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25 février 2006

Je viens de refermer "l'Imitation du bonheur"de Jean Rouaud. J'ai ressenti la petite angoisse de séparation qui confirme chez moi la plupart du temps que j'ai lu un bon roman. C'est un volume de près de six cent pages de la "Blanche" de "Gallimard". Il ne s'agit plus de ces sublimes diamants noirs des éditions de Minuit ("les champs d'honneur", "Le monde à peu près", "Des hommes illustres", et le formidable "Pour vos cadeaux") dont le contre-lyrisme et la minutieuse retenue vous tirait des larmes. Jean Rouaud, à plus de cinquante ans, abandonne enfin sa famille et la Loire Inférieure. Il largue les amarres, hisse haut et prend le large. C'est tard, mais c'est réussi. Nous nous retrouvons donc, à quelques millimètres de la Loire Atlantique, à l'échelle planisphèrique, en 1871, en Haute Loire, dans une diligence, juste quarante ans avant que ne commence l'"Entre deux Guerres". Les quatre ou cinq cent premières pages sont consacrées aux trois jours où la vie de l'héroïne bascule. Sur ces cinq cent pages, au moins deux cent cinquante le sont à seulement quelques heures de la rencontre de Constance Monastier, femme de soyeux cévenole et d'Octave Keller, communard en fuite. Unité de lieu, unité de temps. Avec le même vrai souci de la vérité que Corneille et Boileau (le texte n'est qu'une fenêtre qu'on promène sur la vie, la littérature est "de" l'art puisqu'elle est "Imitation" de la nature, etc.) C'est la "Chevauchée fantastique" de John Ford, "Boule Suif" de Maupassant. Ces pages serrées, elles ne veulent raconter que ce basculement, que ce bouleversement de la rencontre. Enfin, c'est ce que le narrateur feint de nous faire croire. En réalité, il voudrait bien y faire tenir la totalité de de l'histoire de la Grande Commune. Il feint de ne pas y réussir, obligé qu'il serait de nous raconter les moindres minutes de la vie de Constance Monastier et forcément fort peu, comme si, ayant eu le choix entre dire presque tout et quasiment rien, il avait préféré en dire très peu, prendre en quelque sorte le parti des humbles, celui des gens de peu dont l'amoncellement des cadavres fauchés par les mitrailleuses de l'infâme Gallifet hante tout le roman. Il n'est pas historien mais romancier, ce narrateur, il est né comme çà. Il écrit, du futur où il nous sait installés avec lui, comme une longue lettre d'amour à son personnage, qui est le texte même du roman, lettre qu'il enverrait, à rebour donc, dans le passé où elle se tient - nous obligeant à d'incessants allers et retours entre passé et avenir, contenant le frêle présent en équilibre sur son fil - elle que nous suivons , en temps réel, comme on dit maintenant, comme filmée sur les super huits de notre enfance, témoignage tremblotant et encore informe de son existence, nécessitant comme la confirmation, oui, de l'écriture. Le cinéma, les frères lumières, trente ans à peine après, puis John Ford et tous les autres auront réglé son compte à la description littéraire. L'image montre tout en un instant, alors qu'il fallait à Flaubert des dizaines de pages (et des centaines à de moins bons auteurs, voire des milliers à Zola) pour en dire autant. Impossible de lutter contre l'instantané du cinéma, à tout ce qu'il peut dire en une heure dix. Le plus beau, c'est que Jean Rouaud réussit à nous tenir en haleine (au sens propre du terme) par sa lenteur même (un peu comme Ozu, dans "Voyage à Tokyo"). Plus il ajoute de mots de lignes de pages de détails, plus la lecture s'accélère, plus il augmente la focale et diminue l'échelle, plus le récit prend de la hauteur. Tout le roman converge ainsi vers un point focal innateignable, celui de la rencontre, celui de toutes les rencontres. Après, il lache la bride au temps : dix ou quinze ans pour les cent dernières pages et l'envolée finale vers les autres cieux de l'amour et l'infini de l'espace-temps. Lire ces dernières pages m'a pris autant de temps que les quatre cent premières. Mais je ne voulais plus les lâcher, comme on pourrait le faire de la vie : un grand long roman très beau.

21 février 2006

Alternative, 5


Entre la grippe des moustiques et les piqûres de poulet je choisis toujours la moindre

19 février 2006

Un haïku par bain, 30


Ah, laisser tremper
ce sacré vieux sac d'organes
muticellulaires !

15 février 2006

Les petites émotions de la vie, c'est pour consommer tout de suite. Un peu comme les marrons chauds, il faut les manger très vite, en se brûlant les doigts. Après, cela n'a plus qu'un goût de farine plâtreuse. Il faut les écrire vite avant qu'elles refroidissent. Ainsi donc, en compagnie de Nathan, cet après midi, je regagnai la Clio, garée rue Le Goff, tout près de la rue Gay Lussac. Depuis quelque temps, j'ai de la chance, je trouve des places pas interdites pour me garer. Il faut dire que, malgré tous les embarras diaboliques lachement mis en place par la Mairie pour transformer Paris en décor de publicité pour produits de luxe et pour me dissuader de prendre ma voiture, voulant me faire croire que je suis un mauvais citoyen et un horrible pollueur, je m'acharne à conduire jusqu'au centre de la ville. Je m'en mords souvent les doigts et ronge mon frein en rageant, pour ainsi dire, coincé dans des embouteillages tout à fait calculés, la Mairie l'a reconnu depuis longtemps (je m'en fous, je continuerai quand tout le monde aura renoncé et j'aurais alors les rues pour moi tout seul). Si je n'étais pas banlieusard, je me résoudrais peut être à rouler sur deux roues, ne voulant de toute façon pas me faire étouffer dans des transports en commun toujours aussi peu praticables. On se fiche du monde. Mais mon propos n'est pas là. C'était un après midi moche, pluvieux. Nouis avions descendu côte à côte, une partie du Boul'Mich à pied, en devisant de tout et de rien, comme depuis que le monde est monde et comme cela sera jusqu'à la fin des temps, tout au plaisir d'être ensemble. Nous avions fait notre tour du quartier, en passant comme il se devait dans les librairies les disqueries et les fringueries. Sans nous ruiner pour une fois (juste un petit disque de Petrucciani pour Nat chez Gibert Musique). J'étais en train d'ouvri la portière quand Nathan me montra du regard quelque chose au-dessus de moi. Je me retournai et levai les yeux au niveau du premier étage de l'immeuble au pied duquel nous étions garés. C'était une belle plaque en marbre que je n'avais jamais vue. On pouvait y lire : "Sigmund Freud, inventeur de la psychanalyse, a habité cette maison de 1885 à 1886" La maison en question est maintenant un hôtel, l'"hôtel du Brésil" (10 rue Le Goff, Paris V°) D'ailleurs reflexion faite ce devait déjà être un hôtel en 1885. A ma connaissance, Freud n'a séjourné qu'une seule fois un peu longuement à Paris. Tout au début de sa carrière, quand il était venu prendre les leçons de Jean Martin Charcot, à la Salpétrière (vérifié sur Google ici, et là, par exemple). C'est comme une boucle étrange. Je ne crois pas quej'ai jamais raconté à Nathan nos jeux d'écoliers dans les années soixante quand nous revenions du Lycée, en sixième ou en cinquième. Nous quittions la place du Panthéon par la rue Clotaire (La sortie du petit lycée était situé rue Clovis) et tournions à droite dans la rue des Fossés Saint Jacques jusqu' à la rue Malebranche qui débouche sur la rue Le Goff pratiquement en face de l'hôtel du Brésil devant lequel je suis donc passé mille fois et qui n'a cependant jamais impressionné ma mémoire. La rue Malebranche est courte mais pentue. C'est l'autre versant de la montagne Sainte Geneviève. Il y a à cet endroit un changement de pente avec la rue Le Goff qui se prolonge en montant légèrement vers le Nord , parallèlement à la rue Saint Jacques et au Boul'mich, par la rue Victor Cousin qui mène à la Sorbonne (vous avez un plan, là, si vous voulez) et donc, pour compenser, un remblai qui fait une différence de niveau d'au moins six ou sept mètres entre la chaussée et le trottoir. Ce remblai est pavé et bordé, bien sûr, d'une solide rambarde en fer forgé. Notre jeu, qui était en fait une sorte de rite d'admission dans notre société secrète, consistait à affronter le "précipice de la mort" en suivant la rambarde par le côté du vide jusqu'au haut de la rue. C'était tout à fait faisable et sans réel danger, mais il y avait le petit frisson nécessaire pour nous nous imaginions au milieu de la jungle au dessus du fleuve Congo sur un pont de singe. La rue Le Goff était donc notre terre ferme. On y reprenait ses esprit, on y écoutait son coeur ralentir après l'épreuve. La plaque a du être apposée plus tard, probablement, mais même s'il elle l'avait déjà été nous ne l'aurions pas vue, bien entendu (le quartier était en revanche rempli de plaques plus petites dédiées à la mémoires de combattants tombés pour la Libération de Paris, bien à hauteur de nos yeux d'enfants) J'aime imaginer maintenant, un peu grâce à Nathan, un jeune Freud parisien, poli et bien mis, descendant le Boul'Mich le nez en l'air en revenant à pied de la Salpé (sinon, il coupait peut être par le Panthéon et avait découvert obligatoirement le raccourci de la rue Malebranche) Et nous mettons nos pas dans ses pas.

