Pages

11 mars 2010

Pensée de la nuit N°166 : "Vu mon âge, j'ai de moins en moins de mère, il faut bien que j'existe par moi même" René Belletto, interview donnée à Marty Laforest - Nuis Blanches

07 mars 2010

SOMEWHERE IN QUERCY

05 mars 2010

Haïku de train, 2


Au soleil couchant
Arbres, prés, maisons, collines :
Parfait paysage
Je kiffe j'adore ce genre de trucs un max !


03 mars 2010

Tanka, 21

Le brun vire au vert
Sur les prés et les collines
Ciel de fin d'hiver


Avant que le jour décline
J'arpenterai  l'univers

02 mars 2010

Pensée de la nuit N°165 : "Je suppose que l’homme a appelé glace son miroir dans l’espoir de s’y conserver intact comme aux premiers âges. Or ça marche, en effet, et bientôt il voit se dresser devant lui dans sa salle de bains un parfait spécimen de mammouth laineux à long nez et grandes oreilles" Eric Chevillard, l'Autofictif.

01 mars 2010



Superbe photo de Nathan, non ?

28 février 2010

haiku de train, 1


Tiens, une colombe !
Perchée sur les toits pointus
Des maisons qui passent...

24 février 2010

Je rêve que nous montons une pièce de théâtre. Je suis à la fois acteur et metteur en scène. Nous jouons un "classique", Racine peut-être : Berenice, Phèdre, ou  Bajazet, je ne sais pas. C'est  toujours comme ça dans les rêves : on sait qu'on ne sait pas.  On monte une pièce, il y a ce qu'il faut pour la vraisemblance, le titre de la pièce est indifférent, je suis évidemment sensé le connaître. il y a des centaines de vers à apprendre, j'ai toujours avec moi un polycopié que je dois savoir par cœur, des tirades, des tunnels. Je remets toujours, je n'ai jamais le temps. ces foutus vers, il va falloir que je les apprenne en une nuit, juste avant l'unique représentation prévue. J'ai une bonne mémoire, j'ai déjà appris des rôles à la dernière minute,  d'ailleurs, être "charrette" me stimule, je m'en suis toujours sorti, ce n'était que quelques lignes,  quelques pages, mais pas ces dizaines de répliques, je n'aurais jamais du prendre un rôle aussi long, avec toute cette mise en scène et la gestion du spectacle. Les répliques pourtant, je le connais déjà, ou plutôt je crois les connaître, je les donne aux répétitions, mais je ne donne pas les vers, souvent même pas le sens général,  je ne donne que  le rythme, ta-ta-ta-ta-ta-taa,  on verra plus tard.  J'ai tant à faire, vérifier les costumes, régler les éclairages attendre les décors qui sont en retard etc. Je remets toujours l'apprentissage au lendemain, mais maintenant, il reste à peine deux ou trois jours. Je  sais déjà que je vais tout droit à la catastrophe mais je fais comme si je ne le savais pas. Il y a comme une urgence, une frénésie désordonnée, les images et les séquences s'entrechoquent, nous vivons sans dormir au milieu d'éléments de décors épars, des câbles électriques,  nous mangeons froid sur le pouce dans les coulisses. Nous n'avons pas vu la lumière du jour depuis une éternité.  Je ne sais  d'ailleurs pas si c'est le jour ou la nuit. C'est une sorte de huis clos fébrile. Nous sommes tous tendus vers un seul but, le spectacle.  Personne n'imagine vraiment un quelconque fiasco, c'est arrivé souvent, que tout se mette en place au dernier moment, alors qu'à l'instant d'avant, juste au lever du premier rideau, on soit en pleine confusion, et puis que, comme par magie,  les choses s'emboitent les unes dans les autres, s'ajustent et alors on se sent sur des rails et  comme  indestructibles. Combien de fois avons nous tout rattrapé au dernier moment. Mais là, j'ai le pressentiment que tout va foirer par ma seule faute à cause de ce rôle que je ne peux pas apprendre. Je pourrai prendre sur mes rares heures de sommeil mais je ne le fais pas, d'heures en heures d'ailleurs je procrastine jusqu'à l'inéluctable. Toujours dans le rêve, comme enchâssée dedans, me revient une image, mais en une fraction de seconde, infiniment moins qu'il en faut pour frapper ces lignes, une image  qui me hante, dont je me rend compte qu'elle m'a toujours hanté, même la journée quand je ne rêve pas.  C'était à la télé, du temps où elle était encore en noir et blanc, la mort "en direct" d'un funambule. C'est un homme déjà un peu âgé, au front largement dégarni. On le voit, filmé de près, concentré et calme, portant son immense perche en guise de balancier avancer  lentement sur un fil tendu entre les sommets de deux immeubles élevés. On voit la rue en bas, la circulation, la foule laborieuse, comme des fourmis.  Soudain le vent, un sale vent de face. On voit l'homme qui ralentit encore, attend un peu. Mais il n'y a rien à faire, le fil oscille de plus en plus Il ne peut plus reculer. Il a compris.  C'est son destin de funambule.  Aucune terreur sur son sérieux visage. Il lâche la perche,  la jette  tranquillement  et la suit. Il devance la chute, il saute dans le vide,  les pieds en avant, toujours imperturbable, totalement calme. Il ne renie rien. Une sorte de saut de l'ange. On voit la chute, il  chute, il vole, bras en l'air. les fourmis qui se rapprochent.  Puis il n'y a plus d'images. A nouveau le théâtre. J'ai tenté d'ingurgiter le texte en quelques demi-heures par ci par là, je ne le sais même pas à moitié. Je couperai dans les tirades, que sais-je encore. Je n'ai plus le temps. C'est le jour de la représentation. La salle est pleine. On ne peut plus reculer. On se jette en scène. Le rideau se lève. Les sourires sur les visages dans le public éclairent l'ombre. j'entre en scène. la tête totalement vide. Je ne me souviens plus de rien. Je n'ai sûrement pas improvisé, avec un texte en vers on ne peut pas. Le rêve ne dit pas comment tout cela se termine. Je me réveille l'angoisse et la honte au ventre. Un peu plus tard je me souviendrai d'une représentation de "Peines d'amour perdues" de Shakespeare par le théâtre du Campagnol. Jean Gilibert, acteur et psychanalyste y tient un rôle principal. Il joue toute la pièce le texte à la main victime d'un trou de mémoire total et irrémédiable.
Pensée de la nuit N°164 :"On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les médecins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de détail, la retardent de quelques mois, de quelques années, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du problème par un grand effort collectif où chacun travaillera à sa survie propre et à celle des autres. Voilà pourquoi, car il est nécessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but. La tâche est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commencé plus tôt ? Presque tout ce qui avait trait à la période que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a été perdu, jeté, par une négligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques éléments que je présente ici. Prouver leur authenticité, les situer exactement, tout cela n'a été possible que par des questions incessantes et une enquête minutieuse. Mais l'effort qui reste à accomplir est grand et combien se passera-t-il d'années, occupé à chercher, à étudier, à classer, avant que ma vie soit en sécurité, soigneusement rangée et étiquetée dans un lieu sûr, à l'abri du vol, de l'incendie et de la guerre atomique, d'où il soit possible de la sortir et la reconstituer à tout moment, et que, étant alors assuré de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer." J'ai une grande affection pour Christian Boltanski (qui fait partie des références secrètes de Ciscoblog, avec Roman Opalka, entre autres) Dès mon prochain weekend parisien j'espère pouvoir visiter "Personnes". Jean Claude Bourdais, avec ces quatre excellentes pages, nous y engage si définitivement !

