29 octobre 2010

Haïku de train, 11


Arrogant paraphe
Les Pyrénées surgiront
De ce ciel d'albâtre


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28 octobre 2010

Une interview de Dieu (en VO) pour le 1500ème post de Ciscoblog - mazeltov Ciscoblog !

27 octobre 2010

Le chantilly

"Austerlitz" de W.G. Sebald que j'avais acheté en poches il y a plusieurs semaines sur l'incitation d'une visite faite à "Norwich", un blog un peu austère mais très instructif - tout juste si je connaissais W.G. Sebald de nom - le livre m'attendait esseulé sur une quelconque paillasse à mon boulot. Après trente pages je suis littéralement sous le charme et convaincu de lire un grand auteur. J'ai appris ensuite sur Wikipedia qu'il avait, un temps, été pressenti pour le Nobel, honte à moi.  Il est de la trempe d'un Claude Simon, d'un Gunther Grass de la grande époque, ou d'un Claudio Magris. C'est un écrivain de la mémoire et des lieux. Il écrit avec la mémoire et avec les lieux. Il et mort à moins de soixante ans en décembre 2001 dans un accident d'auto dans le sud de l'Angleterre pays où je croyais qu'il n'arrivait jamais d'accidents d'auto. Il n'aura jamais le Nobel. Le texte, dense, est parsemé de photos et de dessins,  lieux vides, objets banaux, qui ne semblent n'avoir été placés là que dans un but explicatif, comme redoublant les longues descriptions, comme si leur auteur avait craint de ne pas avoir été suffisamment explicite ou exhaustif. Ces illustrations ne rajoutent bizarrement rien, ou si peu au texte montrant accessoirement à quel point le texte l'emporte sur les images - est-ce fait exprès pour achever leur platitude et leur disqualification ? Austerlitz est le nom d'un personnage étrange, une sorte d' "intellectuel" fou dont le mystère fait la moitié du livre, qui  raconte son histoire, ses histoires, au narrateur qui nous les raconte à son tour. Cela donne d'étrange phrases hypnotiques comme  : "Il y avait un peu plus d'un an, pour son dixième anniversaire, me dit Gérald,  me dit Austerlitz, son oncle Alphonso lui avait offert deux pigeons gris ardoise et un autre blanc comme neige" ou bien comme "Avoir l'heure m'a toujours paru quelque chose de ridicule, de fondamentalement mensonger, peut-être parce qu'une nécessité interne que je n'ai moi même jamais réussi à comprendre m'a toujours fait regimber contre le pouvoir du temps et me tenir à l'écart de ce qu'on a coutume d'appeler l'actualité, dans l'espoir, me dis-je aujourd'hui, dit Austerlitz, que le temps ne passe pas, ne soit point révolu, que je puisse revenir en arrière et lui courir après, que là-bas tout soit alors comme avant ou, plus précisément, que tous les moments existent simultanément, auquel cas rien de ce que raconte l'histoire ne serait vrai..." et j'arrête là car la phrase continue encore une demie page se refusant à mourir sans avoir quasiment tout dit. C'est une narration par procuration, un peu comme ces fausses mémoires en réalités dictées ou tout simplement racontées au cours de quelques entretiens par des vedettes du sport ou du showbiz sauf que là, le "nègre" ne s'efface pas tout à fait, ne fait pas semblant de parler à la place du narrateur, assume son "je", se montre sur un coin de la photo, fais "coucou" en quelque sorte. Mais Austerlitz, nom de bataille, contrairement à Zidane ou Rika Zaraï, n' est qu'une fiction, un simple nom. C'est justement cette double narration qui  donne au personnage un peu plus que de la présence, une existence à nos yeux - Zidane et Rika Zaraï n'en ont pas besoin - comme s'il fallait à Sebald redoubler les récits, les multiplier l'un par l'autre, à l'instar du texte et des images,  pour atténuer le vacillement de l'être fictionnel. Mais vers la fin du livre tout change, deux de ces clichés qu'on croyait plats et anodins nous sautent littéralement aux yeux : ils montrent soudain trois personnages du livre. On se dit alors qu'on avait tout faux. Les images sont nécessaires au texte qui jamais n'épuisera une seule description. On les croyait imaginaires. ces personnages, produits du seul bon plaisir de l'auteur. Nous avons cependant sous les yeux les traits mêmes qui nous incitent plus que tout à croire à leur existence. Cette surprenante irruption va-t-elle nous faire croire à leur réalité ? Cela a la dimension d'une preuve (qu'on n'en cherchait pas, on se laissait bercer) mais ce n'en est pas une. fiction ou réalité, être de chair ou de papier ? La question ne sera pas tranchée : Austerlitz est une sorte de Pinocchio,  pauvre créature de fiction qui aspire à être réelle... Austerlitz, le livre, c'est l'histoire de cette aspiration.

