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31 juillet 2005

Ce soir c'est la fête, c'est Byzance : trois nouvelles entrées en LCD (la colonne de droite !) D'un seul coup ! Bienvenue donc, à "Lunettes Rouges" alias "Amateur d'Art", mais c'est pas beau, à "Blablablog", qui cause très bien, et à "Images", il aurait juste pu se creuser un peu pour le titre. Trois blog très talentueux hébérgés chez "le Monde". Que du beau monde, comme il se doit.
Pensée de la nuit N° 88 : "Et c’est pour ça qu’il y a aussi dans la phrase de Claude Simon, une forme d’impatience, qui crée ce rythme parfois douloureux, cet acharnement à dire, en se corrigeant, en précisant, cette façon courageuse et pathétique de tenter de céder à la volonté de dire tout, à cette impossibilité de dire tout, le tout d’une chose, d’une minute, d’une scène. Le courage de le tenter, en sachant d’avance qu’on ne peut pas dire tout à la fois et qu’il faut, dans la succession, dans l’ordre indispensable de l’écriture, procéder par ordre et en avouant que c’est seul cet ordre faux, tordu, qui peut donner l’idée, à défaut de l’image, du désordre dans lequel on se heurte au monde." Blablablog, entrée du 12 juillet 2005
Je te disais donc l'autre jour, ô lecteur attentif, que j'entreprenais la lecture du Quichotte, ce monument de la littérature mondiale, cette mère de tous les romans, qui manquait malheureusement, à la liste de mes lectures, parmi bien d'autres d'ailleurs. (tiens pas mal comme liste : liste des livres que je n'ai pas encore lus... ) Comme toute information se doit d'être suivie, car je te sais bien sûr, ô courageux lecteur , suspendu aux dernières péripéties de mes aventures sinon littéraires du moins livresques, je viens ici te rendre compte et satisfaire ton insatiable curiosité. Voici donc, ô patient lecteur, puisqu'à bon droit tu y prétend, des nouvelles en direct live de mon voyage à la suite du chevalier à la triste figure. Je n'en suis rendu qu'à la fin de la première partie. Je progresse trop lentement, tu as raison, ô sévère lecteur, mais diverses en sont les raisons. L'une d'entre elles est que, comme tu le sais, la lecture est une activité ambulatoire qui n'interdit pas l'ubiquité. Les livres sont comme des vallées qu'empruntent des chemins, souvent parallèles, se rejoignant parfois au sommet de cols escarpés, mais aussi divergeantes, chacune singulière. On peut passer de l'une à l'autre en traversant la montagne. Il suffit pour cela de marquer sa page, fermer le volume, en prendre un autre, l'ouvrir, faisant fi des protestations des personnages abandonnés et de s'y plonger comme on dévale une pente au soleil couchant. En ce moment, donc, L'ingénieux hidalgo reste souvent la nuit à m'attendre au milieu de la sierra, debout sur ses étriers et appuyé sur sa lance, comme arrêté sur image, pendant que mes yeux, coupables ou non, se délectent des peintures de l'un de ses quasi contemporains, le rois du clair obscur, le sensuel prince de l'or en lumière, le fier amant de Saskia, tu auras reconnu le génial Rembrandt en personne. C'est Simon Schama qui t'introduit secrèterment dans l'atelier du peintre, comme une petite souris, comme une patte de mouche, comme une atome de silence. Tu es la poussière qu'il frotte dans ses yeux. Il réussit littéralement à te faire voir le monde à travers l'oeil même du maître flamand. Les Yeux de Rembrandt. Quel beau titre pour un livre sur les mystères de la peinture. Ainsi passé-je, sous la lampe, du soleil de plomb ibérique, qui lave toutes les couleurs, à la pluie fine qui baigne la plaine du plat pays, tout en restant dans le même siècle, le siècle d'Or, entre le milieu du seizième et celui suivant. J'ai toujours lu de cette manière, à saute mouton, plusieurs livres à la fois. Ainsi n'aie aucune crainte, ô indulgent lecteur, de me voir confondre les leçons d'anatomie avec les moulins à vent ni de prendre les troupeaux de moutons pour des rondes de nuit. Le Quichotte est un livre qui n'a pas été écrit, du moins par quelqu'un : ni par Cervantès, ni par Pierre Meynard, ni par Borgès. Il n'a pas été écrit parce qu'il s'est écrit tout seul. S'écrit tout seul, au présent, faut-il dire. Au moment même où tu le lis. Pure jubilation... Son mystère te saisit exactement au moment où tu crois que tu vas abandonner, que le volume te tombe des mains. Il ya cette fameuse première phrase que tout le monde connaît avant de la lire (sauf moi !) " Dans un village de la Manche dont je ne veux pas me rappeler le nom... " (On se dit "j'ai mal lu, il fallait lire : "dans un village dont je ne me rappelle pas le nom"", alors on recommence et on bute encore sur le "je ne veux pas", c'est donc bien ce qui est écrit, et on recommence encore une fois : "dans un village dont je ne veux pas me rappeler le nom..." Pourquoi le narrateur refuse-t-il de ce souvenir du nom du village ? On s'arrête encore. Il a peur qu'on le reconnaisse ? Il n'avait qu'à dire simplement qu'il ne se rappelait plus le nom, alors qu'il tente le diable dès la première phrase en disant qu'il ne veut pas se rappeler ! C'est au contraire qu'il se le rappelle ! Etc... Mais il ne va pas plus loin, le narrateur, il te laisse comme un paquet de sottise avec cette petite phrase qui étendra son étrangeté tout au long des pages. Tu reprends la lecture. Il y a les moulins à vent, Dulcinée, l'auberge avec Maritorne et tout le toutim. tu apprends tout à coup que le narrateur n'est pas l'auteur du livre ! Ca alors ! Qu' arrive-t-il encore ! Un chapitre s'arrête net en pleine action, les épées levées des combattants sont prêtes à s'abattre l'une sur l'autre. tu passes au prochain chapitre, haletant. Rien. Pas de suite. Où est-elle passée ? Tu vérifie, reconte les pages. Non, c'est bien la bonne. Pas de suite. Le narrateur ne la connaît pas. Il est arrivé au bout de l'histoire qu'il a à sa disposition. Il cherche la suite, lui aussi. Il la trouve au marché. Il l'achète cinq réals. Le véritable auteur de l'histoire est un érudit arabe. Le narrateur ne fait que la traduire, à la virgule près et la rapporte en temps réel semble-t-il. Il est comme nous : il ne sait jamais la suite (Mais à la fin, parce que je lis toujours la fin des livres avant d'y arriver, à la mort du Hidalgo, l'auteur arabe, on n'est jamais assez "prudent", comme dit le narrateur, prétendra que ce n'est pas lui qui a écrit le Quchotte, mais que c'est sa plume, elle toute seule et personne d'autre !) Tout à coup le combat reprend, les épées s'abaissent malgré toutes ces apories, ce qui relance toute l'histoire... dont tu te diras toujours, à partir de cet instant, qu'elle ne tient qu'à un fil. A un moment, Sancho Pansa s'adresse à un ennemi de son maître, au bachelier : "Vous venez d'être vaincu par le chevalier à la Triste Figure ! " C'est la première fois que la célèbre expression apparaît dans le livre. Pendant que l'homme s'enfuit, Don Quichotte se retourne interloqué et dit à Sancho : "Triste Figure, Triste Figure, dis-tu ? (ce ne sont pas le mots exacts, je cite de mémoire , je ré-écris le Quichotte, ce n'est pas difficile) Ce n'est pas toi, Sancho Pansa qui a inventé ces mots, tu n'en n'es pas capable. C'est forcément l'auteur du livre dont nous sommes les personnages, il t'aura soufflé le mot et c'est pourquoi tu m'appelle ainsi maintenant, etc... Délicieux vertige. Je ne résiste pas au plaisir de ré-écrire la dédicace de la deuxième partie que je n'ai pas encore lue (mais ce n'est pas grave puisqu'à chaque fois qu'on ouvre Don Quichotte c'est un autre livre qu'on lit !) Cervantès s'adresse à son protecteur le comte de Lemos : " ... C'est l'empereur de Chine qui, jusqu'à présent, a manifesté le plus grand intérêt à l'égard de mon livre. Il y a un mois, en effet un méssager m'a remis une lettre de lui, écrite dans sa langue, et dans laquelle il me demandait ou, plutôt, me suppliait de lui expédier, car il voulait fonder un collège où l'on apprendrait la langue espagnole, et il avit décidé que le livre qui servirait de manuel, ce serait l'histoire de Don Quchotte. Il me priait aussi de venir dans son pays, car il voulait me nommer recteur de ce collège. Je demandais alors au porteur si Sa MAjesté l'avait chargé de me donner un peu d'argent pour mes frais de voyage. Il me répondit que l'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit. - eh bien, mon ami, dis-je alors, retournez dans votre Chine, à dix ou vingt lieues par jour, ou à la vitesse qui vous est imposée. Ma santé ne me permet pas d'entreprendre un si long voyage. En plus d'être malade, je n'ai pas le sou ; et empereur pour empereur, monarque pour monarque, à Naples j'ai l'illustre comte de Lémos qui au lieu de tous ces maigres titres de recteur ou autres me donne de quoi vivre, me protège et me soutient du mieux que je ne saurais désirer..."

27 juillet 2005

L'humanité se divise en deux catégories : les " photographes" et les "bons photographes". La deuxième catégorie est, bien sûr la plus rare. En poussant un petit peu plus loin, outre le "sens" du sujet, il y a, à mon sens, deux qualités essentielles (que je ne possède, de toute évidence, pas) qui déterminent cette catégorie : le "sens" du cadrage et le "sens" de l'instantané. Pour le sens de l'instantané on a Cartier Bresson. Bon. Je ne vous fait pas une photo. Mais pour le sens du cadrage je me demande si on n'a pas ... celui ci, au bout de votre petit clic, là. (après "l'homme qui marche". Je ne l'avais pas lié avant, probablement par jalousie, c'est un amateur...)

26 juillet 2005

Beaubourg,


beaubourg

25 juillet 2005

Vous avez dit anamorphoses ?

