A midi, en déjeunant au Fuji-Yama, ma cantine japonaise, j'adore déjeuner seul avec un journal (l'équipe le plus souvent, parcouru déjà au petit dej et approfondi au grand) ou un roman, il y a un restaurant japonais à Vigneux, eh oui - Saviez-vous que la plupart des restaurants japonais de Paris et de la banlieue sont tenus par des chinois ? On y parle pas japonais. On y parle mandarin ou moins souvent cantonnais. Mais, n'est-ce pas, nous européens, on ne fait pas la différence. Ces chinois parlent bien mieux français que japonais. Du japonais ils ne connaissent que trois mots qu'ils vous lancent mécaniquement quand vous vous dirigez vers la sortie : "Haï ! Haligato Sayonala", du français guerre plus, en réalité mais ça nous gêne moins, comment dire vu qu'on sait qu'ils sont asiatiques - Donc, en déjeunant à midi et avalant voracement mes sashimis, le degré zéro de la cuisine internationale, j'ai lu "Dickens, barbe à Papa et autres nourritures délectables" de Philippe Delerm. Ca va bien ensemble. Dans le temps du déjeuner. Au milieu d'une journée de travail plutôt chargée. Petit livre de 106 pages et 34 chapitres. Ca c'est de la littérature ! Loin de moi l'idée de critiquer l'auteur de cette suite de la mémorable "première gorgée de sp... bière" que je n'ai jamais lue ; loin de moi l'idée de cracher dans ma soupe mizo ni de passer pour un rabat joie. Je me souviens d'un peintre qui faisait dans le "petit format" : de tous petits tableau abstraits de 10 cm ou 8 cm sur 12 ou 13. En fait, il en faisait un grand, d'environ 1m sur 1m, il le découpait en dix, plutôt au hasard et il encadrait les morceaux de quatre baguettes avant de les exposer et de les vendre, pas trop chers, c'était ça l'intérêt, sorte de production de l'unique à la chaîne. Je ne crois pas qu'il soit devenu célèbre. Il appelait ses petits formats des "peintures de couloir". Des endroits où il fallait avoir le nez dessus. Dans une salle d'apparat on les aurait pris pour un interrupteur ou un bouton de porte. Dans un couloir, en revanche, on aurait dit des Zao Wu Ki... "Dickens, barbe à papa" c'est de la "littérature de déjeuner", si on veut bien me pardonner la hardiesse du parallèle. "De la littérature de déjeuner seul en mangeant des sushis". Comme on peut le voir ici tous les jours, je n'ai rien contre le fragment ni contre le format de poche ni contre le pré-maché (A quand la première gorgée de sp…bière en poche, ah, ah !)et je pratique ici cette forme tous les jours ou presque, mais qu'on ne me dise pas que le sashimi est ou les sushis sont des monuments de gastronomie. Je déjeune japonais par ce que c'est pratique. Je ne sais pas pourquoi je lis "Dickens, barbe à papa". D'ailleurs, je l'avais acheté à AUCHAN au milieu des courses de la semaine. Je l'avais transporté dans mon caddy et il avait passé la caisse au milieu des yaourts et des sachets de truite fumée. Je n'ai pas honte de le dire (en fait si... mais que ça fait du bien !) je peux acheter un livre dans un super marché. Je l'ai déjà fait pour des polars ou des dicos, alors, voyez je ne suis ni raciste ni élitiste. J'ai déjà dit ailleurs que les livres sont des marchandises comme les autres ; d'ailleurs Philippe Delerm le dit aussi : les livres se mangent, se dévorent, Dickens ou barbe à papa, c'est du pareil au même...nourritures délectables, bon. Pas tant que ça. Comme les sushis. Se nourrir, nourriture terrestre, enfin... marine. C'est le premier livre de "littérature" que j'achète à AUCHAN. Il faut un début à tout. A condition de la consommer au déjeuner. Ailleurs, le soir au lit par exemple, ou dans un fauteuil défoncé en cuir, avec verre à whisky sur le bras, ça perdrait tout son charme, c'est le moins qu'on puisse dire. A lire des choses comme "Dickens, barbe à papa" si - comment dit-on ? "aériennes"? "délicates" ? "légères" ? on se met à aimer les gros pavés qui sont capables de tenir les serviettes à eux tout seul sur la plage. On se sent des envies de lourdeur, de pesanteur bien grasse, de flatulences et de briques dans l'estomac, on se sent des désirs de "Misérables", "Quichotte", et autres "Splendeurs et misères des Courtisanes", on se prend des envies de courir à la recherche du temps perdu ou de faire la guerre et la paix. On en vient à regretter les énormes Clancy, ou les feuilletons de science fiction interminables genre P. José Farmer ou Isaac Asimov (le cycle des "fondations, par exemple et pendant que j'y suis). On se dit que le plus dur, ce n'est pas d'écrire (la preuve, juste là, dans ces mots mêmes, misérables, que vous êtes en train de lire) et quitte à choisir la facilité autant faire court, d'accord (pardon.) On se dit finalement que la question n'est finalement pas celle du "format" (voir, par exemple Eri de Luca, ou Rigoni Stern pour ne parler que des italiens) mais celle de la capacité à raconter des histoires. Faire de la fiction. Donner vie à des personnages, des lieux, inventer un espace où le lecteur va plonger, naviguer, se laisser porter au gré des vents, des courants, de l'espace. Philippe Delerm ne raconte pas d'histoires, il n'a pas le temps. Il ne crée pas non plus d'"atmosphère", Il fait de la littérature à deux dimensions, littéralement plate, de couloir. Il érige l'instantané en méthode de production littéraire à la chaîne. Et de l'instantané au cliché, il n'y a qu'une tête de gondole... Bref, j'ai avalé "Dickens, barbe à papa" comme mes sashimis pas très "sipides", et je suis retourné à l'hôpital avec cette sensation d'incomplétude, d'inachevé, de regret pas vraiment désagréable qu'on éprouve après ce qu'il est coutume d'appeler un "repas léger". Propice au travail et au régime hypocalorique, ou l'inverse...
« Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal
06 juin 2005
05 juin 2005
02 juin 2005
Un excellent photostream de "the piper scarecrow" chez flickr. Flickrer nuit gravement à la santé. On peut le regarder en écoutant C.Veloso (la chanson de "Parle avec Elle"), sur ciscoradio. Et pendant que j'y suis, ce splendide cliché chez Dayly Dose of Imagery (Dayly doser tue, aussi...)
01 juin 2005
31 mai 2005
lire le Quichotte depuis longtemps, et je ne le fais pas. Je crois que j'y pense au moins depuis que je sais que l'histoire du chevalier fou et de son sage suivant n'est pas un conte pour enfants mais au contraire un gros livre qui est le père - le père, que dis-je - le père et la mère de tous les romans. Je sais, ça impressionne. Je n'ai toujours pas lu le Quichotte, je le confesse. C'est une grosse lacune. Je viens de lire une entrée sur le blog de François bon qui m'a definitivement convaincu qu'il fallait lire le Quichotte. Il raconte que Faulkner lisait le Quichotte tous les ans : il l'ouvrait au milieu et lisait en avant ou en arrière ce qui faisait qu'en dix ans il avait relu tout le Quichotte. Et comme je ne suis pas Faulkner, je peux le lire au moins une fois dans ma vie, ça serait bien. Il n'y a aucune version du Quichotte dans ma bibliothèque, si ce n'est celle du grand Pierre Ménard, célèbre auteur toulousain, qui a tenu la gageure de le réécrire tout entier, sans en oublier une seule virgule et sans le recopier, en trois ou quatre pages, chef d'oeuvre de consision, d'économie et finalement d'écologie avant l'heure. Je la relis au moins une fois par an dans le receuil de nouvelles publié par un obscur auteur argentin aveugle il y a cinquante ans. Mais je n'ai pas encore lu la version longue, celle de Cervantès. il faut que je m'y mette, un petit tour sur Amazon et...bonsoir.
28 mai 2005
(Très long) début de roman définitivement inachevé, 3
(encore plus long en LCD, les fans l'ont déjà lu...)
Le boulevard Saint Michel se monte (se remonte...) ou se descend. Quand je sortais de chez moi je pouvais, soit "monter" le boulevard, m'éloigner de la Seine, vers la rue du Val de Grâce, et plus loin, comme je l'ai déjà dit, vers Port Royal (le métro) et Denfert (le Lion de Belfort), soit Je pouvais le "descendre", me rapprocher de la Seine, vers la rue Soufflot et plus loin la Sorbonne, les thermes de Cluny, et m'enfoncer dans le "vrai" quartier latin, ses petites rues à cinémas. Mais le Boulevard Saint Michel qui me colle à la peau et aux os, est plus restreint : il s'étend de la rue du Val de Grâce, où nous allions chercher le pain, à la rue Soufflot ou je bifurquais deux fois par jour pour me rendre au lycée Henri IV caché tout en haut derrière le Panthéon (rue Clovis), sur le trottoir des numéros impairs. Le reste, les numéros pairs, l'autre rive, on l'appelait "en face". La traversée du boulevard en faisait déjà un lointain Far West. D’ailleurs on n’était plus dans le même arrondissement, on était dans le sixième, la chaussée constituait la frontière entre le cinquième et le sixième arrondissement. Il y avait pourtant là l'épicier "Déroches", auvergnat à béret et grand tablier bleu, sa femme derrière la caisse, dans l'ombre, et son fils étudiant, maniant comme il se doit, les caisses de bouteilles de rouge. Il y avait aussi la rue Herschel ou avait habité Gabrielle, ma première nounou, et plus loin, au-delà de la rue Auguste Comte, qui prolonge la rue de l’Abbé de l’Epée vers le sixième, les grilles du jardin du Luxembourg, avec les serres, la façade de l'école des Mines et encore les grilles du Luxembourg jusqu’à la place Edmond Rostand et ses cafés. C’est à partir de là, d’ailleurs, que le boulevard plonge vraiment vers la Seine. Il s’incline nettement et, à la hauteur du Lycée Saint Louis, par exemple, on peut dire que la pente est tout à fait perceptible. En « remontant » à pied, du carrefour avec le boulevard Saint Germain, il faut fournir, c’est vrai, un certain effort. Mais du côté de la peau et des os, comme je disais, c’est moins sportif, la promenade est pratiquement plate. A vrai dire, nous sommes déjà « en haut » depuis plusieurs centaines de mètres. A propos de Saint Germain et de Saint Michel, je les ai d’ailleurs toujours considérés comme deux frères un peu ennemis, je veux dire les boulevards, pas les Saints (les Saints, je doutent qu’ils se soient jamais connus). Je sais qu’il représentent à eux deux emblématiquement le Quartier Latin, mais, en fait, ce qui les sépare, à mon humble avis de simple natif, est plus grand que ce qui les rapproche, en dehors du carrefour où ils se coupent (ils sont bien obligés). J'admets qu'ils finissent tous les deux leur trajet dans la Seine, et, même si celui du Saint Germain y commence, de toute façon, aucun des deux n’est capable de la traverser. J’admets aussi qu’ils bordent, l’un et l’autre, une place célèbrissime : La Place Saint Germain des Prés pour l’un, et la place de la Sorbonne pour l’autre, mais, à part ça, ils n’ont vraiment pas grand chose en commun. L’un est riche et aristocrate, l’autre est riche et seulement bourgeois. Ils se croisent, ils se saluent mais ne s’apprécient pas vraiment : l'un reproche à l'autre de se pousser du col, l'autre au premier de jouer les importants. L'un est catholique pratiquant, l'autre plutôt républicain modéré. Saint Germain, bien qu'il naisse le long des marches de la chambre des Députés, se nourrit sur le haut de son cours, dans le septième arrondissement, des petites rues de l'antique et royal "faubourg" qui abritent monastères replets, couvents cossus, grandes maisons bien pensantes et hôtels particuliers compassés, et bien qu'il reçoive la confluence turbulente de la rue Bonaparte, des quat'zarts et de l'école de médecine qui ne sont, somme toute, rien d'autre que ses propres rejetons et qui s'assagiront avec l'âge, il passe le carrefour avec Saint Michel sans rien perdre de sa morgue et la renforce même sur la fin de son parcours, après Maubert, en infléchissant sa route vers le prestige des quais de Montebello et de la Tournelle et gardant au passage un œil propriétaire sur Notre Dame à travers, par exemple, les rues de Bièvre et des Bernardins. Saint Michel, lui, droit dans ses bottes, descend joyeusement de Port Royal où il y a une belle station de métro, à la fois souterraine et à ciel ouvert (il faudrait parler un jour de cet excitant « brouillage » d’espace que sont souvent les stations de métro parisiennes à l’endroit où celui-ci se fait aérien – aérien, léger, délicat, dit-on : Austerlitz, Denfert Rochereau, Pasteur, etc.) qui est maintenant une station de RER. Mais « Port Royal », c’est trop vague. A cet endroit, c’est une sorte de grande esplanade, bordée d’un côté par le centre Jean Sarrail et la station de métro récemment repeinte en vieux rose, et de l’autre, mais loin, à quelques centaines de mètres, par l’embouchure de la rue d’Assas, un peu après la Closerie des Lilas, avec des immeubles dont on n’arrive pas encore à savoir à quelle rue ils appartiennent. Cette esplanade est bordée sur un troisième côté, derrière une fontaine monumentale à la Carpeau, où s’ébattent les corps charmants de force nymphes et naïades de bronze, par le début du jardin qu’on appelle le « petit Luxembourg » qui occupe alors toute la majestueuse largeur de l’avenue de L’Observatoire (qui est beaucoup plus une place qu’une avenue; ainsi pourrait-on dire à l'inverse qu’à Prague, la célèbrissime « place » Wincesclas est plus une avenue qu’une place). Cette esplanade, je viens de l’apprendre en consultant un plan, s’appelle la place Ernest Denis. Elle s’étend de l’Observatoire de Paris jusqu’à la rue du Val de Grâce. C’est là que le boulevard Saint Michel s’autonomise vraiment : Ainsi l’avenue de l’Observatoire, directement issue de l’Observatoire de Paris, traverse la place Ernest Denis tout droit et se divise en deux branches, l’une Ouest, qui continue de s’appeler « avenue de l’Observatoire », avec le petit « Luxembourg » et qui va aller butter sur les grilles du « grand » à la hauteur de la rue Auguste Comte, l’autre, Est, qui est le boulevard saint Michel proprement dit. Le boulevard Saint Michel est un Boulevard « pénétrant », cher au baron Haussmann, propre à ouvrir Paris à la troupe en cas de soulèvement populaire à mater. Il double, tout au long de son trajet rive gauche, l’ ancestrale et moyenâgeuse rue Saint Jacques, trop étroite, justement, pour laisser passer les escadrons de cavalerie. Saint Jacques, bonne enfant, entretient de bonnes relations avec Saint Michel. Elle ne lui en veut pas trop de l’escorter et lui envie sa vigueur. Elle lui envoie d’ailleurs une multitude de petites rues transversales qui entretiennent l’amitié : de l’Abbé de L’Épée, Royer Collard, Cujas, du Sommerard, Saint Séverin, sans compter les grandes, Soufflot, des Écoles. A la fin de sa course allègre, Saint Michel, pour nous faire croire qu’il traverse la Seine, fait mine de la franchir avec le pont Saint Michel, mais la blague est sinistre, car sur l’autre rive, il est devenu, adulte et sévère, le boulevard du Palais, qui borde le Palais de Justice et la préfecture de Police. Triste et prévisible fin…Mais pourquoi ne pas dire que, Saint Michel, résolument réfractaire à son destin, au niveau de la Place et de la Fontaine, où se donne rendez-vous toute la jeunesse francilienne, s’étale tout à coup, paresse et musarde, finalement s’écoule par les côtés, sans prévenir personne, et se fait la belle par les quais rive gauche, Saint Michel à l’Est et Grands Augustins à l’Ouest ?
