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31 août 2009

Je me souviens des retours de vacances de mon enfance et de la mélancolie qui m'étreignait sur le quai de la gare où les parents nous attendaient. Nous nous jetions dans leurs bras, bien sûr, la tête fraîchement émerveillée des moments de socialisation que nous venions de vivre. C'était le temps des groupes des équipes des drapeaux et des totems. On nous envoyait en colos ou chez les éclaireurs pour apprendre le collectif plutôt que la vie. Nous étions en proie à la douleur de nos premiers chagrins d'amour et de nos premières séparations conscientes. Il y a quelques heures , sur l'autoroute A20, seul dans la voiture, c'étaient les derniers feux d'un rougeoyant crépuscule. Le ciel et la Beauce s'étaient embrasés une dernière fois avant la venue de la nuit. Les petites lumières bleues des éoliennes rangée à la file sur des kilomètres clignotaient à l'unisson dans l'ombre grandissante et faisaient une ligne pointillée qui se perdait au loin pour revenir en sens inverse, en un second plan qui révélait des ondulations secrètes, enfouies sous la platitude, conférant au paysage un lyrisme d'autant plus émouvant qu'on ne l'attendait pas là. Les trois longues pales pointues de chacune de ces géantes pathétiques tournaient si lentement dans le calme de la plaine, poussées par aucun vent ou seulement par un maigre souffle vite aboli qu'elles paraissaient en panne, comme surprises les unes après les autres par une immobilité qui les encombrait, dans un silence gêné, alors qu'elles étaient faites pour le bruissement vigoureux de l'air brassé et les faisaient s'excuser d'être là à nous regarder passer sur la route et nous implorer de leur absence de visage, leurs bras désunis brandis à contre temps comme dans une chorégraphie délibérément moderniste. On n'avait jamais vu de machines aussi pareilles à des être humains. Tristes comme eux. La Beauce rougeoyait pour la dernière fois du jour sans promesse de recommencement. C'est donc la rentrée avec son lot de mélancolie salutaire et sa sempiternelle nouvelle vague de bonnes résolutions ! Réveiller un peu Ciscoblog qui a une nette tendance à s'engourdir ces derniers temps comme les éoliennes, par exemple, ne serait pas du luxe (vous avez remarqué, je suppose, cette raréfaction de la parole, cette réduction en vers, cette absence de posts longs depuis quelques mois, cette grande place bègue qui s'avance) Il faut dire, sans trop évoquer la vie privée, que les temps ne sont pas particulièrement propices au tranquille babil qu'implique l'esprit d'un blog qui ne devrait être au journal intime que ce que la conversation est à la confession. Trop d'émotions peut-être, trop, mais ce n'est pas le lieu. On en restera donc là pour ce soir. Demain est un autre jour (de travail)

25 août 2009

...DU HAUT DU MONT PELAT


Changer de point de vue. Regarder de ce côté là. Prendre un peu l'air. Mettre les choses en perspective

24 août 2009

Un Haïku par bain, 91


À tirer des bulles
D'un flacon de savon vide
j'ai passé mon temps

20 août 2009

Pensée de la nuit N° 158 : " Tout bien considéré, le plus grand regret de nos vies, compte tenu des plus douloureux et des plus intimes, aura sans doute été la séparation des Beatles"
Tanka, 10


Au dessus du toit
Le mont Sacon fume encore
Lendemain de pluie

Et les orages s'éloignent
De nos cœurs et de nos corps

09 août 2009

Tanka, 9


à M.L.G


Dans le brouillard gris
Je la tenais par la taille
Sous le parapluie

Pareille à l'Ourse de Sost
Qu'enlace l'Ours de Ferrère

02 août 2009

Villecerf


Tout au bout du jardin la rive de l'Orvane
Moussait de fraîcheur à l'ombre d' un bois profond
Nous venions le soir poser des lignes de fond
Et pêcher des anguilles les matins diaphanes

Notre chienne Letchee sur la pelouse plane
Poursuivait les poules du voisin furibond
Pendant que les yeux vagues et l'esprit vagabond
Tous deux nous refaisions le monde dans nos crânes

Tu te souviens de ce mois d'août de soixante huit
De l'armée rouge à Prague et de l'espoir en fuite ?
Et de ce jour splendide de tes dix neufs ans

Sur l'écran noir et blanc le petit pas d' Armstrong
Te rendais fier de l'homme. Au bout de la nuit longue
L'aurore ne serait jamais plus comme avant

(un sonnet par lieu, 8)

28 juillet 2009


Jamais je n'ai ressenti un tel besoin de vacances. Je pars jusqu'à la fin aout. Pour la première fois, je pourrai bloguer sans PC. Je donnerai des nouvelles sur Twitter mais aussi dans Ciscoblog grâce à Blogpress. Bises à tous et à bientôt.

24 juillet 2009

Un Haïku par bain, 90


Seul avec le chien
Par ce beau soir de juillet
Baignons notre ennui

19 juillet 2009

Ceci n'est en aucune manière peint sur une vitre, on n'a tendu aucune bande colorée. Aussi incroyable que cela paraisse, c'est peint dans l'espace. Sur les murs, sur le plancher, sur la fenêtre, au plafond. A l'égal de Roman Opalka, Felice varini fait partie de mes peintres préférés. Chacune des œuvres que j'ai vue de lui m'a profondément réjoui, remué et donné à penser. Il est probablement à l'origine d'une révolution esthétique aussi importante que le cubisme ou l'abstraction. On peut dire qu'il donne un réponse sublime à la question angoissée de Picasso concernant le sujet dans la peinture. Il inverse l'alchimie de la représentation. Non seulement il préserve l'intégrité du sujet en ne le reportant pas sur la toile - la copie est toujours un rapt - mais il lui laisse son entière liberté d'être là. Ce n'est plus la peinture qui ravit le sujet comme l'appareil photo des explorateurs en Papouasie, le vidant d'une partie de sa substance, le collant sur la toile et le clouant aux cimaises, mais le sujet lui-même qui, devenant support surface de la peinture alors réduite à sa propre couleur, s'épanouit dans sa splendeur singulière et inaltérable. D'abord on ne voit rien, des traits épars dans le paysage, sans signification apparente, dont un seul indice marque l'unité : la couleur. Il faut se déplacer, bouger, chercher. trouver un point de vue, un seul, et c'est la révélation, tout s'ordonne dans une impeccable perfection. On comprend d'un seul coup, on bat des mains comme devant un feu d'artifice ou un numéro d'acrobate. Si vous avez du mal à saisir ce que je veux dire et si vous ne connaissez pas Felice Varini, dieu merci, son travail se prête particulièrement bien à la video, en voici donc deux pour vous persuader de sa magie :















18 juillet 2009

Tanka, 8


Un carillon passe
C'est le camion rose et bleu
Du marchand de glaces

Enfants de la Grande Borne
Un nouvel été commence!

16 juillet 2009

OK, Ciscoblog peut bloguer à partir de son téléphone. Ciscoblog est content. Il a découvert plein de nouveaux joujoux, il en découvre de nouveaux chaque jour. Il traîne sur Facebook, rencontre de vieilles connaissances, se met à twitter comme un fou, des endroits les plus insolites, mais ce n'est pas ça (à qui le dites-vous) qui le fait publier des posts intéressants. En tout cas ça prend du temps. Et justement, du temps, en ce moment il n'en a pas tant que ça. C'est pour ça qu'il ne publie pas trop. Il est même débordé par les soucis professionnels. Il trouve que son métier est un beau métier, mais que juste en ce moment il est trop dur, pas du tout facile à exercer. Où qu'il se tourne, il se sent pris entre deux feux. Il ne sait pas vraiment comment en sortir. Il ne croit plus à la crise, à l'explication conjoncturelle. Il ne croit plus que c'est une fatigue passagère, il pense que tout ça ne vient pas de que de lui, il est peut-être, à son âge, en train de perdre ses dernières illusions, il se dit que si ça continue il va falloir que ça s'arrête, que c'est trop pour un seul homme, il attend les vacances, Il a peur d'avoir à tout remettre en question à la rentrée, de poser les vraies question, mais il attend les vacances, au moins les vacances...

