantaine d'ann�es, tout � fait soixante-huitard avec de grosses lunettes rondes de plastique et des cheveux longs cr�pus qui lui faisaient une t�te � l'afro, Pierrot lunaire un peu perdu dans la vie. C'�tait un grand ami de Roger Gentis, qui � l'�poque fr�quentait beaucoup la communaut� Moissellienne � cause de sa copine qui travaillait l�. Il s'�tait m�l� � la vie tr�pidante, accueillante et communautaire de cet asile en pleine transformation. Il s'appelait Chalou et s'�tait vite fait adopter par toute la bande. Il avait dragu� plut�t sans succ�s les copines et on le tenait pour un grand gentil farfelu. C'�tait un homme tout � fait original, d'une intelligence aigu�, quoiqu'un peu fou, ce qui se portait plut�t bien � l'�poque.. Par exemple, il �tait hom�opathe et faisait des recherches sur l'effet des tr�s faibles dilutions sur les sympt�mes de la psychose, ce qui, de toute fa�on, ne faisait pas de mal. ll avait �t� nomm�, un ou deux ans auparavant dans un des derniers h�pitaux psychiatriques village construits en Ile-de-France, aux Mureaux, dans la for�t de Becheville. Il avait besoin d'internes et fut ravi, au nom de note pass� commun r�cent, de m'embaucher dans son service. Mon ann�e de "faisant fonction" aux Mureaux me fit le plus grand bien : moi qui n'avais connu que le cocon de la psychoth�rapie institutionnelle en cr�ation, je fus confront� � la "vraie" psychiatrie, la plus courante, la plus tristement banale, la plus mal fichue. Cela me fit toucher du doigt combien les exp�riences comme celle de Moisselles �taient rares et pr�cieuses. ? Moisselles, par chance, j'�tais tomb� du premier coup sur ce qui correspondait � mon id�al, � Becheville j'appris ce que cette chance avait eu d'unique. Je passai une ann�e d'enfer � gal�rer dans un service � la d�rive comme un vaisseau sans capitaine, avec des cr�tins pr�tentieux pour coll�gues, qui n'attendaient que la fin de leur sp�cialit� pour prendre des parts dans des cliniques priv�es et se fichaient totalement des patients et des infirmiers. Plus anciens que moi, ils me prenaient de haut et, surtout, m�prisaient profond�ment Chalou, qui, il faut bien le dire, ne faisait rien pour arranger les choses et diriger son service comme il aurait d�. Entour� d'imb�ciles sexistes et d'infirmiers asilaires, perdu sur les nuages de son �sot�risme et d'un humanisme un peu cucul, il laissait son service � la merci du ca�dat, de la perversit� des patients les plus utilisateurs et de celle des infirmiers les plus sadiques. Il le laissait d�river vers la violence et l'arbitraire sous pr�texte d'un lib�ralisme qui confinait pour le coup � un manque d'autorit� quasi-criminel. Bien que B�cheville ressembl�t � un petit village au milieu d'une grande for�t, arch�type du lieu r�parateur et protecteur, nous nagions en plein univers concentrationnaire. Ce contraste, entre une nature v�ritablement accueillante et une pratique qui l'�tait si peu, un m�decin chef si humain en apparence et une �quipe si perverse en r�alit� ne faisait qu'ajouter au malaise qui me saisit rapidement et me fit regretter presque d'avoir choisi cette sp�cialit�.
Ne vous �tes vous jamais promen� sur une plage le nez par terre, � la recherche de bouts de verres verts (ou bleus, ou rouges) polis par la mer et qui ressemblaient � des perles rares, ou bien � celle de coquillages particuli�rement dignes de constituer les �l�ments d'un magnifique collier tahitien (je me souviens, des "grains de caf�" qu'on cherchait, un peu moins rares que les tr�fles � quatre feuilles dans les pr�s d'Heurtebise, sur la plage de Port Donant � belle-�le) ? Si bien s�r. Il y a des livres que je lis de cette mani�re, agr�ables comme une promenade sur une jolie plage, ils offrent parfois des merveilles pas si inattendues si on y fait bien attention. Je parle surtout des romans policiers, livres de plage par excellence. Ils rec�lent eux aussi leurs perles rares et leurs coquillages aux formes parfaites. Les auteurs de romans policiers adorent inventer des m�taphores : je viens d'en lire une qui me pla�t beaucoup dans un pav� de Clancy ("Rainbow six") :" le spectacle �tait aussi passionnant qu'une comp�tition de s�chage de peinture". Cela me donne donc l'd�e d'une nouvelle rubrique quio s'intitulera "Mes Taphores", tout simplement. Bonsoir, non. A cette heure : bon app�tit !
Il ya peu de temps encore BLOGGER, par lequel vous parviennent irr�gili�rement et intermeitemment ces pages, �tait une usine � gaz d'utilisation pour le mois malais�e. Voici que, depuis quelques semaines (ce qui n'est tr�s certainement pas �tranger au rachat dudit BLOGFGER par le gentil monstre mais monstre tout de m�me, GOOGLE), la pr�sentation du logiciel s'est consir�rablement �claircie, avec beaucoup de couleur grise tr�s smart, de grand espaces des boutons surdimensionn�s pour que m�me les plus mirauds puissent cliquer dessus, beaucoup moins de bugs, etc. Bref, une vraie merveille. Vous envoyer ces quelques lignes �tait d�j� un plaisir, voici que cela tourne au ravissement. Ce qui m'ennuie, c'est que les maladresses de l'ancienne version de BLOGGER, contre lesquelles je ne manquait jamais de pester, commencent � me manquer. BLOGGER avait un c�t� artisanal qui, une fois disparu laisse la place � la froideur de la nouvelle technologie. D�j�. D'ailleurs �a vous concerne assez peu puisque vous ne voyez aucune diff�rence. Voici donc o� je voulais en venir, au libell� de la nouvelle "Alternative" : entre un BLOGGER aetisanal qui bug(ue) tout le temps et un BLOGGER remast�ris� qui tourne comme le moteur d'une Ferrari je pr�f�re toujours le BLOGGER bu(gant)