27 mai 2005
26 mai 2005
Wallington
Nous avions quinze ans, filions vers Londres
Par le vieux train qui venait de Croydon,
Même le grand Nelson pourrait en répondre,
Nous revenions à l’heure à Wallington !
En ce temps là, des Beatles en noir et blanc,
Chantaient pour des ménagères en bigoudis
Qui de se pâmer ne faisaient pas semblant
Malgré leurs façons de vieilles ladies
Des genoux se montraient à Carnaby street
Dans les parcs, après le thé, Mods et rockers
Echangeaient des coups selon les anciens rites
Dimanche, au bingo, on gagnait des crackers…
Oh, Combien d’années se sont-elles englouties
En cet éclair où ma mémoire est blottie ?
(un sonnet par lieu, 2)
Nous avions quinze ans, filions vers Londres
Par le vieux train qui venait de Croydon,
Même le grand Nelson pourrait en répondre,
Nous revenions à l’heure à Wallington !
En ce temps là, des Beatles en noir et blanc,
Chantaient pour des ménagères en bigoudis
Qui de se pâmer ne faisaient pas semblant
Malgré leurs façons de vieilles ladies
Des genoux se montraient à Carnaby street
Dans les parcs, après le thé, Mods et rockers
Echangeaient des coups selon les anciens rites
Dimanche, au bingo, on gagnait des crackers…
Oh, Combien d’années se sont-elles englouties
En cet éclair où ma mémoire est blottie ?
(un sonnet par lieu, 2)
22 mai 2005
Ces jours-ci, très peu de temps pour écrire. A peine plus pour lire. Plongé depuis quelques soirs, juste avant d'éteindre, dans "Epérience" de Martin Amis (folio Gallimard). Je trouverai toujours plus de temps pour lire que pour écrire, même si je préfèrerais que cela soit l'inverse. Un très grand écrivain. Non pas une autobiographie, mais un livre sur l'autobiographie. L'autobiographie de son père, pour paraphraser Pierre Pachet. Martin Amis est le fils d'un écrivain très connu en Angleterre, Kingsley Amis dont je ne suis pas sur qu'on trouve de traductions en France. J'ai une très grande admiration pour Martin Amis, comme vous le savez peut-être déjà. C'est un écrivain terrifiant. Je ne trouve pas d'autre mot. (je ne sais pas quelle est la traduction du mot anglais "terrific", terrible peut-être, mais terrible veut trop dire extra, ou super, en français) Martin Amis est un écrivain terrifiant. Et professionnel, depuis qu'il a dix huit ans, depuis avant, même, depuis qu'il a été conçu par son père. Né de lui juste en empruntant l'utérus de sa mère. Il a des rapports sexuels avec l'écriture, génitaux. Sa maîtrise de l'asymétrie et l'originalité constante de ses constructions sont prodigieuses. Sa lecture s'apparente à la vision d'un cauchemard. Il s'accroupit sur votre ventre la nuit. Pas une seule de ses lignes qui ne soit "gratuite", parfaitement travaillée, mise en scène, pour ainsi dire. C'est une sorte de cinema muet en noir et blanc, Murnau par exemple, Nosferatu le Vampire. cela s'insinue en vous, comme le mal. A la lecture de Martin Amis, on comprend pourquoi la censure. Lire "Expérience" produit sur moi, justement comme son titre l'indique, une sensation physique que je ne peux pas nommer. Il en va de même pour chaque livre que j'ai lu de lui. Dieu merci, il en reste encore d'autres. Je cherche à comprendre cette terreur (et je me remémore cette phrase de JL Godard dans prénom Carmen : "la beauté c'est le début de la terreur que nous commençons à éprouver". Ce qui n'a strictement rien à voir avec le marquis de Sade.) Il ya quelque chose de terrifiant dans la beauté. C'est un écrivain qui n'a pourtant rien à voir, mais je pense aussi à Richard Ford, Indépendance, par exemple ou Ma Mère) Je me suis aussi souvent demandé ce que faisaient les écrivains "professionnels" comme Amis ou P. Roth ou encore Richard Ford (que des anglo-saxon...) ou Garcia Marquez pour citer un étranger mais américain tout de même et qui a peu moins à voir avec la terreur, en dehors d'écrire. Vivre ? Pas sûr. Et quand alors, puisque tout le temps est pris par l'acte d'écriture, par ce monstre à venir qui est le livre ? Et pourtant si, ils vivent même si c'est pour "la raconter". J'en suis toujours complètement ébahi. Mais où ont-ils trouvé le temps pour vivre ? Finalement je ne suis pas si sûr qu'ils vivent vraiment. Ils sont morts. Ils ont vécu, d'accord, mais il y a un certain temps, avant. Ils ne font plus que raconter. Quoi ? leur enfance pour la plupart, ou leur jeunesse, qui leur sert de réservoir, qu'ils tournent et retournent, étirent, plient dans tous les sens, torturent, passent à la moulinette et j'en passe. C'est ce que Martin Amis appelle "l'autobiographie suprême", celle qui se cache derrière tout écrivain et que Barthes a nommé son style (mon cul !) Un jour ils vous prêtent la clef, à l'occasion de la mort d'un proche par exemple, ou en souvenir de celui-ci, et vous permettent de faire un tour dans leur atelier d'écriture. sauf qu'il y fait noir comme dans un four. Par exemple, Martin Amis a perdu une cousine à dix-huit ans victime d'un tueur en série, ça ne s'invente pas.il a eu une tumeur de la machoire il y a dix ans et a perdu la bouche. Il l'appelle maintenant "la pince". L'autre chose qui me terrifie chez Amis, c'est - risqué-je le néologisme ? Je le risque - son anglicité. c'est à dire son incroyable degré de civilisation et de culture millénaire. Son côté meilleur du monde et conscient de l'être. En plus c'est la vérité. De ce point de vue les américains sont mille fois moins terrifiants que les anglais (sauf Hubert Selby junior) qui sont effectivement - et de loin - les meilleurs écrivains du monde. D'ailleurs, on peut dire que personne n'écrit vraiment en dehors d'Albion. Les anglais sont les auteurs de Shakespeare et de la traduction de la bible. Ils continuent. D'ailleurs Martin Amis a très bien connu Robert Graves qui l'a fait sauter sur ses genoux quand il était petit, c'est tout dire. D'ailleurs Martin Amis rappelle qu'il est bien prescrit de ne jamais commencer un paragraphe par le même mot. Ca tombe bien, je ne fais jamais de paragraphes. Que faire après ça. Victor Hugo ? il a tout juste essayé d'imiter Dickens. Etc. rien à faire contre les anglais. Après eux, il n'y a plus que des amateurs... Ecrire, chm'écrire. Lisez Martin Amis, tiens, bonsoir.
18 mai 2005
Deux liens pour ce soir : le premier est un excellent billet sur les portraits du Fayoum (il y deux mille ans, toute la peinture était déjà peinte...) à La Boite à Images, l'autre, qui n' a rien à voir, vers le site de François Bon, le roi des graphomanes et notre maître à tous, sur le bouquin de Bob dylan, sur lequel, bien entendu vous vous êtes déjà rué...
16 mai 2005
15 mai 2005
J'ai trouvé cette magnifique image de Roland Topor en nageant en eau trouble, mais ne me souviens plus sur quel site. En tout cas pas sur celui-là qui est un tantinet agaçant bien qu'officiel.
13 mai 2005
Décidément ces derniers soirs, sur CISCOBLOG, tout se passe dans la colonne de droite. Donc, mise en ligne aujourd'hui des trois premières histoires des tours de Vigneux qui devraient, comme il se doit (cliquez) se trouver au nombre de sept au jugement dernier (ou après... ou avant).
Côté CISCORADIO, Campra succède à Granados (à se passer en boucle et laisser tomber tout le reste...). Bientôt du plus moderne, mais ne vous attendez tout de même pas à de la techno...
Côté CISCORADIO, Campra succède à Granados (à se passer en boucle et laisser tomber tout le reste...). Bientôt du plus moderne, mais ne vous attendez tout de même pas à de la techno...
12 mai 2005
Aujourd'hui, mise en ligne (voir sur la colonne de droite) de "l'histoire de la rue du banquier" que j'ai commencée il ya bien longtemps et que je n'ai toujours pas terminée. Mais vous pouvez commencer à la lire, si le coeur vous en dit...A suivre, évidemment.
10 mai 2005
Je les appellerai Houria et Malika, mais je dirai qu'elles ne sont pas arabes. Je dirai qu'elles sont bosniaques, musulmanes de l'ex-Yougoslavie. Houria aura douze ans et demi, Malika, treize. Cette histoire se passera (A* me l'a racontée il y a quelques jours) chez Flash' Habit, un Magasin de la rue de Paris, à Corbeil-Essonnes. C'est un supermarché sans fioritures de fringues très peu chères, mais aussi d'ustensiles de ménages, de vaisselle ou de linge de maison comme il y en a dans certaines banlieues pauvres, dans l'esprit des étals de "tout à dix francs" sur les marchés. Là, viennent faire leurs courses les femmes des cités environnantes, La Nacelle ou Montconseil, et même les Tarterêts qui sont un peu plus loin dans le "no man's land", vers Evry, Houria et Malika viennent de se faire pincer en flagrant délit de vol à l'étalage par un grand vigile, soigneusement choisi par la direction pour sa corpulence, sa force tranquille et sa technique des arts martiaux. Il est très jeune, les cheveux courts mais pas rasés, un beau regard, il est vêtu d'un costume sombre et porte la cravate, ce qui lui donne aussi un petit côté homme de main. Les deux pré-ados piaillent leur innocence. Il les écoute avec patience. Pourtant, elles sont insupportables : elles versent à grand bruit de grosses larmes de crocodiles, elles jurent sur la tête de toute leur famille que jamais au grand jamais elle n'ont volé le moindre vêtement dans ce magasin, elles tentent d'en appeler aux autres clients, de faire passer le jeune homme pour un horrible tortionnaire. Lui leur répond qu'en plus d'être des voleuses, elles sont des menteuses, que c'est au moins la troisième fois cette semaine qu'il les prend la main dans le sac, que jusque là il a été patient et miséricordieux, qu'il a tenu compte de leur jeune âge et tout et qu'il n'a pas appelé les flics mais que là il va le faire parce que elles dépassent les bornes de la malhonnêteté et qu'elles l'ont assez pris pour un imbécile. Les cris redoublent, elles avouent le vol, disent qu'elles vont se faire tuer par leur père et qu'en plus elles ont été obligées de voler parce qu'il ne leur donne pas un centime pour se vêtir. Mais cette fois ci, rien n'y fait, il est inflexible, il les a déjà averties deux fois, il va appeler la police. Il fait son boulot à merveille, sans haine, sans s'énerver ni abuser de son pouvoir. La scène se termine au moment où, en quittant le magasin, on entend l'argument qui tue : "Nous sommes musulmanes comme toi, tu ne vas pas agir contre tes propres sœurs !". Là, il manque de perdre contenance, car justement, il est un bon musulman, lui : "Vous devriez avoir honte de vous retrancher derrière la religion ! le Coran dit justement qu'il ne faut pas voler, alors taisez-vous, vous êtes des voleuses, des menteuses et en plus, vous êtes impies !". L'histoire ne dit donc pas si, finalement, il a appelé la police. Je dirai bien que non, tout de même, le bon vigile.
08 mai 2005
30 avril 2005
Les Tours de Vigneux
Farouche et gris, le ciel court
Au-dessus des tours de Vigneux
Pressé comme un besogneux
Par la banalité des jours
Liquide et bleu, l'ennui sourd
Du béton contraint des banlieues
Et s'insinue au milieu
Des cités barrées sans recours
Tourne la roue des saisons,
Elles sont, toujours à l'horizon,
Froides bornes débonnaires
Fauchant le temps, prenant la vie,
Sentinelles solitaires,
Que le monotone asservit.
(un Sonnet par Lieu)
Farouche et gris, le ciel court
Au-dessus des tours de Vigneux
Pressé comme un besogneux
Par la banalité des jours
Liquide et bleu, l'ennui sourd
Du béton contraint des banlieues
Et s'insinue au milieu
Des cités barrées sans recours
Tourne la roue des saisons,
Elles sont, toujours à l'horizon,
Froides bornes débonnaires
Fauchant le temps, prenant la vie,
Sentinelles solitaires,
Que le monotone asservit.
