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19 septembre 2009

Histoire de Jean Luc, 1




Souvent Haltman se souvenait du professeur Weill. Cela devait être un très vieil homme maintenant. Le professeur Weill avait été chef du service de Néphrologie au CHU Henri Mondor à Créteil au temps de la jeunesse d'Haltman.  Il avait été le doyen de la faculté de médecine. "Doyen" voulait dire "président" même si l'on élisait à ce poste prestigieux des médecins déjà un peu âgés. A l'époque le professeur Weill ne devait pas avoir été  tellement plus âgé qu'Haltman aujourd'hui.  Haltman pouvait dire que c'était l'un des hommes les plus remarquables qu'il avait rencontré. Voilà comment cela s'était passé. A la fin de son internat, Haltman  en attendant un poste d'assistant, avait occupé un poste de médecin vacataire à mi-temps aux Mozards. Bonnafé, le père créateur,  qui avait déclaré la fin de "l'implantation préalable", était parti à la retraite fâché avec son équipe qui s'était voulue encore plus radicale que lui et prétendait en tout cas pousser la théorie de l'implantation préalable le plus loin possible.  Elle refusait énergiquement la construction des soixante lits d'hospitalisation qu'il préconisait maintenant. La bataille faisait rage contre les lits qui étaient vécus par les disciples, maintenant traités  vertement de gauchistes par le maître ou même de socialistes ce qui était la pire injure dans sa bouche,  comme une véritable trahison. L"autre mi-temps avait consisté en une sorte de mission : il avait été envoyé, sorte de commissaire politique, participer à la liaison entre le secteur public et ce qu'on appelait  le médico-social étant entendu que pour sociale que la psychiatrie publique se proclamait elle voulait surtout ne pas se séparer de la médecine ni de l'hôpital laissant au "privé associatif" (les familles)  la gestion des prises en charge à très long terme. Le CAT (centre d'aide par le travail) de Dormeil était l'une de ces institutions du médicosocial issue du paternaliste industriel qui avait eu son heure de gloire presque cent cinquante ans plus tôt. Il se situait dans le quartier de La Nacelle qui s'étendait en contre-bas de la nationale sept entre le chemin de fer et les bras entremêles de l'Essonne. c'était là que s'était tenu jusqu'à une époque toute récente, elle vient d'être démolie,  l'un des plus formidables monuments industriels de la région, la grande papeterie Darblay,  fierté de la ville avec les Grands Moulins. A la fin des années soixante dix c'était l'une des usines à papier les plus importantes d'Europe. Elle avait employé jusqu'à plus de mille ouvriers et fait vivre la ville pendant des décennies. La famille Darblay, l'une des fameuses "deux cent familles", c'est à dire actionnaires de la Banque de France, avait tout fait, à l'instar par exemple des Godin dans le Nord, pour "fidéliser" ses ouvriers. On avait construit des écoles, des cités ouvrières, des dispensaires, on avait même bâti une chapelle tout près de l'usine, de l'autre côté de la rue de la papeterie. C'est autour de cette chapelle, probablement achetée pour le franc symbolique par l'association de familles de malades mentaux "les Papillons Blancs", transformée en menuiserie que s'étaient regroupés les "Ateliers de la Nacelle" à la fin des années soixante. L'idéologie des Centres d'Aide par le Travail, essentiellement véhiculée par les associations de familles qui avaient légitimement besoin de structures pour prendre en charge, en dehors de tout soins,  leurs enfants reposait sur le concept de "handicap" que les psys ont toujours beaucoup suspecté. pour les psys et pour dire les choses rapidement sinon simplement la maladie n'était pas un handicap, c'était une "dépendance évolutive" susceptible de progrès et objet possible de soins. Le "handicap" écartait a priori le soin puisqu'il se donnait d'emblée comme fixé, définitif, soumis à un taux d'invalidité arrêté par les autorités sanitaires. Le handicap mental, cette maladie mentale "cuite" pour ainsi dire  existe pourtant bel et bien, mais il n'a jamais été pris en compte tel qu'il était par la psychiatrie publique. Ce n'était (et n'est toujours pas, c'est une question de définition) son affaire. Dès qu'il était question de handicap (de mongolisme par exemple) on évoquait lle médicosocial et l'éducatif. C'est pourquoi on ne trouve aucun handicapé mental dans les hôpitaux. Dès les années soixante dix on les avait tous confiés au médicosocial. Ce sont ces idéologies contradictoires qui ont fait que la psychiatrie et le médicosocial se sont toujours regardés en chiens de faïence. mais n'ont jamais pu se passer l'un de l'autre (malgré leurs rêves parallèles) Il y avait à cette époque une grande méfiance entre les psys et les associations de familles. Mais la psychiatrie n'a jamais pu rester pure et dénier complètement la possibilité du handicap : il y avait par exemple des malades mentaux dont la guérison tardait beaucoup. Leur maintien dans une structure de soins avec des chances d'évolutions quasi nulles étaient la cause de l'évolution asilaire des dites structures. La psychiatrie  avait besoin de portes de sortie pour ses échecs. On pouvait même dire que ses chances d'échapper à une évolution asilaire étaient de garder des liens avec le médicosocial dont elle critiquait si souvent les pré-requis.  Plus un service était "alternatif" plus il avait de liens avec le médicosocial. C'était un véritable paradoxe. Cela avait aussi la source de graves malentendus qui persistent encore parfois de nos jours.  A partir du moment où nos enfants étaient des "handicapés" et non plus des "malades mentaux" (terme toujours connoté de dangerosité) on pouvait penser que la société avait plus de devoirs à leur égard,  ou plutôt on pouvait le penser plus facilement, sans arrière pensée. Le handicapé avait des droits alors que ceux du malade dangereux étaient suspendus par une loi spéciale, la loi de trente huit (du 30 juin 1838). Ils avaient par exemple le droit de travailler et les associations de familles se battaient à juste titre pour tout ce qui pouvait renforcer leur dignité. Cependant le problème restait celui de la "rentabilité". Le handicapé, par définition ne pouvait se soumettre aux cadences normales. Il lui fallait donc un lieu de travail adapté avec un salaire adapté lui aussi qui ne pouvait pas correspondre au SMIC des normaux qui auraient bien entendu hurlé qu'on les prenait pour des handicapés. Travail adapté, salaire adapté (modification de la pension d'invalidité en fait) et aussi encadrement adapté : éducateurs à la place de contremaitres. On avait donc inventé un corps spécial d'intervenants, à la fois contremaitres (il fallait bien produire, on n'était pas à l'opérette) et éducateurs (il fallait bien tenir compte du handicap). C'étaient les éducateurs techniques. Pour être éducateur technique il suffisait d'être normal et d'avoir travaillé dans l'industrie ou dans l'artisanat.  C'étaient bien souvent de vieux artisans en faillite ou de vieux ouvriers en pré-retraite pavés de bonnes intentions qui ne s'attendaient en général pas au choc de la rencontre avec la souffrance mentale. C'était pourquoi on avait tout de même besoin de psys. Mais leur intervention restait délicate tant la méfiance des familles était grande à leur encontre, eux qui n'avaient pas su guérir leurs enfants. Bref, on avait envoyé le soldat Haltman au CAT.