13 février 2006

Douze, 5


On s'asseyait par terre. Une moquette en peau de moquette recouvrait, sauf dans l'entrée, un pourtant beau parquet fatigué. Il y avait une plante verte, presque un arbre (un noyau d'avocat planté sans y croire après un déjeuner dans la terre d'un bac Riviera) qui se plaisait bien et qui épatait les visiteurs. Le déménagement, plus tard, le tuera, il aurait fallu ne pas partir. Une ou deux affiches de Leonor Fini aux murs, on ne sait plus qui c'est de nos jours. Pratiquemment la seule télé (portable, en noir et blanc, d'abord, puis un Sony Trinitron) de tout l'immeuble, à même la moquette. Un grand serpent vert, bourré de bouts de matelas mousse, enroulé sur trois ou quatre tours dans un coin, servait d'anticanapé. On s'y entassait à huit ou quinze les jours de coupe du monde. Bien plus tard, en d'autres lieux, l'achat d'une banquette confortable et modulaire marqua d'ailleurs dans l'angoisse le passage de la trentaine, la fin de l'éternité au raz du sol, et fut l'occasion d'une courte mais sacrée crise de mélancolie. Un fauteuil, tout de même, dans le coin opposé, celui d'un grand père, à oreilles et à rayures vieux rose, soutenait un peu de verticalité. Mais il servait surtout à jeter les vestes et les écharpes, à déposer les journaux ou à recevoir les visiteurs âgés. Et dans la chambre, le lit sans sommier, recouvert des premières couettes (encore en véritable duvet) la tête contre l'inévitable tenture indienne achetée pour un prix pas modique du tout de côté de la rue de Seine.
Promesses d'ivrogne


L'une est un rêve irréalisable , l'autre est un pari pratiquement perdu d'avance : écrire une fiction et me remettre au ski d'ici février prochain (mais j'ai un an pour me faire mentir...)

12 février 2006

Je cite Alain Fleisher, dans les Trapézistes et le rat : "Un jour des amants sont ensemble dans un lit et se donnent du plaisir et ne savent pas que c'est la dernière fois. S'ils le savaient, d'ailleurs, de tels moments seraient invivables, et nul ne pourrait y survivre. Mais il y a une injustice à ne rien savoir, qui fait que ces instants de la dernière fois, de la dernière étreinte, du dernier baiser, des dernières paroles échangées, du dernier regard, ne sont pas vécus avec la violence tragique qui fait que nous mourrons chaque jour de toutes ces morts-là, dans une totale indifférence. Un accident, la maladie, un brusque changement de situation, un revirement de fortune, une circonstance imprévue, un voyage fortuit, un coup du sort, et tout ce qui devait continuer et se répéter s'arrête d'un coup, prend fin pour toujours, laissant sans suite et parfois sans souvenir, sans mémoire précise, une fois qui devient alors la dernière". Ce sont ces derniers mots qui m'impressionnent : "parfois sans souvenir, sans mémoire précise". Je n’ai effectivement plus la mémoire des dernières fois où j’ai fait l’amour avec les amantes dont je suis séparé. Même si le souvenir de leurs formes, de leur souffle, de leur odeur, de leurs gestes, de leur regard ou leur manière de le détourner, de leurs caresses préférées, de leurs moiteurs, de leurs baisers et du goût de leur bouche reste encore vif ; même si, bien sûr, j’ai encore le souvenir d'émouvantes étreintes, des moment et des endroits précis où elles se sont déroulées, de l' émerveillement de nos désir et de nos jouissances, du bruit de nos grognements, plaintes soupirs et cris entremêlés, des glissements, frottements, écrasements, empoignades et promesses presque tenues de dévorations et d’engloutissements, de mots obscènes prononcés comme des ordres ou des supplications, je reste incapable de me souvenir de chaque dernière fois. Ça en dit long à la fois sur l'amour, la mémoire et le deuil. Tout à l’inverse, je me souviens très bien des premières fois, même si certaines furent uniques. Il me suffit souvent d’évoquer le souvenir d’une amante, même si mes pensées ne sont pas à priori d’ordre érotique, pour vivre à nouveau notre première étreinte : je me souviens des vêtements, des lieux, des surprises de la découverte des corps, du grain de la peau. Je me souviens de juste avant, des mots prononcés et du décor qui bascule et de cette plongée dans un « plus rien ne sera comme avant », dans un irrémédiable qui renforce un désir pourtant déjà à son acmé. Je me souviens de juste après, dans le désordre et l’essoufflement, les rougeurs et les pudeurs qui reviennent et où, justement, tout est exactement comme avant, et rien encore irrémédiable, avec cette tendresse et ces regards émus en plus. Il n’y a pas d’amante dont je ne me souvienne pas de la première fois, et il n’y a pas d’amante dont je me souvienne de la dernière. Ce n’est pas seulement que le désir s’émousse, comme si les corps anticipaient la rupture déjà présente, et que l’acte perde sa force d’évocation future, car souvent la flamme brûle toujours et la séparation n’est pas forcément due à une lassitude des corps, loin de là. Car si la première fois inaugure un « plus rien ne sera comme avant » souvent trompeur, la dernière fois n’inaugure rien : on ne sait pas que c’est la dernière fois, et c’est pour cela qu’on l’oublie et c’est ce qui est tragique. La première fois ouvre sur un avenir possible, des promesses d’accordage, d’aventure partagée, de démultiplication du plaisir qu’on peut imaginer infinies ; la dernière n’est qu’une parmi d’autres qui aurait pu être l’avant dernière ou une avant mille autres et que ma mémoire n’a fait que retenir comme telle. Je me souviens de dix fois qui pourraient être la dernière, mais d'une seule qui est la première. (repost)

11 février 2006

Un haïku par bain, 29


Ce harassement.
Et comment le faire fondre ?
Dans l'eau savonneuse .

10 février 2006




Encore des merveilles chez "daily dose of imagery"

06 février 2006

Le site du fou des codes barres (via La boite à Images)

04 février 2006

J'ai été bien content d'apprendre ici et que l'histoire de "Munich" (vu cet après midi au cinema) était une véritable fiction et non la relation romancée de faits réels : Golda Meir a donc bien lancé le mossad, le service secret et toute sa toile d'araignée, aux trousses de "Septembre noir", et non ce petit groupe isolé que donne à voir Spielberg. De toute façon, j'avais peine à le croire. Le personnage principal n'existe donc pas. C'est un héros de fiction. Ouf ! Je n'arrivais pas à déterminer ce qui me mettais mal à l'aise dans ce film par ailleurs très bien fait et très prenant. Les efforts de Spielberg sont méritoires, C' est un homme sincère (quoiqu'un peu scolaire, en l'occurence) , il se voudrait Charlie Chaplin, à la fois adulé et maudit, sans beaucoup de succès, parce qu'il n'est probablement pas encore assez megalo. Déjà, la "Liste de Schindler" était pour les mêmes raisons a moitié ratée : dans le genre "mon génie" va "transcender la limite" entre le film d'"art" et le cinéma "engagé", Spielberg n'y va pas avec le dos de la cuillère. Tout le monde ne peut pas écrire "Les misérables" et en faire un film, pas même Victor Hugo lui même, qui était le Chaplin du XIX° siècle. Bien sûr, Spielberg se plante totalement, même s'il faut reconnaître pour authentiques ses efforts pour faire un cinema vraiment populaire et digne. A choisir, je préfère largement le message d'"ET " celui de "Hook" ou de "Minority report". Ils sont mille fois plus des films d'auteur que "La liste de Schindler" "Munich" ou "la Couleuir Pourpre". Leur "engagement" vaut très largement celui de ses films "vrais". Il suffit de regarder un film de montage, virtuose et partisan, un vrai film engagé comme "Mourir à Madrid" ou même "Nuits et Brouillards" de Resnais qui ne contiennent pas une once de fiction pour s'en rendre compte. Juste des images, pas des images justes ( J C Godard) , comme en est justement bourré le film de Spielberg. Car la fiction ne dépasse jamais la réalité, seule capable de se transcender elle même, parfois par la grâce d' artistes comme Roman Polanski et son génial acteur, Adrian Brody, dans "Le Pianiste", qui est vrai de bout en bout. Il suffit de juxtaposer les deux films dans sa mémoire pour se rendre compte à quel point le pauvre Spielberg est bidon. Je suis donc très content d'apprendre que contrairement à Spilzman, Kaufman est un personnage inventé. Cela se voit, comme le nez au milieu de la figure, même si Eric Bana est excellent, et je comprends maintenant que c'est ça qui me gênait. Malgré les louables efforts de l'acteur, ses doutes paraissaient forcés, sa parano convenue, ses muscles un peu trop gonflés. Autant Polanski s'effaçait derrière Spilzman (le film réussit le tour de force d'être quasi-identique au livre, c'est à dire insoutenable) , autant Spielberg s'incarne dans Avner Kaufman. Les vrais agents secrets sont très certainement des héros tragiques, en ce sens surhumains, totalement incapables des doutes scolaires de démocrate bien nourri et bien pensant su héros de "Munich". Et les salauds ne sont jamais que des salauds. Spielberg et ses acteurs (Kassowitz, Lonsdale, Amalric et les américains, tous irréprochables) ne parviennent pas à déjouer la mécanique du thriller : nous ne nous demandons jamais quand finiront tout ce sang et tout ce massacre, résignés que nous sommes depuis longtremps au poncif de la violence qui appelle la violence, mais nous nous demandons s' ils vont finalement arriver à tous les tuer, à cocher tous les noms de leur liste. Cela reste le ressort dramatique du film, comme dans les jeux video : "mission completed" ? De ce point de vue, je comprends qu'un palestinien ne puisse absolument pas apprécier. La dernière image du film vient d'ailleurs tout brouiller. Un panneau écrit (ça fait toujours plus vrai, plus neutre, les panneaux écrits) se superpose aux images et annonce que Salamé, le dernier de la liste, le "plus dur à avoir", sera, enfin, pour ainsi dire, abattu, bien plus tard, en 1979. Completed. Mais cette dernière scène est belle. Elle se déroule à Brooklyn Heigths, devant le skyline compact et minéral de Manhatan. Le divorce entre Avner et son commanditaire y est définitivement consommé par le refus de celui-ci de partager un simple repas. La caméra glisse légèrement vers la gauche et on aperçoit en bout de mouvement, au loin, blanches sous le soleil couchant, rapetissées par la perspective, en incrustation par image de synthèse, deux tours jumelles qui venaient d'être construites à l'époque où se passe le film...

