Je pense à
Dominque Laffin. Elle est morte d'une crise cardiaque à 33 ans en 1985. J'ai été follement amoureux de Dominique Laffin (et aussi de Christine Pascal, mais on reparlera une autre fois de Christine Pascal, elle aussi morte prématurément) Qui n'a pas été amoureux de Dominique Laffin à cette époque ? De son regard éperdu, de sa lumineuse beauté, de sa voix rauque ? Elle a été L'étoile filante du cinéma français des années soixante dix. La "Femme qui pleure" de Jacques Doillon, c'était elle. On dit que sa tombe est située au Père Lachaise, juste à côté de celle de François Truffaut. Ils ne se sont pas rencontrés au cinéma, pourtant. Ils auraient du. Du coup je pense aussi que la "Drôlesse" du même Jacques Doillon est l'un de mes dix films préférés au monde. Une grâce inouïe. Un chef d'oeuvre. Et Madeleine Desdevises (qui se souvient des acteurs non professionnels du film ?) qui est morte, elle aussi, à 13 ans, d'une maladie héréditaire deux ans après le tournage et Claude hébert, le garçon, qui est parti missionnaire au fin fond du monde et n'a plus jamais voulu entendre parler de cinéma. J'ai pensé à Dominique Laffin à cause des "Doigts dans la Tête" qui était aussi un film de J. Doillon. Et les "Doigts dans la tête" c'était le nom de la librairie qu'ont ouverte en 1975 N. et C. , ou plutôt C. comme on le verra, car N est devenu rapidement un grand spécialiste en pneumologie et en cancérologie, à Dijon. Un sacré nom pour une librairie, "Les Doigts dans la tête". J'étais, moi à quelques semaines de la quille. Presque en partance. Je peux dire avec fierté que j'ai participé à l'aventure. Oh, très modestement. Un coup de main au rafraîchissement des peintures du vieux fond de la rue Chabot Charny, dans le quartier des facultés, non loin de la fac de médecine ou de lettres, mon souvenir est vague, mais surtout, la vie dijonaise a pris alors pour moi un interêt imprévu. "Les doigts dans la tête" sont rapidement devenus un haut lieu alternatif de Dijon. Les jeunes et les moins jeunes en mal de nouveauté venaient s'y presser. La librairie ne désemplissait pas. Toutes les substances fumables et ingérables y circulaient, des révolutions bien plus souriantes et fraîches que celles du Quartier Latin d'alors y étaient fomentées. On y vendait pas seulement des livres selon les méthodes apprises en quelques voyages au même Quartier Latin à Paris à "Autrement dit ou "La Hune"et pieusement reproduites, mais aussi des disques dont s'occupaient plus particulièrement N. et son copain Biquette (N. et Biquette, en fait tous deux natifs tous deux d'Avallon étaient venus étudier à Dijon, ils y était déracinés eux aussi, pour ainsi dire comme moi, C. etait quant à elle de Noyères sur Serein où ses parents tenaient la pharmacie) Les surnoms bourguignons, il faudra un jour leur consacrer une entrée entière de Ciscoblog. C'est un des grands acquis de mon service militaire. En bourgogne, savez-vous, on s'appelle surtout par son surnom, pas par son prénom. Ainsi, dans la bande, par exemple, il y avait une fille qu'on appelait "La cigogne" probablement à cause de ses très belles longues jambes, je n'ai jamais su son vrai prénom ou en tout cas je l'ai vite oublié, et un jour, "la cigogne" a rencontré un garçon et ils se sont mis ensemble. Je ne me souviens pas non plus de son prénom mais tout le monde l'a immédiatement appelé "Le cigognot" bien qu'il ne présentât aucun caractère propre aux volatiles de cette espèce. C. s'appelait la "Puce" à cause de sa taille et "Biquette" "Biquette" à cause des ses cheveux frisés, etc. A cette époque les projets foisonnaient. En dehors des livres, donc, il y avait les disques, et particulièrement les exports d'Impulse dont les nouveautés étaient attendues dans