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10 mai 2006

Il est difficile de se faire une véritable idée de la bibliothèque de Babel, celle de Borges. Elle contient non seulement tous les livres qui ont été écrits dans le passé, ce qui, impossible en réalité, peut encore théoriquement se concevoir, mais aussi tous les livres du futur, tous les livres à venir. Elle contient absolument tous les livres, tous ceux qui on été ou seront écrits. Ce qui revient à dire que tout a toujours été écrit et que tout est toujours la réécriture d'un livre déjà existant de toute éternité. Il ne faut pas chercher lequel à moins de croire en Dieu. Aucun livre n'est orphelin. tout livre est fils ou fille de livres. Ces lignes même que vous lisez en ce moment, qui, magré leur désir de liberté, ne peuvent se détacher de vos yeux, ces lignes mêmes, par exemple, ont déjà été écrites sur la colonne d'un temple d'Uruk, en 3459 avant jésus christ ou bien seront écrites en 3005, redécouvertes 150 ans plus tard sur la carlingue d'une épave de vaisseau dérivant au large de Proxima Centauri. De telle sorte que, comme le dit Pierre Ménard, il est parfaitement possible de réécrire, non pas de copier de mémoire, mais d'en inventer une nouvelle version, de l'écrire à nouveau, absolument conforme à l'original, encore plus exact que l'original, pour ainsi dire, n'importe quel livre du passé ("Don Quichotte" ou "les Misérables"), à condition de se mettre le plus exactement possible dans la peau de son auteur pour le faire vivre à notre époque (donnez aussi un milliard de machines à écrire à un milliard de singes, laissez les taper n'importe quoi pendant un milliard d'heures et il en sortira très certainement une version d'Hamlet de Shakespeare parfaitement identique à l'original, en vertu du fait qu'on peut parfaitement décider de regonfler une roue crevée, sans pompe à vélo, en la tenant simplement en l'air : le fait que suffisamment d'air se retrouve un jour dedans, par le simple jeu du mouvement naturel des molécules, est une certitude mathématique, il suffit d'avoir un temps infini) Et encore peut-on faire abstraction des livres du futur, des volumes en eux mêmes, puisqu'on a la certitude qu'ils ont déjà été écrits dans le passé et que donc, en cherchant bien dans la bibliothèque on les retrouvera à tous les coups. Et, de fil en aiguille, pourquoi ne pas alors faire abstraction des livres du passé eux même, puisque, toujours en cherchant bien on pourra toujours en trouver un exemplaire déjà écrit auparavant. On pourra même dénicher le livre unique qui contient tous les autres de toute éternité, celui dont la page centrale n'a pas de verso. Bien sûr il faudra (on ne prend pas de risque à employer le futur) beaucoup de temps pour le dénicher, mais il existe, caché au milieu d'un rayonnage. Ainsi j'ai trouvé hier à la librairie "Compagnie", s'est offert à moi, le livre d'Antoine Vivaux, "Senesco", dont je suis également bien entendu l'auteur, exactement comme vous êtes vous même l'auteur de ces lignes, c'est à dire qu'en les lisant vous leur donnez leur sens. C'est un livre écrit entre 1987 et 2004 à raison d'une vingtaine de lignes par jour pas tous les jours qui est le journal intime de l'expérience du temps qui coule et du vieillissement au jour le jour. Il s'agit de l'une des tentatives de donner au temps une matérialté les plus pathétiques que j'ai jamais rencontré ( avec, peut être, "Vingt lignes par Jour" d'Harry Matthews"et "W, ou le souvenir d'enfance", de Georges Perec ou, dans un autre d'ordre d'idée, "Ostinato" de René Louis Desforêts). Exactement comme si j'avais trouvé le livre de tous les livres. Je ne l'ai pas encore lu. Je ne l'ai même pas ouvert. Je l'ai rangé au milieu de ma bibliothèque, parmi les autres.

Gros coup de tabac au boulot, en ce moment. Et le soir, encore boulot ! Plein d'idées pour CISCOBLOG mais pas de temps. Entre deux expertises, juste celui d'un petit tour sur le net sur et mes liens préférés : "L'homme qui marche" remanie son blog, il tente un mixte intéressant entre blog et photoblog, c'est un peu la double formule chère à Libé, à suivre. Rien de nouveau chez Alexandra Bovarini, mais avec elle il ne faut jamais désespérer, elle réapparaît toujours au moment où on s'y attend le moins. La Boite à Images ne faiblit pas, toujours aussi pertinente et percutante, Lunette rouges arpente l'Europe de l'art, cliquez ici aussi, superbe, et David madore madorise à qui mieux mieux. Mais ce n'est pas le tout, faut que je retourne à "Word", bye.

Il y a deux ou trois soirs j'ai revisité "La tentative d'épuisement sentimental de la description du boulevard Saint Michel" jadis ici publiée. J'en ai même rafraîchi la présentation à l'aide de mon nouvel éditeur de site. J'ai écrit ce texte il y a cinq ans et je l'ai mis en ligne il y en a trois. Enfin, je dis çà, mais je ne me souviens plus exactement quand. Je ne l'ai pas daté. C'est un comble, une grosse erreur (mais c'est comme ça. J'ai failli, en tapant ces lignes lui en donner une fausse, à peu près plausible, genre "17 avril 2001" ( "...du boulevard Saint Michel, ici publiée le 17 avril 2001"). Je n'ai pas retrouvé encore le carnet Clairefontaine d'origine où j'ai pris les notes qui me permettrais de dater précisément le texte et je ne sais pas si j'aurais le temps suffisant pour le retrouver un jour. J' ai arrêté de prendre systématiquement des notes à la fin des années 90. Il y a une pile de carnets Clairefontaine à spirales (du format le plus épais, ni trop petit ni trop large) cachée au fond de mes étagères dans la vague et bien entendu vaine attente des archéologues du futur. Certains n'ont pas été consultés depuis plus de dix ans, voire quinze (quel abyme !) Je viens de m'interrompre pour y jeter malgré tout un coup d'oeil. Au hasard, je suis tombé sur celui qui porte l'étiquette (elle aussi Clairefontaine à larges ligne bleues et double liseré aux coins coupés) libellée "du 9 mai 1989 au 19 novembre 1989" En l'ouvrant à la première page venue, je lis, datées du 14 août 1989 les notes suivantes (et j'arrêterai là cet inquiétant voyage en arrière dans des gouffres insondables) : "premières idées pour un projet de papier intitulé "Espace Mémoire forme - cf la mémoire et l'oubli - Odile et son geste du pouce et de l'index - l'histoire du mec à la télé - "Je me souviens" de Percec..." Ces lignes, tracées jadis de ma main, me sont maintenant étrangères faute de les relire seulement pour la première fois après quinze ans, mais pas tout à fait. Par exemple "la Mémoire et L'oubli" est un livre de Bergson (mais peut être n'est ce qu'un article ?) auquel je crois bien n'avoir pratiquement jamais repensé depuis, je ne me souviens non plus très bien du geste du pouce et de l'index d'Odile mais je suis sûr qu'il ne s'agit pas de celui qui imite le compte de billets imaginaires et, en revanche, je ne me souviens plus du tout de quel mec il s'agit, ni quelle histoire à la télé ni même de quelle télé, ni même pourquoi j'ai noté de m'en souvenir. Les secondes idées pour un projet de papier n'existent probablement pas et je suis sûr de n'avoir jamais publié aucun papier sur le sujet, c'était bien avant les ordinateurs, internet et Ciscoblog ... bref, je ne me souviens plus de la date précise à laquelle je décidai d'écrire la "tentative d'épuisement du Boul'mich", très impressionné depuis déjà un certain temps par celle, princeps, de G. Perec, dans son projet de livre qui ne vit jamais le jour et qu'il voulait appeler "Lieux". Il avait pour objectif, disait-il, de "rendre compte d'un triple vieillissement : celui des lieux eux même, celui de ses souvenirs et celui de son écritures". Dans la "tentative de description de choses vues au carrefour Mabillon le 19 mai 1978" on peut lire, même si on est pas du tout au courant du "cahier des charges" extrêmement précis et complexe qui lui donne forme et origine, des successions de courts paragraphes, qui sont autant de strates déposées les unes sur les autres au cours du temps, de souvenirs accumulés mélangés à des observations notées en "temps réel". Le plus fort est bien entendu que cela reste lisible et c'est ce qui constitue le génie de Perec. Je ne suis pas du tout sûr que "ma propre" tentative d'épuisement (le plus misérable étudiant tente toujours d'imiter son inaccessible maître) soit lisible. Je sens pourtant que le temps est venu d'ajouter la première strate, tentant de donner au texte une première autonomie. J'annonce donc que vais, dans les semaines qui suivent, parcourir à nouveau le boulevard Saint Michel, le carnet à la main (Clairefontaine à spirale, bien sûr !) mais aussi avec une copie imprimée du texte, pour noter tous les changements dans les lieux décrits jadis. Ces nouvelles descriptions seront ajoutées à la suite des premières, à la fois ici sur Ciscoblog, en ligne, et datées, sous une forme que je n'ai pas encore entièrement déterminée, et au sein du texte déjà rédigé il y a cinq ans et archivé ici, à peu près au fur et à mesure. Il vous suffira de cliquer sur ce lien pour consulter le vieillissement même d'un souvenir, d'un lieu et d'un texte. Vaste programme, non ? A bientôt !

