Chez Norwich, une excellente idée : "Dans la guerre", un journal de journaux à plusieurs voix
« Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal
30 avril 2010
je crois bien que la chose la plus intelligente dite sur le nuage de cendres volcaniques est cette superbe phrase d'Éric Chevillard, qui est l'une des trois huit cent quatre-vingthuitèmes notules de l'"Autofictif" : "Le volcan islandais Eylafjallajökull a craché dans le ciel au-dessus de l'Europe un obscure et impénétrable nuage de voyelles et de consonnes". Ce sera d'ailleurs notre Pensée de la nuit N°168
26 avril 2010
Je resterai un indécrottable citadin à la campagne. Je m'émerveillerai béatement de tout, je le dirai sans honte. Pour la première fois depuis mon enfance, j'ai assisté - peut-être heure par heure - dans un bonheur jubilatoire, extatique pour un peu - encore ce foutu syndrome de Stendhal - à l'arrivée du printemps. Je l'ai guettée, l'ai observée, en ai mesuré minutieusement la progression, j'ai suivi l'éclosion des bourgeons et le retour des arbres, la majestueuse transformation des couleurs et la montée drue des herbes dans les champs. Je suis à l'âge exact où le désir n'est plus de dominer la nature, de la plier devant soi, de l'écarter de son chemin, mais au contraire de s'y soumettre, de la laisser pénétrer, nous inonder de sa splendeur de tous les jours, de l'accueillir comme une consolation. Il existe, au sud de Cahors, entre la vallée du Lot et celle du Tarn, un bout de région très peu connu et pourtant véritablement béni des dieux. Ce sont quelques lanières de vallées au milieu desquels coulent des rivières. Elles serpentent entre des collines peu élevées dont la fruste végétation et les pierres blanches parfois apparentes sont des repentirs des Causses encore proche. Elles irriguent des prés, des bouquets de saules, des forêts ordonnées d'arbres fruitiers et de longues bandes de vignes. Mais ce sont surtout les champs, qui dans de savants jeux de lignes obliques et pentues tentent de submerger les collines comme le feraient les vagues des rochers dans la mer, ne parvenant jamais à les recouvrir en entier. On dit qu'ici tout pousse. On pose une graine sur le terre et voilà qu'elle devient un melon, une fleur, un prunier, un hêtre ou un champ de tournesols. Dans chaque vallée, la route suit le lit de la rivière : Séounes, Grande et petite Barguelone, Tartuguier, Lendou. Les fermes, riches bâtisses blanches aux toits pointus, aux pigeonniers rectangulaires, qui se prennent toutes pour des châteaux forts, nichées aux épaules des collines, alternent avec des bastides, des villages perchés, de minuscules églises toutes blanches ou des manoirs escortés de cyprès ou de fusains. De partout partent des chemins qu'on voit se perdre au bout de trois lacets, coupant à travers champs vers des demeures secrètes ou à la recherche d'un passage vers une autre vallée. Dans quelques mois ce paysage, balayé par le vent brûlant d'Autan, prendra des allures de fournaise, mais pour l'instant des sources bruissent partout. En quittant Cahors, la route tourne et vire à travers un maquis calcaire et monotone, déjà brûlé par le soleil, à peine rescapé du dernier été, où au fond de vallons obscurs se chasse le sanglier et où seules les vignes rappellent que la main de l'homme ici posa le pied, comme dit le capitaine Haddock. Avant d'arriver à mi chemin, au sortir de ces défilés un peu âpres, la vallée s'ouvre comme une corolle vers Saint Pantaléon, où les prés et les bois s'élargissent en une lumineuse respiration. La route souffle, ondule en deux ou trois virages larges. Alors que se profile au loin, le fier donjon de Montcuq, on dépasse sur la droite Saint Daunes, tout blanc, groupé autour de sa minuscule église à mur-clocher. C'est alors une longue ligne droite, entre champs et coteau, propice à de jubilatoires accélérations dont on se gave avant l'arrivée des mobil-homes hollandais qui se glisseront partout sous peu, à ce qu'on nous a dit. La vallée s'élargit encore, multipliant les plans étagés et les perspectives. Au creux de deux collines, se profile déjà l'Eglise de Sainte Juliette, terme de notre voyage. Sur une butte ravissante, la ferme des Tulliés surplombe les champs à travers lequels nous nous engageons maintenant. Nous franchissons la rivière sur un petit pont, la ferme blanche ne se voit pas de la route, bien à l'abri dans le bosquet qui lui fera de l'ombre au temps des fortes chaleurs. Un chemin de gravier, des granges, des hangars, des machines agricoles et, face à l'étendue des champs, au pied des premières pentes de la colline, vous voici arrivés chez nous.
22 avril 2010
Grâce à ce très sympathique site, je sais désormais comment on appelle ces étranges objets : des machines de Rube Goldberg, celle ci est une version longue- très sophistiquée - d'une pub pour Honda, vous pouvez voire plein d'autres machines de Rube Goldberg en cliquant sur le lien ci-dessus.