21 août 2003

Les aventures de Lyse Ananas, deuxi�me �pisode

Donc, je commen�ai une analyse en 73 ou 74, puisque la d�fection de Florence avait redonn� le champ libre � ma vocation originaire. A l'�poque, et je constate avec une certaine incr�dulit� qu'il n'en est plus du tout de m�me aujourd'hui, tout futur psy qui se respectait se devait "d'entrer en analyse". C'�tait le compl�ment oblig� de toute formation s�rieuse. Ne pas suivre une analyse �tait hautement suspect de tendance asilaire. Ne pas s'allonger sur un divan aurait presque pu passer pour une faute professionnelle. Mais ce n'est pas seulement le conformisme qui me fit me jeter sur le divan. L'abandon de Florence avait ouvert (ou plut�t �largi) en moi une br�che par o� s'�coula un flot que je ne pus jamais arr�ter, m�me apr�s des ann�es d'analyse et qui continue m�me aujourd'hui de m'emporter. Je sus que l'analyse �tait pour moi une v�ritable n�cessit�, qu'il y allait de ma survie. Mais ce ne fut pas difficile : L'analyse �tait, dans ma relation aux autres, l'arbre qui me permettait de cacher la for�t de mon d�sarroi. Tout psy qui s'allonge fait d'une pierre deux coups : il se soigne et apprend � soigner. Je faisais alors comme les autres laissant simplement croire que le secondaire occupait la place du principal. Je surv�cus. Mais ce fut tout juste : quelques ann�es plus tard j'eus un terrible accident de la route dont je sortis miraculeusement sans une �gratignure. Moins d'un an apr�s je me faisais une grave fracture de la colonne vert�brale au ski qui aurait pu me laisser t�trapl�gique et dont l'absence totale de s�quelles tient, elle aussi du miracle. Je surv�cus, mais le sentiment d'avoir fr�l� la mort par deux fois fit d'elle un fant�me qui m'accompagne encore tous les jours et qui ne me l�chera jamais.