la fièvre, le label "ECM" avec Dollar Brand ou Pharoa Sanders, pour ne citer que les moins connus (N. avait deux idoles : Schmoll, alias Eddy Mitchell et Sun Ra) J'y ai découvert le Art ensemble of Chicago avant Brigitte Fontaine, Keith Jarreth avant le concert de Cologne , Anthony Braxton et Cecil Taylor : de grands moments. Au sous sol on avait ouvert une galerie d'Art contemporain qui marchait du feu de Dieu. J'ai bien plus appris en quelques mois à Dijon qu'en 10 ans de rue de la Huchette. Bien sûr comme toutes les Utopies, "Les doigts dans la tête" n'ont pas tenu, victimes, tout comme leur illustre modèle "La joie de Lire" du vol de livres qui était à cette époque un sport national et un manque à gagner bien plus irréparable que Napster ou La Mule vingt cinq ans plus tard pour les grandes compagnies de disques. Mais "La puce" se battit plusieurs années avant de rendre dignement les armes et de devenir l'une des bibliothécaires les plus respectées de la région. "Biquette" est parti un jour tout droit sans un sou aux US à New York où il a failli crever de faim dans le légendaire Lower East Side et dans un désir inextinguible de contre culture, ce qui lui a valu deux ans plus tard à son retour, pétri comme personne de musique d'outre atlantique de se faire engager par Jean Francois Bizot dans l'équipe d'Actuel (et plus tard de devenir le parrain de Jérémie, entre autre) N a suivi sa route, c'est un cancérologue respecté maintenant. Je présume qu'il ne rate pas un concert de Schmoll. Après, je suis retourné à Paris pour finir mon internat en psychiatrie à Dormeil chez Bonnafé et y rencontrer les petits Mozards (sic pour le "d") qui ont maintenant bien vieilli mais c'est la vie. Et la vie qui sépare tout doucenement ceux qui s'aiment sans faire de bruit nous a séparés nous aussi. Je porte Dijon et tous ces amis dans mon âme et mon coeur.
Dominque Laffin. Elle est morte d'une crise cardiaque à 33 ans en 1985. J'ai été follement amoureux de Dominique Laffin (et aussi de Christine Pascal, mais on reparlera une autre fois de Christine Pascal, elle aussi morte prématurément) Qui n'a pas été amoureux de Dominique Laffin à cette époque ? De son regard éperdu, de sa lumineuse beauté, de sa voix rauque ? Elle a été L'étoile filante du cinéma français des années soixante dix. La "Femme qui pleure" de Jacques Doillon, c'était elle. On dit que sa tombe est située au Père Lachaise, juste à côté de celle de François Truffaut. Ils ne se sont pas rencontrés au cinéma, pourtant. Ils auraient du. Du coup je pense aussi que la "Drôlesse" du même Jacques Doillon est l'un de mes dix films préférés au monde. Une grâce inouïe. Un chef d'oeuvre. Et Madeleine Desdevises (qui se souvient des acteurs non professionnels du film ?) qui est morte, elle aussi, à 13 ans, d'une maladie héréditaire deux ans après le tournage et Claude hébert, le garçon, qui est parti missionnaire au fin fond du monde et n'a plus jamais voulu entendre parler de cinéma. J'ai pensé à Dominique Laffin à cause des "Doigts dans la Tête" qui était aussi un film de J. Doillon. Et les "Doigts dans la tête" c'était le nom de la librairie qu'ont ouverte en 1975 N. et C. , ou plutôt C. comme on le verra, car N est devenu rapidement un grand spécialiste en pneumologie et en cancérologie, à Dijon. Un sacré nom pour une librairie, "Les Doigts dans la tête". J'étais, moi à quelques semaines de la quille. Presque en partance. Je peux dire avec fierté que j'ai participé à l'aventure. Oh, très modestement. Un coup de main au rafraîchissement des peintures du vieux fond de la rue Chabot Charny, dans le quartier des facultés, non loin de la fac de médecine ou de lettres, mon souvenir est vague, mais surtout, la vie dijonaise a pris alors pour