(un Sonnet par Lieu)
24 avril 2005
Collectionner un mot. J'ai trouvé, dans "La mystérieuse flamme de la Princesse Loanna" d'Umberto Ecco, que je suis en train de lire (et qui, je dois l'avouer, me tombe un peu des mains, au point où j'en suis) une une idée assez jolie : la collection de citations contenant un mot donné, en l'occurence le mot "brouillard". Il se trouve que le narrateur du livre est un marchand de livres anciens, qui collectionne à peu près tout ce qui est écrit. Collectionner un mot c'est un peu comme cueillir des champignons ou ramasser des coquillages sur la plage : c'est une promenade attentive, une pêche à la ligne rêveuse. Il n'y a pas la tension de la chasse ni l'obsession de la quête. On ne cherche pas, on trouve, comme dirait Picasso. Et si on ne trouve pas, il n'y pas de dépit : on ne rentre pas bredouille de la cueillette des mots, on en trouvera bientôt, au prochain livre, au prochain article de journal. Ce qui compte, c'est le plaisir de la ballade, de la déambulation entre les pages et les lignes, et tout ce qu'on aura lu. On aura pris les lettres comme d'autres prennent l'air. Je trouve que le mot "brouillard" est particulièrement bien choisi. C'est qu'il ne faut pas prendre un mot au hasard. Il faut que ce soit un mot concret, qu'il puisse évoquer des images. Il faut qu'il possède un potentiel romanesque ou mystérieux. Il doit être aussi peu polysémique que possible. Mais on doit pouvoir le rencontrer facilement. Il faut qu'il soit fréquent, mais pas complètement banal. Il faut pouvoir le distinguer dans le brouillard... Ce mot ce serait comme un coquillage d'une forme ou d'une couleur particulière, mais ce serait un coquillage. On pourrait en trouver de "joli spécimens". Il ne doit pas être un concept. Le mot "lumière", par exemple, qui me vient par association, et que je choisirais bien, me semble peut-être un peu trop chargé d'idées, de même que le mot "couleur". Il faudrait en choisir une, de couleur : le "jaune" ou le "bleu". Mais on n'est pas sûr du "rendu" romanesque ou évocateur de la citation qui le contiendra. Ce ne sera pas tant le mot qui comptera mais sa couleur ou sa forme, c'est-à-dire, en l'occurence, la phrase ou la citation dont il fait partie. Mais surtout il faut que cela soit un mot qu'on aime et dont on sait à l'avance que les citations ou les phrases qui le comptent vous réjouissent l'âme. Je déciderai donc, pour ma part, du mot : "Insomnie", tout à fait arbitrairement, sans aucune assurance ni certitude, et pour tenter l'expérience. Si ça ne marche pas, je changerai de mot, mais je promet de vous avertir. Rendez-vous dans quelques semaines, pour les premiers résultats.
Début de roman définitivement inachevé, 2
Il fut un temps où il collectionnait les amoureux inconnus. Il enregistrait dans sa mémoire les images fugitives de couples croisés dans la rue, il prenait plaisir à les espionner à la terrasse des cafés, il rebroussait chemin pour les prendre en filature avant qu'ils ne disparaissent sous les porches, il les examinait sous le nez, de près ou bien il les observait de loin, sur les bancs publics, il les traquait dans les squares. Il les passait en revue sur les quais de la seine ou autour des pelouses du jardin du Luxembourg. Il les cherchait dans les queues de cinéma, les approchait à pas de loup dans les librairies, les guettait sur le quai du métro, s'approchait d'eux à la faveur de la foule. Il s'imprégnait de leurs mouvements, de la façon dont ils se prenaient les mains, les tailles, les épaules, les nuques. Il étudiait les séquences de gestes, les enchaînements de poses, les rapprochements des corps, leurs détachements. Par exemple : "Ceux-là, ils sont sur le quai, à Châtelet, au milieu de la foule, assis côte à côte sur les sièges bleus. Elle lui donne sa main à caresser. Leurs bouches se sourient, tout près, tout près, avant de se prendre.." Ou bien : " On dirait qu'il pèse sur elle, elle titube même un peu. Il a posé son bras sur ses épaules. Son coude fait un angle derrière sa nuque. Ils parlent en marchant. Il penche la tête vers la sienne et leurs cheveux se mêlent. Il lui montre quelque chose du doigt.." Ou encore : "Près du bassin, elle, assise un peu allongée sur un fauteuil en métal, lui soudain s'accroupit et pose la tête sur son giron en lui caressant la joue de son bras levé, à l'aveugle.." Et ceux-là : "aperçus fugitivement à la fenêtre de ma voiture en passant sur un passage clouté. Il la tient par la taille, elle aussi, il resserre son étreinte pour l'empêcher d'avancer et me laisser passer. Ils rient..". Il en avait rempli scrupuleusement tout un carnet de notes. Quand le carnet avait été plein, il l'avait rangé sur une étagère et l'avait oublié.
Il fut un temps où il collectionnait les amoureux inconnus. Il enregistrait dans sa mémoire les images fugitives de couples croisés dans la rue, il prenait plaisir à les espionner à la terrasse des cafés, il rebroussait chemin pour les prendre en filature avant qu'ils ne disparaissent sous les porches, il les examinait sous le nez, de près ou bien il les observait de loin, sur les bancs publics, il les traquait dans les squares. Il les passait en revue sur les quais de la seine ou autour des pelouses du jardin du Luxembourg. Il les cherchait dans les queues de cinéma, les approchait à pas de loup dans les librairies, les guettait sur le quai du métro, s'approchait d'eux à la faveur de la foule. Il s'imprégnait de leurs mouvements, de la façon dont ils se prenaient les mains, les tailles, les épaules, les nuques. Il étudiait les séquences de gestes, les enchaînements de poses, les rapprochements des corps, leurs détachements. Par exemple : "Ceux-là, ils sont sur le quai, à Châtelet, au milieu de la foule, assis côte à côte sur les sièges bleus. Elle lui donne sa main à caresser. Leurs bouches se sourient, tout près, tout près, avant de se prendre.." Ou bien : " On dirait qu'il pèse sur elle, elle titube même un peu. Il a posé son bras sur ses épaules. Son coude fait un angle derrière sa nuque. Ils parlent en marchant. Il penche la tête vers la sienne et leurs cheveux se mêlent. Il lui montre quelque chose du doigt.." Ou encore : "Près du bassin, elle, assise un peu allongée sur un fauteuil en métal, lui soudain s'accroupit et pose la tête sur son giron en lui caressant la joue de son bras levé, à l'aveugle.." Et ceux-là : "aperçus fugitivement à la fenêtre de ma voiture en passant sur un passage clouté. Il la tient par la taille, elle aussi, il resserre son étreinte pour l'empêcher d'avancer et me laisser passer. Ils rient..". Il en avait rempli scrupuleusement tout un carnet de notes. Quand le carnet avait été plein, il l'avait rangé sur une étagère et l'avait oublié.
22 avril 2005
Il établissait des catalogues, des listes d'objets mentaux en tout genre. Il faisait le recensement de ses souvenirs, il les organisait, il les hiérarchisait. Il classait, séparait, définissait des catégories, des ensembles. Il faisait régulièrement le tour du propriétaire de sa mémoire. Il veillait à ce que rien ne manque, il furetait dans les coins les plus inaccessibles à la recherche de réminiscences cachées. S'il butait sur l'obstacle de l'oubli, il tentait de le contourner avec toute la patience dont il était capable. Il pensait qu'à son âge c'était devenu indispensable. Il ne disposait plus de l'avenir indéfini de la jeunesse. Il lui fallait savoir s'il était dans les temps, en quelque sorte. Clément Rosset, évoque dans son livre "Route de Nuit" les catégories espagnoles des cosas sin hacer (choses qui restent à faire) et des cosas sin saber (choses qui restent à savoir) : Il aurait voulu faire le tour ce qui lui restait à faire et de ce qui lui restait à savoir. Il voulait se rendre compte s'il avait le temps, s'il pouvait traîner en chemin, musarder ou bien s'il lui fallait se hâter ou faire fissa. De quelle question avait-il fait suffisamment le tour ? De quelle autre était-il certain qu'il n'y avait pas consacré assez de temps ? Car le temps était venu du temps compté. L'avarice allait forcément prendre le pas sur la prodigalité. Il allait falloir faire des choix, savoir ne pas se lancer dans des entreprises trop longues (par exemple apprendre un nouvel instrument de musique ou une langue étrangère), mais aussi évaluer celles pour lesquelles il avait raisonnablement du temps (par exemple faire tel voyage, relire tel auteur).
20 avril 2005
Comme vous le voyez sur la colonne de droite, j'ai enfin réussi à installer RADIOBLOG sur ma page. Pour écouter la musique du jour, qui restera en place trois ou quatre jours, je ne vous avertirai pas à chaque fois, cliquez à l'intérieur du cadre (pas sur "Radioblog" !), quand la flèche se transforme en "main", ce n'est pas obligatoire. Si vous voulez arrêter d'écouter, mettez le volume à zéro avec la "main", sous le cadre (il faut scroller) ou bien cliquez sur pause (scrollez aussi) : La première musique du jour est un extrait suites fraçaises de J S Bach par Piotr Anderjewski (sublime, n'est-il pas ?) Par ailleurs, si quelqu'un peut m'expliquer comment faire apparaître les titres il sera décoré de l'ordre du ciscoblog d'or, merci !
Une expo de ce photographe se tient actuellement à New York, elle va bientôt arriver à Paris, chouette ! C'est la jeune Camille qui nous l'apprend, dans un très bon petit blog franco-newyorkais, la "gazette newyorkaise" (recommandé par un "blog par jour")
17 avril 2005
Un haïku par bain, 12
Au mur un reflet
L’eau miroitante y frétille
Soleil de printemps !
(voir tous les "haïkus par bain")
Au mur un reflet
L’eau miroitante y frétille
Soleil de printemps !
(voir tous les "haïkus par bain")
16 avril 2005
Merveille, 19
Je peux admettre qu'on dise que "la Nuit Américaine" n'est pas le meilleur film de François Truffaut. Passe encore qu'on lui préfère "Jules et Jim" ou les "400 coups". Cependant j'aurais beaucoup de tendresse pour qui me dirait que la "Nuit américaine" est son film de Truffaut préféré et plus encore pour qui me dirait que c'est son film préféré tout court. En tout cas c'est le mien. Et de loin, me semble-t-il, devant même "les Sept samouraïs" de Kurosawa et la "Mort aux trousses" d'Hitchcock, qui feront partie de la prochaine nouvelle liste des merveilles, d'ailleurs. Je suis certain, en tout cas, que c'était le film préféré de Truffaut lui-même, vu qu'il a souvent joué le rôle principal de ses films préféré (Itard, dans "l'enfant sauvage" par exemple, où le veuf de la "Chambre verte"). J'ai toujours été épaté par le personnage de Ferrand, le metteur en scène. Je me suis toujours demandé pourquoi Truffaut l'avait affublé d'un sonotone sans jamais faire dire quoique ce soit à ce sujet par le personnage. Si quelqu'un a des informations sur le sonotone de Truffaut dans la "Nuit américaine", qu'il me les fasse passer… La nuit américaine n'est pas seulement un film sur le cinéma, le meilleur "making of" jamais réalisé", c'est au fond un film sur le travail, sur le collectif au travail, sur le bonheur incroyable de s'apercevoir qu'on fait un métier qu'on aime et de le faire bien, quelque fois, miraculeusement pour ainsi dire. Ce n'est pas autre chose que ce miracle que raconte la "Nuit américaine", sa fragilité : celui du moment où "la sauce prend", où chacun est à sa place, joue son rôle, occupe sa fonction au meilleur de lui-même. On a tous eu à connaître, du moins je l'espère, la même euphorie, la même joie, la même plénitude, que confère à chacun de ses membres un collectif qui "marche". Un groupe qui ne marche pas, c'est un "groupe en fusion", qui se prend pour son propre œuvre, le groupe qui marche est tendu, en revanche vers la production de l'œuvre. A la fin, il peut se séparer calmement, sans hystérie. C'est ce qu'on voit dans la longue scène finale de la "Nuit américaine" : des adieux sereins, pas déchirants, un simple "au revoir" calme et beau. Chacun retourne chez lui, à ses problèmes peut-être, mais le groupe ne l'aura pas détruit (et pourtant il s'en sont passées, des choses tragiques). C'est en cela que le cinéma est le plus proche du théâtre : ce n'est pas seulement que c'est un spectacle "quasi vivant", une reconstitution imagnaire de la vie ou de la pensée, un enregistrement d'un rêve, etc...c'est un art collectif, une co-création. Il n'y a d'ailleurs pas que le cinéma qui ressemble au théâtre en ce domaine. Je suis persuadé, comme le dit si bien F. Guattari, que le soin, qui n'est pas tout à fait la même chose que "les" soins, en psychiatrie, est une co-création, comprenant au moins deux personnes, le soignant et le soigné (l'analyse est un exemple parfait de co-création, le "surcroît" dont parle Lacan) mais le plus souvent toute une "équipe", pateints compris. Je reviendrai sûrement un jour (et pas une nuit, comme ce soir) sur cette question du soin comme oeuvre d'art, pas seulement métaphorique. Dans "la Nuit américaine", le moment de la cohésion, de la co-création est accompagné d'une musique sublime de georges Delerue : la "grande fugue de la Nuit américaine" qui, à elle toute seule, justifie tous les frissons. Le temps s'accélère, devient lui-même une fugue, tout est à la fois transfiguré et bien réel, l'enchaînement des images devient presque onirique, comme dans ces rêves où le vrai est plus vrai que nature. Le cinéma, qui est la véritable "guérison" de Truffaut, transcende le sujet des deux films, l'un montrant l'autre en train de se faire, le "vrai" et le "faux", mais ils sont tout aussi "vrais" ou "faux" l'un que l'autre, la mort d'Alexandre, la vraie et la fausse, en apportant la preuve irréfutable. Toute oeuvre d'art est avant tout reflexion sur l'art. Réflexion : reflet, réfléchissement. Alternative inouïe à la sècheresse du réel. La "Nuit américaine" est alternative, d'un bout à l'autre, du titre au déroulement même du film dans sa durée : C'est à la fois la nuit de l'actrice américaine, jacqueline Bisset, et la nuit en plein jour, nuit américaine.