10 avril 2010
07 avril 2010
31 mars 2010
29 mars 2010
J'aurais une sorte de don pour le déracinement. Ou plutôt non, pour l'enracinement. Comme les arbres. Enfin, ça me plairait. Je me suis trouvé bien partout où je me suis établi, même dans les plus sinistres banlieues. J'ai toujours envie de prendre racine, où que je me trouve. Il faut que j'apprenne vite les noms des rivières, des villages, des rues, des montagnes, des cafés. Chaque lieu où j'ai vécu, ou j'ai passé plus de quelques jours et que j'ai quitté reste pour moi une mère patrie à tout jamais. J'ai toujours eu la nostalgie des lieux. Je me fais l'effet du petit bout de scotch qui colle aux doigts et qu'on secoue pour le faire partir. J'ai la mémoire adhésive. Je n'en suis pas plus fier que ça. Cela me vient probablement de mes parents qui ont chacun été chassés de chez eux, jetés sur les routes, qui ont connu l'exode. Cela me vient de mes ancêtres voyageurs qui essaimaient comme ces graines ailées, ces graines d'érable, je crois, ou peut-être de platane (mais il me sembles que celles là avait plutôt la forme de pompons) ingénieuses merveilles de la nature qu'on voyait, sous les ramées, descendre lentement vers le sol, au gré de la brise, bien droites, minuscules machines de Léonard de Vinci qu'on aurait aussi bien pu prendre de loin pour des insectes au vol un peu lourd, et atterrir en douceur et au petit bonheur sur le gravier des allés ou les pelouses du jardin du Luxembourg de notre enfance. Hélicoptères à usage unique, puisqu'elle n'auraient su remonter à leur branche, elles s'entassaient alors comme des éphémères et nous les ramassions pour nous en faire des pince nez après les avoir ouvertes en deux, ce qui nous faisaient de petites cornes de rhinocéros ailé du plus bel effet. Telles sont les pensées et souvenirs vagues qui me traversent en ce jour radieux du printemps, arpentant pour la vingt cinquième fois, peut-être, depuis que je suis là, la rue du Président Wilson, qui mène du pont Valentré, proche de l'hôpital, au boulevard Gambetta, seule artère de cette préfecture véritablement digne de ce nom. "Ce sont des réflexions qu'on se fait quand on marche - comme sans y penser, ou plutôt au gré de ce soliloque intérieur que se tiennent les marcheurs, et qui est à la pensée ce que le grommellement est à la pensée éloquente" dit Olivier Rollin. C'est parfaitement dit. Je viens de tourner le coin de la rue Pierre Bourthoumieux, qui mène à la gare, si je regardais derrière moi (mais j'attendrai le retour, tout à l'heure, pour y faire face) je pourrais voir le pont en enfilade, avec ses voûtes ses escaliers et ses tourelles carrées à toits pointus, étrangement surmonté, mais un peu en retrait, dans le sens de l'eau, d'un gigantesque viaduc autoroutier, aérien, nébuleux, où glissent des poids lourds petits comme des Dinkie Toys, qui semble survoler les berges escarpées de la rivière, collines, qu'on nomme ici Cévennes, peuplées d'arbres noirs et de rocailles, faisant se percuter les époques, moyen âge et modernité, dans un audacieux mais assez beau - disons-le - raccourci. Au coin d'en face se tient "Le Méphisto", sympathique cantine de midi dont la terrasse et les quatre ou cinq tables à nappes à carreaux sont, à cette heure, prises d'assaut sous les regards vitreux d'animaux en papier mâché qui ont été installés au fenêtres, cochons roses, ânes rigolards, coqs, vaches normandes, donnant à l'ensemble un air de douce dinguerie et de troisième mi-temps de rugby - il paraît que le patron, quand il juge l'ambiance assez bonne, accompagne le service au clairon. Je longe la façade austère de l'hôpital avec son porche d'entrée surmonté d'un toit d'ardoise, donnant à l'intérieur sur une vaste esplanade pour l'instant livrée aux grues et autres machines de BTP qui ajouteront sans doute un nouveau style au mélimélo architectural actuel. Je passe devant la poste, après avoir dépassé, sur le trottoir d'en face, la trésorerie générale, le siège de la radio locale et de cossus cabinets d'avocats, de médecins spécialistes, avec des cours plantées d'arbres vénérables sous lesquels attendent de gros 4X4 noirs aux formes de corbillard et autres voitures de luxe, derrières de lourds portails en fer forgé. Ici s'abouchent de ces rues bourgeoises et calmes, bordées des maison sans style, ni belle ni laides, comme on en voit dans toutes les villes de province. Je ralentis le pas, comme à chaque passage, devant la grille d'un mystérieux jardin, carrée minéral et végétal, désert et silencieux, où personne ne se promène jamais, ne servant probablement qu'à agrémenter la vue de l'intérieur du bâtiment où il est enchâssé, au dessus duquel la fine tour-clocher du collège des Jésuites, ajourée, surmontée d'une élégante lanterne sert de fanal aux alentours. Des personnalités aussi diverses que Fénelon, Léon Gambetta et Fabien Galthier y ont paraît-il usé leurs fonds de culotte témoignant, si c'était nécessaire, du bon aloi culturel de la ville. A partie de là et sur les cinquante derniers mètres, la rue est bordée des deux côtés par des vitrines et des officines : agences immobilières, fringues, chaussures, fleuriste chic, pharmacie. Je débouche sur le boulevard aux deux rangées de platanes encore nus qui descend en pente douce vers la rivière qui est loin d'ici et sépare la ville en deux. De l'autre côté commence l'enchevêtrement des ruelles moyenâgeuses, mais ce sera pour une autre promenade, une autre fois. Je remonte le boulevard un peu vers la gauche pour