18 août 2003

Les aventures de Lyse Ananas, 1er Episode

J'ai commencé une analyse en 1973 ou 1974, au moment o? je me suis d?finitivement mis ? faire de la psychiatrie. Ce qui ne fut pas une d?cision facile ? prendre. Tr?s longtemps auparavant, quand j'?tais encore au lyc?e et que mon p?re me r?vait encore futur chirurgien ou pourfendeur de virus au CNRS, j'avais d?cid? tout banalement de devenir psychiatre apr?s une lecture r?v?latrice de "l'introduction ? la psychanalyse" de Freud et la prise de conscience d'un profond malaise interne qui suivit. Mais, pour mon p?re, il ?tait hors de question que son fils a?n? embrasse une autre carri?re que celle de Prix Nobel de m?decine potentiel (c'?tait d'ailleurs valable aussi pour son fils cadet, pour plus de s?ret?, comme l'histoire le montrera). L'image du "Grand docteur" et le respect plein de d?votion que mon p?re lui vouait fonctionnait pour ses enfants comme une injonction qu'il n'avait m?me pas besoin de formuler explicitement. J'ai bien essay? d'y r?sister, pas si mollement qu'on pourrait le croire, en passant par le th??tre (autre r?ve de mon p?re, soit dit en passant, j'y reviendrai) qui m'occupa des ann?es enti?res, et l'id?e, souffl?e par ma m?re, de l'enseignement du Fran?ais pour faire comme mes meilleurs amis de lyc?e, Alain F. et Fran?ois G. qui ?taient devenus kh?gneux et pr?paraient des concours prestigieux. Mais toutes les tentatives que je fis pour sortir de l'itin?raire paternel et programm? ?chou?rent et, si elles m'ont laiss? des regrets, ceux-ci ne furent jamais plus fort que le soulagement que me procura leur ?chec. Mon p?re nous avait toujours racont? que c'?tait la guerre qui avait g?ch? sa jeunesse et l'avait emp?ch? de r?aliser ses r?ves de promotion sociale. C'?tait une explication un peu rapide, mais qui justifiait les espoirs implicites qu'il pla?ait dans sa prog?niture. Notre t?che, notre but ?tait de r?aliser le r?ve bris? par l'Histoire : l?gende familiale suffisamment bien ficel?e pour nous avoir servi de sur-moi toutes ces ann?es d'adolescence et de passage ? l'?ge adulte. Pas question donc de nous d?rober ? ce destin hautement r?parateur, d'autant qu'en outre notre p?re ?tait (je dois dire : est toujours, sauf son respect) un v?ritable malade imaginaire. L'histoire fait penser ? celle de Moli?re, avec mon p?re dans le r?le d'Argante et ses deux fils en alternance dans celui de Diafoirus, r?le encore bien plus intenable puisque nous sommes deux fils et que, dans la pi?ce, il est seul et son futur gendre. Incapable de r?soudre la contradiction principale, comme disait le Pr?sident Mao, je m'?tais donc r?sign? ? me lancer bravement dans les ?tudes de m?decine afin d'inviter un jour mon p?re ? une belle s?ance de dissection. Mais survinrent les ?v?nements de Mai 68 qui ? la fois me sauv?rent et compliqu?rent tout. Gr?ce ? Marx, Freud, Marcuse, Barthes et Michel Foucault r?unis, la folie surgit au-devant d'une sc?ne qu'elle put occuper par la suite quinze petites mais glorieuses ann?es. La folie et donc la psychiatrie, ce qui n'est loin de l? pas la m?me chose, mais le romantisme de l'?poque refusa de faire la diff?rence. Les asiles de banlieue et les h?pitaux psychiatriques de la ceinture rouge devinrent de nouvelles terres vierges et le creuset de vies communautaires in?dites. Ce n'est pas que mon p?re change?t d'avis, car il ne suivait pas l'actualit? intellectuelle, et j'ai d?j? dit que son injonction n'?tait pas explicite, mais la force de celle-ci faiblit en moi-m?me sous les feux d'une nouveaut? qui rejoignaient mes anciens r?ves. Je