24 juillet 2005

Ford Thunderbird, 4



Voici ce qui arriva. La Thunderbird rendit l'âme. Elle eut de ratés. Elle refusa d'accélérer. elle se traîna. Elle eut des hoquets. On la mena à un garagiste, dans un hameau presque déserté qui n'était pas une de ces villes fantômes plus tôt traversées, mais presque. Le garagiste était un homme sans âge, énorme sous son stetson, torse nu sous sa salopette, une sorte de Dieu mineur taillé dans la glaise et ombrageux. Il jeta un coup d'oeil définitif sous le capot. Il disparut dans son atelier sans un mot et revint avec un tuyau d'arrosage, sans répondre à nos questions. Il méprisait ces étrangers. Il grommela quelque chose comme "Get away from there" avec deux ou trois jurons que nous ne comprîmes pas et noya le moteur sous un torrent. La Thunderbird rendit un dernier long soupir de machine à vapeur - l'ontogenèse résume la phylogenèse - et s'éteignit définitivement. D'un geste de la main tranchant l'air le représentant momentané de la plus grande puissance invitante du monde nous signifia que c'était "over" et retrouva son fauteuil à bascule l'ombre de son atelier. Don not disturb any more. Nous restions là, incrédules, devant le garage clos et notre voiture immobile. Elle avait encore fière allure malgré la poussière du désert et le brouillard de vapeur. Personne n'aurait pu la prendre pour une épave. Il y avait un cabine téléphonique à pièces (je me souviens des cabines téléphoniques à pièces américaines)à trente mètres. On joignit San Francisco (imaginez vous devoir joindre Paris du plateau du Larzac en plein milieu des années soixante dix, c'était pou cela que l'Amérique était un grand pays.) L'agence de location enregistra la perte de la Thunderbird et nous promis un véhicule de remplacement sous quarante huit heures. A nous de rappeler pour le lieu de rendez-vous. Pas de quoi dormir sous un toit à Scottsdales. Deux enfants (quinze ou seize ans) conduisaient un pick-up Ford. Salopettes et foulards autour du cou, tout droits sortis d'une photo de Dorothea Lange. Ils voulaient bien nous emmener au premier motel. Une des filles monta à l'avant sur le large siège du passager et les trois autres grimpèrent sur le plateau au milieu des bidons et des barres à mines. Le motel appartenait à la tribu Navajo (les cuistots faisaient cow-boy après le service) mais ressemblait à tous les dinner's de l'Amérique profonde avec sa façade striée de gris qui rappelait les cars greyhounds. Comme partout, le généreux T bone steack avait un goût sucré. Nous passâmes vingt quatre heures enfermés dans l'air conditionné ou à mariner dans l'eau tiède d'une piscine douteuse. Le lendemain, un Xman coiffé en brosse, à lunettes noirs et costume trois pièces, surgi de nulle part comme dans les films, nous fit demander et nous conduisit à notre nouvelle monture : une impeccable Chevrolet noire, stricte comme une bonne soeur, garée devant le motel. La Chevrolet était beaucoup plus banale que la Thunderbird mais beaucoup plus solide. Nous mîmes cependant quelques heures à lui faire confiance. Elle nous mena sans encombres, à travers les landes de Tolumnie meadows au sommet du Tiogga pass, neuf mille neuf cent pieds plus haut. C'était exactement un an avant ta naissance, Jérémie.

21 juillet 2005





Cette image est extraite du très joli photostream de mon ami "petit mouvement" sur Flickr, évidemment. A consommer sans modération...

19 juillet 2005

Un haiku par bain, 19


La mousse qui flotte
Dessine des continents.
Un geste, ils dérivent...
Enfin une information qui vaut la peine d'être relayée par CISCOBLOG : on ne trouve plus rien à la Samaritaine (j'ai faille écrire : "il ne se passe plus rien", mais non, eux, ils continuent) Depuis aujourd'hui je ne crois plus à l'éternité.

16 juillet 2005

Ford Thunderbird, 3


L'espace. On a que ça à la bouche, l'espace, quand on parle du Far West. On le qualifie de grand. Et on le met au pluriel : Les Grands Espaces. On s'imagine des plaines, des chevaux, des cailloux, des vallées de la mort. Clément Rosset parle de cette curieuse émotion, de ce sentiment d'étrangeté qui vous etreint dès lors que ce que l'on perçoit correspond absolument à ce qu'on imaginait. Cette irruption du réel. Cette confirmation que l'on attendait pas : "9a existe, alors..." Le réel est un astéroïde. Le réel est un rhinoceros, un désert, un bloc en travers de l'image. C'est "exactement ça" (exactement quoi ?), même si c'est en beaucoup, beaucoup plus grand. Parce qu'on ne peut imaginer que le plus grand, on ne peut imaginer que le pire. C'est comme la Tour Eiffel. On sait depuis toujours qu'elle est haute, mais quand on la voit pour la première fois on ne peut s'empêcher de dire 'Ah oui, elle est haute" et on se tait devant sa hauteur. " C'est exactement ça..." On se tait devant 'Monument Valley" à midi. "Ah oui, c'est beau". On se tait comme dans une cathédrale. Cinquante trois à l'ombre. Pas âme qui vive. 'Ah oui, c'est le désert". On ne connaît pourtant pas d'autres "grands espaces", on n'a pas vu la Mongolie ni la Sibérie ni l'Abitibie, mais on a compris : Ce désert est l' idée même de désert. Les grands espaces américains surprennent toujours, en dehors de leur côté éminemment réel, à cause des villes, peut-être, mégapoles qui sont leur antithèse, leur exacts contraires. Ce ne sont pas seulement des espaces "entre les villes"
qu'on pourrait sauter par n'importe quel moyen de transport, comme on aurait pu s'y attendre, tellement on "imagine" le Far west, tellement on pense qu'il n'existe pas. L'espace est ici monumental. Il devait déjà être monumental bien avant Christophe Colomb. (de même on pourrait dire que la foule, en Inde, est monumentale). On baisse le front, sous les yeux de ces espaces-là. La Ford Thunderbird s'engage bravement sur une route de terre qui serpente entre les mesas. Il fait l'imaginer toute petite comme un point rouge tout en bas, sur l'ocre de la terre, vu par l'indien Navajo en embuscade tout là haut sur le plateau. C'est du sable fin, fin. C'est du sable jaune, jaune. des ondulations. On s'exclame : "c'est comme le Sahara !" mais on n'est jamais allé au Sahara. C'est son premier désert. On enfile les scaphandres pour une nouvelle sortie dans l'espace. La Ford va attendre. Il y a une petite dune. Elle barre le ciel blanc de plomb fondu. Elle n'est pas très haute. On peut l'escalader. Arrivés tout en haut, on est épuisé. Pas de vue. Une autre dune, pas très haute, barre encore le ciel de plomb. Ce n'est plus seulement le bruit du sable qui coule sous les pas qui brise le silence. Depuis trois secondes il y a une rumeur qui vient de derrière la dune. Le sol tremble sous les pieds, la rumeur se fait tonnerre. Thunder. Un, deux, dix, vingt mustangs tout noir dévalent la dune comme dans les films, comme dans les rêves, venus de nulle part et s'enfuient sans nous jeter un regard. Le tonnerre s'éloigne derrière une autre dune. Vingt secondes après, un cowboy descend la dune à cheval. Il suivent les mustangs. C'est un navajo, les cowboys sont indiens, maintenant, ça ne fait rien. Pas un regard, lui non plus. Puis de nouveau le silence lunaire. Retour au LEM.

15 juillet 2005

Pensée de la nuit N° 87 : "le souvenir est à la fois antérieur à l'écriture et suscité (ou plutôt enrichi) par elle. Plus on écrit, plus on a de souvenirs" (Claude Simon, Entretien avec Mireille Calle, "L'inlassable réa/encrage du vécu", Claude Simon. Chemins de la mémoire, Presses Universitaires de Grenoble, (via Jean Claude Bourdais)

13 juillet 2005

Moi aussi je suis un Parisist ! Même si je n'habite plus tout à fait intramuros à l'abri étroit du périphérique et des élus écolos-pisse-froids. Parisist ne veut pas dire chauvin, loin de là. Je n'étais pas du tout (bien que lecteur quotidien de l'"Equipe" depuis des lustres) "supporter" de la candidature de Paris pour 2012. Je m'étais, malgré tout, soumis à l'intox et avait accepté les jeux comme un mal nécessaire. Pas que je pensais que le fait d'obtenir les JO aurait mis fin à la rupinisation pestilentielle de ma ville préférée au monde en passe d'ailleurs de ne plus l'être (cf de "vraies" villes comme New york ou Barcelone, je ne suis pas allé à Londres depuis longtemps mais je me souviens de ses quartiers vraiment "populaires") rupinisation qui se serait probablement aggravée, encouragée qu'elle est, "objectivement", par les Saint Just, Robespierre et autres ayatolas écolos qui nous gouvernent, mais parce que j'en éspérais un peu d'audace architecturale ou urbaine. De ce point de vue l'echec aux JO est une vraie catastrophe, quand on pense à se qui s'est passé pour le projet des Halles (les "associations" de riverains ne sont effectivement que des lobbies de nantis de la pire espèce, l'exemple même de la frilosité petite bourgeoise bobo et néo baba). Enfin un blog qui prend le contre pied du politiquement correct parisien qui commence sérieusement à nous les moudre. Enfin une voix qui s'élève et qui tente de parler un langage de vérité. J' avais raté l'article de Frédéric Edelman dans "Le Monde" et je suis ravi de le retrouver ici, sous le titre "tirons un peu plus sur le corbillard" avec des commentaires auxquels CISCOBLOG souscrit entièrement. Longue vie au Parisist. (via JR, L'homme qui marche)
Blogger me tue. Depuis quelques jours il bug sans arrêt de plus il a égaré ma mise en page et ne la reproduit plus dans ses archives. Je suis très déçu. Si vous utilisez Blogger pouvez vous me dire si vous rencontrez les mêmes problèmes ?

10 juillet 2005

Eté



ETE

09 juillet 2005

Un haiku par bain, 18


J'ôte mes deux mains
D'une banquise mousseuse
jolies mouffles blanches !