15 avril 2005
Rain in the garden
tres belle photo d'un jardin japonais situé quelque part en Oregon (sic). Peut-être ne percevez vous pas tout le sel de la performance mais cette photo a ete postee directement de son emplacement sur Flickr, y compris cette petite note. On n'arrête plus le progrès ! (note absolument add-free)
13 avril 2005
je relaie aussi une trouvaille de l'homme qui marche sur R. Clark, un photographe qui parcourt les USA avec un caméraphone (mot beaucoup plus joli que téléphone-appareil poto) c'est évidemment une publicité pour le fabriquant dudit caméraphone mais c'est assez magistral et démontre en tout cas à quel point ces incroyables petites machines en sont arrivé.
12 avril 2005
Les livres de ma vie.
JR, de l’ « homme qui marche » alias « douze lunes » et d’autres encore, me fait passer le relais d’un questionnaire sur les livres que vous avez probablement déjà rencontré sur vos blogs favoris. Je livre donc ici volontiers ma contribution.
1 – combien de livres lisez-vous par an ? – Autour de cent, un petit peu plus ou un petit peu moins selon les années Avant je considérais comme absolument indispensable d’aller jusqu’au bout d’un livre même s’il m’ennuyait ou ne plaisait pas. Avec les années je suis à la fois devenu plus indulgent avec moi-même et les ouvrages. Je nous délivre de notre peine avant terme si cela s’avère nécessaire. Je n’en n’éprouve plus aucun remords. La vie se fait un peu plus urgente… plus trop de temps à perdre.
2 – Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ? – David Grossmann, « j’écoute avec mon corps ». Pure coïncidence. Ce n’est pas du tout un parent à moi. C’est un très bon auteur israélien dont j’avais adoré « Voir ci-dessous amour » (voir ci-dessous, sic) qui m’avait en outre fait découvrir Bruno Schulz
3 – Quel est le dernier livre que vous ayez lu ? – « Réponses » de Erri de Luca dont j’ai cité récemment une phrase comme « pensée de la nuit ». Erri de Luca est un écrivain rare. Je veux dire qu’il écrit surtout des textes assez courts. Des quintessences, des concentrés d’écriture, limpides. Il a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles…
4 - Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés - Alors là, je vais tricher. Je donne une première liste qui est la première qui me vient à l’esprit, je donnerai ensuite un peu plus tard un jeu de 5 listes que j’aurais pu donner il y a trois mois, cinqn vingt ou même il y a cinq minutes, si on m’avait posé la question, parce que cinq livres seulement, vraiment je ne peux pas. La première liste, spontanée, disons, est la suivante : 1 – « Eureka street » de Robert Mac Liam Wilson. Probablement le meilleur roman que j’ai jamais lu. C’est toute l’histoire de l’Irlande du Nord, le roman d’une ville et de ses habitants, Belfast. Il y a des pages sur un attentat à la bombe qui m’ont laissé bouche bée. Un chef d’œuvre absolu (du même auteur, je mentionnerais « la douleur de Manfred » qui est un livre antérieur et tout aussi déchirant) 2 – « L’équilibre du monde », de Rohinton Mystry, un grand roman indien beau comme du Dickens ou du Victor Hugo, une saga, une épopée. C’est un de ces livres où l’on se baigne, s’immerge, se noie, on n’en sort plus, longtemps après l’avoir terminé. 3 – « L’œuvre de Dieu, la part du diable », de John Irving qui n’est pas un romancier de gare, comme le croyait ma copine A*, un peu snob parce qu’on trouvait ses livres dans le livre de poche, et donc dans les gares, mais un grand, digne du prix Nobel, mais les académiciens suédois sont bêtement antiaméricains, même constatation pour Philip Roth (voir ci-dessous, aussi). John Irving est à part égale avec Roth, le prototype du classicisme (c’est une grande qualité pour moi) en littérature moderne, je citerai à part pratiquement égale d’Irving « Un mariage poids moyen » et « l’hôtel New Hampshire » que me fait pleurer, moi aussi à chaque relecture. 4 – « La plaisanterie » de Milan Kundera, plus encore que « l’insoutenable légèreté de l’être » pollué dans ma mémoire par la médiocre mise en cinéma. Véritable découverte, par le roman, de ce dont la presse et les informations nous avaient rebattu les oreilles : L’univers gris du stalinisme et de l’Europe centrale. 5 - "La vie mode d'emploi" de Georges Perec, dont j'ai déjà beaucoup parlé ici. Merveille des merveilles.
Pour jouer le jeu, je ne lasserai cue cette sur la page principale de CISCOBLOG, si vou voulez consulter les autres listes, cilquez ici, bonsoir.
JR, de l’ « homme qui marche » alias « douze lunes » et d’autres encore, me fait passer le relais d’un questionnaire sur les livres que vous avez probablement déjà rencontré sur vos blogs favoris. Je livre donc ici volontiers ma contribution.
1 – combien de livres lisez-vous par an ? – Autour de cent, un petit peu plus ou un petit peu moins selon les années Avant je considérais comme absolument indispensable d’aller jusqu’au bout d’un livre même s’il m’ennuyait ou ne plaisait pas. Avec les années je suis à la fois devenu plus indulgent avec moi-même et les ouvrages. Je nous délivre de notre peine avant terme si cela s’avère nécessaire. Je n’en n’éprouve plus aucun remords. La vie se fait un peu plus urgente… plus trop de temps à perdre.
2 – Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ? – David Grossmann, « j’écoute avec mon corps ». Pure coïncidence. Ce n’est pas du tout un parent à moi. C’est un très bon auteur israélien dont j’avais adoré « Voir ci-dessous amour » (voir ci-dessous, sic) qui m’avait en outre fait découvrir Bruno Schulz
3 – Quel est le dernier livre que vous ayez lu ? – « Réponses » de Erri de Luca dont j’ai cité récemment une phrase comme « pensée de la nuit ». Erri de Luca est un écrivain rare. Je veux dire qu’il écrit surtout des textes assez courts. Des quintessences, des concentrés d’écriture, limpides. Il a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles…
4 - Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés - Alors là, je vais tricher. Je donne une première liste qui est la première qui me vient à l’esprit, je donnerai ensuite un peu plus tard un jeu de 5 listes que j’aurais pu donner il y a trois mois, cinqn vingt ou même il y a cinq minutes, si on m’avait posé la question, parce que cinq livres seulement, vraiment je ne peux pas. La première liste, spontanée, disons, est la suivante : 1 – « Eureka street » de Robert Mac Liam Wilson. Probablement le meilleur roman que j’ai jamais lu. C’est toute l’histoire de l’Irlande du Nord, le roman d’une ville et de ses habitants, Belfast. Il y a des pages sur un attentat à la bombe qui m’ont laissé bouche bée. Un chef d’œuvre absolu (du même auteur, je mentionnerais « la douleur de Manfred » qui est un livre antérieur et tout aussi déchirant) 2 – « L’équilibre du monde », de Rohinton Mystry, un grand roman indien beau comme du Dickens ou du Victor Hugo, une saga, une épopée. C’est un de ces livres où l’on se baigne, s’immerge, se noie, on n’en sort plus, longtemps après l’avoir terminé. 3 – « L’œuvre de Dieu, la part du diable », de John Irving qui n’est pas un romancier de gare, comme le croyait ma copine A*, un peu snob parce qu’on trouvait ses livres dans le livre de poche, et donc dans les gares, mais un grand, digne du prix Nobel, mais les académiciens suédois sont bêtement antiaméricains, même constatation pour Philip Roth (voir ci-dessous, aussi). John Irving est à part égale avec Roth, le prototype du classicisme (c’est une grande qualité pour moi) en littérature moderne, je citerai à part pratiquement égale d’Irving « Un mariage poids moyen » et « l’hôtel New Hampshire » que me fait pleurer, moi aussi à chaque relecture. 4 – « La plaisanterie » de Milan Kundera, plus encore que « l’insoutenable légèreté de l’être » pollué dans ma mémoire par la médiocre mise en cinéma. Véritable découverte, par le roman, de ce dont la presse et les informations nous avaient rebattu les oreilles : L’univers gris du stalinisme et de l’Europe centrale. 5 - "La vie mode d'emploi" de Georges Perec, dont j'ai déjà beaucoup parlé ici. Merveille des merveilles.
Pour jouer le jeu, je ne lasserai cue cette sur la page principale de CISCOBLOG, si vou voulez consulter les autres listes, cilquez ici, bonsoir.
10 avril 2005
09 avril 2005
08 avril 2005
07 avril 2005
Il y a une photo. Je ne l'ai pas sous les yeux, je la décris de mémoire. Nous posons, mon frère et moi, en culottes courtes et en chemises blanches. Nous sommes assis côte à côte devant la porte d'une grange. Il y a peut-être des géraniums derrière nous. Nous avons moins de huit ans. C'est à Combloux, en Haute-Savoie, face à la chaîne du Mont Blanc. Nos parents appelaient ça un "home d'enfants". Très tôt, ils nous ont envoyés dans des homes d’enfants. Maintenant on dirait des « colos ». Mais c’était un peu plus chic, plus familial, il y avait moins d’enfants, parfois seulement moins d’une dizaine. Il y avait une directrice, chef des cheftaines, vieille dame qui se faisait appeler "tante Micette" (c'est un prénom qui n'existe pas). Il y avait un chalet tout en bois dont il ne me reste que de très vagues images, avec des parquets et de longs balcons (plus tard j'apprendrai qu'on dit "galerie"). Tante Micette recevait, aidée d'une poignée de cheftaines scoutes, jolies jeunes filles à lunettes, foulards noués sur les longs cous blancs, une petite vingtaine d'enfants pendant les vacances. La vie était organisée comme dans un camp scout : réveils en fanfare, patrouilles, noms de totem, jeux de pistes dans des forêts sombres. Tante Micette était toujours habillée de noir, un filet dans ses cheveux blancs. Elle était plus sévère que gentille, devait beaucoup rassurer les parents. Il y avait messe obligatoire. Nos parents ne le savaient pas. Mon frère et moi avons longtemps protégé leur ignorance pour ne pas leur faire honte. Je garde le souvenir de messes forcées, de timides et vaines rebellions, d’antisémitisme rampant quand j’y repense, de chansons, « Eh ho vieux Joe », « ensen-emble tout sem-emble plus beau », « Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry », de grosses chaussures de cuir brossé kaki qui faisaient mal, de traces de pas dans la neige et de pieds gelés. Nous y avons appris, un hiver à faire du ski. Je me souviens des skis fixés aux pieds par des lanières de cuir et des bouts d'allu qui servaient de fixation. Il fallait farter, sinon ça ne glissait pas, même dans le sens de la pente. On montait les skis sur l'épaule ou interminablement en "escalier". Il n'y avait pas de tire-fesses. À cette époque, je rêvais d'être scout, probablement à cause des cheftaines.Je rêvais de leurs totems et de leurs troubles ravissements. Mais je n'aimais pas tante Micette.
06 avril 2005
Ciscoblog, cela se saurait, n'est pas Google (pour faire snob, prononcez Gogol, comme les djeuns des técis.) Cependant on trouve tout sur Ciscoblog, surtout ce qu'on ne cherche pas. Cela vient de m'arriver, justement : en parcourant mes liens (en LCD) je suis tombé sur cette liste qui tombe pourtant à pic - l'avez vou trouvée ailleurs ? (via écholalie, bien sûr, vous pouvez d'ailleurs consulter toutes les autres listes, mais attention de ne pas tomber dedans, vous ne pourez plus en sortir !))
05 avril 2005
Pierre Pachet : ce qui compte pour lui, en écriture, c'est le travail de l'idée, pas celui du langage. Il dit qu'écrire sans idée lui paraît à la limite de l’obscénité. Je trouve qu'il exagère, mais qu'il n'a pas tout à fait tort. Il s'interroge sur les artifices propices à la "venue" des idées. Il faut impérativement s'en remettre au hasard. Comment à la fois favoriser le hasard et convoquer ce qui en émerge ? Pour lui, pas de meilleur moyen que la promenade, parce que justement, elle prive des moyens d'écrire. Oublier les crayons, les stylos, cacher les carnets de notes, les bouts de papiers, jeter les tickets de métro. Se mettre dans un état propice au surgissement, ne rien chercher à retenir, laisser même l'oubli agir. Pierre Pachet est un écrivain presque inconnu, C'est mon écrivain secret. J'ai lu trois livres de lui. "Autobiographie de mon père" et "Conversations à Jassy" qui sont de véritables joyaux. Le premier m'avait été recommandé par Jean Claude B., qui l'avait édité dans la collection "Autrement" et découvert, à cette occasion, avec passion (c'est un homme déjà âgé, il a plus de soixante ans). Le second, j'ai eu le bonheur de tomber dessus à la librairie "Compagnie" en furetant parmi les rayons : Jassy est une ville introuvable, à la frontière de la Russie, du côté de la Bessarabie, peut-être pas très loin de la mer Caspienne. Je suis nul en géographie. En tout cas Jassy ne se situe en aucune manière ni dans les Deux-sèvres ni dans les Yvelines, comme la banalité de son nom pourrait le laisser penser. C'est la ville natale de son père, Monsieur Pachet, juif russe comme lui non plus, son nom ne l'indique pas, et il y fait un splendide pèlerinage tout en retenue et en émotion. Plus tard, j'ai encore trouvé, à "Compagnie", "l’œuvre des jours",le troisième, d'où je tire le début du texte que vous êtes en train de lire. je suis en train de lire le quatrième, sur lequel je suis encore tombé par hasard (mais je me dis qu'entre Pierre Pachet et moi, il n'y a peut-être pas que du hasard) en cherchant un livre à offrir à mon juif de père à moi : "L'amour dans le temps". J'en suis à la page 5 et j'ai laissé immédiatement tomber "Confessioins d'un taoïste à Wall Street" de ce phénomène de David Paine. Il attendra. Je voudrais savoir écrire comme Pierre Pachet. Je voudrais laisser venir les idées à moi.
