05 mai 2003
Parfois j'ai la t�te vide. Parfois non, �a vient tout de suite. Travail de m�moire, myst�re. Plusieurs fois par jour des souvenirs me reviennent, � la pelle, comme les feuilles mortes de la chanson, par salves ou par bouff�es, au moment les plus inattendus, en voiture par exemple, � un feu rouge, en regardant traverser une femme ou pendant un entretien avec un patient qui m'ennuie un peu et renforce particuli�rement le c�t� flottant de mon attention. Je ne prends pas la peine de saisir le chemin d'une possible association, je n'essaie pas de comprendre l'irruption, je pr�f�re me livrer au plaisir qu'elle m'apporte et me laisser aller au jeu de ramifications qui peuvent devenir infinies. Par exemple : Festival d'Avignon 1967 avec G* et je ne sais plus qui. Le camping sauvage dans l'�le de la Bartelasse, le soleil qui tape � fond sur les tentes le matin. La travers�e du pont vers les remparts sous le cagna. Presque un calvaire. Le cousin B* S* install� l� comme v�t�rinaire qui se moquait des festivaliers et pestait contre Avignon en hiver parcouru de Mistral. Le d�jeuner toujours au m�me petit bistro d�gott� non loin de la place de l'Horloge. Je me souviens du prix du menu : cinq francs, de la trogne sympathique de la grosse patronne et des salade de tomates et poivrons qu'il y avait tous les jours. Souvenir aussi du caf� La Civette, allez savoir pourquoi. (si, je sais : � cette �poque l�, je fumais. Gauloises, Celtiques.) Le � Petit Train de Monsieur KAMODE � ( Capitalisme Monopoliste d'Etat, grande th�orie du PC de Waldek-Rochet, encore avant George Marchais.) pi�ce d'Andr� Benedetto. Le th��tre du ch�ne noir de G�rard Gelas, assez baba, mais c'�tait l'�poque, mauvaise copie du Living Th��tre. L'ann�e suivante, il fera tout un cin�ma en s'encha�nant avec la troupe du m�me Living Th��tre le long des grilles du Palais des Papes. Les quatre fils Aymon de B�jart dans la cour d'honneur du palais des Papes et Nomos Alpha du m�me B�jart avec Paolo Bortoluzzi. Peut �tre Georges Down, mort bien plus tard du SIDA, dansait-il dans les quatre fils Aymon. Puis en 74 ou 75 avec C*, C* B*, J* C* B*- d�j� - et S* J*. Une tr�s chouette C�lestine mise en sc�ne par Thadd�e Jurado dont je ne sais absolument pas ce qu'il est devenu. Du th��tre off partout, dans des endroits improbables, dans des cours avec des arbres qu'on se d�brouillait pour int�grer au d�cor et c'�tait sacr�ment r�ussi, et la chasse aux chaises : plus une chaise dans Avignon ce mois l�, les vieilles avignonaises se faisaient des c*** en or, si je puis dire. Nous cr�chions dans un dortoir et nous allions trois fois par jours au spectacle. Superbe "As you like it" dont j'ai d�j� parl� dans la cour d'honneur du palais de papes. R�p�tition de la troupe de Merce Cunningham � la chartreuse de Villeneuve les Avignon et superbe spectacle d'Alvin Nikolais dans la cour d'Honneur. Ballades en mob dans les Alpilles. Panne de voiture � Saint R�mi de Provence. Mais quelle voiture? L'ami 6 ou la R5 de parents? Souvenir d'un arr�t prolong� � Saint R�mi le temps de la r�paration, mais ou avions nous dormi ? Camping ou H�tel ? Avions nous m�me pass� la nuit l� ? Et si cela avait �t� au contraire deux jours ? Retour en Avignon depuis : deux souvenirs. Lors d'un congr�s de l'association "Accueils?" moribonde il y a quatre ou cinq ans ou plus... ( j'avais revu avec plaisir F* connu � Moisselles et alors chef de service � Valenciennes, j'avais honteusement �t� dragu� par une psychiatre bretonne, jolie brune tr�s provocante) et il y a deux ans avec le Z*, sur la route du festival de la Roque d'Anth�ron o� nous ne v�mes pas Martha Arguerich, qui une fois de plus s'�tait d�command�e au dernier moment. D�ception dudit Z*, qui �tait dans sa p�riode c�l�brit�s et "�uvres d'art". Martha avait �t� remplac�e au pied lev� par un jeune plein d'avenir, Nicolas Angelish, que bien entendu, le Z* avait trouv� compl�tement nul. Revu aussi Saint R�mi de Provence avec le Z* le m�me �t� 1999. et les baux de Provence aussi : plus rien ne ressemblait � mon souvenir de la panne de voiture. Aix en Provence, go�t de calissons dans la bouche et les platanes du cours Mirabeau. Combien de fois dans ma vie? Une fois avec les parents, dans l'enfance, � peu pr�s s�r (souvenir de la grande place ronde qui pr�c�de le cours Mirabeau quand on arrive dans la voiture de Papa). Une autre fois avec C* tr�s probablement quand nous avions rendu visite � G* C* et D* S* avant (ou apr�s?) la naissance de J*, dans la maison des parents de G* � Rognes (go�t du vin de Rognes dans la bouche et aussi des tomates m�res, souvenir stupide de G* en train de rater une sauce b�chamel inratable). Peut-�tre une fois aussi avec F*, sur le chemin d'Antibes et de la rue Barcancannes, en face de la maison de Pr�vert (Jacques, le po�te) dont l'autre c�t� donnait sur le rempart et la mer ( Souvenirs du March� d'Antibes tout proche et go�t de la Brousse dans la bouche que F* achetait et souvenirs des sardines farcies de la grand m�re de F* aux yeux �trangement brid�s et aux pommettes hautes, comme son fils et sa petite fille, un air de Russe d'Asie.) La maison deux pi�ces par �tage de chaque c�t� de l'escalier avec tout au sommet le "poste de pilotage du "commandant", beau p�re du p�re de F*, ancien pr�fet, ancien directeur de cabinet de L�on Blum. La derni�re fois - souvenir encore parfait - toujours avec le Z*, un soir sans concert � Laroque d'Anth�ron, d�n� dans un improbable resto chinois des rues non loin du cours Mirabeau. Et sous le pont Mirabeau, � Paris coule toujours la Seine et mes amours faut-il qu'il m'en souvienne Sonne l'heure je demeure...(voix de C* dans ma t�te qui chante � merveille la tr�s belle version de L�o ferret.)
03 mai 2003
Merveilles 2
J'irai revoir aussi la vocation de Saint Mathieu � San Luigi Del Franscesci, � Rome. The "Calling" of Saint Mathew. C'est en recherchant une image du tableau sur internet que j'ai �t� mis devant l'�vidence du titre en anglais : "l' Appel". Je n'y avais jamais pens�. D'ailleurs, le tableau le dit bien : le personnage dans l'ombre, � droite, juste au dessous du rai de lumi�re, presque enti�rement masqu� par son serviteur, et dont on ne voit pratiquement que le profil, c'est le Christ. Son r�le est jou� par une sorte de chambellan ou de fondtionnaire de gauche charg� des oublis de l'empereur. Il tend une main fatigu�e, molle et autoritaire. Elle montre un homme d�j� m�r qui compte de l'argent, attabl� avec des employ�s, peut-�tre. Cet homme, surpris, se d�signe, "Moi ? Mais que me veut-on ?" M�me l'ap�tre, le serviteur, n'est pas tr�s s�r que c'est bien cet homme qu' a d�sign� son ma�tre, "C'est bien celui-ci ? Vous �tes s�r ?" J'ai toujours pens� que la "vocation", ("avoir la vocation", pour les "ordres", pour la "m�decine", la "musique"..) �tait quelque chose qui venait de l'interieur, comme une pulsion, qui pousse, en vous. Mais non. Le tableau dit l'inverse : c'est un appel de l'ext�rieur. On vous tire, on vous prend par l'�paule. Un homme venu d'ailleurs, que vous ne connaissez pas, vous d�signe tout � coup, allez savoir pourquoi, myst�re de la gr�ce, et vous suivez, jusqu'� Ormesson, votre vie est transform�e, jusqu'au martyr, il suffit de regarder sur l'autre mur � San Luigi del Franscesci. Un jour dans ma jeunesse, moi aussi, j'ai eu la vocation. Je me m�fie, je sais ce que c'est, enfin, je croyais savoir. La sc�ne se passe de nos jours. C'est un tableau biblique en costumes modernes. D'habitude, chez Caravage, il n'y a pas de d�cor. On ne voit pas le fond. C'est sombre, c'est le fameux "t�n�brisme". Ici, il y a un fond, tr�s peu �loign�, un d�cor de mur avec surtout cette fen�tre aveugle. Elle me fascine cette fen�tre d'o� ne vient pas la lumi�re. Elle semble une pure fen�tre de th�atre, comme dans ces sc�nes de transition, o� l'on joue sur le devant de la sc�ne pendant que sur la profondeur du plateau, derri�re, on s'active pour changer le d�cor de la prochaine sc�ne. Nous ne sommes pas dans une auberge, enfin peut-�tre que si, pas � l'int�rieur mais � l'ext�rieur, alors. Dans la cour, disons. C'est cela, nous sommes dans une cour, � l'ombre. Nous ne sommes pas dedans, mais dehors.On comprend pourquoi alors la lumi�re ne vient pas de la fen�tre. Nous sommes dehors, pas dedans. La fen�tre ne peut donc pas nous �clairer, nous. Elle a assez � faire avec un int�rieur qu'on ne voit pas. Elle n'est pas aveugle, la fen�tre. C'est une fen�tre qui voit, au contraire. Mais elle n'�claire pas notre sc�ne : la lumi�re vient encore d'ailleurs. D'ou vient-elle, alors, la lumi�re ? C'est le Christ qui l'am�ne, la lumi�re, avec lui, c'est pour �a qu'il a l'air si las. C'est la lumi�re d'un dehors encore plus dehors, une lumi�re qui vient peut-�tre de la rue, par la porte coch�re ouverte, � droite, enfin, on ne sait pas. C'est ce rai de lumi�re qui "est" la v�ritable vocation, l'appel. Pas la main molle du Christ. Mathieu est "illumin�". Pas qu'il ait tout compris, loin de l�. Il est illumin� par une lumi�re que le christ, en le d�signant apporte avec lui, presque sans le faire expr�s, bon dieu, encore cette lumi�re, encore une illumination, bon, allon-y puisqu'il le faut : "eh, toi l� bas ! " etc. C'est la lumi�re de Dieu le p�re, soi-m�me, le type au projo, dans la coulisse, celui qui ne fait qu'�clairer la sc�ne.
Voil� un petit moment que je ne vous avais pas offert un petit lien sympa. C'est maintenant chose faite, non, non, ne me renerciez pas !. Si vous voulez tout savoir sur l'histoire du Sparadrap � travers les �ges, je vous conseille le tr�s serieux site juste au-desous de votre pointeur, oui, juste l�, au-dessous ! Bonne visite !