17 septembre 2009

Un haïku par bain, 92


Silence abyssal
Où je me suis englouti
De l'eau plein l'oreille

16 septembre 2009

Tanka, 11


Le long de l'A20
La file des éoliennes
Agitant leurs pales

De pathétiques géantes
Scandent ma route incertaine

11 septembre 2009

Cent quarante twitts de cent quarante signes, 1 
 
Il faudrait un jour publier cent quarante twitts comptant exactement cent quarante signes (à celui là, par exemple, n'en manque pas un seul)
Pensée de la nuit N° 159 : "Ce qui est bien avec Quignard, c'est qu'on peut facilement le parodier, son parti pris de "crudité" est souvent à la limite du casse-gueule"
On voudrait nous faire croire que les livres  nous racontent des histoires. C'est l'inverse :  ils nous racontent nous.  C'est nous les lecteurs qui sommes des histoires. Nous sommes de la même matière que les nuits de Shéhérazade. Nous n'existons que parce que nous sommes racontés. Les livres de nos bibliothèques ne racontent mille et une fois qu'une seule chose : moi, vous, leurs lecteurs.  Le livre n'est pas un objet que je tiens ou que je scrute et dont j'absorberai silencieusement la substance invisible. Le livre me produit, au sens littéral du terme.  Je suis la substance dont je viens de parler. Je suis moi lecteur le résultat de ma lecture, dans le temps même où je suis en train de lire. Rien d'autre qu'une identité narrative. quand je lis je n'ai pas d'imaginaire, je suis  imaginaire.  Je ne suis qu'une vapeur de livre. J'en ai eu la preuve hier, deux fois coup sur coup. Une première fois en lisant"Assez parlé d'amour" d'Hervé Letellier, l'autre fois juste après, en lisant "la Barque silencieuse" de Pascal Quignard.  Je lis donc que Le héros de Letellier a donné un rendez vous au café Zimmer, place du Châtelet. Il précise bien qu'il n'a pas mis les pieds au Zimmer depuis plusieurs années. D'ailleurs il n'est jamais entré au Zimmer très souvent. Il n'est pas un fan du Zimmer. Incroyable coïncidence : J'ai moi même pris la veille un pot au Zimmer , dans lequel , qui plus est, je n'avais pas pénétré depuis plus de dix ans,  et je m'étais même fait exactement la même réflexion, que je ne rentrais pas souvent au Zimmer, que je préférais quand j'étais dans ce quartier flâner chez les marchands d'animaux du quai de la Mégisserie (ce sont exactement les mots du personnage d'"Assez parlé d'amour") et qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Je me souviens avoir vraiment pensé cela.  Je l'ai même dit à la personne avec qui j'étais au Zimmer qu'il y avait trop de violet et d'orange sur les moquettes et les tissus. Et voilà que je le lis à nouveau dans ce livre sous le halo chirurgical de ma lampe de chevet. Je ne suis pas en train de lire ce livre, je suis dans ce livre. Je parle par la bouche du personnage de roman, il me vole mes mots. Ou alors me les  souffle-t-il, à l'inverse. C'est lui qui parle dans ma bouche, je ne sais plus si j'ai vraiment pris un pot au Zimmer la veille ou bien si  c'est dans le livre, si par hasard même je n'e suis pas le personnage d'un livre.  Je change de livre, comme souvent. Je partage souvent mon temps de lecture vespérale ou nocturne entre deux livres.  J'ouvre la "Barque Silencieuse", à la page que j'avais cornée la veille (je ne marque pas les pages, je les corne) Nouvelle coïncidence.Pascal Quignard, dans l'une de ses célèbres dérive étymologique,  évoque l'origine du mot "Corbillard", origine que je suis capable, médusé en mon fort intérieur, ravi à moi même, de réciter immédiatement en même temps que je lis ses mots, nos deux voix, à Pascal Quignard et à moi, confondues en un étrange duo à l'unisson : "Corbillard" vient de "Corbeil" qui est la ville où je travaille depuis plus de trente ans. Pour une fois, je peux vérifier par moi même que les étymologies de Quignard pour baroques qu'elles semblent être, sont vraies. Un "corbillard" est une embarcation à fond plat qui descendait la Seine de Corbeil à Paris, transportant tout un tas de choses : des barriques de vin, des bébés emmaillotés ou des cercueils. Tout Corbeillois sait cela, évidemment. Quand donc avais-je croisé Pascal Quignard sur le pont de l'Armée Patton ou sur le quai Bourgouin ? Avait-ce été dans un livre ou dans la ville ? Cette fois, il ne s'agit plus de coïncidence, qui plus est redoublée. Il ne peut s'agir que d'éclairs de réalité, d'un entre deux mondes vacillants, entre la matérialité du livre  et l'imaginaire de mon existence. Je ne suis que cela : en train de m'échapper  perpétuellement des livres et je cours perdu, pareil au  personnage de "La rose pourpre du Caire", dans un pays des merveilles  où ne file aucun lapin pressé ni ne sourit aucun chat du Cheshire.