17 février 2010

Quintil, 2


Comme une couleuvre écaillée  de cendre
La rivière va donnant sa leçon
De nos souvenirs pourquoi se déprendre ?

Place Chapou il gèle à pierre fendre
Le vent, dans les rues,  siffle sa chanson

10 février 2010

Vous avez remarqué : il neige! Pour une information c'est une information, non? Ciscoblog ne se mouche pas du pied, Ciscoblog vous informe. Ciscoblog fait aussi bien que le journal de David Pujadas.  Ciscoblog ne se fatigue pas. David Pujadas non plus : il s'est déjà assez fatigué comme ça avec Haïti , l'attaque des marchés contre la Grèce et la crise qui recommence. Pouce, un peu ! On n'en peut plus, laissez nous nous regarder dans le miroirs des étranges lucarnes, faire la politique de l'autruche, ça repose. Un peu de non information, de grâce!. Merci qui ? Merci, Daniel Pujadas ! Il neige en février, qu'on se le tienne pour dit, et ça suffit comme ça !

07 février 2010

Pensee de la nuit N° 163 : "Il reste certainement quelques livres qui n’ont pas encore été écrits. Mais ne nous berçons pas d’illusions : nos chances de découvrir lesquels sont désormais infimes". Eric Chevillard, l'autofictif

04 février 2010

Il s'agit très certainement d'un repost (ça date de 2007) mais je ne résiste pas au plaisir après l'avoir retrouvée sur Noematique. Beaucoup d'entre vous n'ont pas encore vu cette petite merveille (l'accent norvégien n'est-il pas en lui même une petite merveille ?) :





Changement de décor. Ce soir, Haltman marche dans les rues à la recherche d'un endroit où dîner. Il a garé sa voiture sur le grand boulevard de la ville bordé de platanes étêtés et tout nus, celui où se tiennent les agences des grandes banques et les magasins franchisés des principales chaînes de vêtements serrés les uns contres les autres. Ils ont tous fermé en même temps sans traîner à la tombée de la nuit. A droite, la vielle ville, à gauche la ville moderne. d'un côté l'hôtel de ville du moyen âge, arcades romanes et grilles de fer forgées illuminées, de l'autre le palais de justice du XIX° siècle à fronton et colonnes néoclassiques.  l'hôpital où il travaille désormais, mélange hétéroclite de bâtiments des années soixante dix et de vielles casernes du XVIII° se situe évidemment à gauche, tout près de la rivière que franchit à cet endroit là un vieux pont qu'on trouve souvent dans les anciens manuels de géographie ou sur les timbres de collection. C'est un vieux pont formidable, malgré le fait qu'il se situe illogiquement du côté moderne, nous y reviendrons un autre jour, il n'a pas attendu qu'on parle de lui sur Ciscoblog pour être célèbre. Pour l'instant, Haltmann choisit résolument la droite et s'enfonce dans le vieux quartier aux rues étroites et pas droites qui entourent la cathédrale et la place du marché. Il ne rencontre pas grand monde. La ville est une ville où on travaille. On n'y habite guerre, beaucoup de vielles maisons sont vides bien que majestueuses, il n'y a que de rares fenêtres allumées par-ci par-là à moins que la plupart des habitants, bourgeois frileux, qu'Haltmann imagine à peu près du même âge antique que leurs maisons,  soient des couches-tôt déjà bien à l'abri derrière les lourdes portes de bois et les porches clos.  Mais par-ici tout le monde semble habiter la campagne (les patients viennent souvent de petits villages aux noms mythiques ou au contraire dont il n'a jamais entendu parler et que les infirmières lui situent sur une grande carte du secteur accrochée dans le hall du service) Les boutiques continuent de se fermer sur son passage, il n'y a plus que les femmes de ménages et bientôt la devanture qui s'éteint jusqu'au lendemain. Les rues transversales sont de petites ruelles mal éclairées. Un moment,  une femme qui tient d'une main un petit chien en laisse et de l'autre un cabas marche devant lui, elle s'engage dans une de ces ruelles où il ne la suit pas. Il note mentalement que ses mains, au bout de ses bras écartés du corps par la marche et l'effort de contrepoids, pourraient toucher des deux côtés les murs des maisons qu'elle longe. Une voiture n'y passerait certainement pas. Il erre un peu dans le quartier maintenant désert.  Il revient sur ses pas après avoir atteint le quai de la rivière qu'il a deviné dans le noir.  Il croise des cafés, tout petits, encore ouverts avec trois ou quatre habitués qui sont attablés au bar devant un patron ou une patronne qui sèche ses verres, des télés muettes au fond, des joueurs de cartes, mais il n'ose pas entrer, à cause même de la chaleur humaine qui semble émaner de ces lieux pourtant insignifiants. Il pense aux lumières qui voient et aux chaumières de Bachelard. Il revient vers le centre. le troquet devant lequel il est déjà passé à l'aller, d'où deux ou trois habitués à l'air sympathique sont sortis les bières à la main et continuent une conversation animée à l'air libre, lui semble suffisamment accueillant. On l'installe à une table seul dos à un écran de télé mural géant et face au bar où règne une animation bon enfant. L'ambiance doit être chaude les jours de rugby mais pour l'heure, il y a du foot (muet) sur l'écran extra large que personne ne regarde. La serveuse, qui n'est pas débordée engagerait bien la conversation mais pas lui, il se plonge dans le menu. A la table d'à côté il y a un dîner de filles. Elles sont trois,  la trentaine, professeuses à ce qu'il entend, elles parlent de mecs et de cul comme toutes les filles entre elles, elles baissent la voix quand ça devient chaud. La nourriture est comme les filles : "du terroir" et  plutôt quelconque. Après le dîner il ne s'attarde pas. Il va rejoindre sa voiture sur le boulevard. Le froid est glacial. Il longe un quai qui porte sans rancune le nom d'un génial natif d'une autre ville du département et traverse la rivière. Face au skyline moyenâgeux qu'il a déjà contemplé mieux illuminé en été, juste sur l'autre rive, avec à son pied un bateau restaurant où il se promet de venir avec L. aux beaux jours, il y a une grande maison de maître qui tient lieu d'hôpital de jour. A l'intérieur, boiseries et marqueterie.  Au deuxième étage un appartement de trois pièces salle de bain avec tout le confort moderne, ordinateur et télé, le tout dans un état impeccable, le lit fait tous les jours, qui ne sert que la nuit et les weekends. Haltmann pense sans regrets aux chambres de garde miteuses qui l'ont accueilli jusque là.  A plus de minuit, affalé sur le canapé du salon devant la télé, les urgences ne l'ont toujours pas appelé. Elle ne l'appèleront pas de la nuit. Il se glissera dans le grand lit frais. Le lendemain il se réveillera face à la beauté de la ville. Changement de décor.