01 février 2006

On n'arrête plus le progrès...

CISCOBLOG lève un coin du voile sur ses secrets de fabrication. C'est flou, c'est petit, mais c'est fait à la minute, en trois clics, directement du producteur au consommateur : on n'arrête plus le progrès. A quand la 3D ? A quand les odeurs ? Mais promis, je ne recommencerai plus !





28 janvier 2006

Jour anniversaire



J'ai glissé machinalement le CD de Mozart distribué par "le Monde" dans le lecteur de la Clio, comme en désespoir de cause. L'adagio du concerto N° 12 en La Majeur par Maurizio Pollini a transfiguré soudain l'insignifiance du paysage. Je n'avais pourtant imploré aucun miracle. Une minute avant, agacé, je cherchais mon chemin, perdu dans le fouillis des rues de banlieue qui se ressemblent toutes, enfilant au hasard les voies incertaines. C'est comme au cinéma : il suffit d'ajouter une bande son. L'image veut parler. L'informe tourne sereinement au construit. Les lignes s'organisent, une perspective émerge. J'ai trouvé que la musique disait parfaitement le paysage ouvrier qui défilait sous mes yeux. Tout devenait calme et limpide. La Clio glissait en un lent panoramique parmi les arbres effeuillés des parcs, les résidences proprettes et les cités laborieuses. Même les terrains vagues et l'uniformité du paysage prenaient, au son de la musique de ce jeune homme de vingt six ans, une profondeur philosophique. Ce qui, un instant plutôt n'avait pas de forme (je m'étais perdu, j'errais à la recherche d'une adresse introuvable) trouvait une signification (voilà que je me promenais, laissant les lieux s'accorder à la musique) Je ne tentais plus de dominer l'espace, je m'y lovais, l'angoisse avait fondu. J'étais au spectacle du monde, partout sur la terre, un moment en paix avec moi même.

25 janvier 2006

Il semble impossible, malheureusement, au point où j'en suis de mes recherches, de se procurer en France (ni sur le Net) cette géniale invention (je pèse mes mots). Il y a quelque chose qui cloche, j'y retourne immédiatement ! (via Transnet)
Cinq heures moins cinq, avenue du Général Leclerc. La façade du cinéma le "Gaumont Alésia" est un bloc d'acier en fusion. Toutes les pierres de la ville ont pris pour quelques minutes sublimes une teinte d'or blond. Au Sud, le ciel bleu pâle n' a pas encore viré au rose. Le froid est glacial, le ventilo du chauffage de la Clio s'époumonne et recrache un air tiedasse dans un vacarme qui couvre France Info où s'égrainent les chiffres des morts de froid en Europe de l'Est. Le flot des voitures ne s'écoule plus. Les piétons s'amassent en grappes gelées aux feu rouges. Défilent lentement des visages rougis et des mèches qui dépassent des bonnets. Mains collées au volant, le corps raidi, je cristallise à l'intérieur de la Clio prise dans l'embouteillage. Mes pensées ralentissent et bientôt j'ai moi aussi la tête pleine de glace. Si on me cognait doucement l'épaule en me demandant à quoi je pense, je répondrais sans doute : "à rien ". Il y a des mots pour ça dans le jargon de mon métier : état crépusculaire.

22 janvier 2006

Visage sur la glace



Face on Ice


Les mystères de la nature... C'est superbe, non ? En direct de "Everything looking like face but face" sur Flickr. Je viens d'y recevoir, de Carmen, cette magnifique "Face on ice" que je "bascule" sans délai sur Ciscoblog où, bien sûr, il n'y a, pour vous, comme d'habitude, que le meilleur... Good night !

21 janvier 2006

Pensée de la nuit N° 97: "Every time you eat a gherkin, gods kills a cucumber" Meslubies, alias Style et Purée, alias Borborygmes (voir en LCD s'il vous plaît, je ne lie (sic) pas les pensées de la nuit)
Un haïku par bain, 28


Mille larmes nées
De la faillance embrumée
S'écoulent pressées.

20 janvier 2006

Trétracapillotomie pseudosociologique, 5



Maintenant, quand on est "trop", on est "très". Juste comme il faut, pas plus. mais il y a mieux : "sur-". Hier matin, j'attendais dans la grisaille au feu rouge. J'écoutais distraitement TSF (89.9). Il y a plein de pub maintenant, ce n'est plus comme avant. Mais au fond j'aime bien la pub à la radio : ça parle. (d'ailleurs j'aime bien les radios qui parlent). Forcément, ce n'est pas aussi facile qu'à la télé. Les images se suffisent à elles mêmes. D'ailleurs c'est le critère d'une pub télé réussie. Le coup du silence. A la radio, le silence c'est pas facile. Bref c'était une pub pour Volkswagen : le "Touran" (on ne dit plus "la" mais "le", de nos jours.) Figurez vous que les Tourans, c'est "sur-équipé". Pas "très" équipé, non, "sur-équipé". Ah bon. Avant, "sur-équipé" ça voulait dire "trop" équipé, ça faisait un peu ridicule, genre camion du SAMU pour ôter une écharde ou valise pour aller baiser en ville. Maintenant non, ça fait tout juste bien. Même pas "très". On aurait pas pu dire : un Touran "très équipé", non, il fallait que ce soit "trop". ""Sur-" c'est mieux que "très". "Très" c'est "plus", "trop" c'est "trop" (il ne faut tout de même pas exagérer, un Touran trop équipé, je vois pas pourquoi on ferait de la pub pour, ça regarde un "Touran" peut être, celui d'un propriétaire éxagéré, mais pas "le" "Touran" en général, qui est parfait) "Sur-", c'est le mot qu'on emploie maintenant pour dire : " juste comme il faut". La perfection, pas "trop". Juste "au dessus ", mais pas "horriblement", ni "incroyablement", "ni "vachement". C'est "équipé" exactement comme il se doit, sans faute de goût. Sans ostentation. C'est comme ça que cela se fait, "sur"équipé. Un peu "sur"fait, non ? Le feu passe au vert, accélère.

17 janvier 2006

- Vous reprendrez bien une tasse de graphomanie ?
- Oui, s'il vous plaît, avec un nuage de ciscoblog !...

16 janvier 2006

Pensée de la nuit N° 96 : "Il était une fois une jolie coïncidence aui était partie faire une promenade en compagnie d'un petit accident ; pendant qu'ils se promenaient tout les deux, ils rencontrèrent une explication, une très vielle explication, si vieille qu'elle était toute pliée en deux et toute ratatinée si bien qu'elle ressemblait plutöt à une devinette..." Lewis Caroll, Logique sans Peine (retrouvée aujourd'hui dans un vieux carnet datant d'il y a près de vingt ans retrouvé lui-même par un hasard de la vie qui n'est ni un accident ni une coïncidence)

13 janvier 2006



la secte des écrans transparents a encore frappé




(Mivella sur Flickr)
Très interessant billet bi et même trilingue de Jean Veronis sur Aixtal à propos de la traduction automatique. (et n'oubliez pas de vous amuser, même si cela n'est pas fait pour ça, avec le Chronologue qui fonctionne à nouveau, même si cela n'a rien à voir avec la traduction)