Ford Sierra, 1


Toute la journée, nous restions à l'abri des murs rouges de la fattoria épais comme ceux des coffres forts. Allongés pour la sieste à même le carrelage nous ne parvenions pas à nous rafraîchir. les gosses poursuivaient les chats dans des escaliers à la Piranèse ou on garait les vélos. Ils jouaient au foot dans de petites cours fleuries. Il y a une photo de Nathan en marinière et salopette courte appuyé contre une ancienne jarre d'huile bien plus grande que lui. Sur les paliers, au fond de sombres niches, veillaient des madones de pierre usées. Un peu après quatre heures de l'après midi, il fallait bien sortir, n'était-ce que pour les courses. Il fallait descendre lentement la colline, la clim à fond sous peine de fondre, du côté des vignes, et rejoindre la Via Cassia qui serpentait à travers les champs brûlés parmi les cyprès en processions qu'on peut voir sur toutes les cartes postales. Un quart d'heure après, on entrait dans Sienne par la Porta Romana et l'asile San Nicolo. Avec un peu de chance, à cette heure, où le flot des touristes commençait à refluer, on pouvait se garer en épis à l'ombre du mur qui faisait face au vieil hôpital. Ses grilles ne gardaient plus que deux palmiers assoiffés aux feuilles jaunies et des agaves géantes en fleur. J'aurais adoré y travailler au milieu des fous arrachés aux arbres et des bonnes soeurs en cornette. Trop tard : il était désaffecté, peut-être depuis la loi 180. Sa bibliothèque était transformée en musée. Nous nous asseyions à une terrasse pour boire de la liqueur d'artichaut avec des câpres fraîches, énormes, grosses comme des billes, rangées en cercles sur des soucoupes. On était en pleine époque de préparation du Palio. A travers ruelles et passages, des processions silencieuses menaient, derrières deux ou trois rangs de lansquenets sérieux comme des papes, battant tambour et maniant les gonfalons, des chevaux et leurs cavaliers recevoir la bénédiction dans des églises tapies au fond de petites places pavées. On dressait déjà des tablées longues comme des rues pour les banquets de la victoire. Totalement indifférente aux étrangers, quartier par quartier, la ville se refermait sur elle même comme jamais avec la gravité des veilles de batailles. Plus tard nous contemplerions la tombée de la nuit et les étoiles s'allumer assis par terre à même le pavage de la Piazza del Campo qui est sans conteste la plus belle place du monde. Ou bien nous filerions dans le crépuscule jusqu'à Pienza, bourrée de palais baroques, manger des spaghettis aux rougets ou des pizzas à la roquette dans un restaurant où l'on servait les trois plats et où on mettait la bouteille de grappa sur la table à la fin du dîner.

07 mai 2006

je me souviens


de Rudy Altig, mais alors je ne sais vraiment plus pourquoi !

04 mai 2006

Pensée de la nuit N° 100


"En Italie, pendant les trente ans de régne des Borgia, il y a eu la guerre, la terreur, des crimes, du sang versé, mais cela a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, il y a eu l'amour fraternel et cinq cents ans de démocratie et de paix... Et qu'est-ce que ça a donné ? La pendule à coucou..." Orson Wells dans "Le troisième homme de Carol Reed


Je m'aperçois que demain Ciscoblog aura 8 ans moins 1481 jours. Bon anniversaire CISCOBLOG !

02 mai 2006

Un remarquable article en forme de cours magistral de sociologie. Classes moyennes, le grand retournement



Brillant ! (déniché par Boing Boing sur un site francophone (ça me rappelle le "22 à Asnières" de Fernand Reynaud - cliquez zici !))

01 mai 2006

Alternative, 6


Entre une secrétaire d'état virtuose du piano et un cinéaste pas terrible à la clarinette je choisis toujours le Woody
Pensée de la nuit N° 99


"Si tu téléphones à une voyante et qu'elle ne décroche pas avant que ça sonne, raccroche ! " David Madore
Douze, 6


Il y eut le groupe de Rock punk newyorkais ramené par Bernard Z., dit "Biquette", plus vrai que nature mais tous gentils garçons, qui avaient dormi "à la dure" sur la moquette et le lino de la cuisine et ne sortaient presque jamais même la nuit de peur de faire du tourisme ou prendre des coups de soleil ou nous ne savions quoi, dont les groupies avaient occupé des temps exagérément longs la minuscule salle de bain, y avaient volontairement dégradé au rouge à lèvre notre photo préférée de Marylin Monroe. Ils avaient attendu des semaines, pratiquement sans quitter la cuisine où ils enfilaient des bières, des joints et écrivaient des poèmes avant de "passer" une seule soirée en lever de rideau aux "Bains Douches" dans l'indifférence générale, impassibles et raides sous les décibels de leurs guitares sursaturées. Ils étaient retourné aux States aussi inconnus qu'avant. Il y eut les colocs (mais on ne disait pas encore comme ça) d'A.F. anglais, américains, allemands, norvégiens, péruviens et burundis. Ceux qui étaient pianistes venaient jouer du Debussy ou du Schubert dans notre couloir, les autres apprenaient les rigueurs des voyages de formation en se disputant le frigo dans le minuscule trois pièces d'à côté où A.F., en véritable femme-orchestre et reine du pense à tout, remplissait, sans ménager sa peine,
en plus de son métier d'institutrice bilingue, les triples fonctions de logeuse, agence matrimoniale et postière . C'était, en plus, une as des travaux d'aiguille et du petit bricolage, des liserés de dentelle et des nappes à carreaux. Elle avait placé quelques piges dans "Cent Idées" et remédiait avec génie aux petites misères de la vie. Elle correspondait avec la terre entière et ne perdait jamais ses amis de vue. Si le poste de maire avait éxisté au Douze, elle aurait sûrement fait campagne et raflé les voix. Surtout, elle avait fait la jonction avec les natifs. Elle avait sympathisé avec une famille autochtone qui s'était saignée, quelques années auparavant, pour accéder à la propriété d'un petit appartement du sixième et avait des vues sur la chambre de bonne d' à côté. Elle avait su leur montrer qu'ils n'avaient rien à craindre de l'invasion pacifique de leur immeuble par notre troupe de babas chevelus et locataires, bien au contraire : les prix montaient quatre à quatre. Ce fut l'Age d'Or du Douze, tout l'immeuble se retrouva, au moi de mai, pour un grand dîner oeucuménique auquel la concièrge refusa encore de participer (on a sa fierté) avec chandeliers et nappe blanche dans la rue, ce qui au milieu des années soixante dix ne se faisait encore pas tant que ça.

29 avril 2006



Eureka ! J'ai trouvé l'Agence Eureka ! (via "La Boite à images": des heures plongé dans mon enfance...)
Un haïku par bain, 34


Et l'eau savonneuse
Laisse comme à marée basse
Un fin limon sale

28 avril 2006

Conte de fée de banlieue kitch



KITCH SUBURBAN FAIRY TALE
Et voilà ce que Blogger a fait de toute cette page. Impossible de réparer. Blogger me gonfle ! Les archives ne sont heureusement pas modifiées. Pour un meilleur confort de lecture, passez par les Archives et mille excuses ! (je tentais juste d'ajouter ce lien vers une vidéo sur laquelle je suis tombé par hasard dans Google Video)
Avez-vous vu ça ? (via meslubies)

25 avril 2006

livre101



Il n'arrête pas de la dessiner sur les livres. Il nous envoie ses dessins régulièrement sur Flickr. C'est comme une folie douce, il la dessine sans arrêt, mais seulement sur les livres. On ne voit pas si ce sont des livres d'amour ni même si le texte correspond. C'est assez beau de dessiner sur les livres, finalement.

21 avril 2006

Ce soir : petits liens . Rien que du très bon sur "You Tube" (où vous pourrez trouver à peu près tout ce que vous cherchez, il y a aussi "Dayly Motion" et des tas d'autres)

19 avril 2006



Je trouve cette vidéo de la circulation à Bombay, glanée sur "Boing Boing" fascinante. En plus, elle me rappelle une foule de souvenirs... surtout les bruits ! Jetez y un coup d'oeil, il y a plein de plein de petits détails, les rick shaw, les camions improbables, les couples sur les mobylettes, les voitures comme dans la pub pour la Clio, les taxis "ambassador" blancs, etc.

02 avril 2006

message du soir, 2


La magistrature assise ment debout

01 avril 2006

Conversations





Jardin du luxembourg, Paris, fin mars.

31 mars 2006

Une jeune pousse, qui promet... mérite déjà le détour !

30 mars 2006

L'une des énigmes scientifiques les plus mystérieuses de tous le temps enfin résolue ! (via AEIOU)

27 mars 2006

Connaissez-vous Urville, en Provence insulaire ?

