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27 février 2007

Vieux lieux pieux (...), 4


La façade du 89 est la dernière à respecter les deux lignes parallèles de balcons qui courent depuis deux cents mètres. La porte cochère est particulièrement grande, mais sans beauté. Une plaque indique qu’on peut consulter le docteur Marie France Boucheron, gynécologue, seulement sur rendez-vous. Tout le rez de chaussée est occupé par une boutique de France Télécom qui a remplacé il y a environ quinze ans un grand marchand de Hi Fi, d’instruments de musiques qui a lui même remplacé un marchand de pianos qui s'appelait les "Pianos Pasdeloup". Il y avait un rayon batteries, et un rayon guitares électriques. On pouvait acheter des disques et des partitions. Il y avait des vendeurs spécialisés qui étaient probablement rémunérés à la commission. La vitrine de France Télécom expose maintenant les dernières merveilles des télécommunications et vante les avantages des abonnements à son réseau. J’y ai vu défiler tous les modèles de minitel, de téléphones filaires puis de téléphones sans fils. Vous souvenez-vous, par exemple du Be-bop des années 80 ? La façade du 91 est moderne et laide : tout est plat, tout est droit, juste fonctionnel, il n’y a plus de balcon. C’est toujours France Télécom qui en occupe le rez de chaussée, et probablement les étages, aussi. De ce côté ci, la société abrite un cyber café, au nom pas très malin, le « Mulot Futé », qui est dessiné sur la vitrine opaque : il a une queue en forme d’arobase et un corps en forme d’esperluette, pour qu’on ne se trompe pas. Je me souviens, là, à ce moment, de mon père dans ses quatre-vingt un ou quatre-vingt-deux ans qui avait voulu voir à quoi ressemblait Internet, lui qui dans sa prime jeunesse avait été initié par son oncle, au maniement délicat des postes à galènes. Je l’avais alors accompagné au tout nouveau Cyber café « Orbital » qui est bien plus agréable que le « Mulot Futé » qui n’existait d’ailleurs pas à cette époque, et nous avions joyeusement surfé pendant l’heure à soixante francs. Je me souviens de son émerveillement et de son incapacité absolue à manier la souris qui peut se comparer à l’incapacité souvent définitive, chez certaines personnes, à manier, par exemple, les baguettes au restaurant chinois ou monter sur des patins à roulette. Il y a des maladresses qui ne son pas physiques, mais culturelles : le geste du « double clic » est probablement à jamais inaccessible à une très grande partie de l’ancienne génération , et ainsi le cyber monde, mais peut-être ne perd-t-elle pas grand chose. Pour en revenir au Boul’mich, la prochaine façade, celle du 93, relève très nettement le niveau. C’est un très bel immeuble Art Nouveau, assez simple, tout blanc, avec des bow windows triangulaires. La porte d'entrée, monumentale, flanquée de deux imposants lampadaires, est un magnifique ouvrage de fer forgé. Des lettres mêlées aux élégantes volutes de métal, forment les mots : "foyer international" et "student hostel", révélant la destination de l'immeuble. Mais cette porte est une porte d'apparat, je n'ai jamais vu le moindre étudiant la franchir. La vraie porte d'entrée est une porte latérale, bien plus petite, avec un judas qui la fait ressembler à une porte de boîte de nuit. Entrée des artistes. C'est le premier immeuble de la série qui porte une signature : celle de Charly Knight, architecte DPLG.

17 février 2007

Don't panic !

Non, Ciscoblog ne devient pas un blog politique. Ce qui suit est un simple test dont je vous rendrai compte dès mon retour de vacances, la semaine prochaine ! Bon vent à tous !

La ségolène de la Royal à francois Sarkhozi Bayrou que Nicolas

15 février 2007




Une petite video désopilante en direct du douzième siecle. Plus d'un s'y retrouveront. L'histoire ne se repète pas, elle bégaie ... (en version originale norvegienne sous-titrée anglais mais ça n'a aucune importance, on comprend sans la traduction) (via transnet)

09 février 2007

Pensée de la nuit N° 114 : "Il faudrait inventer l'herbe en viande pour faire brouter les lions" Jean Marie Gourio, l'intégrale des brèves de comptoir

06 février 2007



Comment pousser les bords du monde. Je suis tombé hier après midi, sur le premier épisosde de la vie de Bob Dylan racontée par François Bon. C'est simple, fort, romanesque en diable, complètement dans le mythe. Il y en a à peu près pour 15 jours. C'est entre 15 heures 40 et 16 heures sur France Cul, une heure parfaite pour les retraités (Dylan a 65 ans) mais peu propice aux travailleurs. J'ai pourtant de la chance : C'est à peu près l'heure de ma migration de l'hôpital au CMP ( vingt bornes). Sûr que je vais me caler sur ces horaires pendant les quinzes prochains jours ! Si, contrairement à moi, votre travail ne vous permet pas d'écouter cette pure pièce de nostalgie, vous pouvez toujours vous rattraper en cliquant ici.

05 février 2007

Vieux lieux pieux (...), 3


Juste avant la porte cochère du 83, donc à sa gauche quand on remonte le boulevard Saint Michel et qu'on fait face aux immeubles il y a la boutique « OYYO » aux vitres fumées et au design démodé. Elle appartient de toute évidence au « Club Méditerranée » puisque sou l’enseigne on peut lire en grosses lettres blanches : « Made in Club Med ». Une inscription agressive et racoleuse proclame « si tu dors t’es mort » et barre en biais toute la vitrine et le haut de la porte d’entrée de la boutique faite du même verre fumé. Ça joue la carte jeune et doit être fait pour faire rêver mais on n’a plutôt pas envie de se réveiller. Juste à gauche de la porte cochère, assez ouvragée, des plaques : l’une annonce le docteur Dody Bensaïd Méjean, Gynécologie – psychosomatique, fond cour esc. C, 1er ét. G ; les autres précisent que par deux fois les sociétés « connaissance et communication » et « connaissance et mémoire » se trouvent au fond de la cour à droite mais il y a un code qui nous empêche d’entrer pour voir à quoi elles ressemblent. A droite de la porte cochère se succèdent quatre commerces. D’abord la boutique « Au Point Vélo », avec pour sous titre « vente neuf et occasion réparation toutes marques » et une grande pancarte rectangulaires portant la mention indispensable : « HOLLANDAIS ». Sur le trottoir sont alignés impeccablement (je compte) neuf splendides vélos hollandais, donc, à vendre ou à louer. J’imagine depuis longtemps les cuisses fuselées des jeunes touristes scandinaves, allemandes, ou américaines qui après s’être confortablement installées sur leurs accueillantes selles, descendent le boulevard cheveux au vent jusqu’aux quais. Juste à côté se trouve la Boutique « Luxembourg Micro, PAO, Traitement de texte », la première du genre dans le quartier avec sa vitrine entièrement recouverte d’inscriptions : Photocopies couleur, salle climatisée, 7j/7, Internet 20 F/H, Thèses mémoires (nous sommes au quartier latin), vente de cartes téléphoniques, sorties numériques, formation, scannérisation, secrétariat traduction anglais/espagnol/français et ai-je oublié quelque chose, non je n’ai rien oublié. A travers la vitrine on peut voir deux rangs de quatre micros la plupart du temps occupés par les mêmes jeunes touristes scandinaves, allemandes, ou américaines qui tapent leurs e-mails à leur famille ou petits amis les yeux rivés à l’écran et qui leur racontent leur ballades à vélo hollandais dans Paris le plus vite possible pour ne pas dépasser leurs 20F/H et, au fond, le tenancier, l’œil à tout, qui trouve encore le temps de préparer des cafés à 15F et de les apporter dans des gobelets en plastique. Le restaurant « A la Bonne Fourchette » fait suite aux ordinateurs et aligne sous un store jaune quatre petites tables recouvertes de nappes à carreaux en toile cirée beaucoup plus rétros. Tentative complètement déplacée et ratée de faux petit boui-boui parigot very typical à laquelle les touristes scandinaves, allemandes, et américaines se font assez rarement prendre, semble-t-il. Il y a quinze ou vingt ans c’était une crêperie bretonne, avec tables et chaises pliantes, tout aussi peu fréquentée, dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds non plus. Juste à côté, encore, l’ agence de voyage « USIT CONNECT » aux vitrines vieux moderne soulignées de bandes violettes propose ses prix imbattables sur Paris-New York via Reykjavik ou Paris-Istanbul via Sofia avec deux nuits d’hôtel vue sur le Bosphore. La particularité du 85 est de posséder une porte cochère exactement identique à celle du 83, ce qui fait une jolie symétrie. L’immeuble est légèrement plus cheap, mais l’ensemble, 83 et 85, est d’une assez belle tenue architecturale. Le 87, qui rompt quelque peu l’alignement haussmannien quasi parfait qui le précède présente malgré tout l’une des façades la plus belle de la série. Elle est bordée de chaque côtés de deux immenses bow-windows qui déploient leurs verrières remplies de plantes exotiques sur trois étages. Elles sont reliées par un balcon qui courre sur le deuxième étage et respecte l'alignement. Mais celui ci est rompu au cinquième, qui n'a pas de balcon alors que le sixième en est pourvu. Ce léger décalage participe de l'harmonie, au fond. La porte cochère, massive, surmontée d'une ogive ouvre sur une succession de cours avec des massifs floraux et pelouses privées qui montre bien quel genre d' aristocratie vit ici. Au dessus de la porte une grande plaque commémorative en marbre rappelle au monde entier en général et aux jeunes générations en particulier, dont les touristes scandinaves, allemandes et américaines, que " Edouard BRANLY, qui découvrit le principe de la téléphonie sans fil, né à Amiens en 1884, a vécu dans cette maison de 1928, jusqu'à sa mort le 24 Mars 1940". Cet immeuble fait exactement face à l'entrée néo-classique, à colonnades de l'école des Mines, de l'autre côté du boulevard.