02 mai 2003
01 mai 2003
Pens�e de la nuit N� 23 : "La main s'ouvre, d�ploie ses doigts vers le dehors. Eclatement, transcendance vers le monde, objet ou sujet, chose ou �tre humain, les doigts ne se referment pas en une prise, en une emprise, en un "main-tenant". Elles restent tendues, ouvertes... Ainsi la main se fait caresse. La caresse s'oppose � la violence de la griffe. La "caresse" est un concept ou plut�t un anti-concept qu'Emmanuel L�vinas introduit en philosaphie, d�s 1947, dans Le temps et l'autre, et qui parcourt toute son oeuvre, jusque dns les textes les plus r�cents : "Cette recherche de la caresse en constitue l'essence par le fait que la caresse ne sait pas ce qu'elle cherche. Ce "ne pas savoir", ce desordonn� fondamental en est l'essentiel. [...] La caresse est l'attente de cet avenir pur, sans contenu." La caresse d�couvre une intention, une moralit� d'�tre qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, poss�der, ou conna�tre. La caresse n'est pas un savoir mais une experience, une rencontre. La caresse n'est pas une connaissance de l'autre mais son respect" MArc Alain Ouakine, M�ditations �rotiques, Essai sur Emmanuel Levinas
30 avril 2003
Merveilles 1
Un jour, j'irai voir "Falling Water". On la viste maintenant comme un mus�e. J'irai voir "Falling Water". S'il ya une oeuvre d'art pour laquelle je suis pr�t � faire des milliers de kilom�tres, c'est bien "Falling Water". On me demande de choisir un jour un seul voyage, une seule merveille, pour toute ma vie, je r�ponds "Falling Water", sans h�siter. Car si je ne vais pas, moi, � "Falling Water", je sais que "Falling Water", ne viendra jamais � moi. La collection Barnes l'a pourtant fait, contre toute attente, une seule fois dans toute ma vie, mais elle, elle peut se d�placer, faire des "tourn�es", "Falling Water", non. Je suis all� voir un jour une autre de mes merveilles, qui, elle non plus n'aurait jamais pu venir jusqu'� moi, c'est la Pieta de Michel-Ange � Saint Pierre de Rome, je compte bien y retourner. Mais, pour "Falling Water" je suis pr�t � braver ma peur des longures distances en avion, faire m�me un aller et retour d'une journ�e. Frank Lloyd Wright, qui ne s'est jamais mouch� du pied, comme on sait, les g�nies sont toujours insupportables, c'est bien connu, dit de cette maison : "Falling Water est une grande b�n�diction parmi celle que l'on peut recevoir ici sur terre. Je pense que rien n'a encore �gal� la coordination, l'expression vibrante du principe de s�r�nit� o� for�t, rivi�re, rocher et tous les �l�ments de la construction forment une association si tranquillequ'en fait vous ne percevez aucun bruit quel qu'il soit bien que la musique du torrent existe. Vous �coutez Falling Water de la fa�on dont vous �coutez le calme de la campagne..." . Je ne suis jamais all� � "Falling Water" mais je pense qu'on ne peut pas mieux dire, forc�ment.
28 avril 2003
Pens�e de la nuit N� 22 :"Alors que les �tres et les choses t�moignaient sans rel�che de sa pr�sence au monde et qu'il lui semblait, jour apr�s jour, appr�cier un peu mieux son sillage parmi eux, un homme d�couvre que tout ne r�p�te plus, d�sormais, que sa propre absence. Quand et comment cette inversion s'est-t-elle op�r�e ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, ce sentiment d'une perte est peut-�tre la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait rien vu jusque l�, se dit-il. Et, � plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'iln exp�rimente maintenant tous les jours : que la beaut�, alors m�me qu'on la touche, est d�chirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cet homme va, vient et se d�pense sans compter" Marcel Cohen, Faits, lecture courante � l'usage des grands d�butants.
27 avril 2003
26 avril 2003
La caf�t�ria de l'h�pital de Longjumeau est comme un grand aquarium pos� au milieu de la salle d'embarquement d'un a�roport de seconde zone. On peut y trouver la presse qui se presse justement sur des �tag�res trop exigu�s, des sous-marques de jouets en mauvaise mati�re plastique et des meubles de jardin en guise de mobilier. C'est un exemple particuli�rement rat� de la campagne "d'humanisation des h�pitaux" lanc�e il y a douze ou quinze ans et qui peine encore � d�coller. C'est essentiellement un endroit triste. On y croise des brancardiers en fin de service, des vigiles qui prennent le leur, des patients d�s�uvr�s du "septi�me CD" ou du "sixi�me AB" accoud�s au bar tout emm�l�s dans leurs perfusions qu'ils ont descendue par l'ascenseur en poussant et tirant l'encombrant pied � roulette, des enfants chauves et leurs mamans aux yeux cern�s et des ambulanciers entre deux courses qui lancent � la cantonade des vannes salaces sans aucun �gard pour les enfants chauves et les mamans aux yeux cern�s. Le caf�, servi dans des gobelets en plastique est bon. Surprise. Aviez-vous remarqu� que le caf� est toujours bon dans les caf�t�rias d'h�pitaux ? J'ai une certaine exp�rience : il en est de m�me � Evry et � Corbeil. D'ailleurs on devrait faire un guide des caf�t�rias d'h�pitaux de banlieue, distribuer des �toiles (en forme de b�quilles entrecrois�es) je soufflerai l'id�e au Routard. La caf�t�ria de l'h�pital de Longjumeau obtiendrait z�ro b�quille, celle de l'h�pital d'Evry, en revanche, en m�riterait trois. C'est un lieu anim�, chaleureux. Tout � fait paradoxalement, c'est le seul lieu convivial du quartier du Canal, de sinistre renomm�e, o� se trouve l'h�pital d'Evry. Les p'tits loubs d�s�uvr�s et sans le sou y c�toient les travailleurs affair�s, ambulanciers, brancardiers, patients de l'unit� psychiatrique, infirmi�res de m�decine qui viennent commander leurs casse-cro�tes de midi pour ne pas d�jeuner � la cantine et internes qui se draguent pendant la pause caf�. Le g�rant a r�ussi un beau pari : les jeunes s'installent � quatre ou six autour d'un seul caf�, vendu � prix d�risoire, restent autant qu'ils le veulent � condition de d�barrasser leur table eux m�me et de ne pas �craser leurs cigarettes par terre. C'est un espace de paix relative qui contraste avec la violence qui r�gne aux urgences, � l'autre bout du b�timent. Pour exemple : Nabil K. Il habite dans les appartements d�labr�s d'en face, il passe la journ�e l�, en surv�t, la casquette Nike viss�e sur le cr�ne � causer avec chacun, l'appeler par son pr�nom, tenter de rire aux bon mots et taper dans la main pour dire bonjour. Le soir, quand il vient aux urgences en pantoufles, au sortir de son insomnie, parce qu'il ne supporte plus son angoisse de psychotique, qu'il a envie de taper sur sa m�re parce qu'elle en a marre de le voir toute la journ�e sans rien faire, il est d�j� tout h�riss� contre l'agressivit� des infirmi�res �puis�es, il ne ressemble d�j� plus au bon gars du comptoir, il est pr�t � rentrer dans le lard du psychiatre de garde qui va, une fois de plus, �tre mis en demeure de lui rendre la p�che d'avant : "Avant la bouff�e d�lirante, j'�tais bien, j'avais la p�che, quoi. Vous pensez qu'on peut r�cup�rer d'une bouff�e d�lirante ? Vous pensez que je vais redevenir comme avant, retrouver la p�che ? J'ai plus jamais la p�che. Avant, j'avais la p�che, vous voyez ce que je veux dire, la p�che ? Je voudrais retrouver la p�che, comme avant, vous entendez ? Je vais la retrouver la p�che vous croyez ?" Et il va rentrer chez lui, sans la p�che, pas rassur�, pas rassurable, toujours � la recherche de cette foutue p�che irr�cup�rable. La nuit blanche va �tre longue. Nabil K. passe litt�ralement sa vie � l'h�pital, bon gar�on, cordial, le jour, � la cafet', fou la nuit, d�sesp�r�, aux urgences. La caf�t�ria de Corbeil, est, elle aussi, compl�tement rat�e. On l'a am�nag�e dans un couloir, en plein passage. Il faut faire la queue pour s'asseoir sur des tabourets de torture. Il n'y a pas d'espace fumeurs : on les aligne sur un banc, � l'�cart, une vraie cour des miracles. On attribuera une seule b�quille, � peine. Au guide des salles de garde, en revanche, celle de Longjumeau pourrait bien obtenir trois �toiles (trois bites volantes ?, trois moules en fleur ?) non pas pour ses fresques paillardes qui viennent d'�tre restaur�es avec un soin digne de la chapelle Sixtine, mais pour la qualit� roborative de sa cuisine. J'y arrive � la fin du repas � cause du fait que je ne vais tout de m�me pas me taper un d�jeuner roboratif (j'ai remarqu� qu'en garde mon app�tit �tait d�cupl�, allez savoir pourquoi) tout de suite apr�s mes deux tartines du petit d�jeuner et � cause de tout le temps que j'ai pass� � lire les journaux et surtout l'Equipe (j'adore, quand j'ai le temps, lire l'Equipe enti�rement, d'un bout � l'autre, m�me les articles sur les sports orphelins (orphelins comme on dit maladies orphelines) pratiqu�s par deux cent personnes dans le monde, genre Polo � dos de z�bre ou jeux de quilles r�gionaux et dont l'Equipe met un point d'honneur � rendre compte (je parlerai un jour de ma passion pour l'Equipe, je n'en saute pas un num�ro ni le mardi, ni le dimanche (depuis qu'elle para�t le Dimanche) La salle de garde de Longjumeau occupe tr�s certainement une ancienne salle commune de l'ancien h�pital. Il y a une hauteur de plafond royale et d'immenses fen�tres. La table ( en r�alit� un assemblage de tables � la file les unes des autres qui forment un grand fer � cheval tout autour de la pi�ce) est recouverte, selon la tradition, de grands draps blancs en guise de nappe. Au milieu du petit c�t�, on peut apercevoir le si�ge, que dis-je le tr�ne, de l'�conome surmont� d'un �norme phallus en pl�tre peint (le pl�tre ne manque jamais dans les salles de garde � cause de la chirurgie orthop�dique, ce qui explique aussi que les internes sont assez dou�s pour la sculpture : il y a aussi des culs en relief sur les murs, moul�s certainement d'apr�s nature ainsi que divers entre-cuisses f�minins r�alis�s lors de chaudes soir�es de tonus d�brid�s). L'�tiquette de la salle de garde est assez rel�ch�e le week-end : on n'est pas oblig� de toucher l'�paule de chaque convive en arrivant, on n'est pas oblig� de s'asseoir � la file et de respecter "la quinconce", on peut parler m�decine sans se faire "taxer" (faire le tour de la table � quatre pattes, par en dessous ou par au-dessus, rouler une pelle � son voisin de droite ou de gauche, chanter une chanson, offrir une bouteille de whisky, se d�culotter et montrer son cul � l'assistance), on n'est pas oblig� de demander la permission � l'�conome avant de se lever. De toute fa�on, il a fil� depuis longtemps dans son service faire des courbettes � l'assistant qu'il insultait probablement il y a une heure ; de plus, le caf� est d�j� sur la table, ce qui, selon les r�gles, met fin � toutes les prescriptions rituelles. Les reliefs d'un d�jeuner pantagru�lique jonchent honteusement la table et une partie du sol. Dans un coin, une interne � lunettes, bien comme il faut, probablement pucelle, indiff�rente � ce d�sordre, termine son caf� et parle doctement du tiers monde avec un jeune stagiaire en dermato africain qui n'en pense pas moins, � propos des pucelles et du tiers monde. Je d�blaye un autre coin de la table pour poser mon couvert. (Toujours extrait de la tentative d'�puisement du week end qu'on peut toujours lire en cliquant en LCD)
Pens�e de la nuit N� 21 : "D�s lors, tout s'agite : les id�es s'�bralent comme les bataillons d'une grande arm�e sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseingne d�ploy�s : la cavalerie l�g�re des comparaisons se developpe par un magnifique galop ; l'artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d'esprits arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent, le papier se couvre d'encre, car la veille commence et finit par des torrents d'eau noire comme la bataille par sa poudre noire." Honor� de Balzac : Trait� des Excitants Modernes
23 avril 2003
Suite du texte inachev� du 23 avril : Je me souviens que Ludvig Wiitgenstein et Adolf Hitler avaient �t� dans la m�me classe � l'�cole communale. Cela m'est revenu parmi les rayons de l'Arbre � Lettres quand je suis tomb� sur le livre d'Antoine Billot, "Les desarrois de l'�l�ve Wittgenstein" publi� dans la collection "l'Un et l'Autre" (elle n'a jamais si bien port� son nom) chez Gallimard. Je me permets de reproduire, sans autorisation aucune, cette phrase de Hitler, dans Mein Kampf, qu'on peut lire sur la quatri�me de couverture : " A la realschule de Linz, je fis la connaissance d'un jeune juif avec lequel nous nous tenions tous sur nos gardes. Je regrette que le chercheur internationnal de v�rit� qu'il est devenu ne soit pas pr�sent pour tirer enfin les le�ons de l'histoire". Brr...