25 mars 2006

Un haïku par bain, 33


Mon cerveau, liquide !
Dedans se baigne un enfant
Tandis que je trempe
éclats de ciel


Le "Wasabi" est l'une de ces cantines japonaises, pas self-service mais presque, qui servent des menus bon marchés juste en face du jardin de Cluny, boulevard Saint Germain. On y trouve des sushis et des shashimis, des étudiants, des cadres sups pressés et des touristes hollandais ou sud africains. Le mobilier est résolument post moderne, tout en courbes, en obliques et en couleurs pastel. On dit en général que le poisson cru a un goût très subtil. En réalité chacun sait qu'il n'en a aucun. Le riz au vinaigre de sushis n' a lui non plus aucun intérêt gastronomique, il est en général collant et lourd. Les algues des makis ont une consistance synthétique et particulièrement triste. Mais la cuisine japonaise a su bâtir sa réputation sur un syllogisme en béton : Au restaurant japonais on mange du poisson cru, or le poisson cru doit se manger très frais, donc les restaurants japonais sont bons pour la santé. Ce message quasiment subliminal passe très bien. On pourrait donc dire que fréquenter les restaurants japonais "parce que c'est bon" frise l'auto-flagellation. Ce qui est plutôt mon cas. Mais j'ajoute immédiatement pour ma défense que les restaurants japonais ne sont pas pires que les chinois glutamates où les grecs un peu gras. Cela ne veut pas dire non plus qu'il n'existe pas de japonais gastronomiques et on sait combien il existe de restaurants chinois délicieux : je parlais juste de cantines (le restaurant japonais est aux années 90 - 2000 ce que les tavernes grecques étaient aux années 70 - 80.) Dans la catégorie zéro étoiles, le "Wasabi" possède vraiment un très bon rapport qualité prix. Je vais donc de temps en temps au "Wasabi" quand je suis du côté de Saint Germain, mais aussi chez WAT, j'en ferais de la pub une autre fois et je profite de cette note pour dire, mais ça n'a pratiquement aucun rapport, que je regrette vivement la fermeture du petit indien absolument délicieux et pas cher de la rue Gracieuse - quel nom pour une rue ! - à Mouffetard) Ce jour-là, nous étions donc attablés avec Nathan devant notre soupe miso et nos sushis préemballés, j'étais dos au boulevard et je pouvais voir en contre jour l'animation de la salle tout en mangeant. Un joyeux essaim d'étudiantes occupait une grande table ronde, juste derrière nous. Armées de cette bruyante certitude que confère souvent aux jeunes gens le simple sentiment d'être ensemble, elles étaient toutes plus belles les unes que les autres. Elles s'interpellaient et riaient à gorges déployées, se sachant assez au centre des regards. Je remarquai que, de temps à autres, dans la relative pénombre de la salle, la masse mouvante de leur groupe était soudain zébrée d'une sorte d'éclair qui me rappelait celui que fait parfois le dos écaillé d'une carpe qui saute sous le soleil irisant la surface d'une rivière, ouvrant ainsi la vanne de souvenirs estivaux de pêche à la ligne avec le même Nathan et son frère Jérémie par un bel après midi poyaudin dont je lui fit subitement part, interrompant le fil de notre conversation. Je pensai vaguement à l'éclat d'un bijou ou du verre d'une montre. Mais il n'y avait dans cette salle vraiment pas de soleil ni d'éclairage assez fort pour produire un tel phénomène. Je restai sous le charme de l'image, prêt à croire que la lumière provenait de la grâce même de toutes ces jeunes filles heureuses. Elles se passaient un certain objet et se penchaient les unes vers les autres avec des exclamations de joie qui faisaient penser qu'elles avaient joué un bon tour à quelqu'un. Je compris qu'elles se montraient des messages sur leurs téléphones portables : les jeux de lumières étaient produits par les hasards du maniement des appareils dont les écrans, d'où émanait cette lumière étrange un peu surnaturelle qu'on pourrait qualifier de bleu ciel "profond", se trouvaient, un bref instant, tout entiers face à mon regard. Ainsi le soleil émanait vraiment de leur jeunesse réunie puisque ces éclats de ciel bleu provenaient des baisers de leurs amoureux. Non sans un peu de honte, je me sentis, en reprenant le fil de la conversation avec Nathan qui n'avait rien vu, pareil aux fantômes dont parle Kafka : "Ils attendent avidement, tapis dans l'ombre. Les baisers écrits n'arrivent pas à destination. Les fantômes les boivent en route. C'est grâce à cette copieuse nourriture qu'ils se multiplient si fabuleusement. L'humanité le sent et elle cherche à lutter contre le péril. Elle cherche à éliminer le plus qu'elle pouvait les fantomatique entre les hommes. L'adversaire est tellement plus calme, tellement plus fort. Après la poste il a inventé le télégraphe, le téléphone, la télégraphie sans fil, mais nous nous périrons."

20 mars 2006

Beaubourg (Big Bang)


BIG BANG (BEAUBOURG)
Pensée de la nuit N° 98 :


"Comme une fille/La rue s'déshabille/Les pavés s'entassent/Et les flics qui passent/ Les prennent sur la gueule" Léo Ferret

18 mars 2006

Longtemps je me suis raconté des histoires avant de m'endormir. Je n'avais pas de bougie à souffler et j'avais largement le temps de me dire" je m'endors ". C'est notre mère qui éteignait le plafonnier, pas question de le rallumer. Têtes bêches dans nos lits gigognes depliés sur le terrain de football ou l'autoroute de l'après midi, nous cachions des lampes de poche et nous enfouissions sous les draps avec lequels, les matins sans école, en guise de grasse matinée, nous faisions des cabanes. Mais le soir, en semaine, nous n'avions même pas le droit de parler entre nous. Plongé dans l'obscurité, allongé sur le dos, je fixais la clarté venue des revèrberes du boulevard que filtrait la double épaisseur des volets et des rideaux tirés. Au bout d'un moment, l'empreinte de la fenêtre dérivait lentement vers l'extérieur de mon champ de vision et se mettait à flotter dans le noir. Je clignais des yeux pour la remettre à sa place, bien au milieu du mur. Le sommeil ne venait pas si facilement. Parfois, à voix basse, je me risquais à demander à mon frère s'il dormait. Un "Oui" énigmatique étouffé par les couvertures ne satisfaisait qu'à moitié ma demande. La maison n'était jamais complètement tranquille, même si les parents ne faisaient pas de bruit : Ajouté à la rumeur de la circulation sur le boulevard, le passage de la ligne de Sceaux sous l'immeuble faisait vibrer doucement nos lits, situés au troisième étage, comme pour nous bercer, à des intervalles de temps qui grandissaient en allant vers les heures creuses de la nuit (aux heures pleines, en plein jour, ce mini tremblement de terre inquiétait - et inquiète toujours - les visiteurs non familiers). Je n'avais pas besoin de convoquer alors des images de terriers enfouis, de nids douillets ou de chaumières : elles venaient toutes seules. C'était un lumineux hiver moyenâgeux. La campagne etait toute blanche, avec des traces de pas d'animaux bleutées sur la neige. La neige, en cette contrée, n'etait pas si froide, même si tous les animaux portaient un cache nez. C'était plutôt comme une variante de la crème Chantilly, pour faire joli. Bien au chaud dans son terrier, Renard se reveillait. Je racontais que Renard s'éveillait. Il portait un bonnet de nuit avec un pompon, il étirait ses pattes. rien ne manquait au mobilier rustique de sa chambre souterraine aux murs sphériques. Dame Hermeline, déjà levée, réchauffait le petit déjeuner dans une marmite ventrue sous laquelle les flammes de la cheminée crépitaient. Dans la version pour enfants illustrée du "Roman de Renard" qui nous servait de livre de lecture à l'école, Renard traversait la rue pour rendre visite à Ysengrin. On le voyait frapper à sa porte. Ysengrin était méfiant mais curieux, avide et bête. Il passait sa truffe noire dans l'entrebâillement de sa porte, encore en bonnet de nuit. Ysengrin s' était mille fois déjà fait berner, mais il était si bête qu'il allait se faire prendre une nouvelle fois. Non loin déjà la charrette des deux marchands d'anguilles et de lamproies s'approchait, les paysans cassaient la glace de l'étang et les moines en leurs monastères suspendaient les jambons...
Un haïku par bain, 32

Grisaille et pénombre
Je trempe dans l'ennui lent
D'une journée vide

12 mars 2006

Cela faisait des lustres que Ciscoblog n'avait pas proposé de nouveautés ! Voici donc quelques indispensables petits liens sans importance comme ce résumé définitif de "Brokeback moutain" (via Mes Lubies), ce splendide aperçu (La Boite à Images) de la peinture chinoise ancienne, ces jeux vidéos en légo (Flickr) et cette fascinante découverte bibliophilique (boing boing)

11 mars 2006

Message du soir, 1


Le veau gras poussa la Fiat.

09 mars 2006

pssst!


.