08 juillet 2005


26 (titre provisoire) XX, 2




Jean Paul répéta deux fois les vers fameux de Kipling : "Si tu rêves et ne te laisse pas emporter par ton rêve, tu seras un homme mon fils". C'était son garde fou, comme il disait. Il rêvait beaucoup, ces temps-ci, et quand il n'était plus très sûr de rêver, quand il se sentait passer à travers le miroir, il se récitait les vers et, pendant qu'il y était, tout le poème qu'il connaissait par coeur en version originale. Il rêvait de choses abominables. Ainsi, ce soir là, il n'avait pas trop résisté aux médicaments et était monté se coucher. Moins d'une heure après, Haltman débarrassait la table en regardant la télé et Marianne passait des coups de fil dans le bureau, on entendit un grand remue ménage au premier étage : Jean Paul s'était reveillé en sursaut. Alain et Marianne étaient montés quatre à quatre. Il était debout dans le noir au milieu de la chambre de Vincent, monsieur B., qui ne dormait pas non plus mais faisait le mort dans son lit, la couette sur la tête . "Vous n'avez pas trouvé mon oreille ?"leur demanda Jean Paul. Il était loin de plaisanter. "Votre oreille ? " - "non, mon oreille, vous ne l'avez pas trouvée ? Je cherche mon oreille." Monsieur B. marmonnait sous la couette qu'on le laisse dormir "son oreille, son oreille, je vous demande un peu." Ils tirèrent doucement Jean Paul sur le palier et le reconduisirent à sa chambre. Cela se reproduisait plusieurs fois par nuit. Il partait en morceaux. D'autres soirs : il était là au milieu de palier et leur disait qu'il se récitait du Kipling. "Vous ne savez pas où je pourrais trouver des chaussures à semelle de corde ?" - "? " - "Pour empêcher le contact direct avec la terre. J'ai les jambes froides et mal au ventre". Il posait sa main sur l'épaule d'Haltman et lui demandait : "ça va, là ? " et Haltman comprenait soudain qu' en posant sa main, il se branchait, qu'il ouvrait les vannes de la communication directe, qu'il pompait une source d'énergie. Il avait peur de le tuer. "J'ai de mauvaises pensées vous concernant, parfois..." Cela pouvait très bien mal se terminer. Jean Paul était assis sur son lit, coudes sur les genoux et parlait derrière ses mains plaquées sur les yeux. Haltamn s'était assis à même la moquette, comme il faisait souvent, aux heures pales de la nuit. "Si votre père avait tué, vous lui pardonneriez ?" il avait rêvé que son père était impliqué dans l'assasinat de Medhi Ben Barka. Haltman voulut lui rappeler ce soir-là son "garde fou", "tu seras un homme mon fils", qui est une parole de père et que le meurtre du père est symbolique et lui parler des semelles de cordes qui s'interpose entre lui et la terre, la terre-mère, la terre nourricière. Mais il se rappela cette autre phrase de J.Claude Pollack : "En pays de psychose on n'est pas interprête, mais géomètre ou cartographe" et se tut. il était de toute façon déjà "pris" dans l'angoisse de Jean Paul, ne pouvait plus rien pointer sur la carte, pas plus que Marianne qui se transformait lentement et sûrement en homme déguisé en femme. Jean Paul leur dit la haine crue et irrémédiable de son père, qui avait rendu sa mère "complètement folle" et les persécutait tous les deux. Mais parfois, de moins en moins souvent, il allait mieux, comme le soir du poème, il reprenait le balai ou bien allait affronter le froid intersidéral au marché, au milieu de la foule. Il ramenait, par exemple, un canard et des patates à faire sauter. Il tenait à leur préparer à manger en racontant que tout le monde le regardait de travers avec son cadavre de canard à la main. Il parvenait même à sourire. Au déjeuner qui suivrait, il essaierait d'entretenir la conversation : "vous vous rendez compte, ce qu'on entend à la radio ? Il y a dans le système solaire une planète invisible froide à plus de -500 degrés." - "Cela n'est pas possible !" C'est monsieur B. qui aurait répliqué sans lever le nez de son assiette ( Monsieur B. c'etait celui qui tournait en rond, montait et descendait les escaliers cent cinquante fois par jour. Il s'arrêtait pour manger, tout de même, s'installait toujours au bout de la table, se faisait servir. Il se goinfrait. Il fallait dire que lui aussi avait un fils très fou, de trente ans à peu près. L'âge de Jean Paul. On dit qu'il n'y a pas de hasard. Ce fils était barricadé chez lui, avec la complicité de sa redoutable mère qui jouait double jeu, refusait de sortir, avait mis son père à la porte, c'était pourquoi on le retrouvait au 26. Monsieur B. était un bricoleur autodidacte et génial) "Ben non, ce n'est pas possible, ça. Ce n'est pas possible, mais ils le disent tout de même à la radio, ces cons, ils nous polluent l'esprit avec leur conneries ! " Jean Paul, interloqué aurait répondu : "Et pourquoi ce n'est pas possible ?" - "A cause du zéro absolu, tiens ! - 273 degrés". Et monsieur Vincent se serait lancé dans une grande dissertation scientifique où il aurait été question de chaud et froid, d'échanges de chaleur, de compression, de détente de pression et de loi de Mariotte, du génie d'Einstein et de l'accélération des corps célestes. Le tout sans pratiquement lever le nez de son assiette. Et Jean Paul en serait resté baba, lui qui aurait toujours pris monsieur Vincent pour un primitif. Et il se serait passé quelque chose entre ce père dont le grand problème était le fils et ce fils dont le grand problème était le père (tu seras un homme...). Et Vincent aurait continué sa diatribe sans se rendre compte qu'il s'adressait à un fils et que les fils, s'ils étaient des pères "reproduits" ne l'étaient pas à l'identique, et Jean Paul aurait entendu une parole de père et aurait entrevu que les pères n'étaient pas que des criminels. Il y eut un silence autour de la table. On entendit Gilberte : "je veux retourner chez mémé..."

06 juillet 2005




Ford Thunderbird, 2



Le reste n’est pas un road movie. Pas d’équipée sauvage, mais des routes oui, des routes, droites. Défiant l’horizontalité comme les grattes ciels défient la verticalité. Puisque nous sommes dans le plus grand pays du monde, roulons sur les routes les plus droites du monde, les plus infinies, dans les plaines les plus plates, les déserts les plus désertés. Soyons un tout petit point qui avance sous le regard des dieux. Personne devant, personne derrière, seuls au (nouveau) monde, le Far West nous appartient. La Ford Thunderbird taille de grands blocs d’espace et les fait sien : que faire d’autre en un pareil lieu ? Mais est-ce bien un lieu ? Est-ce bien le mot ? A droite cailloux et cactus, à gauche cailloux et cactus, champs de cailloux et champs de cactus, derrière la nuit et le grand nulle part, devant le soleil qui n’en finit pas de se coucher et la montagne qui n’arrive jamais. Nous ne roulons pas. Nous sommes immobiles dans un image. D’ailleurs autant s’arrêter, poser juste le pied sur le frein pour débrayer le régulateur de vitesse, ne pas freiner justement, décélérer sur notre aire, couper le moteur, histoire de vérifier que la réalité existe bien. S’arrêter dans le désert déserté, tellement plat qu’il se situe à une altitude négative, sous le niveau de la mer, fouler de nos pieds nus l’asphalte rugueux et brûlant, vite remettre ses chaussures et s’aventurer cinq ou dix mètres dans la caillasse, vers un géant vert qui nous tend ses bras levés, le premier d’une armée immobile, là où la main de l’homme n’a certainement jamais mis le pied comme disait le capitaine Hadock. En tournant le regard par-dessus l’épaule, parce que l’immensité devant est insupportable à nos yeux, s’assurer que la Thunderbird est bien là, comme un lion, comme un sphinx, comme une capsule spatiale, dans toute la force de sa réalité, encore plus immobile qu’en plein mouvement, qu’on ne nous l’a pas ôtée, qu’elle n’a pas disparue par enchantement puisque c’est ainsi quelle est arrivée là. Dans cette plaines d’absolue platitude, dans ce désert déserté, que pas une âme n’habite, qu’aucun fantôme ne hante, dans cette pure étendue, mathématique, vectorielle pour ainsi dire, se sentir habiter sur la terre dans la chaleur encore accablante de ce crépuscule gris, totalement dénué de lyrisme.




26 (titre provisoire), XX




30 décembre 19.., à Alain avec amitiés

Jean Paul M.



C'était la réunion journalière de dix heures du matin dans le bureau (la prochaine n’aurait lieu que le lendemain matin, avec la prochaine relève, puisqu'on était dimanche) Haltman travaillait avec Cathy C. et ses yeux bleus. Ils étaient la « garde montante » comme on dit dans Carmen. L’équipe descendante ne semblait pas trop épuisée malgré toute l’agitation de la maison. : Marianne, légèrement exagérée et superlative comme à son habitude et Félix, déprimé invétéré et roi du rire jaune, comme à la sienne. Ces petites réunions, à l’écart des patients rythmaient le temps soignant. Deux par jour à dix heures et à dix huit heures, aux relèves, en semaine, et une seule par jour le week-end.. Elles ne comptaient que pour moitié dans le temps de travail, en gros. C’était la garde descendante qui s’attardait, en général, pour évacuer la tension des dernières heures. Quoi de neuf ? Marianne leur fit les transmissions. Caroline devait quitter la maison, elle l’avait fait. Courageusement dit Félix. Elle s’y attendait. Elle avait appelé un taxi et était retournée chez elle. Cela ne l’avait pas empêchée de faire deux ou trois canulars de mauvais goût au téléphone histoire de se venger un peu de l’abandon. C’était de bonne guerre. Gilberte, madame E., etait toujours là. Haltman et Cathy n’en aurait pas douté, elle prenait ou ne prenait pas son traitement, c’était selon, il était toujours difficile d’établir le contact. Monsieur B., Vincent, était égal à lui-même : il tournait en rond toute la journée, il faisait des kilomètres, il épuisait se jambes à leur faire prendre les mots à la lettre, il tournait dans un sens le jour et la nuit, il ne dormait pas, il tournait dans l’autre sens. On entendait toute la nuit sa voix qui se lamentait doucement. Ca n’empêchait pas vraiment de dormir. Jean Paul M. était un nouvel arrivant. Enfin, pas vraiment : il avait fréquenté jusque là la maison le jour et était rentré chez ses parents pour la nuit. Mais depuis hier ce n’était plus possible, l’angoisse n’avait fait que monter. Il avait fini par demander à rester mais ce n’était pas très bon signe. Cela voulait dire que vraiment, il allait mal, parce qu’il y a dix jours, son copain Philippe, qui avait séjourné au 26 quelques semaines, l’avait amené en catastrophe pour le leur confier, c’était Marianne et Martine qui l’avaient reçu, il les avait prises pour des envahisseurs et n’avait pas pu rester plus de deux heures. Trois jours plus tard, il essayait de se planter un couteau de cuisine dans le cœur. On l’avait recousu aux urgences de l’hôpital et on avait vérifié que le poumon n’était pas atteint. On l’avait dirigé dare-dare vers Etampes l’hôpital psychiatrique, sans même prévenir le 26. On avait pensé que son cas était trop grave. Il faisait flipper tout le monde. A Etampes il n’était resté qu’une nuit mettant un « point d’honneur » selon ses propres mots, à résister aux hautes doses de sédatifs. Il s’était sauvé, il était retourné chez lui, mais n’avait même pas pu entrer par peur des envahisseurs déguisés en ses parents qui l’attendaient. Il avait donc passé une nuit et un jour dans le jardin du pavillon. On était en plein mois de Janvier. Frédéric, qui le connaissait depuis dix jours, etait allé le chercher au bord de la congélation. Il avait suivi sans rien dire et une fois arrivé au 26 s’était écroulé et avait dormi une douzaine d’heures. A l’heure qu’il était, à la fin de la transmission, il était occupé à balayer la cuisine et le couloir. « il faut que je m’occupe les mains, disait-il, ça m’empêche de penser ». Il avait trente ans, blond à lunettes, l’air intello et doux, le regard brillant d’intelligence, pas vraiment fait pour les tâches manuelles, mais physiquement massif. Plein de bonne volonté et de confiance. Oui, de confiance, même quand il avait revu Marianne, la veille au soir, qui n’était plus qu’une demie envahisseuse. Il était affable et souriant. Il se rendait utile. Il balayait. Dans le salon, Gilberte était immobile pour ne pas dire figée. Elle fixait intensément un objet puis un autre. Son regard passait du cendrier à la plante grasse et revenait au cendrier. Elle répètait, théâtrale et désespérée, les mêmes mots depuis des semaines : « je veux aller en enfer, tout de suite » ou bien « je n’arrive pas à vous aider, c’est la planète des singes, ici, le monde à l’envers » ou encore « je ne veux pas de votre paradis, je ne veux pas rester ici » et elle s’accrochait au fauteuil. Elle ne répondait pas quand on lui parlait ou bien « je veux aller en enfer, etc. » Plus tard à table (endives au jambon cuisinées par Cathy) Jean Paul décrivit un peu son enfer. Il ne pouvait se fier à personne, pas même à ses parents, pas même à sa mère. Il avait peur qu'ils soient des envahisseurs. Il s’en voulait de penser des choses comme ça, mais dès qu’il se mettait à penser c’est ce qu’il avait dans la tête et rien d’autre, les envahisseurs, qui auraient pris la place des autres, enfin, d’eux, qui n'auraient plus été eux mais des envahisseurs. A la fin, qu'on sentait proche, les envahisseurs avaint pris la place de tout le monde et même d'eux-mêmes, de sorte qu'il n'y avait plus qu'un seul envahisseur, c'est à dire personne. Il n’y aurait en fait plus d’eux, c'est à dire plus d'autres. La disparition des autres, la disparition du monde ou plutôt sa désertification, sa minéralisation totale. L'horreur. La pure folie. Il s’engueulait lui-même à haute voix et s’animait. On perçevait alors que les efforts qu’il faisait pour leur dire tout ça étaient quasiment surhumains. Ce n'était pas la folie qui le subergeait par vagues et se retirant le laissant sans force, mais le contraire, pour ainsi dire, il y avait encore, au milieu d'un monde en ruines, totalement désert (ou livré aux envahisseurs, c'était du pareil au même) des instants où l'autre semblait renaître, vascillait à nouveau faiblement, mais il ne pouvait pas s'y raccrocher dans son naufrage. Il était comme un homme qui se noyait et accrochait son regard à tout ce qu'il pouvait voir de terre ferme qui s'éloignait inexorablement. Il était terrifié. Il pouvait les terrifier. Il le savait. Il s’en voulait. Il s’en voulait de penser ça. Il s’en voulait de penser tout court. Il détourna lui-même la conversation. Il parla de son amour pour les langues. C'était comme une sorte de don qu'il avait. Il est très fort en anglais. Il n'avait pas lu le "schizo et les langues" d'Eric Wolfrom mais il en avit vu la couverture dans une librairie. Il avait pensé à lui-même. Il pouvait retenir tout un tas de mots difficiles dans plein de langues. Il passait d'ailleurs toute sa lucidité à ça. Il composait des poèmes, toujours en langue étrangère. Il en récita un en anglais. Son accent était remarquable, et la musique du poème très belle. Haltman et Cathy furent sous le charme. Les envahisseurs s'étaient éloignés un moment. Jean Paul les remercia. Ils n’y étaient pas pour grand-chose. Le soir même, Jean Paul coucherait le poème par écrit et le dédicacerait à Haltman, qui le garderait plié en quatre dans un cahier de notes et qu'il retrouverait bien des années plus tard.