14 juillet 2009

Ça marche !
je peux maintenant bloguer à partir de mon téléphone grâce à une petite appli - comme on dit - que je viens de télécharger. Ce qui veut dire qu'à partir de maintenant je suis affranchi, si je veux, de tout ordinateur, même ultra portable. J'ai ma mémoire portative et le monde entier dans ma poche. Par exemple, là, très exactement maintenant je blogue sur le trottoir en face de chez moi, mais je pourrais tout aussi bien le faire au sommet du Mont Blanc ou du fond de mon lit , dans les files d'attente aux caisses des supermarchés, dans les embouteillages ou au feu rouge. C'est ce qu'on appelle une révolution.


07 juillet 2009

On me demande souvent, avec perplexité, comme s'il s'agissait d'une sale manie, pourquoi j'utilise Twitter. J'utilise Twitter parce que j'aime beaucoup les formes courtes. J'aime cette idée de condenser une info ou une idée en 140 signes et basta, j'aime cette contrainte. Je suis un fan des formes courtes et des formes à contrainte, comme vous pouvez facilement le voir sur ce site. si Twitter supprime un jour la contrainte des 140 signes (y compris les espaces, ah les espaces!) je quitte Twitter immédiatement.Twitter est la quintessence du blogging, la jivarisation du journal intime. et puis il y a ce côté immédiat, directement du producteur au consommateur qui est fascinant, c'est ce que Facebook n'a absolument pas compris. On n'a jamais été aussi immédiat. aussitôt dit, aussitôt fait, posté, consulté, repondu et vogue la galère. Il y a toute une poésie dans Twitter, qu'on ne s'y méprenne pas. Une poésie de la vitesse donc du temps, du minimal donc de l'essentiel. Twitter est un noble exercice de condensation et de méditation. Twitter c'est de l'art gestuel, du Hans Hartung, de la danse, du Pina Bauch. Twitter va directement à l'essentiel : le trois fois rien et le tréfond de soi. C'est ça que j'aime dans Twitter. Sans aucune vergogne.

05 juillet 2009

Tanka, 7

Fugace fraîcheur
Qui s'exhale du jardin
A peine arrosé

En silence sur le monde
Une nuit paisible tombe

03 juillet 2009

HAÏKU

29 juin 2009

Un haïku par bain, 89


Bon insomniaque

Trempe à deux heures du mat'
Au loin, bruit de train

Je ne sais pas pour vous, mais mon ordinateur est très serviable. Non seulement il fait tout un tas de choses pour moi automatiquement, mais en plus il est poli, il me demande la permission. Par exemple, tous les trois ou quatre mois, il me signale aimablement que j'ai des icônes que je n'utilise jamais sur mon bureau et me propose de les effacer. La plupart du temps je dois avouer que je je l'envoie paître sans plus de façon. je ne suis pas toujours gentil avec mon ordinateur mais il ne se froisse pas, il n'en prend pas ombrage, du moins je crois. Aujourd'hui, grâce à luiet à sa discrète obstination j'ai retrouvé dans un coin perdu de mon écran d'accueil une icône sur laquelle je n'avais pas cliqué depuis un bail : La boite à couleur. Cela nous ramène aux premiers émerveillements d'internet. Connaissez vous le vert chartreuse, ou le zinzolin de la nuit ? Le sinople ou le glauque ? Le celadon où le gris-de-lin ? Allez, Courez, volez et nous téléchargez "La Boite à Couleurs" de Benjamin Chartier sur son site pourpre.com. Vous me direz des nouvelles de ce petit bijou aussi modeste que simplissime. Merci qui ? Mais oui, merci mon petit ordi adoré (c'est que c'est susceptible, en plus)

28 juin 2009

Un Haîku par bain, 88


Calme bloc aqueux
En ma baignoire obscure
Ici bas chu. D'où ?
Ciscoblog est à jour. Notamment les archives. En ce dimanche ensoleillé, au sortir d'une garde assez éprouvante (ce n'est plus de mon âge) je me suis livré à de menus travaux d'entretien sur le site. Si vous avez été attentifs ces derniers temps (qui n'a pas été attentif? Levez le doigt !) vous avez du vous apercevoir que les archives étaient très en retard. Pour une raison indépendante de ma volonté, il m'avait été provisoirement impossible d'enregistrer au jour le jour. Encore à cause d'Alice, si vous voulez tout savoir, qui a définitivement supprimé les accès à Tiscali.fr, mais aussi à cause de moi parce que j'avais perdu un petit carnet crucial où j'avais noté mes anciens paramètres de Tiscali sans lequels, pour faire court, plus personne, pas même l'aide en ligne d'Alice, n'a accès maintenant. Ciscoblog-chez-Tiscali.fr me fait penser à ces satellites scientifiques qui, une fois leur mission remplie comme de bon petits soldats franchissent les limites du système solaire et se perdent dans le silence infini des espaces qui nous effraient. Et puis je n'avais pas le temps, ce maudit temps. Au bout du compte cela a fait un an de retard. Mais grâce à Blogger qui a vraiment de la ressource j'ai pu enfin pu remèdier à la chose en m'y penchant un peu en cet après midi de tête vide. Voici donc Ciscoblog en pleine forme nickel chrome sans un seul bouton de guêtre qui manque ! (il en est très fier, le ciscoblog)

24 juin 2009

Chicago, 1


Encore Katakali
Bis Commedia del arte
Toujours Bunraku
A nouveau Kabuki

RE NO

Deux chênes
Trois sapins
Quatre tuyas
Cinq Platanes

SIX TROENES

Country court bas
Classique vole culotte
Jazz venge jarretelle
Reggae part string

FOLK VA GAINE

Dame vitesse
Femme dilligence
Femelle presse
Demoiselle précipitation

FILLE HATE

Soupe troupe
Chinoise équipe
Baguette bande
Bol tribu

PHO HORDE

Terre épluche
Mer écale
Feu décortique
Air écosse

EAU PELE

















dans la série : "On Les a Retrouvés !" (via design crush)

23 juin 2009

Pensée de la nui N° 157 : "Mon assassin court toujours" Eric Chevillard, l'Autofictif