De saison, chez Flickr

08 mars 2006

Je ne suis plus fumeur depuis longtemps mais j'adore cette histoire : "Très cher et très honoré Don Alexandre. C'est avec le plus grand respect que nous venons vers vous. Nous sommes les représentants de la brigade numéro 3 des rouleurs de cigares de la fabrique "Particoles" de La Havane, Cuba. Nous sommes d'enthousiastes admirateurs de votre oeuvre. Nous avons eu récemment le grand honneur et le grand plaisir d'entendre, de la bouche de notre lecteur, Don Césaro y Mortizas, votre admirable roman "le comte de Monte Cristo" à plusieurs reprises. Il nous a charmé, tout autant que vos "Trois Mousquetaires" et "vingt ans après". En témoignage de notre admiration nous venons ici vous demander la grâce de vous dédier notre tout prochain "figurado", "hecho a mano", le meilleur cigare que nous n'aurons jamais produit, et de lui donner le nom de votre roman : "Le Comte de Monte Cristo", auquel nous ajouterons les six épées pointées sur une fleur de lys des "Trois Mousquetaires" qui en seront la marque. dans l'attente d'une réponse favorable de votre part, nous vous adressons, cher Don Alexandre, nos très humbles salutations et l'expression de notre profond respect. la brigade N°3 des cigariers de la fabrique "Particoles"." On n'a gardé aucune copie de cette lettre. Il n'en existe aucune trace. Quand bien même Alexandre Dumas l'aurait reçue il est fort probable qu'il n'y ait jamais répondu. D'ailleurs cette lettre est un faux. Je viens de l'écrire. Mais la légende dit qu'elle aurait pu être envoyée. Puisqu'un celebrissime Havane porte le nom de son grand roman en témoignage de l'admiration des ouvriers cigariers qui jusqu'à une époque récente (il existe encore quelques "lectores" dans certains ateliers cubains) roulaient les précieuses feuilles à la main en écoutant les plus grands textes de la littérature, je ne vois pas pourquoi on ne réécrirait pas leur lettre au grand homme. D'autres disent que le "Monte Cristo" a été crée beaucoup plus prosaïquement par Alonzo Menendes, le propriétaire de "Uppman" à partir de 1935 quand il racheta la fabrique "Particoles", alors que Dumas et les cigariers de la brigade N° 3 étaient morts depuis longtemps. Au début, Il s'appelait "Le comte de Monte Cristo", mais ce sont les anglo saxons qui ont insisté pour que l'on réduise son nom à simplement "Monte Cristo". Quant à moi, je préfère croire à la légende. Regardez la photo : au fond, derrière les rangées de torcedores, on distingue la silhouette du lector assis sur une petite estrade. bien calé contre le dossier d'une simple chaise, il lit le "Comte de Monte Cristo". Le roman plane au dessus de l'atelier. "Verba volent, scripta manent" : on traduit le proverbe à tort. Les mots proférés volent, oui. Les mots écrits, eux, ne décollent pas.
la lecture d'une "histoire de la lecture", d'Alberto Manguel m'incite à rouvrir le rubrique "J'ai lu" ( comme lecture de ma lecture d'une histoire de la lecture (j'aime bien les compositions en abîme)...? )
Un haïku par bain, 31


Ô bain bien aimé,
En manque d'inspiration
Je choisis la douche !

03 mars 2006

"Vivement que l'hiver finisse, les français en ont marre !" C'est ce que titrait à peu près, je cite de mémoire, "Le Parisien" d'il y a un jour ou deux. Pour une information, ça c'était une information ! Heureusement qu'un journal nous parlait des intempéries parce que nous ne nous en étions pas aperçu. Voilà une "une" qui montrait bien l'absolue nécéssité de la presse ! Je ne suis pas un lecteur régulier du "Parisien". C'est un journal populaire, bien fait, honnête, qui n'a plus rien à voir avec la feuille de chou poujadiste d'il y a dix ou quinze ans. Cela ressemble beaucoup à une "version papier" du journal télévisé de Claire Chazal, avec Claire Chazal en moins. Rien à voir avec la virulence quasi extrêmiste des tabloïdes anglais ou allemands. On ne peut pas dire non plus qu'il brille par l'indépendance de son opinion ni l'intransigeance de sa pensée. Il prétend reflèter l'expression de la "moyenne" , celle de "monsieur" et" madame" "tout le monde", ses pages sont truffées de petits commentaires de gens de la rue, de parisiens dont chacun sait qu'il vaut mieux les "avoir en journal", comme dit la pub, des "radio trottoirs" receuillis auprès de ce que les instituts de sondage nomme un "pannel représentatif". Le tout et donc assez consensuel, eau tiède et plutôt bien pensant. Pas aussi "à droite" que des lecteurs de journaux comme moi, élevés au biberon des "années Libé" pourraient le croire. La Une en était affichée à l'entrée du "Pavillon Bleu" où je vais prendre presque tous les jours mon petit noir matinal en feuilletant "Libé" et "l'Equipe" qui sont des journaux d'aristo. Je ne me souviens plus du titre du "Libé" du jour, accrocheur pourtant comme d'habitude, mais beaucoup moins en phase avec ce que tout le monde pouvait ressentir ce matin là autour du zinc du "Pavillon bleu". J'avais d'abord pensé que c'était un titre complètement nul. Ca c'était une info, la météo ! et puis je me suis dit que finalement, il n'y avait peut être rien d'autre à dire. D'ailleurs un titre comme ça cela signifiait très précisemment que devant l'obligation de faire un titre tous les matins, ce matin là, justement, les rédacteurs du "Parisien" n'avaient pas du tout eu l'envie de faire un titre. Ne rien monter en épingle. Faire une petite pause dans l'actualité spectacle et la noirceur du monde. Une manière de dire pouce, n'en jetez plus, la cour est pleine, de baisser les bras devant la complexité des choses. Arrêter de feindre d'être les organisateurs de mystères qui les dépassent. Un instant ne plus nous faire croire que leur mission est pédagogique. Parler du temps, comme on veut toujours le faire quans on ne veut pas parler d'autre chose. C'était juste glauque, comme tout le reste de l'actualité de ce matin-là, je ne vous fais pas un dessin, mais ça ne tuait personne, au moins. C'était l'exact reflet de la déprime ambiante. La une du "Parisien" répetait exactement ce qu'il y avait dans nos têtes, avec une tranquille évidence, sans détours ni grandes phrases. Un sentiment de vide au bord de la résignation mais pas tout à fait. De quoi les Français (moi, vous qui entrez tous les matins dans vos Pavillons bleus à vous pour acheter vos clopes ou vous en jeter un vite fait au zinc) ont-il raz le bol ? Du temps, de l'air. C'est ça, l'air du temps. Raz le bol de l'hiver. Au diable L'Irak, le déclin économique et la nullité de l'équipe de France. On n'arrive plus à penser. tout juste au temps qu'il fait. Le "Parisien" a très bien saisi cela. Il nous le renvoyait comme un miroir.

25 février 2006

Je viens de refermer "l'Imitation du bonheur"de Jean Rouaud. J'ai ressenti la petite angoisse de séparation qui confirme chez moi la plupart du temps que j'ai lu un bon roman. C'est un volume de près de six cent pages de la "Blanche" de "Gallimard". Il ne s'agit plus de ces sublimes diamants noirs des éditions de Minuit ("les champs d'honneur", "Le monde à peu près", "Des hommes illustres", et le formidable "Pour vos cadeaux") dont le contre-lyrisme et la minutieuse retenue vous tirait des larmes. Jean Rouaud, à plus de cinquante ans, abandonne enfin sa famille et la Loire Inférieure. Il largue les amarres, hisse haut et prend le large. C'est tard, mais c'est réussi. Nous nous retrouvons donc, à quelques millimètres de la Loire Atlantique, à l'échelle planisphèrique, en 1871, en Haute Loire, dans une diligence, juste quarante ans avant que ne commence l'"Entre deux Guerres". Les quatre ou cinq cent premières pages sont consacrées aux trois jours où la vie de l'héroïne bascule. Sur ces cinq cent pages, au moins deux cent cinquante le sont à seulement quelques heures de la rencontre de Constance Monastier, femme de soyeux cévenole et d'Octave Keller, communard en fuite. Unité de lieu, unité de temps. Avec le même vrai souci de la vérité que Corneille et Boileau (le texte n'est qu'une fenêtre qu'on promène sur la vie, la littérature est "de" l'art puisqu'elle est "Imitation" de la nature, etc.) C'est la "Chevauchée fantastique" de John Ford, "Boule Suif" de Maupassant. Ces pages serrées, elles ne veulent raconter que ce basculement, que ce bouleversement de la rencontre. Enfin, c'est ce que le narrateur feint de nous faire croire. En réalité, il voudrait bien y faire tenir la totalité de de l'histoire de la Grande Commune. Il feint de ne pas y réussir, obligé qu'il serait de nous raconter les moindres minutes de la vie de Constance Monastier et forcément fort peu, comme si, ayant eu le choix entre dire presque tout et quasiment rien, il avait préféré en dire très peu, prendre en quelque sorte le parti des humbles, celui des gens de peu dont l'amoncellement des cadavres fauchés par les mitrailleuses de l'infâme Gallifet hante tout le roman. Il n'est pas historien mais romancier, ce narrateur, il est né comme çà. Il écrit, du futur où il nous sait installés avec lui, comme une longue lettre d'amour à son personnage, qui est le texte même du roman, lettre qu'il enverrait, à rebour donc, dans le passé où elle se tient - nous obligeant à d'incessants allers et retours entre passé et avenir, contenant le frêle présent en équilibre sur son fil - elle que nous suivons , en temps réel, comme on dit maintenant, comme filmée sur les super huits de notre enfance, témoignage tremblotant et encore informe de son existence, nécessitant comme la confirmation, oui, de l'écriture. Le cinéma, les frères lumières, trente ans à peine après, puis John Ford et tous les autres auront réglé son compte à la description littéraire. L'image montre tout en un instant, alors qu'il fallait à Flaubert des dizaines de pages (et des centaines à de moins bons auteurs, voire des milliers à Zola) pour en dire autant. Impossible de lutter contre l'instantané du cinéma, à tout ce qu'il peut dire en une heure dix. Le plus beau, c'est que Jean Rouaud réussit à nous tenir en haleine (au sens propre du terme) par sa lenteur même (un peu comme Ozu, dans "Voyage à Tokyo"). Plus il ajoute de mots de lignes de pages de détails, plus la lecture s'accélère, plus il augmente la focale et diminue l'échelle, plus le récit prend de la hauteur. Tout le roman converge ainsi vers un point focal innateignable, celui de la rencontre, celui de toutes les rencontres. Après, il lache la bride au temps : dix ou quinze ans pour les cent dernières pages et l'envolée finale vers les autres cieux de l'amour et l'infini de l'espace-temps. Lire ces dernières pages m'a pris autant de temps que les quatre cent premières. Mais je ne voulais plus les lâcher, comme on pourrait le faire de la vie : un grand long roman très beau.