You know who’s got a screw loose
The tenant of the mad house
He says : “I’m Mickey Mouse”
When he had drunk a little glass

And then he dances
And then he shouts
All the day long
On his bath mat

He can tell you
What means the star
That’s twinkling
Far in the sky

He grows a rose
In a big pot
And with it
Speaks a lot

He’s composing
Some poetry
About the amazing story
Of a spider in his head
Weaving a golden cobweb

If you happen to meat him
Give him a form to fill in
Maybe he’d write for you
What is wrong
And what is true.

04 juillet 2005




Ford Thunderbird, 1 (Automobiles, 3)




"Burgundy" ne désigne pas la région mais la couleur, plus encore en anglais que "Bordeaux" en français. Existerait-il des perceptions colorées (nuances entre les terroirs) influencées par les langues ? Je n'ai jamais fait la différence entre "Burgundy" et "Bordeaux", et en français on n'utilise pas "Bourgogne" pour désigner certaine qualité du rouge. Quoiqu'il en soit, il s'agissait d'un profond et voluptueux rouge sombre, qui évoquait les plus grands crus et le meilleur goût, d'autant que les vins californiens, qui plus était dans leur propre pays d'origine, n'avaient pas encore gagné leurs lettres de noblesse. Noblesse forcément d'origine française, "Burgundy" ne désigne rien d'américain, cela faisait partie du peu qu'on savait de la France : "Burgundy", métonymie, partie pour le tout, la couleur pour le vin, le vin pour la province, la province pour le pays tout entier. Ce qui n'était pas si mal à l'époque, puisque maintenant, je suis presque sûr qu'aucun américain ne reconnaîtrait l'origine du mot. La France ne signifiait déjà pas grand chose (Après la panne, deux jeunes frères en salopette, tout droit sortis de Steinbeck, nous avaient pris en stop dans leur pick-up Ford : « where do you come from ? Paris ? » Sourires polis et gênés. « France ? Oh, yes, Europe ! London, Madrid, Roma ! » Etc.) elle signifie encore moins maintenant, pas plus que les "non" aux referenda. Quelques jours plus tôt, au milieu de la nuit. La cabine du Boeing ressemble à celle du métro New-yorkais à la même heure. Presque vide, sale, avachie, semée ça et là de corps endormis, avec des jambes pliées ou un peu tordues qui dépassent des dossiers fatigués, vacillements des loupiotes, odeurs acres et léger mouvement de roulis nauséeux. Un hôtesse de l'air remonte les travées l'air profondément absent. Il ne s’agit pas des deux énormes flics qui arpentent les rames du métro la nuit. On est loin des véritables cérémonies de nos derniers vols en Europe. Pas de chichis inutiles : nous n’aurons droit ni au moindre dîner ni même au moindre coca. La classe économique, ici, ne prétend pas rivaliser avec la classe affaire une taille au dessous. Pas d’épate, pas d’esbroufe mal placée. San Francisco est à encore six ou sept heures de route. Tout le monde a déjà pris ses aises et s'est installé pour la nuit. Il y a assez de fauteuils inoccupés pour s'allonger de tout son long. Les habitués de la navette dorment depuis longtemps. Nous ne tarderons pas à les imiter, nous apercevant qu'aucune remontrance ne vient sanctionner ce que nous aurions pris pour un sacrilège. Nous nous attendions à la routine des vols intérieurs, mais à la toute fin des années soixante dix les avions ressemblent déjà aux vieux cargos de l’espace tout rouillés de la guerre des étoiles. Nous filons vers l’aube immobile tous feux éteints. On atterrit pendant notre sommeil ankylosé. Elle nous attend à l’aéroport, rutilante. Nous nous émerveillons de tout : de sa taille, et pourtant c’est un coupé deux portes, de sa couleur burgonde, de l’épaisseur de sa carrosserie, de la profondeur de ses sièges, de leur largeur et du ronron de son moteur. Nos bagages qui nous avaient encombré sont de tout petits fétus ridicules dans la soute insondable qu’est le coffre. Derrière on peut allonger ses jambes sans presque toucher l’avant. Il y a la direction assistée et la clim. Nous n’avons jamais vu ça. Immédiatement, nous tombons amoureux d’elle. Nous ne l’oublierions jamais. C’est notre Ford Thunderbird for ever.

01 juillet 2005



hôtel Rembrandt




C'est l'heure où le vent de la mer
A pénétré dans les ruelles
Et soufflé les chandelles frêles
Des magiciennes amères

Qui, le soir venu, en hiver,
Quand ils tendent la main vers elles,
Sondent l'avenir éternel
D'hommes graves et solitaires.

Soudain la voici qui frissonne
Dans cet hôtel de Barcelone
Où la rumeur du soir s'élève

Les bateleurs de las ramblas
Sont comme des marins qui passent
Et lui volent ses plus beaux rêves...


(un sonnet par lieu, 4)


30 juin 2005



J'ai, sur mon ordinateur, un dossier ("mes images" en l'occurence qui est un titre fort original pour un dossier, n'est ce pas ?) où je fourre toutes les images que je rencontre dans mes ballades sur la toile. Je suis un fana du "enregistre l'image sous". Il ya en a plusieurs centaines, voire un ou deux milliers, je n'ai jamais vraiment compté. De temps en temps, je regarde les vingt ou trente dernières et j'efface tout. Mais parfois m'émerveille de certaines trouvailles. La plupart du temps je ne sais plus du tout d'où provient l'image... Je viens de retrouver celle-ci qui n'est pas mal du tout.

26 juin 2005

jeux d'enfants

Cet après-midi, grâce aux notules dominicales de P. Didion j'ai découvert le journal de Jean Claude Bourdais et cette superbe page sur les jeux d'enfants de breuhgel (cliquez sur l'image). Vaut vraiment le détour, ainsi que tout le journal. Prochainement en LCD...

24 juin 2005



Cela ne vous rappelle - t -il pas quelque chose ? Cliquez sur l'image
Ne lisez pas l'entrée ci-dessous. J'ai retrouvé ma police ! Après bien des tâtonnements. J'y ai passé quelques quart d'heures. Sauf qu'il me faut maintenant tout choisir à chaque fois : la taille la fonte et la couleur, en plus ! C'est beau le progrès ! (par exemple, je viens de changer de couleur en un click) mais bon, je ne vois pas trop l'intérêt. Enfin, ne nous plaignons pas trop, tout est rétabli. A plus
Voilà. Cela devait arriver. Après trois ans de collaboration sans nuages, de complicité, pourrais-je même dire, voilà que Blogger me trahit. Blogger vient de changer sa fenêtre d'édition. Il y a plein de nouvelles "fonctionnalités" (ah, ah) , de nouveaux petits boutons, on peut mettre le texte dans la couleur qu'on veut en moins de temps qu'il ne faut pour un click, etc. Mais Blogger a perdu ma belle police de caractère grise si distinguée. Perdue. Finie. Je ne la retrouverai plus. Blogger refuse d"éditer toute nouvelle page avec mon ancienne police (alors qu'il la conserve dans les archives, allez comprendre pourquoi...) Voilà les effets de la modernisation. Il y a toujours des laissés pour compte. Bon, on ne va pas pleurer plus avant. On se fait à tout. On s'y fera. Je me résous donc à choisir (puisque j'ai dorénanvant le choix, ah, ah) une police "georgia" qui me paraît la moins moche. Mais ça peut encore changer, puisque j'ai le choix (ah, ah, etc.)