08 septembre 2009

Posted by Picasa


Dimanche matin. Au beau milieu de la rue Mouffetard. Il fait beau et frais. Un temps idéal. On dirait un décor de cinéma. Tout paraît trop beau. L'animation un peu factice à la "Amélie Poulain" bat son plein. Les marchands de fruits et légumes voisinent avec les boutiques de fringues et de déco branchées dans le plus pur style bobo. La terrasse du "Verre à Pied" qui mange la moitié de la chaussée  est bondées des sempiternels habitués. Les touristes qui descendent la rue et dont je dois fendre le flot bon enfant sont aux anges.  C'est la même rue Mouffetard que celle de mon enfance, celle de Gripari, celle de la sorcière du placard à balais, celle du petit Bachir et du sorcier poisson rouge. Ce sont les mêmes pavés que je foule. C'est la même rue Mouffetard que nous dévalions à toutes jambes à la sortie de l'école. C'était une rue de labeur, noire et mystérieuse, d'avant Malraux et ses ravalements obligatoires, on y roulait des tonneaux de vins, on y portait des sacs de charbon sur les épaules,  on s'y interpellait dans une langue rugueuse, on n'y traînait pas, on  entrait par une porte qui actionnait une sonnette enrouée chez des marchands de couleurs où des balais et des martinets étaient suspendus au plafond dans l'obscurité. On y tirait encore des charrettes à bras parfois malgré la pente. Il y flottait perpétuellement des  odeurs fortes et étranges, des odeurs d'adultes, celle un peu écœurante du vin répandu sur les parquets, celle acre de la poussière de charbon, des odeurs de marché, de champignon, de feuilles mortes. Parfois les fumées de brûleries de café autour de la place des Gobelins toute proche mais aussi de la rue de l'Estrapade (qui est restée active jusqu'à la fin des années soixante dix) embaumaient l'air. Les fils des bougnats du quartier, en galoches et blouses grises pardessus leurs culottes courtes  nous y attendaient en embuscade, il y eu des empoignades mémorables. Et puis, tout en bas, le marché éclatait à la sortie de Saint Médard. Tous les jours nous nous y perdions dans  les odeurs et les bruits.   Maintenant c'est la ville musée, quoiqu'en dise mon copain Franklin. Moi même je n'habite plus là qu'en pensée et j'y reviens, comme magnétisé par des bribes de souvenir de mon enfance, sans trop savoir pourquoi, pas plus que les papillons qui reviennent se brûler les ailes à la même chandelle ne savent eux aussi pourquoi. Le sentiment que tout cela est mis en scène, qu'il ne s'agit pas de la vraie vie, que tous ces gens font semblant de s'activer, qu'ils sont employés par l'office du tourisme, que tout est reconstitué comme dans le "Pueblo Espanol" de Barcelone, avec ses faux artisans qui font semblant de fabriquer sur place des objets depuis longtemps manufacturés en Chine, m'envahit comme une vieille paranoïa et me voilà arrêté au milieu de la rue, bousculé par les touristes, immobile, mon sac de plastique à la main (je reviens d'une urgence de dimanche matin  à  l'"Arbre à Lettres") en train de bougonner sur mes souvenirs perdus. Pour ne rien arranger je viens de m'apercevoir que  le marchand de journaux vers lequel je me dirigeais a vendu son échoppe à une gadgeterie et qu'il ne sera plus possible d'acheter le "Journal du dimanche" avant d'aller prendre son café à "la Bourgogne". Qui prenait donc son café à "la Bourgogne" le dimanche matin au temps de mon enfance ? Et qui même y lisait son journal ? On n'y trouve en tout cas plus aucun maraîcher ni aucun mareyeur ni aucun garçon-boucher ni aucun négociant en vin accoudé au bar. Pendant un moment on a pu  trouver les  tout derniers au zinc de chez "Papillon" mais ils ont disparu depuis plusieurs années et les nouveaux commerçants ne boivent pas d'alcool. Quant à "Papillon", la dernière survivante des gargotes de Balzac, c'est tout juste si elle a échappé aux  irrésistibles grecs qui ont commencé à coloniser la rue par le haut il y a vingt cinq ans. Cela ne saurait très certainement tarder. Sauf que ce n'est plus tendance - "à la mode", disait-on du temps de mon enfance - . Je suis là, avec mes deux bouquins dans leur sac en plastique, à râler dans mon fort intérieur sur la disparition du petit commerce et à me laisser heurter par les épaules des grands hollandais, à recevoir des coups de cabas à roulette dans les mollets et à passer pour un parfait abruti.  Au coin de la rue de l'Arbalète, devant la pharmacie fermée, un type d'à peu près mon âge, tout à fait assorti au décor,  chante en s'accompagnant mollement à la guitare ce qui, dans le brouhaha de la foule qui s'écoule devant lui, doit être un tube de la "chanson française" des années soixante-dix (se souvient-on que le premier joueur de gratte venu chantait Brassens ou Brel et que nous connaissions pratiquement toutes leurs chansons par cœur ?)  Il lance des regards effarés et inquiets de tout côtés tout en continuant de chanter et de jouer de plus en plus vite comme s'il cherche le moment propice pour s'échapper de ce guêpier vu que la sébile posée devant lui à même le pavé reste vide.  Le temps de me retourner pour prendre la photo ci-dessus, il a décampé. Faisant le deuil du "Journal du dimanche" je me décide à redescendre la rue dans le sens du courant. Il y a des travaux sur le parvis de Saint Médard. C'est l'heure de la sortie de la messe mais il n'y a personne à l'intérieur. Le restau qui fait des brunchs  en face en a profité pour étendre son empire. Ses tables en fer peint s'alignent en rangs serrés de l'autre côté de la rue, bousculant les derniers étals du marché. Il multiplié son espace vital au moins par trois. Ce n'est pas un endroit où l'on peut s'attabler seul avec une absence de journal. La terrasse de la bourgogne est bondée. Pas une seule place. Tant pis. De toute façon je suis attendu au  Village Saïgon à des milliers de kilomètre de là pour déjeuner. Je fuis vers la modernité, il n'est que temps! 