21 février 2006

Alternative, 5


Entre la grippe des moustiques et les piqûres de poulet je choisis toujours la moindre

19 février 2006

Un haïku par bain, 30


Ah, laisser tremper
ce sacré vieux sac d'organes
muticellulaires !

15 février 2006

Les petites émotions de la vie, c'est pour consommer tout de suite. Un peu comme les marrons chauds, il faut les manger très vite, en se brûlant les doigts. Après, cela n'a plus qu'un goût de farine plâtreuse. Il faut les écrire vite avant qu'elles refroidissent. Ainsi donc, en compagnie de Nathan, cet après midi, je regagnai la Clio, garée rue Le Goff, tout près de la rue Gay Lussac. Depuis quelque temps, j'ai de la chance, je trouve des places pas interdites pour me garer. Il faut dire que, malgré tous les embarras diaboliques lachement mis en place par la Mairie pour transformer Paris en décor de publicité pour produits de luxe et pour me dissuader de prendre ma voiture, voulant me faire croire que je suis un mauvais citoyen et un horrible pollueur, je m'acharne à conduire jusqu'au centre de la ville. Je m'en mords souvent les doigts et ronge mon frein en rageant, pour ainsi dire, coincé dans des embouteillages tout à fait calculés, la Mairie l'a reconnu depuis longtemps (je m'en fous, je continuerai quand tout le monde aura renoncé et j'aurais alors les rues pour moi tout seul). Si je n'étais pas banlieusard, je me résoudrais peut être à rouler sur deux roues, ne voulant de toute façon pas me faire étouffer dans des transports en commun toujours aussi peu praticables. On se fiche du monde. Mais mon propos n'est pas là. C'était un après midi moche, pluvieux. Nouis avions descendu côte à côte, une partie du Boul'Mich à pied, en devisant de tout et de rien, comme depuis que le monde est monde et comme cela sera jusqu'à la fin des temps, tout au plaisir d'être ensemble. Nous avions fait notre tour du quartier, en passant comme il se devait dans les librairies les disqueries et les fringueries. Sans nous ruiner pour une fois (juste un petit disque de Petrucciani pour Nat chez Gibert Musique). J'étais en train d'ouvri la portière quand Nathan me montra du regard quelque chose au-dessus de moi. Je me retournai et levai les yeux au niveau du premier étage de l'immeuble au pied duquel nous étions garés. C'était une belle plaque en marbre que je n'avais jamais vue. On pouvait y lire : "Sigmund Freud, inventeur de la psychanalyse, a habité cette maison de 1885 à 1886" La maison en question est maintenant un hôtel, l'"hôtel du Brésil" (10 rue Le Goff, Paris V°) D'ailleurs reflexion faite ce devait déjà être un hôtel en 1885. A ma connaissance, Freud n'a séjourné qu'une seule fois un peu longuement à Paris. Tout au début de sa carrière, quand il était venu prendre les leçons de Jean Martin Charcot, à la Salpétrière (vérifié sur Google ici, et là, par exemple). C'est comme une boucle étrange. Je ne crois pas quej'ai jamais raconté à Nathan nos jeux d'écoliers dans les années soixante quand nous revenions du Lycée, en sixième ou en cinquième. Nous quittions la place du Panthéon par la rue Clotaire (La sortie du petit lycée était situé rue Clovis) et tournions à droite dans la rue des Fossés Saint Jacques jusqu' à la rue Malebranche qui débouche sur la rue Le Goff pratiquement en face de l'hôtel du Brésil devant lequel je suis donc passé mille fois et qui n'a cependant jamais impressionné ma mémoire. La rue Malebranche est courte mais pentue. C'est l'autre versant de la montagne Sainte Geneviève. Il y a à cet endroit un changement de pente avec la rue Le Goff qui se prolonge en montant légèrement vers le Nord , parallèlement à la rue Saint Jacques et au Boul'mich, par la rue Victor Cousin qui mène à la Sorbonne (vous avez un plan, là, si vous voulez) et donc, pour compenser, un remblai qui fait une différence de niveau d'au moins six ou sept mètres entre la chaussée et le trottoir. Ce remblai est pavé et bordé, bien sûr, d'une solide rambarde en fer forgé. Notre jeu, qui était en fait une sorte de rite d'admission dans notre société secrète, consistait à affronter le "précipice de la mort" en suivant la rambarde par le côté du vide jusqu'au haut de la rue. C'était tout à fait faisable et sans réel danger, mais il y avait le petit frisson nécessaire pour nous nous imaginions au milieu de la jungle au dessus du fleuve Congo sur un pont de singe. La rue Le Goff était donc notre terre ferme. On y reprenait ses esprit, on y écoutait son coeur ralentir après l'épreuve. La plaque a du être apposée plus tard, probablement, mais même s'il elle l'avait déjà été nous ne l'aurions pas vue, bien entendu (le quartier était en revanche rempli de plaques plus petites dédiées à la mémoires de combattants tombés pour la Libération de Paris, bien à hauteur de nos yeux d'enfants) J'aime imaginer maintenant, un peu grâce à Nathan, un jeune Freud parisien, poli et bien mis, descendant le Boul'Mich le nez en l'air en revenant à pied de la Salpé (sinon, il coupait peut être par le Panthéon et avait découvert obligatoirement le raccourci de la rue Malebranche) Et nous mettons nos pas dans ses pas.

13 février 2006

Douze, 5


On s'asseyait par terre. Une moquette en peau de moquette recouvrait, sauf dans l'entrée, un pourtant beau parquet fatigué. Il y avait une plante verte, presque un arbre (un noyau d'avocat planté sans y croire après un déjeuner dans la terre d'un bac Riviera) qui se plaisait bien et qui épatait les visiteurs. Le déménagement, plus tard, le tuera, il aurait fallu ne pas partir. Une ou deux affiches de Leonor Fini aux murs, on ne sait plus qui c'est de nos jours. Pratiquemment la seule télé (portable, en noir et blanc, d'abord, puis un Sony Trinitron) de tout l'immeuble, à même la moquette. Un grand serpent vert, bourré de bouts de matelas mousse, enroulé sur trois ou quatre tours dans un coin, servait d'anticanapé. On s'y entassait à huit ou quinze les jours de coupe du monde. Bien plus tard, en d'autres lieux, l'achat d'une banquette confortable et modulaire marqua d'ailleurs dans l'angoisse le passage de la trentaine, la fin de l'éternité au raz du sol, et fut l'occasion d'une courte mais sacrée crise de mélancolie. Un fauteuil, tout de même, dans le coin opposé, celui d'un grand père, à oreilles et à rayures vieux rose, soutenait un peu de verticalité. Mais il servait surtout à jeter les vestes et les écharpes, à déposer les journaux ou à recevoir les visiteurs âgés. Et dans la chambre, le lit sans sommier, recouvert des premières couettes (encore en véritable duvet) la tête contre l'inévitable tenture indienne achetée pour un prix pas modique du tout de côté de la rue de Seine.
Promesses d'ivrogne


L'une est un rêve irréalisable , l'autre est un pari pratiquement perdu d'avance : écrire une fiction et me remettre au ski d'ici février prochain (mais j'ai un an pour me faire mentir...)