Les services d'urgence sont rarement agit�s en d�but de matin�e. A cette heure, on fait le m�nage. Les chariots des ASH prennent, dans les couloirs, la place des brancards. On ach�ve de chasser les derniers ivrognes d�gris�s et h�b�t�s. On retape le d�cor � la va vite pour la prochaine repr�sentation. C'est comme au cirque, quand on ratisse la piste. Le spectacle est permanent. On jette les draps pleins de sueur de sang et de larmes dans les conteneurs r�serv�s � cet usage. On recharge les d�vidoirs, on envoie le mat�riel souill� � la st�rilisation. On fait place nette. Les premiers arrivants, en fin de matin�e ou d�but d'apr�s midi auront cette impression d'ordre de calme de propre et de froideur qu'on pr�te toujours aux h�pitaux. Ceux de la soir�e et de la nuit auront cette vision d'horreur de souffrance d'�touffement et de cour des miracles qui en est l'image inverse et tout aussi vraie. Les infirmi�res, v�tues de blouses aux rayures roses, prennent le petit d�jeuner dans une petite pi�ce � la porte entrouverte en faisant les transmissions et en �changeant des plaisanteries. C'est une heure chaleureuse, joyeuse. Aux lits-porte l'atmosph�re est plus laborieuse. Les m�decins font la "visite". La veille passe le relais � la garde. Ou l'inverse. Les lits-porte c'est un peu la consigne de l'h�pital. Les patients sont en souffrance : ils attendent de savoir ce que l'on va faire. Les garder ou les renvoyer chez eux. Mais pour ce matin c'est une petite dame qui m'attend, blottie seule au fond de la salle d'attente. Elle a un visage de petite fille tout rougi d'avoir trop pleur�, encadr� de m�ches blondes comme les bl�s. Elle me suit dans mon bureau. Elle est comme sid�r�e, confuse de chagrin. Entre hoquets et sanglots, elle me raconte cette histoire extraordinairement triste : Elle est mari�e avec Alain depuis vingt ans. Elle a trois enfants : une grande fille de dix-huit ans et deux gar�ons, un grand qui a treize ans et un petit de six ans. Elle, on lui en donne tout juste vingt-cinq, mais sa fiche d'entr�e m'apprend qu'elle en a trente-neuf. Elle travaille � la poste, avec Pascal. Elle est tomb�e amoureuse de Pascal. Depuis deux mois. Un coup de foudre terrible. Elle a �t� emport�e comme par une crue. Elle est �perdue d'amour. Pascal aussi. Il est mari� et a lui aussi des enfants. Elle vient de quitter Alain, c'est une d�cision irr�vocable, elle ne peut plus vivre avec lui. Il est rest� effondr� � la maison. Mais elle ne veut forcer Pascal � rien. Elle est partie tout droit sans rien emporter et elle est arriv�e dans cet �tat d'h�b�tude aux urgences, accompagn�e par une dame qui n'a pas pu la laisser comme �a, seule dans la rue. On pourrait dire que c'est comme au cin�ma ou comme dans les livres, mais pourtant �a se passe � Chilly-Mazarin par un matin d'hiver gris et �a n'a rien de romantique. Elle se croit folle, elle se demande ce qui lui arrive, pas le coup de foudre, pas son amour pour Pascal, qu'elle accepte comme son destin, mais l�, ��, cette douleur insoutenable qui l'�treint et qui la rend incapable m�me d'embrasser ses enfants. Elle dit qu'elle sait bien qu'elle n'a rien � faire � l'h�pital, qu'elle n'est pas malade, que c'est juste une trag�die qui lui arrive, mais elle reste l�, droite sur sa chaise, la t�te vide, et les larmes qui d�goulinent sur ses joues, comme si, quand m�me, elle attendait quelque chose de moi. Et moi, � qui ses larmes donnent envie de pleurer aussi, qui aurait envie de lui dire que cette douleur de partir, je l'ai d�j� ressentie, comme elle, et qu'on ne peut vraiment rien y faire mais elle le sait d�j�, et qui, malgr� tout, me doit rester un minimum professionnel, comme on dit, je lui dis doucement que tout �a n'a rien � voir avec une maladie, mais avec ce qu'on nomme la passion et que je ne connais rien qui fasse plus mal que la passion. Je lui dis que si elle voulait rester un moment � l'h�pital, cela n'aurait rien d'ill�gitime. Elle cesse alors de pleurer, me regarde et me dit qu'oui, elle veut bien rester � l'h�pital. Je la laisse un instant pour aller chercher une infirmi�re des lits-porte � qui je raconte rapidement toute l'histoire et qui la prend tout � fait au s�rieux : les infirmi�res des lits-porte pr�f�rent largement ce genre de psychiatrie de courrier du c�ur � celle de la page des faits divers. Le chagrin d'amour est une folie qui garde un visage humain, pour ainsi dire. On a tous connu �a plus ou moins, un jour ou l'autre, on se sent capable d'aider. On peut comprendre, ce n'est pas comme la schizophr�nie ou la parano�a, radicalement �trang�res, qui font salement peur. Je reviens avec l'infirmi�re. Elle emm�ne la femme qui pleure vers une chambre, au fond des urgences. Je me souviens, quand je suis revenu prendre des nouvelles un peu plus tard, de son visage pos� sur la blancheur de l'oreiller, toujours aussi juv�nile, toujours aussi d�sesp�r�. Apr�s j'ai fait ma visite aux lits-portes. Il y avait une vielle dame qui �tait ravie de se retrouver l�, qui connaissait la m�decine par c�ur pour lui avoir donn� son corps de son vivant, et qui �tait venu l� la veille "par les pompiers" � cause de je ne sais plus quel malaise, imaginaire, comme d'habitude. Elle ne s'�tait jamais remise de la mort de son p�re, il y a trente ans au moins et c'est pour �a qu'elle avait donn� son corps � la m�decine, pour ne jamais le donner � un autre homme. Elle parlait de son p�re comme si elle avait vu son cadavre la veille, avec des sanglots retenus. Et puis il y avait le jeune Emmanuel, qui avait pris une grosse cuite. Il habitait avec sa m�re parce qu'il n'�tait pas capable de se d�brouiller tout seul. Ils ne s'entendaient plus, il disait que sa m�re l'avait mis � la porte parce qu'il buvait trop. Il travaillait dans un CAT, un Centre d'Aide par le Travail, il collait des �tiquettes sur des enveloppes mais �a ne semblait pas l'aider beaucoup. D'habitude, ce genre d'ivrognes on les renvoie chez eux le lendemain matin, mais l�, comme il n'avait pas l'air intelligent du tout et qu'il avait parl� de son injection mensuelle de neuroleptiques-retard, on ne savait pas quoi faire de lui, il fallait l'avis du psychiatre. Comme il avait tendance � rester debout, en pyjama, au milieu du couloir sans savoir quoi faire de lui-m�me, ce qui, outre le fait qu'il g�nait, commen�ait plut�t � inqui�ter les infirmi�res, on s'appr�tait, comme il ne pouvait pas retourner chez lui, � l'envoyer � l'h�pital psychiatrique en anticipant ma b�n�diction. Je ne voyais pas trop ce que l'h�pital psychiatrique pourrait faire pour lui. J'ai appel� sa m�re et lui ai demand� de venir chercher son fils, ce qu'elle a trouv� tout naturel nonobstant le calvaire qu'il lui faisait vivre, mais bon, c'�tait une m�re de psychotique, elle l'emm�nerait revoir son psychiatre avant la prochaine injection. Lui, il n'avait pas tr�s envie de retourner chez sa m�re, ni au CAT, mais je ne c�dai pas d'un pouce, ce qui soulagea les infirmi�res : du moment qu'il ne restait pas dans leurs pattes, l'h�pital psychiatrique ou la maison, c'�tait du pareil au m�me, �a me regardait. Aux lits-porte, � Longjumeau il y a deux chambres sp�ciales : l'une, rel�gu�e au fond, sans fen�tres, � un lit mais sans autre meuble, qui ne ressemble que d'assez loin � une chambre d'h�pital, d'ailleurs ce n'en est pas une � vrai dire, on l'appelle le "cabanon", on y met les ivrognes � d�griser ou tout patient � qui on ne souhaite pas faciliter le s�jour (SDF divers, toxicos en manque, etc.) on peut la fermer � cl�. L'autre, situ�e tout pr�s du bureau des infirmi�res, est au contraire une pi�ce de soins intensifs sur�quip�e d'appareils de tous genres, avec de l'espace pour s'activer autour du lit, pr�lude � la r�animation. On y met plut�t des comateux, des insuffisants respiratoires aigus, rarement les patients qu'on me demande de voir. Ce matin l�, c'�tait le monde � l'envers : le cabanon �tait vide et la chambre de soins intensifs occup�e par un beau b�b� qui s'�tait tellement agit� la veille qu'il avait fallu pour le calmer lui injecter un traitement quasi anesth�sique, ce qui justifiait la surveillance sp�ciale, puisqu'il �tait dans le coma. C'�tait d'ailleurs un patient de cette ch�re Docteur X, un psychopathe alcoolique violent, connu des urgences, qu'il ne fallait surtout pas r�veiller trop brutalement, selon les infirmi�res et m�me ses propres parents, qui se tordaient les mains dans le couloir. Les parents, comme d'habitude, �taient de braves gens tout � fait d�pass�s. Ils s'�taient s�par�s quand leur fils �tait tout petit et avaient gard� de bonnes relations. La m�re avait quitt� le p�re parce qu'il buvait. �a avait march�. Depuis, il avait arr�t� de boire, il avait refait sa vie. Pas la m�re : elle avait continu� de s'occuper des enfants, les avait gard� comme des bouts de son propre corps. C'est � eux qu' elle reprochait de ne pas couper le cordon ombilical. Le p�re �tait p�tri de culpabilit� et la m�re � bout. Son fils l'�touffait avec le cordon pas coup�. Ils n'�taient pas d'accord avec la fa�on dont le docteur X s'occupait de lui. Quand il ne buvait pas, c'�tait un ange, mais �a lui arrivait de moins en moins souvent, quasiment plus, pour ainsi dire. Ils �taient dans l'impasse et dans l'angoisse. La m�re s'inqui�tait pour la survie de son fils. A mon avis, il y avait de quoi, surtout si c'�tait le docteur X qui continuait de s'en occuper, avais-je envie d'ajouter, mais, bien s�r je ne le fis pas. Les parents ne demandaient pas qu'on les rassure, ils demandaient qu'on �coute leur souffrance. Ce que je fis, parce que c'est mon m�tier. Pour ce qui �tait du b�b�, vu les doses, il semblait fort probable qu'il ne se r�veillerait pas de si-t�t et qu'on avait largement le temps de patienter jusqu'� la fin du week end o� il pourrait, dessaoul�, revoir le docteur X si bon lui semblait. Je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus. Les parents en convirent. Ils reverraient le docteur X. (extrait de "la tentative d'�puisement d'un week end" qu'on peut lire en entier en cliquant en LCD)
22 avril 2003
Tout le monde sait...non. Si j'�cris : "tout le monde sait", je crains de froisser, et ils sont peut-�tre un certain nombre, ceux qui ne savent pas et qui se sentiraient pris pour des ignorants, ce qui n'est vraiment pas mon intention, loin de l�, je vous assure ; je reprends, donc : Peu de gens savent...non. Si j'�cris "Peu de gens savent", je prend le risque de passer pour un fat, pr�tentieux qui plus est, croyant d�tenir des informations pour happy few, prenant mes lecteurs pour des imb�ciles (d�j� que je n'en ai pas tant que �a, d'apr�s XITI) et diffusant ladite information par pure condescendance. Donc je n'�crirai ni "Tout le monde sait" ni "Peu de gens savent". Je suis fascin� par Wittgenstein, Ludwig Wittgenstein (attendez, le rapport avec ce que je viens d'�crire arrive, pas tout de suite, mais dans un petit moment, en fait je veux dire dans quelques lignes mais pas deux ou trois, plut�t vingt ou trente). Je sais, je ne suis pas le seul � �tre fascin� par Wittgenstein. Il y a aussi Max Dora, Fran�oise Davoine et, bien s�r, Jacques Bouveresse.. Le probl�me c'est que je ne comprends pas grand chose, � son oeuvre, je veux dire (et pas non plus, peut-�tre, � ma fascination, d'ailleurs). J'ai �ssay� � de nombreuses reprises de lire les "Investigations Philosophiques" avec le m�me sentiment du coureur cycliste archi-cuit qui met pied � terre � mi-chemin dans Paris-Roubaix, apr�s en avoir vraiment bav�, voire � cinquante kilom�tres de l'arriv�e, ou les m�mes d�sagr�ables sensations que le cyclotouriste sur les pente ass�ch�es du col de l'Isoard qui constate qu'il n'atteindra jamais le sommet.Quand on n'a jamais r�ussi � finir Paris-Roubaix, malgr� plusieurs tentatives, ou � gravir le col de l'Isoard, ne serait-ce que quelques lacets qui ne font pas de vous le "For�at de la route" que vous r�viez d'�tre, il faut convenir qu'on est un cycliste d'envergure assez modeste. Quand on n'a jamais r�ussi � finir (soit, j'avoue : m�me � commencer, aller plus loin que cinquante pages) les "investigations philosophiques", force est d'avouer qu'on est un philosophe tr�s moyen. Et encore, quand je dis tr�s moyen, pour ce qui me concerne, c'est compl�tement nul qu'il faudrait que je dise : il n'y a pas que Wittgenstein d'ailleurs, il y a aussi Derrida, ou Habermas ou John Rawls, tous ceux-l�, je n'y comprends pas grand chose. N'allez d'ailleurs pas croire que j'ai jamais termin� un livre de Kant et, pour chercher moins moderne, ni m�me de Spinoza ou l'"Ethique � Nicomaque d'Aristote". Wittgenstein et les philosophes, mais Wittgenstein serait peut-�tre la Star, le prototype du philosophe qui met sa vie et son oeuvre perp�tuellement en accord, me fascinent parce qu'ils sont capable, non seulement d'aller jusqu'au bout d'une id�e, ils peuvent �crire tout un livre rien que sur une id�e, mais en plus de vous y emmener avec eux, tout au bout de leurs id�es. Ce sont des pros de la suite dans les id�es. Des For�ats des chemins qui m�nent quelque part. Moi, question suite dans les id�es, ce n'est pas mon fort, � ce que vous pouvez voir pr�sentement, vu que je n'arr�te pas de me fourvoyer dans les voies sans issues. Donc, je vais tout de m�me �ssayer d'y arriver : Wittgenstein me fascine. J'ai au moins lu sa biographie deux fois, une fois dans "Le monde tel que je l'ai trouv�" de B. Duffy, qui est plut�t un tr�ds bon roman (on y c�toie aussi Moore, Bertrand Russel et ses ma�tresses, Lyton Trachey et Meynard Keynes) et une autre fois dans la bible du genre qu'est "Ludwig Wittgenstein : le devoir de g�nie" de R. Monk. Je disais donc que j'�tais fascin� par Wittgenstein. Ne nous affolons pas : ce n'est tout de m�me pas plusieurs fois par jour, ni m�me tous les jours, ni toutes les semaines. Seulement voil�, chaque fois que je lis quelque chose sur Wittgenstein, dans un journal, une revue, ou que je vois son nom sur une couverture de livre mon petit coeur se met � palpiter. C'est comme je vous le dit.