23 juin 2005

Jörg Sasse

J'ai installé cette image de Jörg Sasse comme fond d'écran sur mon ordinateur. J'ai découvert ses photos sur l'excellent blog d'"Amateur d'Art" (alias "lunettes rouges") qui est une véritable mine. Un vrai "portail" pour l'art moderne, ni high tech, ni compassé ni snob ni abscons ni intimidant comme le sont si souvent les sites qu'il cite. Il est très agréablement complémentaire de la "boite à images" ici déjà recensée. De vraies ballades érudites et pas chiantes dans le monde des images. Mérite largement la colonne de droite (LCD pour les intimes)

22 juin 2005

Je me souviens

tout à coup que j'avais oublié de me souvenir de Claude Darget. Je ne me souviens plus à propos de quoi son nom m'était revenu. Ah, si ! C'est à cause du Tennis à la télé. Wimbledon. Il commentait, en plus de "la vie des animaux" (je me souviens de "la vie des animaux" - mes "je me souviens" sont souvent des "je me souviens" de télé -)il commentait des emissions sportives. C'était autour de soixante-huit, à la période des Borg, Connors, Villas, Mac Enroe, la grande époque, quoi. Comme vous savez, à la fin du tournoi la duchesse de Kent remet le trophée au vainqueur. Elle descend sur le court,suivie de son petit mari, on lui déroule un tapis et elle descend sur le court serrer la pince à ses copains les demi-dieux du stade. Au passage elle a toujours un petit mot pour le plus joli des ramasseurs de balles alignés en rang d'oignon impeccable. J'emploie le présent parceque la Duchesse de Kent - qui a peut-être changé plusieurs fois depuis ou alors elle aurait autour de cent ans comme la reine mère - la duchesse de Kent continue, encore aujourd'hui, d'avoir un petit mot pour le plus joli des ramasseurs de balles impeccablement alignés etc. Bref, à l'époque c'était en noir et blanc et on ne pouvait pas voir la couleur du tapis rouge sur le vert jaunasse du gazon de juillet bien qu'anglais. Claude Darget, il est mort bien plus tard en 1992, à plus de 80 ans, était un petit rigolo assez impertinent (je crois qu'il a eu des ennuis en 68 avec son copain Roger Couderc qui avait été pardonné par la suite, et qui était devenu un grand cire pompes en remerciement, je crois bien qu'on lui avait pardonné à lui aussi, mais il était resté assez impertinent.) Il faisait les commentaires et imitait la duchesse de Kent avec son sac à main s'adressant au plus joli des ramasseurs de balles "De quel collège êtes- vous ?" "Eaton, madam" - "Et quelle est votre matière préférée ?" - "l'anglais, madam !" - "Parfait, vous transmettrez mes amitiés à vos parents, n'est-ce pas ?" - "Avec plaisir, madam, je n'y manquerai pas" etc. Et elle passait au vainqueur qui la dépassait d'au moins trois têtes et devait se pencher pour faire le baise main et pendant qu'il se penchait elle pouvait bien sûr lui dire à l'oreille des choses très confidentielles et privées qui marquait combien elle l'avait distingué et compté dorénavant parmi ses proches et Claude Darget, toujours en voix off, "Vous avez très bien joué, mon jeune ami, le duc et moi avons beaucoup apprécié, bla bla, moi aussi, bla bla, quand j'étais jeune j'ai joué au tennis, bla bla..je me souviens, bla bla" Et j'étais mort de rire, ce n'est pas Nelson Monfort qui ferait ça maintenant, n'est-ce pas ? On s'amusait de rien à l'époque, n'est-ce pas ?
ROSE JAUNE

Direct from my garden to night, yeah !
Un site planant pour ce soir, forest for ever, textes assez cucul (skip the intro...) mais photos superbes, en flash. (via je ne sais plus qui) - on peut aussi couper le son et écouter "Pale blue eyes" sur Ciscoradio...

19 juin 2005

un haiku par bain, 17


Seul un courant d’air
Rafraîchit mon corps humide :
Touffeur de l’été
Un Haiku par bain, 16


L'eau s'y précipite
Le gouffre de mon nombril
N'est pas si profond

17 juin 2005

Un ch'ti lien vite fait vers "echolalie" parce que s'il n'y avait pas écholalie sur le net on s'ennuierait ferme. La liste que je n'osais imaginer, même dans mes rêves les plus fous, echolaliste l'a faite : la liste de Proust. Ma préférée reste la traduction japonaise que j'ai déjà liée ici quelquepart mais je ne me souviens plus où. L'Angliche n'est pas mal non plus. Vous avez aussi la traduction en morse, absolument indispensable pour la télégraphier, et le résumé est définitif. Cheu grois, gant à moi que che fais m'addeler à la deudonne un te ces chours, bar exemble : longdemps cheu meu zuis gouché te bonneu heure, barvois à beine ma pouchie édeinde, mes yeux ze vermaient si fite que cheu n'afais bas le demps te meu tire cheu m'entords etc.

16 juin 2005

Pensée de la nuit N°86 : "Enfin, Moussorgsky n'a pas compris Mendelsohn, je soupçonne les beatles, pour les mêmes raisons, de comprendre Petula Clark" Glen gould, entretiens avec Jonathan Cott.

14 juin 2005

proprement hallucinant ! (assez long à télécharger même en connexion rapide, mais ça vaut le coup (surtout pour le nom de l'auteur, qui n'apparaît qu'à la fin...)) (via AEIOU)

12 juin 2005

Le pont de l'armée Paton



Sous le pont de l’Armée Patton coule la Seine
Une péniche glisse, au clocher l’heure sonne
La brise frôle les quais de Corbeil-Essonnes
Et mes amours, pourquoi faut-il qu’il m’en souvienne ?

Les fiers moulins, le port, la gare, disent la peine
De tous ceux qu’ici les trains, un jour, abandonnent
La maison penchée sur la rivière frissonne
Me dit-elle que le temps passe à perdre haleine ?

Mes pas dans nos pas sur le chemin de halage
Je fais à nouveau cette route d’un autre âge
Où, sur un ponton branlant, frêle funambule,

Elle esquissait parfois deux ou trois pas de danse
Mystérieuse et belle comme un défi qu’on lance
Petit Arlequin dont le souvenir me brûle

(Un sonnet par lieu, 3)

09 juin 2005

Pas de commentaires. Voilà que je le prendrais presque comme une gifle (je sais , j'exagère toujours...) Je n'y avais jamais pensé dans ce sens. Le gentil et flatteur billet de JR, sur "Douze lunes", l'"Homme qui marche", le blogger dont je me sens le plus proche et que je vais visiter à chacune de mes connexions ou presque, au sujet des repas légers, me pose question, comme on dit dans mon milieu professionnel, sans me sentir agressé le moins du monde. Pourquoi ne permété-je pas de commentaires sur mon blog ? Souvent, je me dis que je devrais. C'est aussi ce qui définit un blog, les commentaires. La première réponse qui me vient c'est que Blogger, le système auquel je suis fidèle depuis le début pour cause d'infirmité informatique irrémédiable, tellement il est simple et sans histoire (rien que d'imaginer devoir changer d'"hébergeur" en cas de faillite de blogger me donne des sueurs froides. Vous ne pouvez pas savoir comme j'ai été soulagé en apprenant qu'ils avaient été rachetés par Google et donc pratiquement indestructibles(à propos : que pensez vous du Logo sur Franck LLoyd Wright ? (Ne pas oublier de parler de Google et son logo sur Wright dans une prochaine tetracapillotomie pseudosociologique)...et sans histoire, disais -je, ne permet pas les commentaires. D'une, je ne suis pas si sûr que ce soit vrai (il doit bien y avoir un bouton caché quelque part chez Blogger qui "active" (ah, j'adore ce mot : activer. Activer les cellule de crise etc. passons ))la fonction (ah, j'adore, etc.) De deux, même si c'était vraiment le cas ce ne serait pas la vraie raison. Je n'ai jamais cherché à permettre les commentaires. Il ne manquerait plus que ça, se dit cisco-nombril, les commentaires ! Les commentaires, bordel, se dit-il, y a des maisons pour ça. Quand je parle on se tait. Tout simplement. Non mais ! Je me dis souvent que jen'ai rien compris aux blogs. C'est sensé être interactif, ouvert, convivial, consensuel, non violent, altermondialiste, poli et tout ce qu'on veut, mais pas chez ciscoblog, je n'y arrive pas. Pas de commentaires sur Ciscoblog. Si je me suis mis à écrire un blog c'est pour pouvoir parler sans qu'on m'interrompe, justement, se dit toujours cisco-nombril. On est suffisamment agressé comme ça dans la "vie réelle" (ah, ah, encore une nouvelle formule) pour ne pas risquer de l'être sur internet, n'est-ce pas ? Ce que je crois c'est que Ciscoblog, en bon petit narcisse qu'il est n' a pas envie de passer mon temps à répondre à des commentaires qui ne seraient pas complètement élogieux. C'est tout simple. C'est une forme de lâcheté et de rigidité mentale que j'assume parfaitement, enfin, presque parfaitement... En plus, je me suis laissé dire que des blogs avaient été contraints de fermer à cause d'attaques d'ordre commentairiel et spameux réunis (voir David Madore, par exemple). Tués par leurs propres commentaires en quelque sorte...Brrr ! Très dangereux, les commentaires. Il faut être bien téméraire (ou jeune)pour supporter ça... Amitiés, JR, et merci.

07 juin 2005

Une entrée magnifique dans le tumulte...Dieu, que c'est beau !