12 février 2006

Je cite Alain Fleisher, dans les Trapézistes et le rat : "Un jour des amants sont ensemble dans un lit et se donnent du plaisir et ne savent pas que c'est la dernière fois. S'ils le savaient, d'ailleurs, de tels moments seraient invivables, et nul ne pourrait y survivre. Mais il y a une injustice à ne rien savoir, qui fait que ces instants de la dernière fois, de la dernière étreinte, du dernier baiser, des dernières paroles échangées, du dernier regard, ne sont pas vécus avec la violence tragique qui fait que nous mourrons chaque jour de toutes ces morts-là, dans une totale indifférence. Un accident, la maladie, un brusque changement de situation, un revirement de fortune, une circonstance imprévue, un voyage fortuit, un coup du sort, et tout ce qui devait continuer et se répéter s'arrête d'un coup, prend fin pour toujours, laissant sans suite et parfois sans souvenir, sans mémoire précise, une fois qui devient alors la dernière". Ce sont ces derniers mots qui m'impressionnent : "parfois sans souvenir, sans mémoire précise". Je n’ai effectivement plus la mémoire des dernières fois où j’ai fait l’amour avec les amantes dont je suis séparé. Même si le souvenir de leurs formes, de leur souffle, de leur odeur, de leurs gestes, de leur regard ou leur manière de le détourner, de leurs caresses préférées, de leurs moiteurs, de leurs baisers et du goût de leur bouche reste encore vif ; même si, bien sûr, j’ai encore le souvenir d'émouvantes étreintes, des moment et des endroits précis où elles se sont déroulées, de l' émerveillement de nos désir et de nos jouissances, du bruit de nos grognements, plaintes soupirs et cris entremêlés, des glissements, frottements, écrasements, empoignades et promesses presque tenues de dévorations et d’engloutissements, de mots obscènes prononcés comme des ordres ou des supplications, je reste incapable de me souvenir de chaque dernière fois. Ça en dit long à la fois sur l'amour, la mémoire et le deuil. Tout à l’inverse, je me souviens très bien des premières fois, même si certaines furent uniques. Il me suffit souvent d’évoquer le souvenir d’une amante, même si mes pensées ne sont pas à priori d’ordre érotique, pour vivre à nouveau notre première étreinte : je me souviens des vêtements, des lieux, des surprises de la découverte des corps, du grain de la peau. Je me souviens de juste avant, des mots prononcés et du décor qui bascule et de cette plongée dans un « plus rien ne sera comme avant », dans un irrémédiable qui renforce un désir pourtant déjà à son acmé. Je me souviens de juste après, dans le désordre et l’essoufflement, les rougeurs et les pudeurs qui reviennent et où, justement, tout est exactement comme avant, et rien encore irrémédiable, avec cette tendresse et ces regards émus en plus. Il n’y a pas d’amante dont je ne me souvienne pas de la première fois, et il n’y a pas d’amante dont je me souvienne de la dernière. Ce n’est pas seulement que le désir s’émousse, comme si les corps anticipaient la rupture déjà présente, et que l’acte perde sa force d’évocation future, car souvent la flamme brûle toujours et la séparation n’est pas forcément due à une lassitude des corps, loin de là. Car si la première fois inaugure un « plus rien ne sera comme avant » souvent trompeur, la dernière fois n’inaugure rien : on ne sait pas que c’est la dernière fois, et c’est pour cela qu’on l’oublie et c’est ce qui est tragique. La première fois ouvre sur un avenir possible, des promesses d’accordage, d’aventure partagée, de démultiplication du plaisir qu’on peut imaginer infinies ; la dernière n’est qu’une parmi d’autres qui aurait pu être l’avant dernière ou une avant mille autres et que ma mémoire n’a fait que retenir comme telle. Je me souviens de dix fois qui pourraient être la dernière, mais d'une seule qui est la première. (repost)

11 février 2006

Un haïku par bain, 29


Ce harassement.
Et comment le faire fondre ?
Dans l'eau savonneuse .

10 février 2006




Encore des merveilles chez "daily dose of imagery"

06 février 2006

Le site du fou des codes barres (via La boite à Images)

04 février 2006

J'ai été bien content d'apprendre ici et là que l'histoire de "Munich" (vu cet après midi au cinema) était une véritable fiction et non la relation romancée de faits réels : Golda Meir a donc bien lancé le mossad, le service secret et toute sa toile d'araignée, aux trousses de "Septembre noir", et non ce petit groupe isolé que donne à voir Spielberg. De toute façon, j'avais peine à le croire. Le personnage principal n'existe donc pas. C'est un héros de fiction. Ouf ! Je n'arrivais pas à déterminer ce qui me mettais mal à l'aise dans ce film par ailleurs très bien fait et très prenant. Les efforts de Spielberg sont méritoires, C' est un homme sincère (quoiqu'un peu scolaire, en l'occurence) , il se voudrait Charlie Chaplin, à la fois adulé et maudit, sans beaucoup de succès, parce qu'il n'est probablement pas encore assez megalo. Déjà, la "Liste de Schindler" était pour les mêmes raisons a moitié ratée : dans le genre "mon génie" va "transcender la limite" entre le film d'"art" et le cinéma "engagé", Spielberg n'y va pas avec le dos de la cuillère. Tout le monde ne peut pas écrire "Les misérables" et en faire un film, pas même Victor Hugo lui même, qui était le Chaplin du XIX° siècle. Bien sûr, Spielberg se plante totalement, même s'il faut reconnaître pour authentiques ses efforts pour faire un cinema vraiment populaire et digne. A choisir, je préfère largement le message d'"ET " celui de "Hook" ou de "Minority report". Ils sont mille fois plus des films d'auteur que "La liste de Schindler" "Munich" ou "la Couleuir Pourpre". Leur "engagement" vaut très largement celui de ses films "vrais". Il suffit de regarder un film de montage, virtuose et partisan, un vrai film engagé comme "Mourir à Madrid" ou même "Nuits et Brouillards" de Resnais qui ne contiennent pas une once de fiction pour s'en rendre compte. Juste des images, pas des images justes ( J C Godard) , comme en est justement bourré le film de Spielberg. Car la fiction ne dépasse jamais la réalité, seule capable de se transcender elle même, parfois par la grâce d' artistes comme Roman Polanski et son génial acteur, Adrian Brody, dans "Le Pianiste", qui est vrai de bout en bout. Il suffit de juxtaposer les deux films dans sa mémoire pour se rendre compte à quel point le pauvre Spielberg est bidon. Je suis donc très content d'apprendre que contrairement à Spilzman, Kaufman est un personnage inventé. Cela se voit, comme le nez au milieu de la figure, même si Eric Bana est excellent, et je comprends maintenant que c'est ça qui me gênait. Malgré les louables efforts de l'acteur, ses doutes paraissaient forcés, sa parano convenue, ses muscles un peu trop gonflés. Autant Polanski s'effaçait derrière Spilzman (le film réussit le tour de force d'être quasi-identique au livre, c'est à dire insoutenable) , autant Spielberg s'incarne dans Avner Kaufman. Les vrais agents secrets sont très certainement des héros tragiques, en ce sens surhumains, totalement incapables des doutes scolaires de démocrate bien nourri et bien pensant su héros de "Munich". Et les salauds ne sont jamais que des salauds. Spielberg et ses acteurs (Kassowitz, Lonsdale, Amalric et les américains, tous irréprochables) ne parviennent pas à déjouer la mécanique du thriller : nous ne nous demandons jamais quand finiront tout ce sang et tout ce massacre, résignés que nous sommes depuis longtremps au poncif de la violence qui appelle la violence, mais nous nous demandons s' ils vont finalement arriver à tous les tuer, à cocher tous les noms de leur liste. Cela reste le ressort dramatique du film, comme dans les jeux video : "mission completed" ? De ce point de vue, je comprends qu'un palestinien ne puisse absolument pas apprécier. La dernière image du film vient d'ailleurs tout brouiller. Un panneau écrit (ça fait toujours plus vrai, plus neutre, les panneaux écrits) se superpose aux images et annonce que Salamé, le dernier de la liste, le "plus dur à avoir", sera, enfin, pour ainsi dire, abattu, bien plus tard, en 1979. Completed. Mais cette dernière scène est belle. Elle se déroule à Brooklyn Heigths, devant le skyline compact et minéral de Manhatan. Le divorce entre Avner et son commanditaire y est définitivement consommé par le refus de celui-ci de partager un simple repas. La caméra glisse légèrement vers la gauche et on aperçoit en bout de mouvement, au loin, blanches sous le soleil couchant, rapetissées par la perspective, en incrustation par image de synthèse, deux tours jumelles qui venaient d'être construites à l'époque où se passe le film...

01 février 2006

On n'arrête plus le progrès...

CISCOBLOG lève un coin du voile sur ses secrets de fabrication. C'est flou, c'est petit, mais c'est fait à la minute, en trois clics, directement du producteur au consommateur : on n'arrête plus le progrès. A quand la 3D ? A quand les odeurs ? Mais promis, je ne recommencerai plus !





28 janvier 2006

Jour anniversaire



J'ai glissé machinalement le CD de Mozart distribué par "le Monde" dans le lecteur de la Clio, comme en désespoir de cause. L'adagio du concerto N° 12 en La Majeur par Maurizio Pollini a transfiguré soudain l'insignifiance du paysage. Je n'avais pourtant imploré aucun miracle. Une minute avant, agacé, je cherchais mon chemin, perdu dans le fouillis des rues de banlieue qui se ressemblent toutes, enfilant au hasard les voies incertaines. C'est comme au cinéma : il suffit d'ajouter une bande son. L'image veut parler. L'informe tourne sereinement au construit. Les lignes s'organisent, une perspective émerge. J'ai trouvé que la musique disait parfaitement le paysage ouvrier qui défilait sous mes yeux. Tout devenait calme et limpide. La Clio glissait en un lent panoramique parmi les arbres effeuillés des parcs, les résidences proprettes et les cités laborieuses. Même les terrains vagues et l'uniformité du paysage prenaient, au son de la musique de ce jeune homme de vingt six ans, une profondeur philosophique. Ce qui, un instant plutôt n'avait pas de forme (je m'étais perdu, j'errais à la recherche d'une adresse introuvable) trouvait une signification (voilà que je me promenais, laissant les lieux s'accorder à la musique) Je ne tentais plus de dominer l'espace, je m'y lovais, l'angoisse avait fondu. J'étais au spectacle du monde, partout sur la terre, un moment en paix avec moi même.