21 juin 2009

Je suis arrivé à un âge où les trous de mémoire agacent. Je ne suis pas tout à fait sûr d'en avoir vraiment plus qu'à vingt cinq ans, mais c'est un âge où le moindre accroc intellectuel jette sur vous un soupçon discret mais tenace. Je fais partie de ceux qui on pensé toute leur vie que les mots qui manquent ou les noms sur le bout de la langue loin d'un déficit organique n'étaient que la manifestation du dieu rieur qui gît au fond de tout un chacun. En ce domaine, l'acte manqué freudien a toujours constitué pour moi un modèle. Chaque petite défaillance était le prétexte à une recherche passionnée sur les ratés du moteur inconscient et l'occasion de découvertes sur mon fonctionnement automatique qui me ravissaient plutôt que de m'inquiéter. Je ne suis toujours pas inquiet, mais je ne veux surtout pas donner l'occasion qu'on s'inquiète autour de moi. C'est l'une des coquetteries obligées de l'âge mur. Depuis quelques années je me suis doté d'une sorte de mémoire de secours. Elle ne se love pas au fond de mes circonvolutions cérébrales, elle ne ronronne pas entre mon corpus niger et mon hippocampe. La plupart du temps je la tiens au bout de mes doigts, ceux mêmes qui tapent les mots, que vous lisez. C'est une mémoire digitale au sens propre du terme. Mais avant de l'évoquer, bien que vous ayiez déjà deviné de quoi il s'agit, permettez moi là une première digression . Je me souviens d'avoir été dans ma jeunesse un fan de SF, c'est-à-dire de Science Fiction. Nous appelions cela d'ailleurs d'un nom qui sonnait plus noblement pour nous : l' "Anticipation". Nous, je dis nous - digression de deuxième niveau - parce que je pense à mon ami Alain I. qui m'y avait initié qui est devenu plus tard chercheur en virologie à l'Institut Pasteur et une notabilité de la Fédération Française de Judo et que j'ai malheureusement perdu de vue depuis des années (Salut, Alain!) Nous étions des fans de la revue "Fiction", de la collection "Présence du Futur", de Théodore Sturgeon ("Les plus qu'humains" , quel titre!), Arthur C Clarke "2001 odyssée de l'espace" (quinze ans avant Kubrick), Isaac Asimov et le cycles des "Fondations", le "Monde des non-A" de Van Vogt et (je viens de me servir de la mémoire de secours, hé hé) Clifford D Simack. avec "Demain les Chiens". Nous nous passions tous ces livres en nous enthousiasmant des possibilités illimitées de l'avenir. Je pense que le déclin de la SF (mais y a-t-il eu déclin ? N'est-ce pas seulement une projection nombrilique de mon désinterêt ?) date de l'arrivée en masse des ordinateur et de l'Internet (j'ai failli écrire "d'Internet" - troisième digression - La toile reste une chose, une chose incroyable certes, qui va bientôt se substituer à nous, mais une chose. Ecrire ou dire "Internet" tout seul c'est lui donner un prénom qui ferait d'elle une personne, une personne universelle, un dieu. Pas de ça, pas de ça encore) L'internet a tué la SF tout simplement parce que la fiction était devenue réalité et qu'il n'y avait plus besoin d'imaginer toute les merveilles de la science. Je me souviens donc d'avoir lu, il y a presque une vingtaine d'année, un livre de SF intitulé le "Problème de Turing". Il était écrit par une pointure de l'IA : Marvin Minsky. C'était un professeur à l'université de Carnégie Mellon, l'un des premiers à travailler sur le devenu célèbre concept d'Intelligence Artificielle", "IA" de son petit nom. Si le problème de Turing, vous ne l'ignorez pas, est un vrai problème, une expérience de pensée philosophico-logique, le "Problème de Turing" est un roman de science fiction. Faisons, si vous voulez bien, une quatrième digression pour aborder ce qu'est le problème de Turing. Alan Turing, un grand mathématicien anglais assez tourmenté (je n'entrerai pas - mais n'y suis-je pas déjà ? - dans une cinquième digression pour vous conter la vie tumultueuse de ce génie fulgurant, cela en vaudrait la peine mais l'internet est là pour çà, digressez vous même si vous y tenez) propose une réponse passionnante à cette question taraudante : a quel moment pourra -t-on dire que la machine est aussi intelligente que l'homme ? - en ce temps là, les années cinquante, la mémoire même du PC où vous êtes en train de lire ces lignes aurait pris la place de toute la bibliothèque Nationale et ce qu'il proposait était pratiquement inaccessible à notre entendement, du moins celui de nos parents. Il imaginait un jeu, genre question pour un champion mais pourtant beaucoup plus simple, entre vous et une machine qui tenterait de vous abuser, une machine imitatrice, cachée, disons derrière un rideau, réél ou virtuel et qui essaierait de se faire passer pour un homme. Il s'agissait de démasquer cet ordinateur rien qu'en lui posant des questions (peu importait la manière dont on posait les questions, l'interface utilisée, clavier, micro, reconnaissance vocale ou n'importre quoi d'autre et peu importaient les questions elles mêmes d'ailleurs) - n'oublions pas qu'à l'époque on ne "parlait" aux machines qu'en langage binaire, avec des "0" et des "1" , on ne savait même pas ce qu'était une interface, parler avec une machine, n'aurait-il été que de la pluie et du beau temps, était en fait encore inconcevable - la réponse n'aurait de toute façon pu être fournie que sous forme de listing incompréhensible sur le papier perforé que nos oncles nous ramenaient pour faires des bateaux, des chapeaux de Napoléon ou des coloriages). Les robots recalés, de ceux qui ne pouvaient donner la date de la bataille de Marignan, les plus idiots, à ceux qui pouvaient réciter leur histoire familiale aussi bien que celle de la république de Venise mais qui échouaient à contrefaire la tristesse, les imitateurs même les mieux programmés, étaient définis comme tout simplement moins intelligent que l'homme. Mais la machine indémasquable, celle qui se sortait de toutes les questions pièges, qui non seulement pouvait vous parler un quart d'heure de ses cors aux pieds et de son petit fils, qui réagissait avec tact à la colère incompréhensible qui vous prenait quand on vous contredisait et plus encore, qui savait ne pas maîtriser ses émotions sans verser de larmes de crocodile, qui s'angoissait à l'idée de sa propre fin, l'imitatrice qui devenait vraiment son modèle et qui vous faisait la prendre vraiment pour un homme, celle-là seul était déclaré aussi intelligente que vous, tout simplement. Pour Turing, le moment où vous ne pourriez plus dire si derrière le rideau se cachait un homme ou un robot, celui-là serait le moment où la machine serait devenue aussi intelligente qu'un homme. Il n'y avait aucun calcul compliqué à faire, pas d'autre moyen pour l'affirmer. Une simple conversation. Rien que du langage, mais tout le langage contenu dans la bibliothèque de Babel ( c'est en celà, que Borges est le génial précurseur de l'Internet). C''était une expérience de pensée. Il n'imaginait bien sûr aucune machine réelle capable de cette performance. Marvin Minsky dans son roman, ne fait qu'inverser la question : une telle machine, qu'un homme ne réussirait pas à démasquer, pourrait - elle accéder au statut d'être humain avec diplômes en poche et tampon sur le front ? C'est la même question que pose le replicant à son créateur dans le célèbre film dont j'ai le nom sur le bout de la langue. Je veux dire "Blade Runer" (mémoire de secours ou pas, à votre avis ?) Marvin Minsky n'imaginait même pas la beauté parfaite et glaciale des replicants de Ridley Scott. Pour lui, la machine en question n'etait qu'un simple PC à pattes, en plastique et alu brossé, qui suppliait qu'on lui accorde des droits civiques. l'homme n'était plus le roi de l'univers. Il ne se situait plus qu'à égale distance entre l'animal et la machine. Je me souviens, dans le roman, d'une scène de neurochirurgie épatante où on transférait une partie de la mémoire d'un homme à un PC. Maintenant qu'il existe des disques durs externes et qu'on sait les rapetisser, une interconnection avec nos cellules nerveuses cérébrales est envisageable. Les greffes bio-machiniques existent déjà. Mais le plus fort est que ces opérations sanglantes ne seront pas nécessaires. Car il est arrivé ce que ni Alan Turing, ni Marvin Minsky, ni Alain I. et moi à l'âge de douze ans n'avaient imaginé : l'Internet, Google... et l'Iphone. Google n'est plus seulement un moteur de recherche, c'est une mémoire de secours et - de plus en plus fort - cette mémoire incommensurable tient maintenant dans notre poche. Toute la bibliothèque de Babel dans ma poche ! Si Alain I. m'avait dit ça à l'âge de douze ans, je me serais pris pour un fou. Il m'aurait fallu des efforts de mémoire énormes Il n'y a même pas dix ans pour me souvenir du titre du film de Ridley Scott ou un temps fou pour trouver un proche qui eut pu me souffler la réponse avec le risque de le contaminer lui aussi par le manque du mot et ne jamais en finir avec ce post (ce qui n'aurait probablement pas été une grande perte mais là n'est pas la question, il est trop tard pour une prochaine digression, d'accord ?) une petite requête "Google" bien troussée et hop le tour est joué ! L'éducation est en passe de devenir un luxe désuet, et la science véritablement infuse. On n'aura toujours pas besoin de retenir les numeros de téléphone et ce sera le bottin tout entier qu'on aura la certitude d'avoir appris par coeur. Il n'est pas impossible d'imaginer qu'adviendra alors l'atrophie de notre mémoire biologique, faute d'utilisation, sorte d'Alzheimer inverse, la machine se servant de notre dépouille corporelle en guise de membres artificiels et commençant la conquête d'un univers où l'homme sera devenu éternel.

14 juin 2009

Pensée de la nuit N° 156 "Les amanites phalloïdes c'est vachement bon, mais faut en manger rien qu'un tout petit peu" In "Les notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion"

12 juin 2009
















Excellente série "Tintin, on les a retrouvé !" sur le "Blog à Dessin" de
François Matton qui s'appelle d'ailleurs désormais "Tout va Bien"
Chicago, 0


Selon l'OuLiPo,
Un Chicago
Est une devinette
Homophonique.

Exemple :

Nul boulgour
Néant couscous
Zéro patate
Nada polenta

PAS RIZ


Pisse homme de peu se foi
Vomit dévot
Crache bigot
Expectore grenouille

CHIE CAGOT


Gant sarha
Chapeau Myriam
Bas Rachel
Robe Léa

MANCHE ESTHER

11 juin 2009

Tanka, 6


Rue des cinq diamants
Deux chats gris tirent leur flemme
Dimanche à midi

Promenons nous dans le temps
Où notre jeunesse a fui

10 juin 2009

Un haïku par bain, 87


Je pense à Marat
Pourrissant dans son sabot
Où es-tu, Charlotte ?