12 janvier 2006





Noël 2005

11 janvier 2006

Sereine jeunesse, 4


Maintenant, sur la vidéo tirée du film en super huit on pourrait voir une jeune femme brune en robe d'été à fleur portant des lunettes sur un nez un peu trop pointu. Elle s'appelle Lia, elle est géorgienne, de Tbilissi. Elle s'adresse à la caméra. C'est un film sonore mais pas parlant. Si on pouvait lire sur ses lèvres, on verrait qu'elle parle Français avec un très joli accent. L'image d'après nous surprendrait, nous ferait un choc : c'est moi, à dix sept ans, si jeune. J'ai une veste claire et une chemise blanche à rayures larges. Nous avons fait du champ contre champ à la prise de vue tout en continuant la conversation en nous passant la caméra. Cela fait assez nouvelle vague. Nous sommes dans le compartiment d'un train. Lia me filme en contre jour. Sur elle la lumière est parfaite. C'est le train de banlieue qui nous amène à Moscou. La gare est à ciel ouvert. Il y a des voyageurs comme dans toutes les gares. Nous les filmons au hasard comme ils montent dans les trains ou en descendent. Les hommes portent des casquettes et sourient à l'objectif. Beaucoup de femmes portent des fichus et des robes imprimées. Après, on voit deux ou trois plan rapides du métro très sombres sans éclairage d'appoint. La foule dans les escaliers, les lustres gigantesques, une salle de correspondance ornée avec le luxe de la cathédrale Pierre et Paul, des statues en bronze de héros anonymes de 1917. Lia est tout aussi impressionnée que moi : c'est pour elle aussi sa première visite de Moscou. Elle a du mal à s'orienter. Elle demande son chemin aux passants. Nous sommes à la station Komssomolskaïa. Après encore, il y a ces images de l'hôtel Moskva où on nous sert du caviar. Mais Lia n'est plus là. Nous sommes uniquement entre français. Ce n'est plus le même jour. La rue Gorki est en fait une très large boulevard. Rien à voir avec les Champs Elysées. Deux ou trois boutiques de mode ringardes, des immeubles officiels. Très peu de voitures. Nous achèterons des souvenirs dans un magasin d'état qui ressemble à un duty-free d'aéroport, mais sans objets de luxe : on trouves des poupées russes, exactement les mêmes que je trouverai en solde près de trente ans plus tard sur le pont Charles à Prague après la révolution de velours, des cuillères de bois peintes en rouge et or qui ne servent à rien, des chapkas en peau d'animaux sauvages hors de prix et de la vodka Stolitchnaïa à trois kopeks. C'est tout. On ne se souvient pas assez que ce sont les komssomols qui ont inventé les pin's : on ne les achète pas, ceux là. On vous épingle des profils de Lénine ou des étoiles rouges émaillés aux revers des vestes à la moindre occasion. Ce pays est atteint de décorite aigüe. C'est un peu comme à Tahiti, mais au lieu du collier de fleurs autour du cou on vous orne d'une épinglette aux armes du Parti en signe de bienvenue. On se prendrait vite pour un maréchal breloqué de l'armée rouge.

08 janvier 2006

Douze, 4


On n'imagine plus l'importance du collectif à cette époque . Nous ne disions plus : "à la maison", cela faisait trop pantouflard, nous disions "au Douze", c'était plus "collectif". "Collectif", ce n'était ni "Equipe" (la victoire de l'équipe de France de foot a constitué à la fois l'apogée et la fin "irrémédiable" du collectif), ni "Groupe" (colos et photos souvenirs), ni "Team" (copie conforme du libéralisme avançé) ni encore moins "Tribu" (trop hiérachisée, pas assez révocul.) "Troupe" mais pas troupeau, "horde", mais pas primitive, pas sauvage du tout. On parlait aussi de communauté, on vivait "en". Maintenant, on ajoute un "arisme" et c'est devenu exactement l'inverse de notre utopie. On peut opposer point par point le chauchemar communautariste au rêve communautaire. On aurait probablement voulu des communautés de communautés, avec des zones d'interpénétrations et une transversalité qui n'avait rien d'horizontal. L'Anarchie, quoi, la vraie, la pure, celle des Ferré et des espagnols, pas le communisme, ou alors retourné au "primitif". A la fois nous "appartenions" et nous n'étions pas "inclus" : "l'appartenance" c'était en connaissance de cause, c'était une forme de liberté pas libérale. Mais il y eut des "exclus", des "virés" et même des "recalés", ne nous faisons pas d'illusions. La vieille lune tenait toute une nuit la nouvelle lune dans ses bras.

07 janvier 2006

C'est rigolo ça, et tout à fait de saison !

05 janvier 2006

Pensée de la nui N°95 : "une vie c'est une enfance mise à toutes les sauces" Jean Paul Sartre, l'Idiot de la Famille.

04 janvier 2006

tetracapillotomie pseudosociologique, 4



Hier soir, à la télé c'était la fin d'"Engrenage". Je ne veux pas ici discuter de la qualité de l'"oeuvre" que je trouve d'ailleurs d'un niveau très correct (je me suis même beaucoup attaché au personnage du juge interpreté par un acteur jusque là inconnu et absolument formidable) mais je veux parler de son format. Avec "Engrenage", donc, on ne peut donc définitivement plus parler de feuilleton. Quelle est la différence entre un feuilleton et une série ? Il n'y en a pas parcequ'ils sont de la même longueur surtout la série. Et pourtant j'ai l'impression qu'il y a tout de même une différence. Un feuilleton ne recommence pas. C'est soit une oeuvre découpée en tranches qui soit se suivent les unes les autres, avec un début et une fin (c'est linéaire mais ça progresse) soit, au contraire, qui n'avancent pas du tout, les histoires changeant à chaque épisode (Derrick, Sherlock homes), comme des feuillets de même temps figé. Eventuellement le feuilleton a une suite, quand il s'est interrompu un moment. Cette suite porte parfois un autre titre (vingt ans après, le vicomte de bragelone) ou un autre sous titre (albertine disparue) mais en général l'histoire avance linéairement en progressant dans le temps : les personnages vieillissent ils font des enfants etc. Ou alors on remonte dans le temps, on s'interesse aux grands parents ou à l'origine de l'histoire (le Parrain 2 ou épisode 1), ou encore on voyage dans d'autres lieux (Asterix chez les bretons, Maigret). Une série, elle, recommence, essentiellement. C'est l'Eternel retour. Jack Bauer est immuable. Rintintin ne change jamais de nom. Zorro ne libère jamais la Californie. Les personnages ne vieillissent pas, ils ne changent ni de lieux ni de profession (dans "urgences", par exemple, c'est une fausse impression : ils disparaissent et sont progressivement remplacés mais on ne peut pas dire qu'il y a une véritable évolution temporelle). Ils ne changent même pas de saison. Pourtant c'est comme ça qu'on dit. On dit "saison un", "saison deux" etc. Mais cela n'a rien a voir avec un changement météorologique. Le terme de saison, le "format" dont je veux parler, est employé parce que, justement, la série ne dure pas toute l'année, une saison seulement mais peu importe que ce soit le printemps ou l'automne. Elle revienne l'année d'après. C'est ça qui est important, qu'elle revienne, comme les saisons. La saison c'est l'histoire. L'histoire d'ordre "2" dont l'"épisode serait d'ordre "1" bien que souvent complet, avec lui aussi un début un milieu et une fin. Le feulleton faisait soit du sur place total, soit avançait linéairement. La série, elle, avance en une sorte de spirale dont chaque tour est une saison. Le stade supérieur est encore une spirale d'un "ordre supérieur" dont le "tour" serait constitué de saisons successives, mettons quatre et qu'on pourrait appeler cycle ou tétra- ou tri-logie. Et puis il y aurait des triples trilogies ou de quadruples tetralogies et même des quintuples pentalogies, avec des histoires qui deviendraient des épisodes emboités qui n'en finiraient pas, il faudrait plusieurs générations de téléspectateurs par cycle ou super cycle pour comprendre l'histoire et on recommencerait jusqu'à la fin des temps. Je crois que le "but" d'une bonne série est de décrire le plus de spirales possibles d'"ordre" toujours croissant comme des cycloïdes de plus en plus compliquées et de rejoindre la flèche du temps. Avez vous déjà imaginé la progression géométrique qu'aurait pu représenter les cycles emboités à l'infini d'une histoire comme celle de la Guerre des Etoiles ? A la fin, enfin c'est une façon de parler, il n'y aurait pas de fin, l'histoire se confondrait forcément avec le temps... C'était le rêve secret de G Lucas, non ? Il y en a d'ailleurs un qui a fait ça dès le seizième siècle : le cycle des tragédies historique de Shakespere est à la fois linéaire et circulaire : on avance où on remonte dans le temps à chaque histoire, mais aussi, si on y regarde de plus près, chaque épisode se déroule en une seule saison, printemps, été, automne et hiver et cela recommence à chaque groupe d'histoire.

"Now is the winter of our discontent
Made glorious summer by this sun of York;
And all the clouds that lour'd upon our house
In the deep bosom of the ocean buried."

Etc.