entrer au café l'"Interlude" qui est mon nouveau poste d'observation. Je suis tombé dessus dès le premier jour, comme attiré par un tropisme intime. C'est un café comme je les aime, ni trop rade ni trop luxe, avec de grands miroirs un peu piqués, des appliques lumineuses discrètement art nouveau sur des murs cramoisis, avec, accoudés au zinc, des habitués que ne renierait pas Jean Marie Gourio, qui se chambrent et ne parlent que rugby et, dans la salle - quelques banquettes recouvertes de moleskine noire très fatiguée tout à fait à mon goût - des citadins qui ont fini les courses ou des employés cravatés. Sur le large trottoir, une terrasse couverte aux tables et fauteuils en osier fin prêts pour les beaux jours qui ne sauraient tarder accueille quelques courageux optimistes. Le patron, Michel - tous les patrons de bar s'appellent Michel - est un sympathique barbu qui m'a adopté dès le début. Naturellement nous n'échangeons pas plus de trois phrases. Le café est excellent. Pierre Pachet, dans "L'œuvre des jours" : "C'est du hasard que naissent les pensées. Ce qui donne les pensées et ce qui donne accès au hasard, c’est la promenade, la lecture, la vaisselle ou le balayage, les mots croisés. La promenade en particulier, parce qu’elle vous prive des moyens d’écrire". Il oublie les cafés et leur brouhaha de la vie... où on peut écrire. Et voilà que, "ménagé", comme dit Heidegger, à "l'abri de la pluie et du vent" - Heidegger est bien un nordique, il n'imaginerait jamais que le soleil brûle au point qu'on ait besoin de s'en mettre à l'abri - j'aime beaucoup le terme de "ménagé", au café je me sens "ménagé", exactement - voilà que je me souviens de tous les cafés de ma vie : mes premiers cafés, ceux de mon adolescence, où je me j'ai mis de longs mois (de longues années ?) le nez collé à la vitre derrière laquelle des hommes jouaient au flipper, avant de me décider à entrer, persuadé que mon absence de poil au menton m'aurait fait foutre dehors, c'était rue Saint Jacques, je ne souviens plus du nom du rade, à côté de l'Institut Océanographique, sur le chemin du Lycée (il n'existe plus, j'ai vérifié il n'y a pas si longtemps) les deux cafés du Boulmich, près de chez nous où j'ai effectivement appris à jouer au flipper (mais apprend-t-on à jouer au flipper ? C'est un peu comme apprendre à jouer aux jeux de casino) le "Luco" au coin de la rue de l'Abbé de l'Épée, le "Val de Grâce" au coin de la rue du Val de Grâce, mais aussi le "Balto" un peu plus loin, place Denfert Rochereau, moins souvent, mais où j'ai certainement croisé sans le savoir Jean Michel Guénassia et son club d'incorrigibles optimistes, "Les Quatre sergents", rue Descartes, derrière le Lycée où nous nous retrouvions illicitement pendant les cours de gym (là, je me vente un peu), Le "Maheu" et le "Capoulade" en bas de la rue Soufflot où je ne jouais pas au flipper; puis le café" des Facultés" qui comme son nom l'indique était coincé entre les deux parties du bâtiment universitaire du CHU Pitié Salpêtrière où j'ai, moi, usé mes fonds de culotte avant et après 68, où j'ai joué au flipper "jusqu'au bout de la nuit" comme disait une pub de marque de bière de l'époque ; et le "Rostand" rue Médicis où Jean Eustache a tourné "La maman et la putain", qui est resté le café de mon cœur à tout jamais, où je ne suis jamais resté plus d'un mois de toute ma vie sans y entrer au moins une fois, parole d'honneur ; et la "Gentilhommière", au coin de la rue Saint André des arts, le café "Procope", le plus ancien de Paris, celui du neveu de Diderot, qui existait encore et n'était pas encore un resto à touristes mais qui était déjà chic, La Bûcherie sur le quai en face de Notre dame, avec une vraie cheminée l'hiver où j'ai donné rendez-vous à mes amoureuses ; Le "Normal Bar" au bout de la rue des Feuillantines où j'attendais les copains (n'existe plus non plus) ; et la vie qui passe, le "Cactus" au coin de la rue Jonquoy et de la rue des Suisses au temps du quatorzième héroïque, le "Tholozé" au coin de la rue Lepic et de la rue Tholozé en face du théâtre du Tertre ; un petit café sans nom sinon "café", tout en bois, dans le village d'Hauteluce en Savoie, tenu par deux paysannes octogénaires vêtues de noir qui depuis longtemps était déjà d'un autre âge ; et puis le "Café Crème" à Gentilly dont le patron s'appelait Michel ; et le "Café de la Mairie", place de la mairie à Corbeil-Essonnes et le "Bellevue" au bout du pont de l'armée Paton, d'où la vue sur la Seine et les Grands Moulins est imprenable ; et la vie qui file, j'en oublie sans doute, la cafétaria de l'hôpital Gilles de Corbeil qui répondait à tout les critères du café sans en être vraiment un et qui était quand même un endroit chaleureux (personne ne me croit) ; et tout ceux du vaste monde, "U dvu Kotchu", aux deux chats, à Prague sur cette petite place de la vieille ville, derrière Notre Dame de Tyn, avec un orchestre de jazz pour les jours gais, et le grand café "Mucha" pour les jours tristes ; chez "Trelli's", Roosevelt Island, NY, où nous buvions des floats et où je sais que je retournerai un jour ; et le café misérable au bord de la jungle, à Cherruthurutti, Kérala, avec le patron qui avait un balai de poils dans chaque oreille, où Malik m'entraînait boire des thés au lait brûlants dans des tasses douteuses avec la peau du lait qui me donnait des nausées tous les matins, où je sais que je ne retournerai jamais, mais qui me manque tous les jours ; et la vie qui virevolte et me prend sur son dos.