03 février 2007

Grand saut


Finalement Blogger m'a eu, plus vite encore que prévu. J'ai été contraint de passer à la version gamma faute de pouvoir accéder à Ciscoblog (une sombre histoire d'enregistrement sur Google, le nouveau proprio, je ne rentre pas dans les détails), tout simplement. C'était ça ou rien. Une bonne occase pour arrêter si tout foirait, hein... Mais ça a (à peu près) marché. Je me tâte partout, je compte mes abatis, je ne constate que deux bosses, deux bugs, relativement mineurs : un, je me demande ce que Ciscoradio fait tout là haut (mais je suppose qu'ils vont vite arranger ça); deux, les caractères accentués ne sont plus acceptés dans la colonne de droite (et ça aussi). Autrement, tout semble fonctionner comme avant. Il ya moindre mal. On continue. Je n'ai plus qu'une seule trouille, c'est qu'ils m'obligent à upgrader mon template ! (maman, ne m'obligez pas à upgrader mon template, par pitié, s'il vous plaît monsieur Google) mais bon, wait and see, le plus dur est passé.

Je profite de ce point d'ordre technique pour mentionner que Ciscoblog se lit mieux sur Firefox que sur Explorer, mais je ne force personne bien entendu.

02 février 2007

En général le débat sur les blogs m'emmerde. Je dois cependant convenir que cette page du journal de Thiron-Gardais contient beaucoup de choses vraies. Cela dit, rien n'entamera ma persévérance, qu'on se le dise !

27 janvier 2007

Vieux lieux pieux (...), 2


A partir du numéro 77 et jusqu’au numéro 89, l’alignement des immeubles est quasiment parfait : les balcons des deuxièmes étages qui, du temps d’Haussmann, étaient ceux des maîtres, s’ajustent les uns à la suite des autres et dessinent avec leurs balustrades en fer forgé une belle ligne de fuite, d’autant que ceux du cinquième, plus étroits, moins aristocratiques, en dessinent une deuxième qui va la rejoindre à l’infini. Au 77, le premier étage est occupé par « Mary Entrepreneurs». De belles colonnes doriques, en ronde-bosse, supportent les balcons des trois fenêtres centrales, majestueuses, du deuxième étage. Une plaque, à gauche de la porte cochère, rappelle que « dans cet immeuble, accueilli par Séverine, mourut le 14 février 1885 l’écrivain Jules Vallès. » Le rez de chaussée abrite deux boutiques : l’une est une officine « Village téléphone », chaîne de magasins de portables qui ont poussé comme des champignons dans les premières années du vingt et unième siècle et dont on peut penser qu’elle sera bientôt remplacée par un autre commerce en raison de la crise des nouvelles technologies et la baisse du Nasdac à la bourse de New York, l’autre est le marchand d’appareils photos « Photo Vidéo Luxembourg PHOX » que noue appelions jadis simplement « Chez le photographe » quand nous allions y faire développer les diapos et les films 8mm des vacances sur la côte Adriatique, et, qui a sacrément tenu le coup malgré le déferlement de la Vidéo. Le magasin a été refait, mais il a gardé son style années 70, peut-être par coquetterie. Le 79 est vraiment un bel immeuble, ravalé plus récemment que les autres, il est en pierres de taille blondes, il y a des visages d’angelot en bas reliefs entre les fenêtres du premier étage. A droite de la porte cochère, une plaque avec drapeau et croix de Lorraine nous rappelle qu ‘ « ici, Jean Bachelet, 33 ans, FFI, est mort pour la France le 25 août 1944 » et c’est signé : « Ses camarades de combat du 5ème. » Juste après ce souvenir, la librairie « Minerve » étale ses tables de livres neufs à prix réduits sur le trottoir comme elle le fait depuis toujours. Elle a commencé bien avant la chaîne « Maxi Livres » qu’on trouve maintenant un peu partout dans le quartier et ailleurs, et on se demande pourquoi elle « tient » toujours, indépendante, (j’ai déjà supposé qu’elle servait de couverture à un nid d’espions ou au blanchiment de l’argent de la drogue, sans beaucoup de conviction, à vrai dire.) L’intérieur, dans lequel j’ai du pénétré moins d’une dizaine de fois en trente-cinq ans, et qui n’a jamais été refait, regorge des mêmes « beaux livres » et livres d’art qui attendent leurs acheteurs depuis des années, désespérément (ils sont peut-être faux). Sur les tables, au dehors, les livres n’ont jamais eu beaucoup d’intérêt. Il y a une sorte de marché indolent pour ces invendus et ces fins de série. C’est pourquoi, parfois, et en général, je m’y arrête un instant. On peut y trouver un bonheur : une édition des Mille et unes Nuit dans la traduction de Mardrus et non celle de Galland, par exemple, qui bien qu’ elle ne soit pas du Club Français du Livre, ou du Cercle du Livre d’Art vaut bien la centaine de francs auxquels elle est proposée. Le 79 est le dernier immeuble qui fait face au Luxembourg et à sa verdure, après ce sera l’Ecole des Mines, austère et néoclassique. Le rez de chaussée du 81 abrite le magasin « La Flûte de Pan » qui portait jadis un autre nom dont je n’arrive pas à me souvenir mais qui toutefois vendait déjà des instruments de musique et des partitions. Cependant, les instruments me paraissaient plus exotiques (djambés, flûtes de pan, justement, guimbardes, maracas) et les partitions plus populaires. Une étrange plaque métallique grise porte ces mots non moins étranges « 30 janvier 1918. Bombardements par avions allemands. » On a beau scruter la façade, on n'y découvre aucun vestige de rafales ou de trous d’obus comme il en subsiste encore parfois des bombardements de la guerre 39-45 ou des batailles de rue de la Libération. De plus, on se souvient qu’en ces temps là, les drôles de machines volantes ressemblaient plus à des papillons agressifs qu’à des forteresses porteuses de mort et que le Baron Rouge faisait plutôt des politesses à Guynemer, qui a d’ailleurs une rue à son nom de l’autre côté du Luxembourg. Mais on se dit aussi que cette plaque commémore peut-être le tout premier bombardement par avion de l’histoire. On imagine alors le pilote à grosses moustaches, cache nez, bonnet de cuir sur les oreilles et lunettes relevées sur le front, lâchant un moment son « manche à balai » et farfouillant dans l’avion, au risque de faire une embardée, dégottant une ces bombes toutes ronde et toute noire de bandes dessinées, qui roulent sur le plancher au gré de la gîte, allumant la mèche à son briquet à amadou, souverain par grand vent, et qui, toujours manche à balai lâché, avec l’avion qui divague, se penche dangereusement au dehors, essaie de repérer sa cible et se débarrasse enfin de la bombe au petit bonheur parce que la mèche est presque entièrement brûlée, qu'elle risque de lui sauter au visage et que l’avion vire trop sur une aile et risque de partir en piqué et de s’écraser sur le boulevard Saint Michel.




Le "Village Téléphone", comme prévu n'existe plus cinq ans après. Mais c'est toujours une boutique de téléphones (Le Nazdac s'est refait une santé). Elle répond désormais au nom beaucoup moins poétique de "Debitel Orange SFR". Elle promotionne des appareils à un euros déjà dépassés : Samsung X640, WE185 (avec kit oreillette sans fil bluetooth) et 2230-i. La vitrine proclame sobrement sa devise : "Surfez, regardez, téléphonez" sans points d'exclamation. Le "photographe" a enfin rendu les armes. Déjà, il y a cinq ans on s'étonnait qu'il ait résisté. Il avait tenté de s'adapter, en passant à la vidéo, mais il cédé devant l'essor implacable du numérique (Boulevard Saint Germain, à cinq cent mètres, Odeon Photo tient toujours le coup avec sa vitrine pleine de vieux argentiques d'occasion, mais pour combien de temps). La boutique s'appelle maintenant "Art Deco Luxembourg" comme l'indiquent, avec un effet tout à fait kitch, des lettres gothiques jaunes sur fond lie de vin, mais on se demande pourquoi, parce que les tapis persans ou afghans ou turkmènes qui s'accumulent dans les vitrines et qui ont remplacé subitement les Nikons, Canons, ou autres Pentax n'ont pas grand chose à voir avec l'art déco, même rien du tout. La boutique a simplement été vidée. On n'a fait aucune transformation. Il y a bien aussi des boites de bagues et de colliers, pour la forme, dirait-on, puisque ça décore les oreilles ou les cous, artistiquement, si l'on veut, mais je ne suis pas sûr qu'on ait bien compris la signification de l'enseigne écrite en lettres gothiques. C'est manifestement une installation provisoire, comme pour occuper le terrain, en attendant la revente. De toute façon je ne pense pas que le tapis persan ait un réel avenir dans ce coin, quoique... "Minerve" est toujours une librairie. Victoire ! pourrait-on s'écrier. Mais non. On est encore descendu d'un cran. La nouvelle enseigne "Livres 79" et son sous titre "Culture Factory" se rapproche insensiblement du Maxi-livres, degré zéro de la vente de livres. Je tiens d'ailleurs à dire ici, bien que cela se situe sinon légèrement hors sujet mais simplement trois cents mètres plus bas, au delà, largement de la rue Gay Lussac et de la rue Soufflot, au coin de la place de la Sorbonne, quelle fut la lente agonie de la librairie des PUF, Presses Universitaires de France, s'il vous plaît, d'abord amputée de son premier étage, de son fond irremplaçable de sciences humaines et de philo, puis vidée, curetée, rayons par rayons, de son département littérature au rez de chaussée (ainsi de son tréteau des ouvrages au programme de l'agreg de l'année) d'abord maintenu en survie artificielle par des petits cartons insérés parmi les piles de livres où étaient inscrites d'une jolie écriture manuscrite des notes critiques souvent très bien faites, puis lent écoulement purulent du fond de classiques, jusqu'à l'absence même des nouveautés qui est le signe ultime précédant la mort clinique, remplacée, finalement, dès la platitude de son électroencéphalogramme, sans autre oraison funèbre ni notice nécrologique, ni comité de défense ni de soutien, sans coup férir donc, par l'odieux Delaveine, confectionneur (et Dieu sait si je ne crache pas sur le métier de mon père, mais il n'a jamais acheté de librairie, lui), qui attendait son heure tapis dans l'ombre et chez qui je ne vêtirai jamais, o grand jamais.