02 janvier 2006

Sereine jeunesse, 3




Dans le film super huit on voit notre arrivée à Vechhniaki ("Les Cerisiers" - "La Cerisaie"). C'est un genre d'institut Smolny, un ancien pensionnat reconverti en camp de vacances luxueux pour jeune élite du parti. C'est très romantique et tolstoïen. Nous avons les habits froissés et les poches sous les yeux des nuits passées dans les trains, nous aspirons à une douche et un lit frais. Nous avançons, en un petit troupeau béat, émerveillés par tout ce luxe de palace suranné. Nous passons sous un porche au son d'un air de jazz entraînant mais sage. Ce n'est pas moi qui l'ai rajouté sur la bande son. Il y a bien un orchestre de jazz à l'image. Un quartet très exactement. Il nous accompagnera tout au long du voyage, comme un leit motiv. Il apparaîtra tout à coup comme dans les vrais films, légèrement en retrait, aperçu au détour d'un mouvement de camera, aux endroits les plus saugrenus, où ce sera bien la dernière chose que nous nous attendrons à voir : au milieu des clochers à bulbe de Zagorsk, au bord de la Moscova pour adoucir l'ennui de la queue pour le bateau mouche, sur la plage, etc. Le ton est donné : l'union soviétique ne reculera devant rien, pas même les petits mensonges - Brejnev déteste le jazz - pour nous séduire. On nous traite comme des plénipotentiaires. Nous nageons en plein surréalisme socialiste. Le jazz est vraiment réservé à la nomenklatura, comme les cigarettes anglaises et les stylos bics (dont on nous a rempli les poches en partant.) On nous inonde d'Armstrong et de vodka. Des ivrognes officiels (et non l'inverse) nous invitent déjà à trinquer dans les couloirs. Il y a des télés partout. Nous nous perdons sous les ors et le stuc. Le réfectoire a des airs de galerie des glaces. Il y a des pommes de terre, des saucisses et du kwass au petit déjeuner. Nos hôtes, l'élite de la jeunesse soviétique, et nos guides nous font déjà visiter le domaine immense, les allées fleuries, les charmilles, les parterres d'azalées. Ils nous emmènent jusqu'à un grand étang où croise un unique dériveur au large d'une plage de sable fin déserte qui n'attend que nos joutes sportives amicales. Notre guide et interprête ne s'appelle pas Nathalie, comme dans la chanson de Bécaud, mais Adriana. C'est une jolie rousse aux grands yeux verts, pédagogue patriote et patiente. Elle roule délicieusement les "r". Mais elle sera vite soutenue - je me demande encore pourquoi - par Andreï, une sorte de champion olympique du lancer de disque, aux beaux yeux bleus rivés
quinze centimètres au-dessus de nos têtes occidentales sur l'horizon merveilleux de la révolution, ne parlant pas un seul mot de français ni même de russe. Ses gros muscles et son regard, quand il daigne le braquer vers le bas, font fondre les filles et jurer les garçons mais bon. Des discours. On adore ça, les discours. Cela peut durer des heures et en plus c'est multiplié par deux par la traduction. Adriana ne chôme pas une minute. Après la bienvenue et les remerciements nous allons nous écrouler dans nos chambres à deux lits qui ressemblent toutes à des chambres de Lénine en exil de quatre mètres sous plafond. Un peu plus tard on nous retrouve sur la plage à paresser en maillots au soleil couchant de juillet avec les guitaristes qui s'échangent déjà des tablatures. Les russes, encore en bras de chemise et bas de pantalons retroussés, chaussures vernies à la main et déjà sempiternelle de bouteille de vodka "stolitchnaia" à trois kopecks dans l'autre, font des manoeuvres d'approche et regardent les bikinis des filles un peu par en dessous. Adriana et Andreï n'ont pas suivi. Pas besoin de traduction.
Personne ne semblant avois remarqué que le sous titre de CISCOBLOG a changé, je me fends donc d'une notule pour vous le faire remarquer : ce n'est plus "Le journal d'un graphomane impénitent et intermittent" mais "Les hommes sont si nécessairement fous etc... Mais baste, lisez donc ci-dessus, vous ne croyez tout de même pas que je vais tout recopier quand même! :o)

30 décembre 2005

sotei nuit copie

27 décembre 2005

Et ce soir, pour en terminer avec mon vice caché, j'ai enfin compris à quoi pouvaient bien servir les fameuses RSS (Realy Simple Syndication), ou autres "agrégateurs", qui jusque là m'avaient laissé perplexe dans le genre c'est plus de mon âge, en cliquant presque par hasard sur Blog-appetit (faites comme moi, vous ne serez pas déçus...)
Internet, Shminternet, voui... Mongrandpère il dirait. N'empêche. J'ai retrouvé là, un quart d'heure après avoir publié la note suivante (mais on est sur un blog, vous me suivez ?) l'incunable secret du männele. Jusqu'à aujourd'hui j'ai cru qu'il l'avait inventé rien que pour ses petits enfants... et encore, vous avez de la chance que je ne vous parle pas des bredele (mais ceux là, je vais éssayer d'en faire !)

Je suis en train de confectionner mon Beerawecka annuel (une fois fini, je vous promet de vous en montrer une photo. Cela dit ce n'est pas très beau, cela ressemble plutôt à "Kroug", mais en moins roulé sous les aisselles. Et délicieux avec ça ! "Quand on aime Kroug on aime Beerawecka" (petit littré)). Cela me prend plusieurs jours de travail (d'autant que j'oublie toujours d'acheter un ingrédient ou l'autre, mais ma môman alsacienne dit aussi chaque année que ce n'est pas grave : on peut y mettre tout ce qu'on trouve de bon. Vous voulez savoir ce qu'est un Beerawecka ? Cliquez ici, sinon, non.) Si vou n'aimez pas ça n'en dégouttez pas les autres ! dit aussi ma môman. C'est pour ça qu'en plus du foie gras qui marine dans le frigo et du boulot, je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer à CISCOBLOG et j'implore votre pardon pour mes infidélités qui ne me collent aucune honte. "Ma, basta cosi !" ne dit pas ma môman qui n'est pas italienne : allez faire un tour sur le site de ce photographe génial qui n'expose pas, lui non plus, sur Flickr et qui nous a été (re)découvert par la boite à images.


25 décembre 2005

FROSTWORK


Ciscoblog est de retour de vacances. Pendant 8 jours : Ciel bleu, froid sec et blanche terre (et maintenant : Bonjour, grisaille...)

17 décembre 2005

Un haiku par bain, 27


C'est un soir d'hiver.

Dore ma peau à l'or fin
Ombre délicate !

Il n'y a pas que Flickr dans la vie !

15 décembre 2005



Bon anniversaire !

13 décembre 2005

Voilà qu'il se prend pour Google maintenant...! (via aixtal, dont on reparlera sûrement ici)

12 décembre 2005




"Chez les filles", La Borne d' Henrichemont.

11 décembre 2005

Si j'ai bien compris, ce Mr Schott, après avoir fait un tabac outre - manche, débarque en France. Se déclarant lui même futile et inutile, il fait habilement l'économie de toute critique. On sait ce que peut avoir de poétique ce système de liste loufoque (c'est l'essence même du surréalisme) Il cite d'ailleurs lui-même Sei Shônagon, c'est tout dire ! son livre est exactement le genre d'objet qui peut (1) être offert à Noël (2) être abandonné à lire aux toilettes (3) ressembler à un parallèlepipède rectangle applati (4) être inclassable (5) faire se gondoler irrépressiblement (6) se retrouver dans cette liste (7) malheureusement ne pas retenir la serviette sur la plage (8) vous tomber des mains (9) brûler dans un autodafé (10) se refermer et ne pas être une huitre (11) être écrit en trop petits caractères (12) bien valoir toute une encyclopédie en trente volumes (13) énerver (13bis) être adoré.

09 décembre 2005

Il y avait Flickr pour les photos et maintenant il y a Pandora pour la musique. C'est une radio. Si vous ne saviez pas qu'il existait des radios sur le web, maintenant vousn le savez (jetez un coup d'oeil en LCD sur Ciscoradio) Mais grâce au miracle de la toile (...etc.) vous pouvez configurer cette radio pour qu'elle diffuse exclusivement la musique que vous aimez : il suffit de la guider (très simplement, en anglais, but nobody's perfect) Je viens d'y passer un moment. Ca marche très bien pour les variétés (anglo saxonnes), le jazz, beaucoup moins bien, voir pas du tout pour le classique. On ne peut pas tout avoir. Malgré tout, c'est assez bluffant, et, comme dit l'homme qui marche (un vrai "scout", celui là, un découvreur) assez addictif !

06 décembre 2005

Je relaie ici (c'est ça non, Internet ? une boite à relais, passe à ton voisin) la note de Pierre Assouline sur son blog, la "République des Livres", entré ce jour sur la Colonne de Droite (LCD pour les intimes) à propos des positions d'Alain Finkielkraut non pas sur ce que vous savez mais sur Internet. Allez donc d'abord faire un petit tour sur la "République des Livres" voir le dernier billet et revenez quand vous l'aurez lu. Ca y est ? bon. Ce matin donc, je découvrais la métaphore de Walter Benjamin sur la révolution (qui n'est pas la locomtive qui tire le train de la vie mais bien plutôt le signal d'alarme qui l'empêcherait de dérailler) en même temps que je me mettais, devant mon miroir de salle de bain, à réflechir sur le "donné" ( eh oui, tout ça dans ma salle de bain, à huit heure moins le quart du matin, heure propice au "Qui suis-je ? où vais-je ? Où cours-je ? Dans quel état j'erre ? et tout ça.) Le monde était-il bien "tel que je l'ai trouvé" ? comme disait L. Wittgenstein et aussitôt de courir le chercher en s'enfermant plusieurs mois dans une cabane dans les glaces désertes d'un fjord norvégien ? Est-il possible de nos jours de trouver le monde quelque part ? je veux dire de le trouver "tel que" ? C'est que, de plus en plus, "maîtres" que nous sommes, nous ne touchons plus le "donné" que par l'entremise de nos machines "esclaves", portatives (et même portables). Je n'en ai peut - être pas l'air, mais je tiens à ce que vous sachiez que suis capable de m'abîmer dans la contemplation d'un simple bouton "marche - arrêt". Je tiens que les boutons "marche - arrêt" sont la pierre de "touche" moderne de notre rapport au monde. De nos jours, le "donné" est devenu une "donnée" : au bout de nos doigts un bouton se presse et alors s'ouvre un monde de moins en moins impossible qui, pour n'en être pas "le" monde, n'en est pas moins votre écran d'ordinateur, par exemple...