01 février 2010

Tanka, 20


Hôtel Floridor
Place Denfert Rochereau
Quand tout Paris dort

Les fantômes du métro
S'y baladent en Tchador


24 janvier 2010






















Ça vient, ça vient...

15 janvier 2010

Il s'éloignait de la maison dans l'obscurité compacte. C'était une nuit sans lune. On ne voyait rien. C'était comme avant l'éclat du big bang. Ses yeux s'habituèrent pourtant peu à peu à l'obscurité. Des masses uniformément grises, de la couleur des objets quand personne ne les regarde, émergeaient autour de lui : un tas de bois, un de pierres, des carcasses de voitures, lui semblait-il, gros cubes uniformes, deux ou trois buissons couverts de neige, inquiétantes anémones de mer géantes aux aguets. Toutes choses que notre regard traverse le jour et qui nous inquiètent la nuit. Il tentait, à l'aveugle, de suivre le chemin enneigé qui se perdait dans l'obscurité. Un souvenir du procédé photographique d'antan avec les images qui se révélaient lentement dans l'ombre rouge le traversa. Le chien - il avait avalé de travers la veille, ils avaient cru qu'il allait mourir, il ne pouvait plus respirer, ils avaient tenté la manœuvre d'Hemlisch sans succès, ils avaient téléphoné en catastrophe au vétérinaire qui leur avait conseillé de le suspendre en l'air en le tenant par les pattes arrières, il était lourd comme un enfant de dix ans, il s'était laissé faire, il était revenu à la vie en râlant bruyamment, en remuant la queue, et vogue la galère - le chien qui avait déjà tout oublié savait où il allait, lui : l'appel sans délai du jadis pur, comme aurait dit Quignard, il en sentait les odeurs sous la neige. C'était l'état initial de la nature : humide sombre froide, oppressante et menaçante, sans pitié. Au loin, le dessin des arbres le long de la route, rehaussé un bref instant par ce qui pouvait être les phares d'une voitures qui passait, se précisait un instant et disparaissait en se fondant dans le flou de la nuit. Au-dessus de lui , le spectacle se préparait déjà. il n'avait pas encore levé les yeux, à cause du chien qui disparaissait dans le noir au bout de la laisse tendue.Le chien le menait, impérieux, sur des sols incertains. Il pensa au courage des aveugles. Il se força à ne pas regarder ses pieds. Devant lui, il distingua comme un semblant d'horizon. Il y avait comme un liseré plus clair, un dégradé de zinzolin, comme sur les bords de certains négatifs photos, que découpaient des arbres, des collines en ombre chinoise. C'était des restes de lumières venues de dessous la courbure de la terre de sources qu'il ne pouvait pas voir : des phares sur l'atlantique ou des villes lointaines. Son regard, suivant la ligne incertaine et floue qui courait comme un cercle de sorcière immense, effectua un lent panoramique que son corps accompagna. Il vit par dessus son épaule le halo que faisait la lumière de la maison par la porte qui était restée entrouverte. Il avait embrassé son nouvel univers. Il prit soudain conscience du froid polaire et frissonna. D'un coup de laisse , il tenta de faire revenir le chien qui n'obéissait pas. C'est alors qu'il leva les yeux : elles n'étaient là que pour eux deux, immobilles, belles comme il ne les avaient pas vues depuis des années. Soudain elles étaient des milliards. Il les vit toutes d'un seul coup, suspendues sereines dans le ciel de l'hiver et l'air pur. Il vit d'un coup toutes les constellations de l'horoscope, il distinguait les arcs, les flèches, les bras, les jambes, les chariots, les casseroles, les chiens , les hydres et les dragons entremêlés, se détachant sur la poussière de diamant de la voie lactée phosphorescente qui n'en finissait pas de déborder et de triompher. Ils flottaient, grandioses, au centre d'une sphère luminescente et parfaite, fascinés par le même spectacle exactement qu'avaient contemplé les brontausores et les hommes de Cro-magnon. iIs avaient des millions d'années. ll se souvint d'une visite au planétarium du Palais de la Découverte avec son cousin au début des années soixante et de l'ouverture de Lohengrin qui accompagnait une aube accélérée et triomphale. Le chien revint vers lui, s'assit sur son derrière et contempla avec lui le spectacle merveilleux des étoiles.


11 janvier 2010





Il fallait bien malheureusement que cela arriva un jour : les trois "R" ne sont plus que deux... Je me souviens de Fabrice Lucchini et d'Arielle Dombasle dans "Perceval le Gallois"

10 janvier 2010

Encore un numero définitif de l'excellente revue de photo en ligne Purpose cette fois ci consacrée au travail avec notamment des clichés géniaux de R Doisneau





















(via noematique)
Un Haïku par bain,104




Page qui se tourne :
Comme la maison déserte
La baignoire est vide
MOVING

06 janvier 2010

Un Haïku par bain, 103


A la manière d'Issa (à nouveau)





Et l'eau qui s'en va
Nos larmes emportera
C'est le Niagara !