23 mars 2010
Comme je l'ai déjà dit, je commence à comprendre comment naviguer avec Twitter à travers les listes et les retweets, entre autre. Jusque là, et vous avez pu le constater vous mêmes, je ne l'avais utilisé que de manière particulièrement restreinte, ne considérant que son côté "microblogging", j'en avais fait une sorte de tout petit frère de Ciscoblog. Je ne l'utilisai qu'à un très très faible pourcentage de ses possibilités, aussi faible qu'on dit que l'espèce humaine utilise son cerveau. Je crois qu'on peut affirmer qu'on surf de nos jours dans twitter come on surfait il y a dix ans sur le Web lui-même. Twitter recolore le Web, Twitter est le véritable Web2 dont on nous rebat les oreilles. Twitter est un nouvel internet à l'intérieur du vieux. Pas que lui d'ailleurs, Facebook essaye d'en faire autant (et peut être aussi Myspace et d'autres que je ne connais pas) mais facebook "ferme", alors que Twitter "ouvre". Facebook regroupe dans une communauté en théorie toujours en expension (mais pas en pratique), Facebook "replie", alors que Twitter "deplie", ouvrant sur un océan d'information. Utiliser Twitter c'est prendre un coup de jeune. Ainsi, je me suis mis à trouver en quelques clics tout un tas de nouveaux sites interessants sur lequels ni le Web traditionnel, ni Facebook ne m'auraient conduit, je crois. En tout cas pas aussi facilement à l'aventure ou au petit bonheur la chance, comme au bon vieux temps de l'eclosion du web. Qu'on ne s'y trompe pas : les sites qu'on trouve sur Twitter sont bien évidemment les mêmes que sur le Web (et même les mêmes que sur Facebook) c'est la façon dont le réseau nous y donne accès ou nous invite à les visiter qui fait la différence. Mais baste sur ce sujet. tout ça pour vous dire que si le coeur vous en dit vous pouvez vous rendre sur ce site littéraire très érudit et très passionnant, proche de mes préoccupations et rêveries du moment, où un petit surf sur Twitter m'a conduit (voir en bout de liste sur la LCD)
21 mars 2010
19 mars 2010
J'avais perdu ce lien, 'Kill me sarah', il y a des années. Je viens de le retrouver par hasard grâce à la liste Twitter de JR (merci, JR!) Il s'est considérablement bonifié! (et hop direct en LCD)
17 mars 2010
"My Way", Tel est le titre des ingénieuses représentations mentales en forme de plans de Christoph Niemann, artiste new-yorkais, j'aime aussi beaucoup ses impressions fugitives de la ville en légo (via Mnémoglyphes)
16 mars 2010
Nous voyageons beaucoup en train par les temps qui courent, enfin, plus qu'avant. Des weekends à Paris, à Lyon, à Toulouse, un peu plus d'une fois par mois. J'adore ces longues heures dans les limbes. J'y prévois toujours des révisions et des rattrapages. C'est là que je peux m'adonner sans remords à la lecture de tout "le Monde", de la première à la dernière page, de toute "l'Équipe" de la dernière à la première, accélérer la progression dans un livre que je n'arrivais pas à terminer, où dans lequel j'avais du mal à entrer, c'est selon, prendre des notes, relire mes carnets, ce que je n'ai jamais le temps de faire ailleurs, préparer des posts pour Ciscoblog, composer un ou deux vers dans ma tête, etc. Ce soir, je prends le transsibérien. Je vois les choses en grand. N'en déplaise à sa prose, à la petite Jehane et à Blaise, je prend le transsibérien! Je suis de garde à l'hôpital, justement ça tombe bien. Je pars pour Vladivostok, via Irkoutsk, Novosibirsk Krasnoïark et le lac Baïkal. On n'arrête pas le progrès, nom d'une pipe en bois! Je vais pouvoir me livrer aux inversions et aux transmutations que j'adore : Ce ne sera plus moi qui comblerai le temps du voyage pas des des lectures ou des jeux de l'esprit rêveurs mais le voyage lui même qui viendra me distraire dans la chambrette immobile et rêveuse où je tape ces lignes. Voici donc maintenant que Google Maps propose un voyage virtuel en transsibérien, en temps réel, 150 heures de video avec bruit des rails en fond sonore, lecture de "Guerre et Paix" ou des "Ames Mortes" en VO et au choix, cartographie instantanée et ballades à pied des environs des gares visitées. Champagne!
Des livres vous accompagnent toute une vie, des fanaux, des étoiles brillantes. Ils sont là, foule bienveillante, sereins, sur les rayons de votre bibliothèque. Parfois votre regard croise le leur et ils nous font un petit signe qui veut dire "je ne vous oublie pas". Vous les avez déjà relu ou vous les relirez, ils ne sont pas pressés, ils n'ont jamais de fourmis dans les pages. Mais il y a aussi les écrivains qui vous accompagnent toute une vie. Des compagnons, des amis, sans galvaudage. Pour moi, ils ne sont pas si nombreux, un petite troupe, à qui je suis fidèle. Ce sont ceux qui ont à peu près mon âge, à plus ou moins dix ans près, que je lis depuis leurs débuts, ou depuis que le m'intéresse à la littérature. René Belletto est de ceux-là. J'ai lu tous ses romans au fur et à mesure de leur sortie. "Le Revenant" est un de mes livres préférés "de tous les temps". je ne l'aurais peut être pas dit au moment de sa publication, mais maintenant, avec tout le temps qui a passé, si. Dans mon panthéon personnel, la "trilogie lyonnaise", "Le revenant", "Sur la terre comme au ciel" et "l'Enfer" occupent pratiquement la même place que la "trilogie de nos ancêtres" d'Italo Calvino ("Le chevalier inexistant", "le Baron perché", "le vicomte pourfendu"), c'est dire. Ce qui ne veut pas dire, en revanche, que tous les livres de Belletto, où l'un quelconque d'un autre de mes auteur-compagnons (Roth, Modiano, Lodge, Houellbec (si, si), Rouaud, pour ne citer que ceux qui me viennent tout de suite à l'esprit) font partie de mon Guinnes Book perso. Ainsi j'ai trouvé qu'après 90, à partir de "La Machine" il y a eu un coup de moins bien, J'ai eu l'impression qu'il changeait