04 avril 2005
02 avril 2005
01 avril 2005
Début de roman définitivement inachevé
C’est un homme ordinaire. Tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il a des activités ordinaires. Il conduit sa Twingo, il regarde le foot à la télé, Il part à son travail le matin et rentre le soir, il a une femme et des enfants, passe l’aspirateur de temps en temps, il fait son marché et la vaisselle quoiqu’un peu trop souvent à son goût. C’est un homme ordinaire, se dit-il, entre deux âges, plein de soucis professionnels et de traites à la fin du mois. Pourquoi lui ? Son métier voulait cela probablement. Ce coup de fil de sa secrétaire sur son portable, cet après midi : « Alain (il s’appelait Alain, il a une secrétaire, sa secrétaire l’appelle par son prénom) on cherche à te joindre » - « Qui çà ? » - « Un médecin légiste ! » - « ? » - « Il veut que tu le rappelle de toute urgence » - « Mais je suis en congé (il avait pris la communication en conduisant, il rentrait du macdo où il avait emmené sa belle fille, il avait pris son mercredi après midi - il connaît la faiblesse insigne de l’argument) qu’est-ce qu’il veut ? » - « il ne me l’a pas dit ! Mais c’est urgent, quand je lui ai dit que tu n’était pas là aujourd’hui, il a répondu que c’est aujourd’hui qu’il avait besoin de toi, il veut que tu le rappelles» «bon, je le rappelle, donne- moi le numéro ». Il a l’habitude de téléphoner en conduisant (il passe ses coups de fils pas urgent sur son trajet professionnel, pénible et long, de banlieue à banlieue, dans les embouteillages ou aux feu rouges, toujours un peu de temps de gagné, il court toujours après le temps), il compose le numéro au prochain feu rouge « médecin légiste, médecin légiste qu’est-ce que c’est que ça encore… » La petite joue avec le cadeau macdo de la semaine, arrimée à l’arrière. « Allo, c’est Haltman », on lui répond « Taine à l’appareil (c’est le médecin légiste de l’hôpital, c’est idiot mais ça le rassure, c’est professionnel) je t’appelle d’A* : un homme vient de tuer ses deux enfants et de se suicider, l’épouse me paraît bizarre.» - « on le serait à moins ! » « Oui, je sais mais justement elle prend tout très froidement, comme si elle n’était pas concernée, elle veut dire adieu à ces enfants, les embrasser une dernière fois, elle est trop bien, pas effondrée, tu vois ce que je veux dire, ça m’inquiète » -« je vois, oui (il baisse le ton et tente de parler par périphrases, la petite continue de jouer à l’arrière) C’est…sale ? » « Oui, très… il y en a partout » - « Elle veut entrer dans la pièce ? – « Elle ne peut pas, il y a les constatations et tout, mais plus tard, Qu’en penses-tu ? » - « je pense que non, pas du tout, au funérarium seulement, elle doit être vue (quand il dit ça il pense que les psy ne regardent pas beaucoup contrairement aux médecins légistes) pas immédiatement, ça ne servirait à rien, mais très rapidement, demain ou sous 48 heures, surtout si elle ne s’effondre pas, OK ? » - « OK, elle ne les voit pas, donc » - « non, elle ne les voit pas » - « OK, je te remercie, c’est ce que je voulais savoir » - « tu as mes coordonnées directes maintenant : on me rappelle dès que c’est nécessaire ». Il jette un coup d’œil dans le rétro, la petite joue toujours, il raccroche. Il se demande si l’échange téléphonique a bien eu lieu. Il y a des choses dans la vie qui ressemblent à un début de polar. C’est un début de polar. Seulement un début, parce que ce n’est pas un polar, c’est la vie : il n’y aura pas de suite(s).
C’est un homme ordinaire. Tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il a des activités ordinaires. Il conduit sa Twingo, il regarde le foot à la télé, Il part à son travail le matin et rentre le soir, il a une femme et des enfants, passe l’aspirateur de temps en temps, il fait son marché et la vaisselle quoiqu’un peu trop souvent à son goût. C’est un homme ordinaire, se dit-il, entre deux âges, plein de soucis professionnels et de traites à la fin du mois. Pourquoi lui ? Son métier voulait cela probablement. Ce coup de fil de sa secrétaire sur son portable, cet après midi : « Alain (il s’appelait Alain, il a une secrétaire, sa secrétaire l’appelle par son prénom) on cherche à te joindre » - « Qui çà ? » - « Un médecin légiste ! » - « ? » - « Il veut que tu le rappelle de toute urgence » - « Mais je suis en congé (il avait pris la communication en conduisant, il rentrait du macdo où il avait emmené sa belle fille, il avait pris son mercredi après midi - il connaît la faiblesse insigne de l’argument) qu’est-ce qu’il veut ? » - « il ne me l’a pas dit ! Mais c’est urgent, quand je lui ai dit que tu n’était pas là aujourd’hui, il a répondu que c’est aujourd’hui qu’il avait besoin de toi, il veut que tu le rappelles» «bon, je le rappelle, donne- moi le numéro ». Il a l’habitude de téléphoner en conduisant (il passe ses coups de fils pas urgent sur son trajet professionnel, pénible et long, de banlieue à banlieue, dans les embouteillages ou aux feu rouges, toujours un peu de temps de gagné, il court toujours après le temps), il compose le numéro au prochain feu rouge « médecin légiste, médecin légiste qu’est-ce que c’est que ça encore… » La petite joue avec le cadeau macdo de la semaine, arrimée à l’arrière. « Allo, c’est Haltman », on lui répond « Taine à l’appareil (c’est le médecin légiste de l’hôpital, c’est idiot mais ça le rassure, c’est professionnel) je t’appelle d’A* : un homme vient de tuer ses deux enfants et de se suicider, l’épouse me paraît bizarre.» - « on le serait à moins ! » « Oui, je sais mais justement elle prend tout très froidement, comme si elle n’était pas concernée, elle veut dire adieu à ces enfants, les embrasser une dernière fois, elle est trop bien, pas effondrée, tu vois ce que je veux dire, ça m’inquiète » -« je vois, oui (il baisse le ton et tente de parler par périphrases, la petite continue de jouer à l’arrière) C’est…sale ? » « Oui, très… il y en a partout » - « Elle veut entrer dans la pièce ? – « Elle ne peut pas, il y a les constatations et tout, mais plus tard, Qu’en penses-tu ? » - « je pense que non, pas du tout, au funérarium seulement, elle doit être vue (quand il dit ça il pense que les psy ne regardent pas beaucoup contrairement aux médecins légistes) pas immédiatement, ça ne servirait à rien, mais très rapidement, demain ou sous 48 heures, surtout si elle ne s’effondre pas, OK ? » - « OK, elle ne les voit pas, donc » - « non, elle ne les voit pas » - « OK, je te remercie, c’est ce que je voulais savoir » - « tu as mes coordonnées directes maintenant : on me rappelle dès que c’est nécessaire ». Il jette un coup d’œil dans le rétro, la petite joue toujours, il raccroche. Il se demande si l’échange téléphonique a bien eu lieu. Il y a des choses dans la vie qui ressemblent à un début de polar. C’est un début de polar. Seulement un début, parce que ce n’est pas un polar, c’est la vie : il n’y aura pas de suite(s).
30 mars 2005
Nous irons à la mer en hiver. S'il y a du soleil ce sera bien. Mais la pluie et le vent ne nous arrêteront pas. Nous nous donnerons des rendez-vous à l'aube sur des parkings et nous nous installerons dans notre petite auto. Nous nous arrêterons sur l'autoroute pour prendre des cafés et acheter des bouteilles d'eau minérale, du coq à l'âne et des sandwichs. Une fois arrivés nous nous hâterons vers la jetée voir si la mer est forte et s'il y a de grosses vagues. Nous nous assiérons pour les contempler sur des plages de gros galets pas très confortables et nous irons nous promener le long des falaises au milieu de hautes herbes sèches. Quand nous aurons faim nous nous installerons au fond des seuls petits troquets ouverts du port en cette saison avec des nappes à carreaux sur la table et avec un menu du jour, une assiette de fruits de mer et du vin blanc. Nous serons généralement les seuls clients, vu l'heure tardive et le jour de semaine. Après ce sera selon : soit le vent aura forci, les vagues auront encore grossi et nous irons les voir depuis la jetée, soit la pluie se sera mise de la partie, ruissellera au bord de ton capuchon et te gouttera sur le nez et nous irons alors visiter ou bien le musée de la Bénedictine ou bien celui des terres-neuvas. Et puis il ne sera pas loin de cinq heures et il nous faudra songer au retour. Nous monterons dans notre petite auto, nous prendrons l'autoroute en sens inverse et arriverons au milieu de la nuit noire sur notre parking. Nous nous ferons des adieux et des serments d'amour. Nous irons à la mer en hiver, à Mézilles au printemps, à Orcival en été, à Fontainebleau jusqu'à la fin des temps.
29 mars 2005
Une bonne "entrée" sur les blogs. Le sujet a beau être à la mode, ce n'est pas si fréquent... Je fais d'ailleurs immédiatement entrer le "Baron Perché" dans ma "Nouvelle Liste des Merveilles", prochainement en LCD (cliquez sur le lien pour comprendre, sinon, non)
26 mars 2005
En 1834, dans l'introduction aux trois volumes intitulés "Cent vues du mont Fuji, Hokusaï écrit : "À l'âge de six ans, j'aimais copier la forme des choses et vers cinquante ans mes dessins étaient fréquemment publiés ; Mais jusqu'à l'âge de soixante-dix ans rien de ce que je n'avais dessiné n'était digne d'intérêt. À soixante-treize ans, je fus à peu près capable de me pénétrer de la croissance des plantes et des arbres, et de la structure des oiseaux, des insectes et des poissons. Ainsi, quand j’eus atteint quatre-vingts ans, j'espère avoir eu fait de croissants progrès, et à quatre-vingt-dix ans avoir vu u peu plus loin dans les principes sous-jacents des choses, si bien qu'à cent ans j'aurai atteint un stade divin de mon art et qu'à cent dix ans chacune de mes taches de couleur et chacun de mes coups de pinceau semblera vivant." La "grande vague" fait partie d'un premier recueil intitulé " trente-six vues du mont Fuji" et publié quelques années auparavant. C’est le dessin le plus célèbre d'Hokusaï : on y voit la fameuse vague bleue dressée sur une hauteur formidable, surmontée d'une dentelle d'écume blanche, menaçante comme une bête fantastique, son mouvement comme figé à son acmé, laisser le passage à un frêle esquif qu'elle pourrait très certainement engloutir comme un rien et qu'on devine dans un creux dévoilant un bout de la côte, finalement toute proche, où se découpe au loin la silhouette si reconnaissable et si attendue du mont Fuji. À Fécamp ce jour-là, ils avaient eu de la chance : le ciel était bleu rayé de longs nuages gris effilochés. La mer leur faisait fête, elle dépassait leurs attentes, elle envoyait très haut ses éclats d'écume. Elle jetait ses grosses vagues couleur d’huître contre la jetée avec une constance enthousiaste et inébranlable. Il y avait d'abord un grand boum comme un coup de canon un peu assourdi. Une ou deux secondes après la gerbe d'écume éclatante de blancheur se dressait, comme un monstre débonnaire, défiant un moment les lois de la pesanteur. Elle s'y soumettait ensuite, faute de mieux, et retombait non sans avoir copieusement éclaboussé la petite casemate derrière laquelle, toute petite, ravie mais pas trop téméraire, elle jouait à cache cache avec elle.
23 mars 2005
19 mars 2005
La première fois que j'ai écouté Summertime, je me souviens très bien quand. C'était vers les années soixante quinze. Je dis bien la première fois. En Soixante quinze. En plein milieu d'une nuit d'été, au douzième étage d'un bel immeuble du treizième entouré comme un vaisseau spatial des lumières de la ville. J'avais bien du l'entendre avant, Summertime, le temps de l'été, qui était précisément celui où nous trouvions tous les quatres à boire et à écouter du Jazz, mais je n'y avais probablement pas prêté plus d'attention que ça : un standart de Jazz parmi d'autres. Je ne l'avais jamais écouté comme ce soir là. C'était chez Jacky et Nathalie. Jacky était un grand amateur de Jazz. Il avait été notre premier guide en ce domaine. Nous allions de découverte en découverte, au fur et à mesure qu'il posait les disques sur la platine (on dit maintenant les "disques noirs", si j'avais prévu à l'époque qu'ils seraient bientôt remplacés par les CDs je les aurais appelé des "grands disques", probablement), une piste de celui-ci, deux ou trois pistes de celui-là, ce qu'il aimait bien et voulait nous faire partager, dans la chaleur de cet été là, qui jamais ne reviendra. Jachim Kuhn, Keith Jarret (Köln concert, je crois bien)et puis soudain ce summertime. J'avais déjà entendu du free. Coltrane, "My favorite Thing", "Olé" et plus tard a "love suprême", et puis, je n'étais ps sûr d'aimer, Ornet Coleman, Antony Braxton et Cecil Taylor, Sun Ra, Pharoa Sanders etc. Summertime, c'était comme si j'écoutais de la musique pour la première fois, pas du Jazz, pas du free, de la musique. enfin, c'était comme autre chose que de la musique mais de la musique malgré tout, qui faisait mal, au coeur, aussi mal que des sanglots longs et des violons. Dans la nuit du treizième. Un solo déchiré. une grande blessure de silence. Aussi douloureux à écouter que certains lieds de Mahler. Je me souviens du sortilège de l'instant comme celui d'un autre monde. Une irruption, un basculement. Je n'ai pas aimé tout de suite, j'ai juste été choqué. Et jamais, après, Summertime ne sera aussi bellement joué. Bien plus tard j'ai rencontré les livres de Jacques Réda et sa manière d'écrire le jazz et de dire le temps de l'été : "Mais quand il s'en est approché, il a vu que le temps simplement suspendu de l'image s'était figé, et avec lui toutes les figures heureuses qui s'y mouvaient sous sa sauvegarde. La scène entière avait basculé dans le temps immobile du passé, et déjà ses couleurs avaient perdu de leur vie, le gris des vieilles photographie neigeait sur l'horizon doré, parmi les ombres opulentes des arbres. Ayler a vu que le temps de l'été s'était achevé. Il n'a pas joué Summmertime. Il s'est agenouillé devant luié il lui a parlé à voix basse et tendre, il l'a supplié comme pour rapeller à soi quelqu'un qui vient de défaillir et à demi defaillant lui-même, il lui a chuchoté et crié combien il avait été beau et combien lui, Ayler, l'aimait, et combien cette distance infranchisssable où il se retranchait maintenant était effrayante et injuste, et cédant à la colère du chagrin il s'est emporté, entrecoupant d'injonctions sa plainte pantelante et presque animalement funèbre. Puis il s'est calmé peu à peu. Il n'a plus émis qu'une lamentation résignée proche du murmure. C'était fini."(L'Improviste). Je trouve ce texte aussi beau que la musique dont il parle. C'est pourquoi jamais je ne pourrai écrire sur Sumertime.