03 janvier 2010

Un haïku par bain, 102




Tremper en silence
Sans qu'aucun courant n'emporte
Nos rêves au loin
Tanka, 19



Des flocons épars
Sur l'avenue des Platanes
Volent en silence


Un chat noir énigmatique
S'assoit dans la rue déserte
Voilà une question qui est cruciale! J'adore les questions idiotes que se pose David Madore, le matheux, s'il me permet ces qualificatifs qui se veulent surtout affectueux, et le pire c'est qu'il y répond ! David Madore est un maître, un maître agaçant, certes, qui veut avoir réponse a tout, une sorte de premier de la classe : il part de petits riens de la vie, des pannes de la machine à laver, des problèmes de chauffage électrique, de ses petites maladies, il a des manies, des marottes, des angoisses presque touchantes, et aussi d'operation dans le corps des réels et des zéros de la fonction Zeta de Riemann. Mais son érudition, son désir de tout comprendre, de tout expliquer, sa quête ininterrompue et sa pénétration nous laissent cois. Il finit par nous expliquer l'univers et l'infini, presque comme ça. sans y toucher, au moindre prétexte, en se l'expliquant à lui même, sorte de McGiver nombrilique,  lunaire et abstrait. il y a de la pulsion scopique là-dedans, à n'en pas douter,  mais que serions nous sans ce besoin tenaillant de savoir?

01 janvier 2010









29 décembre 2009

Comme vous l'avez peut être constaté de vous même je suis actuellement en mode "forme courte". Je passe mes journées à charrier des cartons et des sacs poubelles. Nous vidons la maison en vue d'une grande et imminente transhumance. Chaque soir, fourbus et les muscles tétanisés par de peu usuels efforts physiques , nous plongeons dans un ou des bains réparateurs. Ce qui explique l'abondance subite des haïkus ci-dessous, d'autant qu'il s'agit des toutes dernières utilisations de la baignoire, la nouvelle maison du Quercy n'étant pour l'instant pourvue que d'une spartiate quoique confortable douche (multi-jets) Nous arrivons donc , chers ciscobloggers, vers la fin de la série des haïkus de bain.  Une fin naturelle, en quelque sorte,  fin prévue par disparition de la baignoire... D'ici peu il y aura donc une nouvelle série de haïkus mais je ne sais pas encore laquelle ( Je me vois mal passer aux haïkus de douche  quitte à changer et les haïkus d'embouteillage auxquels j'avais pensé risquent de ne pouvoir se produire faute d'embouteillages assez fréquents dans la nouvelle région), enfin on verra. J'ai pourtant plein d'idées et d'envies de posts longs mais c'est le temps qui manque et surtout l'accès à l'ordinateur dans l'amoncellement et le désordre qu'est devenu mon bureau. Habituels prétextes... Tout sera redevenu en principe normal vers début  janvier date prévue pour le basculement définitif (exempt pour vous, chers cisocbloggers,  de douleurs musculaires et autres lombalgies)
Un haïku par bain, 101


Mon dessein secret :
Le corps se couvrant d'écailles
Devenir poisson

Un haïku par bain, 100




La pomme de douche
Au fond de l'eau s'est cabrée
E.T. me regarde
Un haïku par bain, 99



J'aimerai ton corps
Par un soir au fond des bains
Ma biche aux abois

23 décembre 2009

Un haïku par bain, 98
 
 
Mémoire de l'eau
Le souvenir de mon corps
Emporte à la mer !

22 décembre 2009

INSOMNIA
Tanka, 18

Pour M. L.G.



Au pays de Serres
Le ciel tombe sur la terre
Hivernale églogue


Ah que le printemps revienne
et nous boirons du Morogues !

15 décembre 2009



Une petite video de l'idole dont nous parle Ciscotwitter en LCD qui, à défaut de vous donner envie de lire le livre - mais j'espère que vous aurez envie de le lire, lisez-le, vous me remercierez toute votre vie - vous montrera à quel point le personnage est sympathique, modeste, humain, naturel et sans façon. Un fan, vous dis-je... (via Noématique, que je m'empresse d'ajouter aux liens en LCD)

14 décembre 2009

Tanka, 17




Désarticulé,
A minuit sur une chaise
Mon  manteau bleu sombre


Tout au bout du couloir blême
Vient la grande angoisse bègue
Quintil, 1




Cette violence blafarde
Aux urgences un soir à Corbeil
La misère qui me regarde

Au temps de ma dernière garde
Ce soir à nul autre pareil

13 décembre 2009

Un Haïku par bain, 97




Un genou dépasse
D'une tiédasse mer d'huile
Aux premiers grands froids

10 décembre 2009


     
























Joyeux anniversaire, Omer !  (via Geisha Asobi)

09 décembre 2009

Cet après midi, longue traversée de la Brie dans le brouillard  jusqu'à Provins, fameuse ville médiévale que je n'ai absolument pas eu le temps de visiter cette fois-ci. C'est au fin fond de l'univers. Les routes, noyées dans la banquise d'ouate sont verticales, on grimpe dans les labours infinis d'où pleut toute l'eau du monde. Tout est dans le blanc, bien au dessus de la stratosphère. On ne redescendra du ciel qu'à la nuit de décembre, aveuglé par les phares des trente tonnes qui foncent en face. J'ai eu le temps d'entendre, bien au chaud dans ma capsule spatiale, une émission épatante, si,  je vous jure, un modèle d'émission, sur France Cul. J'ai enfin tout compris à la dette carbone !