23 janvier 2007



Je demain, jeux de ville, hein!
Pensée de la nuit N° 113 : "Ceci est de la transmission de pensée. Je peux lire dans vos pensées à distance. La preuve, vous êtes en train de lire" : "Ceci est de la transmission de pensée"

21 janvier 2007


Hier soir nous avons parlé des "Bienveillantes" avec Agnès Salomon et aujourd'hui je me suis souvenu de Charlotte Gorliki, psychiatre, née en 1950 et morte en 1983. Ce soir, voici Charlotte Salomon. Jusqu'à ce soir, je n'avais jamais entendu parler de Charlotte Salomon. J'apprends dans le "journal de Thiron-Gardais" que cette jeune allemande est morte à 25 ans, en 1943 gazée à Auchwitz. Elle s'était réfugiée, en provenance de Berlin en 1939 à Saint Jean Cap Ferrat où elle a été dénoncée. Elle s'était sentie basculer dans la folie. Un médecin lui avait conseillé de raconter sa vie. C'est ce qu'elle a fait. En peignant 1365 petite gouaches qu'elle lui a envoyées classées et serrées dans des boites en carton. Une véritable révélation, qui n'a rien à voir avec l'art brut et pourtant c'est fait avec un seul pinceau et trois couleurs : bleu rouge jaune, plus le blanc du papier. Je vous invite à cliquer ici pour parcourir l'oeuvre entière (ou presque) qui s'intitule "Leben? oder theater ? " ("vie ? ou théatre ?") et conservée au Jewish Historical Museum d'Amsterdam.

20 janvier 2007

Mazeltov !

Blogger m'indique que l'entrée précédente était la millième de CISCOBLOG.

19 janvier 2007



Par une sorte de petit miracle du vagabondage electronique je suis tombé par hasard sur ces 25 bouleversantes photos de Jean Philippe Charbonnier.

13 janvier 2007

Chauds les marrons !





Un lieux mythique : l'entrée du Luxembourg place Edmond Rostand. Une image de Nathan, légèrement modifiée (j'espère qu'il ne m'en voudra pas !)
Un Haïku par bain, 41


Le coin coin muet
Des petits canards à pois
fige le silence
Vieux lieux pieux (mieux cieux dieux), 1


Le 73, au coin de la rue Royer Collard, qui joint le boulevard à la rue Saint Jacques et qui se donne des airs moyenâgeux après la traversée de la rue Gay Lussac, est occupé de nos jours par une agence du crédit lyonnais. Dans les années soixante à cet emplacement se tenait une librairie, la librairie « 73 ». Je me souviens d’un magasin grand et sombre, empli d’étagères et de comptoirs où j’achetais les pièces de Molière, Racine ou Corneille au programme dans la petite collection Larousse (celle à la couverture bleue, en forme de rideau de scène). Il y avait sur le trottoir des tables à tréteaux couverts de bacs présentant les livres de poches, dans leurs premières éditions, aux couvertures bariolées si aisément reconnaissables (souvenir d’une couverture d’un livre de Giono, « Regain », avec des paysans allongés dans un champ en pente, et de celle de « Thérèse Raquin » de Zola) Plus tard, et jusqu’au milieu des années quatre vingt, ce fut la grande aventure d’ « Autrement dit » que j’ai d’ailleurs longtemps continué à appeler « Librairie 73 ». Elle servit de modèle à toutes les librairies du quartier avec, entre autres, « La Hune », Boulevard Saint Germain, entre le Flore et le deux Magots, le « Fauchon » pour ne pas dire la Roll’s de la librairie, le « Divan », place Saint Germain des Près, au coin de la rue Bonaparte, qui n’existe plus, la « librairie Racine » dans la rue du même nom, qui n’existe plus non plus, et « Compagnie », la petite dernière, rue des Ecoles) La boutique entièrement rénovée était devenue un espace lumineux, aux camaïeux de beiges et d’ocres, humant le bois neuf et l’huile de lin, libre pour la flânerie parmi les présentoirs et les longues stations debout. C’était l’époque du petit bonhomme papillon de Jean Michel Folon dans le générique de la deuxième chaîne de télévision et des affiches ambiguës de Léonor Fini. « Autrement dit » fut remplacée comme tant d’autres, mais après une longue résistance et mon vain soutien inconditionnel, par une première boutique de fringues et puis par une seconde après la faillite de la première, puis par une troisième et ainsi de suite jusqu’au Crédit Lyonnais qui se porte bien depuis dix ans merci. A droite de la porte cochère, à hauteur de poitrine, on peut voir une plaque de marbre ainsi libellée : « Ici est tombé pour la libération de Paris, le 25 août 1944, le soldat André Lozet, âgé de vingt ans du 501ème régiment des chars de la division du général Leclerc ». Le 75 est un bel immeuble haussmannien, un marchand de journaux « Papeterie Carterie Presse » en occupe le rez de chaussée. Il est là depuis toujours, je m’y revois à douze ans ou treize ans feuilletant « Cinémonde » toute honte bue. A ses côtés, se tient un magasin de layette, vêtements pour enfants et sous-vêtements féminins, répartis dans des vitrines de chaque côté de la porte, qui ne semble même pas avoir été rénové depuis tout ce temps (les publicités pour les bas « Triumph », les mannequins sans membres et décapités mais aux seins durs et aux pubis rebondis portant des « coordonnés » de dentelle ajourée « Lejaby » m’attiraient plus que les brassières « petit bateau »)


Il est peut être temps de passer à la deuxième partie du projet (qui je le rappelle, ne m'appartient pas) Les lignes que vous venez de lire ont été écrites en 2002. Nous sommes maintenant en 2007, Cinq ans après. Bien entendu, je suis repassé des dizaines de fois devant la "Librairie 73" dont on peut distinguer, en regardant bien, avec nos autres yeux, un peu comme dirait Borges, les formes lumineuses et claires à travers la façade opaque du Crédit Lyonnais. Il s'est passé plein de choses dans ma vie, j'ai déménagé, entre autres, Nathan et Jérémie sont devenus de vrais hommes. Une personne qui a beaucoup compté dans ma vie est morte, d'autres ont été très malades mais maintenant Dieu merci ils vont bien, mon père a fêté aujourd'hui ses 92 printemps et ma mère est toujours fidèle au poste. Le Crédit Lyonnais ne s'appelle plus le crédit Lyonnais mais "LCL" Rien n'a changé hormis ce sigle sur la façade : les distributeurs automatiques de billets, exactement les mêmes reproduits à l'identique l'un à côté de l'autre, béent toujours sur la rue et c'est bien toujours cette duplication qui me paraît obscène. Le marchand de journaux a probablement refait sa vitrine (j'ai oublié de noter s'il s'appelle toujours "Papeterie Carterie Presse" (non (note du 31 janvier 2007), il s'appelle maintenant "Presse - tissimo")) mais je ne m'en serais pas aperçu. La plaque commémorative est toujours à la même place, mais ça je ne vais pas le répéter à chaque fois. Rien de changé non plus à la boutique de layette et lingerie si ce n'est l'apparition de la marque Lise Charmel qui ne faisait pas partie de la liste il y a cinq ans.
Retour à Corbeil