25 janvier 2006

Il semble impossible, malheureusement, au point où j'en suis de mes recherches, de se procurer en France (ni sur le Net) cette géniale invention (je pèse mes mots). Il y a quelque chose qui cloche, j'y retourne immédiatement ! (via Transnet)
Cinq heures moins cinq, avenue du Général Leclerc. La façade du cinéma le "Gaumont Alésia" est un bloc d'acier en fusion. Toutes les pierres de la ville ont pris pour quelques minutes sublimes une teinte d'or blond. Au Sud, le ciel bleu pâle n' a pas encore viré au rose. Le froid est glacial, le ventilo du chauffage de la Clio s'époumonne et recrache un air tiedasse dans un vacarme qui couvre France Info où s'égrainent les chiffres des morts de froid en Europe de l'Est. Le flot des voitures ne s'écoule plus. Les piétons s'amassent en grappes gelées aux feu rouges. Défilent lentement des visages rougis et des mèches qui dépassent des bonnets. Mains collées au volant, le corps raidi, je cristallise à l'intérieur de la Clio prise dans l'embouteillage. Mes pensées ralentissent et bientôt j'ai moi aussi la tête pleine de glace. Si on me cognait doucement l'épaule en me demandant à quoi je pense, je répondrais sans doute : "à rien ". Il y a des mots pour ça dans le jargon de mon métier : état crépusculaire.

22 janvier 2006

Visage sur la glace



Face on Ice


Les mystères de la nature... C'est superbe, non ? En direct de "Everything looking like face but face" sur Flickr. Je viens d'y recevoir, de Carmen, cette magnifique "Face on ice" que je "bascule" sans délai sur Ciscoblog où, bien sûr, il n'y a, pour vous, comme d'habitude, que le meilleur... Good night !

21 janvier 2006

Pensée de la nuit N° 97: "Every time you eat a gherkin, gods kills a cucumber" Meslubies, alias Style et Purée, alias Borborygmes (voir en LCD s'il vous plaît, je ne lie (sic) pas les pensées de la nuit)
Un haïku par bain, 28


Mille larmes nées
De la faillance embrumée
S'écoulent pressées.

20 janvier 2006

Trétracapillotomie pseudosociologique, 5



Maintenant, quand on est "trop", on est "très". Juste comme il faut, pas plus. mais il y a mieux : "sur-". Hier matin, j'attendais dans la grisaille au feu rouge. J'écoutais distraitement TSF (89.9). Il y a plein de pub maintenant, ce n'est plus comme avant. Mais au fond j'aime bien la pub à la radio : ça parle. (d'ailleurs j'aime bien les radios qui parlent). Forcément, ce n'est pas aussi facile qu'à la télé. Les images se suffisent à elles mêmes. D'ailleurs c'est le critère d'une pub télé réussie. Le coup du silence. A la radio, le silence c'est pas facile. Bref c'était une pub pour Volkswagen : le "Touran" (on ne dit plus "la" mais "le", de nos jours.) Figurez vous que les Tourans, c'est "sur-équipé". Pas "très" équipé, non, "sur-équipé". Ah bon. Avant, "sur-équipé" ça voulait dire "trop" équipé, ça faisait un peu ridicule, genre camion du SAMU pour ôter une écharde ou valise pour aller baiser en ville. Maintenant non, ça fait tout juste bien. Même pas "très". On aurait pas pu dire : un Touran "très équipé", non, il fallait que ce soit "trop". ""Sur-" c'est mieux que "très". "Très" c'est "plus", "trop" c'est "trop" (il ne faut tout de même pas exagérer, un Touran trop équipé, je vois pas pourquoi on ferait de la pub pour, ça regarde un "Touran" peut être, celui d'un propriétaire éxagéré, mais pas "le" "Touran" en général, qui est parfait) "Sur-", c'est le mot qu'on emploie maintenant pour dire : " juste comme il faut". La perfection, pas "trop". Juste "au dessus ", mais pas "horriblement", ni "incroyablement", "ni "vachement". C'est "équipé" exactement comme il se doit, sans faute de goût. Sans ostentation. C'est comme ça que cela se fait, "sur"équipé. Un peu "sur"fait, non ? Le feu passe au vert, accélère.

17 janvier 2006

- Vous reprendrez bien une tasse de graphomanie ?
- Oui, s'il vous plaît, avec un nuage de ciscoblog !...

16 janvier 2006

Pensée de la nuit N° 96 : "Il était une fois une jolie coïncidence aui était partie faire une promenade en compagnie d'un petit accident ; pendant qu'ils se promenaient tout les deux, ils rencontrèrent une explication, une très vielle explication, si vieille qu'elle était toute pliée en deux et toute ratatinée si bien qu'elle ressemblait plutöt à une devinette..." Lewis Caroll, Logique sans Peine (retrouvée aujourd'hui dans un vieux carnet datant d'il y a près de vingt ans retrouvé lui-même par un hasard de la vie qui n'est ni un accident ni une coïncidence)

13 janvier 2006



la secte des écrans transparents a encore frappé




(Mivella sur Flickr)
Très interessant billet bi et même trilingue de Jean Veronis sur Aixtal à propos de la traduction automatique. (et n'oubliez pas de vous amuser, même si cela n'est pas fait pour ça, avec le Chronologue qui fonctionne à nouveau, même si cela n'a rien à voir avec la traduction)

12 janvier 2006





Noël 2005

11 janvier 2006

Sereine jeunesse, 4


Maintenant, sur la vidéo tirée du film en super huit on pourrait voir une jeune femme brune en robe d'été à fleur portant des lunettes sur un nez un peu trop pointu. Elle s'appelle Lia, elle est géorgienne, de Tbilissi. Elle s'adresse à la caméra. C'est un film sonore mais pas parlant. Si on pouvait lire sur ses lèvres, on verrait qu'elle parle Français avec un très joli accent. L'image d'après nous surprendrait, nous ferait un choc : c'est moi, à dix sept ans, si jeune. J'ai une veste claire et une chemise blanche à rayures larges. Nous avons fait du champ contre champ à la prise de vue tout en continuant la conversation en nous passant la caméra. Cela fait assez nouvelle vague. Nous sommes dans le compartiment d'un train. Lia me filme en contre jour. Sur elle la lumière est parfaite. C'est le train de banlieue qui nous amène à Moscou. La gare est à ciel ouvert. Il y a des voyageurs comme dans toutes les gares. Nous les filmons au hasard comme ils montent dans les trains ou en descendent. Les hommes portent des casquettes et sourient à l'objectif. Beaucoup de femmes portent des fichus et des robes imprimées. Après, on voit deux ou trois plan rapides du métro très sombres sans éclairage d'appoint. La foule dans les escaliers, les lustres gigantesques, une salle de correspondance ornée avec le luxe de la cathédrale Pierre et Paul, des statues en bronze de héros anonymes de 1917. Lia est tout aussi impressionnée que moi : c'est pour elle aussi sa première visite de Moscou. Elle a du mal à s'orienter. Elle demande son chemin aux passants. Nous sommes à la station Komssomolskaïa. Après encore, il y a ces images de l'hôtel Moskva où on nous sert du caviar. Mais Lia n'est plus là. Nous sommes uniquement entre français. Ce n'est plus le même jour. La rue Gorki est en fait une très large boulevard. Rien à voir avec les Champs Elysées. Deux ou trois boutiques de mode ringardes, des immeubles officiels. Très peu de voitures. Nous achèterons des souvenirs dans un magasin d'état qui ressemble à un duty-free d'aéroport, mais sans objets de luxe : on trouves des poupées russes, exactement les mêmes que je trouverai en solde près de trente ans plus tard sur le pont Charles à Prague après la révolution de velours, des cuillères de bois peintes en rouge et or qui ne servent à rien, des chapkas en peau d'animaux sauvages hors de prix et de la vodka Stolitchnaïa à trois kopeks. C'est tout. On ne se souvient pas assez que ce sont les komssomols qui ont inventé les pin's : on ne les achète pas, ceux là. On vous épingle des profils de Lénine ou des étoiles rouges émaillés aux revers des vestes à la moindre occasion. Ce pays est atteint de décorite aigüe. C'est un peu comme à Tahiti, mais au lieu du collier de fleurs autour du cou on vous orne d'une épinglette aux armes du Parti en signe de bienvenue. On se prendrait vite pour un maréchal breloqué de l'armée rouge.

08 janvier 2006

Douze, 4


On n'imagine plus l'importance du collectif à cette époque . Nous ne disions plus : "à la maison", cela faisait trop pantouflard, nous disions "au Douze", c'était plus "collectif". "Collectif", ce n'était ni "Equipe" (la victoire de l'équipe de France de foot a constitué à la fois l'apogée et la fin "irrémédiable" du collectif), ni "Groupe" (colos et photos souvenirs), ni "Team" (copie conforme du libéralisme avançé) ni encore moins "Tribu" (trop hiérachisée, pas assez révocul.) "Troupe" mais pas troupeau, "horde", mais pas primitive, pas sauvage du tout. On parlait aussi de communauté, on vivait "en". Maintenant, on ajoute un "arisme" et c'est devenu exactement l'inverse de notre utopie. On peut opposer point par point le chauchemar communautariste au rêve communautaire. On aurait probablement voulu des communautés de communautés, avec des zones d'interpénétrations et une transversalité qui n'avait rien d'horizontal. L'Anarchie, quoi, la vraie, la pure, celle des Ferré et des espagnols, pas le communisme, ou alors retourné au "primitif". A la fois nous "appartenions" et nous n'étions pas "inclus" : "l'appartenance" c'était en connaissance de cause, c'était une forme de liberté pas libérale. Mais il y eut des "exclus", des "virés" et même des "recalés", ne nous faisons pas d'illusions. La vieille lune tenait toute une nuit la nouvelle lune dans ses bras.

07 janvier 2006

C'est rigolo ça, et tout à fait de saison !