26 octobre 2010

Pensée de la nuit No 175 :"Je n'ai jamais pensé au fait que j'étais juif ; sauf quand j'étais en danger. Et encore, ma judéité ne se manifestait pas dans ces cas-là comme quelque chose "d'intérieur", mais toujours comme une négativité, une limitation, une détermination extérieure - de même qu'on se définit comme nourriture vivante face à un requin dans l'océan ou à un tigre dans la jungle. Mais on ne peut pas se contenter d'être la nourriture des autres. Je n'ai jamais pensé à la religion : je ne la comprend tout simplement pas, qu'il s'agisse par exemple de la religion juive ou du bouddhisme, de la religion des adorateurs du feu, des serviteurs de Kali ou encore celle des mormons. Pourtant ma judéité m'a permis de vivre l'expérience universelle d'une existence humaine assujettie au totalitarisme. Donc si je suis juif, je dis que je suis négation, négation de tout orgueil humain, négation de toute sécurité, des nuits tranquilles, de la vie spirituelle paisible, du conformisme, du libre chois, de la fierté nationale - je suis la page noire des triomphes qui ne laisse pas transparaître l'écriture, je suis une négation, non pas juive, mais une négation humaine universelle, un mané, theckel, pharès sur le mur de l'oppression totale" Imre Kertesz, Journal de Galère, Actes Sud

25 octobre 2010

Tanka, 27

à MLG


Lendemain de pluie
Marchant dans la nuit profonde
J'entends l'eau qui bruit

Elle a retrouvé son lit
La rivière vagabonde
Haïku de rien, 16


Heureuse saison
Quand un voile de regain
Verdit les labours

24 octobre 2010

Je viens tout juste de comprendre à quoi servaient les hashtags sur Twitter et je suis tout excité (tout croq comme dit Nathan). Vous qui pensiez, comme moi que les hashtags ne servaient à rien ou que la seule lecture de ce mot (traduction : tag de dièse, traduction : trace de dièse, ou plutôt dièse de trace (de mieux en mieux...)) plongeait dans des abîmes de perplexité ou d'ennui, détrompez-vous. Comme vous le savez, depuis peu, et je ne m'en excuse pas, j'inonde vos fils twitter de notes de lectures en 140 signes sans lesquelles votre vie ne serait que grisaille, mais le problème c'est qu'elles elles se joignent au flux, se noient dans le flot des nouvelles du monde ou de vos nombrils. J'ai un mal fou à les retrouver dans mon propre fil. Vous même ne savez pas comment collectionner ces précieuses notations. Eh bien ne vous inquiétez pas. Papa Ciscoblog a trouvé la solution : Le hashtag! A partir de maintenant et jusqu'à nouvel ordre qu'on se le dise : le hashtag "notedelec" (pour note de lecture, évidemment) sera ajouté systématiquement derrière toute note de lecture postée par "Ciscoblog" sur Twitter. Mais rien ne vous empêche d'en faire autant. N'hésitez surtout pas à envoyer des tweets sur vos lectures à la mer en les tagant "notedelec" et nous aurons ainsi créé à nous tous la première metabibliothèque borgesiène du Web! (je sens que mes vieux jours vont être assurés)

23 octobre 2010

Sur internet c'est la mode des cartes de métro. On a déjà vu la carte de métro des sciences, la carte de métro du rock   Voici maintenant la carte de métro du cinéma ou plus exactement celle des 250 meilleurs films de tous les temps selon l'IMDb, le plus visité des sites de cinéma. Cette carte a été réalisée sur le site Vodkaster, un site français, me semble-t-il,  où vous pouvez aussi chercher et trouver des extraits "cultes" ou des extraits commentés de tous vos films favoris. "Vodkaster" saute d'ailleurs illico en LCD

20 octobre 2010

SAINTE JULIETTE, LA NUIT

17 octobre 2010

 Quintil, 3



Dans le ciel un aigle s'éloigne
Emportant sa proie dans le soir
L'averse fond sur la montagne

Tant que demeure un seul espoir
Abritons nous à la Mascagne


HaÏku de rien, 15


Entre deux averses
Nous ramassions du bois mort
Dévoré d'usnée

16 octobre 2010

Nouveaux haïkus de bains,1


T'ai récupéré
Baquet de fin de semaines
Tu feras l'affaire!



haïku de rien, 14


Maison silencieuse
Le feu se parle à lui même
Dans la cheminée


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14 octobre 2010

Tanka, 26

à M.L.G.