Je pense à la nationale sept pour plusieurs raisons. Ce matin, j'étais arrêté au feu rouge au coin du grand Garage Renault " Côme et Bardon" à Viry en direction de Paris. J'attendais de tourner à droite et poursuivre vers Châtillon, puis Juvisy, Draveil et plus loin Vigneux, de l'autre côté du fleuve, s'enfoncer dans la jungle des villes. La journée ne promettait pas d'être réjouissante. De vagues pensées moroses et automnales traversaient lentement mon esprit comme des nuages pas pressés traversent un ciel délavé. Il y a des matins, comme ça où vous vous sentez tout négatif, allez savoir pourquoi. Je pensais au travail, à la répétition des tâches, à la fatigue qui déjà, si tôt dans la journée, alourdissait mes épaules ; je restaits le pied crispé sur la pédale d'embrayage sans penser à me mettre au point mort (parfois, dans les embouteillages, se mettre au point mort procure un bref mais réel soulagement, j'oublie souvent d'y penser.) Je pensais à l'écriture. L'écriture, ce matin, était comme une promesse qu'on ne peut pas tenir. Je n'avais pas envie d'écrire. Je n'étais pas en train d'avoir envie d'écrire, plus précisément. Je n'avais pas envie d'écrire, pas plus que je n'avais envie d'aller à mon travail, qui est toute ma vie. Je ne pensais pas au repos, mais à la suspension. et encore, ce n'était pas aussi précis que ça. Je pensais sans envie au manque d'envie. Il n'y avait aucune frustration, aucune colère. Un constat banal, en somme : au milieu de ce paysage de banlieue informe, j'étais enfermé en moi-même, j'étais à la panne dans la Baie de Personne, contenu par ma petite auto qui faisait sagement la queue sur la nationale sept - ma ligne de vie - pour tourner à droite. Tourner à droite était mon seul objectif. Je me disais que ce soir, maintenant, il faudrait justement que j'écrive sur cette suspension, sur cette attente de rien. Puis le feu est passé au vert. Et voilà que j'écris que le feu est passé au vert. La boucle infime du temps est bouclée : j' ai écrit une vingtaine de lignes sur rien, à peu près comme je ne m'étais pas senti vivre, une ou deux minutes, ce matin même, à ce feu rouge de la nationale sept qui est ma ligne de vie. Je pense à nationale sept pour d'autres raisons. Hier, j'ai été invité à la médiathèque de Corbeil Essonnes pôur dire quelques mots sur mes souvenirs de Lucien Bonnafé, mort il y a exactement six mois. Personne ne connaît Lucien Bonnafé en dehors de mon milieu professionnel. Lucien Bonnafé est mort il y a six mois à quatre vingt onze ans. C'était un "grand psychiatre"comme on dit. C'est lui qui a inventé la psychiatrie de secteur, si ça vous dit quelque chose, un modèle d'organisation sanitaire qui a été repris dans le monde entier. J'avais été son interne, à Corbeil Essonnes, il y a bientôt trente ans ( non, j'exagère : vingt cinq.) Je n'ai pas le droit de dire qu'il m'a tout appris, parce que ça n'est pas vrai, mais j'aime bien dire que je suis un ancien intene de Bonnafé, pour me faire mousser dans la profession, quand j'en ai besoin, parce que c'est vrai, j'ai travaillé sous sa responsabilité, plusieurs années. Bonnafé avait été colonel de la resistance, en Auvergne à Saint Alban dans son hôpital psychiatrique où il avait caché nombre de résistants célèbres dont par exemple Paul Eluard, puis secrétaire d'état dans les gouvernements de l'immédiat après guerre quand les communistes avaient vingt cinq pour cent, cent mille fusillés, et des ministres (Charles Tillon, en l'occurence) au gouvernement du général de Gaulle et enfin psychiatre à l'hôpital de Corbeil Essonnes. Lacan et lui avaient pris le thé ensemble. Tout juste si ce n'est pas lui qui avait psychanalysé Lacan, rien qu'en prenant le thé. C'est vous dire l'importance du personnage. Considérable. Mais je n'ai aucun sentiment particulier pour lui, comme l'affectent d'autres "élèves" qui l'ont plutôt moins fréquenté : c'était un trop grand homme, il planait largement au-dessus de vous ; je n'ai jamais ressenti de vraie chaleur humaine à son contact. C'était un homme d'idées, voire un homme politique, on était avec lui ou contre lui, il pensait qure j'étais plutôt avec, ce qui était d'ailleurs vrai, et cela lui suffisait, à moi aussi. Il fallait être très bien classé au concours de l'Internat pour pouvoir choisir son service et seulement quand vous étiez un interne déjà expérimenté, en troisième année. Impossible de le choisir en deuxième année et encore moins en première année. De plus, au-delà de la dixième place au concours, et encore, peut-être même de la cinquième, vous n'aviez plus aucune chance. Il n'avait que les meilleurs. j'ai eu la chance d'en faire partie. Quand je dis la chance, je dis la chance, je sais très bien ce que je veux dire. Bref, j'ai surtout parlé ce jour là de la Nationale Sept, parce que Corbeil Essonnes est traversée par elle de part en part, d'un côté Corbeil, de l'autre Essonne, et que la nationale sept est ma ligne de vie. Je n'ai rien à voir avec le fait que Bonnafé avait décidé de faire d'une ville traversée par ma ligne de vie l'un des premiers laboratoires d'une psychiatrie à visage humain. C'était un hasard, une chance, si on veut, voilà tout, et c'était ainsi. J'ai travaillé pratiquement vingt ans à Corbeil Essonnes. J'y ai même vécu. J'y ai aimé plusieurs femmes. J'ai eu la chance d'y rencontrer des gens exceptionnels, dont Bonnafé, mais pas seulement lui. J'en ai déjà parlé et j'en reparlerai. Il y a encore une autre raison pour laquelle je pense à la nationale sept. Je viens de refermer le livre de Jacques Jouet "Mon bel autocar" qui est un véritable bijou. J'y ai appris que Jacques Jouet était originaire de Viry. Il y a dans ce livre une dizaine de pages sur la nationale sept, ou plutôt sur la montée de Juvisy à la hauteur de l'observatoire (où Camille Flammarion a pratiqué son astronolmie populaire) où il faut sans arrêt changer de vitesse en fonction de la pente et des ralentissement dus aux embouteillages. Je ne me suis jamais, et je pèse mes mots, jamais autant retrouvé dans un livre que dans ces pages de la montée de Viry dans ce livre de Jacques Jouet. Je ne pensais même jamais retrouver ma ligne de vie dans aucun livre. Mais je comprends que ça ne vous intéresse pas beaucoup. Lisez quand même Jacques Jouet, c'est un étrange bonheur. (Jacques Jouet, Mon bel autaucar, Roman, chez P.O.L)

(repost, 2003)

12 janvier 2007

Aoua ! Déjà vendredi ! La semaine a filé comme le vent!

07 janvier 2007

Pensée de la nui N°112 : "C'est un drame pour moi de trouver des choses à dire aux gens: je suis peuplé d'un silence de forêt, absolument incommunicable. Et que puis-je dire d'intéressant aux autres au-delà de ma petite chronique personnelle, qui ne peut les intéresser que de loin - et tant mieux d'ailleurs." Antonio Lobo Antunes : Lettres de la guerre


Et voilà, il suffit de se mettre à lire...

05 janvier 2007

Le fait même que vous puissiez lire ces lignes est un paradoxe. Depuis quelques semaines je souffre d'une paralysie de l'écriture que je n'arrive plus à masquer derrières les trucs et astuces habituels du blogger bas de gamme. Même le couvercle de la boite en fer des souvenirs ne veut pas s'ouvrir. J'y ai déjà gâté plusieurs pointe de couteaux et tous mes efforts n'ont fait que la coincer un peu plus encore. En la secouant je n'entends pas beaucoup de bruit. Comme si elle était vide. Mais elle ne l'est pas. Ils s'accrochent aux bords, ils ne veulent pas sortir, ces lascars. Cette panne sèche touche même mes activités professionnelles qui demandent elles aussi parfois un petit coups de texte. Je prends du retard, ai ainsi toujours autre chose à faire de plus pressé que d'écrire dans CISCOBLOG, produisant à grand peine le moindre rapport, la moindre note ou le moindre compte rendu qui épuisent alors les faibles capacités scripturales qui me restent. Je suis cerné par les rappels, le courrier en retard et le travail non fini qui s'accumulent sur mon bureau (heureusement que je ne suis pas payé à la ligne ! mais je ne suis pas payé à l'acte non plus. A quoi suis alors payé ?). Pas que cela me culpabilise, je travaille largement assez. Ca m'agace. Mais je ne suis pas trop inquiet, cela m'est déjà plusieurs fois arrivé. Je sais que truc est de ne pas céder à la panique, de ne pas tenter de faire venir les mots de force. Laisser les souvenirs remonter lentement à la surface, sans trop remuer le bocal, me remettre à lire (ça aussi j'ai considérablement ralenti) surtout de la poésie (rien de tel que la poésie pour se sentir des fourmis au bout de le cervelle et des doigts). Cette fois, pourtant, ça dure. Je ne sais absolument pas du tout combien de temps. Cela ne signifie en rien la fin de CISCOBLOG ni même un quelconque break en perspective. Il existe un "cahier des charges" de CISCOBLOG où les items continuent de s'accumuler et attendent le moment favorable à leur rédaction. Une fois qu l'un d'entre eux est déposé (comme dit Roubaud qui, en déposant ses souvenirs - sur le papier - dit qu'il les tue) je le raye consciencieusement de la liste. J'aime considérer l'alignement des items rayés. la successions des pages d'alignement d'items rayés, l'accumulation des cahiers de pages d'items rayés.... C'est une sorte de plaisir solitaire et mélancolique. Pour l'instant, il faut bien le dire, ce n'est pas trop le cas et au contraire la contemplation désolée des items non rayés me déconfit un peu la mine. Il en reste encore probablement pour des années. Pas de quoi s'inquiéter, vous dis-je. Ce doit être l'hiver qui malgré sa douceur relative doit un peu engourdir les velleités créatrices. Ou alors c'est je ne sais quoi qui sourd des difficultés de la vie. Ecrire n'a jamais constitué une joie. Une douleur plutôt. C'est quelque chose qui ne m'a jamais été facile et ne le sera jamais. Il faut toujours que je m'arrache. J'en bave vous pouvez pas imaginer ou plutôt si si vous avez déjà essayé. Chaque séance devant l'écran est comme une danse. Je veux dire de celles qu'on prenait quand on avait fait un bêtise quand on était petit. Y compris pour CISCOBLOG. Mais c'est une douleur nécessaire, une douleur dont je ne peux pas me passer, un plaisir, en quelque sorte, dans mon milieu professionnel (ah, ah !) on appelle ça aussi une "contrainte"... "L'écriture c'est la vie", Gorge Semprun (pensée de la nuit N°34567) "Vivre pour la raconter", Gabriel Garcia Marques (pensée de la nuit N°...) Le fait même que vous puissiez lire ces lignes est un paradoxe. Depuis quelques semaines, etc.

02 janvier 2007

Un haiku par bain, 40



Tant que le corps trempe
Pas même une idée ne flotte
Au fond du cerveau

01 janvier 2007

23 décembre 2006

Un Haïku par bain, 39


Je ne pense à rien,
Une main sous le menton,
L'autre sur mes couilles.

22 décembre 2006

On aime tous les "Best of", ces rinces-mémoires à trois sous qu'on voit fleurir partout en cette saison. A quand les "Best of des best of "? En tout cas, en voici un (quoique contestable) qui me plaît bien, à moi.
"Regarde les parkings se vider" ou un photo toutes les dix secondes. A "Dayly dose" production ! (en Flash)

17 décembre 2006




Des après midi entières à flemmarder en contemplant le monde flottant de Shôtei...

14 décembre 2006

Il y a de formidables coïncidences. Je ne fumais plus déjà depuis longtemps. Je me suis pris pour un véritable habitué de chez Trellis et j'ai cru que je retournerai à Roosevelt Island tous les ans - je demandai récemment, le coeur serré, à mon vieux cousin Georgie, en visite à Paris, si "Trellis" existait encore - Merci, Mnémoglyphes.