09 juin 2009

Les jours ne contiennent pas assez d'heures. J'ai à nouveau du boulot par dessus la tête, des rapports en retard et des travaux d'écriture prioritaires et rasoirs que j'ai remis de soirs en soirs. Plus moyen de reculer. La procrastination vire à la catastrophe, comme d'habitude ( amical clin d'œil à Mnémoglyphes). Je n'ai pas de temps pour bloguer malgré toute l'envie que j'en ai. En attendant Je consigne mes idées sur de petits carnets Clairefontaine pour plus tard, à la retraite peut-être. A plus. Quoiqu'il en soit.
Roosevelt Island

C'est là que le Queensborough bridge
Jaillissant de la frondaison
Enjambe l'île et les maisons
D'un pas fier que rien ne fige

Là-haut dans le Tram qui voltige
Sur le skyline à l'horizon
Nous irons plus que de raison
Vers Manhattan et ses prodiges

Mais avant de nous embarquer
Viens, allons marcher sur le quai
Où l'East River roule une eau grise

Puis au bar assis côte à côte
Nous nous ferons porter des floats
Par le tamoul de chez Trelli's

(un sonnet par lieu, 7)

29 mai 2009

Villabé (lez Corbeil-Essonnes)


SOIR D'ORAGE SUR VILLABE

28 mai 2009

Un haïku par bain, 86


Je sais que ces bulles
Sont des bulles de savon
Et pourtant pourtant

24 mai 2009

Tanka, 5


Déjeuner à Mer
Passer voir Max à Laborde,
Scarlett à Saumry

Nos pas ne résonnent plus
Dans l'escalier de Chambord

22 mai 2009



Je suis un fan des "Sopranos". Ceci est une réduction (au sens culinaire) , une concoction, une jivarisation parfaitement réussie. Les images défilent à toute allure. La voix tente de les suivre, elle y parvient, il y a cette sorte d'urgence qui fonce vers la fin inéluctable, qui accélère. J'ai aussi l'impression que c'est ainsi que notre mémoire fonctionne : nous n'avons certes pas retenu des "Sopranos" plus que ces 7 minutes, je veux dire que notre cerveau n' en a probablement pas enregistré plus - et probablement moins à mon avis- mais nous en mémoire le sentiment de la durée, cent cinquante ou deux cent heures en temps réel, huit jours. C'est très paradoxal. Si nous tentons dans notre tête d'arrêter la course folle des souvenirs de notre vie ou de la ralentir, d'y opérer une sorte de zoom temporel, de dilater la durée de tel ou tel épisode ou de tel moment nous ne retrouvons certainement pas plus qu'une seule image, agrandie certes, mais ne possédant en aucune manière plus d'information que celle contenue dans le pauvre chaînon d'un centième de seconde qui nous reste. Nous sommes tout à fait incapable d'y ajouter le moindre détail (c'est ce que Sartre explique dans "l'Imaginaire", je crois) et pourtant nous avons le sentiment de la pleinitude du moment. Nous avons la certitude de l'avoir vécu. Aucune preuve de cela, cependant. On pourrait tout à fait nous avoir "greffé" le dossier, nous faire croire que nous avons vécu alors qu'en réalité nous sommes une machine initialisée il n'y a que quelques secondes. Qu'est-ce qui prouve que nous ne sommes pas une série télé ou une machine vidéo ? Mais n'allons pas jusque là, foin de paranoïa. A l'âge où je suis arrivé, qui n'est pas si canonique que ça, je peux ainsi résumer ma vie : "Ciscoblog en sept minutes". Je peux "zoomer" à toute allure, d'avant en arrière ou d'arrière en avant quand je veux, faire défiler les images et les sons, quand je me brosse les dents devant le miroir de la salle de bain, sur les toilettes ou dans les embouteillages. Je suis même certain que je pourrais sans difficulté résumer toute ma vie en une seule page de 20 lignes de 60 signes et qu'on entendrait la même urgence que celle du commentaire des "Sopranos en sept minutes" Et vous ?


18 mai 2009

Pensée de la nuit N°155 "Les livres empilés à mon chevet semblent se lire eux-mêmes à haute voix pendant mon sommeil" Alberto Manguel, le journal d'un lecteur in Journal Volubile d'Enrique Vila-Matas

16 mai 2009

Fleurs d'ail


La force de l'art






(On a vu cette photo un peu partout mais celle-ci c'est la mienne)

13 mai 2009

Un Haïku par bain, 85


Un joli jet d'or

D'ailleurs sans valeur aucune

Découpe la mousse
Roger Planchon est mort. Je suis certain que beaucoup d'entre vous se demandent qui c'est. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc. Dans ma génération tout le monde connaît Planchon, même ceux qui ne s'intéressent pas plus que ça au théâtre. J'ai été plutôt triste à la mort de Brassens, assez indifférent à celles de Sartre et Lacan, triste à celle de leo Ferré et Mitterand et serai rigolard (si je vis encore) à celle de Brigitte Bardot ou Johnny Halliday. Mais je suis très triste de la mort de Roger Planchon. Pas seulement parce qu'il était un maître, un modèle - et je vais dire quel modèle il a été pour nous - mais triste aussi parce que c'est notre jeunesse qui nous revient tout à coup dans la gueule comme une gifle. On me disait cet après midi que Planchon représente une grande part de ce que nous n'avons pas pu transmettre, de ce que notre génération n'a pas transmis à ses enfants. C'est bien de ça, précisément, qu'il y a lieu d'être triste. La mort de Planchon scande notre échec. Il nous avait montré la voie que nous n'avons jamais suivie. Planchon était, comme disent les japonais, un trésor national vivant. Il était à lui tout seul, tant par sa vie que son travail le symbole de ce qui nous paraît maintenant un improbable oxymore : la culture populaire. Je veux parler de la "popularité" de la culture et non pas de la culture "du peuple", loin de moi toute intention culturaliste, que Dieu me tripote. Car quand j'emploie le mot "culture" je parle de celle avec un grand K qui nous fait, quand on l'entend prononcé, sortir notre révolver même. Ce que Planchon nous disait était que la culture pouvait à la fois être "hard" et "populaire". Qu'il n'y avait pas un culture pour les riches ou les savants et une autre, au rabais, pour les pauvres et les ignorants, comme voudrait nous le faire croire les communautaristes de maintenant, mais une seule culture pour qui voulait bien se donner la peine d'y entrer, comme les pauvres d'esprit au Paradis. A condition qu'on les y laisse entrer, qu'elle leur soit simplement accessible, comme un droit, aussi important que le droit à la santé (ouaf, ouaf) ou au logement (re oauf ouaf), accessible, pas en terme de comprenette, comprenez-moi bien, si j'ose dire, mais tout simplement en terme de sous, d'économie, de mise à disposition, de désserte, d'usagers. Et qu'on ne vienne pas me gonfler avec l'élitisme. Il disait qu'on pouvait se fendre la gueule même avec des chefs d'oeuvres immortels. Vilard avait déjà fait ça. Mais en plus, Planchon était un théatreux de génie, qui savait tout de son métier. J'ai déjà dit ici quel choc ésthétique avait été pour moi la représentation de la deuxième version de son Tartuffe de 1973, proche, et c'est un spécialiste qui vous parle, du syndrome de Stendhal. Planchon travaillait, formait des succésseurs, tentait de passer le flambeau (Patrice Chéreau par exemple, qui ne l'a lui, repassé à personne) Parce que Planchon était aussi un chef. Il avait un théâtre, une troupe, tout comme Molière, il faisait vivre des gens, il dirigeait, en remontrait aux ministres mêmes, ne se laissait jamais damer le pion. C'est précisément ce que nous n'avons jamais pu être, ce genre de chef . Je ne saurai bien dire pourquoi. Je pense aussi à mon maître Bonnafé, qui savait tout de la psychiatrie, mort il n'y a pas si longtemps en 2003, qui a eu des enfants, nous, notre génération, mais qui n'aura pas de petits enfants. Je pense aussi à Marcel Sassolas qui lui est bien vivant, ardéchois comme Planchon, qui a travaillé toute sa vie aux pied des grattes-ciel de Villeurbanne avec les plus fragiles, qui lui aussi sait tout de la psychiatrie et de la culture. Longue vie à Marcel Sassolas ! Qu'on ne vienne surtout pas me dire que ce n'est pas notre faute. Eux en tout cas, avaient tout fait pour qu'on n'en arrive pas là. C'est ce que j'ai envie de dire en ce soir de grande tristesse.