05 décembre 2009

OVER CORBEIL BRIDGE

                         Vu du pont de corbeil
Un haïku par bain, 96


Avec le bébé
Et mon rêve inconsistant
Jeter l'eau du bain

04 décembre 2009

Dans le train Corail qui va vers Cahors. Ciel bleu parsemé de mes chers brontosaures qui paissent paisiblement. Nous passons devant l'usine à gaz d'Ivry : je sais maintenant comment  se fabriquent les nuages.          Nous longeons la Seine. Villeneuve Saint Georges, Les tours de Vigneux, débonnaires sentinelles. Il me semble qu'il en manque une ou deux. Je n'ai pas la berlueil en manque bien deux. Elles ne sont plus sept mais cinq. Le troupeau s'amenuise.  Je me souviens qu'on devait les démolir.  On en parlait  mais cela ne se faisait jamais. J'avais fini par penser que cela ne se ferait pas. Je n'étais par retourné à Vigneux depuis trois ans. Ils ont fini par faire ce qu'ils annonçaient  La destruction a donc commencé. C'est la fin d'une époque. Il ne restera plus rien des trentes glorieuses à Vigneux, la ville des mal lotis. Et qu' y a-t-il dans la tête de Chemetov en ce moment ? Penser à mener à bien le projet de pèlerinage à Vigneux avant qu'elles aient complètement disparu (les tours de Montconseil, à Corbeil, moins emblematiques à mes yeux - ce sont celles des Tarterets qui le sont, mais on ne sait pas par quoi les remplacer - ont elles-aussi disparu, englouties dans le paysage informe. Personne ne se souvient déjà plus du paysage d'avant.   La banlieue est sans mémoire. On ne fait qu'y passer, même si la forme des villes change plus vite que le coeur des humains)           J'aime les voyages en train, surtout en première classe, depuis que j'ai la carte senior            Le vieillard édentée et la bouche emplie d'une salive rouge sang à cause du  bétel aux vêtements poussiéreux, assis sur ses talons - je ne pourrai jamais m'asseoir comme ça sur mes talons -  qui vendait du macis, de la muscade, juste quelques noix, une trentaine de clous girofle et un peu de cardamone posés sur un papier journal froissé à même le sol de terre rouge, le long de ce canal aux eaux immobiles immondes et glauques à Allpey où nous avions acheté de la limonade salée en bouteilles recapsulées, je m'en souviens très bien.           Je ne me souviens pas d'un traître mot du livre "la prospérité du vice" de Daniel Cohen que j'ai lu il y a deux ou trois semaines dont j'ai un mal fou à me souvenir du titre qui ressemble trop à celui d'un livre du marquis de Sade, ce qui ne veut pas dire que c'est un mauvais livre.          Je lis le "Dernier soupir du Maure" de Salman Rushdie en poche Folio. c'est une histoire qui se passe à Cochin en Inde, d'où peut être le souvenir du vieillard décharné d'Alipey évoqué plus haut. Mais c'était au moins un quart d'heure avant que je n'ouvre le livre. Une théorie physique hypermoderne met en doute la causalité elle même : il n'est donc pas sûr que l'effet ne précède pas la cause qui l'a produit.       "En hiver, nous irons dans un wagon rose/Avec des coussins bleus"          Je me souviens aussi d'un long après midi caniculaire dans les rue de Trichur où on pouvait rencontrer, vision inouïe - si j'ose dire - des éléphants qui émergeaient de loin, dans la mer des voitures comme des baleines à bosse aperçues à l'horizon des flots avec leurs crânes ridés surmontés de toupets de poils durs et aussi d'une longue station dans la boutique d'un marchand de tissus où j'ai acheté le dhoti (muntu en malayalam) de soie blanche bordé d'or et de pourpre que portaient les brahmanes tendance et qui est devenu le dai du canapé de jardin de  Mauleon Barousse bien des années plus tard, trouvant un  usage enfin digne à mon goût après de multiples tentatives insatisfaisantes d'être porté.          Nous traversons l'immense plaine de Beauce parsemée de bosquet déplumés, d'éoliennes et de chateaux d'eaux égarés. Le jour tombe déjà. Il est 15 heures 55           En lisant Rushdie qui évoque Kotayam, je me souviens soudain des fermes à caoutchouc du kérala (mais faire une recherche Google pour une description plus précise parce que je ne me souviens que d'une pâte jaunâtre et blême qui pendouillait sur les même écheveaux que la guimauve dans les camions des confiseries foraines) Souvenir auquel se superpose celui de Venus grimpant péniblement et sans grâce aucune à un cocotier  au risque de se vautrer lamentablement et de se rompre le cou pour nous décrocher une noix rien que pour nous épater. Il manquait d'entrainement depuis qu'il avait intégré son école d'informatique à Calicut.          A Châteauroux nous nous arrêtons devant un convoi de grumes pareilles à celle de mon enfance qui transportaient la potasse de Bollwiller à Mulhouse.           Rushdie parle d'arbres qui respirent la lumière et de chlorophyllosophie. C'est très beau.          Quand on se promène dans un train on voit trois choses : des visages, des livres ouverts et des ordinateurs muets.         Il suffit que Rushdie écrive les mots idli et sambar pour qu'en les lisant quinze ans plus tard, lancé comme un boulet bien au chaud dans mon train qui fonce à travers la campagne française transie de pluie, j'en retrouve le goût exact - délicieux - avec le souvenir où Venus nous en fit manger chez sa mère au petit déjeuner - elle debout et digne nous servant sans s'asseoir - avant de nous emmener dans la jungle à la recherche des ruines du palais de ses ancêtres.          Limoges et sa gare inoubliable          Ah, le plaisir d'écrire en lisant : c'est le mouvement, le voyage qui m'y invite      Le wagon se vide de la moitié de ses passagers : hommes et femmes d'affaires pressés, couples de retraités anxieux et méfiants de tout.          17 heures. Nous fonçons dans la nuit après avoir survolé Limoges entre deux collines sombres et mates.   En 1938 le film "Blanche Neige" fut sur tous les écrans du monde. Même à Ernakulam comme le note Rushdie page 136. J'ai toujours eu du mal, moi dont l'enfance fut bercée par les "Laurel et Hardy" les "Rintintins", les "Zoros"  et les "Charlots" en noir et blanc à me faire au fait que les films en couleur datent d'avant la guerre où je n'étais largement pas né(ma mère qui m'a mis au monde elle même n'ayant à cette date que douze ans) En sera-t-il de même des films en relief dont on nous rebat les oreilles et dont la naissance se situe dans les années soixante vingt ans avant celle de mes enfants ?           Un bébé gazouille ou pleure depuis le début du voyage sans interruption et sans repos. Pendant trente secondes l'air s'emplit d'une odeur d'épice que je ne reconnaît pas tout de suite. Quelqu'un dans le wagon croque un bonbon à l'anis. C'est l'odeur des petits gateaux alsaciens dans la cuisine de ma grand mère          Je pose le "dernier soupir du maure" et j'ouvre le numéro spécial de "La Recherche" acheté au "Relai H" de la gare d'Austerlitz (J'achète toujours "La recherche" quand je voyage en train, je n'achète "La Recherche" que quand je voyage en train ) consacré au "Pouvoir des Mathématiques"(on commence peut-être à savoir que les Maths me fascinent mais que je suis loin d'y être particulièrement "bon" - c'est la définition du vice.           Je suis infiniment admiratif de Grigory Perelman. C'est un héros de l'humanité de la trempe de Mozart ou de celle d'Einstein. Mais c'est aussi un héros sacrément romantique. Il est venu, il a vu, il a résolu la conjecture de Poincaré et il est reparti sans rien demander ni accepter (on est prêt à lui donner le million de dollars de la fondation Cray), il est retourné chez sa mère, avec sa face hirsute de géant muet et son sac en plastique de supermarché moscovite vide à la main.          Je me souviens d'avoir lu quelque part que les nombres infiniment grands, bien plus grands que les milliards de milliards, s'appellent des "gogols". On peut additionner ou multiplier des "gogols" entre eux et on obtient d'autres "gogols" à peine plus grands, au fond.        Le très joli nom de "Diophantine" a été donné à une équation bien plus vieille que mes robes.       Nous ne sommes nulle part puisque par la fenêtre on ne voit plus que le noir de la nuit immobile.  C'est la conjecture de Ciscoblog. J'aime être nulle part. Utérin, non ?          Ce que j'aime dans les maths, ce sont les histoires, le suspens. Par exemple la saga des nombres premiers est au moins aussi passionnante que les aventures des Pandavas et des Korovas dans le Mahâbhârata. Je trouve que les aventures de la preuve de l'hypothèse de Riemann sont encore plus passionnantes que le "Mystère de la chambre jaune". J'apprends dans "La Recherche"  que Ian Stewart vient de publier le livre que je rêvais de lire un jour : une histoire des maths à paraître en mars 2010. A ne pas manquer !      Nous sommes à Brives :  ce qui veut dire que nous arrivons à Cahors dans cinquante minutes. Je passe au Nouvel Obs' (que je n'achète qu'en garde ou en voyage, comme la recherche, les deux le plus souvent) dont Daniel Cohn Bendit est le "rédacteur en chef"          Rien de nouveau sous le soleil (qui ne brille d'ailleurs pas) Allez, je repasse à " Tristram Shandy !                                            