moi un interêt imprévu. "Les doigts dans la tête" sont rapidement devenus un haut lieu alternatif de Dijon. Les jeunes et les moins jeunes en mal de nouveauté venaient s'y presser. La librairie ne désemplissait pas. Toutes les substances fumables et ingérables y circulaient, des révolutions bien plus souriantes et fraîches que celles du Quartier Latin d'alors y étaient fomentées. On y vendait pas seulement des livres selon les méthodes apprises en quelques voyages au même Quartier Latin à Paris à "Autrement dit ou "La Hune"et pieusement reproduites, mais aussi des disques dont s'occupaient plus particulièrement N. et son copain Biquette (N. et Biquette, en fait tous deux natifs tous deux d'Avallon étaient venus étudier à Dijon, ils y était déracinés eux aussi, pour ainsi dire comme moi, C. etait quant à elle de Noyères sur Serein où ses parents tenaient la pharmacie) Les surnoms bourguignons, il faudra un jour leur consacrer une entrée entière de Ciscoblog. C'est un des grands acquis de mon service militaire. En bourgogne, savez-vous, on s'appelle surtout par son surnom, pas par son prénom. Ainsi, dans la bande, par exemple, il y avait une fille qu'on appelait "La cigogne" probablement à cause de ses très belles longues jambes, je n'ai jamais su son vrai prénom ou en tout cas je l'ai vite oublié, et un jour, "la cigogne" a rencontré un garçon et ils se sont mis ensemble. Je ne me souviens pas non plus de son prénom mais tout le monde l'a immédiatement appelé "Le cigognot" bien qu'il ne présentât aucun caractère propre aux volatiles de cette espèce. C. s'appelait la "Puce" à cause de sa taille et "Biquette" "Biquette" à cause des ses cheveux frisés, etc. A cette époque les projets foisonnaient. En dehors des livres, donc, il y avait les disques, et particulièrement les exports d'Impulse dont les nouveautés étaient attendues dans la fièvre, le label "ECM" avec Dollar Brand ou Pharoa Sanders, pour ne citer que les moins connus (N. avait deux idoles : Schmoll, alias Eddy Mitchell et Sun Ra) J'y ai découvert le Art ensemble of Chicago avant Brigitte Fontaine, Keith Jarreth avant le concert de Cologne , Anthony Braxton et Cecil Taylor : de grands moments. Au sous sol on avait ouvert une galerie d'Art contemporain qui marchait du feu de Dieu. J'ai bien plus appris en quelques mois à Dijon qu'en 10 ans de rue de la Huchette. Bien sûr comme toutes les Utopies, "Les doigts dans la tête" n'ont pas tenu, victimes, tout comme leur illustre modèle "La joie de Lire" du vol de livres qui était à cette époque un sport national et un manque à gagner bien plus irréparable que Napster ou La Mule vingt cinq ans plus tard pour les grandes compagnies de disques. Mais "La puce" se battit plusieurs années avant de rendre dignement les armes et de devenir l'une des bibliothécaires les plus respectées de la région. "Biquette" est parti un jour tout droit sans un sou aux US à New York où il a failli crever de faim dans le légendaire Lower East Side et dans un désir inextinguible de contre culture, ce qui lui a valu deux ans plus tard à son retour, pétri comme personne de musique d'outre atlantique de se faire engager par Jean Francois Bizot dans l'équipe d'Actuel (et plus tard de devenir le parrain de Jérémie, entre autre) N a suivi sa route, c'est un cancérologue respecté maintenant. Je présume qu'il ne rate pas un concert de Schmoll. Après, je suis retourné à Paris pour finir mon internat en psychiatrie à Dormeil chez Bonnafé et y rencontrer les petits Mozards (sic pour le "d") qui ont maintenant bien vieilli mais c'est la vie. Et la vie qui sépare tout doucenement ceux qui s'aiment sans faire de bruit nous a séparés nous aussi. Je porte Dijon et tous ces amis dans mon âme et mon coeur.