Pensée de la nuit N°111 : "J'avais aussi pensé, lorsque j'ai commencé ce livre il y a trois ans, alors que je fumais encore mais surtout qu'il était encore légal de fumer dans certains lieux d'exception à New York, intégrer dans la structure en douze parties de ce livre la description de douze de ces lieux qu'auréolait une émanation de prestige, de secret, comme, j'imagine, au temps de la prohibition certains bars clandestins. Je n'ai conservé ici que des lambeaux de ce guide marginal, New York for Smokers, que nous avions envisagé d'établir, mon amie Dore Ashton & moi, comme un vade-mecum destiné en premier lieu aux touristes européens sidérés & effarés – ré ré – de devenir du jour au lendemain pestiférés – que de rés – en mettant le pied sur le sol américain dans ce grand port libre & polyglotte qu'ils avaient espéré – encore un – moins prude & moins correct, guide dont les notes laissées en jachère ne sont plus pour moi désormais que l'image d'une ville disparue, archivée, préservée dans ma mémoire, champ de fouille dont voici un échantillon qui concernait mon île, devenue dans ma condition une sorte d'ombilic du monde : «Roosevelt Island. Il est possible de fumer au café-restaurant Trellis, sur Main Street. Possède une zone ensoleillée de cinq tables, à gauche du bar, sous la fausse treille en contre-plaqué d'où l'établissement tire son nom, sur laquelle s'enroule un lierre en plastique – décoration kitsh de l'Amérique profonde –, espace où se regroupent dès le matin les quelques irréductibles îliens habitués du café qui fument encore.»" (Jean-Yves Jeannet, "Voyager léger")
Trouille



J'ai décidé au dernier moment de ne pas basculer vers la nouvelle version béta de Blogger de peur de perdre tout mon template (mon modèle) à cause de leur terrifiante troisième clause du "non retour en arrière". Combien de temps pourrai-je tenir ? Vont-ils supprimer progressivement tous les anciens templates ? Quelqu'un peut-il me rassurer par ici ? (Que ceux qui n'ont jamais tremblé devant les mystères de la technique - nous sommes vraiment peu de chose - me jettent la première pierre. Les autres peuvent sauter la lecture de cette entrée)

08 décembre 2006


De merveilleux trésors de simplicité chez Chema Madoz (via lunettes rouges)

02 décembre 2006

Douze, 8


Au numéro un de la rue, outre Roy Adzack, habitait le rédacteur en chef du "Quatorzième Village". Le titre résume à lui seul l'air de ce temps là. C'était un bijou de feuille de chou de quatre pages (une grande feuille au format A3 pliée en deux et imprimée recto verso) imprimée dans un encre de couleur différente à chaque numéro, mais souvent sépia. C'était un mensuel irrégulomadaire mais pas trop, entièrement composé à la main et ligne à ligne dans l'appartement même du directeur artistique, roi du "drapeau et du "fond perdu", ancien d'"Actuel", mais très jeune encore, qui habitait à trois numéros dans la rue, le plus souvent en une seule nuit d'ivresse (je ne dis pas à quoi mais aussi au Saumur-Champigny) jusqu'au petit matin du jour de l'impression aux "Imprimeur Libres", dans le lointain douzième, à Montgallet, pas encore colonisé par les ordinateurs et les chinois, et broché je ne sais plus où (qui n'a jamais vu le ballet d'une plieuse-brocheuse n'a rien vu). Le rédacteur en chef, Bonaparte sous lequel perçait déjà le Napoléon d'aujourd'hui,
chérissait secrètement le humprey Bogart de "Bas les Masques" de Richard Brook. Il habitait au "Un" mais avait ses amours au "Douze", à deux cent mètres. Il menait au gant de velours une équipe de joyeux zinzins et de fidèles groupies, habitants du Douze sinon îlotes du pâté de maison (cf "Douze, 1") comprenant deux futures stars de la presse et de la télévision (mais qui l'eut dit à cette époque) aux prénoms identiques. Le tirage dépassait fièrement les mille exemplaires et les abonnements, dans les bonnes années, la centaine. Il était vendu non pas porte à porte mais presque, par le rédacteur en chef en personne et la secrétaire de rédaction future mère de ses enfants. Il y gagnèrent beaucoup de fatigue et un grand succès d'estime. Beaucoup plus tard, c'est à dire de nos jours, et c'est une autre histoire, le rédacteur en chef dépassa le statut de son héros même dans un grand quotidien du soir, comme on dit.

28 novembre 2006

Des liens, ça faisait un bail...



Attention, ici Ciscoblog va vous livrer toute son âme. Un , deux trois : mes blogs préférés sont - et de loin - les blogs de cuisine. Cela vous étonne ? Pour le lecteur fou de recettes de cuisine que je suis, la galaxie "cuisine" est devenue une véritable caverne d'Ali Baba où j'aime me perdre en ces temps d'avant avant avant veille de fête. Aucun blog sexy (et dans ce domaine, je vous recommande très chaudement l'excellent LSn'G de la compagnie fluctuat qui produit aussi le très célèbre AEIOU), aucun dis-je, n'atteint, par exemple, la cheville de "La cuisine de Mercotte", ni aucun blog de geek (et ici le "blog de Pierre"), le niveau de "papilles et pupilles" ; je suis subjugué par la virtuosité du "pétrin" et fasciné par l'inventivité d'"Ester Kitchen". Parce que, et d'une, les blogs de cuisine sont des blogs de bavardes (ce sont des blogs de filles à 98%) souvent très bien écrits et plein d'humour (pas seulement involontaire ) et de deux, parce que les livres de cuisine sont pour les papilles ce que les livres cochons sont au sexe. ( comme dit Bobby Lapointe : Votre sein doux pour le corps c'est ce que mes vers à l'âme sont) Bonsoir !

22 novembre 2006

26 (Titre provisoire), XXI, suite 2





Après son dernier patient, Haltman traversa le parvis des urgences pratiquement désert à cette heure tardive pour rejoindre sa voiture et rentrer chez lui. On ne l’appellerait plus maintenant. Dans deux heures le jour commencerait à poindre et un nouveau cycle recommencerait. Il croisa sans les saluer deux ambulanciers adossés à leur véhicule qui fumaient des cigarettes. Derrière lui, dans les couloirs presque vides dont on ne songeait plus à chasser les derniers SDF et les derniers ivrognes, hagards, silencieux et épuisés, accrochés à leurs sièges ou leurs brancards conquis de haute lutte, les équipes en fin de garde se préparaient à terminer la nuit le plus confortablement possible. On se réunissait autour d’un café pour se réchauffer, on se laissait tomber lourdement sur les fauteuils en skaï des salles de repos, on se hissait, en guise de sièges, sur les tables d’examen désormais libres pour entamer des conversations. Les derniers patients avaient été montés dans les étages ou on avait trouvé pour eux le dernier lit porte disponible ; on commentait les dernières nouvelles. Les internes regagnaient la salle de garde par petits groupes, leurs manteaux sur les épaules par-dessus les blouses, marchant lentement comme pour s’économiser, regardant leurs chaussures, parlant à voix basse. Un peu plus tard seulement, à la relève, on se mettrait à ranger et à nettoyer, mais pour l’instant c’était la trêve, cette trêve improbable, plus ou moins longue, que ménageait pourtant à chaque garde le bout de la nuit, avant la première urgence du matin. Haltman ne se pressait pas non plus. Il savourait l’instant. Toute fatigue l’avait quitté, elle reviendrait, il le savait, mais seulement à la fin de la prochaine journée, un peu plus tôt que d’habitude. Le ciel qui commençait imperceptiblement à s’éclaircir, avec une myriade d’étoiles immobiles, formait une immense voûte protectrice au-dessus de l’hôpital, de la colline et de la ville, au dessus d’eux tous. Haltman se sentait parfaitement bien, il aurait pu dire heureux, même encore debout à trois heures du matin, même en ce lieu hanté par la souffrance, l’incertitude et le pessimisme provisoirement contenus par la simple gratitude qu’ils avaient adressée à la nuit. Il avait fait son métier, accompli le travail qu’on lui demandait. C’était ce qu’il aimait. Il avait pris les décisions qu’il fallait et tout s’était bien passé. Il s’était senti à sa place, compétent, utile. Il pensa que de telles nuits pouvaient parfois vous racheter l’absurdité de la vie. En mettant le contact, la radio lui annonça que France info lui offrirait un « journal complet de l’actualité toutes les demi-heures » et laissa la place à un morceau de jazz orchestral pendant qu’il descendait, au pas, la rampe menant à la sortie de l’hôpital. Il sillonna lentement les rues de Dormeil assoupie. Il passa devant le mur pignon de la maison où Ronald H, le patient de Jacques, avait tagué la phrase « le docteur B est un con » sur deux lignes un peu penchées, en grande lettres cursives, que des centaines de Dormeillois pouvaient voir tous les jours et que la municipalité n’avait encore pas fait effacer après tous ces mois mais Jacques ne s’était jamais abaissé à demander. Il tourna deux rues plus loin, enfilant la rue des Chevaliers Saint Jean et s’arrêta devant le 26. Il tenta de faire le moins de bruit possible mais ne put empêcher la vielle grille rouillée de couiner. Dans l’entrée à gauche, le bureau où le canapé Odéon, son havre, l’attendait pour finir la nuit ; devant lui, au bout du couloir, l’escalier, qu’il ne grimpa pas, Renée dormait dans la petite chambre de garde. A droite, les deux pièces en enfilade : salon et salle à manger. La neige dans la télé encore allumée grésillait dans la pénombre devant personne. En trois pas il fut devant la télé, contempla la neige un instant et, pressant le bouton de commande, plongea la pièce dans le noir. Il y eut un bruit de chaise dans la cuisine. Régis P. ne dormait pas, ou plutôt était déjà levé. Il petit déjeunait d’un grand bol de nescafé noir comme de l’encre.

21 novembre 2006

Fugit tempus





Je me demande comment ce type fait pour faire tous les jours au moins une photo aussi géniale, même en prenant de l'essence, même dans les embouteillages par exemple. Un peu léché parfois mais toujours bluffant. Quel oeil !

19 novembre 2006

Vous irez tout seul....




Un dernier p'tit "Deschiens", pour la route !