01 décembre 2009

Tanka 16,




Par un soir bleuté
Rue du bac et rue de Sèvres
J'ai marché sans fièvre

Luxe foule et volupté 
Que ma tristesse a domptés

29 novembre 2009

Tanka, 15




Le vent se faufile
Intraitable trublion
Rue Saint Louis en l'Isle


Emportant au loin le fil
De ce que nous oublions

16 novembre 2009

Tanka, 14




Dans le matin calme
Les balladins de l'Eau Vive
Consolent leur âme


Marchons dans les feuilles mortes
Aux derniers feux de l'automne

11 novembre 2009

Il y a une raison précise à la re-publication de ce post d'octobre 2002 : la mort de Georges Michel Salomon, le papa de mon amie Agnès, dans l'incendie de son appartement.  Il avait quatre vingt huit ans. Ses deux parents  avaient été déportés en 1942.  Il ne les a plus jamais revu. Il avait à peine plus de vingt ans.  Ils habitaient  l'appartement de la rue Pierre Nicole depuis 1935. C'était l'un des fondateurs de l'enseignement du travail social en France et un homme remarquable, comme on en fait presque plus. Comme celle de tous "nos" pères la présence de Georges Michel  est "en creux" dans le récit qui suit ici. 

Je me souviens d'Anne Franck et des vingt-huit ans de ma mère. J'ai cru un moment que c'était un faux souvenir, que les dates ne correspondaient pas. Mais en refaisant mes calculs, je me rends à l'évidence : je me souviens bien des vingt-huit ans de ma mère. J'avais cinq ans. C'est d'ailleurs un souvenir de tout petit garçon. Je parlerai un jour de l'extraordinaire capacité des souvenirs à "oublier" le temps : que je me souvienne de l'anniversaire des vingt-huit ans de ma mère, de la chasse aux sauterelles avec mon grand-père, de ma maîtresse de l'école communale, madame Massé, du jour du résultat du bac ou de l'internat ou de la première fois que j'ai fait l'amour, j'ai toujours le même âge. C'était il y a quarante-cinq ans et je le vis comme si c'était aujourd'hui, mais aujourd'hui, précisément au moment où je me souviens, j'ai l'âge que j'avais au moment où le souvenir se passe, il y a quarante-cinq ans. Au moment précis où je me souviens je suis à la fois moi-me-souvenant, maintenant, et celui que j'étais alors. Comme si le souvenir m'avait aspiré dans son temps propre.  J'ai cinq ans. Je me souviens que nous étions chez  Fanny, la mère d'Agnès Seules "les mères", comme nous disions alors, étaient présentes, et les enfants. Les pères étaient au travail. Il y avait peut-être Franklin et sa maman Monique et Alain et sa maman Yvette. L'appartement des parents d'Agnès était un tout petit appartement dans une HLM de la ville de Paris de la rue Pierre Nicole, aménagé douillettement, avec des canapés et des fauteuils profonds de couleur sombre et des lumières tamisées avec plein de livres et de glaces partout. J'ai précisèment le souvenir de galipettes ou de chahuts sur un canapé, avec une image renversée de miroir éclairé de côté, de rires et de réprimandes, de bougies soufflées sans façon. Les petits enfants trouvent toujours drôle qu'on f?te l'anniversaire des grands, ils se demandent si les grands y croient vraiment, si c'est un jour si important que ça pour eux et s'ils doivent y croire, eux, les petits. Il y a deux événements merveilleux dans la vie des petits : l'anniversaire et Noêl : les grands, ça fait longtemps qu'ils n'y croient plus, au père Noël. Mais dans le souvenir "des vingt-huit ans de ma mère", ce qui m'émeut n'est pas seulement que je revive la jeunesse et la beauté de ma mère, avec ce sentiment (très "oedipien", j'en conviens) d'y "être", de la manière que je disais plus haut. Ce qui m'émeut est une évocation, toujours la même, liée au souvenir des galipettes au fond d'un canapé sombre. C'est celle d'Anne Frank. Car toujours Anne Frank vient occuper ma pensée quand je convoque le souvenir des vingt-huit ans de ma mère et les souvenirs de l'appartement des Salomon, rue Pierre Nicole. Vingt-huit ans, c'est peut-être l'âge qu'aurait eu en 1954, Anne Frank si elle avait survécu, mais l'association ne repose pas sur un jeu avec les chiffres. C'est que cette scène se passe à peine dix ans après la fin de la guerre. Nos mères étaient persuadées d'avoir échappé au massacre par chance, uniquement. Avec toute la culpabilité inconsciente que ça vous colle. Anne Frank avait justement leur âge en mille neuf cent quarante-trois ou quarante-quatre. Elles avaient lu le "Journal d'Anne Frank" en pleurant et en pensant à leurs amies disparues. Comment peut-on imaginer que leurs enfants n'aient pas pris leur tristesse de plein fouet. Il y a des choses qu'on ne devrait pas dire aux petits. Mais justement on ne leur a pas dites. Quarante-cinq ans après, ils s'en souviennent encore, pourtant.