08 mai 2009

Tanka, 4


En haut du volcan
D'éphémères parapentes
s'élevaient dans l'air

Et par ce soir doux et clair
J'avais plus de cent mille ans
Pensée de la nuit N° 154 :"Moi, monsieur, de mon temps il fallait se lever pour changer de chaîne !" G Genette, Codicile

04 mai 2009



Quand je pense à tout ce qu'on aurait perdu si Flaubert avait écrit "Madame Bovary" sous Word 1857... (site extraordinaire, car loin de la magie de l'informatique (qui nous donne à voir tout ça) il y a un formidable travail "à la main", via CG)




01 mai 2009

Le phare de Sauzon


Accroupi sur la jetée du phare vert
En marinière et salopette Hosh Kosh
Petit garçon minuscule gavroche
Il lançait son carrelet dans la mer

Le fier pêcheur - et moi j'étais son père -
m'apportait en courant parmi les roches
Les crevettes qu'à la ligne on accroche
Et que les poissons préfèrent aux vers

Terreurs de gobies bourreaux d'éperlans
Plus têtus encor que les goélands
Nous étions les rois, mon fils et mézigue

Une équipe un attelage un tandem
Sérieux et sages comptant sur nous-mêmes
Jamais plus heureux que sur cette digue


(un sonnet par lieu, 6)

25 avril 2009

Tanka,3


Près de la chapelle
Un aigle dans le ciel pur
Au loin disparait

Le pic du Gar éternel
Et les saisons reviennent
Gare de Toulouse Matabiau, sept heures trente. Le petit train de Luchon vient de s'ébranler. Une heure plus tôt j'avais débarqué, un peu chiffonné dans une aube calme et prometteuse, du train de Paris où j'avais dormi quelques heures en couchette de première en compagnie d'une sympathique famille mono-parentale et montalbanaise, Ce sont les premières heures des vacances, J'apprécie, même un peu courbaturé. Hier, mon voisin Christian m'a accompagné à la gare de Juvisy d'où en RER j'ai gagné la gare d'Austerlitz. Arrivé très en avance pour le train de nuit, j'ai traîné un long moment dans le relais H. Les relais H sont un de mes vices cachés. Surtout dans les gares. Je ne peux pas m'en passer. Pour moi relais H rime avec voyage. c'est une faiblesse coupable et néanmoins délicieuse. J'ai acheté le dernier numéro de «La Recherche» que je ne lis que quand je voyage (c'est un tort, excellent numéro sur la disparition des langues dans le monde) et je ne sais plus quel revue de cuisine, et au milieu des bestsellers du mois, un bouquin de philosophie amusante intitulé «Planton et l'ornithorynque» à bases de blagues juives américaines pas mal tournées du tout. Je suis allé récupérer la première carte senior de ma vie (je pense à Sheila : «C'est ma première surprise partie») au guichet. Je n'ai pas pu empêcher de faire le malin, J'ai dit : «C'est terrible, je n'arrive pas à m'y faire» et la jeune femme du guichet, une brune ravissante sanglée dans le bel uniforme bleu roi de la SNCF m'a très aimablement répondu avec un sourire : «eh oui, c'est terrible mais ça permet de voyager» sans se démonter et sans plus de compassion que ça. Après je suis retourné vers les quais regarder les filles. c'est fou ce qu'on voit comme filles, à Paris, surtout dans les gares un samedi soir de chassé croisé de vacances. j'adore ça, même dans des moments plus ordinaires. Déjà dans le RER, une blonde. Magnifique créature assise juste en face de moi, cheveux longs savamment crantés, impeccablement maquillée à la mode d'aujourd'hui, visage et long cou de madone du Pontormo ceint des écouteurs blancs d'un téléphone multifonction très chic, ne daignant à aucun moment regarder le pauvre monde environnant, perdue dans son ennui ses pensées sa musique ou sa conversation avec sa meilleure copine si ce n'était son amant, que je regardais à la dérobée, de même que la plupart de mes voisins mâles, dont un grand noir au visage sympathique qui souriait à la vie, un magrébin portant à l'envers une casquette marquée «SECURITE» et plus loin encore un fou à lunettes de soleil et santiags parlant à haute voix de Sarkosi et de la «maire» de Juvisy tout en regardant tout le monde d'un air entendu. Je lui jetais de rapides coups d'oeil furtifs, surtout pas trop insistants, en m'efforçant de regarder un point plus ou moins fixe derrière elle par dessus son épaule, ou tournant ostensiblement la tête vers le paysage nocturne qui défilait par la fenêtre et qui reflétait l'ombre de mon propre visage, captant ainsi son image juste le temps du mouvement, par peur de croiser son regard qui m'aurait transpercé de honte. Je pense qu'a treize ou quatorze ans, devant la même fille (qui devait en avoir vingt tout au plus) j'aurais été encore plus mal à l'aise. Je me souviens qu'il y a dix ans, voire cinq, j'aurais essayé un sourire, à tout hasard, pour la frime mais pas plus. D'ailleurs, divine surprise, nos regards s'étaient croisés une fraction de seconde. Elle levait donc les yeux elle aussi furtivement sur nous, pendant que nous nous efforcions de ne pas la regarder, testant le pouvoir universel de son charme, se demandant peut être si nous la regardions si nous la trouvions belle, et moi, le petit monsieur assis en face d'elle à soixante quinze centimètre de distance, ce fut comme si le regard de la déesse Aphrodite en personne où la grâce s'étaient posées sur lui. Mais j'avais pu rester stoïque. Elle nous avait finalement délivré en se levant une station avant la notre, à «Bibliothèque de France», empoignant sa valise roulante et bousculant la mienne, sans un sourire même d'excuse, définitivement indifférente, sculpturale, grande comme la statue de la Liberté dans son jean moulant de marque, roulant sur les talons hauts qui en faisait une vraie star de magazine, suivie, je le vérifiai tout de suite, par les regards admiratifs et respectueux de toute la gente masculine du wagon. Des filles, de tous les pays, de tous les âges, déambulant comme à la «passagietta» en groupe voire en troupeaux, avec leurs sacs à dos ou tirant des valises à roues, touristes japonaises habillées n'importe comment, espagnoles chantant des cantiques avec entrain, par trois ou quatre à la recherche de leurs copains, de leurs familles, seules avec ou sans enfants, des filles. Debout face au grand tableau des départs, légèrement en retrait de la foule attentive, une asiatique longiligne appuyée sur un parapluie transparent à la Courrèges, bas et escarpins noirs, un long manteau noir de couturier sur une minirobe vert pastel exactement assortie au liseré qui borde le tour du parapluie, les longs cheveux de jais encadrant son visage allongeant encore sa silhouette filiforme, le nez chaussé de grandes lunettes blanches rectangulaires, parle dans l'inévitable portable dernier modèle. D'une voix qui n'a pas du tout la distinction de sa vêture, elle engueule sans aucun accent - elle est française, à coup sûr ce n'est pas la fille du maffieux japonais ou du magnat chinois que vous imaginiez - un pauvre correspondant affecté d'un retard semble-t-il inadmissible. Dans la queue du guichet grandes lignes, cette africaine avec son copain, tous les deux très tendance, minutieusement sapés, joyeux dans l'éclat de leur jeunesse. Sous un béret noir, ses cheveux défrisés auburn (mais ne serait-ce pas une perruque ?) et ses sourcils rasés remplacés par deux courbes de maquillage très nettes et très noires soulignent la beauté de ses yeux en amandes. J'ai erré un peu dans la foule. Le train avait du retard. C'était la cohue des départs en vacances. Pas une seule place assise sur les banquettes réservées à cet effet devant la salle d'attente des grandes lignes. J'étais là au milieu de toute cette agitation et je m'ennuyais un peu, aspirant au repos dans un compartiment de première et ses couchettes confortables et n'arrivais toujours pas à me faire à l'idée que c'était ma première carte senior.