04 septembre 2009

J'ai encore failli oublier le nom de Shoranur

02 septembre 2009

Staline et moi, nous en avons des comptes à régler. Je viens de refermer "l'Hirondelle avant l'Orage" le livre de Robert Little. C'est l'histoire à peine romancée de la tragédie que vécurent les grands poètes russes Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova, Boris Pasternak, et d'autres dont Maxime Gorki, Nikoaï Boukharine, Staline lui même au temps des grandes purges de 1934, des procès de 1938, des geôles de la Lubianka, du Goulag. Ossip Mandelstam est un héros, Anna Akhmatova aussi. le récit du martyr de Mandelstam est poignant. Mais le véritable héros du livre ne fait pas partie des persécutés. Le véritable héros du livre est Staline, l'homme d'acier, le persécuteur, le diable lui-même. Dès son entrée dans le récit il capte l'attention, la détourne à son profit, pour ainsi dire. Staline a toujours eu cet étrange pouvoir hypnotique, tant dans l'histoire "réelle " que dans les histoires des fictions comme dans l'épatant "Les Enfants de l'Arbat" de Rybakov, par exemple. Staline est un personnage de fiction idéal, le modèle du mal, l'ami des romanciers et des sénaristes, étrangement plus proche de nous que son collègue Hitler, par exemple (c'est parce Hitler, lui, se situe par delà le mal, on ne peut pas régler de comptes avec lui) Staline a été l'inventeur du culte de la personnalité, il en est peut-être resté quelque chose, un certain respect pourrait-on dire. Hitler a été abhorré par nos pères bien avant qu'on connut ses forfaits. Staline, en revanche, a été admiré par eux. Mon propre père, par exemple affirma toute sa vie que Staline, le grand vainqueur de Stalingrad avait fait tout au plus des erreurs ou alors qu'Hitler avait été le mal absolu mais que Staline avait été un mal nécessaire ayant tout de même contribué à l'envoi du premier homme dans l'espace et que oui la dictature du prolétariat était une vraie dictature, on ne pouvait pas arriver au socialisme sans, et que les capitalistes avaient juré la perte de la patrie du socialisme alors Staline avait des excuses  etc. J'ai des comptes à régler avec Staline car il a été l'idole de mon père. C'est une chose que j'ai du mal à pardonner malgré mon grand amour filial. Il y a un certain nombre d'hommes et de femmes ( nés à peu près cinq ans après la mort d'Hitler et cinq ans avant celle de Staline) qui sont dans ce cas là. Martin Amis, le grand écrivain anglais contemporain, l'auteur de l'inoubliable "Expérience" et du non moins inoubliable "La flèche du temps", en est un, par exemple. Il vient de publier cet année un nouveau roman toujours consacré à sa relation tumultueuse à son  père, le romancier anglais Kingsley Amis et au père de tous nos pères le camarade Djougachvili alias Staline, alis "Koba", son premier nom de guerre quand il dévalisait les banques de Tiflis. Martin Amis a deux avantages sur moi : d'une part c'est un immense écrivain, d'autre part son père a quitté le parti en 1956, alors que le mien ne l'a même pas quitté après 1989 (en fait il n'y a jamais été inscrit, il est toujours resté un "compagnon de route" comme on disait à l'époque, encore plus stalinien que le plus aveugle des militants) Il  a fallu à Martin Amis au moins trois romans pour se sorti de la relation triangulaire infernale entre son père, Staline et lui et encore n'en est-il pas sorti vraiment. Que voulez vous que je fasse, moi, avec mon petit Ciscoblog ? Je n'en ai pas fini avec le camarade Staline !

01 septembre 2009

Je viens de télécharger "Opera 10.00". Enfin un navigateur qui va vraiment plus vite ! J'ai vérifié qu'il respectait mon template (modèle) de Blogger au millimetre près, ce que ne faisait ni "Google Chrome" ni "Opera 9" ni "Internet Explorer" jusqu'à maintenant. Nickel. Seul hic pour l'instant, le correcteur orthographique qui n'est pas français, mais c'est véniel (reste à vérifier qu'ill est parfaitement compatible avec "Blogpress", l'éditeur blogger pour Iphone, mais il n'y a pas de raison). Je vais donc enfin pouvoir abandonner Firefox qui commençait à m'agacer sérieusement : quand on l'avait fermé on ne pouvait jamais le rouvrir dans la même session. Il fallait redémarrer le PC, c'était très désagréable comme bug.  C'est tout pour ce soir, folks, good night !