03 décembre 2005

Au Pavillon bleu, 2






Par un matin de fin d'automne...

02 décembre 2005

"Animated knot" est un site de rêve pour ceux qui veulent tout savoir sur les noeuds sans oser le demander (via qui ? Geisha Asobi, evidemment !)

28 novembre 2005

Je le trouve très fort ce Felice Marini. J'irais bientôt visiter le MAC/VAL (voir le très joli compte-rendu sur blablablog)

27 novembre 2005

La faim




Le soir tombait, la neige poudrait de silence

Le village endormi. L'heure où la nuit commence
S'égrenait au clocher dressé vers les étoiles
Des nuages, la lune écartait le grand voile.
Tout était immobile sous les grands arbres blancs,
Seul, un prisonnier qui regagnait son camp
Comme honteux de troubler la nature figée,
D'un pas glissant foulait la neige immaculée...
Mais, dans le clair obscur des colonnes géantes
Il aperçut soudain, vision saisissante,
La Camarde debout sur ce décor d'ivoire
Où ses orbites creuses paraissaient plus noires
Près de la faux luisant d'un éclat irréel !
O Mort, s'écria-t-il si l'enfer éternel
T'envoie pour enlever les méchants de la Terre
Passe là ton chemin, échappé de la guerre
Je t'ai souvent frôlé, tu ne m'as pas voulu
Viendrais-tu me chercher quand la trêve est venue ?
Non ! Je sais ta douleur et ta désespérance
Et je veux de ton cœur ôter la souffrance.
Je puis sur ton désir faire devant tes yeux
Paraître les trésors des contes merveilleux
Veux-tu couvrir ton corps d'opale et de rubis ?
Veux-tu voir les palais des mille et une nuit ?
Veux-tu voir à tes pieds les plus belles sultanes ?
Les jardins où jamais les fleurs ne se fanent ?
Veux-tu voir tes parents réunis sous la lampe ?
Ta maison où déjà l'oiseau bâtit son nid ?
Dis moi ce que souhaite ton cœur qui frémit...
Et lui, devant ses yeux tout remplis d'espérances
Tendant ses pauvres bras dans son désir immense...
O Mort ! s'écria-t-il, au nom du Dieu vivant
Toi qui sais tout tirer des gouffres du néant
Dis moi ce qu'aujourd'hui je voudrais tant savoir...
Pour combien le seau ce soir ?


Robert Quelavoine, Riegelsberg, Noël 1940

26 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 94 : "Alors que les être et les choses témoignaient sans relâche de sa présence au monde et qu'il lui semblait, jour après jour, apprécier un peu mieux son sillage parmi eux, un homme découvre que tout ne répète plus, désormais, que sa propre absence. Quand, et comment, cette inversion s'est-elle opérée ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, et contre toute apparence, ce sentiment d'une perte est peut-être la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait à peu près rien vu jusque là, se dit-il. Et, à plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'il expérimente maintenant tous les jours : que la beauté, alors même qu'on la touche, et déchirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cette homme va, vient et se dépense sans compter." Marcel COhen, Faits. lecture courante à l'usage des grands débutants
Sereine jeunesse, 2




J'ai longtemps eu l'idée que mon père ne nous avait, à mon frère et à moi, transmis aucune de ses passions. Je crois bien que j'ai même du penser qu'il n'avait jamais eu de passion, dans sa vie. Je me souvenais trop de son goût pour la chose communisme et tout ce qui tournait autour, la lecture de l'huma, la fête du même nom, les copains, les manifs etc., que nous avions fini par prendre pour exclusif. Le communisme, chez les gens de l'âge de mon père, il a dépassé les 90 ans, était une passion qu'on ne soupçonne absolument plus. Non seulement le communisme, mais la politique en général, qui est maintenant pour ainsi dire affaire de quelques professionnels et même de quelques voyous (mon père aimait nous répéter "Si tu ne t'occupes pas de politique, c'est la politique qui s'occupera de toi" (à cette époque, "politique" ne signifiait qu'une seule chose : lutte des classes et lendemain qui chantaient) mais qui était encore, comme son étymologie l'indique, la chose de tout le monde. Il disait que "s'occuper" de politique - il n'en a jamais "fait" - était, ou devait être, de même ordre que la nourriture l'hygiène et l'amour. Il n'y avait que les gens de droite qui ne faisaient pas de politique. Ca ne faisait donc pas beaucoup de gens, dans son idée, tout juste quelques membres des "grandes familles"ou quelques valets du capitalisme plus ou moins débiles mentaux. Et le général de Gaulle, bien entendu. Le "peuple", comme lui, qui en faisait partie avec fierté, était forcément de gauche, même s'il ne le savait pas. Mais nous ne lui voyions aucune autre passion. Ou plutôt celle de la politique occultait tout. Mon père disait de la poésie, par exemple. Il la disait fort bien. Il s'était même produit sur une scène pendant la guerre à Lyon. Notre mère qui n'était encore qu'une de ses copines était dans la salle. Il avait à son répertoire une douzaines de poèmes, qu'il disait, par trois ou par quatre, à la fin des repas. Toute la famille était très fière de ce petit talent. Ce n'était pas de la très grande poésie, ce n'était pas du Verlaine ou du Rimbaud. C'était de bons rimeurs inconnus qu'il avait entendus au Stalag après qu'il eut été fait prisonnier avec tout son régiment (Il n'était pas caporal mais on l'avait épinglé deux fois quand il avait essayé de s'évader, il y réussira la troisième en volant un vélo et sprintant droit devant lui. C'est sa chanson de geste, il n'a jamais prétendu avoir été un héros, loin de là) Il avait rajouté quelques vers de mirliton un peu lestes qui faisaient leur petit effet. De la poésie populaire, à la limite de la chanson. Le plus connu des auteurs s'appelait Miguel Zamacoïs , un de ses poèmes les plus jolis était "Le ramasseur de mégots", mais la plupart avaient été écrits par un de ses copains de captivité, totalement autodidacte, qui s'appelait Robert Quelavoine, son copain Quelavoine. C'était des thèmes de guerre, des visions brumeuses et grises, sur les camps de prisonniers, leur vie quotidienne, la faim, le froid. "Pour Combien le seau ce soir ?"... Il fermait les yeux à demi, laissait le silence s'installer, un sourire lèvres fermées sur le visage, un tout petit claquement de langue, comme quand on déguste du vin, une lente et calme inspiration, satisfait de son auditoire attentif. Sa voix était claire et posée toujours, il déclamait plutôt, mais sans emphase, avec des chuintements étudiés et des silences appropriés. Toute une technique. Il nous charmait, modestes sous les applaudissements. Nous étions aux anges. Nous avions appris deux ou trois de ses poèmes inédits pour les compositions de récitations où là nous faisions carrément sensations devant les profs de Français. Premiers à tout les coups. Indélogeables. Modestes sous les lauriers. Notre fond de commerce. Ma mère et lui étaient des fanas du TNP. Ils ont vu tous les spectacles de Jean Vilar et même Gérard Philippe dans "Le cid" qui a fait on ne peut pas imaginer quel tabac, à cette époque. On ne peut plus imaginer : Corneille, un auteur populaire. Comme je vous le dis. Quand nous avons été assez grand ils nous ont emmenés nous aussi voir le TNP qui était dirigé par Georges Wilson, le papa de Lambert, qui avait été l'assistant de Vilar, nous avons nous aussi descendu les marches monumentales au milieu de la foule et au son des trompettes solennelles, pénétré dans la salle magnifique du Palais de Chaillot, ouverte sur l'immensité d'une scène sans rideau, nous avons nous aussi frémi à l'entrée de maître Puntila ou de la bonne âme du Se Tchuan. C'était un vrai champion de Ping-Pong. Champion de Seine et Oise 1936. Il nous avait transmis ce virus là aussi (comment ai-je pu l'oublier !) mon frère et moi, lui plus que moi devînmes d'assez bon pongistes à qui leur père mettait quand même 21 - 10 ou 12 jusqu'à la cinquantaine dépassée. A Villeneuve Saint Georges, il avait joué au Tennis, qui était beaucoup moins un sport de riches qu'on croyait, il avait été voir un match de Cochet qui avait remonté trois sets à je ne sais plus quel américain en coupe Davis. Il se souvient de la pluie de canotiers qui s'était abattue sur le court au moment de l'égalisation. Il a toujours eu bon coup de raquette mais son service est toujours resté son point faible. Ila appris le ski à plus de quarante ans, bien avant la flèche d'argent de mon frère, et a skié à plus de soixante dix. Sur beaucoup de points, il a été notre référence. J'ai déjà parlé de sa soif d'apprendre, lui qui n'avait que le certificat, de son admiration pour le savoir. Il était fasciné par la technique, mais pas du tout technicien. Il s'émerveillait. Avait une foi absolue dans le progrès de l'humanité. A la fin des années cinquante, il avait acheté une camera huit millimètres et filmé pratiquement toutes nos vacances, les sorties dans les bois au début du printemps, la construction de sa maison de campagne, la grande affaire de sa vie, à V., et les chutes de skis joyeuses aux sports d'hiver. Ses panoramiques ont toujours donnés le tournis et la vitesse de son montage à la prise de vue toujours été trop rapide, malgré ses efforts. C'est que la pellicule coûtait cher. Il fallait mettre le maximum sur les bobines de trois minutes. Nous adorions les projections du dimanche après midi sur l'écran déroulé entre le salon et la chambre à coucher des parents. Nous servions d'assistants projectionnistes et de réparateurs de bobines. "Lumière, lumière !" Mais nous étions devenus des virtuoses de la colleuse découpeuse à toute allure et à la lampe de poche pendant que notre mère faisait passer les jus de fruit sans même rallumer. Petit à petit, en grandissant, je passai directeur de la photographie, et c'est en toute confiance qu'il me prêta la caméra pour une superproduction au moins hollywoodienne sur la Patrie du Socialisme. Et pour l'heure, donc, le train arrivait en gare de Moscou, sa capitale.