06 juin 2005

A midi, en déjeunant au Fuji-Yama, ma cantine japonaise, j'adore déjeuner seul avec un journal (l'équipe le plus souvent, parcouru déjà au petit dej et approfondi au grand) ou un roman, il y a un restaurant japonais à Vigneux, eh oui - Saviez-vous que la plupart des restaurants japonais de Paris et de la banlieue sont tenus par des chinois ? On y parle pas japonais. On y parle mandarin ou moins souvent cantonnais. Mais, n'est-ce pas, nous européens, on ne fait pas la différence. Ces chinois parlent bien mieux français que japonais. Du japonais ils ne connaissent que trois mots qu'ils vous lancent mécaniquement quand vous vous dirigez vers la sortie : "Haï ! Haligato Sayonala", du français guerre plus, en réalité mais ça nous gêne moins, comment dire vu qu'on sait qu'ils sont asiatiques - Donc, en déjeunant à midi et avalant voracement mes sashimis, le degré zéro de la cuisine internationale, j'ai lu "Dickens, barbe à Papa et autres nourritures délectables" de Philippe Delerm. Ca va bien ensemble. Dans le temps du déjeuner. Au milieu d'une journée de travail plutôt chargée. Petit livre de 106 pages et 34 chapitres. Ca c'est de la littérature ! Loin de moi l'idée de critiquer l'auteur de cette suite de la mémorable "première gorgée de sp... bière" que je n'ai jamais lue ; loin de moi l'idée de cracher dans ma soupe mizo ni de passer pour un rabat joie. Je me souviens d'un peintre qui faisait dans le "petit format" : de tous petits tableau abstraits de 10 cm ou 8 cm sur 12 ou 13. En fait, il en faisait un grand, d'environ 1m sur 1m, il le découpait en dix, plutôt au hasard et il encadrait les morceaux de quatre baguettes avant de les exposer et de les vendre, pas trop chers, c'était ça l'intérêt, sorte de production de l'unique à la chaîne. Je ne crois pas qu'il soit devenu célèbre. Il appelait ses petits formats des "peintures de couloir". Des endroits où il fallait avoir le nez dessus. Dans une salle d'apparat on les aurait pris pour un interrupteur ou un bouton de porte. Dans un couloir, en revanche, on aurait dit des Zao Wu Ki... "Dickens, barbe à papa" c'est de la "littérature de déjeuner", si on veut bien me pardonner la hardiesse du parallèle. "De la littérature de déjeuner seul en mangeant des sushis". Comme on peut le voir ici tous les jours, je n'ai rien contre le fragment ni contre le format de poche ni contre le pré-maché (A quand la première gorgée de sp…bière en poche, ah, ah !)et je pratique ici cette forme tous les jours ou presque, mais qu'on ne me dise pas que le sashimi est ou les sushis sont des monuments de gastronomie. Je déjeune japonais par ce que c'est pratique. Je ne sais pas pourquoi je lis "Dickens, barbe à papa". D'ailleurs, je l'avais acheté à AUCHAN au milieu des courses de la semaine. Je l'avais transporté dans mon caddy et il avait passé la caisse au milieu des yaourts et des sachets de truite fumée. Je n'ai pas honte de le dire (en fait si... mais que ça fait du bien !) je peux acheter un livre dans un super marché. Je l'ai déjà fait pour des polars ou des dicos, alors, voyez je ne suis ni raciste ni élitiste. J'ai déjà dit ailleurs que les livres sont des marchandises comme les autres ; d'ailleurs Philippe Delerm le dit aussi : les livres se mangent, se dévorent, Dickens ou barbe à papa, c'est du pareil au même...nourritures délectables, bon. Pas tant que ça. Comme les sushis. Se nourrir, nourriture terrestre, enfin... marine. C'est le premier livre de "littérature" que j'achète à AUCHAN. Il faut un début à tout. A condition de la consommer au déjeuner. Ailleurs, le soir au lit par exemple, ou dans un fauteuil défoncé en cuir, avec verre à whisky sur le bras, ça perdrait tout son charme, c'est le moins qu'on puisse dire. A lire des choses comme "Dickens, barbe à papa" si - comment dit-on ? "aériennes"? "délicates" ? "légères" ? on se met à aimer les gros pavés qui sont capables de tenir les serviettes à eux tout seul sur la plage. On se sent des envies de lourdeur, de pesanteur bien grasse, de flatulences et de briques dans l'estomac, on se sent des désirs de "Misérables", "Quichotte", et autres "Splendeurs et misères des Courtisanes", on se prend des envies de courir à la recherche du temps perdu ou de faire la guerre et la paix. On en vient à regretter les énormes Clancy, ou les feuilletons de science fiction interminables genre P. José Farmer ou Isaac Asimov (le cycle des "fondations, par exemple et pendant que j'y suis). On se dit que le plus dur, ce n'est pas d'écrire (la preuve, juste là, dans ces mots mêmes, misérables, que vous êtes en train de lire) et quitte à choisir la facilité autant faire court, d'accord (pardon.) On se dit finalement que la question n'est finalement pas celle du "format" (voir, par exemple Eri de Luca, ou Rigoni Stern pour ne parler que des italiens) mais celle de la capacité à raconter des histoires. Faire de la fiction. Donner vie à des personnages, des lieux, inventer un espace où le lecteur va plonger, naviguer, se laisser porter au gré des vents, des courants, de l'espace. Philippe Delerm ne raconte pas d'histoires, il n'a pas le temps. Il ne crée pas non plus d'"atmosphère", Il fait de la littérature à deux dimensions, littéralement plate, de couloir. Il érige l'instantané en méthode de production littéraire à la chaîne. Et de l'instantané au cliché, il n'y a qu'une tête de gondole... Bref, j'ai avalé "Dickens, barbe à papa" comme mes sashimis pas très "sipides", et je suis retourné à l'hôpital avec cette sensation d'incomplétude, d'inachevé, de regret pas vraiment désagréable qu'on éprouve après ce qu'il est coutume d'appeler un "repas léger". Propice au travail et au régime hypocalorique, ou l'inverse...

05 juin 2005

un haiku par bain, 15


Paresseux dimanche,
Je me sens comme un poisson
Dans l'eau (savonneuse).

02 juin 2005



Un excellent photostream de "the piper scarecrow" chez flickr. Flickrer nuit gravement à la santé. On peut le regarder en écoutant C.Veloso (la chanson de "Parle avec Elle"), sur ciscoradio. Et pendant que j'y suis, ce splendide cliché chez Dayly Dose of Imagery (Dayly doser tue, aussi...)

01 juin 2005

A cinq jours d'ici, plus (+) de Louvre. (pub gratuite, ache ciscoblog il est bon)

31 mai 2005

Je pense à

lire le Quichotte depuis longtemps, et je ne le fais pas. Je crois que j'y pense au moins depuis que je sais que l'histoire du chevalier fou et de son sage suivant n'est pas un conte pour enfants mais au contraire un gros livre qui est le père - le père, que dis-je - le père et la mère de tous les romans. Je sais, ça impressionne. Je n'ai toujours pas lu le Quichotte, je le confesse. C'est une grosse lacune. Je viens de lire une entrée sur le blog de François bon qui m'a definitivement convaincu qu'il fallait lire le Quichotte. Il raconte que Faulkner lisait le Quichotte tous les ans : il l'ouvrait au milieu et lisait en avant ou en arrière ce qui faisait qu'en dix ans il avait relu tout le Quichotte. Et comme je ne suis pas Faulkner, je peux le lire au moins une fois dans ma vie, ça serait bien. Il n'y a aucune version du Quichotte dans ma bibliothèque, si ce n'est celle du grand Pierre Ménard, célèbre auteur toulousain, qui a tenu la gageure de le réécrire tout entier, sans en oublier une seule virgule et sans le recopier, en trois ou quatre pages, chef d'oeuvre de consision, d'économie et finalement d'écologie avant l'heure. Je la relis au moins une fois par an dans le receuil de nouvelles publié par un obscur auteur argentin aveugle il y a cinquante ans. Mais je n'ai pas encore lu la version longue, celle de Cervantès. il faut que je m'y mette, un petit tour sur Amazon et...bonsoir.

28 mai 2005

(Très long) début de roman définitivement inachevé, 3

(encore plus long en LCD, les fans l'ont déjà lu...)



Le boulevard Saint Michel se monte (se remonte...) ou se descend. Quand je sortais de chez moi je pouvais, soit "monter" le boulevard, m'éloigner de la Seine, vers la rue du Val de Grâce, et plus loin, comme je l'ai déjà dit, vers Port Royal (le métro) et Denfert (le Lion de Belfort), soit Je pouvais le "descendre", me rapprocher de la Seine, vers la rue Soufflot et plus loin la Sorbonne, les thermes de Cluny, et m'enfoncer dans le "vrai" quartier latin, ses petites rues à cinémas. Mais le Boulevard Saint Michel qui me colle à la peau et aux os, est plus restreint : il s'étend de la rue du Val de Grâce, où nous allions chercher le pain, à la rue Soufflot ou je bifurquais deux fois par jour pour me rendre au lycée Henri IV caché tout en haut derrière le Panthéon (rue Clovis), sur le trottoir des numéros impairs. Le reste, les numéros pairs, l'autre rive, on l'appelait "en face". La traversée du boulevard en faisait déjà un lointain Far West. D’ailleurs on n’était plus dans le même arrondissement, on était dans le sixième, la chaussée constituait la frontière entre le cinquième et le sixième arrondissement. Il y avait pourtant là l'épicier "Déroches", auvergnat à béret et grand tablier bleu, sa femme derrière la caisse, dans l'ombre, et son fils étudiant, maniant comme il se doit, les caisses de bouteilles de rouge. Il y avait aussi la rue Herschel ou avait habité Gabrielle, ma première nounou, et plus loin, au-delà de la rue Auguste Comte, qui prolonge la rue de l’Abbé de l’Epée vers le sixième, les grilles du jardin du Luxembourg, avec les serres, la façade de l'école des Mines et encore les grilles du Luxembourg jusqu’à la place Edmond Rostand et ses cafés. C’est à partir de là, d’ailleurs, que le boulevard plonge vraiment vers la Seine. Il s’incline nettement et, à la hauteur du Lycée Saint Louis, par exemple, on peut dire que la pente est tout à fait perceptible. En « remontant » à pied, du carrefour avec le boulevard Saint Germain, il faut fournir, c’est vrai, un certain effort. Mais du côté de la peau et des os, comme je disais, c’est moins sportif, la promenade est pratiquement plate. A vrai dire, nous sommes déjà « en haut » depuis plusieurs centaines de mètres. A propos de Saint Germain et de Saint Michel, je les ai d’ailleurs toujours considérés comme deux frères un peu ennemis, je veux dire les boulevards, pas les Saints (les Saints, je doutent qu’ils se soient jamais connus). Je sais qu’il représentent à eux deux emblématiquement le Quartier Latin, mais, en fait, ce qui les sépare, à mon humble avis de simple natif, est plus grand que ce qui les rapproche, en dehors du carrefour où ils se coupent (ils sont bien obligés). J'admets qu'ils finissent tous les deux leur trajet dans la Seine, et, même si celui du Saint Germain y commence, de toute façon, aucun des deux n’est capable de la traverser. J’admets aussi qu’ils bordent, l’un et l’autre, une place célèbrissime : La Place Saint Germain des Prés pour l’un, et la place de la Sorbonne pour l’autre, mais, à part ça, ils n’ont vraiment pas grand chose en commun. L’un est riche et aristocrate, l’autre est riche et seulement bourgeois. Ils se croisent, ils se saluent mais ne s’apprécient pas vraiment : l'un reproche à l'autre de se pousser du col, l'autre au premier de jouer les importants. L'un est catholique pratiquant, l'autre plutôt républicain modéré. Saint Germain, bien qu'il naisse le long des marches de la chambre des Députés, se nourrit sur le haut de son cours, dans le septième arrondissement, des petites rues de l'antique et royal "faubourg" qui abritent monastères replets, couvents cossus, grandes maisons bien pensantes et hôtels particuliers compassés, et bien qu'il reçoive la confluence turbulente de la rue Bonaparte, des quat'zarts et de l'école de médecine qui ne sont, somme toute, rien d'autre que ses propres rejetons et qui s'assagiront avec l'âge, il passe le carrefour avec Saint Michel sans rien perdre de sa morgue et la renforce même sur la fin de son parcours, après Maubert, en infléchissant sa route vers le prestige des quais de Montebello et de la Tournelle et gardant au passage un œil propriétaire sur Notre Dame à travers, par exemple, les rues de Bièvre et des Bernardins. Saint Michel, lui, droit dans ses bottes, descend joyeusement de Port Royal où il y a une belle station de métro, à la fois souterraine et à ciel ouvert (il faudrait parler un jour de cet excitant « brouillage » d’espace que sont souvent les stations de métro parisiennes à l’endroit où celui-ci se fait aérien – aérien, léger, délicat, dit-on : Austerlitz, Denfert Rochereau, Pasteur, etc.) qui est maintenant une station de RER. Mais « Port Royal », c’est trop vague. A cet endroit, c’est une sorte de grande esplanade, bordée d’un côté par le centre Jean Sarrail et la station de métro récemment repeinte en vieux rose, et de l’autre, mais loin, à quelques centaines de mètres, par l’embouchure de la rue d’Assas, un peu après la Closerie des Lilas, avec des immeubles dont on n’arrive pas encore à savoir à quelle rue ils appartiennent. Cette esplanade est bordée sur un troisième côté, derrière une fontaine monumentale à la Carpeau, où s’ébattent les corps charmants de force nymphes et naïades de bronze, par le début du jardin qu’on appelle le « petit Luxembourg » qui occupe alors toute la majestueuse largeur de l’avenue de L’Observatoire (qui est beaucoup plus une place qu’une avenue; ainsi pourrait-on dire à l'inverse qu’à Prague, la célèbrissime « place » Wincesclas est plus une avenue qu’une place). Cette esplanade, je viens de l’apprendre en consultant un plan, s’appelle la place Ernest Denis. Elle s’étend de l’Observatoire de Paris jusqu’à la rue du Val de Grâce. C’est là que le boulevard Saint Michel s’autonomise vraiment : Ainsi l’avenue de l’Observatoire, directement issue de l’Observatoire de Paris, traverse la place Ernest Denis tout droit et se divise en deux branches, l’une Ouest, qui continue de s’appeler « avenue de l’Observatoire », avec le petit « Luxembourg » et qui va aller butter sur les grilles du « grand » à la hauteur de la rue Auguste Comte, l’autre, Est, qui est le boulevard saint Michel proprement dit. Le boulevard Saint Michel est un Boulevard « pénétrant », cher au baron Haussmann, propre à ouvrir Paris à la troupe en cas de soulèvement populaire à mater. Il double, tout au long de son trajet rive gauche, l’ ancestrale et moyenâgeuse rue Saint Jacques, trop étroite, justement, pour laisser passer les escadrons de cavalerie. Saint Jacques, bonne enfant, entretient de bonnes relations avec Saint Michel. Elle ne lui en veut pas trop de l’escorter et lui envie sa vigueur. Elle lui envoie d’ailleurs une multitude de petites rues transversales qui entretiennent l’amitié : de l’Abbé de L’Épée, Royer Collard, Cujas, du Sommerard, Saint Séverin, sans compter les grandes, Soufflot, des Écoles. A la fin de sa course allègre, Saint Michel, pour nous faire croire qu’il traverse la Seine, fait mine de la franchir avec le pont Saint Michel, mais la blague est sinistre, car sur l’autre rive, il est devenu, adulte et sévère, le boulevard du Palais, qui borde le Palais de Justice et la préfecture de Police. Triste et prévisible fin…Mais pourquoi ne pas dire que, Saint Michel, résolument réfractaire à son destin, au niveau de la Place et de la Fontaine, où se donne rendez-vous toute la jeunesse francilienne, s’étale tout à coup, paresse et musarde, finalement s’écoule par les côtés, sans prévenir personne, et se fait la belle par les quais rive gauche, Saint Michel à l’Est et Grands Augustins à l’Ouest ?
Seem rather british, by those times, do I ?
Pensée de la nuit N°85 :"Kinsley affiche une douce beauté. Il a les cheveux plus long qu'à la normale, et ils ont l'air plus satinés, plus argentés. Comme il a minci, son visage a retrouvé son vieux visage, qui est son visage de jeunesse." Martin Amis, Experience, Folio Gallimard