31 août 2009

Je me souviens des retours de vacances de mon enfance et de la mélancolie qui m'étreignait sur le quai de la gare où les parents nous attendaient. Nous nous jetions dans leurs bras, bien sûr, la tête fraîchement émerveillée des moments de socialisation que nous venions de vivre. C'était le temps des groupes des équipes des drapeaux et des totems. On nous envoyait en colos ou chez les éclaireurs pour apprendre le collectif plutôt que la vie. Nous étions en proie à la douleur de nos premiers chagrins d'amour et de nos premières séparations conscientes. Il y a quelques heures , sur l'autoroute A20, seul dans la voiture, c'étaient les derniers feux d'un rougeoyant crépuscule. Le ciel et la Beauce s'étaient embrasés une dernière fois avant la venue de la nuit. Les petites lumières bleues des éoliennes rangée à la file sur des kilomètres clignotaient à l'unisson dans l'ombre grandissante et faisaient une ligne pointillée qui se perdait au loin pour revenir en sens inverse, en un second plan qui révélait des ondulations secrètes, enfouies sous la platitude, conférant au paysage un lyrisme d'autant plus émouvant qu'on ne l'attendait pas là. Les trois longues pales pointues de chacune de ces géantes pathétiques tournaient si lentement dans le calme de la plaine, poussées par aucun vent ou seulement par un maigre souffle vite aboli qu'elles paraissaient en panne, comme surprises les unes après les autres par une immobilité qui les encombrait, dans un silence gêné, alors qu'elles étaient faites pour le bruissement vigoureux de l'air brassé et les faisaient s'excuser d'être là à nous regarder passer sur la route et nous implorer de leur absence de visage, leurs bras désunis brandis à contre temps comme dans une chorégraphie délibérément moderniste. On n'avait jamais vu de machines aussi pareilles à des être humains. Tristes comme eux. La Beauce rougeoyait pour la dernière fois du jour sans promesse de recommencement. C'est donc la rentrée avec son lot de mélancolie salutaire et sa sempiternelle nouvelle vague de bonnes résolutions ! Réveiller un peu Ciscoblog qui a une nette tendance à s'engourdir ces derniers temps comme les éoliennes, par exemple, ne serait pas du luxe (vous avez remarqué, je suppose, cette raréfaction de la parole, cette réduction en vers, cette absence de posts longs depuis quelques mois, cette grande place bègue qui s'avance) Il faut dire, sans trop évoquer la vie privée, que les temps ne sont pas particulièrement propices au tranquille babil qu'implique l'esprit d'un blog qui ne devrait être au journal intime que ce que la conversation est à la confession. Trop d'émotions peut-être, trop, mais ce n'est pas le lieu. On en restera donc là pour ce soir. Demain est un autre jour (de travail)

25 août 2009

...DU HAUT DU MONT PELAT


Changer de point de vue. Regarder de ce côté là. Prendre un peu l'air. Mettre les choses en perspective

24 août 2009

Un Haïku par bain, 91


À tirer des bulles
D'un flacon de savon vide
j'ai passé mon temps

20 août 2009

Pensée de la nuit N° 158 : " Tout bien considéré, le plus grand regret de nos vies, compte tenu des plus douloureux et des plus intimes, aura sans doute été la séparation des Beatles"
Tanka, 10


Au dessus du toit
Le mont Sacon fume encore
Lendemain de pluie

Et les orages s'éloignent
De nos cœurs et de nos corps

09 août 2009

Tanka, 9


à M.L.G


Dans le brouillard gris
Je la tenais par la taille
Sous le parapluie

Pareille à l'Ourse de Sost
Qu'enlace l'Ours de Ferrère

02 août 2009

Villecerf


Tout au bout du jardin la rive de l'Orvane
Moussait de fraîcheur à l'ombre d' un bois profond
Nous venions le soir poser des lignes de fond
Et pêcher des anguilles les matins diaphanes

Notre chienne Letchee sur la pelouse plane
Poursuivait les poules du voisin furibond
Pendant que les yeux vagues et l'esprit vagabond
Tous deux nous refaisions le monde dans nos crânes

Tu te souviens de ce mois d'août de soixante huit
De l'armée rouge à Prague et de l'espoir en fuite ?
Et de ce jour splendide de tes dix neufs ans

Sur l'écran noir et blanc le petit pas d' Armstrong
Te rendais fier de l'homme. Au bout de la nuit longue
L'aurore ne serait jamais plus comme avant

(un sonnet par lieu, 8)

28 juillet 2009


Jamais je n'ai ressenti un tel besoin de vacances. Je pars jusqu'à la fin aout. Pour la première fois, je pourrai bloguer sans PC. Je donnerai des nouvelles sur Twitter mais aussi dans Ciscoblog grâce à Blogpress. Bises à tous et à bientôt.

24 juillet 2009

Un Haïku par bain, 90


Seul avec le chien
Par ce beau soir de juillet
Baignons notre ennui

19 juillet 2009

Ceci n'est en aucune manière peint sur une vitre, on n'a tendu aucune bande colorée. Aussi incroyable que cela paraisse, c'est peint dans l'espace. Sur les murs, sur le plancher, sur la fenêtre, au plafond. A l'égal de Roman Opalka, Felice varini fait partie de mes peintres préférés. Chacune des œuvres que j'ai vue de lui m'a profondément réjoui, remué et donné à penser. Il est probablement à l'origine d'une révolution esthétique aussi importante que le cubisme ou l'abstraction. On peut dire qu'il donne un réponse sublime à la question angoissée de Picasso concernant le sujet dans la peinture. Il inverse l'alchimie de la représentation. Non seulement il préserve l'intégrité du sujet en ne le reportant pas sur la toile - la copie est toujours un rapt - mais il lui laisse son entière liberté d'être là. Ce n'est plus la peinture qui ravit le sujet comme l'appareil photo des explorateurs en Papouasie, le vidant d'une partie de sa substance, le collant sur la toile et le clouant aux cimaises, mais le sujet lui-même qui, devenant support surface de la peinture alors réduite à sa propre couleur, s'épanouit dans sa splendeur singulière et inaltérable. D'abord on ne voit rien, des traits épars dans le paysage, sans signification apparente, dont un seul indice marque l'unité : la couleur. Il faut se déplacer, bouger, chercher. trouver un point de vue, un seul, et c'est la révélation, tout s'ordonne dans une impeccable perfection. On comprend d'un seul coup, on bat des mains comme devant un feu d'artifice ou un numéro d'acrobate. Si vous avez du mal à saisir ce que je veux dire et si vous ne connaissez pas Felice Varini, dieu merci, son travail se prête particulièrement bien à la video, en voici donc deux pour vous persuader de sa magie :















18 juillet 2009

Tanka, 8


Un carillon passe
C'est le camion rose et bleu
Du marchand de glaces

Enfants de la Grande Borne
Un nouvel été commence!