15 mars 2005
13 mars 2005
Je pense à
Ciscoblog. Pas beaucoup de temps pour Ciscoblog. La vie d'un Psychiatre d'Exercice Public n'est pas facile facile par les temps qui courrent : des gardes, des soucis avec des patients, des expertises en retard et l'actualité des médias. Je suis, je l'avoue, décontenancé, angoissé même, par la répétition rapprochée de l’extrême violence qui nous est rapportée et qui frappe des collègues de plein fouet (Pau, Saint Maur…). Je l’ai déjà dit ici, même si le monde de la psychiatrie est un mode violent, par essence, voire par définition, les évènement que rapportent les médias (sans aucun recul) sont relativement rares. Tout de même, et quand la psychiatrie fait la une ce n’est jamais bon signe, presque dix minutes au « 20 heures » de TF1, sur lequel je suis tombé hier, de garde dans le service à Vigneux, à la fin du repas, entouré de quelques patients « schizophrènes » qui ont d’ailleurs reçu le coup sans broncher. Trois fois plus que sur la situation en Irak, et dix fois plus que sur Florence Aubenas…Et le « supplément télévisé » du très sérieux journal «Le Monde » qui en ajoute une couche en publiant une lettre d’un lecteur qui se demande en substance s’il faut continuer à confier notre santé mentale à des incapables Un peu dur à avaler. J’excuse le lecteur, peu importent les difficultés qu’il a pu rencontrer avec notre profession, mais pas la rédaction du journal qui a publié hâtivement la lettre. Dans le même journal, mais dans son édition quotidienne, réputée bien sûr pour son sens de la mesure, j’apprends que « trente personnes travaillent au Centre médicopsychologique de Saint Maur » et que tout le monde stigmatise le manque de personnel. Je crois rêver ! C’est tout juste si au CMP de Vigneux sur Seine où je travaille, ville au moins aussi peuplée que Saint Maur, et autrement plus pauvre, on atteint le tiers. Trente personnes dans un CMP, objectivement c’est beaucoup. Je crois qu’il y a peu de CMP en France qui peuvent se vanter d’avoir une telle équipe. Combien de personnes devraient travailler au CMP de Saint Maur ? Cinquante ? Soixante ? Décidément, je me dis que le problème n’est plus du tout celui du « manque de personnel », et pourtant il en manque, dramatiquement, partout dans les "secteurs". Ajouter des gens, surtout dans les unités d'hospitalisation, il faut le faire, c'est certain, mais j'en suis à me demander si cela va changer grand-chose. C’est du changement radical des relations entre une société qui doute et l’image qu’elle donne de sa propre « santé mentale » ou de sa propre « folie » qu’il est en fait question. C'est un peu plus dramatique encore que le "manque de personnel". Il y a du pain sur la planche pour les psychiatres d’exercice public, vous ne trouvez pas ? J’y courre de ce pas, un peu à reculons pour la première fois de ma vie, le cœur en berne et plein de doute en mes « capacités »… Mais en voilà assez pour ce soir. Bonne nuit braves gens, dormez tranquilles. Et à très bientôt, sur Ciscoblog.
Ciscoblog. Pas beaucoup de temps pour Ciscoblog. La vie d'un Psychiatre d'Exercice Public n'est pas facile facile par les temps qui courrent : des gardes, des soucis avec des patients, des expertises en retard et l'actualité des médias. Je suis, je l'avoue, décontenancé, angoissé même, par la répétition rapprochée de l’extrême violence qui nous est rapportée et qui frappe des collègues de plein fouet (Pau, Saint Maur…). Je l’ai déjà dit ici, même si le monde de la psychiatrie est un mode violent, par essence, voire par définition, les évènement que rapportent les médias (sans aucun recul) sont relativement rares. Tout de même, et quand la psychiatrie fait la une ce n’est jamais bon signe, presque dix minutes au « 20 heures » de TF1, sur lequel je suis tombé hier, de garde dans le service à Vigneux, à la fin du repas, entouré de quelques patients « schizophrènes » qui ont d’ailleurs reçu le coup sans broncher. Trois fois plus que sur la situation en Irak, et dix fois plus que sur Florence Aubenas…Et le « supplément télévisé » du très sérieux journal «Le Monde » qui en ajoute une couche en publiant une lettre d’un lecteur qui se demande en substance s’il faut continuer à confier notre santé mentale à des incapables Un peu dur à avaler. J’excuse le lecteur, peu importent les difficultés qu’il a pu rencontrer avec notre profession, mais pas la rédaction du journal qui a publié hâtivement la lettre. Dans le même journal, mais dans son édition quotidienne, réputée bien sûr pour son sens de la mesure, j’apprends que « trente personnes travaillent au Centre médicopsychologique de Saint Maur » et que tout le monde stigmatise le manque de personnel. Je crois rêver ! C’est tout juste si au CMP de Vigneux sur Seine où je travaille, ville au moins aussi peuplée que Saint Maur, et autrement plus pauvre, on atteint le tiers. Trente personnes dans un CMP, objectivement c’est beaucoup. Je crois qu’il y a peu de CMP en France qui peuvent se vanter d’avoir une telle équipe. Combien de personnes devraient travailler au CMP de Saint Maur ? Cinquante ? Soixante ? Décidément, je me dis que le problème n’est plus du tout celui du « manque de personnel », et pourtant il en manque, dramatiquement, partout dans les "secteurs". Ajouter des gens, surtout dans les unités d'hospitalisation, il faut le faire, c'est certain, mais j'en suis à me demander si cela va changer grand-chose. C’est du changement radical des relations entre une société qui doute et l’image qu’elle donne de sa propre « santé mentale » ou de sa propre « folie » qu’il est en fait question. C'est un peu plus dramatique encore que le "manque de personnel". Il y a du pain sur la planche pour les psychiatres d’exercice public, vous ne trouvez pas ? J’y courre de ce pas, un peu à reculons pour la première fois de ma vie, le cœur en berne et plein de doute en mes « capacités »… Mais en voilà assez pour ce soir. Bonne nuit braves gens, dormez tranquilles. Et à très bientôt, sur Ciscoblog.
12 mars 2005
11 mars 2005
08 mars 2005
07 mars 2005
Enfin une version électronique de 1 00 000 000 000 000 de poèmes, qui n'a jamais attendu que le web, pas trop tôt ! (via désordre)
06 mars 2005
02 mars 2005
un travail invisible un peu fastidieux enfin terminé (mais quel résultat !) : la mise en ligne de l'intégrale des aventures de Lyse Ananas, voir en LCD (la Colonne de Droite)
28 février 2005
C'est peut-être un peu long à télécharger, mais c'est assez vertigineux, peut être l'interface du futur. C'est le dernier projet de Jef Raskin, l'un des inventeurs du macintosh, mort il y a deux jours.
27 février 2005
Merveille, 18

Je vais faire un aveu : j'ai assez longtemps pensé que Georges Perec était breton. Je sais, il y a plus grave comme aveu. Ce n'est pas si intéressant que ça. Ciscoblog a pensé que Perec était breton, bon. La honte. Je sais. N'empêche, j'ai longtemps cru que Perec était breton, c'est à dire français depuis de nombreuses générations, pas tout à fait comme moi. Je pourrai dire même que cela m'avait rassuré, en quelque sorte, qu'il soit breton, pour la bonne raison que quand j'ai appris qu'il ne l'était pas, et je ne vous épargnerai pas comment un peu plus loin, ça m'a fait une sorte de choc . C'est peut-être à cause du fait qu'il n'était pas breton, finalement, que Perec est devenu ce qu'il est pour moi (pardon d'avance aux "vrais" admirateurs...) Ce qui n'empêche pas "La vie, mode d'emploi" d'être peut-être ma merveille la plus merveilleuse. Donc, j'ai cru que Perec était breton. A cause de son nom bien sûr ( Ballec, Leguennec, Drenec, Guilvinec, etc.) et probablement aussi à cause de sa maîtrise de la langue (les bretons sont de vieux français tout de même, ils ne sont pas tous bretonnant et, quand il le sont, j'ai toujours pensé que c'était une érudition supplémentaire, la chance de posséder deux langues, l'une "moderne" et l'autre originelle, etc.) J'ai pensé que Perec était breton, disons au moment où j'ai lu "Les Choses", pas exactement au moment où le livre est sorti, un peu plus tard, mais aussi au moment où j'ai lu "La vie Mode d'Emploi", à sa sortie celui-là, au début des années quatre-vingt. Ca a été a été une des plus grandes rencontre littéraire (et même rencontre tout court) de ma vie. Quand je dis que j'ai pensé que Perec était breton, c'est que justement je n' ai pas pensé à la question des "origines" de Perec en l'air, en passant, ce n'était pas une idée qui m'avait seulement traversé l'esprit (je me fous de savoir, par exemple, si André Green est d'origine anglaise ou Hector Bianchotti argentine, si Vercors est Dauphinois, Marcel Proust juif ou François Bon Icaunais, par exemple, à partir du moment où ils ne sont pas des auteurs "régionalistes", ce que n'était pas Perec, bien entendu.) C'est aussi à cause de son aspect physique, la barbe, le pull marin sur la fameuse photo au chat et au bouton sur la joue (je ne sais pas s'il a jamais mis les pieds sur un bateau et je ne suis pas sûr que le pull soit vraiment marin.) Mais bon, c'est que, dan ces deux livres-là, à aucun moment Perec ne fait allusion à ses origines ou au fait qu'il soit juif, j'en suis certain. Et est-ce que cela compte beaucoup qu'il soit juif - pour lui, ça ne comptait pas tant que ça - ? Ce n'est pas la "judéité" de Perec qui est importante (comme elle l'est, par exemple chez Philip Roth, Primo Levi ou Amos Oz) c'est plutôt la question de ses origines, de la sienne, pas d'où il vient, mais de qui, de qui il est le fils, de ses parents disparus quand il était tout petit, de cette absence (et à l'époque disons que ça avait plus de chance d'arriver à un enfant juif, d'avoir des parents disparus quand on était tout petit, qu'à un autre.) Pourquoi, à la lecture des "Choses" ou de "La vie mode d'emploi" la question de l'origine s'était-elle imposée à moi au point que j'y donne une réponse aussi évidemment fausse ? En premier lieu je suis juif, moi, et je n'ai jamais su distinguer les juifs par autre chose que les assonances de leur nom, mais pas à tous les coups, pas aussi bien en tout cas que le faisaient mes parents et certains de mes copains d'enfance, pour lesquels on pourrait dire que cela avait été plus vital, malheureusement. J'affichais même à l'époque un certain mépris pour cette sorte de sale habitude à chercher des signes de reconnaissance communautaire. A tel point que le nom de Perec "sonnait" breton pour moi et pas juif. Mais en même temps, je suis bien obligé de dire que je lui avais tout de même assigné une origine. Ce qui était loin de mes habitudes et qui n'était en tout cas pas une manie. Je me souviens qu'il y avait des codes de reconnaissance : une question par exemple, "T'es pas un peu breton, toi ? – à laquelle nous ne répondions pas : " Si, de Brest…litovsk !" permettait à la fois de faire signe et de ne pas trop se compromettre en cas d'erreur, j'aurais du me méfier. En second lieu, je parlais de rencontre. C'est après avoir lu "La vie mode d'emploi" (ça a du arriver à d'autres avec Stendhal, Flaubert, Camus ou Claudel, selon les goûts) que j'ai cessé définitivement de croire que j'écrirai un jour un roman ou même un livre. "La vie mode d'emploi" m'avait fait prendre conscience de l'exploit irréalisable que représentait une telle prétention. Malgré mon émerveillement , le bonheur qui m'avait tenu tout au long de la lecture (sans parler des relectures ultérieures), et mon admiration éperdue pour l'homme et l'auteur, j'ai du inconsciemment en vouloir à Perec et donc, peut-être lui retirer le "titre" de juif, ou bien, au contraire, et je suis coutumier de cette trouble duplicité, de lui donner celui de "goy". Je ne dis pas "inconsciemment" au hasard. C'est Francis H., mon analyste, qui me donna la clef quelques années plus tard. Je ne sais plus pourquoi, j'évoquai, au cours d'un de mes soliloques obligés sur son divan, toujours dans l'ignorance de la vérité, "La vie mode d'emploi" à l'appui, l'absence probable de lien entre Perec et la psychanalyse (je devrais avoir honte, mais c'est comme ça) quand je l'entendis ricaner derrière moi (ce qui était très rare, pas seulement ricaner mais même émettre le moindre son) et, de la voix mielleuse qu'il savait alors si bien prendre, me conseiller de lire "W ou le souvenir d'enfance", pour voir. Cette lecture, qui me fit pleurer, fut une révélation aussi grande que celle de "La vie mode d'emploi" et m'obligea à rectifier ma double ou triple erreur. Je n'en admirai Perec que plus éperdument, comme on peut s'en douter (et un peu mon analyste, accessoirement). Bien évidemment, tout était déjà dans "La vie mode d'emploi", à peine déguisé : le puzzle, la pièce manquante, le trop plein, la surabondance ludique, le surplus de plaisir, la jubilation, la douleur. Perec écrivait pour conjurer l'absence, montrait magnifiquement que la vie était comme la littérature : faire semblant de croire qu'on croit, l'écriture ou la vie.