de style. Son côté baroque, brillant avait cédé la place à un style volontairement plat, voir simpliste qui se rapprochait dangereusement de celui des romans de gare qu'il avait jusque là si bien pastiché, même si les intrigues, utilisant la veine inépuisable du "policier" et la mêlant toujours aussi brillamment à celle du "fantastique," devenaient de plus en plus sophistiquées. C'était justement l'alliance entre un réalisme de "thème" et un fantastique "d'écriture", leur subtile imbrication et leur génial basculement l'un dans l'autre (plus le thème devenait fantastique, plus l'écriture devenait plate) qui m'avait fait adorer le "Revenant". Cela avait culminé dans l'"Enfer" qui ressemblait très certainement au genre de production monstrueuse dont Belletto lui même se serait bien vu accoucher. Il y avait comme une boursoufflure, une accélération, un saut dans l'hyperespace qui vous mettait divinement mal à l'aise, en vous faisant toucher du doigt l'essence même du mal. C'était comme une écriture pathologique, contaminée, mélancolique (lente minutieuse, adhésive, s'appesantissant sur tous les détails, fouillant tous les personnages, tous les lieux à l'infini, vous collant une douleur morale contagieuse, vous arrachant un éclat de rire sardonique) qui subissait soudain un virage brutal, une inversion "maniaque", non pas salvatrice mais aggravante et s'accélérait follement jusqu'à décrire l'explosion de l'univers (et du récit) en à peine trois ou quatre phrases, là où, cent cinquante pages plus tôt, il lui en avait fallu une trentaine pour décrire, par exemple, un seul geste du héros. Du coup, on pouvait comprendre la raison de la platitude et les efforts que Belletto faisait pour s'affranchir du style, ou mieux oser poser la question de sa concordance avec le thème, ou mieux encore de celle des mots nécessaires et de la fiction. La recherche de Belletto depuis vingt cinq ans est peut être la suivante : Comment passer de l'écriture à la voix, du style au cri, comment effacer les mots, le narrateur, la narration même et faire communiquer, directement pour ai nsi dire, le lecteur avec la fiction dont l'acmé n'est alors rien d'autre que l'horreur. Un livre de Belletto c'est un perpétuel attentat contre le narrateur sous les yeux écarquilles du lecteur qui n'ose croire ce qu'il lit (on y tue lentement, par exemple, des enfants) Belletto sait mieux que tout autre que le lecteur peut décider à tout moment de ne plus y croire, qu'il peut d'une seconde à l'autre poser le livre et arrêter la lecture. D'où la course en avant, l'urgence, le sauve qui peut et la nécessite absolue de se défaire de tout lest inutile. Epurer, épurer toujours pour laisser à la fiction toute puissante la place de se déployer enfin et de maintenir le lecteur dans le livre. Mais il faut pour cela une puissance formidable à la fiction. Ce qu'elle n'avait pas dans les récits des années 90 à 2000 qui ne décollait pas du genre "policier" avec serial killers horribles comme il faut bien troussé mais toujours un peu convenu. On ne faisait que rester, agréablement certes, sur sa faim. Depuis 2005 ça change. Deux romans, je crois, pas plus : "Coda" et le dernier, qui vient de sortir, "Hors la Loi". Avec pour thème la confusion du début et de la fin du recit, l'éternel retour, la boucle du temps, ce qu'on appelle, en musique, justement une coda. Les thèmes et les voix s'inversent, échangent leur substance même. Le recit est repété à rebours, cancrizans, comme dans une fugue de Bach, savante et vénéneuse. C'est un tour de force tout à fait réussi : les livres ont repris de l'épaisseur. Il s'y secrète toute une tératologie qui en font des objets vraiment étranges, des objets qui nous communiquent leur urgence et qu'on ne lache plus. Lisez "Hors la loi", il y a une urgence dans chaque page, dans chaque ligne, dans chaque mot. Ce n'est certainement pas "vrai". C'est en tout cas le grand art de Belletto de nous y faire croire.
14 mars 2010
11 mars 2010
07 mars 2010
05 mars 2010
03 mars 2010
02 mars 2010
Pensée de la nuit N°165 : "Je suppose que l’homme a appelé glace son miroir dans l’espoir de s’y conserver intact comme aux premiers âges. Or ça marche, en effet, et bientôt il voit se dresser devant lui dans sa salle de bains un parfait spécimen de mammouth laineux à long nez et grandes oreilles" Eric Chevillard, l'Autofictif.
28 février 2010
24 février 2010
Je rêve que nous montons une pièce de théâtre. Je suis à la fois acteur et metteur en scène. Nous jouons un "classique", Racine peut-être : Berenice, Phèdre, ou Bajazet, je ne sais pas. C'est toujours comme ça dans les rêves : on sait qu'on ne sait pas. On monte une pièce, il y a ce qu'il faut pour la vraisemblance, le titre de la pièce est indifférent, je suis évidemment sensé le connaître. il y a des centaines de vers à apprendre, j'ai toujours avec moi un polycopié que je dois savoir par cœur, des tirades, des tunnels. Je remets toujours, je n'ai jamais le temps. ces foutus vers, il va falloir que je les apprenne en une nuit, juste avant l'unique représentation prévue. J'ai une bonne mémoire, j'ai déjà appris des rôles à la dernière minute, d'ailleurs, être "charrette" me stimule, je m'en suis toujours sorti, ce n'était que quelques lignes, quelques pages, mais pas ces dizaines de répliques, je n'aurais jamais du prendre un rôle aussi long, avec toute cette mise en scène et la gestion du spectacle. Les répliques pourtant, je le connais déjà, ou plutôt je crois les connaître, je les donne aux répétitions, mais je ne donne pas les vers, souvent même pas le sens général, je ne donne que le rythme, ta-ta-ta-ta-ta-taa, on verra plus tard. J'ai tant à faire, vérifier les costumes, régler les éclairages attendre les décors qui sont en retard etc. Je remets toujours l'apprentissage au