16 juillet 2009

OK, Ciscoblog peut bloguer à partir de son téléphone. Ciscoblog est content. Il a découvert plein de nouveaux joujoux, il en découvre de nouveaux chaque jour. Il traîne sur Facebook, rencontre de vieilles connaissances, se met à twitter comme un fou, des endroits les plus insolites, mais ce n'est pas ça (à qui le dites-vous) qui le fait publier des posts intéressants. En tout cas ça prend du temps. Et justement, du temps, en ce moment il n'en a pas tant que ça. C'est pour ça qu'il ne publie pas trop. Il est même débordé par les soucis professionnels. Il trouve que son métier est un beau métier, mais que juste en ce moment il est trop dur, pas du tout facile à exercer. Où qu'il se tourne, il se sent pris entre deux feux. Il ne sait pas vraiment comment en sortir. Il ne croit plus à la crise, à l'explication conjoncturelle. Il ne croit plus que c'est une fatigue passagère, il pense que tout ça ne vient pas de que de lui, il est peut-être, à son âge, en train de perdre ses dernières illusions, il se dit que si ça continue il va falloir que ça s'arrête, que c'est trop pour un seul homme, il attend les vacances, Il a peur d'avoir à tout remettre en question à la rentrée, de poser les vraies question, mais il attend les vacances, au moins les vacances...

14 juillet 2009

Ça marche !
je peux maintenant bloguer à partir de mon téléphone grâce à une petite appli - comme on dit - que je viens de télécharger. Ce qui veut dire qu'à partir de maintenant je suis affranchi, si je veux, de tout ordinateur, même ultra portable. J'ai ma mémoire portative et le monde entier dans ma poche. Par exemple, là, très exactement maintenant je blogue sur le trottoir en face de chez moi, mais je pourrais tout aussi bien le faire au sommet du Mont Blanc ou du fond de mon lit , dans les files d'attente aux caisses des supermarchés, dans les embouteillages ou au feu rouge. C'est ce qu'on appelle une révolution.


07 juillet 2009

On me demande souvent, avec perplexité, comme s'il s'agissait d'une sale manie, pourquoi j'utilise Twitter. J'utilise Twitter parce que j'aime beaucoup les formes courtes. J'aime cette idée de condenser une info ou une idée en 140 signes et basta, j'aime cette contrainte. Je suis un fan des formes courtes et des formes à contrainte, comme vous pouvez facilement le voir sur ce site. si Twitter supprime un jour la contrainte des 140 signes (y compris les espaces, ah les espaces!) je quitte Twitter immédiatement.Twitter est la quintessence du blogging, la jivarisation du journal intime. et puis il y a ce côté immédiat, directement du producteur au consommateur qui est fascinant, c'est ce que Facebook n'a absolument pas compris. On n'a jamais été aussi immédiat. aussitôt dit, aussitôt fait, posté, consulté, repondu et vogue la galère. Il y a toute une poésie dans Twitter, qu'on ne s'y méprenne pas. Une poésie de la vitesse donc du temps, du minimal donc de l'essentiel. Twitter est un noble exercice de condensation et de méditation. Twitter c'est de l'art gestuel, du Hans Hartung, de la danse, du Pina Bauch. Twitter va directement à l'essentiel : le trois fois rien et le tréfond de soi. C'est ça que j'aime dans Twitter. Sans aucune vergogne.

05 juillet 2009

Tanka, 7

Fugace fraîcheur
Qui s'exhale du jardin
A peine arrosé

En silence sur le monde
Une nuit paisible tombe

03 juillet 2009

HAÏKU

29 juin 2009

Un haïku par bain, 89


Bon insomniaque

Trempe à deux heures du mat'
Au loin, bruit de train

Je ne sais pas pour vous, mais mon ordinateur est très serviable. Non seulement il fait tout un tas de choses pour moi automatiquement, mais en plus il est poli, il me demande la permission. Par exemple, tous les trois ou quatre mois, il me signale aimablement que j'ai des icônes que je n'utilise jamais sur mon bureau et me propose de les effacer. La plupart du temps je dois avouer que je je l'envoie paître sans plus de façon. je ne suis pas toujours gentil avec mon ordinateur mais il ne se froisse pas, il n'en prend pas ombrage, du moins je crois. Aujourd'hui, grâce à luiet à sa discrète obstination j'ai retrouvé dans un coin perdu de mon écran d'accueil une icône sur laquelle je n'avais pas cliqué depuis un bail : La boite à couleur. Cela nous ramène aux premiers émerveillements d'internet. Connaissez vous le vert chartreuse, ou le zinzolin de la nuit ? Le sinople ou le glauque ? Le celadon où le gris-de-lin ? Allez, Courez, volez et nous téléchargez "La Boite à Couleurs" de Benjamin Chartier sur son site pourpre.com. Vous me direz des nouvelles de ce petit bijou aussi modeste que simplissime. Merci qui ? Mais oui, merci mon petit ordi adoré (c'est que c'est susceptible, en plus)

