Pas plus tard qu'il y a deux jours, Francis Grossmann m'a encore envoy� un mail. Comme vous le savez, Francis Grossmann, c'est moi, enfin, en principe. Si vous avez rat� le dernier �pisode, ce qui prouve que vous n'�tes pas un lecteur assidu et ce qui me peine vraiment,
cliquez tout de m�me ici comme dirait le papa de Victor Hugo. Donc Francis Grossmann ce n'est pas moi (j'ai comme un petit vertige, l�). J'ai bien not� que vous avez not� que je viens de dire que Francis Grossmann c'�tait moi. Mais, bon, un peu de patience, j'essaie de vous expliquer : Francis Grossmann, c'est un �minent linguiste de la facult� de Grenoble. Il n'a strictement rien � voir avec
CISCOBLOG (qui a aujourd'hui
un an plus
trois jours, modeste comme c�l�bration, n'est-il pas ?) Comme je suppose que depuis les cinq ou six derni�res lignes vous n'avez toujours pas cliqu� sur le dernier �pisode, ou bien que, rebut�s par la longueur du texte vous ne vous �tes pas attard�s sur la page, et vous n'avez pas tort, je vous fais un r�sum� : Francis Grossmann, pas moi, l'autre, l'heureux universitaire, a deux adresses email et, comme il en a parfaitement le droit, on est en r�publique, il n'y a rien l� de r�pr�hensible ni m�me de douteux, moi aussi, Francis Grossmann, j'ai deux adresses email et je ne suis pas le seul, il a s�rement de tr�s bonnes raisons pour faire cela, m�me si je, moi, Francis Grossmann, n'en voit pas le v�ritable int�r�t, il s'envoie
lui-m�me des emails d'une adresse � l'autre. L'une de ses adresses est une adresse professionnelle, l'autre est son adresse personnelle. Il fait donc passer des notes ou des brouillons d'une adresse � l'autre pour des raisons, qui , je viens de le dire, ne regardent que lui, Francis Grossmann, et personne d'autre, surtout pas moi, Francis Grossmann. Nous n'avons rien � y redire, moi, Francis Grossmann et tous les autres. Il fait cela quand il le veut, quinze fois par jours si �a lui chante, et moi, Francis Grossmann et tous les autres, nous n'avons aucune objection � y faire. Seulement voil�, de temps � autres, pas si souvent que ca, mais tout de m�me parfois, comme il y a deux jours, un message de Francis Grosmmann fait irruption, pour ainsi dire, dans ma boite � lettre Outlook. C'est une
erreur , il s'est emm�l� les pinceaux, il a fait une fausse manipulation (je ne rentre pas dans des d�tails ennuyeux, mais, en gros, son adresse perso ressemble, dans son libell� � la mienne et, surtout, nous avons le m�me FAI, ce qui n'est pas particuli�rement �tonnant quand on sait que c'est Wanadoo). On peut comprendre, j'esp�re, que m�me pour une personne rompue, comme moi, � la pratique des moyens de communication modernes, m�me pour un internaute (je deteste ce mot) chevronn�, ce qu'une telle irruption, j'ose m�me dire une telle intrusion (effraction ? Non, c'est trop fort) peut avoir d'�trange et un peu d�stabilisant. Je m'y suis fait, � vrai dire, en r�solvant le myst�re, il y a quelques mois (si vous vous voulez savoir comment, la seule solution est de
cliquez l� o� j'ai dit plus haut, mais ce n'est pas obligatoire). On se fait � tout, en g�n�ral, m�me � l'id�e d'avoir un parfait homonyme, ou plusieurs, en particulier, quelque part dans le monde. Mais il est plus difficile d'admettre que cet homonyme vienne s'immiscer, sans que vous lui aiyiez rien demand�, dans l'intimit� de votre boite de r�ception Outlook. En psychiatrie, et non pas en
xyloglotte, ( j'ai peut-�tre tort : c'est souvent la m�me chose !) il existe un terme qui signifie voir son double � l'ext�rieur de soi, venir vers soi :
l'h�autoscopie (du grec
h�auto� de soi-m�me et
scopos, regard). Ca arrive, mais c'est rare ; c'est une exp�rience inn�fable et angoissante ; j'ai connu un homme � qui c'�tait arriv�, il ne rigolait pas tous les jours. Pour ce qui me concerne, il faudrait d'ailleurs, pour �tre pr�cis, dire :
h�autolexie (et l�, on peut parler de
xyloglotte, puisque c'est un mot qui n'existe pas) et encore plus pr�cis :
h�autoexoscopolexie (
exoscopo signifiant Outlook, en grec ancien, �videmment). A vrai dire c'est beaucoup moins angoissant. On pourrait m�me dire que c'est supportable, � la longue. C'est donc en proie � une b�nigne crise d'h�autoexoscopolexie que j'ai r�pondu au mail de Francis Grossmann pour lui dire que je, moi, Francis Grossmann, donc, �tais un peu agac� par ses mails � lui, Francis Grossmann, disons, intempestifs. Il, je, non, il m'a d'ailleurs gentiment r�pondu qu'il, je, non, il allait y veiller. Bon. Le probl�me, c'est que plus cela se produit, plus je, il, non, je moi, Francis Grossmann, je le m'imagine linguiste � Grenoble III. Vous me comprenez : celui que j'imagine, bien entendu, ce n'est pas je, moi, Francis Grossmann, mais lui, il, Francis Grossmann. D'ici � ce qu'il se prenne, lui, Francis Grossmann, pour un psychiatre � Vigneux sur Seine, il n'y a pas tripette. Il va bien falloir sortir un jour de cette confusion, m�me si ce n'est pas grave. Par exemple, je suis persuad� que le Francis Grossmann grenoblois a exactement le m�me aspect physique que moi quand il se prom�ne dans les rues de Grenoble, ou qu'il �coute France Culture dans les embouteillages. Il a mes cheveux, mes lunettes, mes chemises, mes copines, mon �ge et mon petit bedon (eh, oui ch�res admiratrices anonymes, j'ai un petit bedon), etc. J'ai le plus grand mal � l'imaginer autrement que comme mon double sp�culaire.A part, allez savoir pourquoi, que je le vois, lui, comme moi j'�tais, disons, vingt bonnes ann�es en arri�re. C'est moi, mais en plus jeune. Tiens, il faudrait peut-�tre que je lui demande son �ge, la prochaine fois, �a pourrait aider.