fis donc toute l'ann?e 1971 un stage d'externat enthousiasmant ? Moisselles et m'inscrivis en psycho, ? Censier, le soir, parall?lement ? la m?decine (et au th??tre, les autres soirs) pour l'ann?e universitaire 71-72. J'y rejoignais ma vielle copine Agn?s S. et bon nombre de condisciples futurs m?decins (Jacques P., Dominique P.). J'y rencontrai Florence D., ?tudiante en psycho pure psychologue, qui devint ma petite amie. Florence ?tait ravissante, f?ministe et exigeante. J'en ?tais passionn?ment amoureux. Je l'emmenai dans ma troupe de th??tre et elle m'emmena chez son p?re, ?diteur chez qui, un soir, je rencontrai Noam Chomsky en personne. C'?tait aussi un ami de Fran?ois Furet, d'Hector de Gallard et Philippe Vianney. C'?tait un homme extr?mement s?duisant, tr?s intelligent, qui avait ?t? correspondant de guerre en Cor?e et au Vietnam, avait eu d'importantes fonctions ? l'Agence France-Presse, ?tait une v?ritable b?te de travail, avait ?crit plusieurs romans et donnait un ?norme fil ?dipien ? retordre ? ses deux filles, dont ma psychologue bien aim?e. Mais au fond, je ne savais plus de qui j'?tais tomb? amoureux de la fille ou du p?re. Peut-?tre bien du p?re, ? la v?rit?. La fille en tout cas, ? juste titre ou non, me le fit payer : Elle d?clara qu'il me fallait choisir entre elle et la psychiatrie, qu'il lui ?tait insupportable de partager sa vie et sa couche avec un futur patron potentiel ; je n'avais, si je voulais la garder, qu'? retourner ? la m?decine, voire ? la chirurgie que je n'aurais jamais d? quitter. Le plus extraordinaire est que j'obtemp?rai ? cette extravagante exigence, soit par amour, soit par romantisme, soit par soumission soit par les trois ? la fois. En m?me temps, et sans le savoir vraiment, Florence avait pass? une alliance avec l'injonction paternelle qui s??tait trouv?e toute surprise de ce renfort inattendu. Je d?cidai donc que je n'?tais plus s?r de ma vocation et tentai de me persuader ? nouveau que j'?tais fait pour les blocs op?ratoires et les salles d'urgence. J'ai oubli? les asiles accueillants, boss? comme un fou pendant un an l'internat de m?decine et l'ai rat? avec une note ?liminatoire en chirurgie.. Il avait fallu, et finalement Florence n'avait ?t?, en cette mati?re, qu'une sorte de r?v?lateur, que je me mette ? l'?preuve en passant et ratant l'internat de Paris, pour me convaincre d?finitivement que la direction de la psychiatrie ?tait bien la bonne ou tout du moins la seule possible. En m?me temps Florence me quittait pour son m?decin chef de l'?poque (Michel M, avec qui elle a une relation plus qu'orageuse, je peux le dire, il y a prescription apr?s toutes ces ann?es, mais je ne citerai pas son nom en entier, tout de m?me, et envers qui je garde une vieille rancune, il vient de prendre sa retraite) ce qui prouvait que son argumentation f?ministe ?tait pour le moins fallacieuse. C'?tait l'?poque de mon "stage intern?" (puisque j'avais rat? l'internat et qu'il fallait bien conclure les ?tudes) ? la consultation bond?e de chirurgie de l'h?pital L?opold Bellan, dans le quatorzi?me arrondissement, o? j'ai pass? une ann?e p?nible avec sa salle de garde insupportable et des nuits pass?es ? tenir les ?carteurs pour les chefs de clinique lors des op?rations de d?torsion des testicules ou de d?s?tranglements de hernies. Mais je faisais aussi des vaccinations ? la cha?ne et de la petite chirurgie : j'ai recousu des fronts, des cuirs chevelus, des doigts, j'ai incis? des abc?s, refait des pansements et retir?s des fils pos?s sur des arcades sourcili?res ?clat?es, des doigts coup?s.