Des tentures d'ouate
Infiniment nous invitent
A l'orée du monde :

Nous fonçons dans le brouillard
En quête d'un paysage

12 octobre 2010

Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas promené par là
Pensée de la nuit N°174 : "Pitoyable amour-propre qui me fait détourner les yeux avec une indifférence feinte de cette femme superbe que tout le monde regarde, parce que je suis sûr qu’elle ne me remarquera pas, mais dans l’illusion pourtant qu’elle remarquera mon dédain et s’en trouvera humiliée comme je le suis déjà par anticipation du sien – et ne réussissant au bout du compte qu’à me priver du plaisir de regarder comme tout le monde cette femme superbe." Eric Chevillard, l'Autofictif

11 octobre 2010

Je prends des notes en lisant. Je l'ai toujours fait. Qu'il s'agisse d'essais ou de romans, bien que pour les romans cela soit plus disparate. Je n'ai jamais eu honte de souligner dans le livre même, sur le papier, dans les marges ou sous le texte y compris avec des bics à l'encre indélébile. Peu importait même si la soulignure débordait, déviait et venait biffer le texte même qu'elle voulait distinguer. Je souligne comme un cochon, disons le tout net. Je ne suis pas de la génération des surligneurs  et des encres transparentes. Qu'importe, les notes c'est la substantifique moelle, le petit lait, le miel, l'élixir, le dégraissé. Je me suis toujours étonné qu'en les relisant, mais je ne le fais que très rarement, je ne sois pas plongé dans quelque chose qui soit comme le carré, le cube, ou plutôt la racine cubique du livre que je venait de lire, l'essentiel, l'illumination, le concentré. Il m'est même arrivé de rêver qu'une divinité à la Borges, sorte de lecteur ultime, de meta meta lecteur, eut été capable de compiler ces notes en un seul carnet de notes, le carnet de notes de mes carnets de notes, en en tirant le dernier suc, pour ainsi dire l'ultime jus qui aurait été le livre de tous les livres ou même la page de tous les livres. Mais je reviens au trivial. Il est en principe toujours prévu que je retranscrive ce que j'ai ainsi glané et mis en exergue. Actuellement c'est dans le calepin Clairefontaine du moment. Avant, j'en remplissais méthodiquement de beaux cahier à petits carreaux bien reliés que je rangeais à côté de mes livres dans les étagères de la bibliothèque. J'en ai maintenant un petit rayon, de plus en plus poussiéreux, mais j'ai arrêté depuis longtemps, pour des raisons qui m'échappent comme les rêves nous échappent. Je ne me sers pas de ces notes, elles ne me servent à rien, je ne les consulte pour ainsi dire jamais, sauf pour me souvenir d'autre chose, par exemple de ce qui se passait dans ma vie au moment où je lisais tel ou tel livre. Je ne consulte d'ailleurs pas plus les calepins Clairefontaine qui s'amoncellent par dizaines, à même le plancher, sous les rayons de la même bibliothèque. Ce sont des archives, les archives de ma vie, des lambeaux d'archives, plus précisément, avec des trous, des lacunes de plusieurs années, écrites en pattes de mouche, de plus en plus illisibles à mesure que l'âge avance. Elles attendent, disons, les archéologues des mondes post-atomiques. Je pense que cette activité, prendre des notes en lisant, est une des rares choses que je n'ai jamais cessé de faire avec me curer le nez quand je crois qu'on ne me voit pas. Fumer, boire, manger du gras, jouer au flipper j'ai arrêté. Mais pas de prendre des notes. Il n'est pourtant pas sûr qu'un livre dont je n'ai pas tiré plus d'une note soit un si bon livre que ça. Ce qui ne veux pas dire que tout bon livre qui m'est passé sous les yeux ait été ainsi "jivarisé", réduit comme une vielle pomme, comme une tête d'amérindien malchanceux à