Je vais faire un aveu : j'ai assez longtemps pensé que Georges Perec était breton. Je sais, il y a plus grave comme aveu. Ce n'est pas si intéressant que ça. Ciscoblog a pensé que Perec était breton, bon. La honte. Je sais. N'empêche, j'ai longtemps cru que Perec était breton, c'est à dire français depuis de nombreuses générations, pas tout à fait comme moi. Je pourrai dire même que cela m'avait rassuré, en quelque sorte, qu'il soit breton, pour la bonne raison que quand j'ai appris qu'il ne l'était pas, et je ne vous épargnerai pas comment un peu plus loin, ça m'a fait une sorte de choc . C'est peut-être à cause du fait qu'il n'était pas breton, finalement, que Perec est devenu ce qu'il est pour moi (pardon d'avance aux "vrais" admirateurs...) Ce qui n'empêche pas "La vie, mode d'emploi" d'être peut-être ma merveille la plus merveilleuse. Donc, j'ai cru que Perec était breton. A cause de son nom bien sûr ( Ballec, Leguennec, Drenec, Guilvinec, etc.) et probablement aussi à cause de sa maîtrise de la langue (les bretons sont de vieux français tout de même, ils ne sont pas tous bretonnant et, quand il le sont, j'ai toujours pensé que c'était une érudition supplémentaire, la chance de posséder deux langues, l'une "moderne" et l'autre originelle, etc.) J'ai pensé que Perec était breton, disons au moment où j'ai lu "Les Choses", pas exactement au moment où le livre est sorti, un peu plus tard, mais aussi au moment où j'ai lu "La vie Mode d'Emploi", à sa sortie celui-là, au début des années quatre-vingt. Ca a été a été une des plus grandes rencontre littéraire (et même rencontre tout court) de ma vie. Quand je dis que j'ai pensé que Perec était breton, c'est que justement je n' ai pas pensé à la question des "origines" de Perec en l'air, en passant, ce n'était pas une idée qui m'avait seulement traversé l'esprit (je me fous de savoir, par exemple, si André Green est d'origine anglaise ou Hector Bianchotti argentine, si Vercors est Dauphinois, Marcel Proust juif ou François Bon Icaunais, par exemple, à partir du moment où ils ne sont pas des auteurs "régionalistes", ce que n'était pas Perec, bien entendu.) C'est aussi à cause de son aspect physique, la barbe, le pull marin sur la fameuse photo au chat et au bouton sur la joue (je ne sais pas s'il a jamais mis les pieds sur un bateau et je ne suis pas sûr que le pull soit vraiment marin.) Mais bon, c'est que, dan ces deux livres-là, à aucun moment Perec ne fait allusion à ses origines ou au fait qu'il soit juif, j'en suis certain. Et est-ce que cela compte beaucoup qu'il soit juif - pour lui, ça ne comptait pas tant que ça - ? Ce n'est pas la "judéité" de Perec qui est importante (comme elle l'est, par exemple chez Philip Roth, Primo Levi ou Amos Oz) c'est plutôt la question de ses origines, de la sienne, pas d'où il vient, mais de qui, de qui il est le fils, de ses parents disparus quand il était tout petit, de cette absence (et à l'époque disons que ça avait plus de chance d'arriver à un enfant juif, d'avoir des parents disparus quand on était tout petit, qu'à un autre.) Pourquoi, à la lecture des "Choses" ou de "La vie mode d'emploi" la question de l'origine s'était-elle imposée à moi au point que j'y donne une réponse aussi évidemment fausse ? En premier lieu je suis juif, moi, et je n'ai jamais su distinguer les juifs par autre chose que les assonances de leur nom, mais pas à tous les coups, pas aussi bien en tout cas que le faisaient mes parents et certains de mes copains d'enfance, pour lesquels on pourrait dire que cela avait été plus vital, malheureusement. J'affichais même à l'époque un certain mépris pour cette sorte de sale habitude à chercher des signes de reconnaissance communautaire. A tel point que le nom de Perec "sonnait" breton pour moi et pas juif. Mais en même temps, je suis bien obligé de dire que je lui avais tout de même assigné une origine. Ce qui était loin de mes habitudes et qui n'était en tout cas pas une manie. Je me souviens qu'il y avait des codes de reconnaissance : une question par exemple, "T'es pas un peu breton, toi ? – à laquelle nous ne répondions pas : " Si, de Brest…litovsk !" permettait à la fois de faire signe et de ne pas trop se compromettre en cas d'erreur, j'aurais du me méfier. En second lieu, je parlais de rencontre. C'est après avoir lu "La vie mode d'emploi" (ça a du arriver à d'autres avec Stendhal, Flaubert, Camus ou Claudel, selon les goûts) que j'ai cessé définitivement de croire que j'écrirai un jour un roman ou même un livre. "La vie mode d'emploi" m'avait fait prendre conscience de l'exploit irréalisable que représentait une telle prétention. Malgré mon émerveillement , le bonheur qui m'avait tenu tout au long de la lecture (sans parler des relectures ultérieures), et mon admiration éperdue pour l'homme et l'auteur, j'ai du inconsciemment en vouloir à Perec et donc, peut-être lui retirer le "titre" de juif, ou bien, au contraire, et je suis coutumier de cette trouble duplicité, de lui donner celui de "goy". Je ne dis pas "inconsciemment" au hasard. C'est Francis H., mon analyste, qui me donna la clef quelques années plus tard. Je ne sais plus pourquoi, j'évoquai, au cours d'un de mes soliloques obligés sur son divan, toujours dans l'ignorance de la vérité, "La vie mode d'emploi" à l'appui, l'absence probable de lien entre Perec et la psychanalyse (je devrais avoir honte, mais c'est comme ça) quand je l'entendis ricaner derrière moi (ce qui était très rare, pas seulement ricaner mais même émettre le moindre son) et, de la voix mielleuse qu'il savait alors si bien prendre, me conseiller de lire "W ou le souvenir d'enfance", pour voir. Cette lecture, qui me fit pleurer, fut une révélation aussi grande que celle de "La vie mode d'emploi" et m'obligea à rectifier ma double ou triple erreur. Je n'en admirai Perec que plus éperdument, comme on peut s'en douter (et un peu mon analyste, accessoirement). Bien évidemment, tout était déjà dans "La vie mode d'emploi", à peine déguisé : le puzzle, la pièce manquante, le trop plein, la surabondance ludique, le surplus de plaisir, la jubilation, la douleur. Perec écrivait pour conjurer l'absence, montrait magnifiquement que la vie était comme la littérature : faire semblant de croire qu'on croit, l'écriture ou la vie.
25 février 2005
24 février 2005
Pensée de la nuit N° 80 : "Je compare toujours la langue à un chien en laisse qui vous tire derrière lui. Pour écrire, on n'a pas besoin de faire grand-chose. Il faut commencer par poser quelques jalons, comme pour une esquisse, et puis à un moment les choses prennent. Comme une vis dans le mur qui tout d'un coup mord et qu'on peut enfin visser. Le texte traîne à sa suite celui qui écrit." Elfried Jelinek, interwiew à Christine Lecerf (blog de pierre Assouline)
21 février 2005
A chaque retour de vacances j'ai la même sensation étrange : le monde a changé. D'abord je ne saurais dire pourquoi. Il y a un je ne sais quoi dans l'air, dans l'espace, dans le paysage, dans le réel, pour tout dire, que j'avais oublié et que je retrouve, quelque chose dont je m'étais vite passé qui m'avait pourtant été familier. Le paysage n'est plus celui de la campagne que j'ai parcourue une semaine durant. C'est que je suis à nouveau "en ville", le paysage urbain a ses contraintes, ses laideurs, mais aussi ses beautés, ses familiarités, son rythme. Ce n'est plus le blac silence des espaces enneigés où terre et ciel se confondent. Vous traversez la "campagne" autant qu'elle vous traverse. La nature est silencieuse, elle vous entoure, vous contient. Vous en faites partie immédiatement. Il y a comme une complicité muette, tranquille, un enveloppement. Rien à dire. Le paysage se donne tout de suite, évidence sans paroles. Ce qui arrive, à chaque retour "en ville", c'est que l'espace ne me parle plus de la même façon, ou plutôt il se met à me parler, justement, ce qu'il avait cessé de faire pendant une semaine. C'est de là, probablement que vient cette étrange sensation : Il y a des choses qui s'adressent à moi, moi le passant qui passe, des choses qui me parlent parce que je passe, justement. Ca se met à nouveau à parler. Ce bruit, ce n'est pas seulement la rumeur de la ville. Je peux lire des mots partout. Sur les maisons, les immeubles, à chaque coin de rue. L'espace est saturé de paroles et de significations. La ville parle. La ville me parle. Elle n'a plus la discrétion et l'immédiateté de la nature. Non seulement elle parle mais elle blablate, elle me saoulerait. Le premier jour, la brusque réapparition des mots, des images, absents pendant une semaine, est comme une agression, inquiétante étrangeté. Je m'habitue pourtant vite, oublieux du silence de la nature, et je redeviens cet observateur bavard qu'est tout automobiliste sur son trajet quotidien. Je converse avec la ville, je ne la traverse pas seulement. elle me parle et je lui réponds, je lui donne mon opinion, sinon mes impressions. Il n'y a pas de publicité dans la nature. Aucune inscription sur la neige, pas de néons dans le ciel, pas d'enseignes sur les arbres. On s'abandonne à la contemplation, surpris par la course d'un famille de biches, par le vol des oiseaux se proie ou la vision des éperons de glace figés aux fontaines. On n'y parle pas. Dans la nature, le paysage ne fait que vous caresser et vous envelopper. Pas besoin de mots. Ce matin, en ville, sur les panneaux publicitaires, les slips et les caleçons masculins "Hom" bien remplis avaient remplacés les créatures de rêves et les corps ideaux des filles "Lise Charmel" qui m'avaient accompagné au travail la semaine dernière. En une semaine la ville parlante avait changé de sujet, de sexe, après les femmes les hommes. La conversation avait repris. La ville me parlait de corps, de mon corps forcément à travers celui, idéal, des autres. La ville me parlait de sexe. Bientôt elle me parlera d'enfants, d'argent ou de voitures, et puis encore de sexe. Je me dis que ce qui définit l'espace urbain est qu'il est un paysage parlant. La ville ne serait pas la ville si elle ne parlait pas. La ville est incapable de se taire.
19 février 2005
13 février 2005
09 février 2005
Merveille, 17
Il en est des lieux comme des livres. Vous pensez vous y tenir, mais ce sont eux qui se tiennent en vous, qui vous tiennent. Vous y déambulez mais ils sont déjà depuis longtemps une partie de vos pieds, de vos jambes, de vos yeux. Il ne s'agit pas de paysages. Il ne s'agit pas d'images. ces lieux - ou ces livres - vous habitent plus que vous les avez habités. A vrai dire, vous les avez assimilés, incorporés. Vous vous êtes faits de leur rumeur, de leurs couleurs et de leurs personnages. Quand vous les avez quittés ou que vous les avez refermés, ils vous ont manqué. La nostalgie d'eux vous vient souvent. Pourtant vous ne les avez pas perdus, ils sont déjà en vous, depuis longtemps, ils sont une de vos poutres maîtresses. Je parle des livres aussi parce que je viens d'en refermer un comme on n'en lit pas souvent. Un de ceux qui sont comme un fleuve qui vous emporte, un de ceux à l'intérieur desquels on se sent tomber sans fin. Terminez le, refermez le pour la dernière fois, et c'est le contact brutal avec le sol : les lieux que vous avez parcourus d'abord neufs puis familiers, les personnages, d'abord intrus puis vite amis intimes vous manquent tout à coup et vous vous sentez orphelin, abandonné. C'est comme une séparation, un deuil. La tristesse de la perte vous envahit. Et pourtant, ces mots écrits, ces personnages, par l'alchimie merveilleuse de la seule littérature, sont entrés en vous. Convertis en chair vive par le lent métabolisme de la lecture, ils sont là qui errent, ébahis, égarés sur je ne sais quel Boul'mich intérieur, à votre propre recherche. C'est une émotion que vous pouvez aussi ressentir parfois à l'apparition du mot "fin" au cinéma : ce n'est pas forcément parce que les personnages vous ont à ce point ému que vous sentez les larmes vous envahir, c'est aussi parce que vous les avez aimé et qu'ils viennent de partir sans vous dire au revoir. Mais il faut vous lever, quitter la salle en emportant leur absence avec vous. C'est peut être, au théâtre, la fonction du "salut" des acteurs après que le rideau se soit refermé. Il s'ouvre à nouveau et les voilà qui reviennent. Quelle joie, elle vous fait battre des mains. Au théâtre, contrairement à ce qu'on croit, ce ne sont pas les acteurs qui sont applaudis, ils ne sont même pas faits de chair, mais bien les personnages, les vrais, en chair et en os, parce qu'au moins ils nous disent au revoir et que nous leur rendons cet au revoir. On ne peut pas le faire au cinéma, car ils ne sont que des images, ni dans les livres, car ils ne sont que des mots, et c'est pourquoi notre détresse est plus forte. Le livre dont je parle est "L'équilibre de monde" de Rohinton Mistry. Ainsi, il y a des bouts de moi qui sont fait de "tante Dina", de "Maneck", d'"Ishvar", d'"Omprakash", du "Maître des mendiants" et de "Shankar". Et il y en a d'autres, plus anciens, plus denses encore, qui sont faits de "Librairie soixante treize", de "Papeterie cent quinze", de "Literie Gerbault", de "Café le Luco", de "Home Confort" et de "Motobecane". Le boulevard Saint Michel n'existe plus, il n'a jamais existé, ou plutôt si, il a existé une seule fois, il y a bien longtemps, je l'ai refermé un jour comme un livre de ses librairies disparues et je l'ai rangé chez moi sur une étagères. Il en a été de même il y a moins de cinq ans avec Chérruthuruthi, petit village entre rizière et jungle au fin fond du Kérala
07 février 2005
Je pense à
La non rencontre de Charlie Parker et de Stravinsky dans le film "Bird" de Clint Eastwood. C'est une scène qui n'a probablement jamais eu lieu. Elle est seulement dans la tête d'Eastwood réalisateur. Mais la magie du cinéma pourrait nous y faire croire. On voit Parker seul dans une rue huppée et déserte de Los Angeles. Peut être qu'il pleut. Il est devant la grille d'un parc. Il semble hésiter. Il est bien trop tard. Ce n'est pas une heure raisonnable pour sonner chez les gens d'un tel milieu. C'est Forest Withaker qui joue le rôle. Il tente la rencontre de sa vie. Il se dandine d'un pied sur l'autre et finalement se décide. Il actionne la sonnette de la grille et scrute la maison cossue au fond du parc. Il attend, la tête basse, déjà résigné. On voit une fenêtre qui s'allume, on entend un léger remue ménage dans la maison. Séparée de la grille par une centaine de mètres d'allée, la porte s'entrebaille. Gros plan alors sur le grand Igor, en douillette robe de chambre à parments de soie. Il a l'air inquiet. Contre champ. On voit la grille dans la pénombre. On distingue mal la silhouette d'un grand homme noir, à la grille, qui pourrait tout à fait être un vagabond. Igor à peur. Cela se voit en gros plan. Il appelle avec une voix de fausset et un fort accent russe : "Il ya quelqu'un ?" Charlie Parker a déjà esquissé le geste de partir. Igor voit bien qu'il y a quelqu'un, quelqu'un qui s'en va, un noir, mais il repose sa question angoissée : "Il y a quelqu'un ?" qui veut seulement dire "Allez-vous en !" Arrive alors Véra, qui le tire par la manche et le fait entrer à l'intérieur. "C'est qui ?" - "Je ne sais pas." Il n'y a plus personne devant la grille. La porte se referme. Noir. J'ai entendu dans la voiture ce matin sur TSF 89.9 un épisode de la biographie fort bien faite de Charlie Parker et l'histoire du Be-Bop. On ne sait pas assez quel enfer a été la vie de certains grands jazzmen, en proie à leur douloureuse condition d'homme noir et d'artiste. "Bird" et surtout le génial Forest Withaker, nous le montrent assez bien. J'ai un infini respect pour le respect que Clint Eastwood porte à la vie et à la musique de cet albatros (que ses ailes empêchaient de marcher...) abattu en plein vol (il est mort à 34 ans d'une crise cardiaque en éclatant de rire devant un dessin animé à la télé). Eastwood, dans cette scène de 45 secondes en fait une extraordinaire ellipse. Charlie Parker connaîssait et admirait profondément la musique de Stravinsky, il était persuadé que ce qu'il tentait de faire avec le Jazz, Stravinsky l'avait réussi avec la musique classique. Il le tenait pour un très grand homme. Il imaginait une rencontre. C'est en tout cas ce que Eastwood était en droit d'imaginer (que Parker imaginait rencontrer Stravinsky) dans cette magnifique scène de la grille. La conclusion de la scène, déprimante, la barrière sociale impossible à forcer, la bonne (in)conscience de Stravinsky, même si d'ailleurs il appréciait le Jazz, mais cela alors absolument plus rien à voir, la douloureuse lucidité de Parker, est aussi désolante que la mort de Bird elle-même dans le dénuement d'humanité qu'on voit aussi dans le film, qui est un film sur l'autodestruction. On sait maintenant que Stravinsky et Parker se sont effectivement rencontrés mais d'une manière qui n'a rien à voir avec celle décrite par Eastwood. Alfred Apple raconte à peu près ainsi la scène. C'était en 1951, un Samedi soir, à New York, au coin de Brodway et de la cinquante deuxième, au Birdland. Le quintette de Parker passait en seconde partie. La salle était déjà pratiquement pleine pour la première partie avec le trio du pianiste Billy Taylor en dehors du grande table marquée "réservée", ce qui était assez rare au Birland. A la fin du set, une compagnie de quatre ou cinq hommes et femmes vint s'installer. Il monta dans la salle une sorte de clameur quand à la table réservée, où trois garçons s'empressaient déjà, on reconnu l'un des messieurs : Igor Stravinsky en personne. C'était aussi une célébrité dans le monde du Jazz à cause du Concerto qu'il avait composé pour Woody Herman et son orchestre en 1946. Comme le Quintet de Parker s'avançait sur le devant de la scène, le trompettiste Red Rodney reconnut Stravinsky. Rodney se pencha vers Parker et le lui dit. Parker attaqua immédiatement le premier morceau, "Koko", en duo avec Gillespie à une vitesse folle. Au commencement de son second chorus il improvisa magnifiquement sur l'ouverture de "l'Oiseau de Feu" et la joua comme si elle avait toujours fait partie du morceau. Stravinsky eut un rugissement de joie et, battant la mesure avec son verre il en reversa le liquide et les glaçons sur ses voisins qui tentaient d'esquiver, riant et hurlant. Le mouvement du public ne sembla pas distraire Parker qui jouait le regard braqué sur le fond de la salle et ne jeta à aucun moment un seul regard à Stravinsky. La chaleur des applaudissements à la fin de "Koko" fut immédiatement coupée par l'enchaînement de Parker sur sa version de "All the things you are", sans un mot de présentation. Stravinsky était visiblement remué. Savait-il que le disque d'où provenait le morceau et que Bird avait enregistré en 1947 s'appelait "Bird of Paradise" ?