11 août 2003

un petit tour par ici, en flash, via Meslubies, (connexion rapide souhaitable, mais on peut faire sans), c'est mignon, bien fait et certainement plein d'avenir, � voir pour essayer de comprendre jusqu'o� nous m�nera internet (il y a bien bien pire, et l�, je ne vous y emm�ne pas...) merci qui ?
Me voici, en ces jours caniculaires (il faut bien laisser quelques rep�res temporels aux futurs cyber-arch�ologues) d�finitivement revenu devant mon ordinateur (je n'ose �crire mais je le fais quand m�me : "fid�le au post" (oui, sans "e", les initi�s comprendront)) pour la

Pens�e de la nuit N� 35 : "C'est un pur hasard. L'une de ces myst�rieuses coincidences dans lesquelles on voudrait voir du sens l� o�, tout simplement , il n'est que circonstance. "C'aurait �t� le quinze ao�t, �a nous aurait fait exactement le m�me effet. Ou le dix-huit juin, tiens." assure aussi Jean Pierre Rives. Le premier capitaine fran�ais � l'avoir "fait". Encore faut-il s'entendre sur le "18 juin" dont on parle. Celui de 1940 ? o�, de Londres un g�n�ral quasi inconnu appella une nation � la rebellion ou celui de 1815 quand � Waterloo un despote illumin� en bout de course souffla de ses derniers canons le peu qu'il restait d'�clair� au pays des lumi�res" Patrick Lemoine, L'"Equipe" du 8 a�ut 2003