28 juin 2009

Un Haîku par bain, 88


Calme bloc aqueux
En ma baignoire obscure
Ici bas chu. D'où ?
Ciscoblog est à jour. Notamment les archives. En ce dimanche ensoleillé, au sortir d'une garde assez éprouvante (ce n'est plus de mon âge) je me suis livré à de menus travaux d'entretien sur le site. Si vous avez été attentifs ces derniers temps (qui n'a pas été attentif? Levez le doigt !) vous avez du vous apercevoir que les archives étaient très en retard. Pour une raison indépendante de ma volonté, il m'avait été provisoirement impossible d'enregistrer au jour le jour. Encore à cause d'Alice, si vous voulez tout savoir, qui a définitivement supprimé les accès à Tiscali.fr, mais aussi à cause de moi parce que j'avais perdu un petit carnet crucial où j'avais noté mes anciens paramètres de Tiscali sans lequels, pour faire court, plus personne, pas même l'aide en ligne d'Alice, n'a accès maintenant. Ciscoblog-chez-Tiscali.fr me fait penser à ces satellites scientifiques qui, une fois leur mission remplie comme de bon petits soldats franchissent les limites du système solaire et se perdent dans le silence infini des espaces qui nous effraient. Et puis je n'avais pas le temps, ce maudit temps. Au bout du compte cela a fait un an de retard. Mais grâce à Blogger qui a vraiment de la ressource j'ai pu enfin pu remèdier à la chose en m'y penchant un peu en cet après midi de tête vide. Voici donc Ciscoblog en pleine forme nickel chrome sans un seul bouton de guêtre qui manque ! (il en est très fier, le ciscoblog)

24 juin 2009

Chicago, 1


Encore Katakali
Bis Commedia del arte
Toujours Bunraku
A nouveau Kabuki

RE NO

Deux chênes
Trois sapins
Quatre tuyas
Cinq Platanes

SIX TROENES

Country court bas
Classique vole culotte
Jazz venge jarretelle
Reggae part string

FOLK VA GAINE

Dame vitesse
Femme dilligence
Femelle presse
Demoiselle précipitation

FILLE HATE

Soupe troupe
Chinoise équipe
Baguette bande
Bol tribu

PHO HORDE

Terre épluche
Mer écale
Feu décortique
Air écosse

EAU PELE

















dans la série : "On Les a Retrouvés !" (via design crush)

23 juin 2009

Pensée de la nui N° 157 : "Mon assassin court toujours" Eric Chevillard, l'Autofictif