lendemain, mais maintenant, il reste à peine deux ou trois jours. Je sais déjà que je vais tout droit à la catastrophe mais je fais comme si je ne le savais pas. Il y a comme une urgence, une frénésie désordonnée, les images et les séquences s'entrechoquent, nous vivons sans dormir au milieu d'éléments de décors épars, des câbles électriques, nous mangeons froid sur le pouce dans les coulisses. Nous n'avons pas vu la lumière du jour depuis une éternité. Je ne sais d'ailleurs pas si c'est le jour ou la nuit. C'est une sorte de huis clos fébrile. Nous sommes tous tendus vers un seul but, le spectacle. Personne n'imagine vraiment un quelconque fiasco, c'est arrivé souvent, que tout se mette en place au dernier moment, alors qu'à l'instant d'avant, juste au lever du premier rideau, on soit en pleine confusion, et puis que, comme par magie, les choses s'emboitent les unes dans les autres, s'ajustent et alors on se sent sur des rails et comme indestructibles. Combien de fois avons nous tout rattrapé au dernier moment. Mais là, j'ai le pressentiment que tout va foirer par ma seule faute à cause de ce rôle que je ne peux pas apprendre. Je pourrai prendre sur mes rares heures de sommeil mais je ne le fais pas, d'heures en heures d'ailleurs je procrastine jusqu'à l'inéluctable. Toujours dans le rêve, comme enchâssée dedans, me revient une image, mais en une fraction de seconde, infiniment moins qu'il en faut pour frapper ces lignes, une image qui me hante, dont je me rend compte qu'elle m'a toujours hanté, même la journée quand je ne rêve pas. C'était à la télé, du temps où elle était encore en noir et blanc, la mort "en direct" d'un funambule. C'est un homme déjà un peu âgé, au front largement dégarni. On le voit, filmé de près, concentré et calme, portant son immense perche en guise de balancier avancer lentement sur un fil tendu entre les sommets de deux immeubles élevés. On voit la rue en bas, la circulation, la foule laborieuse, comme des fourmis. Soudain le vent, un sale vent de face. On voit l'homme qui ralentit encore, attend un peu. Mais il n'y a rien à faire, le fil oscille de plus en plus Il ne peut plus reculer. Il a compris. C'est son destin de funambule. Aucune terreur sur son sérieux visage. Il lâche la perche, la jette tranquillement et la suit. Il devance la chute, il saute dans le vide, les pieds en avant, toujours imperturbable, totalement calme. Il ne renie rien. Une sorte de saut de l'ange. On voit la chute, il chute, il vole, bras en l'air. les fourmis qui se rapprochent. Puis il n'y a plus d'images. A nouveau le théâtre. J'ai tenté d'ingurgiter le texte en quelques demi-heures par ci par là, je ne le sais même pas à moitié. Je couperai dans les tirades, que sais-je encore. Je n'ai plus le temps. C'est le jour de la représentation. La salle est pleine. On ne peut plus reculer. On se jette en scène. Le rideau se lève. Les sourires sur les visages dans le public éclairent l'ombre. j'entre en scène. la tête totalement vide. Je ne me souviens plus de rien. Je n'ai sûrement pas improvisé, avec un texte en vers on ne peut pas. Le rêve ne dit pas comment tout cela se termine. Je me réveille l'angoisse et la honte au ventre. Un peu plus tard je me souviendrai d'une représentation de "Peines d'amour perdues" de Shakespeare par le théâtre du Campagnol. Jean Gilibert, acteur et psychanalyste y tient un rôle principal. Il joue toute la pièce le texte à la main victime d'un trou de mémoire total et irrémédiable.
Pensée de la nuit N°164 :"On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les médecins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de détail, la retardent de quelques mois, de quelques années, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du problème par un grand effort collectif où chacun travaillera à sa survie propre et à celle des autres. Voilà pourquoi, car il est nécessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but. La tâche est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commencé plus tôt ? Presque tout ce qui avait trait à la période que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a été perdu, jeté, par une négligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques éléments que je présente ici. Prouver leur authenticité, les situer exactement, tout cela n'a été possible que par des questions incessantes et une enquête minutieuse. Mais l'effort qui reste à accomplir est grand et combien se passera-t-il d'années, occupé à chercher, à étudier, à classer, avant que ma vie soit en sécurité, soigneusement rangée et étiquetée dans un lieu sûr, à l'abri du vol, de l'incendie et de la guerre atomique, d'où il soit possible de la sortir et la reconstituer à tout moment, et que, étant alors assuré de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer." J'ai une grande affection pour Christian Boltanski (qui fait partie des références secrètes de Ciscoblog, avec Roman Opalka, entre autres) Dès mon prochain weekend parisien j'espère pouvoir visiter "Personnes". Jean Claude Bourdais, avec ces quatre excellentes pages, nous y engage si définitivement !
17 février 2010
10 février 2010
Vous avez remarqué : il neige! Pour une information c'est une information, non? Ciscoblog ne se mouche pas du pied, Ciscoblog vous informe. Ciscoblog fait aussi bien que le journal de David Pujadas. Ciscoblog ne se fatigue pas. David Pujadas non plus : il s'est déjà assez fatigué comme ça avec Haïti , l'attaque des marchés contre la Grèce et la crise qui recommence. Pouce, un peu ! On n'en peut plus, laissez nous nous regarder dans le miroirs des étranges lucarnes, faire la politique de l'autruche, ça repose. Un peu de non information, de grâce!. Merci qui ? Merci, Daniel Pujadas ! Il neige en février, qu'on se le tienne pour dit, et ça suffit comme ça !