31 juillet 2003

Pens�e de la nuit N� 34 : "La vache est un animal qui a environ quatre pattes qui descendent jusqu'� terre" Jacques Roubaud, les animaux de tout le monde (via "notules dominicales", enfin, � peu pr�s...)
Un petit tour, ce soir, dans la vall�e de mes liens (la LCD, pour les intimes, mais on peut la re-baptiser la LVML si vous voulez). D�cid�ment j'aime beaucoup days of my life : je vous en ram�ne deux l�gendes de photomontages nostalgiques (cliquez pour voir les images, l'�tat de ma connexion ne me permet pas encore d'�diter des images. Patience, patience dans l'azur, etc.) Voici la premi�re, dont, tout compte fait, je ferais bien ma devise : Three o'clock il the morning is always too late or too early for anything you want to do et la seconde qui ne d�parerait pas non plus le tablier de ma chemin�e : And earth changes from pain to pain ; et �a aussi, en flash, via la toujours charmante Mes Lubies qui broie un peu de noir en ce moment, enfin, je trouve, un peu, ce que j'en dis, hein... Bonsoir

29 juillet 2003

Pi�ge � Francis Grossmann

J'ai re�u ce mail de mon ami Franklin concernant l'affaire Francis Grossmann. Je trouve la manoeuvre assez astucieuse :



De : franklin millner


A : francis.grossmann@wanadoo.fr


Copie :


Priorit� : Ce message a �t� envoy� avec une priorit� normale
Objet : francis grossmann
Re�u le : 10/06/03 20:30

Fichier(s) joint(s) :

Mon cher Francis,
Je crois que tu te goures sur ton alter ego le Grossmann Francis de Grenob le. Toi, avec ta formation, penser qu'il y a de l'inadvertance, du hasard dans ses embrouillages d'adresses... tu me sid�res.
On ne va pas lui dire que c'est un lapsus : il est linguiste. Mais c'est bel et bien un acte manqu� et il peut avoir plusieurs sens.
Apr�s votre premi�re rencontre fortuite nous savons qu'il est venu sur ton site et t'a fait des remarques humoristiques qui fleuraient le compliment.
Mais si toi - le seul, le vrai � mes yeux - toi, qui fut f�ru de liguistique, qui �tudia, j'en suis t�moin pour l'avoir fait conjointement, Saussure, Jakobson, Benveniste, homsky, Ducros et bien d'autres, toi tu ne semble plus pr�ter beaucoup d'attention aux d�veloppements r�cents de cette discipline, LUI, l'autre, le double qui m�ne double jeu, n'a jamais cess� d'aller sur ton site dont tu t'�tonnais de la fr�quentation duquel.
Il voudrait �tre aussi toi, �� c'est s�r par moment il se croit toi, il est chez lui chez toi...D'o� le courrier de ce curieux bonhomme qui s'�crit � lui m�me de peur de s'oublier.
Cette th�orie est tr�s facile � v�rifier: si tu publies ma lettre et qu'il y r�pond ce sera la preuve qu'il squatte ton site, et s'il n'y r�pond pas ce sera une preuve plus flagrante encore de sa maligne duplicit�!

Voil� une modeste contribution � la r�solution de tes insomnies, prochainement j'irai recompter les tours de Vigneux,
bien � toi, Franklin