La non rencontre de Charlie Parker et de Stravinsky dans le film "Bird" de Clint Eastwood. C'est une scène qui n'a probablement jamais eu lieu. Elle est seulement dans la tête d'Eastwood réalisateur. Mais la magie du cinéma pourrait nous y faire croire. On voit Parker seul dans une rue huppée et déserte de Los Angeles. Peut être qu'il pleut. Il est devant la grille d'un parc. Il semble hésiter. Il est bien trop tard. Ce n'est pas une heure raisonnable pour sonner chez les gens d'un tel milieu. C'est Forest Withaker qui joue le rôle. Il tente la rencontre de sa vie. Il se dandine d'un pied sur l'autre et finalement se décide. Il actionne la sonnette de la grille et scrute la maison cossue au fond du parc. Il attend, la tête basse, déjà résigné. On voit une fenêtre qui s'allume, on entend un léger remue ménage dans la maison. Séparée de la grille par une centaine de mètres d'allée, la porte s'entrebaille. Gros plan alors sur le grand Igor, en douillette robe de chambre à parments de soie. Il a l'air inquiet. Contre champ. On voit la grille dans la pénombre. On distingue mal la silhouette d'un grand homme noir, à la grille, qui pourrait tout à fait être un vagabond. Igor à peur. Cela se voit en gros plan. Il appelle avec une voix de fausset et un fort accent russe : "Il ya quelqu'un ?" Charlie Parker a déjà esquissé le geste de partir. Igor voit bien qu'il y a quelqu'un, quelqu'un qui s'en va, un noir, mais il repose sa question angoissée : "Il y a quelqu'un ?" qui veut seulement dire "Allez-vous en !" Arrive alors Véra, qui le tire par la manche et le fait entrer à l'intérieur. "C'est qui ?" - "Je ne sais pas." Il n'y a plus personne devant la grille. La porte se referme. Noir. J'ai entendu dans la voiture ce matin sur TSF 89.9 un épisode de la biographie fort bien faite de Charlie Parker et l'histoire du Be-Bop. On ne sait pas assez quel enfer a été la vie de certains grands jazzmen, en proie à leur douloureuse condition d'homme noir et d'artiste. "Bird" et surtout le génial Forest Withaker, nous le montrent assez bien. J'ai un infini respect pour le respect que Clint Eastwood porte à la vie et à la musique de cet albatros (que ses ailes empêchaient de marcher...) abattu en plein vol (il est mort à 34 ans d'une crise cardiaque en éclatant de rire devant un dessin animé à la télé). Eastwood, dans cette scène de 45 secondes en fait une extraordinaire ellipse. Charlie Parker connaîssait et admirait profondément la musique de Stravinsky, il était persuadé que ce qu'il tentait de faire avec le Jazz, Stravinsky l'avait réussi avec la musique classique. Il le tenait pour un très grand homme. Il imaginait une rencontre. C'est en tout cas ce que Eastwood était en droit d'imaginer (que Parker imaginait rencontrer Stravinsky) dans cette magnifique scène de la grille. La conclusion de la scène, déprimante, la barrière sociale impossible à forcer, la bonne (in)conscience de Stravinsky, même si d'ailleurs il appréciait le Jazz, mais cela alors absolument plus rien à voir, la douloureuse lucidité de Parker, est aussi désolante que la mort de Bird elle-même dans le dénuement d'humanité qu'on voit aussi dans le film, qui est un film sur l'autodestruction. On sait maintenant que Stravinsky et Parker se sont effectivement rencontrés mais d'une manière qui n'a rien à voir avec celle décrite par Eastwood. Alfred Apple raconte à peu près ainsi la scène. C'était en 1951, un Samedi soir, à New York, au coin de Brodway et de la cinquante deuxième, au Birdland. Le quintette de Parker passait en seconde partie. La salle était déjà pratiquement pleine pour la première partie avec le trio du pianiste Billy Taylor en dehors du grande table marquée "réservée", ce qui était assez rare au Birland. A la fin du set, une compagnie de quatre ou cinq hommes et femmes vint s'installer. Il monta dans la salle une sorte de clameur quand à la table réservée, où trois garçons s'empressaient déjà, on reconnu l'un des messieurs : Igor Stravinsky en personne. C'était aussi une célébrité dans le monde du Jazz à cause du Concerto qu'il avait composé pour Woody Herman et son orchestre en 1946. Comme le Quintet de Parker s'avançait sur le devant de la scène, le trompettiste Red Rodney reconnut Stravinsky. Rodney se pencha vers Parker et le lui dit. Parker attaqua immédiatement le premier morceau, "Koko", en duo avec Gillespie à une vitesse folle. Au commencement de son second chorus il improvisa magnifiquement sur l'ouverture de "l'Oiseau de Feu" et la joua comme si elle avait toujours fait partie du morceau. Stravinsky eut un rugissement de joie et, battant la mesure avec son verre il en reversa le liquide et les glaçons sur ses voisins qui tentaient d'esquiver, riant et hurlant. Le mouvement du public ne sembla pas distraire Parker qui jouait le regard braqué sur le fond de la salle et ne jeta à aucun moment un seul regard à Stravinsky. La chaleur des applaudissements à la fin de "Koko" fut immédiatement coupée par l'enchaînement de Parker sur sa version de "All the things you are", sans un mot de présentation. Stravinsky était visiblement remué. Savait-il que le disque d'où provenait le morceau et que Bird avait enregistré en 1947 s'appelait "Bird of Paradise" ?
06 février 2005
Comme tous les dimanches c'est le calme plat sur le net. Je ne resiste pas au plaisir de "coller" ce délicieux billet des très serieux correcteurs du journal "Le Monde", malicieusement intitulé "langue, sauce piquante", comme on peut d'ailleurs le voir ci-dessous (un délice quasi-journalier...)
"Le plus goûteux dans le verbe savoir, c’est son subjonctif imparfait : que je susse, que tu susses, que nous sussions, que vous sussiez, sans omettre qu’ils ou elles sussent. Pour les besoins de la conjugaison, il s’allonge voluptueusement de cinq à huit lettres, atteignant son extension maximale à la première personne du pluriel, la mieux dotée. La fréquence de ses s lui donne tout son glissant velouté. Selon de savants linguistes, son s initial, articulé avec force par la langue, est dur, mais son s redoublé est doux, car sans vibration de la glotte. Tous les organes se meuvent à l’unisson et ce va-et-vient, doux et dur à la fois, fait monter l’eau à la bouche. L’imparfait du subjonctif, si utile à la concordance des temps, est un des délices de la langue."
"Le plus goûteux dans le verbe savoir, c’est son subjonctif imparfait : que je susse, que tu susses, que nous sussions, que vous sussiez, sans omettre qu’ils ou elles sussent. Pour les besoins de la conjugaison, il s’allonge voluptueusement de cinq à huit lettres, atteignant son extension maximale à la première personne du pluriel, la mieux dotée. La fréquence de ses s lui donne tout son glissant velouté. Selon de savants linguistes, son s initial, articulé avec force par la langue, est dur, mais son s redoublé est doux, car sans vibration de la glotte. Tous les organes se meuvent à l’unisson et ce va-et-vient, doux et dur à la fois, fait monter l’eau à la bouche. L’imparfait du subjonctif, si utile à la concordance des temps, est un des délices de la langue."
05 février 2005
Merveille, 16
C'est une Arche. Elle a une forme d'Arche. Je ne peux pas la décrire autrement. Une Arche avec deux piliers. Une Arche qui s'élance vers le ciel. Une Arche tellement belle qu'on dirait que Dieu lui-même l'a dessinée. Et elle, elle est un petit maçon. C'est le petit maçon qui construit cette Arche. À chaque seconde, à chaque instant, elle la construit. À chacun de ses gestes. C'est un travail de titan. C'est quasiment impossible, mais elle le fait, devant nous, si simplement. Elle pose chaque élément avec une sûreté absolue, avec une douceur absolue. Elle ne se trompe jamais, elle n'hésite jamais, jamais elle ne tremble. Et le plus beau, le plus extraordinaire c'est que l'Arche n'existe qu'au seul moment où le maçon est en train de la construire. Ni avant, elle n'est pas encore née ; ni après, elle a déjà disparu. Mais l'instant de son existence occupe tout le Temps, chaque geste créateur du maçon est L'Espace lui-même. D'un côté, il y a l'arche, d'une beauté absolue, et de l'autre, cette enfant, des gestes de laquelle elle naît à chaque instant. C'est plus que magique. C'est un mystère. C'est le mystère de la Musique. Car seule la musique a ce pouvoir de changer le temps en espace. L'Arche c'est la Sarabande de la Partita en ré mineur. Dieu, le grand architecte, c'est Jean Sébastien Bach, et l'enfant maçon, l'ange de la création, c'est la violoniste Hilary Hahn.
02 février 2005
J'ai affiché cette liste au-dessus de mon ordinateur :
Ce titre correspond
Cette phrase a vécu. Cette phrase est la deuxième du lot. Cette phrase évoque pour la première fois le moteur de recherche. Cette phrase précise que le moteur n’est qu’un dispositif automatique de tri. Cette phrase comporte presque 6 mots.Cette phrase vient d’être lue. Cette phrase n’a pas besoin de contexte pour exister. Cette phrase appartient-elle à son lecteur ? Cette phrase a peur d’être cou- . Cette phrase amène le mot quincaille, lequel fut proposé par le Conseil supérieur de la langue française en place de hardware. Cette phrase garde un œil sur sa police, les flexions du texte, le gris typographique, les genres, les drapeaux. Cette phrase ne veut pas être effacée, jamais, d’aucune mémoire humaine. Cette phrase dit que quelqu’un est dans la même pièce qu’elle. Cette phrase n’est pas inutile. Cette phrase est parfaitement à sa place. Cette phrase se souvient de sa grand-mère. Cette phrase a vu quelque chose bouger, est-ce une autre phrase ? Cette phrase est au mode interrogatif comme la précédente, non ? Cette phrase jouit d’une certaine autonomie.
Lire la suite sur "cetteadressecomporteciquantesignes.com"
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