25 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 93 : "Le cri, la voix participent de la nature de la semence. Laisser dit, plus que laisser écrit incite la mémoire des autres à perserver." Erri de luca, "En haut à gauche"

20 novembre 2005

Douze, 3


Deux pièces cuisine salle de bain placard. La cuisine est laquée rouge sang de boeuf. Le plafond aussi. Le couloir et l'appartement forment un "T". A gauche, les deux pièces en enfilade, avec la chambre au bout. A droite, la cuisine. Le couloir est aussi une pièce commune. Ils y ont installé le piano et une bibliothèque. Il faut quand même se faufiler. Les fenêtres du palier et du couloir donnent sur la même cour. Il n'y a pas de rideaux, on peut voir à l'intérieur jusqu'à la salle de bain qui occupe le milieu de la barre du "T". Un jour où ils sont enfermés dehors G., pour leur ouvrir, passe de la fenêtre du palier à celle du couloir qui était restée entrouverte à hauteur de cinq étages en un seul très beau geste de varapeur.

17 novembre 2005

Projet de roman fleuve perdu dans les marais, 1


Depuis qu'il s'est reveillé, il fixe les quatre chiffres luminescents qui semblent se déplacer dans le noir de la chambre. Dans le temps, il avait une vue perçante. Même encore maintenant, du lit, allongé sur le dos, il peut lire l'heure sur le cadran à l'autre bout de la pièce. C'est un de ces nouveaux tourne-disques qui ressemblent à des stations orbitales. Les deux points verticaux qui clignotent entre le 02 et le 37 battent plus lentement que son coeur. Le reste de la chambre, ou plutôt du bureau qui lui sert de chambre, est plongé dans un noir sidéral. C'est comme cela toutes les nuits. Pas un bruit. Il sent des mouvements dans son abdomen. Il a faim. Une faim de loup, à vrai dire. Il mangerait sur l'heure tout un immeuble. Cette faim l'étonne, lui qui ressemble maintenant tant à un oiseau déplumé. Il mange, il dévore, il engloutit les aliments et pourtant rien ne fait corps. A deux heures trente huit du matin il se sent parfaitement éveillé, les sens aiguisés. Parfois il se réveille plus tôt, vers minuit. Il se rendort toujours vers les cinq heures. Depuis quelques temps, il voit rarement la lumière. Il en se souvient plus très bien de la couleur du jour, mais cela ne le chagrine pas. Il a un peu de peine à se redresser. Tou le dos lui fait mal. Mais une fois que c'est fait, il peut faire jouer presque sans douleur toutes ses articulations. Il s'asseoit contre son oreiller et écoute le silence tout en continuant de fixer les quatre chiffres bleus. La nuit lui parle. Une rumeur continue roule au loin. Mais il est plus attentif à ses voix intérieures. Il attend encore pour allumer la lampe de chevet. Dans la pièce voisine, Hanna, la garde-malade (pourquoi "garde" et pourquoi "malade" ?) ne veille pas. Elle dort, calée dans le Voltaire qu'elle lui emprunte tous les soirs en arrivant. Il se sent bien. Sans cette satanée tendance à trop dormir - combien de temps dort-il par jour ? 17 ou 18 heures ?- il se sentirait très bien. Il pense que cela fait au moins vingt ans qu'il ne s'est pas senti aussi bien. Il se sent léger comme l'air, léger comme une volute de fumée. Il pense aussi qu'il devrait être mort. Comment ne pas penser à la mort à 113 ans ? Il y pense toutes les nuits au sortir des limbes. Il pense que petit à petit - mais à quelle vitesse ? - ses périodes de veilles rétréciront jusqu'à ne plus permettre à une pensée même simple de se formuler jusqu'au bout, et qu'il ne se reveillera plus, les nuits succèdant aux nuits jusqu'à la fin des temps. Alors on tirera le rideau. Il éprouve la faiblesse de ses muscles et la raideur de ses articulations. Il y a encore dix ans, tout cela lui faisait très mal. Le moindre mouvement provoquait en lui une série infinie de douleurs en chaînes pareille aux vagues par grand vent. Maintenant plus rien. Mais il ne bouge plus beaucoup. Il se déplace un peu dans la chambre, un peu moins dans l'appartement,
qui est grand. Il explore les couloirs la nuit, observe les raies de lumière sous les portes, écoute la musique ou les voix de la télé (Depuis quand n'en a-t-il pas fait complètement le tour ? Il aime imaginer tomber, au hasard de ses explorations, en dans une chambre sans frapper, sur une jeune fille, une de ses descendantes, lisant dans son lit les mémoires qu'il avait publiées il y a vingt cinq ans et levant sur lui des yeux étonnés. Mais il ne le fait pas. Il n'entre jamais sans frapper. Ses petits enfants, des personnes âgées déjà, ont bien leur propres soucis, il sait ce que c'est, et puis ses arrières petits enfants et toute sa famille se sont depuis deux génération égayés dans des pièces dont il n'a plus tout à fait le souvenir). Quand au dehors, les promenades à petits pas, c'est une ou deux fois par an, moins maintenant, peut-être. A quoi bon ? tout a tellement changé. Il ne reconnaîtrait même plus le coin de sa rue. Et puis sortir à deux heures et demie du matin, quel intérêt ? Il attend donc qu'Hanna se reveille et lui apporte son déjeuner. Il a envie de gratin daufinois bien gratiné dans un grand plat très chaud. Il se brûlerait le palais. Il croise les doigts sur son estomac qui fait des bonds (il aime sentir ses organes bouger et ne peut retenir le filet de salive qui s'insinue entre ses lèvres).


(On dira qu'il est né vers 1892. Il aura 113 ans. Il sera dans une forme physique et intellectuelle hors du commun. . Il se plongera dans ses souvenirs, entre les bras du passé. Ce sera un passé plein et des souvenirs précis. Il aura connu des centaines d'hommes et de femmes, il aura été témoin de presque tous les évènements qui ont marqué le monde. Il n'aura été ni un homme politique, ni un ambassadeur ni un haut fonctionnaire, encore moins un espion ni un grand reporter. Il aurait eu ce qu'on peut appeler une chance incroyable. Etre toujours là au bon moment avec la bonne personne. Magnifiquement doué pour les confidences, magicien des relations humaines. Il n'aura laissé absolument aucune trace dans l'histoire. Aucun homme ou femme célèbre ne l'aura mentionné dans ses mémoires, aucun biographe ne lui aura prêté attention. Il parlera plus d'une dizaine de langues dont plusieurs d'Europe centrale, etc. )

14 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 92 "(é)cri(re) l'imite la casse du cri", Mathias Lair, Inzeste

13 novembre 2005

Avant première. Le désordre nouveau est arrivé. Il y a décidément du Christian Boltanski chez Philippe de Jonckheere ! "C'est ce qui m'a fait" disait Sartre dans "Les Mots". Il y a aussi assez d'acharnement en lui pour le dire. Chapeau.

12 novembre 2005

Un Haiku par bain, 26



Un instant, fracas :
Newton attaque Archimède.
Et puis rien. Je flotte.

11 novembre 2005

Jusqu'à la fin des temps





Cherruthuruti, Kerala, Inde, décembre 1999, au bord du fleuve,

10 novembre 2005

"Trois jours avec ma mère" est un bon petit roman qui ne mérite pas de distinction particulière. Mais "Salomé" ne pouvait décidément pas être primé vu qu'il était écrit depuis plus de trente ans. Le fond de tiroir est bien meilleur que l'angoisse de la page blanche en abyme. J'ai beaucoup aimé "Salome" malgré - à cause - de ses tics perisoixanhuitards. C'était comme un réactivation (ce mot laid fait partie du vocabulaire médical) de mes enthousiasmes pour "Le Pitre", l'ex-premier roman désopilant de François Weyergans (dont je lis systématiquement tous les livres, ce qui ne fait au fond que 10, en pratiquement toute une vie de lecteur) Mais qu'attend-t-on pour le rééditer en poche ? Mon exemplaire original a semble-t-il été perdu dans un déménagement (ou dans un autodafé avec plein d'autres - oui dans un autodafe, un vrai feu, pas purificateur du tout, j'en parlerai peut-être un jour, c'est la plus grande honte de ma vie, ce ne sera pas si facile) Ce n'est pas que je tienne François Weyergans (Weyergraf, comme il se nomme lui même) pour un génie littéraire, mais je trouve qu'il représente, assez parfaitement, avec tous ses défauts et même ceux de ses qualités, les hommes de ma génération en particulier - j'ai eu moi aussi mon Grand Vizir, je ne m'en plains pas plus que François - et les graphomanes en général. Les jeunes, eux, le trouvent insignifiant. C'est pour cela qu'il a droit à toute mon affection. ( la rubrique "j'ai lu" est en panne depuis deux mois, je caresse parfois l'idée impérative de la mettre à jour, un de ces jours...)