28 juillet 2003

Georgie, le cousin germain de ma m�re, est vraiment un dr�le de type. Avec ses cheveux longs un peu sales, ramen�s en queue de cheval, il ressemble � un baba attard�. Il a tout de m�me soixante quatorze ans. Dans les rue de Manhattan, avec ses sacs en plastique au bout des bras, sa parka verd�tre us�e jusqu'� la corde, on se demande s'il n'est pas un de ces sans abris en passe de perdre toute dignit�. Tr�s franchement, on pourrait le prendre pour un clochard. Mais c'est un genre qu'il se donne. Il cultive le c�t� "savant cosinus" avec beaucoup de bonheur, si on peut dire. A tel point qu'il en oublie de changer de v�tements ou de se laver les cheveux... Mais on peut aussi le voir en veste � larges carreaux orange avec un n�ud papillon de clown, son costume de professeur de magie, ce qui, soit dit en passant, ne surprend personne dans les rues de Manhattan. car en plus d'�tre un math�maticien de haut niveau, le cousin Georges est un magicien respect�. C'est qu'il "enseigne m�me" la magie, et parfois, on peut le voir se h�ter vers son �cole de magie press� comme le lapin d'Alice. C'est un dr�le de type, Georgie, vraiment. Manhattan n'a aucun secret pour lui, il arpente la ville � longueur de journ�es pour trouver toutes sortes d'objets insolites. Un jour, il nous a entra�n�s dans une v�ritable odyss�e � la recherche d'un passe-lacet que nous avons fini par trouver dans une mercerie chinoise compl�tement improbable d�Houston street. Je vous jure que �a vous fait voir Manhattan sous un jour autrement plus int�ressant que touristique. Il insiste toujours pour nous faire marcher des miles en direction des quatre points cardinaux pour trouver l'Objet rare, c�est-�-dire le moins cher de la ville. Il est capable d'une �nergie incroyable pour �conomiser quelques cents (au risque d'en d�penser cent fois plus en transport en commun). Pour lui, on dirait que New York reste cette jungle des ann�es trente, o� il fallait �tre sinon le plus fort, au moins le plus d�brouillard pour survivre et il ne voudrait pour rien au monde manquer � sa r�putation de grand malin. Car, derri�re sa modestie ostentatoire (y compris vestimentaire comme je l'ai dit) c'est un incorrigible orgueilleux. C'est cet orgueil qui l'a emp�ch� d'acc�der au statut de math�maticien c�l�bre auquel ses dons lui promettaient de parvenir. Bien qu'il ait enseign� dans plusieurs universit�s prestigieuses, qu'il ait fait sa th�se de Doctorat avec Louis de Broglie lui-m�me, qu'il ait c�toy� les plus grands, par exemple Richard Feynman, Beno�t Mandelbrot et son p�re, Grothendieck, le petit jeunot, le bourbakiste dissident, (mais celui l�, il ne faut pas lui en parler, il tient pour un mauvais, allez savoir pourquoi), en Californie, Lebedev le russe (qui claquait des talons quand il se pr�sentait) Meyer ou Weill (son homonyme) � Columbia et quelques autres � Princeton dont Albert Einstein soi-m�me, il n�est jamais parvenu � la v�ritable gloire. Il a beau dire, il en garde une certaine aigreur. Le r�cit de sa rencontre avec Einstein est d�ailleurs � l�image du personnage. Cela se passe sur le campus de la c�l�bre universit� de Berkeley, en Californie, o�, tout jeune docteur et brillant physicien fran�ais, il vient de d�barquer. Nous sommes en 1956 tr�s exactement. Nous sommes aussi tr�s exactement � l�int�rieur de la caf�t�ria du campus, et il y p�n�tre � la suite d�un cours, accompagn� de je ne sais plus quel coll�gue un peu plus �g� que lui, et qui, pour l�heure lui sert de guide et lui montre les lieux. Il y a des tables, avec des �tudiants bruyants, et, au fond, une longue paillasse donnant directement sur la cuisine am�ricaine, comme de juste, avec des tabourets, sur deux desquels il aper�oit, et il en frissonne encore en le racontant, le g�nial chevelu prix Nobel, ses c�l�bres sandales aux pieds, en compagnie de sa deuxi�me �pouse, qui prend son d�jeuner l�, par hasard. Son coll�gue, le plante l� et va saluer famili�rement le grand homme qui lui montre un tabouret vide et l�invite � s�asseoir. Lui, il reste p�trifi� de respect au fond de la caf�t�ria et n'ose se m�ler � la compagnie. C�est tout. Voil� � quoi se r�sume les relations de mon cousin Georges et d'Albert Einstein. C�est une non-rencontre. Il prend beaucoup de plaisir � nous raconter son insignifiance. Il savoure aussi notre d�ception, comme on le ferait � l'�nonc� de certains r�sultats math�matiques inattendus et myst�rieux, incontestablement justes mais d�concertants, �tranges. D'autant que la chute de l'histoire nous fait basculer dans le pur fantastique : Georges est certain que la sc�ne se passe en 1956, ann�e o� il posa le pied en Californie, il est certain aussi de la r�alit� incontestable de la sc�ne, banale somme toute. Il ajoute, en forme de coup de th��tre final, que ce qui est certain aussi, et v�rifi� par la Grande Histoire, c'est que Albert Einstein est mort en 1955. Georges n'a donc pas pu rencontrer Albert Einstein dans la r�alit�, et pourtant la banalit� m�me du souvenir atteste de sa vivacit� et sa permanence. Myst�re, myst�re. Fausse reconnaissance, due au d�sir exacerb� de la rencontre ? Ou bien, pourquoi pas, rencontre r�elle avec un ectoplasme, dans une exp�rience surnaturelle ? Entre la simple m�prise et l'hallucination, entre la r�miniscence et la r�incarnation, depuis tout ce temps, mon cousin Georges ne s'est encore pas r�solu � d�cider. Je le vois encore, enfonc� dans son canap� du 625 Main Street, Roosevelt Island, New York New York, les yeux clos lev�s vers le plafond, et une moue dubitative sur les l�vres. Peut-�tre que les grands scientifiques ("grands" comme on dit "grands malades") ne s'acharnent � comprendre la "r�alit� cach�e" du monde que pour �chapper � la grande angoisse qu'ils ont de le d�couvrir essentiellement surnaturel.