10 novembre 2009

Pensée de la nuit N°162 "Prisonnier de son ornière, il prétend qu’il œuvre aux fondations." Eric Chevillard, l'Autofictif (merci, F.M.)

09 novembre 2009

Cet après midi j'ai encore failli avoir le syndrome de Stendhal. Je suis assez sujet au syndrome de Stendhal comme vous le savez si vous fréquentez Ciscoblog. J'ai comme une faiblesse de ce côté là. J'ai failli l'avoir mais je ne l'ai pas eu. Heureusement car je conduisais ma voiture, sur le grand viaduc autoroutier de l'A15 qui enjambe la vallée de la Seine en une courbe qui a des douceurs de hanches. C'est un coin où je ne vais pratiquement jamais. Si j'y venais souvent j'y serais habitué. Mais là, j'ai failli avoir le syndrome de Stendhal. Il y a je crois un tableau célèbre de Monet qui s'appelle "la Seine à Argenteuil" . Il l'a peint plusieurs fois. Il y a amené ses copains, Sisley, Caillebotte, Manet. Cela n'est pas étonnant que les peintres aient pris le coin comme modèle. Ils y ont peint des paysages élégiaques baignés de lumières vibrantes. On y voyait des barques, de petits voiliers des peupliers ou des ponts aujourd'hui disparus. Plus trop de nos jours, mais le paysage y est toujours sublime. La Seine à Argenteuil est belle depuis les temps préhistoriques, quand les brontosaures venaient y boire. Ce n'est pas l'urbanisation d'aujourd'hui, ni la disparition des brontosaures et des impressionnistes qui lui fera perdre sa séduction. Je revenais donc d'Ermont en direction de Paris. L'autoroute (c'est une sorte de bretelle, un brin de l'incroyable enchevêtrement de bitume qui court jusqu'au Grand Stade de France à Saint Denis) descendait du coteau et débouchait sur le beau viaduc en une belle courbe à gauche très roulante. A ma droite, dans la demi brume de cette fin d'après midi d'automne gris le paysage se déployait. On pouvait voir le skyline de la défense, complexe, ne rendant rien à celui de mégapoles mondiales, champ de pointes et d'épines noires, biseautées miroitantes, où contre toute attente, pourrait-on dire, les lignes obliques dominaient étrangement les verticales, laissant deviner des jeux de courbes, des volutes, des boucles en attente, puis, première aspérité remarquable sur l'étendue presque infinie de l'amas des maisons et des immeubles qui y faisait suite, la Tour Eiffel très nette dans le lointain, balise immuable, rassurante et presque banale. Mais la perspective, rendue mobile par le mouvement de la voiture qui dévalait le viaduc, amorçait un lent travelling, se déployant vers le Nord. La coulée scintillante de la ville s'élevait comme une bulle  de lave vers la colline de Montmartre surmontée du Sacré Coeur qui se découpait sur les nuages posés tels des touches de peinture. Le viaduc plongeait vers le fond de la vallée,  virant en pente douce, on survolait maintenant une zone industrielle couverte de citernes alignées par douzaines, de myriades de hangars, de parkings, d'usines et de cheminées d'usines qui aspiraient le ciel. Ça et là, des plages résidentielles, comme dans les jeux vidéo, avec des achèlèmes plantés comme des piquets au milieu des friches.  Je cherchai le fleuve des yeux et ne le trouvai pas d'emblée, occupé tout de même que j'étais par mon premier devoir d'automobiliste : surveiller la route. Il était là, pourtant, presque mince ruban d'acier mat aux ondulations  immobiles. C'était lui que le viaduc enjambait telle un ruisseau au fond d'une rigole, généreusement : non seulement il l' enjambait mais il enjambait aussi les berges, mais aussi les villes et les collines. De la haut, avec l'effet de la courbe,  la Seine semblait monter vers le ciel blanc comme dans un avion. Puis le viaduc se posa sur le coteau d'en face et la route se confondit à nouveau avec une route. Je m'accrochai au volant, prêt à freiner : j'avais le cœur qui débordait de la beauté du monde.

07 novembre 2009

Un ch'ti lien sympa pour changer, relayé par Mnémoglyphes (un autre ch'ti lien sympa, d'ailleurs pour ceux qui ne le sauraient pas déjà)

06 novembre 2009

Tanka, 13




Mille feuilles mortes
Dans le halot de mes phares
Que le vent emporte


Je fonce dans la nuit noire
Et j'ai le cœur qui déborde

29 octobre 2009

Un haïku par bain, 95


C'est un bain raté
Qui devait être une douche
Hygiénique et leste

24 octobre 2009

Un haïku par bain, 94


Recouvert de mousse
Je me prends pour une star
Tant pis pour mon âge !