(suite au prochain num�ro)
(suite au prochain num�ro)
19 avril 2003
Il existe, bien s�r, des endroits o� je n'ai jamais mis les pieds. On pourrait m�me dire que le nombre des endroits o� je n'ai jamais mis les pieds est infiniment plus grand que celui des endroits o� je les ai mis. Je ne sais pas si �a vous fait la m�me chose, en tout cas, pour moi, certains lieux que je ne connais pas me sont bien plus inconnus que certains autres, que je ne connais pas non plus. Je m'explique : Par exemple, je ne connais pas la ville de P�kin, eh bien, on peut dire que j'ai quand m�me une id�e de la ville de P�kin : la cit� interdite, la place Tien Anmen, vue � la t�l� avec le type tout seul face aux chars, les pousse-pousses, les v�los, les petites maisons dans de petites rues d�sertes avec de tout petits jardins o� se cachent des intellectuels pourchass�s par le r�gime ou des artistes interdits et interview�s par Han Sou Yin � la t�l� dans "Envoy� Sp�cial", et ainsi de suite. Je ne connais pas Toulouse, la ville rose, la ville des champions de France de Rugby, avec le quartier du Mirail qui a �t� construit par l'architecte Georges Candilis qui �tait notre voisin de dessous boulevard Saint Michel, le maire Dominique Baudis qui avait �t� pr�sentateur � la t�l�vision dans sa jeunesse et ma copine Agn�s, originaire de Figeac qui y a fait ses �tudes de m�decine et milit� � l'UNEF. Je ne connais pas non plus Denver, Colorado, aux Etats-unis, au milieu des Montagnes, qui a peut-�tre �t� l'h�te des jeux olympiques d'hiver dans les ann�es soixante ou soixante dix, d'o� �taient originaires les Am�ricains avec qui nous avions projet� d'�changer notre maison du XIII�me arrondissement contre la leur avec piscine, jacuzzi et four � micro-onde, et qui �taient venus chez nous passer un mois pendant que nous �tions en vacances dans les Alpes. Pas plus que Saigon, que j'ai vue des milliers de fois � la t�l� et au cin�ma notamment dans le film "l'Amant" tir� du Roman de Marguerite Duras. Pas plus que Dantzig ou Gdansk tant de fois d�crite dans les romans de Gunther Grass et avec quelle minutie. Pas plus que Belfast qui est le Principal personnage du si beau "Eur�ka Street" de Robert Mac Liam Wilson, Nantes qui est la ville de mon copain Paul et celle de mon �quipe de foot pr�f�r�e (Stade de la Beaujoire, stade Marcel Saupin, Passage Pommeret dans les BD de Tardi). Et ainsi de suite : il y a toujours quelque chose qui peut me donner une id�e d'une infinit� de lieux que je ne connais pas, ne serait-ce m�me que parce que je connais quelqu�un qui les conna�t, qui m'en a parl� avec �motion un jour, ou bien avec haine (je me souviens ne jamais avoir compris ce que Jeanne, par exemple avait bien pu reprocher � la ville de Rennes pour la rejeter avec autant de violence, cependant il m'a sembl� la conna�tre bien avant d'y mettre le pied). Il y a donc peut-�tre tr�s peu de lieux que je ne connais vraiment pas, au moins par la pens�e, comme on dit. Pour moi, Mantes la jolie ou Abbeville ou Vierzon ou encore Montfort-l�Amaury sont le prototype des lieux parfaitement inconnus (encore que pour Vierzon il y ait la chanson de Jacques Brel - non, c'est Vesoul - et que je sache que c'est une des villes o� A* a pass� son enfance). Impossible d'�voquer Macao, Valparaiso, Dallas ou Clermont-ferrand sans quelque chose ou quelqu'un qui s'y associe et peut me donner le sentiment que je l'ai visit� dans une autre vie. Mais j'affirme que je ne sais rien de Mantes-la-Jolie. Je ne sais pas � quoi ressemblent les Mantes-la-joliens, quel est le costume folklorique des Mantes-la-joliennes, quelle est la couleur de leur peau, leurs m�urs et leurs coutumes, comment ils se vengent de leurs ennemis et comment ils pr�disent l'avenir. Mantes-la-Jolie m'est bien plus �trang�re, �trange m�me, que Tombouctou et bien plus que Honolulu et Peta�ouschnock. Il y a bien une ville qui vous fait le m�me effet, � vous, non ?
17 avril 2003
Pens�e de la nuit N�19 " En 1340, l'abb� Kenk� a �crit dans son journal : "Ce n'est pas le d�clin du printemps qui am�ne l'�t� mais quelque chose de plus fort que le d�clin." Il y a quelque chose d'ind�clinable. Il y a une pouss�e qui ne conna�t pas de r�pit. Les choses qui commencent n'ont pas de fin" Pascal Quignard, Le Pass� et le jadis
16 avril 2003
Le jour de ses quatre-vingt-cinq ans, mon p�re avait r�uni ses enfants et ses petits-enfants dans un restaurant au pied de Montmartre. Avant que le repas ne commence, il nous conta ainsi cette histoire : � Je vais vous raconter une jolie histoire qui m'est arriv�e. Mercredi dernier, comme tous les mercredis, je suis all� faire un bridge chez mon ami W. Apr�s la partie, pour rentrer � la maison, je suis donc all� chercher ma voiture que je pensais avoir gar�e devant un magasin, une �picerie ou quelque chose comme �a. Bref, quand je suis arriv�, plus de voiture. J'ai cherch� un peu dans le coin, pensant que peut-�tre que je m'�tais tromp� ou que j'avais oubli� l'endroit o� elle �tait gar�e. Je ne l'ai pas trouv�e. J'ai alors pens� qu'elle avait �t� emmen�e � la fourri�re, ce n'est pas la premi�re fois que �a m'arrive et, de plus, j'ai remarqu� que, si je l'avais gar�e devant le magasin en question, c'�tait sur un stationnement interdit. Par acquis de conscience, je suis entr� dans la boutique, et j'ai demand� si on avait vu une R5 grise. Le Monsieur m'a r�pondu : "Ah, mon brave monsieur, c'�tait la v�tre, figurez-vous que la fourri�re est pass�e la chercher il y a une demi-heure". Pas de chance, mais que voulez-vous, c'est comme �a � Paris. J'ai fait contre mauvaise fortune bon c�ur, c'�tait de ma faute apr�s tout, et je me suis mis en qu�te du commissariat, qui n'�tait pas loin, pour demander o� se trouvait la fourri�re. L�, un agent me dit que c'est � l'autre bout de Paris. Je commen�ai � trouver �a moins dr�le : j'�tais un peu fatigu� et je ne me voyais pas faire tout le trajet en m�tro. Justement, apr�s d�jeuner, votre m�re m'avait donn� un billet de deux cents francs. Je me suis donc dit qu'il valait mieux prendre un taxi. Je me suis donc dirig� vers la station de taxi la plus proche. Il pleuvait, il y avait du monde qui attendait et pas beaucoup de taxis. Pendant qu'on �tait l�, � faire la queue, j'avisai un taxi un peu plus loin � l'arr�t. Personne ne semblait l'avoir remarqu�. J'ai quitt� discr�tement la queue, pour ne pas attirer l'attention, et je suis all� questionner le chauffeur qui �tait un gentil monsieur noir. Il m'a r�pondu qu'il aurait bien voulu m'emmener mais que, l�, sa journ�e �tait termin�e et qu'il n'avait plus le droit de transporter de clients. Je l'ai remerci� et je suis retourn� prendre ma place dans la queue... En m�me temps, je me suis fouill� machinalement et, oh stupeur, je n'ai plus trouv� le billet de deux cent francs que votre m�re m'avait donn�. Je l'ai cherch� partout, dans mon manteau, dans mon veston, dans mes poches de pantalon. Impossible de mettre la main sur ce fichu billet ! Perdu. Je n'avais m�me pas de quoi m'acheter un ticket de m�tro! Je devais avoir l'air bien d�sempar�, comme �a � me t�ter partout, au beau milieu de la chauss�e et faire un dr�le de t�te, parce que j'ai vu le gentil chauffeur de taxi noir descendre de son taxi et venir vers moi. Il avait l'air plein de sollicitude. Il m'a demand� ce qui n'allait pas, si j'avais des ennuis ou si je me sentais mal. Je lui ai r�pondu que j'�tais tr�s emb�t� parce que j'avais perdu mon argent et que je ne savais pas comment diable j'allais r�cup�rer ma voiture. Il aurait fallu que je t�l�phone � ma femme pour qu'elle vienne me chercher et tout �a, je me sentais tout b�te, comme vous vous en doutez. Et alors l�, il s'est pass� quelque chose que je n'aurais jamais pu imaginer : le chauffeur de taxi noir m'a r�p�t� que malheureusement il ne pouvait pas m'emmener � la fourri�re comme il me l'avait d�j� expliqu� mais, au lieu de retourner � son taxi, il a sorti un gros portefeuille de sa poche revolver et en a sorti un billet de deux cents francs. "Tenez, me dit-il, voil� de quoi prendre un taxi, vous allez vous fatiguer en m�tro, vous me rendrez l'argent plus tard." Je n'en croyais pas mes oreilles, je lui ai demand� pourquoi il faisait �a et pourquoi il venait en aide � un monsieur qu'il ne conna�t m�me pas, il a r�pondu simplement qu'il m'avait vu dans les ennuis et qu qu'il ne voyait pas pourquoi il ne m'aurait pas aid�. Et d'ailleurs me dit-il "Vous auriez s�rement fait la m�me chose � ma place". Je n'ai pas os� lui r�pondre que je n'en �tais pas aussi s�r que �a. Pour ce qui �tait de l'argent, il m'a montr� un caf� en face o� je pourrai le trouver tous les jours � midi et o� je pourrai lui rendre. Je me suis senti tout � coup tout joyeux, je n'en revenais pas, je lui ai r�pondu qu'il �tait un homme d'une extraordinaire gentillesse et je l'ai f�licit� chaleureusement, et tout en parlant, machinalement, j'ai continu� de me fouiller, et, devinez quoi, j'ai retrouv� le billet de deux cents francs dans une poche que j'avais oubli�e ! Le monsieur noir s'est mis � rire et moi aussi. Je lui ai dit : " Alors �a c'est extraordinaire, venez, je vous offre un caf�". et nous voil� parti au caf� qu'il m'avait montr� plus t�t. Nous avons pass� un moment tr�s sympathique � discuter, il avait l'air de conna�tre tout le monde. Apr�s je suis parti chercher ma voiture � la fourri�re en taxi avec le billet que votre m�re m'avait donn�, j'ai pay� toutes les amendes et je suis rentr� � la maison tout joyeux, pas du tout fatigu�, r�concili� avec l'humanit� et ravi d'avoir fait la connaissance d'un homme aussi bon. �
Mon p�re a, cette ann�e, quatre-vingt-huit ans. Il joue toujours au Bridge, il lit toujours l'"Humanit�".