27 mai 2005

Je me souviens,

du Wimpy du boulevard Saint michel

26 mai 2005

Wallington



Nous avions quinze ans, filions vers Londres
Par le vieux train qui venait de Croydon,
Même le grand Nelson pourrait en répondre,
Nous revenions à l’heure à Wallington !

En ce temps là, des Beatles en noir et blanc,
Chantaient pour des ménagères en bigoudis
Qui de se pâmer ne faisaient pas semblant
Malgré leurs façons de vieilles ladies

Des genoux se montraient à Carnaby street
Dans les parcs, après le thé, Mods et rockers
Echangeaient des coups selon les anciens rites
Dimanche, au bingo, on gagnait des crackers…

Oh, Combien d’années se sont-elles englouties
En cet éclair où ma mémoire est blottie ?

(un sonnet par lieu, 2)

24 mai 2005

Un Haïku par bain, 14


Un rai de lumière
Réfléchi par le miroir
Irise mes poils

22 mai 2005

Ces jours-ci, très peu de temps pour écrire. A peine plus pour lire. Plongé depuis quelques soirs, juste avant d'éteindre, dans "Epérience" de Martin Amis (folio Gallimard). Je trouverai toujours plus de temps pour lire que pour écrire, même si je préfèrerais que cela soit l'inverse. Un très grand écrivain. Non pas une autobiographie, mais un livre sur l'autobiographie. L'autobiographie de son père, pour paraphraser Pierre Pachet. Martin Amis est le fils d'un écrivain très connu en Angleterre, Kingsley Amis dont je ne suis pas sur qu'on trouve de traductions en France. J'ai une très grande admiration pour Martin Amis, comme vous le savez peut-être déjà. C'est un écrivain terrifiant. Je ne trouve pas d'autre mot. (je ne sais pas quelle est la traduction du mot anglais "terrific", terrible peut-être, mais terrible veut trop dire extra, ou super, en français) Martin Amis est un écrivain terrifiant. Et professionnel, depuis qu'il a dix huit ans, depuis avant, même, depuis qu'il a été conçu par son père. Né de lui juste en empruntant l'utérus de sa mère. Il a des rapports sexuels avec l'écriture, génitaux. Sa maîtrise de l'asymétrie et l'originalité constante de ses constructions sont prodigieuses. Sa lecture s'apparente à la vision d'un cauchemard. Il s'accroupit sur votre ventre la nuit. Pas une seule de ses lignes qui ne soit "gratuite", parfaitement travaillée, mise en scène, pour ainsi dire. C'est une sorte de cinema muet en noir et blanc, Murnau par exemple, Nosferatu le Vampire. cela s'insinue en vous, comme le mal. A la lecture de Martin Amis, on comprend pourquoi la censure. Lire "Expérience" produit sur moi, justement comme son titre l'indique, une sensation physique que je ne peux pas nommer. Il en va de même pour chaque livre que j'ai lu de lui. Dieu merci, il en reste encore d'autres. Je cherche à comprendre cette terreur (et je me remémore cette phrase de JL Godard dans prénom Carmen : "la beauté c'est le début de la terreur que nous commençons à éprouver". Ce qui n'a strictement rien à voir avec le marquis de Sade.) Il ya quelque chose de terrifiant dans la beauté. C'est un écrivain qui n'a pourtant rien à voir, mais je pense aussi à Richard Ford, Indépendance, par exemple ou Ma Mère) Je me suis aussi souvent demandé ce que faisaient les écrivains "professionnels" comme Amis ou P. Roth ou encore Richard Ford (que des anglo-saxon...) ou Garcia Marquez pour citer un étranger mais américain tout de même et qui a peu moins à voir avec la terreur, en dehors d'écrire. Vivre ? Pas sûr. Et quand alors, puisque tout le temps est pris par l'acte d'écriture, par ce monstre à venir qui est le livre ? Et pourtant si, ils vivent même si c'est pour "la raconter". J'en suis toujours complètement ébahi. Mais où ont-ils trouvé le temps pour vivre ? Finalement je ne suis pas si sûr qu'ils vivent vraiment. Ils sont morts. Ils ont vécu, d'accord, mais il y a un certain temps, avant. Ils ne font plus que raconter. Quoi ? leur enfance pour la plupart, ou leur jeunesse, qui leur sert de réservoir, qu'ils tournent et retournent, étirent, plient dans tous les sens, torturent, passent à la moulinette et j'en passe. C'est ce que Martin Amis appelle "l'autobiographie suprême", celle qui se cache derrière tout écrivain et que Barthes a nommé son style (mon cul !) Un jour ils vous prêtent la clef, à l'occasion de la mort d'un proche par exemple, ou en souvenir de celui-ci, et vous permettent de faire un tour dans leur atelier d'écriture. sauf qu'il y fait noir comme dans un four. Par exemple, Martin Amis a perdu une cousine à dix-huit ans victime d'un tueur en série, ça ne s'invente pas.il a eu une tumeur de la machoire il y a dix ans et a perdu la bouche. Il l'appelle maintenant "la pince". L'autre chose qui me terrifie chez Amis, c'est - risqué-je le néologisme ? Je le risque - son anglicité. c'est à dire son incroyable degré de civilisation et de culture millénaire. Son côté meilleur du monde et conscient de l'être. En plus c'est la vérité. De ce point de vue les américains sont mille fois moins terrifiants que les anglais (sauf Hubert Selby junior) qui sont effectivement - et de loin - les meilleurs écrivains du monde. D'ailleurs, on peut dire que personne n'écrit vraiment en dehors d'Albion. Les anglais sont les auteurs de Shakespeare et de la traduction de la bible. Ils continuent. D'ailleurs Martin Amis a très bien connu Robert Graves qui l'a fait sauter sur ses genoux quand il était petit, c'est tout dire. D'ailleurs Martin Amis rappelle qu'il est bien prescrit de ne jamais commencer un paragraphe par le même mot. Ca tombe bien, je ne fais jamais de paragraphes. Que faire après ça. Victor Hugo ? il a tout juste essayé d'imiter Dickens. Etc. rien à faire contre les anglais. Après eux, il n'y a plus que des amateurs... Ecrire, chm'écrire. Lisez Martin Amis, tiens, bonsoir.

18 mai 2005

Deux liens pour ce soir : le premier est un excellent billet sur les portraits du Fayoum (il y deux mille ans, toute la peinture était déjà peinte...) à La Boite à Images, l'autre, qui n' a rien à voir, vers le site de François Bon, le roi des graphomanes et notre maître à tous, sur le bouquin de Bob dylan, sur lequel, bien entendu vous vous êtes déjà rué...

16 mai 2005

C*G* m'envoie ce lien sur des photomontages kafkaïens. Vaut le coup d'oeil.

15 mai 2005




J'ai trouvé cette magnifique image de Roland Topor en nageant en eau trouble, mais ne me souviens plus sur quel site. En tout cas pas sur celui-là qui est un tantinet agaçant bien qu'officiel.

13 mai 2005

Décidément ces derniers soirs, sur CISCOBLOG, tout se passe dans la colonne de droite. Donc, mise en ligne aujourd'hui des trois premières histoires des tours de Vigneux qui devraient, comme il se doit (cliquez) se trouver au nombre de sept au jugement dernier (ou après... ou avant).
Côté CISCORADIO, Campra succède à Granados (à se passer en boucle et laisser tomber tout le reste...). Bientôt du plus moderne, mais ne vous attendez tout de même pas à de la techno...

12 mai 2005

Nouvelle liste des merveilles, avant-première




cliquez sur l'image
Aujourd'hui, mise en ligne (voir sur la colonne de droite) de "l'histoire de la rue du banquier" que j'ai commencée il ya bien longtemps et que je n'ai toujours pas terminée. Mais vous pouvez commencer à la lire, si le coeur vous en dit...A suivre, évidemment.