21 avril 2009

Un haïku par bain, 84

Est-ce assez décent
Les attributs recouverts
D'Obao moussant ?



17 avril 2009

Un haïku par bain, 83



Les deux pieds croisés,
Ce sont les queues des sardines
Serrées dans leur boite.

12 avril 2009

Pensée de la nuit N° 153 "On les a pourtant bien fermés, mais la nuit entre par les fentes des volets." Eric Chevillard, l'autofictif

11 avril 2009

A nouveau Haltmann hantait sa propre mémoire, se livrant à la minutieuse récolte du moindre lambeau de souvenir. Pendant des heures, il ne trouvait rien, arpentant en un vaste désert froid où le ciel avait la couleur exacte du sable. De loin en loin il rencontrait des scènes figées dans des paysages en ruine qu'il ne parvenait pas, malgré tous ses efforts à animer. Le petit latin, le pot de l'Ecole, l'assistanat à Châlon... C'était un homme du début du siècle dernier, il avait cru se souvenir de son nom - Harnois - mais juste au moment de l'écrire il lui était revenu qu'il pensait en fait à un autre professeur de Français latin grec, qu'il avait eu plus tard, en première et que celui duquel il s'était souvenu en premier, il l'avait eu en quatrième (on commençait le latin en sixième en même temps que la première langue) mais il ne se souvenait plus du tout de son nom. Il leur faisait faire du "petit latin". C'est là que Haltmann voulait en venir : au "petit latin". "Ils faisaient du petit latin." Cette expression qu'il n'avait ni lue ni entendue depuis au moins trente ans lui était revenue à la lecture des mémoires de Catherine Clément (les gens de son âge commençaient à publier leurs mémoires - il n'est tout de même pas de la génération de Claude Lanzmann, loin de là - c'était une mine inespérée pour ses propres recherches, qu'ils exaltaient en quelque sorte). Le professeur de quatrième était toujours bien habillé, costume trois pièces gris souris et cravate unie bleu marine, les joues roses, les cheveux blancs jaunissant impeccablement bien peignés. Avec son menton légèrement fuyant et son sourire aux grandes dents il ressemblait un peu à un personnage du Bébète Show. Mais qui connaît le Bébète Show de nos jours à part ceux qui se souviennent ? Il avait fallu pénétrer encore plus profondément les strates des souvenirs empilés, pousser la focale de l'instrument mémoriel à l'extrême, remonter à des scènes imprécises et indatables de lecture de cahiers de textes, d'écriture au stylo à plume, de copies Clairefontraine à grands carreaux et à marge rouge à gauche, feuillets de deux pages recto verso dont on n'utilisait que les deux premières pour les versions et à peine la moitié de la première pour les thèmes (qui étaient déjà en perte de vitesse, devenant désuets et traditionnels, très proches des maths, ne servant plus du tout à la selection comme encore une génération plus tôt). Faire du petit latin c'était comprendre un texte latin avec la traduction sur la table, en plus du Gaffiot, toujours autorisé. Le grand latin, le latin "de compétition" avait deux épreuves : la version, qui était d'une difficulté normale et le thème latin, qui était beaucoup plus difficile puisque d'ordinaire le thème est la langue étrangère "parlée" et qu'on ne pouvait en principe pas "parler" latin . Tout thème était forcement un exercice de littérature ardu nécessitant la plupart du temps une maturité et un goût rares à leur âge. Il se souvenait qu'en thème latin, qui était probablement l'exercice le plus difficile de toute la scolarité, il avait eu des notes négatives, des moins onze ou des moins neuf, il n'avait jamais du dépasser les trois ou quatre sur vingt, ce qui le situait tout de même dans les cinq meilleurs de la classe. Le professeur qui leur donnait des notes négatives pour qu'ils ne se découragent pas et puissent mesurer leurs progrès, ce qu'il n'aurait bien sûr pas pu faire en accumulant les simples zéros, s'émerveillait quand un élève atteignait les notes positives et proposait au concours général celui qui avait atteint la moyenne. Le "petit latin" se situait entre le thème et la version, il était à la fois du thème et de la version. Tout le monde aimait le petit latin, c'était comme se reposer, se divertir, faire ce qu'on n'avait pas le droit de faire "en compétition", comme jongler avec le ballon à l'entraînement du foot par exemple. Malheureusement, il n'y avait pas d'épreuve de petit latin même si on était capable d'y être bien plus brillant qu'en "Grand Latin" (on se fait sortir par l'entraîneur quand on se met à jongler pendant un match) En fait, ils apprenaient le latin en faisant du petit latin, c'était là qu'ils rencontraient vraiment les romains, se frottaient à leurs grands esprits, leur mode de vie, leurs certitudes, leurs doutes, ce qui leur donnait un sens très profond de l'histoire. C'était un divertissement intelligent, comme la "physique amusante". Les professeur "modernes" , comme celui de quatrième, dont Haltmann ne se souvenait plus du nom, poussaient encore plus loin l'esprit du petit latin vers la détente et l'accessibilité : ils faisaient de la conversation latine. Ils leur proposaient de dialoguer en "version originale", de traduire des mots comme "vélomoteur" ou "avion à réaction" ou bien encore "téléphone" ou "ascenseur". Il fallait inventer des mots. leur professeur de quatrième était un as de l'exercice. Il parlait latin couramment "à la restituée". Il les émerveillait. Haltmann le revoyait, transfiguré, du haut de sa chaire, comme un demi dieu, une star des stades micrognathe, raconter sans le moindre effort le "petit chaperon rouge" en latin ou doubler en "live" des extraits de "capitaine courageux" ou des "trois mousquetaires". Ils avaient envie d'applaudir.

06 avril 2009

Tanka, 2

Pour H.G.

En faisant le pain
La farine à l'eau se mêle
Odeur de levain

De même en mes souvenirs
Présent et passé s'emmêlent

05 avril 2009


















Ce qu'a vraiment vu Hokusai (via "Very spécial report" )
Je suis tombé sur cette vidéo proprement renversante (je vous jure que c'est le mot, s'il y en a un qui doit tout à Bach, c'est Dieu come disait l'ami Cioran) en parcourant l'excellent blog de maths "Algorythmes" (avec la faute d'orthographe) Les blogs de math sont à consommer avec aussi peu de modération que les blogs de cuisine!


28 mars 2009

Pensée de la nuit N° 152 : "Comme la Lalangue, le Duduchamp est assez difficile à saisir, il a un côté "Boojum", il me rapelle Duduche, fille de Duchat, chat (en fait chatte) de Georges Perec qui fut la chatte de ma soeur. Quand une main quelconque non autorisée tentait de la carresser, elle ne griffait pas, ne protestait pas mais creusait tellement l'échine qu'il était strictement impossible de la toucher, geste qu'elle accomplissait dans l'impassibilité et avec une politesse parfaite, très duduchampienne" Jacques Roubaud, La Dissolution

27 mars 2009

Un Haïku par bain, 82


Mariner tranquille -
Oh délice remarquable -
A nouveau je peux !

22 mars 2009

Pensée de la nuit N°151 : "Or, le passé n'est pas anarchique. Il peut nous apparaître désordonné et confus, mais en fait, ce n'est qu'une impression du regard désarmé que nous portons sur lui ; mais en fait le passé n'a pas d'état de confusion générale à sa disposition. Il a son ordre qui découle de son immobilité définitive (pas un ordre raisonné, certes, mais un ordre de fait) Aujourd'hui, maintenant je présente ce rien en le décrivant, anarchiquement présent. chaque jour, ou d'un jour à l'autre, recommençant, je le revisite, creusant dans les parenthèses déjà ouvertes des disgressions plus ou moins proliférantes qui ne cessent de déranger l'ordre et la cohérence minimale que les parenthèses avaient conquis en s'enfonçant peu à peu dans le passé de la composition où elles reposaient, calmées et plates, comme des supercordes après lavage" Jacques Roubaud, La Dissolution,

20 mars 2009

Tanka, 1

Pour M.L.G.