Mon p�re a, cette ann�e, quatre-vingt-huit ans. Il joue toujours au Bridge, il lit toujours l'"Humanit�".
Je me souviens du SINCLAIR ZX 80, mon premier ordinateur, dans les ann�es 80 (comme son nom l'indiquait peut-�tre), il se branchait sur la t�l�, c'�tait une sorte de boite magique. Il avait 1Koctet de m�moire (vous avez bien lu, 1Ko). On pouvait �crire de petits programmes amusants en "Basic". Il n'y avait aucun logiciel (�videmment)
14 avril 2003
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Un jour j'ai cliqu�. C'est � dire, un jour, j'ai point� la petite fl�che dans le d�sordre (juste � c�t�, l� dans la LCD, la colonne de droite, c'est pas loin) j'ai appuy� sur le gros pav� gauche de ma souris, et puis : rien. Rien. J'ai d'abord cru � un bug. je me suis dis " encore wanadoo qui d�bloque", ou quelque chose du genre " les connections rapides, on se fait toujours avoir", bref, je n'y ai pas cru. Puis � force de cliquer et recliquer, d'arr�ter et red�marrer mon ordinateur (la solution des nuls en informatique), Il a bien fallu que je me rende � l'�vidence. Le d�sordre s'�tait interrompu. Pas que tout, tout � coup, se soit mis en ordre, mais presque. Je ne crois pas avoir pass� un jour depuis six mois sans �tre all� visiter ce labyrinthe merveilleux, cette crypte lov�e sur elle m�me , cette fractale que nous concocte � peu pr�s tous les jours Philippe de Jonkeere (alllez faire un tour sur son blog, le petit calepin, sur l'ordinateur en bas de la page d'accueil et vous verrez si le record du monde de graphomanie n'est pas battu, ou bien, faites un clic sur "la vie" et laissez vous porter par le flot d'images... Il se passe toujours quelque chose dans le d�sordre). Je l'ai bien cru � jamais disparu. En quelques petits mels angoiss�s, le d�sordre nous donnait, de temps � autres, de ses nouvelles dont il n'�tait pas s�r lui-m�me qu'elles �taient bonnes. L'optimisme ne regnait pas vraiment. Une sorte de deuil, sans blague. Et puis, au bout de quelques jours o� le ou�be avait perdu pour moi une bonne partie de sa saveur, il est revenu, avec un petit mail d'excuse et de mise au point dans ma boite de reception. Je ne sais pas pourquoi le sublime capharna�m avait disparu, et je ne sais pas comment il a, vraiment, pour mon bonheur, reparu. Ces myst�res me d�passent et je ne vais pas feindre d'en �tre l'organisateur... Mais que je suis content qu'il soit � nouveau l� ! Le monde n'en tourne pas mieux, mais personne ne peut affirmer que sans d�sordre il n'aurait pas tourn� moins bien encore.
12 avril 2003
Retour à la Défense N° 1.
Pas de soleil. Le ciel est gris très clair, lumineux, éclatant presque. Il y a une légère brume, l'air est doux. Peu de monde. Tu te promènes sur les parvis presque déserts un peu en retrait de l'Arche. Il y a une nouvelle tour pas tout à fait construite. Elle a une forme de croissant de lune très effilé incroyablement haute. Elle est percée, évidée, d'une immense trouée rectangulaire. Magnifique élégance froide. Tu aimes ce paysage minéral. C'est comme un rêve désert et dur. Sans soleil, le verre qui ne reflète rien est encore plus beau. Et puis, il y a ce côt� inachevé, fin de travaux, chantier qu'on plie avant de déserter. L'inanimé ne t'angoisse pas : il veille sur toi. Logique des inverses : le vivant de la nature te manque tant. Ces tours silencieuses sont autant de sentinelles tutélaires. Tu ne rencontres aucun couple d'amoureux. De rares portugais casqués beaux comme dans les pubs pour Manpower. Le Mac Donald de la grande dalle est, lui, plein de monde, pour un samedi après-midi normal. Tu commandes un maxi Coca-Cola. Tu déplies ton journal et le lis au milieu de l'agitation et du vacarme. On dit que Glenn Gould travaillait avec la radio commerciale à plein tube. Tu descends sous terre dans le RER pour quitter les lieux. Il ne s'agit pas de nature morte, mais de monde inanimé : thème de la peinture de Giorgio de Chirico. Ceux-là, ils sont sur le quai, à Châtelet, au milieu de la foule, assis côte à côte sur les sièges bleus. Elle lui donne sa main à caresser. Leurs bouches se sourient, tout près, tout près, avant de se prendre. Quand tu penses à elle, tu ressens une immense caresse. Par exemple comme si elle te léchait la boîte crânienne par l'intérieur, tout doucement, en aspirant un peu par les trous du crâne, la fente sphénoïdale, si elle se glissait par l'aqueduc de Sylvius, longeait les trous occipitaux, passais par le trou de Monroe et le trou de Botal, non ça c'est dans le coeur. Neuf heures. Dimanche. Paris, quartier latin. Temps gris et doux. Pas de vent. Pas de tristesse. Tu traverses le Luxembourg. Tu es un promeneur d'un autre âge. Il y a quelques joggers. Sur les pelouses fraîchement tondues, les statues contemplent des foules de chaises métalliques et vides. trois merles au bec jaune se disputent à manger. Des massifs de centaines de tulipes. De hautes prairies de jonquilles fermées et toutes les nuances de vert qu'on veut. Au milieu d'un parterre de pensées jaunes et rouilles se dressent encore deux amoureux. Ils regardent fixement devant eux. C'est une victoire de Samothrace aux seins et au ventre ronds, ailes immenses et déployées, qui s'appuie sur l'épaule d'un philosophe (grec sûrement) un peu dépoitraillé et pas très bien rasé. Ils sont dressés face au boulevard, immobiles depuis toujours. Tu vas au Louvre en passant par la rue Mazarine et la rue de Seine désertes. Vieilles nostalgies d'il y a vingt ans. Cet inanimé là te remue plus le coeur. Voici que tu traverses le pont des Arts. Pourquoi n'est-elle pas avec toi ? Elle te manque, elle manque à la Seine, au gris du ciel, aux pontons, aux pierres du Louvre, aux pavés des quais, aux planches de la passerelle, aux arches du Pont Neuf, là-bas, à la coupole de l'institut, au bruit que fait le bateau-mouche dans le matin. Finalement le Louvre te fait peur, peur d'y rencontrer vos propres fantômes.. Tu traverses le jardin des Tuileries, par la terrasse au bord de la Seine, le pas plus pressé. ce jardin ne te plaît pas. Il est triste et fatigué. Toujours les mêmes joggers. Il y a aussi une atmosphère de chantier, de baraques, de terre urbaine retournée. Odeur de cette terre des villes, crayeuse, sèche et crottes de chiens. Finalement, le musée d'Orsay t'effraye moins. Vas savoir pourquoi. Tu as plus envie de voir des objets que des tableaux. Le "désir" de Maillol, un haut relief, "fugit Amor" de Rodin, l'incroyable splendeur des objets et des meubles Art Nouveau, surtout Gallé, Van de Velde. Une splendide bibliothèque en bois sculpté, ver et fer forgé. Le fer est végétal, le bois coule comme de la boue, ça se déverse, ça prolifère, ça pousse. Les pompiers. Ils sont propres, hygiéniques. Naissance de Venus, de Bouguereau : elle sent l'eau de Cologne, Tu adores ça. Aujourd'hui, tu es plus sensible aux volumes qu'aux aplats : c'est à cause du manque de son corps. Pourtant, tu t'assieds devant l'immense (on ne le sait jamais qu'il est immense, à force de le voir en reproduction) "atelier du peintre" de Courbet, surpris par la taille énorme des personnages. On n'imagine jamais assez la véritable force physique qu'il fallait pour peindre ainsi, le "chantier" qu'une toile pareille devait représenter, avec les échafaudages, les pinceaux au bout des manches à balais.. Tout près de là, ton regard accroche une femme coiffée au carré, avec une frange, rousse rouge. Tu la vois une seconde, elle. Et tu la désires. Tu perds la femme de vue presque aussitôt. On en apprend des choses : Guimard a dessiné dans son jeune temps une cheminée pour la salle des états du Puy-en-Velay...Après, tu musardes dans les beaux quartiers. Les rues du septième arrondissement. Grenelle, Saint Dominique, Bellechasse, de Lille, de Bourgogne, de Varennes. c'est toujours l'immobilité presque déserte du dimanche après-midi, quand les déjeuners de famille se font longuets et un peu lourds sur l'estomac, et que les Mercedes ou les BM attendent les convives devant les porches, pour les ramener à Auteuil, Passy, Maison Laffitte. Tiens, le musée Rodin, on entre ? Sous la voûte verte des jardins du musée, la mélancolie te retrouve un moment. Sa main quitte l'épaule qu'elle enlaçait, se pose sur le front levé vers son visage. Eternelle idole, vaine tendresse : titres de sculptures de Rodin. Paume à plat, sa main effleure son ventre, entre pubis et nombril. Tu l'empoignes de cette caresse. Retour sous les marronniers en fleur, une empreinte de la mémoire de ton enfance, toujours associée aux hannetons qui reviendront peut-être un jour. Le Luxembourg est plein de familles et de cris d'enfants joyeux : clac clac des patins à roulettes sur la piste de bitume.. Luxembourg de Proust, Mouffetard de Gripari, Butte aux cailles de Doisneau. Périmètre de tes huit ans. Et revoilà Corbeil. Les turcs debout de la Place de la Mairie.