11 mai 2005

Un haïku par bain,13

La chaleur de l’eau
Enveloppe ma peau froide
Et je suis vivant

10 mai 2005

Je les appellerai Houria et Malika, mais je dirai qu'elles ne sont pas arabes. Je dirai qu'elles sont bosniaques, musulmanes de l'ex-Yougoslavie. Houria aura douze ans et demi, Malika, treize. Cette histoire se passera (A* me l'a racontée il y a quelques jours) chez Flash' Habit, un Magasin de la rue de Paris, à Corbeil-Essonnes. C'est un supermarché sans fioritures de fringues très peu chères, mais aussi d'ustensiles de ménages, de vaisselle ou de linge de maison comme il y en a dans certaines banlieues pauvres, dans l'esprit des étals de "tout à dix francs" sur les marchés. Là, viennent faire leurs courses les femmes des cités environnantes, La Nacelle ou Montconseil, et même les Tarterêts qui sont un peu plus loin dans le "no man's land", vers Evry, Houria et Malika viennent de se faire pincer en flagrant délit de vol à l'étalage par un grand vigile, soigneusement choisi par la direction pour sa corpulence, sa force tranquille et sa technique des arts martiaux. Il est très jeune, les cheveux courts mais pas rasés, un beau regard, il est vêtu d'un costume sombre et porte la cravate, ce qui lui donne aussi un petit côté homme de main. Les deux pré-ados piaillent leur innocence. Il les écoute avec patience. Pourtant, elles sont insupportables : elles versent à grand bruit de grosses larmes de crocodiles, elles jurent sur la tête de toute leur famille que jamais au grand jamais elle n'ont volé le moindre vêtement dans ce magasin, elles tentent d'en appeler aux autres clients, de faire passer le jeune homme pour un horrible tortionnaire. Lui leur répond qu'en plus d'être des voleuses, elles sont des menteuses, que c'est au moins la troisième fois cette semaine qu'il les prend la main dans le sac, que jusque là il a été patient et miséricordieux, qu'il a tenu compte de leur jeune âge et tout et qu'il n'a pas appelé les flics mais que là il va le faire parce que elles dépassent les bornes de la malhonnêteté et qu'elles l'ont assez pris pour un imbécile. Les cris redoublent, elles avouent le vol, disent qu'elles vont se faire tuer par leur père et qu'en plus elles ont été obligées de voler parce qu'il ne leur donne pas un centime pour se vêtir. Mais cette fois ci, rien n'y fait, il est inflexible, il les a déjà averties deux fois, il va appeler la police. Il fait son boulot à merveille, sans haine, sans s'énerver ni abuser de son pouvoir. La scène se termine au moment où, en quittant le magasin, on entend l'argument qui tue : "Nous sommes musulmanes comme toi, tu ne vas pas agir contre tes propres sœurs !". Là, il manque de perdre contenance, car justement, il est un bon musulman, lui : "Vous devriez avoir honte de vous retrancher derrière la religion ! le Coran dit justement qu'il ne faut pas voler, alors taisez-vous, vous êtes des voleuses, des menteuses et en plus, vous êtes impies !". L'histoire ne dit donc pas si, finalement, il a appelé la police. Je dirai bien que non, tout de même, le bon vigile.

08 mai 2005

Juste de retour de la Barousse, petite vallée des Pyrénées. Encore du bleu plein les yeux, et des casacdes plein les oreilles...Ciscoblog reprend, avec encore plus d'entrain !

30 avril 2005

Les Tours de Vigneux



Farouche et gris, le ciel court
Au-dessus des tours de Vigneux
Pressé comme un besogneux
Par la banalité des jours

Liquide et bleu, l'ennui sourd
Du béton contraint des banlieues
Et s'insinue au milieu
Des cités barrées sans recours

Tourne la roue des saisons,
Elles sont, toujours à l'horizon,
Froides bornes débonnaires

Fauchant le temps, prenant la vie,
Sentinelles solitaires,
Que le monotone asservit.

(un Sonnet par Lieu)
Petits changements sur Ciscoradio : après "le Condamné à Mort", poème de Jean Genêt chanté par Marc Augeret (musique de Monique Morelli), place à Leonard Cohen pour quelques jours. A plus !

29 avril 2005

AU PAVILLON BLEU

Ce matin, au "Pavillon bleu", une escale avant de reprendre la vague des jours.

24 avril 2005

Collectionner un mot. J'ai trouvé, dans "La mystérieuse flamme de la Princesse Loanna" d'Umberto Ecco, que je suis en train de lire (et qui, je dois l'avouer, me tombe un peu des mains, au point où j'en suis) une une idée assez jolie : la collection de citations contenant un mot donné, en l'occurence le mot "brouillard". Il se trouve que le narrateur du livre est un marchand de livres anciens, qui collectionne à peu près tout ce qui est écrit. Collectionner un mot c'est un peu comme cueillir des champignons ou ramasser des coquillages sur la plage : c'est une promenade attentive, une pêche à la ligne rêveuse. Il n'y a pas la tension de la chasse ni l'obsession de la quête. On ne cherche pas, on trouve, comme dirait Picasso. Et si on ne trouve pas, il n'y pas de dépit : on ne rentre pas bredouille de la cueillette des mots, on en trouvera bientôt, au prochain livre, au prochain article de journal. Ce qui compte, c'est le plaisir de la ballade, de la déambulation entre les pages et les lignes, et tout ce qu'on aura lu. On aura pris les lettres comme d'autres prennent l'air. Je trouve que le mot "brouillard" est particulièrement bien choisi. C'est qu'il ne faut pas prendre un mot au hasard. Il faut que ce soit un mot concret, qu'il puisse évoquer des images. Il faut qu'il possède un potentiel romanesque ou mystérieux. Il doit être aussi peu polysémique que possible. Mais on doit pouvoir le rencontrer facilement. Il faut qu'il soit fréquent, mais pas complètement banal. Il faut pouvoir le distinguer dans le brouillard... Ce mot ce serait comme un coquillage d'une forme ou d'une couleur particulière, mais ce serait un coquillage. On pourrait en trouver de "joli spécimens". Il ne doit pas être un concept. Le mot "lumière", par exemple, qui me vient par association, et que je choisirais bien, me semble peut-être un peu trop chargé d'idées, de même que le mot "couleur". Il faudrait en choisir une, de couleur : le "jaune" ou le "bleu". Mais on n'est pas sûr du "rendu" romanesque ou évocateur de la citation qui le contiendra. Ce ne sera pas tant le mot qui comptera mais sa couleur ou sa forme, c'est-à-dire, en l'occurence, la phrase ou la citation dont il fait partie. Mais surtout il faut que cela soit un mot qu'on aime et dont on sait à l'avance que les citations ou les phrases qui le comptent vous réjouissent l'âme. Je déciderai donc, pour ma part, du mot : "Insomnie", tout à fait arbitrairement, sans aucune assurance ni certitude, et pour tenter l'expérience. Si ça ne marche pas, je changerai de mot, mais je promet de vous avertir. Rendez-vous dans quelques semaines, pour les premiers résultats.
Début de roman définitivement inachevé, 2


Il fut un temps où il collectionnait les amoureux inconnus. Il enregistrait dans sa mémoire les images fugitives de couples croisés dans la rue, il prenait plaisir à les espionner à la terrasse des cafés, il rebroussait chemin pour les prendre en filature avant qu'ils ne disparaissent sous les porches, il les examinait sous le nez, de près ou bien il les observait de loin, sur les bancs publics, il les traquait dans les squares. Il les passait en revue sur les quais de la seine ou autour des pelouses du jardin du Luxembourg. Il les cherchait dans les queues de cinéma, les approchait à pas de loup dans les librairies, les guettait sur le quai du métro, s'approchait d'eux à la faveur de la foule. Il s'imprégnait de leurs mouvements, de la façon dont ils se prenaient les mains, les tailles, les épaules, les nuques. Il étudiait les séquences de gestes, les enchaînements de poses, les rapprochements des corps, leurs détachements. Par exemple : "Ceux-là, ils sont sur le quai, à Châtelet, au milieu de la foule, assis côte à côte sur les sièges bleus. Elle lui donne sa main à caresser. Leurs bouches se sourient, tout près, tout près, avant de se prendre.." Ou bien : " On dirait qu'il pèse sur elle, elle titube même un peu. Il a posé son bras sur ses épaules. Son coude fait un angle derrière sa nuque. Ils parlent en marchant. Il penche la tête vers la sienne et leurs cheveux se mêlent. Il lui montre quelque chose du doigt.." Ou encore : "Près du bassin, elle, assise un peu allongée sur un fauteuil en métal, lui soudain s'accroupit et pose la tête sur son giron en lui caressant la joue de son bras levé, à l'aveugle.." Et ceux-là : "aperçus fugitivement à la fenêtre de ma voiture en passant sur un passage clouté. Il la tient par la taille, elle aussi, il resserre son étreinte pour l'empêcher d'avancer et me laisser passer. Ils rient..". Il en avait rempli scrupuleusement tout un carnet de notes. Quand le carnet avait été plein, il l'avait rangé sur une étagère et l'avait oublié.

22 avril 2005

Il établissait des catalogues, des listes d'objets mentaux en tout genre. Il faisait le recensement de ses souvenirs, il les organisait, il les hiérarchisait. Il classait, séparait, définissait des catégories, des ensembles. Il faisait régulièrement le tour du propriétaire de sa mémoire. Il veillait à ce que rien ne manque, il furetait dans les coins les plus inaccessibles à la recherche de réminiscences cachées. S'il butait sur l'obstacle de l'oubli, il tentait de le contourner avec toute la patience dont il était capable. Il pensait qu'à son âge c'était devenu indispensable. Il ne disposait plus de l'avenir indéfini de la jeunesse. Il lui fallait savoir s'il était dans les temps, en quelque sorte. Clément Rosset, évoque dans son livre "Route de Nuit" les catégories espagnoles des cosas sin hacer (choses qui restent à faire) et des cosas sin saber (choses qui restent à savoir) : Il aurait voulu faire le tour ce qui lui restait à faire et de ce qui lui restait à savoir. Il voulait se rendre compte s'il avait le temps, s'il pouvait traîner en chemin, musarder ou bien s'il lui fallait se hâter ou faire fissa. De quelle question avait-il fait suffisamment le tour ? De quelle autre était-il certain qu'il n'y avait pas consacré assez de temps ? Car le temps était venu du temps compté. L'avarice allait forcément prendre le pas sur la prodigalité. Il allait falloir faire des choix, savoir ne pas se lancer dans des entreprises trop longues (par exemple apprendre un nouvel instrument de musique ou une langue étrangère), mais aussi évaluer celles pour lesquelles il avait raisonnablement du temps (par exemple faire tel voyage, relire tel auteur).

20 avril 2005

Comme vous le voyez sur la colonne de droite, j'ai enfin réussi à installer RADIOBLOG sur ma page. Pour écouter la musique du jour, qui restera en place trois ou quatre jours, je ne vous avertirai pas à chaque fois, cliquez à l'intérieur du cadre (pas sur "Radioblog" !), quand la flèche se transforme en "main", ce n'est pas obligatoire. Si vous voulez arrêter d'écouter, mettez le volume à zéro avec la "main", sous le cadre (il faut scroller) ou bien cliquez sur pause (scrollez aussi) : La première musique du jour est un extrait suites fraçaises de J S Bach par Piotr Anderjewski (sublime, n'est-il pas ?) Par ailleurs, si quelqu'un peut m'expliquer comment faire apparaître les titres il sera décoré de l'ordre du ciscoblog d'or, merci !