Petit matin clair
Depuis mon lit je peux voir
Un cerisier nu

Ah, pouvoir se rendormir

Jusques au retour des fleurs

18 mars 2009

"L'intérieur n'est à l'extérieur de rien" dit Valère Novarina. Depuis que le printemps est là les petits matins sont somptueux. Hier, juste après la séance de tintamarre triomphal des oiseaux saluant le jour, alors que le silence peinait à s'installer à nouveau, j'ai entendu un drôle de bruit. On aurait dit un bref coup de crécelle, un roulement de tambour sec ou une porte qui grinçait (une porte qu'on aurait mal fermée par inadvertance et qui profitait du silence pour lentement s'ouvrir toute seule) en tout cas un bruit qui n'avait rien d'animal, un bruit de machine à coudre grave, de chose qu'on manipule, un long craquement, un bruit étrange. Il se repetait à intervalles réguliers, déchirant à lui seul le silence que les plus farceurs des volatiles, soudain devenus respectueux, n'osaient interrompre. Le son était extraordinaire, plein, profond, stéréophonique. Tout le voisinage résonnait de son écho. Mais qui donc osait faire un tel boucan à une heure aussi matinale ? En tout cas pas le voisin charcutier dont le laboratoire donne sur notre jardinet et qui tous les jours, y compris le dimanche, nettoie ses instruments à grand coups de jets d'eau et bruits de gamelles entrechoquées faisant aboyer tous les chiens du quartier, pas non plus un volet ou une vraie porte mal fermés qui grinçaient : les intervalles étaient trop réguliers, il n'y avait pas de vent, l'air était immobile, au contraire. Aucun chien n'aboyait, même lointain. Je fis défiler dans ma mémoire, rangé bien à l'abri dans une circonvolution de mon cerveau, le paradigme "bruit de crécelle" : je fis revenir d'abord le souvenir très ancien d'un jouet en bois, teint en vert et en jaune, assez lourd pour émettre le bon grincement une fois secoué correctement, mais pas suffisamment pour ne pas être tenu dans la main d'un enfant, avec lequel il pouvait très bien s'assommer en l'agitant dans le mauvais sens, ce qui arrivait souvent, c'était un objet du genre "jouet à risque", qu'on oserait plus fabriquer de nos jours sous peine de se voir traîner devant la Cour Internationnale de Justice et dont les bébés des années cinquante avalaient en toute imunité les petites pièces détachées et mourraient de mort subite de nourrisson, étouffés dans leurs lits, puis celui, comme prévu, d'une lourde porte en bois, à la montagne, donnant sur un balcon (une galerie) un après midi de sieste bien méritée après une nuit blanche à tourner en rond avec le bébé dans les bras qui ne pouvait pas s'endormir et qui, maintenant tout aussi épuiisé que ses parents roupillait à l'intérieur, puis celui d'une matinée fraiche et claire où nous nous promenions, comme les frères Poucet, à une dizaine d'enfants et une monitrice, sacs au dos, à peine plus hauts que les fougères luxuriantes qui bordaient le chemin, dans une grandiose forêt de sapins , tout droit issue des illustrations de nos livres pour enfants, plus vraie que nos rêves les plus fous, dans laquelle on pénétrait comme dans un palais enchanté après avoir traversé des prairies muticolores à n'en plus finir en faisant s'envoler devant nos cuisses nues les sauterelles encore menue et fines de début juillet, où nous nous sentions chez nous, protégés, bien à l'intérieur, nous nous arrêtions après avoir traîné en queue de file pour ramasser des brindilles, des pommes de pin et cueillir une petite plante acidulée, délicieuse , une jeune pousse en forme de cresson que nous mangions sur le pouce, le gôut je l'ai déjà sur ma langue après près de cinquante ans, et que nous appelions "Pain d'Oiseau" inconscients des risques que nous prenions, ou encore celui d'une chaude journée plutôt mal définie, dans les champs, au choix, en Bourgogne, en Savoie en Auvergne ou dans le Comminges, avec le bruit d'un grillon inquiet qui se serait tenu coi dès qu'on aurait fait un pas et puis enfin celui d'une haute futaie, à nouveau, pleine d'ombre, dans une autre forêt, au lieu dit "Le Grand Sapin", connu des amateurs de champignons, entre Villiers Saint Benoît et Sommecaise, non loin de "La Ronce", où nous nous étions enfoncés depuis peu. C'était le bon souvenir, celui qui collait au bruit. Le son était identique, reconnaissable à tous les coups. L'odeur de feuilles mortes et de terre me revint dans le même temps. Marchant à la file indienne, nous nous faufilions entre les branches, faisant crisser le tapis de feuilles mortes que nous scrutions, cassés en deux , le nez au ras du sol, à la recherche des champignons, plus spécialement des "trompettes des morts" (ou "chanterelles" ou "cornes d'abondance") qui ressemblent tout à fait aux champignons chinois qu'on met dans le "Shop Suei". Des petits ceps, ou des girolles ne nous auraient pas déçus non plus, soit dit en passant, mais c'était un coin à "trompettes des morts". On ne les voit que que on a les yeux dessus, quand on en trouve un, on en trouve cent, etc. Je superposai alors, pour ainsi dire, le souvenir au présent : depuis un moment notre marche silencieuse était accompagné du même son de crécelle grave que j'entendais maintenant. Une pie venait de faire halte, dans le présent, sur le cerisier nu que je pouvais apercevoir de mon lit. Elle écoutait elle aussi le son de la forêt de mon souvenir en penchant la tête comme font tous les oiseaux. C'était le bruit d'un pic-vert. Il martelait de son bec une branche ou un tronc pour en faire sortir les insectes cachés à l'intérieur. En forêt, les craquements, les bruits de bois qui grince, de branches qui cassent, ne manquent pas. Nous avions interrompu le travail de l'oiseau sans nous arrêter pour écouter son bruit. Il était fort en colère. Il y eut des cris, des bruits d'ailes furieux. Quelque chose tomba sur le sol, juste à nos pieds. C'était le pic-vert qui était descendu pour nous engueuler. Il manifesta son mécontentement avec des cris stridents et force déploiement des ailes, puis remonta illico, en un vol quasi vertical, tout en haut de l'arbre où nous ne l'entendîmes plus. Son nid ne devait pas être très loin, il était probablement venu le défendre. Nous nous sentions coupables comme si nous venions de prendre un savon mérité. Et là, dans le petit matin clair, le même bruit de percussion venait déchirer le silence de la banlieue juste avant la sonnerie des reveil-matins. Le pic-vert ausculte l'intérieur de l'arbre. Il scrute la vie qui y grouille. Il fait sortir la vie de l'arbre, quelle que soit l'heure, en un inexorable et mortel sauve qui peut. Et pourtant son bruit n'est pas sinistre, il n'est pas douloureux, comme celui des mouettes, ou laid comme celui des pies. C'est un bruit de travail, un bruit laborieux. On dit qu'il tambourine. (même si son cri, qu'on entend beaucoup plus souvent qu'on croit, selon Internet, une sorte de ricannement sardonique est assez désagréable) "L'intérieur n'est à l'exterieur de rien". C'est une phrase étrange, un tantinet dérangeante, paradoxale alors qu'elle n'exprime aucun paradoxe. C'est vrai : l'intérieur et l'extérieur sont deux catégories radicalement différentes de l'espace, disjointes. C'est ce que dit radicalement Valère Novarina, il faut en finir avec les compromis. Le dedans et le dehors ne communiquent pas, pas même en vertu de lois topographiques compliquées. Pas d'échange posssible, pas de place pour quoi que ce soit de transitionnel ou intermédiaire, pas d'ouverture autre que l'éffraction chirugicale ou mutilante toujours catastrophique, comme celle du pic-vert (Le plus souvent les aphorimes concernant l'intérieur et l'extérieur font allusion à leur caractère au contraire communiquant, les faisant s'écouler l'un dans l'autre de manière lénifiante en donnant la clé du monde, "La sortie de secours est à l'intérieur " etc. ) Un bon psychothérapeute serait alors un pic-vert. Un tambourineur de l'index sur votre front ou votre nombril, penché sur votre corps allongé, levant légèrement les fesses de son confortable fauteuil. Il vous sortirait les verts du nez. Si l'interieur n'est à l'extérieur de rien, il faut s'y résoudre, le cerveau est un organe externe, un peu comme les testicules ou les seins. De même, en dernière analyse, que notre tube digestif, aussi long et alambiqué soit-il, qui n'est qu'une invagination du dehors au temps où nous tombions, minuscules, dans l'abysse amniotique, que nos viscères mêmes, si propres et si bien rangés, aucune place perdue, encore plus beaux que dans les livres d'anatomie, luisant de l'éclat de leurs couleurs originelles, doux et fermes au toucher, jouissant de leurs formes parfaitement lisses, petits animaux immobiles et tranquillement pulsatiles, sont des organes externes, traversés par des millions de ramifications qui communiquent toutes entre elles et avec nos orifices naturels. l'intérieur n'est à l'extérieur de rien... mais il n'existe pas.