Pas de soleil. Le ciel est gris très clair, lumineux, éclatant presque. Il y a une légère brume, l'air est doux. Peu de monde. Tu te promènes sur les parvis presque déserts un peu en retrait de l'Arche. Il y a une nouvelle tour pas tout à fait construite. Elle a une forme de croissant de lune très effilé incroyablement haute. Elle est percée, évidée, d'une immense trouée rectangulaire. Magnifique élégance froide. Tu aimes ce paysage minéral. C'est comme un rêve désert et dur. Sans soleil, le verre qui ne reflète rien est encore plus beau. Et puis, il y a ce côt� inachevé, fin de travaux, chantier qu'on plie avant de déserter. L'inanimé ne t'angoisse pas : il veille sur toi. Logique des inverses : le vivant de la nature te manque tant. Ces tours silencieuses sont autant de sentinelles tutélaires. Tu ne rencontres aucun couple d'amoureux. De rares portugais casqués beaux comme dans les pubs pour Manpower. Le Mac Donald de la grande dalle est, lui, plein de monde, pour un samedi après-midi normal. Tu commandes un maxi Coca-Cola. Tu déplies ton journal et le lis au milieu de l'agitation et du vacarme. On dit que Glenn Gould travaillait avec la radio commerciale à plein tube. Tu descends sous terre dans le RER pour quitter les lieux. Il ne s'agit pas de nature morte, mais de monde inanimé : thème de la peinture de Giorgio de Chirico. Ceux-là, ils sont sur le quai, à Châtelet, au milieu de la foule, assis côte à côte sur les sièges bleus. Elle lui donne sa main à caresser. Leurs bouches se sourient, tout près, tout près, avant de se prendre. Quand tu penses à elle, tu ressens une immense caresse. Par exemple comme si elle te léchait la boîte crânienne par l'intérieur, tout doucement, en aspirant un peu par les trous du crâne, la fente sphénoïdale, si elle se glissait par l'aqueduc de Sylvius, longeait les trous occipitaux, passais par le trou de Monroe et le trou de Botal, non ça c'est dans le coeur. Neuf heures. Dimanche. Paris, quartier latin. Temps gris et doux. Pas de vent. Pas de tristesse. Tu traverses le Luxembourg. Tu es un promeneur d'un autre âge. Il y a quelques joggers. Sur les pelouses fraîchement tondues, les statues contemplent des foules de chaises métalliques et vides. trois merles au bec jaune se disputent à manger. Des massifs de centaines de tulipes. De hautes prairies de jonquilles fermées et toutes les nuances de vert qu'on veut. Au milieu d'un parterre de pensées jaunes et rouilles se dressent encore deux amoureux. Ils regardent fixement devant eux. C'est une victoire de Samothrace aux seins et au ventre ronds, ailes immenses et déployées, qui s'appuie sur l'épaule d'un philosophe (grec sûrement) un peu dépoitraillé et pas très bien rasé. Ils sont dressés face au boulevard, immobiles depuis toujours. Tu vas au Louvre en passant par la rue Mazarine et la rue de Seine désertes. Vieilles nostalgies d'il y a vingt ans. Cet inanimé là te remue plus le coeur. Voici que tu traverses le pont des Arts. Pourquoi n'est-elle pas avec toi ? Elle te manque, elle manque à la Seine, au gris du ciel, aux pontons, aux pierres du Louvre, aux pavés des quais, aux planches de la passerelle, aux arches du Pont Neuf, là-bas, à la coupole de l'institut, au bruit que fait le bateau-mouche dans le matin. Finalement le Louvre te fait peur, peur d'y rencontrer vos propres fantômes.. Tu traverses le jardin des Tuileries, par la terrasse au bord de la Seine, le pas plus pressé. ce jardin ne te plaît pas. Il est triste et fatigué. Toujours les mêmes joggers. Il y a aussi une atmosphère de chantier, de baraques, de terre urbaine retournée. Odeur de cette terre des villes, crayeuse, sèche et crottes de chiens. Finalement, le musée d'Orsay t'effraye moins. Vas savoir pourquoi. Tu as plus envie de voir des objets que des tableaux. Le "désir" de Maillol, un haut relief, "fugit Amor" de Rodin, l'incroyable splendeur des objets et des meubles Art Nouveau, surtout Gallé, Van de Velde. Une splendide bibliothèque en bois sculpté, ver et fer forgé. Le fer est végétal, le bois coule comme de la boue, ça se déverse, ça prolifère, ça pousse. Les pompiers. Ils sont propres, hygiéniques. Naissance de Venus, de Bouguereau : elle sent l'eau de Cologne, Tu adores ça. Aujourd'hui, tu es plus sensible aux volumes qu'aux aplats : c'est à cause du manque de son corps. Pourtant, tu t'assieds devant l'immense (on ne le sait jamais qu'il est immense, à force de le voir en reproduction) "atelier du peintre" de Courbet, surpris par la taille énorme des personnages. On n'imagine jamais assez la véritable force physique qu'il fallait pour peindre ainsi, le "chantier" qu'une toile pareille devait représenter, avec les échafaudages, les pinceaux au bout des manches à balais.. Tout près de là, ton regard accroche une femme coiffée au carré, avec une frange, rousse rouge. Tu la vois une seconde, elle. Et tu la désires. Tu perds la femme de vue presque aussitôt. On en apprend des choses : Guimard a dessiné dans son jeune temps une cheminée pour la salle des états du Puy-en-Velay...Après, tu musardes dans les beaux quartiers. Les rues du septième arrondissement. Grenelle, Saint Dominique, Bellechasse, de Lille, de Bourgogne, de Varennes. c'est toujours l'immobilité presque déserte du dimanche après-midi, quand les déjeuners de famille se font longuets et un peu lourds sur l'estomac, et que les Mercedes ou les BM attendent les convives devant les porches, pour les ramener à Auteuil, Passy, Maison Laffitte. Tiens, le musée Rodin, on entre ? Sous la voûte verte des jardins du musée, la mélancolie te retrouve un moment. Sa main quitte l'épaule qu'elle enlaçait, se pose sur le front levé vers son visage. Eternelle idole, vaine tendresse : titres de sculptures de Rodin. Paume à plat, sa main effleure son ventre, entre pubis et nombril. Tu l'empoignes de cette caresse. Retour sous les marronniers en fleur, une empreinte de la mémoire de ton enfance, toujours associée aux hannetons qui reviendront peut-être un jour. Le Luxembourg est plein de familles et de cris d'enfants joyeux : clac clac des patins à roulettes sur la piste de bitume.. Luxembourg de Proust, Mouffetard de Gripari, Butte aux cailles de Doisneau. Périmètre de tes huit ans. Et revoilà Corbeil. Les turcs debout de la Place de la Mairie.
11 avril 2003
Je me souviens des cirques Amar, Pinder et Medrano, je me souviens aussi que je suis all� au cirque d'hiver, � Paris, sur les grans boulevards, quand il �tait encore un cirque, je me souviens encore de l'odeur de l'urine des lions ; je me souviens aussi que, beaucoup plus tard, j'y suis all� �couter un concert m�morable de Jacques Higelin
Avec la fen�tre ci-dessous, la boucle de la reconstitution � l'identique est presque boucl�e. Manque cependant un texte sur les topinambours que je n'ai pas le courage, pour l'instant, mais �a viendra, de "reconstituer � l'identique". Je rappelle cependant qu'il y �tait question de deux notations extraites des "notules dominicales de culture domestique (et de vill�giature exotique)" de Philippe Didion, qui ressemblent assez, comme dit mon ami Franklin, au journal de Kafka (" 14 aout 1914. La France d�clare la guerre � l'Allemagne. Journ�e � la piscine"). la premi�re : " Garde robe : j'ach�te deux chaussures identiques" ; la seconde : "jardin : la guerre risque d'�tre longue (les journaux), je plante des topinambours". Philippe Didion est un vrai pince sans rire. (voir en LCD)
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Si comme moi, vous �tes passablement lass� de "la terre vue du ciel" de Yann Artus Bertrand et et ses h�licopt�res, allez jeter un coup d'oeil sur les photos d'Alex Mc Lean qui a sillon� le ciel des US dans son improbable petit coucou et joliment renouvel� le genre. J'aime particuli�rement la photo de l'immeuble en forme de sac � main, avec les anses et tout. (via mes.lubies.net)
Voulez vous voir une collections de raies ? Cliquez ici, vous ne le regretterez pas (via Geisha Asobi, la "the" mine aux tr�sors, kurosawaglttophonie pas obligatoire)
Enfin, mon bouleau s'est d�cid� � se recouvrir de vert. Il a mis le temps, le cher bougre. Je commen�ais presque � d�sesp�rer. Dans la course au Printemps il est arriv� dans les bons derniers. Sans se presser. Comme pour se faire remarquer. Le voil� � nouveau qui agite des branchettes inqui�tes. Le voil�, � nouveau qui �ssaie de me faire signe. Cher vieux bouleau. Mais je ne suis pas s�r que mon bouleau soit vraiment un bouleau. J'en suis d'ailleurs de moins en moins s�r. Comme je l'ai d�j� dit, je suis nul en arbres. Je crois bien avoir remarqu�, cependant, qu'il a reverdi � peu pr�s en m�me temps que les saules pleureurs qui pleurent autour du lac de Viry. Peut-�tre est-il donc un saule, pas pleureur donc, parce que tous les saules n'ont pas des chagrins d'amour ou ne sont pas d�pressifs chroniques, mais un saule bien droit, son c�t� inquiet, anxieux, d'ailleurs...Quoiqu'il en soit je suis content que mon bou...saule ait retrouv� sa verdeur, cela me communique un peu de ferveur. Souvenir d'un r�ve que je faisais souvent dans le temps : C'etait la fin de l'hiver, dans les rues d�sertes et min�rales l'air se radoucissait, le ciel etait plus constamment bleu. Cependant aucun arbre ne bourgeonnait, pas la moindre trace de feuilles sur les branches grises, pas la moindre fleur au sol ; l'herbe, dans les squares restait jaune et pel�e. J'errais parmi les rues d�sertes, interrogeant les arbres du regard et les implorant de verdir. Le monde s'interrogeait sur le myst�rieux ph�nom�ne. La radio annon�ait que, pour la premi�re fois depuis l'origine des temps, le cycle des saisons s'�tait interrompu.Les savants s'interrogeaient pour savoir si l'hiver allait devenir �ternel.
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Pens�e de la nuit N� 17 "Quand j'�tais jeune, j'�sp�rais d�montrer le fonction Z�ta, l'hypoth�se de Riemann. Quand je suis devenu un peu plus vieux, j'ai encore eu l'espoir de pouvoir lire et comprendre une d�monstration de l'hypoth�se de Reimann. Maintenant, je me contenterais bien d'apprendre qu'il en existe une d�monstration" Andr� Weil
Pour une fois, je rajoute mon grain de sel : et moi, de comprendre l'hypoth�se de Reimann
Je tente donc de reconstituer, de m�moire, les textes et les photos d�vor�es par ce monstre de Blogger. Pour les photos, ce n'est guerre compliqu� puisqu'elles sont bien � l'abri sur mon serveur ( je conserverai, pour la s�rie la s�rie "fen�tre sur cour" les num�ros d'ordre originels). Ca va �tre nettement plus difficile pour les textes, que je n'avais pas sauvegard�. Il va donc falloir que je les r��crive, que je les reconstitue "� l'identique" comme on dit en architecture. Mais ce sont des "billets d'humeur", comme on dit dans les journaux. Il faudra donc, que, tel le Pierre M�nard de Borg�s qui tentait de s'immerger totalement dans le monde de Cervant�s pour r��crire son Quichotte, je me plonge � nouveau dans les "�tats d'�mes" qui m'animaient lorsque je les r�digeai directement dans la fen�tre ad hoc de ce cr�tin de Blogger. Je commece donc par : Fen�tre sur cour N�13
10 avril 2003
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Un gros bug de Blogger viens de nous priver de quelques "posts", notamment des "fen�tres sur cour" N�13, 14, et 15. Bref de toute une partie des publications du mois d'avril. Toutes mes excuses. J'ai pass� plusieurs demi-heures � essayer sans succ�s de rattraper les choses. Bon, c'est pas une catastrophe. Je les republierai plus tard. Je pense par ailleurs que si vous �tes le Blogger assidu que je suppose, elles ne vous sont pas pass�es inaper�ues. Bonne nuit, et encore toutes mes excuses
Pens�e de la nuit N� 16 : "Dans ce grand pays am�ricain, en 1812 d�j�, les anglais avaient incendi� Washington, et, deux ans plus tard, br�l� raz le capitole et la maison blanche. Ses militaires, si fiers de proclamer le "zero mort" des bombardiers engag�s dans leur croisade, s'�taient-ils rappel� qu'ils ne faisaient que r�p�ter le "O Kay" de la guerre de s�cession, lorsque, au rapport, on mentionnait, laconique, le "zero killed", le "O.K.", l'absence de perte humaine dans le combat du jour ? Que vaut une vie qui ne vaut m�me pas d'�tre sacrifi�e ?" Jean Clair, Court Trait� des Sensations
J'ai trouv� cette information sensationnelle. C'est une sorte de "pri�re d'ins�rer" piteux qui circule sur le ou�be am�ricain. Comme c'est encore plus dr�le en VO, je le reproduis tel que je l'ai trouv� (les non-shakespearoglotophones - y-en-a-t-il encore ? - peuvent toujours m'�crire pour la traduction, on verra) :
French's Mustard: Eat me! I'm not French!