25 juillet 2003

Courte histoire de Patricia


On doit � la po�sie urbaine de dire qu'une ville o� se trouve une rue qui porte le nom du Pr� de la Montagne du Cr�ve C�ur ne peut �tre consid�r�e comme un v�ritable trou. La rue du Pr� de La Montagne du Cr�ve C�ur se trouve � Montgeron, dans l'Essonne, o� il n'y a ni pr� ni montagne. Elle se fraye un chemin incertain � travers le fouillis de la zone, bord�e de bicoques mal align�es. Avec ses trottoirs �troits recouverts toute l'ann�e de la boue ramen�e des terre-pleins pel�s des cit�s voisines, elle h�siterait � se donner elle-m�me le nom de rue. C'est pourtant l� qu'habite Patricia, dans le petit pavillon que lui loue pas trop cher son m�decin g�n�raliste. Il lui en a fait la proposition au moment o� �a ne pouvait plus continuer comme �a avec Alain il y a dix-huit mois et o� ils s'�taient s�par�s. Quand le m�decin vient voir comment va sa maison, il en profite pour prendre des nouvelles de ses locataires, et quand il vient pour la bronchite du petit, Patricia lui demande en m�me temps de faire quelque chose pour le chauffe-eau ou la fen�tre qui ferme mal. Le m�decin est un brave homme. Il s'acquitte sans fa�on � la fois de ses obligations professionnelles et de ses devoirs de propri�taire. On peut dire qu'il aide beaucoup Patricia. Elle travaille dans une usine de sacs en plastique, � Epinay-sur-seine, de l'autre c�t� de Paris. Coup de chance, elle n'a pas � changer de RER. Le soir elle s'occupe de ses trois enfants. L'a�n�, Christopher a quatorze ans. Il marche bien � l'�cole. C'est un peu le papa maintenant. C'est lui qui met de l'ordre quand K�vin et S�bastien se chamaillent. Christopher et K�vin ont le m�me p�re, mais pas S�bastien, son p�re � lui, c'est Alain. Patricia s'est s�par�e du p�re des deux grands, R�mi, il y a huit ans. Il avait �t� routier, s'�tait fait virer, avait mal tourn�, avait tra�n� un peu, mais surtout s'�tait mis � la battre, par jalousie ou pour rien, quand �a le prenait. C'�tait un violent. Elle avait d� le quitter. Mais, curieusement ils sont toujours rest�s en bons termes, il n'a pas refait sa vie, comme �a il n'a plus personne � battre et il s'en trouve bien. Il travaille, il est de nouveau routier. Il voit ses enfants r�guli�rement. Il n'a jamais bu une goutte d'alcool. Apr�s, elle a rencontr� Alain et S�bastien est n�. Il buvait d�j�, Alain. C'�tait l� le probl�me. Alain s'est suicid� il y a trois semaines. Il s'est jet� sous le train � la gare de Brunoy. Le soir m�me, il lui avait demand� encore une fois de reprendre la vie commune. Cette fois l�, elle avait refus�, suffisamment fermement pour le d�sesp�rer. Et il s'�tait jet� sous le train. Depuis, la vie qui d�j� n'�tait pas dr�le tous les jours est devenue un mauvais r�ve. Souvent d�j� elle avait l'impression d'�tre automatique, mais l�, tout s'�tait carr�ment d�r�gl�. Les courses, elle les faisait une fois sur deux, au lieu d'acheter des yaourts elle achetait du mauvais whisky, la vaisselle, elle ne la faisait plus, le linge sale s'accumulait et ainsi de suite. D�j� elle dormait mal, mais maintenant elle ne pouvait m�me plus se coucher. Les enfants ne la reconnaissent plus. Les deux plus jeunes, avec l'insouciance de leur �ge, retournent � leurs chahuts, mais Christopher s'inqui�te et elle ne peut pas le rassurer. Et puis elle s'est mise � boire, pas beaucoup mais suffisamment pour que tout le monde puisse le voir. Jamais elle n'avait bu auparavant. Elle fait �a pour se calmer le soir, un verre ou deux de Whisky. Bien s�r, elle ne supporte pas l'alcool, alors si elle d�passe trois verres elle ne sait plus ce qu'elle fait ni ce qu'elle dit et elle en dit des mots, des mots qui donnent envie � ses amis d'appeler le m�decin ou de l'emmener � l'h�pital, tellement elle leur fait peur. Et puis, la nuit, quand elle ne dort pas, elle voit Alain au pied du lit et elle l'entend parler. Il lui redit ses derniers mots, il lui demande de le reprendre, il lui jure qu'il ne reboira plus jamais. D�s qu'elle allume la lumi�re il dispara�t. Une fois elle a cru qu'elle n'arriverait pas � allumer, elle �tait comme paralys�e. Elle sait bien qu'il n'est pas vivant, elle doit �tre tellement fatigu�e qu'elle s'endort sans s'en rendre compte et se met � r�ver qu'elle est dans son lit, seule. Et alors il vient. En ce moment elle va le voir tous les jours au cimeti�re, la plupart du temps avec S�bastien, c'est lui qui insiste pour porter une fleur � papa, c'est lui qui veut, mais elle ne refuse pas, elle se laisse entra�ner. Elle y va aussi seule quand elle est trop triste et que le manque de lui et la culpabilit� l'oppressent trop. Elle lui parle, elle lui raconte sa journ�e ou autre chose, � haute voix, comme s'il pouvait l'entendre. Elle peut rester des heures, une apr�s-midi. C'est b�te, mais �a lui fait du bien. Il ne lui manque pas seulement parce qu'il est mort mais surtout parce qu'elle l'aime encore et qu'elle ne le reverra plus jamais. Elle n'arr�te pas de se r�p�ter, jusqu'� se d�chirer de souffrance, que si elle avait su l'accueillir l'autre soir, il serait l� avec elle et pas dans cette urne scell�e dans le mur du cimeti�re. Parfois elle n'est plus elle-m�me que cette unique pens�e. Elle se sent la t�te bouff�e comme par un monstre. ? ce moment-l� la douleur est si insupportable qu'elle pourrait en finir et le rejoindre. M�me la pens�e des enfants ne peut pas combattre �a. D'ailleurs, en ce moment ils se chamaillent tout le temps ou bien ils chahutent en ricanant, ils �vacuent comme ils peuvent, elle n'en peut plus de les entendre. Le soir, ils sont couch�s et elle se retrouve seule, plus rien ne la d�tourne du chagrin, m�me la t�l� elle ne peut pas la regarder.

24 juillet 2003

Je me souviens de notre premier poste � transistors. On pouvait le transporter partout o� on allait. Cela n'�tait pas rien.

21 juillet 2003

Pens�e de la nuit N� 33 : "Non que j'ai oubli� Hanna. Mais au bout d'un certain temps, mon souvenir d'elle cessa de m'accompagner. Elle resta en arri�re comme une ville quand le train repart. Elle est l�, quelque part derri�re vous, on pourrait s'y rendre, et s'assurer qu'elle existe bien. Mais pourquoi ferait-on cela ? " Bernard Schlink, le Liseur.

19 juillet 2003

Coucou ! je profite de mon passage sur un ordinateur d'emprunt pour vous donner de mes nouvelles. Moi, globalement �a va. Mais, pour tout dire, le d�m�nagement n'a pas du tout r�ussi � l'ordinateur ni � la connection internet! J'en suis encore � me gratter le cr�ne pour savoir comment tout arranger. Mais, surtout ne vous d�couragez pas, CISCOBLOG sera bient�t de retour, encore plus beau et encore plus int�ressant!