12 mars 2009

Ce matin, il y a quelque chose dans l'air qui le rend plus doux. Le ciel est gris, il bruine, mais la lumière n'est plus tout à fait la même. Elle semble pleine de promesses. Dans quelques jours, à peine un ou deux peut-être, les fortitias seront en fleurs (les bergerias roses du petit jardin de façade le sont déjà, en touffes, mais elles sont capables de fleurir même en décembre) Dès qu'un rayon de soleil parvient momentanément à crever le plafond, les oiseaux se mettent à crier à tue tête comme si, sans attendre le coup de feu du starter, ils voulaient "voler" le départ . Le quartier est silencieux. Tout le monde est au travail ou au marché. Le reste pense à ce qu'il va faire à manger à midi, à vagabonder sur internet ou à souffrir au fond de son lit. Les chats ont disparu à leurs affaires, le chien dort dans la bibliothèque. On est bien chez soi. j'ai rarement pensé çà. En dix jours la tension est retombée. Je me suis mis à relire. Le repos forcé à provoqué, banalement, un retour sur soi qui commence à ne plus me faire peur. Je sens que, bientôt, si les choses continuent comme çà, je vais me remettre à écrire. c'est déjà un peu fait, non ?

10 mars 2009

Pensée de la nuit N°150 : "Après la mort d'Abdul Fazl, l'empereur devint plus sévère. Il lui incombait de régenter le mode de vie de son peuple et pendant trop longtemps il avait été défaillant dans ce domaine, remplissant fort mal son devoir. Il interdit la vente d'alcool aux gens du peuple sauf sur prescription médicale. Il prit des mesures contre les vastes essaims de prostituées qui bourdonnaient comme des mouches dans tous les coins de la capitale et les fit installer dans un campement batisé la Ville du Diable, à quelques distances du centre, et il ordonna que tous les hommes qui s'y rendaient dussent indiquer par écrit leur nom et leur adresse avant d'être autorisés à pénétrer dans le camp. Il déconseilla la consommation de viande bovine, d'oignon et d'ail et exhorta son peuple à manger du tigre pour puiser de la force dans sa chair. Il déclara que la pratique religieuse ne pouvait donner lieu à aucune persécution, quelle que soit la religion, on pouvait bâtir des temples et laver les ligams, Mais il était moins tolérant envers les barbus, car la barbe tire sa nourriture des testicules, ce qui est la raison pour laquelle les eunuques n'en portent pas. Il interdit le mariage d'enfants et désapprouva la crémation des veuves et l'esclavage. Il conseilla à son peuple de ne pas prendre de bain après des relations sexuelles. Et il convoqua l'étranger à l'Anup Talao dont les eaux agitées malgré l'absence de brise prouvait que la situation, qui aurait du être calme, était complètement perturbée." Saman Rushdie, l'Enchanteresse de Florence, Plon

07 mars 2009

C'est la fin du journal de Thiron-Gardais, snif. Merci, Jean claude Bourdais
Un Haïku pa bain, 81


Plus d'haïku d'hiver,
Me voilà privé de bain
Quinze jours d'avance !

18 février 2009

Un Haïku par bain, 80


Plongé solitaire
Dans ce liquide équivoque
Et crépusculaire

10 février 2009

Pensée de la nuit N° 149 : "Un instant, en lèchant machinalement l'intérieur de mon pot de yaourt presque vide, je me suis pris pour mon chien"

09 février 2009

J'aime énormément cette photo de Nathan, la mère de tous les petits déjeuners du monde...


P'tit déj

01 février 2009

Hier soir, la Garde, cette reine de la nuit, mais on comprend mieux si j'écris sans majuscule, la garde, était calme. Dans mon bureau à l'hôpital, j'ai une petite bibliothèque que je n'ai pas souvent le temps de consulter. J'y ai rangé des livres dont un jour j'avais cru avoir besoin pour je ne sais plus quel séminaire ou quelle réunion clinique, ou bien que j'ai posé là juste après qu'ils aient quitté les rayons de la librairie où je venais de les acheter, faute d'autre bibliothèque pour les accueillir. Ils peuvent tout aussi bien être des romans que des manuels de psychiatrie, des polars ou des recueils de poèmes. On peut venir les emprunter. Certains, faute seulement vénielle, oublient de la ramener, parfois. J'étais presque dans le noir, comme j'aime, seulement éclairé par une lampe de bureau de cette sorte qui font juste un halo de lumière sur le clavier de l'ordinateur et qui déjà laissent dans la pénombre le fauteuil de mes interlocuteurs de la journée, vide à cette heure et à cinquante centimètre de là, une de ces lampes à la Gaston Bachelard, une de ces lampes qui voient, une de celles, amicales, chères aussi à Alberto Manguel, doucement penchées sur vos doigts qui courent sur le clavier ou sur le papier, dont j'ai aussi un exemplaire pas tout à fait identique, mais tout à fait aussi tendre, dans le bureau de la maison silencieuse où je tape en ce moment ces lignes sous le halo lumineux qu'elle dispense avec, toujours, la même attention désinteressée. Je rêvassais, car que faire un jour de calme garde à moins de rêvasser, dirait un lièvre de mes amis. A un certain moment, peut être pour vérifier un souvenir, ou bien affiner une définition ou encore par pur désoeuvrement, je me suis levé pour consulter les livres alignés un peu plus loin que la longueur de mon bras. Parmi des titres que j'indifférais, occupés à simplement se tenir droits et à éviter mon regard qui panoramiquait paresseusement, un petit ouvrage assez mince me fit signe, avança imperceptiblement d'un pas de souris, que dis-je d'un pas de fourmi, pour se laisser prendre. C'était le "Régime des Passions" de Clément Rosset. Clément Rosset, que je ne connais pas, est un de mes meilleurs "amis" comme on dit maintenant sur facebook et dans les communautés virtuelles. On a vraiment rien inventé. Car un livre est une communauté virtuelle : celle de tous ses lecteurs, qui ne se connaissent pas. C'est pourquoi je dis que Clément Rosset est un de mes meilleurs "amis", au même titre que Jacques Reda ou Jacques Roubaud, ou même Philp Roth et Francisco Gonzales Ledesma. Le "Régime des passions", et c'est là son moindre défaut comme dirait une autre fourmi de mes connaissances, se laisse lire très facilement. Et même relire, ce que je fis, sans même m'en rendre compte en deux ou trois demi heures, toujours sans le moindre appel des urgences, ce qui était toujours ça de gagné sur la misère humaine. Et puis je me laissai emporter par l'admiration, cet exercice si délicieux. Je me souvenais du plaisir du "Réel et son double", de la "Force Majeure", de "Loin de moi", du "traité de l'idiotie", de cette langue si précise et si déliée qui jamais ne pèse ni ne pose ni ne jargonne. Du merveilleux et du très savant avec les mots de tous les jours, le "Gai Savoir" à l'état pur, dans ton son élan et toute sa fraîcheur. Dans un chapitre assez court, qui n'a rien à voir avec les "passions" et encore moins avec le "régime", Clément Rosset parle de Valère Novarina dont je n'ai presque rien lu et dont je n'ai jamais vu aucune pièce, même à Avignon au temps de ma jeunesse. Ce que je voulais juste dire ici, c'est que Clément Rosset parle de Valère Novarina exactement comme moi, j'espère, je suis en train de parler de Clément Rosset. Pour le simple plaisir de vous raconter un plaisir de lecture par une nuit d'hiver comme les autres, un tout petit moment de joie. J'ai maintenant très envie de lire Valère Novarina, voir si je peux m'en faire un "ami". Et vous, mes "amis", avez vous envie de lire ou relire Clément Rosset ?
Mnémoglyphes parle de Ciscoblog et réciproquement... On va aller loin comme ça ! (J'aime beaucoup l'expression "bloguer à la volée")