06 novembre 2005

J'entre à l'aéroport de Juvisy. Je prends un billet pour le Costa Rica. L'avion arrive immédiatement. Dans l'image suivante, je suis au Costa Rica. C'est jour de match. Tout le monde est au stade. C'est complètement désert. Pas âme qui vive. la ville s'arrête net sur un paysage d'une beauté incroyable. Quelle campagne ! De vertes pelouses, un grand étang calme sur lequel on donne un cours de chasse au canard. on fait s'agiter sur l'eau des appâts en plastique avec un jeu compliqués de ficelles et de poulies suspendues au-dessus de l'eau. C'est toute une technique. Je contemple tout cela d'une petite colline. La perspective est sublime. Mon regard opère un panoramique de droite à gauche. Un fleuve dont les méandres luisent sous les éclats du soleil serpente dans une verte vallée à perte de vue. Au fond, des sommets enneigés vertigineux dans une lumière de fin d'après midi. Zoom in sur les sommets, puis zoom out. Je m'aperçois que la colline qui me sert d'observatoire et elle aussi enneigée. C'est de la neige lourde de printemps, de couleur un peu terreuse. Mon regard continue le pano vers la gauche. Un grand bloc de montagne se détache sans bruit juste en contre bas, en avant de la colline. tout un pan du paysage s'effondre et s'engloutit sans bruit, puis toute l'image se met à fondre. Je me reveille. Ce n'est pas du tout un cauchemar.

04 novembre 2005

Un petit tour chez le monstre ?
Incroyable mais vrai. Voici un lien surréaliste pour apprendre à votre grand mère, même plutôt votre arrière grand mère ou autre Jacques Chirac, les joies du double cliquage, du mulot, et des usages basiques de l'ordinateur. Beware ! uniquement pour les grands mères anglophones ! Mais même si vous n'êtes pas grand mère, rien que l'accent de la jolie demoiselle devrait vous séduire. J'ai moi même suivi le tutoriel jusqu'au bout ! On dirait qu'elle parle anglais juste pour que vous puissiez la conprendre, vous tout seul. Kitsch en diable, incroyablement bien fait et so british. Un monument d' humour anglais, même si c'est un peu long à télécharger ! (via mes lubies)

01 novembre 2005

Pensée de la nuit N° 91 : "Parmi nos articles de quincaillerie nous recommandons notre robinet qui s'arrête de goutter quand on ne l'écoute pas" (Marcel Duchamp)

31 octobre 2005

Halloween, "Dayly dose" ne met pas ses photos sur Flickr. Elle a raison, c'est une très grande photographe (thanks to JR)
Selon le compteur de "Blogger", ceci est la huit centième entrée de CISCOBLOG. Bon anniversaire à toutes les entrées ! (en général, je n'ai rien contre le franglais, mais le mot "post" est vraiment détestable dans notre langue : son manque d"e"final en fait une syllabe totalement dénuée de douceur)

30 octobre 2005

Aujourd'hui, changement d'heure. Vers cinq heures tout s'assombrit. C'est pourtant un jour où on aurait voulu retenir la lumière. C'est peut être le dernier Dimanche d'un été indien qui ne veut pas mourir. C'est un jour de fête. C'est un spectacle qui s'achève, un baisser de rideau. On dirait que personne ne veut manquer ça. La ville resplendit, sereine et sûre d'elle. Il y a comme une gravité dans l'air, une plénitude. Paris tout entier est dehors. Sur le boulevard Saint Michel, comme à la "passagietta", Les filles aux épaules nues toisent les garçons en bras de chemise. Et la ville est comme ces filles qui passent. La ville se caresse des yeux, fait mine de s'offrir aux passants. La terrasse du "Rostand" est bondée. Le ciel est rose au-dessus des grilles du Luxembourg. "Le soleil majestueux de l' automne jette ses derniers feux", dit la phrase consacrée. Quels feux ! On en redemande, on crie "bis !", "Encore, encore !" On s'installe aux terrasses pour jouir du spectacle . En sirotant mon Coca et emplissant mes yeux du spectacle des gens qui passent, je ressens cette étrange étreinte au fond de moi, qui, selon Clément Rosset, est le signe imminent de l'irruption du réel. Nathan me dit qu'il ne pourrait pas vivre ailleurs que dans une grande ville, à cause du monde dans les rues. Il veut voir la beauté en marche. Vivre sensuellement la ville. Au coin de la rue, l'aventure. La ville lui procure un sentiment océanique. C'est vrai, c'est la multitude agitée qui nous exalte. On n'aspire pas au calme quand on a dix huit ans.




Au café "La Bourgogne"

27 octobre 2005

C'est un de ces jours où la tiédeur de l'air vous donne pour la première fois de l'année la certitude que le printemps est arrivé. C'est une nuit à jeter votre veste sur l'épaule. C'est une nuit de mai. La ville est déserte et noire. Je ne sais plus pourquoi, je me retrouve sur le pont. Dix mètres sous moi, la Seine roule des eaux noires. Il neige. Mais ce n'est pas possible qu'il neige, il fait chaud. Ce sont des pétales de fleur. Des centaines de milliers de pétales de cerisier virevoltent dans l'air. Ils ne tombent pas dans le fleuve. Ils en émergent. Il y a un brouillard, une fumée, qui s'élève au dessus de l'eau, lentement, comme une aube. C'est un étrange phénomène, les pétales ne chutent pas, ils montent. On s'aperçoit même que ce tourbillon, qu'irise la lumière rosée des révèrbères, naît du fleuve. Le pont et les quais commencent à se couvrir d'un fin linceul blanc. Sous mes pieds, les pétales crissent, ils se posent sur mes vêtements, sur mon visage. Ma main les chasse. Deux ou trois me collent aux doigts. Je les regarde. Les pétales ont des pattes. De fines pattes de moustiques. Les pétales sont des ailes. Le tapis blanc que mes pas écrasent est fait de millions d'insectes tombés sur le pavé. Et il en tombe encore et encore, les uns après les autres, comme des flocons déposés par la brise. De l'eau, il en émerge sans cesse. A chaque instant, il en naît une infinité, puis une autre à la seconde suivante. Ce sont comme des successions de nappes vaporeuses. Chacune de ces éclosions, s'élance comme un jet au dessus du pont qui retombe lentement, inexorablement, sur les pavés des quais. Ce n'est pas la brise qui remue le tapis blanc : si je me penche, je peux voir les pattes entremêlées qui s'agitent, les ailes qui battent encore faiblement, la bousculade des corps qui se tordent. Ce sont des éphémères. Ils se précipitent, ils se pressent. Ils se jettent les uns sur les autres, Ils viennet de naître et aussitôt ils meurent. On dit qu'entre temps, dans un souffle d'air, ils se sont accouplés. La corruption s'installe dès la naissance. Le tapis se transforme vite en bouillie grise, plus dense que la boue. C'est une nuit de mort. L'air est incroyablement doux.

26 octobre 2005

Marronnier *





*A vrai dire, je ne sais pas s'il y a un marronnier sur cette photo, peut-être y en a-t-il un au fond, en arrière plan, mais c'est plutôt parce que je sais qu'au Luxembourg, il y a des marronniers pas loin de cet endroit. Le titre de la notule veut seulement dire qu'il s'agit d'un sujet de saison. Dans la presse, on appelle "marronnier" un sujet qui revient périodoquement et qui n'est un évènement que parce qu'il revient : la rentrée des classes, les grands magasins à Noël, Les embouteillages du 31 juillet, etc. (cf le TLFI : "le premier marchand de marrons, les crêpes de la Chandeleur, le bouquet de violettes sur la tombe de Musset, sont des marronniers (COSTON, A.B.C. journ., 1952, p.196)". Bref, un marronnier c'est un non évenement par excellence. Ca tombe bien, il n'y a aucun évenement ni marchand de marron dans cette photo, qui n'est rien d'autre que de saison. Je m'en serais juste voulu de ne pas l'avoir faite. Voilà, c'est fait et dit, mais je me demande tout de même, comme disent Enstein et Magritte réunis, si tout évènement n'est pas un marronnier et si toute image n'est pas une pipe...

24 octobre 2005

Pensée de la nuit N°90

"Je suis athée (au sens où je ne crois pas à l'existence d'un pouvoir surnaturel dans l'Univers), mais je considère que les croyants créent leur Dieu en y croyant, et que cette forme d'existence (analogue à l'existence des personnages d'un roman), si elle n'est pas scientifique (ou physique, en tout cas pas matérielle) n'est pas pour autant inférieure ou illusoire : le Bien et le Juste sont aussi des créations humaines (selon moi ou selon tout matérialiste) et ce ne sont pas pour autant des créations mineures. Si, comme l'a suggéré Nietzsche, Dieu est mort et c'est nous qui L'avons tué, alors sans doute chacun d'entre nous a le pouvoir de le ressusciter ou de le faire naître. L'erreur serait de se dire que, parce que ce Dieu est issu de notre croyance, il est illusion, il est fantasme, il est un faux dieu. Au contraire : parce qu'Il est issu de la croyance de celui qui croit en Lui, Il est réel, Il est tout-puissant — celui qui ne croit pas ça ne Lui donne pas vraiment naissance". (David Madore, blog)