17 novembre 2006

J'ai trouvé tetesaclaques.tv (en version originale joual) en furetant sur blog appetit à la recherche d'une recette pour le week end (passez just'la pub, là), je me suis bien gondolé...

14 novembre 2006

Pensée de la nuit N° 110 : Une plaisanterie locale, également applicable à quelques autres villes d'ici et d'ailleurs, qualifie Baltimore de "nice place to be from". On peut en rapprocher l'épitaphe de WC Fields, sans doute inscrite quelque part vers Los Angeles : "On est quand même mieux ici qu'à Philadelphie", cette remarque d'Harold Arlen (le compositeur insuffisamment célébré d'"over the rainbow") : "se suicider à Buffalo (où il était né), c'est vraiment un pléonasme", l'inévitable Mark Twain : "Pittsburg, bon endroit pour mourir, vous ne verrez pas la différence", et ce dicton, évidemment new yorkais : "outside Broadway, everything is Bridgeport", " il y a, disait encore Calvino, des endroits où je ne pourrai pas vivre, même mort" (Gérard Genette, Bardadrac)

12 novembre 2006

Sereine jeunesse, épilogue



Dès le retour des vacances je montai le film du voyage en URSS qui, une fois les bobines de trois minutes ajoutées les unes au bout des autres et les séquences ratées éliminées, durait un peu plus de quarante minutes. A cette époque-là, bien entendu, le super-8, format cinématographique génial au demeurant, je l’ai déjà mentionné, n’était pas « parlant », c’est à dire qu’on ne pouvait pas enregistrer le son à la prise de vue. En revanche, il était possible de le « sonoriser » à la projection. En aucune manière la pellicule, ne comportant pas de piste sonore, ne pouvait être lue par un système audio inclus dans le projecteur. Je mentionne ici, uniquement pour la petite histoire la complexité de la solution proposée par Kodak (et j’en profite pour rappeler l’ouverture prochaine sur ciscoblog de la rubrique « Mon siècle et moi » où on assistera en quasi direct à la naissance, par exemple, du poste de radio à transistor, de la cafetière Mélita, du rasoir Bic, de la machine à écrire électrique, de la vidéo noir et blanc, de la diapositive, du Macintosh, du Cdrom, etc.) : il s’agissait de synchroniser une bande magnétique sonore, lue par un magnétophone (Nous possédions un magnétophone « Grundig » depuis le début des années soixante) avec le projecteur de cinéma. On pouvait, en détournant le chemin de la bande magnétique à travers un rouage spécial du projecteur, faire démarrer le magnétophone en l’allumant. Les commentaires ou la musique suivaient alors les images sans trop de décalage. C’était un système complexe, encombrant, minutieux et fragile, mais avec un peu se soin et de méthode, ça marchait. J’avais sélectionné, dans la discothèque familiale, diverses plages de la musique des Ballets Moïsseïev, des chœurs de l’Armée Rouge, de la Moldau de Smetana, des danses polovstiennes du Prince Igor de Borodine et des tableaux d’une exposition de Moussorgski orchestrés par M. Ravel surtout « La grande porte de Kiev » du plus bel effet et les avait enregistré au micro. On croit le savoir, mais on ne le sait jamais assez, le cinéma, ce ne sont pas seulement des images qui bougent mais des images qui parlent. E n’est pas pour rien qu’aux temps héroïques le cinéma « muet » n’était jamais projeté sans accompagnement musical, simple piano ou orchestre symphonique, il aurait perdu les trois quarts de son impact et trop ressemblé aux rêves. Bref, sonorisé, le « voyage en URSS » avait vraiment une gueule. Une gueule de réel, de film de propagande, mais de la gueule tout de même. Mon père – le père de l’auteur – qui tenait de son propre sang pour ainsi dire la preuve de la vitalité de la patrie du socialisme, le projetait à ses amis avec fierté et ma mère passait, comme il se devait et comme je l’ai déjà dit, les gâteaux et le jus d’orange pendant les interruptions dues aux sautes de pellicules. A la fin de l’automne le groupe de LVJ se réunit dans la maison de campagne des parents d’un des participants en Normandie, du côté d’Aromanches. Nous fîmes une longue promenade sur les plages du débarquement où la mer prenait des tons bleu pâle. Nous passâmes des diapos et le film (sans le son). Je n’avais pas revu Claire depuis Orly. Nous nous retrouvâmes sans émotion. Très tard, à la nuit nous nous dispersâmes définitivement dans les voitures des plus âgés qui nous ramenaient à Paris. Un an et demi plus tard c’était Mai 68. Le 3 mai, la Sorbonne était fermée, les CRS et les étudiants s’affrontaient sous les fenêtres de l’appartement de mes parents pendant qu’avec deux ou trois condisciples réunis en « sous colle » nous révisions le concours de l’externat. Le 10 mai, je quittai la barricade de la rue Gay Lussac juste avant l’assaut et allai me refugier derrière la lourde porte cochère de l’immeuble dont je gardais toujours un double de la grosse clé. Le 11 mai au matin, tout le quartier dépavé, sous les pavés la plage, ressemblait à une ville minière de l’ouest américain de la fin du XIX° siècle, avec la même animation industrieuse. Pour descendre le boulevard Saint Michel, je pris, en guise de bus, une petite manifestation d’un millier de jeunes en rangs serrés qui avançait, sous le dais rouge et noir des drapeaux révolutionnaires, précédée des sempiternels leaders marchant à reculons et criant des slogans dans les mégaphones, au rythme des « Grimaud salaud ! Le Peuple aura ta peau ! » Je quittai la manif devant la Sorbonne dont Pompidou avait ordonné dans la nuit la réouverture. On se pressait pour entrer par les hautes portes grandes ouvertes. Dans la cour il y avait des discours de victoire et des acclamations. A quelques mètres de moi, dans la foule, je reconnus Claire qui venait elle aussi d’arriver et que je n’avais pas revue depuis la Normandie. Nous échangeâmes une petite bise et écoutâmes un instant Sauvageot et Cohn Bendit, après quoi je la perdis, elle aussi, définitivement de vue.

11 novembre 2006




....Jusqu'au bout de la nuit, ici !

08 novembre 2006

Tout fout le camp... Mais qui l'eut cru ? Le logo de Lenovo va remplacer les emblématiques trois lettres dans quelques semaines. "IBM" (International Business Machines) a été fondée en 1911 et vers les années trente, la compagnie était déjà la reine de la carte perforée. En 1953, elle contruisait le premier ordinateur à bandes. En 1980 (il y a quelques minutes) , le premier "PC" (Personnal Computer) arrivait sur nos bureaux. A peine cent ans d'existence. Et combien pour Lenovo, qui n' a rien inventé ?.. IBM c'était "the Company" par excellence, j'ai eu un cousin qui en été plus ou moins directeur pour la France et j'ai travaillé dans une ville dont l'usine IBM faisait vivre le quart des habitants. Les chinois ont beaucoup de mal à prononcer les mots occidentaux, ils les chinoïsent (comme nous les occidentalisons, à l'inverse, par exemple Pekin pour Bei Jing) ainsi, "Carrefour" se dit "Jia le fou" en Chinois mais cela a aussi un sens (comme l'ont à peu près toutes les traductions en chinois des mots occidentaux) : cela veut dire "La maison du Bonheur", comme nous l'apprend l'excellent "Un Oeil sur la Chine" (via C*G*). Au fond, il y a assez peu de différences entre IBM et Carrefour : l'un s'est fait en partie dévorer et l'autre en partie incorporer...

07 novembre 2006

PIC DU GAR (NEW)


La même, un an plus tôt, (Ceci n'est pas la Sainte Victoire, mais sait-on jamais...)