Mustard-maker goes on the PR offensive amid nationwide fits of wartime anti-France fervor:
"The only thing French about French's Mustard is the name," the company announced. The mustard-maker said it felt obliged to hire a PR company to set the record straight after some media reports suggested it was being -- or should be -- boycotted because of its "French" links. A report on CNN apparently showed one restaurant replacing French's mustard with a Heinz product. "For the record, French's would like to say there is nothing more American than French's Mustard," it said, referring to its New York origins.
French's Mustard: Eat me! I'm not French!
Mustard-maker goes on the PR offensive amid nationwide fits of wartime anti-France fervor:
"The only thing French about French's Mustard is the name," the company announced. The mustard-maker said it felt obliged to hire a PR company to set the record straight after some media reports suggested it was being -- or should be -- boycotted because of its "French" links. A report on CNN apparently showed one restaurant replacing French's mustard with a Heinz product. "For the record, French's would like to say there is nothing more American than French's Mustard," it said, referring to its New York origins.
07 avril 2003
Voulez vous voir une collection de raies, ce soir ? (via geisha asobi, la the mine. Kurosawaglottophonie pas indispensable)
31 mars 2003
Pens�e de la nuit N� 16 : "Dans ce grand pays am�ricain, en 1812 d�j�, les anglais avaient incendi� Washington, et, deux ans plus tard, br�l� raz le capitole et la maison blanche. Ses militaires, si fiers de proclamer le "zero mort" des bombardiers engag�s dans leur croisade, s'�taient-ils rappel� qu'ils ne faisaient que r�p�ter le "O Kay" de la guerre de s�cession, lorsque, au rapport, on mentionnait, laconique, le "zero killed", le "O.K.", l'absence de perte humaine dans le combat du jour ? Que vaut une vie qui ne vaut m�me pas d'�tre sacrifi�e ?" Jean Clair, Court Trait� des Sensations
Bonne nuit, folks. Ceci n'est pas un poisson d'avril mais un petit site tr�s dr�le qui vaut bien un coup de clic de temps en temps. M�rite la LCD imm�diatement.
28 mars 2003
Pens�e de la nuit N� 15 : "Non ce n'est pas de me d�tacher d'une image de moi" qui m'est "demand�". C'est de passer de moi, image de moi, peut-�tre, mais tellement plus - de moi en cet instant, en train de vous �crire, assise l�, regardant le soleil d'automne sur les peupliers devant ma fen�tre quand je l�ve la t�te, pensant d�j� � la phrase suivante, et, marginalement � ce que vient d'�tre la journ�e, moi sans cesse en projets et en souvenirs, passer de moi au noir absolu. Il s'agit bien d'une image ! Il s'agit de cet "�troit passage" et rien d'autre, �tre morte, soit, je veux bien, mais mourir..." Colette Audry, Rien au del�
Je me souviens de l'hippopotame du zoo de Vincennes. Je ne sais pas si c'est un "vrai" "je me souviens". Je me souviens de l'hippopotame du zoo de Vincennes de quand j'�tais petit, mais je me souviens aussi de l'hippopotame du zoo de Vincennes de quand mes enfants �taient petits. Donc, quand je me souviens de l'hippopotame du zoo de Vincennes, je me souviens aussi, peut-�tre, de l'hippopotame du zoo de Vincennes de quand mes parents �taient petits ou de celui de quand vous, vous �tiez petits ou vos enfants, ou vos parents, ou quand vos parents �taient petits (je crois que le zoo de Vincennes date de l'exposition coloniale de 1936). C'est un hippopotame centenaire, au moins. Vous souvenez vous, vous de cette eau croupie, puante, vert glauque, de ces remous, comme dans un chaudron de sorci�re, et soudain de cette gueule rose ouverte , b�ante, obsc�ne, aux quatre dents jaunes, �normes et g�t�es ? On pouvait y laisser tomber, du haut d'un petit promontoire, des bouts de pain �normes, de demi-baguettes enti�res, au moins, des pommes pourries, des poign�es de cacahu�tes. Au fond de ce rose, le gosier, comme un �go�t, comme un siphon, qui engloutissait tout. Je me souviens aussi de l'�l�phant qui disait toujours merci et petits enfants qui lui ordonnaient, imp�ratifs, de remercier :"Dis merci !" et il disait merci, mais il disait merci m�me quand on ne lui avait rien donn�, car il ne savait demander qu'en disant merci : il levait sa trompe en l'air, reculait d'un pas et �cartait grand ses oreilles. Il recommen�ait jusqu'� ce qu'on lui jette une friandise. On lui lan�ait des cailloux, aussi, ou des boules de papiers, des peaux de bananes. Il v�rifiait tout, consciencieusement du bout de sa trompe, il triait, mais ne se plaignait jamais, ne se f�chait jamais. Il disait toujours merci. Il doit �tre mort maintenant. Mes petits enfants ne s'en souviendront pas. D'ailleurs, je ne sais pas s'il verront jamais des �l�phants vivants. C'est une autre histoire. Je me souviens du contact rugueux du faux mur en pierre en vrai b�ton qui surplombait le rocher aux singes � qui nous jetions des cacahu�tes. Je me souviens de ce contact, mais je ne me souviens plus si c'�tait quand mes parents me soulevaient pour me permettre de voir ce que devenait ma cacahu�te, au fond de la fosse, ou quand je soulevais moi-m�me mes enfants, dans le m�me geste, avec la peur, d�licieuse qu'on vous l�che et que vous vous retrouviez avec les b�b�s singes dans les bras d'une maman singe au cul tout rouge qui vous aurait ramass� et emport� dans un coin du rocher.Je me souviens des yeux phosphorescents du Aye Aye tapis dans l'ombre du rocher aux l�muriens et de la chaleur de la m�nagerie, du tigre qui tournait en rond dans sa cage.
26 mars 2003
Attention : chic mais cru, tr�s chic mais tr�s cru, tr�s tr�s chic mais tr�s tr�s cru, chic et cru, quoi... (quand �a marche..). Et ne dites pas que je ne vous ai pas prevenus.
25 mars 2003
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Histoire de Sma�l (�pisode 10)
Une autre histoire, qui se situe quelques ann�es plus tard, montre quelle place tenait la violence dans la famille. Comme il nous l�avait enseign� lui-m�me, Sma�l, depuis un petit moment, se comportait avec nous de telle mani�re que les choses ne devaient pas se passer tr�s bien rue d�Angoul�me : Il se mettait � nouveau en avant, se montrait particuli�rement irritable, accusait Mustapha des maux les plus invraisemblables, ne supportait plus d��tre contredit, nous accusait de faire �chouer, par pure malveillance, en m�cr�ants impies que nous �tions, ses proph�ties les plus infaillibles et ses pr�dictions les plus exactes, pronon�ait des anath�mes et parlait fort. Il demandait toujours plus d�Artane et nous laissait sans protester outre mesure et sans r�sultats apparents forcer sur l�Haldol D�canoas. Bref, il nous sembla qu�il �tait temps de prendre des nouvelles nous-m�mes, de faire une petite visite � la famille. Un paquet d�ann�es avait pass� depuis le temps o� nous arrivions dans l�appartement aux tomettes rouges et nous nous asseyions autour de la table branlante pour boire le th� dans des verres � moutarde en regardant les enfants de Rachid jouer ou faire leurs devoirs � m�me le sol. Tout le monde avait vieilli, y compris nous. Nous ce jour-l�, c��tait Aim� et moi. Aim� avait d�j� connu Sma�l quand il travaillait � Barth�lemy Durand, vingt ans plus t�t. Mais le plus �vident, c��tait les enfants. Amar, le petit gar�on turbulent �tait � pr�sent un grand gaillard de seize ans au cr�ne ras�. Nous avions entendu parler de lui, de loin en loin, lors de r�unions des nombreux professionnels m�dico-sociaux qui � intervenaient �, comme on dit, � sur � la famille et dont nous faisions bien s�r partie, comme d�un jeune particuli�rement difficile, � plac� � � plusieurs reprises par le juge des enfants dans diff�rents foyers, � la suite de petits vols qui grandissaient de plus en plus et de divers trafics dont Rachid, son p�re, jurait ses grands dieux n�avoir jamais �t� ni complice ni instigateur, ce qui �tait difficile � croire. Il buvait, se d�fon�ait au crack. Une petite frappe. Il commen�ait � faire r�gner la terreur. C�est lui qui devenait le vrai ca�d. Il avait d�j� barre sur son p�re, de plus en plus accul� � jouer les seconds r�les et qui nous prenait m�me � t�moins de ses vains efforts �ducatifs et de la jeunesse d�aujourd�hui dont on ne pouvait d�cid�ment plus rien faire. Nous croyions r�ver�Toujours est-il que ce jour-l�, Amar ne jouait plus sous la table. Il fit son entr�e en claquant la porte et nous demanda, en ma�tre des lieux, ce que nous venions faire ici. Il savait tr�s bien que nous nous occupions de son oncle depuis des ann�es. Il vint directement vers moi et me parla sous le nez, je n�en cru pas mes oreilles : � T�as fini d�emb�ter mon oncle, toi, t�as fini de lui faire du mal, mais qu�est-ce que tu lui veux ? hein, qu�est-ce que tu lui veux ? � C��tait de la pure provocation. Il cherchait la bagarre et rien d�autre. Il devait d�tester les � intervenants m�dico-sociaux �, par principe. Il �tait peut-�tre d�fonc�, mais pas s�r, pervers, oui, certainement. Quoi que je r�ponde j�allais en prendre une. Un grand coup de pied dans les tibias me fit donner le signal d�une peu glorieuse retraite. Amar et ses deux oncles, Sma�l et Mustapha, appel�s � la rescousse, en pleine hyst�rie, sous le regard malgr� tout navr� de Rachid et de sa m�re, se mirent � nous prendre en chasse. Je me souviens m�me que Sma�l s��tait saisi d�un balai au passage et qu�il avait enfil� l'escalier o� nous nous �tions engouffr�s. Il suivait son chef de neveu, aveugl�ment, qui lui avait indiqu� son pers�cuteur, sans tenir compte une minute de mon statut de bon docteur, ni du sien, conseiller sp�cial dudit bon docteur. C��tait plus qu�une d�faite, une d�route. Je m�en souviens comme d�un moment particuli�rement humiliant et d�primant, un moment o� on se demande vraiment pourquoi on exerce un m�tier pareil. Nous nous jetons dans la voiture toute neuve d�Aim�. Juste le temps de verrouiller les portes avant de voir d�bouler nos poursuivants en pleine rue. Sma�l et Mustapha font demi-tour et remontent l�escalier avec leurs balais. Amar, toujours enrag�, d�fonce la porti�re c�t� conducteur d�un saut�-chass� des deux pieds pendant qu�Aim� acc�l�re. Nous nous �loignons enfin de ce cauchemar. J�ai deux �normes bleus aux tibias qui me font boiter et la voiture d�Aim�, qui aime beaucoup les voitures, a subi une brusque d�cote. Trois jours plus tard, Sma�l revient au Vingt-six, juste un peu moins fou, maudissant Amar. Comment lui reprocher quoique ce soit ? La famille ne nous a fait aucune excuse. Nous avons jug� vain de pr�venir la police. C�est la derni�re fois que je suis all� rendre visite � Sma�l. La psychiatrie de secteur a tout de m�me ses limites.