07 février 2010
04 février 2010
Il s'agit très certainement d'un repost (ça date de 2007) mais je ne résiste pas au plaisir après l'avoir retrouvée sur Noematique. Beaucoup d'entre vous n'ont pas encore vu cette petite merveille (l'accent norvégien n'est-il pas en lui même une petite merveille ?) :
Changement de décor. Ce soir, Haltman marche dans les rues à la recherche d'un endroit où dîner. Il a garé sa voiture sur le grand boulevard de la ville bordé de platanes étêtés et tout nus, celui où se tiennent les agences des grandes banques et les magasins franchisés des principales chaînes de vêtements serrés les uns contres les autres. Ils ont tous fermé en même temps sans traîner à la tombée de la nuit. A droite, la vielle ville, à gauche la ville moderne. d'un côté l'hôtel de ville du moyen âge, arcades romanes et grilles de fer forgées illuminées, de l'autre le palais de justice du XIX° siècle à fronton et colonnes néoclassiques. l'hôpital où il travaille désormais, mélange hétéroclite de bâtiments des années soixante dix et de vielles casernes du XVIII° se situe évidemment à gauche, tout près de la rivière que franchit à cet endroit là un vieux pont qu'on trouve souvent dans les anciens manuels de géographie ou sur les timbres de collection. C'est un vieux pont formidable, malgré le fait qu'il se situe illogiquement du côté moderne, nous y reviendrons un autre jour, il n'a pas attendu qu'on parle de lui sur Ciscoblog pour être célèbre. Pour l'instant, Haltmann choisit résolument la droite et s'enfonce dans le vieux quartier aux rues étroites et pas droites qui entourent la cathédrale et la place du marché. Il ne rencontre pas grand monde. La ville est une ville où on travaille. On n'y habite guerre, beaucoup de vielles maisons sont vides bien que majestueuses, il n'y a que de rares fenêtres allumées par-ci par-là à moins que la plupart des habitants, bourgeois frileux, qu'Haltmann imagine à peu près du même âge antique que leurs maisons, soient des couches-tôt déjà bien à l'abri derrière les lourdes portes de bois et les porches clos. Mais par-ici tout le monde semble habiter la campagne (les patients viennent souvent de petits villages aux noms mythiques ou au contraire dont il n'a jamais entendu parler et que les infirmières lui situent sur une grande carte du secteur accrochée dans le hall du service) Les boutiques continuent de se fermer sur son passage, il n'y a plus que les femmes de ménages et bientôt la devanture qui s'éteint jusqu'au lendemain. Les rues transversales sont de petites ruelles mal éclairées. Un moment, une femme qui tient d'une main un petit chien en laisse et de l'autre un cabas marche devant lui, elle s'engage dans une de ces ruelles où il ne la suit pas. Il note mentalement que ses mains, au bout de ses bras écartés du corps par la marche et l'effort de contrepoids, pourraient toucher des deux côtés les murs des maisons qu'elle longe. Une voiture n'y passerait certainement pas. Il erre un peu dans le quartier maintenant désert. Il revient sur ses pas après avoir atteint le quai de la rivière qu'il a deviné dans le noir. Il croise des cafés, tout petits, encore ouverts avec trois ou quatre habitués qui sont attablés au bar devant un patron ou une patronne qui sèche ses verres, des télés muettes au fond, des joueurs de cartes, mais il n'ose pas entrer, à cause même de la chaleur humaine qui semble émaner de ces lieux pourtant insignifiants. Il pense aux lumières qui voient et aux chaumières de Bachelard. Il revient vers le centre. le troquet devant lequel il est déjà passé à l'aller, d'où deux ou trois habitués à l'air sympathique sont sortis les bières à la main et continuent une conversation animée à l'air libre, lui semble suffisamment accueillant. On l'installe à une table seul dos à un écran de télé mural géant et face au bar où règne une animation bon enfant. L'ambiance doit être chaude les jours de rugby mais pour l'heure, il y a du foot (muet) sur l'écran extra large que personne ne regarde. La serveuse, qui n'est pas débordée engagerait bien la conversation mais pas lui, il se plonge dans le menu. A la table d'à côté il y a un dîner de filles. Elles sont trois, la trentaine, professeuses à ce qu'il entend, elles parlent de mecs et de cul comme toutes les filles entre elles, elles baissent la voix quand ça devient chaud. La nourriture est comme les filles : "du terroir" et plutôt quelconque. Après le dîner il ne s'attarde pas. Il va rejoindre sa voiture sur le boulevard. Le froid est glacial. Il longe un quai qui porte sans rancune le nom d'un génial natif d'une autre ville du département et traverse la rivière. Face au skyline moyenâgeux qu'il a déjà contemplé mieux illuminé en été, juste sur l'autre rive, avec à son pied un bateau restaurant où il se promet de venir avec L. aux beaux jours, il y a une grande maison de maître qui tient lieu d'hôpital de jour. A l'intérieur, boiseries et marqueterie. Au deuxième étage un appartement de trois pièces salle de bain avec tout le confort moderne, ordinateur et télé, le tout dans un état impeccable, le lit fait tous les jours, qui ne sert que la nuit et les weekends. Haltmann pense sans regrets aux chambres de garde miteuses qui l'ont accueilli jusque là. A plus de minuit, affalé sur le canapé du salon devant la télé, les urgences ne l'ont toujours pas appelé. Elle ne l'appèleront pas de la nuit. Il se glissera dans le grand lit frais. Le lendemain il se réveillera face à la beauté de la ville. Changement de décor.
01 février 2010
24 janvier 2010
15 janvier 2010
Il s'éloignait de la maison dans l'obscurité compacte. C'était une nuit sans lune. On ne voyait rien. C'était comme avant l'éclat du big bang. Ses yeux s'habituèrent pourtant peu à peu à l'obscurité. Des masses uniformément grises, de la couleur des objets quand personne ne les regarde, émergeaient autour de lui : un tas de bois, un de pierres, des carcasses de voitures, lui semblait-il, gros cubes uniformes, deux ou trois buissons couverts de neige, inquiétantes anémones de mer géantes aux aguets. Toutes choses que notre regard traverse le jour et qui nous inquiètent la nuit. Il tentait, à l'aveugle, de suivre le chemin enneigé qui se perdait dans l'obscurité. Un souvenir du procédé photographique d'antan avec les images qui se révélaient lentement dans l'ombre rouge le traversa. Le chien - il avait avalé de travers la veille, ils avaient cru qu'il allait mourir, il ne pouvait plus respirer, ils avaient tenté la manœuvre d'Hemlisch sans succès, ils avaient téléphoné en catastrophe au vétérinaire qui leur avait conseillé de le suspendre en l'air en le tenant par les pattes arrières, il était lourd comme un enfant de dix ans, il s'était laissé faire, il