05 novembre 2006

Sereine jeunesse, 7



Rien n’a été filmé de la fin du voyage faute de pellicule. Le retour se fit en deux sauts de puces par l’Allemagne de l’Est. Puisqu’elle n’a pas été filmée, on ne voit pas la ville de Dresde sur la vidéo perdue, on ne voit pas le dôme en ruine de la cathédrale longtemps conservé comme le rappel permanent du terrible châtiment infligé par les alliés au pays qui se croyait encore le maître du monde. La visite de la ville commençait et se terminait là. Je n’ai pour souvenir de la ville de Dresde que la sinistre majesté de cette ruine (tu n’as rien vu à Hiroshima…). Tout le reste, l’ancienne ville baroque, les alignements d’immeubles sans grâce de la reconstruction, la pinacothèque et ses Cranach, je ne m’en souviens pas. Ce n’est probablement pas qu’il avait été prévu plus de rencontres avec la jeunesse démocratique allemande que la russe mais j’ai plutôt le souvenir de discours interminables, d’attentes de toast pré prandiaux le ventre un peu creux, de cérémonies absconses, comme si tout le pays s’était du de ne pas connaître de joie, même sous le soleil lumineux de cette Europe encore centrale, comme si nous avions du nous pénétrer du fait que c’était bien des vaincus qui nous recevaient, avec cette politesse guindée, mal fagotée, ostensiblement austère et contrite qu’ils se devaient d’observer. Si on avait voulu nous montrer que vivre en Allemagne de l’Est, le pays de l’expiation, n’était pas gai, c’était réussi et nous ne pouvions que nous réjouir de faire partie des vainqueurs. On nous reconnaissait ici comme des occidentaux, comme des proches, au fond, on ne nous évitait pas, comme à Moscou (les guides russes et les barbouzes nous avaient plus ou moins tenu à l’écart des gens, qui eux-mêmes comme par atavisme, se défiaient spontanément de notre apparence, de toute façon, le système était bien rôdé). Nous fûmes plusieurs fois interpellés, au grand dam de nos accompagnateurs, par de soit disant hooligans qui est le mot russe pour voyou, que le régime n’avait pas réussi à extirper, qui n’avaient surtout rien de politique, qui ne s’occupaient pas encore de foot et qui voulaient nous acheter nos jeans et nos vestes bien coupées. Même les fêtes organisées, pourtant tout aussi arrosées de Schnaps qu’elles l’avaient été plus à l’Est de Vodka, ne parvenaient pas à atténuer la tension. Il y avait par exemple, après les sempiternelles visites d’usines ou de laboratoires de recherches des soirées dans des caves « typiques ». Je me souviens d’avoir bien malgré moi assisté à l’arrivée d’un jeune homme sensé faire partie des habitués de l’endroit. Mais c’était manifestement un figurant, payé pour être là, arrivé en retard, donc en même temps que nous. Nous le vîmes de loin se présenter à la porte de l’établissement dans son costume emprunté ou loué, mal coupé, trop grand, jeter des regards misérables et effrayés autour de lui, de peur d’être reconnu par des camarades et moqué ou pire encore, entrer précipitamment, sans pouvoir faire autrement, se sentant démasqué et coupable, nous ayant soudain reconnu arrivant à sa hauteur, nous faisant je ne sais quel sourire forcé et niais, vaguement complice, une image de la honte et de la soumission qui me hante encore. On voulait nous montrer des allemands tristes, rendus inoffensifs, ayant perdu toute arrogance, un peuple conscient d’avoir à porter au moins pour une génération le poids de la faute et de son châtiment, c’est ce que nous voyions, de toute évidence, même si la version officielle était, comme de l’autre côté du rideau de fer, celle du peuple innocent, opprimé par des dirigeants sanguinaires et dont les potentialités humaines n’avaient demandé qu’à s’épanouir après les années de plomb, qui grâce à la Liberté et au retour du libre échange, à l’Ouest, qui grâce au parti et à la planification révolutionnaire, à l’Est. A l’époque, personne ne pouvait revenir enthousiaste d’un voyage en terre socialiste y compris d’URSS, pas plus qu’André Gide, Aragon ou même des militants sincères et perplexes : il aurait fallu soit être un fanatique absolu, idiot ou dénué de tout sens du jugement (il en existait, mais pas dans notre groupe) soit être un dirigeant cynique du Parti avide de promotion (il n’y en avait pas non plus) soit, plus modérément, en se mentant tout de même à soi-même, souscrire a l’explication officielle et un tantinet paranoïaque du complot capitaliste contre la patrie du socialisme (celle des barbouzes qui nous avaient bourré le mou dans les dernières semaines, par exemple) qui ne nous avait de loin pas tous convaincu, mais nous ne parvenions pas comprendre pourquoi l’Allemagne de l’Est avait été prévue au programme du voyage par les officines communistes. Pour se tirer une balle dans le pied, il n’y avait pas mieux, ni pour gâcher la relative bonne impression, reposant essentiellement sur un exotisme prévu et préparé à l’avance que l’URSS et les russes nous avaient laissée. Du coup, nous retrouvions tout notre esprit critique et nos gentils organisateurs avaient fort à faire. Notre scepticisme faisait en quelque sorte rétroactivement tache d’huile et contaminait même nos plus récents souvenirs : le roi était nu, nous avions été manipulés, Tintin avait bien raison. Ce qui nous sauva tous, gentils organisateurs et rétifs organisés, ce fut notre jeunesse que rien ne pouvait jamais altérer. Nous fîmes notre mini révolution. On nous avait logé, puisque c’était les vacances, il faut le rappeler, dans une cité universitaire désertée de ses étudiants, à l’orée de la ville. Il faisait une chaleur étouffante, les chambres étaient minuscules, celles des filles beaucoup trop éloignées pour certains doux liens qui avaient forcément commencé de se tisser. Ce furent elles qui donnèrent le signal du chahut ; on passa matelas et couvertures par les fenêtres pour dormir à la belle étoile, sur la pelouse du campus. Nous fîmes fi des avertissements et de la prudence des accompagnateurs zélés et réussîmes, surtout les filles, à en entraîner deux ou trois, néanmoins jolis garçons, avec nous. Nous passâmes une excellente nuit à la fraîche, pour ma part serré contre à ma droite les formes sveltes de la brune Sylvie et à ma gauche contre celles plus rondelettes de la blonde Claire, à moins que ce fut l’inverse, mais tous entremêlés dans une sorte de préfiguration modeste et involontaire des nuits qui allaient quelques années plus tard advenir du côté de l’île de Wight ou de Woodstock. Vers trois heures du matin nous fûmes réveillés par une ronde de police (alertée ou non) avec chiens en laisse et torches dans les figures. On nous invita très poliment à regagner nos chambres de peur de prendre froid, ce que nous refusâmes tout aussi poliment. On nous laissa faire, probablement à cause de notre statut intouchable d’invité du régime. L’aube nous retrouva transis, fourbus et radieux. Juste après, ce fut l’aéroport, la caravelle et le retour à Paris. Je passais la journée avec Claire. Le lendemain elle m’accompagnait à nouveau à Orly, d’où je devais rejoindre mes parents qui passaient le reste des vacances sur la côte adriatique. Mon père avait déjà préparé les pellicules de rechange.

27 octobre 2006




Il me suffit de penser "à quasiment rien" pour penser à Roman Opalka qui, ostinato, a fait de ce "quasiment rien" l'oeuvre de toute une vie. et alors, je ne peux m'empêcher d'y penser avec émotion. ciscoblog ne fera quasiment rien la semaine prochaine. Bonnes vacances !

22 octobre 2006

Sereine jeunesse, 6


C'est bientôt la fin de la video perdue. Il ne reste plus que quelques images. Il y avait eu la finale de la coupe du monde, l'incroyable Angleterre-Allemagne, les russes s'étaient entassés dans une chambre devant un poste de télé, en noir et blanc bien entendu, avec des bouteilles de Stoloitchnaïa. La grande équipe soviétique de Lev Yachine, considéré alors comme le plus grand gardien du monde, qu'on surnommait "l'araignée noire" ou la "pieuvre noire", venait d'être battue en demi finale par l'Allemagne et cela avait été presque un deuil national. Les russes avaient pris fait et cause pour les anglais, comme pendant la guerre, et ils les soutenaient encore plus fort que si cela avait été leur propre équipe. On ne soupçonne d'ailleurs plus l'ampleur de la haine que les russes éprouvaient à l'égard des allemands (elle était à peu près du même ordre que celle de mes parents qui, dans les années soixante, refusaient d'acheter tout appareil qui portait une marque allemande - ce qui n'était pas si simple car il était reconnu universellement que ces appareils étaient les meilleurs et de loin - et d'ailleurs je souçonne qu'une des causes de la russophilie de bien des gens de leur âge, pas seulement les communistes, tenait à leur haine commune des allemands) On était encore moins de vingt ans après la fin de la guerre. Il y avait eu dans ce pays des millions de morts, infiniment plus qu'en France même en ajoutant les morts des deux guerres, on a tendance à l'oublier. Nous nous étions donc joints aux russes devant la télé qui, quelques jours avant, comme on le voit sur la vidéo qui est, je le redis, une copie du film super huit original, nous avaient collé la patée lors d'une olympiade de jeux de plage - ils adoraient ça, les olympiades, les russes à cette époque, ils donnaient le nom d'olympiades à toutes leurs joutes, y compris les courses en sac, comme on pourrait le voir sur le film et la video perdue, ce sont des images qui ont existé mais qui n'éxistent plus que dans ma mémoire - et nous avions joint nos applaudissements aux leurs quand Hurst, ce héros, avait marqué le troisième but dont on ne sait toujours pas de nos jours s'il était vraiment entré (on le passe et repasse à des ordinateurs qui n'arrivent toujours pas à prendre position pour ou contre). Nous étions vraiment contents pour eux et pas tellement pour les anglais contre qui nous avions piteusement perdu trois semaines auparavant. On avait fêté ça toute la nuit à grand renforts de toasts à la Stolitchanaïa en l'honneur des amitiés sovieto-britanniques, franco britanniques, franco-soviétiques et de bains de minuits tout habillés, barbouzes, officiels, camarades, guides et touristes studieux tous mélangés dans la grande fraternité du ballon rond. Deux ou trois jours après tout le monde avait réussi à retrouver son sérieux pour la visite des cosmonautes. il y en avait eu deux d'un coup, qu'on avait sortis spécialement de la cité des étoiles pour nous. Ils ne sentaient pas la naphtaline mais presque. Je me souviens que l'un des deux était le colonel Komarov qui se crashera quelques années plus tard dans l'un des seuls accidents de capsule spatiale reconnu par l'URSS et deviendra un héros de l'Union Soviétique posthume, je peux me glorifier d'avoir fréquenté un héros de l'Union Soviétique, oui. Ils n'étaient pas venus avec leurs combinaisons de bonhomme Michelin mais avec leurs uniformes de colonels de l'Armée Rouge, leur casquettes étoilées et leur panoplie complète de médailles pectorales souveraine contre l'asthme et autres maladies bronchiques. Les quinze secondes d'images sombres, qui seraient, je le répète, donc devenues un document rare et exceptionnel si elles n'avait pas été perdues dans ce déménagement, où on les distingue, tels des demi-dieux, signant des autographes avec la certitude du devoir accompli et la supériorité tranquille que conférait le titre de représentant de la Patrie du Socialisme, sont pourtant dues à l'éclairage d'appoint fourni par la télevision soviétique convoquée pour la circonstance. J'ai d'ailleurs eu droit à un coup d'oeil, en tant que collègue avec ma petite super huit, dans le viseur (d'une taille incroyable) d'une caméra de télévision qui n'était pas encore à l'époque portable, même à l'épaule, mais montée sur un lourd trépied en bois qu'il avait fallu installer à l'avance. La visite, qui avait été préparée pendant au moins une journée et demie, avait duré en tout et pour tout disons sept minutes et puis les gentils cosmonautes étaient remontés dans leurs jolies petites capsules spatiales en faisant des signes de la main et il s'étaient envolés, comme ça, vers la cité des étoiles... L'avenir radieux venait de nous effleurer les cheveux. Plus rien de grave ne pouvait plus nous arriver. Il ne nous restait plus qu' à acheter les cadeaux souvenir. On nous amena donc la veille du départ dans un magasin de souvenirs d'état ou dans un magasin d'état de souvenirs. Cela existait, à l'époque. Il n'y avait d'ailleurs que là où on nous laissait acheter quoi que ce soit et il fallait bien veiller à rendre tous nos roubles avant de partir. On ne pouvait garder que les kopecks et les pin's. Malgré les prix d'état les chapkas et les samovars dont mes parents auraient rêvé étaient très au-dessus de mes moyens. Ils eurent donc droit à une cuillère en bois peinte en rouge et or dont les stocks étaient tels qu'on les écoule pour trois fois rien encore quarante ans plus tard dans les marchés de Noël avec le même succès indémenti, une petite poupée de moujik toquée et bottée qui trône encore, quarante ans après elle aussi sur le poste de télévision familiale et une bouteille de vodka Stolitchnaïa, bien entendu. Le retour se fit en Iliouchine par l'Aéroflot et les images de l'aéroport de Moscou sont les dernières qu'on peut voir sur le film super huit perdu, mais de celles-là je ne me souviens plus du tout. Il n'y eu plus de pellicule pour la fin du voyage. Mais le souvenir est bien plus fort que la pellicule. Je serai donc en mesure de le raconter dans le prochain et dernier épisode de "Sereine Jeunesse". Il s'intitulera : "Dresde ou les aventures de Ciscoblog en RDA". Bientôt sur cet écran.