18 octobre 2009

Caramba ! Philip Roth a encore raté le Nobel. Ma petite plaisanterie annuelle commence à ne plus être drôle. Ce n'est pas de ma faute. Est-ce un hasard (ou une malignité) si les éditeurs français publient chaque année son dernier livre au moment de l'attribution du prix ? Et comme il n'y a pas plus anti-américains que ces messieurs  du comité Nobel (même le prix à Obama est un acte d'anti-américanisme) nous ne sommes pas prêt de voir notre génial auteur préféré couronné. Au fond, le Nobel ça n'a pas d'importance. Mais je recommencerai ma petite plaisanterie l'année prochaine et les autres années jusqu'à la mort de Roth où l'on pourra alors vraiment dire qu'il n'aura jamais le Nobel...  Je suis plongé dans "Exit Ghost" et je commence à croire que ce qui me ravit chez Roth c'est son côté oulipien. Il y a plus de similitudes entre Philip Roth et Georges Perec qu'on croit. Il y a un côté vraiment "La vie Mode d'emploi" chez cet illustre représentant de grand récit américain. Philip Roth est un écrivain "à contrainte".  Etre "à contrainte" c'est mettre la question de la fiction  au centre même de  son projet littéraire. L'œuvre entière de Roth (on discutera  plus tard de son aspect "résistant" qui est moins "littéraire "par définition) pourrait se résumer à une interrogation magistrale sur la fiction et partant, sur l'identité. La contrainte, chez Roth, c'est l'écart, incroyablement travaillé, incroyablement ciselé,  qu'il interpose entre lui et son narrateur, dans une mise en abîme jubilatoire et géniale, construite patiemment, obstinément, sans jamais dévier d'un poil, de livre en livre et de volume en volume, dans ce travail d'illusionniste (on dit magician en anglais) qui sort sans cesse des lapins de son chapeau. Car la fiction c'est le faux, le fake, et c'est toujours le faux même quand c'est vrai. Avec Roth ce qui est épatant c'est que c'est toujours vrai, donc faux... Il  ne nous dit qu'une chose : le mensonge est plus beau que la vérité mais la vérité ne rachète jamais le mensonge (relisez donc "la tache" ,"The human stain", ce chef d'oeuvre)  Mentir c'est parler de la vérité par l'autre bout de la lorgnette car le malheur veut qu'à dire la vérité on ne fait jamais que mentir. mais si l'écrivain ne peut que mentir, l'homme, lui,  celui qui écrit , celui qui tient le stylo, l'homme de chait et de sang, doit, s'il veut se racheter, faire au moins une chose  : se taire, refuser de parler, même si pour cela il doit vivre en reclus solitaire au milieu des Beckshires désertiques. et pour Roth on aura compris que le meilleur moyen de se taire c'est d'écrire, écrire encore et encore, sans fin. On sait que, maintenant âgé de soixante quinze ans,  il a l'intention d'écrire son dernier roman sans jamais s'arrêter d'écrire.  Mettre en même temps un point final à la fiction et à la vie. Dieu lui en donne la force. "Exit ghost" ce sont donc Roth et Zuckerman, Ann Franck et Amy Bellette, les quatre mousquetaires quarante ans après,  au seuil de la mort, se débattant contre les maladies les plus immondes dans une crudité crépusculaire qui fait froid dans le dos, on a toujours froid dans le dos en lisant Roth. même quand c'est drôle. Dans les romans de Roth, la fiction est cette chose qu'il faut lancer comme un plus lourd que l'air, accélérer comme une fusée, à qui il faut donner beaucoup d'élan pour qu'elle plane un peu au-dessus du monde,  échappant à peine au champ d'attraction de la vie où elle sera irrémédiablement ramenée en cas de relachemant ou de perte d'énergie, comme la matière attirée est engloutie par les trous noirs. Il y a, entre fiction et réalité, une lutte pathétique, admirable, antinomique. Au bout du compte, "tenir" la fiction, comme les avions "tiennent en l'air" relève du miracle, du mystère. On bat des mains, on est emerveillé, comme au festival d'acrobaties aériennes. Le livre peut voler, si on lui insuffle assez de force. L'écrivain, l'homme, lui est voué à l'inertie et la mort. Roth dit qu'il ne relit jamais ses livres. Je soupçonne que c'est faux. Il les relit. Mais c'est là précisément qu'il est le fantôme. C'est un survol crépusculaire et laborieux. Sous lui défilent les scories et les apories  qu'il a  voulu désaffecter. Il n'y reconnaît rien de lui, puisqu'il a menti. Nous avons cru que c'était sa jeunesse, ce n'était pas la sienne mais la nôtre, nous avons cru que c'était son âge mûr, ce n'était pas le sien mais le nôtre , nous croyons que c'est sa mort, mais ce n'est pas la sienne, juste la nôtre. Il est là, devant nous gris et mélancolique, les yeux dans le vide, presque hébété,  certain seulement de son échec.

15 octobre 2009

Tanka, 12


Furtif projectile
L'insensible TGV
Déchire la nuit


Il m'emporte l'imbécile
Loin d'où mon coeur est rivé

10 octobre 2009

Acier, payne, de plomb, tourterelle d'étain, perle, fer, ardoise, pinchard, souris, les noms de gris n'y suffiront pas, non plus ceux des bleus, turquin, guede, pétrole, de Prusse, ardoise, ni ceux des bruns, châtaigne, terre d'ombre, bronze, cachou, café, ni des noirs, aniline, charbon, d'encre, de fumée, ni même des verts, impérial vert de gris, olive, glauque. Un ciel de peintre, un ciel  de salles hollandaises des musées, un ciel sublime ce dimanche au-dessus de la seine, des ponts, et de l'île Saint Louis. pour la première fois depuis longtemps, en cet automne flamboyant, le soleil ne luit pas. Les nuages, étalés dans le ciel au couteau ou à larges coups de brosse, se pressent fièrement comme à la parade, juste pour se faire admirer, pas pour pleuvoir, qu'on ne le craigne même pas. Au dessus  des ponts en enfilade, superposant leurs tabliers rectilignes et  mêlant leurs arches de toutes les formes, ils courent, changent et se transforment comme le plumage d'un énorme perroquet gris du Gabon qui ébourifferait le ciel.

06 octobre 2009

Pensée de la nuit N°161 : "Toutes les nuits je rêve que je me pince" Eric Chevillard, L'Autofictif

05 octobre 2009

QUAI D'ORLEANS,1

Quai d'Orléans, Paris, lendemain de nuit blanche.
Un Haïku par bain, 93


Entre deux tracas
Tentons de nous diluer
Bath in translation

02 octobre 2009

Pensée de la nuit N 160 "Cela me procura un soulagement amer, comme lorsqu'on termine la lecture d'un livre après avoir craint de mourir enfermé dedans". Patrick Besson, Mais le fleuve tuera l'homme blanc

25 septembre 2009

GRANDS MOULINS DE CORBEIL