23 mars 2003
Je m�dis, je m�dis... Mais il y a toujours quelque chose � trouver sur la "the" toile, si on se donne la peine de chercher. Ce soir, je vous ram�ne �a, p�ch� sur "Echolalie"
Fen�tre sur cour N� 11
Livres et maisons
Ensemble sur les rayons
Le dehors est dedans
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Voiol�, j'ai re�u �a par mail ce matin, c'est plut�t rigolo, secondegresque, et m�rite un petit d�tour
Bonjour,
Durant deux mois �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� [t�l�chargeable 95 ans apr�s] a n�glig� ses lecteurs et lectrices aussi abondants que fid�les.
L��dition du dimanche 22 mars 1908 n�offrant aucun texte int�ressant, la r�daction a donc profit� de l�occasion pour rattraper son retard. C�est donc une importante livraison que nous vous offrons pour vous distraire et vous instruire ce dimanche.
(Rappelons que les fichiers de �Mon Dimanche� sont en format A4, PDF. Le poids important de certains fichiers n�est d� qu�aux ajustements de d�finition (et non pas � la taille de l�article) qui ont parfois �t� n�cessaire pour que nos lectrices et lecteurs populaires puissent conna�tre un bon confort de lecture tant � l��cran que sur le papier. Enfin, pr�cisons que chaque article ne fait au maximum qu�une page.)
Bonne lecture, bon dimanche
La r�daction.
T�l�chargez toutes nos s�lections list�es ci-dessous � l�adresse :
http://www.mondimanche.fr.fm
Les s�lections de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 9 f�vrier 1908 :
LES FEMMES QUI SE DEFENDENT
Paris conna�t l�ins�curit� : on le sait. �Mon Dimanche� s�interroge : �est-ce qu�une femme peut repousser l�attaque d�un agresseur ? Ne conviendrait-il pas, en ces temps o� la criminalit� redouble d�intensit�, de conseiller � nos s�urs, � nos femmes et � nos filles, de ne sortir qu�arm�es?� S�appuyant sur des faits affreux qui se sont d�roul�s rue St-Sauveur, Boulevard de la Grande-Arm�e, Porte-Maillot, pr�s des stations du m�tropolitain ou au Far West, Mon Dimanche fait �uvre de p�dagogie.-
LES TROUBLES CEREBRAUX DES DYSPEPTIQUES
Le Dr Drack, dont la comp�tence et le s�rieux ne cessent d��tonner notre lectorat, nous expose les �tonnantes cons�quences de la dyspepsie sur l��quilibre mental. �L�influence morbide de l�estomac sur le cerveau� peut conduire entre mille choses � �l�obnubilation c�r�brale�. C�est simple : la dyspepsie est une maladie proprement terrifiante dont les cons�quences sont aussi inattendues qu�abondantes.
- LE CHOCOLATIER MENIER
C�est lorsque qu�un capitaine d�industrie meurt qu�on se rend compte � quel point on l�aimait. A chaque d�c�s la presse se fait d�ailleurs l��cho de l�amour que le peuple voue � ces grands hommes. �Mon Dimanche� anticipe en tra�ant le portrait d�un de nos plus importants Fran�ais, le chocolatier Menier. On saura tout de ses usines et de son train de vie imp�rial. N�attendez pas la mort d�un capitaine d�industrie pour vous rendre compte � quel point il vous manque. Lisez �Mon Dimanche,�
La s�lection de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 16 f�vrier 1908 :
- VOLEURS D�ENFANTS !!!
Signe de la perte des rep�res de notre soci�t�, perte de la morale, et sympt�mes de l�avilissement et d�cadence de la soci�t� : on entend de plus en plus parler des rapts d�enfants ; lesquels n�ont jamais �t� si nombreux. �Mon Dimanche� fait le point sur quelques horribles affaires r�centes. Vraiment, jusqu�o� ira-t-on ?
Les s�lections de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 23 f�vrier 1908 :-
LES MESAVENTURES DE BOIS DE REGLISSE.
Les enfants d�aujourd�hui lisent de plus en plus et leur maturit� de plus en plus pr�coce ne laisse pas d��tonner. C�est pourquoi �Mon Dimanche� a cr�� �La page des enfants�. A travers de courtes historiettes distrayantes, �Mon Dimanche� essaie de faire passer quelques id�es sur le monde d�aujourd�hui, afin que les jeunes lecteurs soient plus tard des adultes complets, responsables et citoyens dans la soci�t� de demain. Il s�agit d��duquer nos t�tes blondes ! �Les m�saventures de Bois de R�glisse� va montrer � votre enfant comment on peut venir � bout de la paresse d�un n�gre.
- MOYEN D�APPRECIER SA FORCE PHYSIOLOGIQUE
Le Dr Drack, dont d�cid�ment les comp�tences scientifiques sont pluridisciplinaires nous livre un moyen de conna�tre si l�on est ou non sensible � la maladie : il suffir de calculer son �indice num�rique�. Prenez taille, poids... Et une rapide �quation vous apprendra si vous serez prochainement malade.
- LE MARIAGE AUX RAYONS X
�Mon Dimanche� consacre r�guli�rement des articles � la vie am�ricaine. Les Am�ricains sont de grands enfants, mais parfois ils inventent, reconnaissons-le, des choses �tonnantes d�efficacit� et de pertinence. Derni�re tendance en date : passer au rayon X avant de dire �oui� lors de la c�r�monie du mariage, afin d��viter de se retrouver uni � une personne malsaine. �Mon Dimanche� estime que cette pratique va se r�pandre et se p�renniser.
La s�lection de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 15 mars 1908 :
- LES DANGERS DES CONFETTIS
Le Dr Drack, qui a toute la confiance de la r�daction tant ses connaissances sont impressionnantes, met en garde contre les confettis. Cette invention qui remonte � une douzaine d�ann�es d�j� � fait pl�thore de victimes : �touffements, empoisonnements, contagions pernicieuses... Le danger des confettis est r�el. Des mesures sanitaires s�imposent...
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LISEZ MON DIMANCHE POUR VOUS DISTRAIRE
LISEZ MON DIMANCHE POUR VOUS INSTRUIRE
http://www.mondimanche.fr.fm
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Livres et maisons
Ensemble sur les rayons
Le dehors est dedans
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Voiol�, j'ai re�u �a par mail ce matin, c'est plut�t rigolo, secondegresque, et m�rite un petit d�tour
Bonjour,
Durant deux mois �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� [t�l�chargeable 95 ans apr�s] a n�glig� ses lecteurs et lectrices aussi abondants que fid�les.
L��dition du dimanche 22 mars 1908 n�offrant aucun texte int�ressant, la r�daction a donc profit� de l�occasion pour rattraper son retard. C�est donc une importante livraison que nous vous offrons pour vous distraire et vous instruire ce dimanche.
(Rappelons que les fichiers de �Mon Dimanche� sont en format A4, PDF. Le poids important de certains fichiers n�est d� qu�aux ajustements de d�finition (et non pas � la taille de l�article) qui ont parfois �t� n�cessaire pour que nos lectrices et lecteurs populaires puissent conna�tre un bon confort de lecture tant � l��cran que sur le papier. Enfin, pr�cisons que chaque article ne fait au maximum qu�une page.)
Bonne lecture, bon dimanche
La r�daction.
T�l�chargez toutes nos s�lections list�es ci-dessous � l�adresse :
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Les s�lections de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 9 f�vrier 1908 :
LES FEMMES QUI SE DEFENDENT
Paris conna�t l�ins�curit� : on le sait. �Mon Dimanche� s�interroge : �est-ce qu�une femme peut repousser l�attaque d�un agresseur ? Ne conviendrait-il pas, en ces temps o� la criminalit� redouble d�intensit�, de conseiller � nos s�urs, � nos femmes et � nos filles, de ne sortir qu�arm�es?� S�appuyant sur des faits affreux qui se sont d�roul�s rue St-Sauveur, Boulevard de la Grande-Arm�e, Porte-Maillot, pr�s des stations du m�tropolitain ou au Far West, Mon Dimanche fait �uvre de p�dagogie.-
LES TROUBLES CEREBRAUX DES DYSPEPTIQUES
Le Dr Drack, dont la comp�tence et le s�rieux ne cessent d��tonner notre lectorat, nous expose les �tonnantes cons�quences de la dyspepsie sur l��quilibre mental. �L�influence morbide de l�estomac sur le cerveau� peut conduire entre mille choses � �l�obnubilation c�r�brale�. C�est simple : la dyspepsie est une maladie proprement terrifiante dont les cons�quences sont aussi inattendues qu�abondantes.
- LE CHOCOLATIER MENIER
C�est lorsque qu�un capitaine d�industrie meurt qu�on se rend compte � quel point on l�aimait. A chaque d�c�s la presse se fait d�ailleurs l��cho de l�amour que le peuple voue � ces grands hommes. �Mon Dimanche� anticipe en tra�ant le portrait d�un de nos plus importants Fran�ais, le chocolatier Menier. On saura tout de ses usines et de son train de vie imp�rial. N�attendez pas la mort d�un capitaine d�industrie pour vous rendre compte � quel point il vous manque. Lisez �Mon Dimanche,�
La s�lection de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 16 f�vrier 1908 :
- VOLEURS D�ENFANTS !!!
Signe de la perte des rep�res de notre soci�t�, perte de la morale, et sympt�mes de l�avilissement et d�cadence de la soci�t� : on entend de plus en plus parler des rapts d�enfants ; lesquels n�ont jamais �t� si nombreux. �Mon Dimanche� fait le point sur quelques horribles affaires r�centes. Vraiment, jusqu�o� ira-t-on ?
Les s�lections de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 23 f�vrier 1908 :-
LES MESAVENTURES DE BOIS DE REGLISSE.
Les enfants d�aujourd�hui lisent de plus en plus et leur maturit� de plus en plus pr�coce ne laisse pas d��tonner. C�est pourquoi �Mon Dimanche� a cr�� �La page des enfants�. A travers de courtes historiettes distrayantes, �Mon Dimanche� essaie de faire passer quelques id�es sur le monde d�aujourd�hui, afin que les jeunes lecteurs soient plus tard des adultes complets, responsables et citoyens dans la soci�t� de demain. Il s�agit d��duquer nos t�tes blondes ! �Les m�saventures de Bois de R�glisse� va montrer � votre enfant comment on peut venir � bout de la paresse d�un n�gre.
- MOYEN D�APPRECIER SA FORCE PHYSIOLOGIQUE
Le Dr Drack, dont d�cid�ment les comp�tences scientifiques sont pluridisciplinaires nous livre un moyen de conna�tre si l�on est ou non sensible � la maladie : il suffir de calculer son �indice num�rique�. Prenez taille, poids... Et une rapide �quation vous apprendra si vous serez prochainement malade.
- LE MARIAGE AUX RAYONS X
�Mon Dimanche� consacre r�guli�rement des articles � la vie am�ricaine. Les Am�ricains sont de grands enfants, mais parfois ils inventent, reconnaissons-le, des choses �tonnantes d�efficacit� et de pertinence. Derni�re tendance en date : passer au rayon X avant de dire �oui� lors de la c�r�monie du mariage, afin d��viter de se retrouver uni � une personne malsaine. �Mon Dimanche� estime que cette pratique va se r�pandre et se p�renniser.
La s�lection de �Mon Dimanche, revue populaire illustr�e� du 15 mars 1908 :
- LES DANGERS DES CONFETTIS
Le Dr Drack, qui a toute la confiance de la r�daction tant ses connaissances sont impressionnantes, met en garde contre les confettis. Cette invention qui remonte � une douzaine d�ann�es d�j� � fait pl�thore de victimes : �touffements, empoisonnements, contagions pernicieuses... Le danger des confettis est r�el. Des mesures sanitaires s�imposent...
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