était revenu à la vie en râlant bruyamment, en remuant la queue, et vogue la galère - le chien qui avait déjà tout oublié savait où il allait, lui : l'appel sans délai du jadis pur, comme aurait dit Quignard, il en sentait les odeurs sous la neige. C'était l'état initial de la nature : humide sombre froide, oppressante et menaçante, sans pitié. Au loin, le dessin des arbres le long de la route, rehaussé un bref instant par ce qui pouvait être les phares d'une voitures qui passait, se précisait un instant et disparaissait en se fondant dans le flou de la nuit. Au-dessus de lui , le spectacle se préparait déjà. il n'avait pas encore levé les yeux, à cause du chien qui disparaissait dans le noir au bout de la laisse tendue.Le chien le menait, impérieux, sur des sols incertains. Il pensa au courage des aveugles. Il se força à ne pas regarder ses pieds. Devant lui, il distingua comme un semblant d'horizon. Il y avait comme un liseré plus clair, un dégradé de zinzolin, comme sur les bords de certains négatifs photos, que découpaient des arbres, des collines en ombre chinoise. C'était des restes de lumières venues de dessous la courbure de la terre de sources qu'il ne pouvait pas voir : des phares sur l'atlantique ou des villes lointaines. Son regard, suivant la ligne incertaine et floue qui courait comme un cercle de sorcière immense, effectua un lent panoramique que son corps accompagna. Il vit par dessus son épaule le halo que faisait la lumière de la maison par la porte qui était restée entrouverte. Il avait embrassé son nouvel univers. Il prit soudain conscience du froid polaire et frissonna. D'un coup de laisse , il tenta de faire revenir le chien qui n'obéissait pas. C'est alors qu'il leva les yeux : elles n'étaient là que pour eux deux, immobilles, belles comme il ne les avaient pas vues depuis des années. Soudain elles étaient des milliards. Il les vit toutes d'un seul coup, suspendues sereines dans le ciel de l'hiver et l'air pur. Il vit d'un coup toutes les constellations de l'horoscope, il distinguait les arcs, les flèches, les bras, les jambes, les chariots, les casseroles, les chiens , les hydres et les dragons entremêlés, se détachant sur la poussière de diamant de la voie lactée phosphorescente qui n'en finissait pas de déborder et de triompher. Ils flottaient, grandioses, au centre d'une sphère luminescente et parfaite, fascinés par le même spectacle exactement qu'avaient contemplé les brontausores et les hommes de Cro-magnon. iIs avaient des millions d'années. ll se souvint d'une visite au planétarium du Palais de la Découverte avec son cousin au début des années soixante et de l'ouverture de Lohengrin qui accompagnait une aube accélérée et triomphale. Le chien revint vers lui, s'assit sur son derrière et contempla avec lui le spectacle merveilleux des étoiles.
11 janvier 2010
10 janvier 2010
06 janvier 2010
03 janvier 2010
Voilà une question qui est cruciale! J'adore les questions idiotes que se pose David Madore, le matheux, s'il me permet ces qualificatifs qui se veulent surtout affectueux, et le pire c'est qu'il y répond ! David Madore est un maître, un maître agaçant, certes, qui veut avoir réponse a tout, une sorte de premier de la classe : il part de petits riens de la vie, des pannes de la machine à laver, des problèmes de chauffage électrique, de ses petites maladies, il a des manies, des marottes, des angoisses presque touchantes, et aussi d'operation dans le corps des réels et des zéros de la fonction Zeta de Riemann. Mais son érudition, son désir de tout comprendre, de tout expliquer, sa quête ininterrompue et sa pénétration nous laissent cois. Il finit par nous expliquer l'univers et l'infini, presque comme ça. sans y toucher, au moindre prétexte, en se l'expliquant à lui même, sorte de McGiver nombrilique, lunaire et abstrait. il y a de la pulsion scopique là-dedans, à n'en pas douter, mais que serions nous sans ce besoin tenaillant de savoir?
01 janvier 2010
29 décembre 2009
Comme vous l'avez peut être constaté de vous même je suis actuellement en mode "forme courte". Je passe mes journées à charrier des cartons et des sacs poubelles. Nous vidons la maison en vue d'une grande et imminente transhumance. Chaque soir, fourbus et les muscles tétanisés par de peu usuels efforts physiques , nous plongeons dans un ou des bains réparateurs. Ce qui explique l'abondance subite des haïkus ci-dessous, d'autant qu'il s'agit des toutes dernières utilisations de la baignoire, la nouvelle maison du Quercy n'étant pour l'instant pourvue que d'une spartiate quoique confortable douche (multi-jets) Nous arrivons donc , chers ciscobloggers, vers la fin de la série des haïkus de bain. Une fin naturelle, en quelque sorte, fin prévue par disparition de la baignoire... D'ici peu il y aura donc une nouvelle série de haïkus mais je ne sais pas encore laquelle ( Je me vois mal passer aux haïkus de douche quitte à changer et les haïkus d'embouteillage auxquels j'avais pensé risquent de ne pouvoir se produire faute d'embouteillages assez fréquents dans la nouvelle région), enfin on verra. J'ai pourtant plein d'idées et d'envies de posts longs mais c'est le temps qui manque et surtout l'accès à l'ordinateur dans l'amoncellement et le désordre qu'est devenu mon bureau. Habituels prétextes... Tout sera redevenu en principe normal vers début janvier date prévue pour le basculement définitif (exempt pour vous, chers cisocbloggers, de douleurs musculaires et autres lombalgies)
22 décembre 2009
15 décembre 2009
Une petite video de l'idole dont nous parle Ciscotwitter en LCD qui, à défaut de vous donner envie de lire le livre - mais j'espère que vous aurez envie de le lire, lisez-le, vous me remercierez toute votre vie - vous montrera à quel point le personnage est sympathique, modeste, humain, naturel et sans façon. Un fan, vous dis-je... (via Noématique, que je m'empresse d'ajouter aux liens en LCD)
14 décembre 2009
13 décembre 2009
10 décembre 2009
09 décembre 2009
Cet après midi, longue traversée de la Brie dans le brouillard jusqu'à Provins, fameuse ville médiévale que je n'ai absolument pas eu le temps de visiter cette fois-ci. C'est au fin fond de l'univers. Les routes, noyées dans la banquise d'ouate sont verticales, on grimpe dans les labours infinis d'où pleut toute l'eau du monde. Tout est dans le blanc, bien au dessus de la stratosphère. On ne redescendra du ciel qu'à la nuit de décembre, aveuglé par les phares des trente tonnes qui foncent en face. J'ai eu le temps d'entendre, bien au chaud dans ma capsule spatiale, une émission épatante, si, je vous jure, un modèle d'émission, sur France Cul. J'ai enfin tout compris à la dette carbone !
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