la guerre et accrochée à la ceinture du vainqueur, il y en a qui sont passé entre les gouttes, qui ont évité la moulinette, qui n'ont simplement pas été annotés. Mais pas beaucoup. C'est une habitude, une manie pas plus sale qu'une autre, voilà tout. Donnez un livre à une dizaine de lecteurs et demandez leur de les annoter. Vous pouvez être sûrs qu'aucun d'entre eux ne vous rendra la même liste. Dis moi comment tu annotes et je te dirai qui tu es. Aucun auteur ne peut résumer son livre à ses, mettons dix phrases essentielles. N'importe quel étudiant de première année un peu sérieux le peut ? J'en ai même connu un, quelqu'un de très proche, qui a prétendu avoir résumé les essais de Montaigne en dix phrases (ce qui jette un large doute sur la réalité de la chose écrite et sur sa prétendue supériorité sur la parole : qu'est-ce qui me prouve que tous les exemplaire d'un même tirage soient identiques, qu'il ne s'agisse pas de dix milles histoires différentes, de dix milles théories contradictoires) Gros avantage du cancre sur le prix Nobel de littérature. Un carnet de note est une décoction de livres. C'est bon comme les queues de cerise. On peut soigner des maladies avec : l'angoisse de la page blanche, la panne sèche, la dépression et j'en passe. Mais ce qui est bon pour la santé a souvent un goût détestable. Pas plus que le syllogisme faux un carnet de notes passe facilement par la bouche. Aucune compilation, aucun résumé n'aura jamais la saveur gouleyante d'une œuvre. Je me plaît à imaginer parfois un livre dont on ne pourrait tirer qu'une seule note, une seule citation : le livre lui même dans son intégralité, ou à l'inverse un pavé d'un kilo qui ne serait composé que d'un seul extrait qui serait son propre résumé. Je ne l'ai pas encore rencontré. Mais laissons là les spéculations et l'incertitude. Venons en à ce pourquoi j'ai commencé à écrire ces lignes sans queue ni tête. La jivarisation des œuvres est-elle elle même une œuvre ? La joyeuse bande de de l'Oulipo l'a pratiquée et la pratique encore : Ils transforment des odes en haïku et des sonnets en distiques aussi facilement qu'un marin retraité réussit à loger des modèles réduits en allumettes de la Sagrada Familia avec les échafaudages et tout dans des bouteilles de rhum à la chaîne. Il existe un site, que vous pouvez trouver sur ce blog, en LCD depuis plusieurs années, "Angry Alien" pour ne pas le nommer, qui pratique la jivarisation des films en dessins animés de trente secondes, avec des lapins, d'autres, dont je ne me souviens plus du nom mais vers qui j'ai tissé naguère un lien, j'ai la flemme de le retrouver là maintenant, qui résument les "Sopranos" en sept minutes (on suit toute l'histoire sans difficultés) d'autres encore qui font tenir le Roi Lear ou Henri VI, les deux parties compressées, en un seul SMS.  Vous ne me direz pas que l'on ne gagne pas de temps. Twitter, avec ses cent quarante signes a érigé la jivarisation en institution sociale et sanctifié le résumé. La contrainte du Tweet est à peu près la même que celle de l'Alexandrin. C'est la nouvelle métrique. Si la poésie est une reformulation contrainte de la parole libre, alors je l'ai déjà dit ; il y a toute une poétique de Twitter. C'est pourquoi, à partir de maintenant, au lieu de les consigner besogneusement dans mes carnets à petits carreaux j'enverrai mes notes de lecture à la mer. Elles iront se fondre dans le flot universel, là juste à ma gauche, sur la LCG (La Colonne de Gauche). Ceux qui m'aiment prendront Twitter. Sinon, rien de grave. Gloire à Twitter.

07 octobre 2010

Caramba! Encore raté! (mais cette fois-ci, corrigeons un peu notre amertume : Vargas Liosa fait lui aussi un beau vainqueur)