21 octobre 2006






La bande ci-dessus annonce un formidable film réalisé au siècle dernier, j'adore l'ancêtre de l'enregistreur MP3 que l'on peut y voir, par exemple (on y voit aussi l'ancêtre d'un lecteur). j'étais d'ailleurs né depuis belle lurette au moment où ce film a été tourné. On commence maintenant à trouver, en cherchant bien, sur Youtube ou Daylymotion, des film qui ont été tournés au dix-huitième et même au dix-septième siècle, si, si.

18 octobre 2006

Instantané, 2


Depuis quelques semaines, Henri,
mon père, 92 ans, a acheté un ordinateur portable (d'occasion) pour s'initier à Internet. Je le regarde aujourd'hui, de l'autre côté de la table, concentré sur l'écran écoutant les conseils de son petit fils Nathan, 19 ans, qui lui explique comment trouver un horaire de séance sur un site de cinéma. Il tient son majeur gauche levé au niveau de son visage prêt à appuyer sur la touche "entrée" comme si elle allait lui échapper pendant que sa main droite essaie de ne pas se crisper trop sur la souris. Depuis peu, il sait faire défiler le texte avec la molette. Il lit à haute voix l'horaire trouvé de la seance du film recherché : "Gaumont Alésia, O jérusalem, séance le lundi, mardi jeudi vendredi samedi à 13 heures 45." Mais il a une moue dubitative et un petit hochement de tête : "Quand même, c'est assez difficile pour moi toutes ces choses."
Pensée de la nuit N°109 :"Momma always said life was like a box of chocolate. You never know what you're gonna get" Forest Gump, via Echolaliste

14 octobre 2006

Un haiku par bain, 38


Malgré ses efforts
Le tourbillon de la bonde
Ne peut m'engloutir

13 octobre 2006

Guigne


Comme je l'écris maintenant chaque année à la même époque, mon meilleur écrivain préféré, Philip Roth, vient encore de rater le Prix Nobel de littérature. Ce qui ne retire rien, bien entendu, aux mérites de l' heureux récipendaire.

09 octobre 2006

Instantané, 1




Depuis le début du mois, Henri, mon père, 92 ans, lit pour la première fois de sa vie "A la Recherche du temps perdu" (il lit tout ce qui lui tombe sous la main), dans un volume de la collection Quarto de Gallimard. Aujourd'hui il a chaussé ses lunettes et, assis sur une chaise style louis XV collée contre le mur de son salon, se penche sur le gros livre qu'il a posé sur son maigre giron. Il a déjà allègrement dépassé les deux cent cinquante pages. Il lève les yeux et commente : "C'est bien écrit, mais quelques fois c'est emmerdant."

07 octobre 2006

Psychiatrie humanitaire (sic), 4



Jean Marie de Lassus dit qu’Il faut distinguer le don du cadeau : le premier se situe au niveau de l’être, le second au niveau des choses. Les anthropologues, dit-il, ont montré que le Potlatch finit par ruiner les sociétés qui le pratiquent. Tout cadeau est empoisonné. Donner, en revanche, c’est être capable de faire l’expérience de la perte sans attente de retour. Tout don est alors rédempteur. Il y a aussi de cette maxime apocryphe attribuée à Lacan : l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Je sentais confusément que tout ce qui c’était passé durant cette journée en Europe centrale avait à voire avec ce qui s’appelle la « vocation » (la mienne, pour la médecine, la pulsion soignante, la « pulsion d’aide », comme l’avait appelée un jour mon vieil ami François) et ce n’était pas fini. Mon tableau préféré est la « Vocation de Saint Mathieu » du Caravage. Je pense que, si le Paradis existe, Saint Mathieu en est encore, aujourd’hui, à se demander pourquoi il a été désigné, lui et pas un autre. Il y a évidemment dans le don quelque chose de sacré, et toute « vocation » a obligatoirement à voire avec le don sans quoi elle n’est rien. C’est ce que nous avions naguère essayé de formuler en tentant de faire la théorie de l’ « Accueil ». Plus tard, le soir, en revenant de Brasov et quittant définitivement le pays de Dracula nous redescendîmes les montagnes de Transylvanie. Nous avions traversé Sinaia et sa toute litanie de palais surannés parmi les sapins majestueux. C’était le crépuscule, au détour des virages, parfois, nous pouvions apercevoir des campements de tziganes à l’orée de forêts avec les roulottes disposées en cercle et des chevaux qui paissaient dans des clairières comme dans les livres d’images de notre enfance. Nous avions des visions fugitives de femmes aux vêtements colorés portant de l’eau ou s’activant à la préparation des repas autour de feux de bois dont les flammes s’élevaient très haut dans le ciel. Nous avancions hors du temps. Je ne sais plus pourquoi, mais je crois que ce fut simplement la beauté et le calme majestueux du paysage, nous arrêtâmes la voiture pour faire quelques pas dans la lumière rougeoyante et la nuit qui venait doucement. Il faisait presque froid. Venus de nulle part un jeune homme et une petite fille très pauvrement vêtus nous abordèrent. Dans un très mauvais anglais, le jeune homme nous demanda d’où nous venions comme pour engager la conversation, mais il ne se souciait pas tant que ça de notre réponse. Nous étions les étrangers qu’il attendait. La petite nous tira par les manches. Il nous invitèrent à venir chez lui où leurs parents nous dirent-ils seraient très heureux de nous saluer. Il était impossible de refuser. Nous les suivirent et ils nous conduisirent à une toute petite maison isolée, presqu’une masure, adossée au flanc de la montagne. Le père et la mère nous accueillirent comme s’ils nous attendaient en nous serrant les mains et, avec force sourires et politesses, nous firent asseoir (nous étions quatre) dans une pièce pratiquement nue à une toute petite table où il fallu nous serrer pour nous servir à dîner : du babeurre servi dans des verres duralex. Toute la famille était debout et s’activait autour de nous. Ils nous apportèrent en s’excusant tout ce qu’ils avaient. Un peu de fromage frais et des gâteaux secs. Ils nous regardaient manger. Nous prîmes grand soin de ne pas en laisser une miette. Ils n’avaient rien et nous avaient tout donné, comme le pope le matin même. A la fin, on échangea toujours avec le sourire, faute de mots suffisants, des banalités sur l’amitié franco-roumaine et sur la promesse de temps meilleurs. Ils nous raccompagnèrent à la voiture en nos remerciant, oui nous remerciant d’avoir bien voulu accepter leur hospitalité. La fin du voyage se fit en silence. Nous regagnâmes le monde, le siècle, l’Histoire, notre hôtel international au mobilier des années cinquante aux salles de bains couvertes de mauvais stuc à la robinetterie rouillée et à la télé en noir et blanc dans toutes les chambres qui ne diffusait en continu que les débats à l’assemblée nationale. A quelques soirs de là il y eut un grand pince fesses organisé à l’ambassade de France où l’ancien ministre de la santé, fondateur historique d’une organisation humanitaire bien connue, ouvrit le bal avec son successeur en robe blanche et de droite et où des loufiats en habit faisaient circuler des plateaux chichement garnis de canapés infects et des mêmes rondelles de mauvais salamis qu’on pouvait trouver seulement à prix d’or dans les restaurants pour occidentaux.

04 octobre 2006

Gérard Genette, oui je dis bien le très sérieux Gérard Genette, le pape de la narratrolgie de la métalepse et autre palimpsteste, auteurs réputé des "Figures", maître à penser de toute une génération de critiques post-barthésiens a publié au seuil un amour de blog sur papier (un livre) sous forme de répertoire où les entrées sont rangées par ordre alphabetique de "Aa" à "Zut", des pensées minuscules, des souvenirs de souvenirs, intitulé "Bardadrac" et où je puiserai les prochaines "pensées de la nuit"


Pensée de la nuit N° 108 :
"Pour réduire les temps morts il faudrait pouvoir pratiquer dans le vécu des ellipses, comme il y en a dans les récits, dans une pièce de théâtre ou dans les films. Le plus approchant est sans doute l'aneshésie générale, mais on nous déconseille d'en abuser. Le mieux serait d'ailleurs plutôt un effet de forte accélération, come lorsqu'un romancier résume plusieurs années en une page, voire une ou deux lignes ("il voyagea"...) : un pensum de dix heures prendrait dix secondes, et l'on verrait tourner à toute allure les auguilles de sa montre. Mieux, parce qu'au lieu de se revieller après syncope, on vivrait l'accéleration. On pourrait compenser ce gain (?) de temps par un effet contraire sur les moments trop brefs, mais comme ils sont nettement moins nombreux, je crains fort un bilan négatif, une fin brusquée"