05 janvier 2006

Pensée de la nui N°95 : "une vie c'est une enfance mise à toutes les sauces" Jean Paul Sartre, l'Idiot de la Famille.

04 janvier 2006

tetracapillotomie pseudosociologique, 4



Hier soir, à la télé c'était la fin d'"Engrenage". Je ne veux pas ici discuter de la qualité de l'"oeuvre" que je trouve d'ailleurs d'un niveau très correct (je me suis même beaucoup attaché au personnage du juge interpreté par un acteur jusque là inconnu et absolument formidable) mais je veux parler de son format. Avec "Engrenage", donc, on ne peut donc définitivement plus parler de feuilleton. Quelle est la différence entre un feuilleton et une série ? Il n'y en a pas parcequ'ils sont de la même longueur surtout la série. Et pourtant j'ai l'impression qu'il y a tout de même une différence. Un feuilleton ne recommence pas. C'est soit une oeuvre découpée en tranches qui soit se suivent les unes les autres, avec un début et une fin (c'est linéaire mais ça progresse) soit, au contraire, qui n'avancent pas du tout, les histoires changeant à chaque épisode (Derrick, Sherlock homes), comme des feuillets de même temps figé. Eventuellement le feuilleton a une suite, quand il s'est interrompu un moment. Cette suite porte parfois un autre titre (vingt ans après, le vicomte de bragelone) ou un autre sous titre (albertine disparue) mais en général l'histoire avance linéairement en progressant dans le temps : les personnages vieillissent ils font des enfants etc. Ou alors on remonte dans le temps, on s'interesse aux grands parents ou à l'origine de l'histoire (le Parrain 2 ou épisode 1), ou encore on voyage dans d'autres lieux (Asterix chez les bretons, Maigret). Une série, elle, recommence, essentiellement. C'est l'Eternel retour. Jack Bauer est immuable. Rintintin ne change jamais de nom. Zorro ne libère jamais la Californie. Les personnages ne vieillissent pas, ils ne changent ni de lieux ni de profession (dans "urgences", par exemple, c'est une fausse impression : ils disparaissent et sont progressivement remplacés mais on ne peut pas dire qu'il y a une véritable évolution temporelle). Ils ne changent même pas de saison. Pourtant c'est comme ça qu'on dit. On dit "saison un", "saison deux" etc. Mais cela n'a rien a voir avec un changement météorologique. Le terme de saison, le "format" dont je veux parler, est employé parce que, justement, la série ne dure pas toute l'année, une saison seulement mais peu importe que ce soit le printemps ou l'automne. Elle revienne l'année d'après. C'est ça qui est important, qu'elle revienne, comme les saisons. La saison c'est l'histoire. L'histoire d'ordre "2" dont l'"épisode serait d'ordre "1" bien que souvent complet, avec lui aussi un début un milieu et une fin. Le feulleton faisait soit du sur place total, soit avançait linéairement. La série, elle, avance en une sorte de spirale dont chaque tour est une saison. Le stade supérieur est encore une spirale d'un "ordre supérieur" dont le "tour" serait constitué de saisons successives, mettons quatre et qu'on pourrait appeler cycle ou tétra- ou tri-logie. Et puis il y aurait des triples trilogies ou de quadruples tetralogies et même des quintuples pentalogies, avec des histoires qui deviendraient des épisodes emboités qui n'en finiraient pas, il faudrait plusieurs générations de téléspectateurs par cycle ou super cycle pour comprendre l'histoire et on recommencerait jusqu'à la fin des temps. Je crois que le "but" d'une bonne série est de décrire le plus de spirales possibles d'"ordre" toujours croissant comme des cycloïdes de plus en plus compliquées et de rejoindre la flèche du temps. Avez vous déjà imaginé la progression géométrique qu'aurait pu représenter les cycles emboités à l'infini d'une histoire comme celle de la Guerre des Etoiles ? A la fin, enfin c'est une façon de parler, il n'y aurait pas de fin, l'histoire se confondrait forcément avec le temps... C'était le rêve secret de G Lucas, non ? Il y en a d'ailleurs un qui a fait ça dès le seizième siècle : le cycle des tragédies historique de Shakespere est à la fois linéaire et circulaire : on avance où on remonte dans le temps à chaque histoire, mais aussi, si on y regarde de plus près, chaque épisode se déroule en une seule saison, printemps, été, automne et hiver et cela recommence à chaque groupe d'histoire.

"Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this sun of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried."

Etc.

02 janvier 2006

Sereine jeunesse, 3




Dans le film super huit on voit notre arrivée à Vechhniaki ("Les Cerisiers" - "La Cerisaie"). C'est un genre d'institut Smolny, un ancien pensionnat reconverti en camp de vacances luxueux pour jeune élite du parti. C'est très romantique et tolstoïen. Nous avons les habits froissés et les poches sous les yeux des nuits passées dans les trains, nous aspirons à une douche et un lit frais. Nous avançons, en un petit troupeau béat, émerveillés par tout ce luxe de palace suranné. Nous passons sous un porche au son d'un air de jazz entraînant mais sage. Ce n'est pas moi qui l'ai rajouté sur la bande son. Il y a bien un orchestre de jazz à l'image. Un quartet très exactement. Il nous accompagnera tout au long du voyage, comme un leit motiv. Il apparaîtra tout à coup comme dans les vrais films, légèrement en retrait, aperçu au détour d'un mouvement de camera, aux endroits les plus saugrenus, où ce sera bien la dernière chose que nous nous attendrons à voir : au milieu des clochers à bulbe de Zagorsk, au bord de la Moscova pour adoucir l'ennui de la queue pour le bateau mouche, sur la plage, etc. Le ton est donné : l'union soviétique ne reculera devant rien, pas même les petits mensonges - Brejnev déteste le jazz - pour nous séduire. On nous traite comme des plénipotentiaires. Nous nageons en plein surréalisme socialiste. Le jazz est vraiment réservé à la nomenklatura, comme les cigarettes anglaises et les stylos bics (dont on nous a rempli les poches en partant.) On nous inonde d'Armstrong et de vodka. Des ivrognes officiels (et non l'inverse) nous invitent déjà à trinquer dans les couloirs. Il y a des télés partout. Nous nous perdons sous les ors et le stuc. Le réfectoire a des airs de galerie des glaces. Il y a des pommes de terre, des saucisses et du kwass au petit déjeuner. Nos hôtes, l'élite de la jeunesse soviétique, et nos guides nous font déjà visiter le domaine immense, les allées fleuries, les charmilles, les parterres d'azalées. Ils nous emmènent jusqu'à un grand étang où croise un unique dériveur au large d'une plage de sable fin déserte qui n'attend que nos joutes sportives amicales. Notre guide et interprête ne s'appelle pas Nathalie, comme dans la chanson de Bécaud, mais Adriana. C'est une jolie rousse aux grands yeux verts, pédagogue patriote et patiente. Elle roule délicieusement les "r". Mais elle sera vite soutenue - je me demande encore pourquoi - par Andreï, une sorte de champion olympique du lancer de disque, aux beaux yeux bleus rivés
quinze centimètres au-dessus de nos têtes occidentales sur l'horizon merveilleux de la révolution, ne parlant pas un seul mot de français ni même de russe. Ses gros muscles et son regard, quand il daigne le braquer vers le bas, font fondre les filles et jurer les garçons mais bon. Des discours. On adore ça, les discours. Cela peut durer des heures et en plus c'est multiplié par deux par la traduction. Adriana ne chôme pas une minute. Après la bienvenue et les remerciements nous allons nous écrouler dans nos chambres à deux lits qui ressemblent toutes à des chambres de Lénine en exil de quatre mètres sous plafond. Un peu plus tard on nous retrouve sur la plage à paresser en maillots au soleil couchant de juillet avec les guitaristes qui s'échangent déjà des tablatures. Les russes, encore en bras de chemise et bas de pantalons retroussés, chaussures vernies à la main et déjà sempiternelle de bouteille de vodka "stolitchnaia" à trois kopecks dans l'autre, font des manoeuvres d'approche et regardent les bikinis des filles un peu par en dessous. Adriana et Andreï n'ont pas suivi. Pas besoin de traduction.
Personne ne semblant avois remarqué que le sous titre de CISCOBLOG a changé, je me fends donc d'une notule pour vous le faire remarquer : ce n'est plus "Le journal d'un graphomane impénitent et intermittent" mais "Les hommes sont si nécessairement fous etc... Mais baste, lisez donc ci-dessus, vous ne croyez tout de même pas que je vais tout recopier quand même! :o)

30 décembre 2005

sotei nuit copie

27 décembre 2005

Et ce soir, pour en terminer avec mon vice caché, j'ai enfin compris à quoi pouvaient bien servir les fameuses RSS (Realy Simple Syndication), ou autres "agrégateurs", qui jusque là m'avaient laissé perplexe dans le genre c'est plus de mon âge, en cliquant presque par hasard sur Blog-appetit (faites comme moi, vous ne serez pas déçus...)
Internet, Shminternet, voui... Mongrandpère il dirait. N'empêche. J'ai retrouvé là, un quart d'heure après avoir publié la note suivante (mais on est sur un blog, vous me suivez ?) l'incunable secret du männele. Jusqu'à aujourd'hui j'ai cru qu'il l'avait inventé rien que pour ses petits enfants... et encore, vous avez de la chance que je ne vous parle pas des bredele (mais ceux là, je vais éssayer d'en faire !)