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05 octobre 2010

L'air du temps, 3


"Puisque je sais que le réel n'est réel en rien, comment puis je croire que les rêves sont rêves ?" dit le sage. Parfois j'arrive à penser que les arguments de la pub télé sont admissibles : je veux bien croire que l' Alpha Giuilleta est faite de la même matière que les rêves ou que Chrysler construit des hôtels  sur roues et non des voitures. Je veux bien que cela renforce l'apparence onirique du monde. Ce sont des biens de consommation au même titre que les téléphones ou les petits pois Bonduelle. Mais j'ai plus de mal avec les biens dits culturels. Cette pub pour  Jonas Kauffman, par exemple, nouveau ténor de service, m'énerve, bien que je n'aie rien contre Jonas Kauffman personnellement entendez le bien, il a un beau petit filet de voix à ce qu'on nous montre (et Roberto Alagna, il est où ?) Les automobiles sont produites à la chaîne et les petits pois cultivés dans les champs. On ne peut tout de même pas en dire autant d'un ténor qui n'en n'est pas moins homme et qui demeure à ce titre un être unique. Cela me rappelle mon patient Noureddine, ouvrier, qui se révoltait : "Ce n'est pas parce que je fabriques des produits finis que j'en suis un!"




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04 octobre 2010

(via Noematique)

03 octobre 2010

Haïku de rien, 13


Au son de Chopin
Écossons les haricots
Dimanche d'automne


haïku de rien, 12


Dans le vent d'Autan
Le chien court après les balles
Tombant des noyers


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01 octobre 2010

Il y a un an presque pour jour Philip Roth ratait, une fois de plus, le prix Nobel de littérature. Nous voici déjà en octobre cette année et Philip Roth est donc sur le point de perdre à nouveau le Nobel. Nous en avons pris l'habitude. Cette incompréhensible injustice des tout-puissants notables suédois chauves et anonymes commence à nous gonfler. De même que commence à nous gonfler l'insistance d'éditeurs rapaces et imbéciles a vouloir publier un livre de Roth tous les ans juste avant l'annonce du prix de peur de rater ses juteux dividendes. Mais je m'échauffe, je radote, je m'indigne, je ne voulais parler que du pouvoir d'évocation inouï de la littérature. Comment dire cela : je viens d'entamer "Indignation" de Notre auteur favori et voilà que je me prends déjà pour le narrateur (Cliquez ici si vous vous voulez en savoir plus sur les apories du narrateur rothique). Dès la quatrième page tout est en place : je ne sais plus de qui Roth parle, de son héros, de lui, de vous, de moi. Je me sens plongé soudain dans l'histoire de ma propre vie, même si les époques, les protagonistes, les décors, évidemment, ne correspondent pas, enfin ne correspondent pas tout a fait. C'est une histoire de père et de fils. Peu importe que le père soit boucher ou confectionneur, que le fils soit étudiant en droit ou en médecine peu importe même que le père soit un père ou une mère et que le fils soit un fils ou une fille, peu importe même que l'histoire soit une histoire. Tout est ficelé, vissé, serti à merveille. Ce fils porte tous les espoirs de son père. Il en porte aussi toutes les angoisses. Bien qu'il en soit ainsi probablement pour tous les pères et tous les fils de tous les temps, c'est le génie d'un écrivain de la trempe de Roth d'en faire le sujet d'un livre avec autant d'évidence. Dès lors il y a une équivalence entre angoisse et espoir. J'ai porté tous les espoirs de mon père. Et aussi ses angoisses. C'est une révélation. Pas au sens des juges, au sens des photographes. C'est en lisant, maintenant, cette histoire, qu'on pourrait prendre pour celle de Roth et qui ne l'est pas, que je m'en rends compte avec autant d'acuité. C'est comme si je le découvrais seulement maintenant. Non, pas "comme" : je le découvre seulement maintenant, malgré des années d'analyse et d'introspection nombriliques. Premier de toute ma famille à faire des études supérieures ou presque, non, pas "presque" : le premier. Mon frère fut le second. il y en eu d'autres, certes, mais parmis les cousins et les petits cousins, pas en "ligne directe", je peux remonter de tous côtés jusqu'aux arrières arrières grand parents. A partir de là, je sais que, semblable aux froides Parques, Roth dévidera inexorablement le fil de la tragédie et le tranchera net à la fin, montrant ce qu'il en coûte aux pères de trop aimer leurs fils, à quels désastres conduisent la passion de la perpétuation et la folie de l'indifférenciation. Marcus Messner, alias vous et moi, héros au sens grec du terme, sacrifié, marchant vers un destin inexorable, le payera sans comprendre et n'embrassera jamais que sa mort, persuadé de sa propre autonomie, de son intégrité morale et de défendre l'héritage de ses parents et de la civilisation occidentale. Et moi, lecteur impuissant, j'entrerai transi de peur dans ce grand théâtre.