21 juin 2009

Je suis arrivé à un âge où les trous de mémoire agacent. Je ne suis pas tout à fait sûr d'en avoir vraiment plus qu'à vingt cinq ans, mais c'est un âge où le moindre accroc intellectuel jette sur vous un soupçon discret mais tenace. Je fais partie de ceux qui on pensé toute leur vie que les mots qui manquent ou les noms sur le bout de la langue loin d'un déficit organique n'étaient que la manifestation du dieu rieur qui gît au fond de tout un chacun. En ce domaine, l'acte manqué freudien a toujours constitué pour moi un modèle. Chaque petite défaillance était le prétexte à une recherche passionnée sur les ratés du moteur inconscient et l'occasion de découvertes sur mon fonctionnement automatique qui me ravissaient plutôt que de m'inquiéter. Je ne suis toujours pas inquiet, mais je ne veux surtout pas donner l'occasion qu'on s'inquiète autour de moi. C'est l'une des coquetteries obligées de l'âge mur. Depuis quelques années je me suis doté d'une sorte de mémoire de secours. Elle ne se love pas au fond de mes circonvolutions cérébrales, elle ne ronronne pas entre mon corpus niger et mon hippocampe. La plupart du temps je la tiens au bout de mes doigts, ceux mêmes qui tapent les mots, que vous lisez. C'est une mémoire digitale au sens propre du terme. Mais avant de l'évoquer, bien que vous ayiez déjà deviné de quoi il s'agit, permettez moi là une première digression . Je me souviens d'avoir été dans ma jeunesse un fan de SF, c'est-à-dire de Science Fiction. Nous appelions cela d'ailleurs d'un nom qui sonnait plus noblement pour nous : l' "Anticipation". Nous, je dis nous - digression de deuxième niveau - parce que je pense à mon ami Alain I. qui m'y avait initié qui est devenu plus tard chercheur en virologie à l'Institut Pasteur et une notabilité de la Fédération Française de Judo et que j'ai malheureusement perdu de vue depuis des années (Salut, Alain!) Nous étions des fans de la revue "Fiction", de la collection "Présence du Futur", de Théodore Sturgeon ("Les plus qu'humains" , quel titre!), Arthur C Clarke "2001 odyssée de l'espace" (quinze ans avant Kubrick), Isaac Asimov et le cycles des "Fondations", le "Monde des non-A" de Van Vogt et (je viens de me servir de la mémoire de secours, hé hé) Clifford D Simack. avec "Demain les Chiens". Nous nous passions tous ces livres en nous enthousiasmant des possibilités illimitées de l'avenir. Je pense que le déclin de la SF (mais y a-t-il eu déclin ? N'est-ce pas seulement une projection nombrilique de mon désinterêt ?) date de l'arrivée en masse des ordinateur et de l'Internet (j'ai failli écrire "d'Internet" - troisième digression - La toile reste une chose, une chose incroyable certes, qui va bientôt se substituer à nous, mais une chose. Ecrire ou dire "Internet" tout seul c'est lui donner un prénom qui ferait d'elle une personne, une personne universelle, un dieu. Pas de ça, pas de ça encore) L'internet a tué la SF tout simplement parce que la fiction était devenue réalité et qu'il n'y avait plus besoin d'imaginer toute les merveilles de la science. Je me souviens donc d'avoir lu, il y a presque une vingtaine d'année, un livre de SF intitulé le "Problème de Turing". Il était écrit par une pointure de l'IA : Marvin Minsky. C'était un professeur à l'université de Carnégie Mellon, l'un des premiers à travailler sur le devenu célèbre concept d'Intelligence Artificielle", "IA" de son petit nom. Si le problème de Turing, vous ne l'ignorez pas, est un vrai problème, une expérience de pensée philosophico-logique, le "Problème de Turing" est un roman de science fiction. Faisons, si vous voulez bien, une quatrième digression pour aborder ce qu'est le problème de Turing. Alan Turing, un grand mathématicien anglais assez tourmenté (je n'entrerai pas - mais n'y suis-je pas déjà ? - dans une cinquième digression pour vous conter la vie tumultueuse de ce génie fulgurant, cela en vaudrait la peine mais l'internet est là pour çà, digressez vous même si vous y tenez) propose une réponse passionnante à cette question taraudante : a quel moment pourra -t-on dire que la machine est aussi intelligente que l'homme ? - en ce temps là, les années cinquante, la mémoire même du PC où vous êtes en train de lire ces lignes aurait pris la place de toute la bibliothèque Nationale et ce qu'il proposait était pratiquement inaccessible à notre entendement, du moins celui de nos parents. Il imaginait un jeu, genre question pour un champion mais pourtant beaucoup plus simple, entre vous et une machine qui tenterait de vous abuser, une machine imitatrice, cachée, disons derrière un rideau, réél ou virtuel et qui essaierait de se faire passer pour un homme. Il s'agissait de démasquer cet ordinateur rien qu'en lui posant des questions (peu importait la manière dont on posait les questions, l'interface utilisée, clavier, micro, reconnaissance vocale ou n'importre quoi d'autre et peu importaient les questions elles mêmes d'ailleurs) - n'oublions pas qu'à l'époque on ne "parlait" aux machines qu'en langage binaire, avec des "0" et des "1" , on ne savait même pas ce qu'était une interface, parler avec une machine, n'aurait-il été que de la pluie et du beau temps, était en fait encore inconcevable - la réponse n'aurait de toute façon pu être fournie que sous forme de listing incompréhensible sur le papier perforé que nos oncles nous ramenaient pour faires des bateaux, des chapeaux de Napoléon ou des coloriages). Les robots recalés, de ceux qui ne pouvaient donner la date de la bataille de Marignan, les plus idiots, à ceux qui pouvaient réciter leur histoire familiale aussi bien que celle de la république de Venise mais qui échouaient à contrefaire la tristesse, les imitateurs même les mieux programmés, étaient définis comme tout simplement moins intelligent que l'homme. Mais la machine indémasquable, celle qui se sortait de toutes les questions pièges, qui non seulement pouvait vous parler un quart d'heure de ses cors aux pieds et de son petit fils, qui réagissait avec tact à la colère incompréhensible qui vous prenait quand on vous contredisait et plus encore, qui savait ne pas maîtriser ses émotions sans verser de larmes de crocodile, qui s'angoissait à l'idée de sa propre fin, l'imitatrice qui devenait vraiment son modèle et qui vous faisait la prendre vraiment pour un homme, celle-là seul était déclaré aussi intelligente que vous, tout simplement. Pour Turing, le moment où vous ne pourriez plus dire si derrière le rideau se cachait un homme ou un robot, celui-là serait le moment où la machine serait devenue aussi intelligente qu'un homme. Il n'y avait aucun calcul compliqué à faire, pas d'autre moyen pour l'affirmer. Une simple conversation. Rien que du langage, mais tout le langage contenu dans la bibliothèque de Babel ( c'est en celà, que Borges est le génial précurseur de l'Internet). C''était une expérience de pensée. Il n'imaginait bien sûr aucune machine réelle capable de cette performance. Marvin Minsky dans son roman, ne fait qu'inverser la question : une telle machine, qu'un homme ne réussirait pas à démasquer, pourrait - elle accéder au statut d'être humain avec diplômes en poche et tampon sur le front ? C'est la même question que pose le replicant à son créateur dans le célèbre film dont j'ai le nom sur le bout de la langue. Je veux dire "Blade Runer" (mémoire de secours ou pas, à votre avis ?) Marvin Minsky n'imaginait même pas la beauté parfaite et glaciale des replicants de Ridley Scott. Pour lui, la machine en question n'etait qu'un simple PC à pattes, en plastique et alu brossé, qui suppliait qu'on lui accorde des droits civiques. l'homme n'était plus le roi de l'univers. Il ne se situait plus qu'à égale distance entre l'animal et la machine. Je me souviens, dans le roman, d'une scène de neurochirurgie épatante où on transférait une partie de la mémoire d'un homme à un PC. Maintenant qu'il existe des disques durs externes et qu'on sait les rapetisser, une interconnection avec nos cellules nerveuses cérébrales est envisageable. Les greffes bio-machiniques existent déjà. Mais le plus fort est que ces opérations sanglantes ne seront pas nécessaires. Car il est arrivé ce que ni Alan Turing, ni Marvin Minsky, ni Alain I. et moi à l'âge de douze ans n'avaient imaginé : l'Internet, Google... et l'Iphone. Google n'est plus seulement un moteur de recherche, c'est une mémoire de secours et - de plus en plus fort - cette mémoire incommensurable tient maintenant dans notre poche. Toute la bibliothèque de Babel dans ma poche ! Si Alain I. m'avait dit ça à l'âge de douze ans, je me serais pris pour un fou. Il m'aurait fallu des efforts de mémoire énormes Il n'y a même pas dix ans pour me souvenir du titre du film de Ridley Scott ou un temps fou pour trouver un proche qui eut pu me souffler la réponse avec le risque de le contaminer lui aussi par le manque du mot et ne jamais en finir avec ce post (ce qui n'aurait probablement pas été une grande perte mais là n'est pas la question, il est trop tard pour une prochaine digression, d'accord ?) une petite requête "Google" bien troussée et hop le tour est joué ! L'éducation est en passe de devenir un luxe désuet, et la science véritablement infuse. On n'aura toujours pas besoin de retenir les numeros de téléphone et ce sera le bottin tout entier qu'on aura la certitude d'avoir appris par coeur. Il n'est pas impossible d'imaginer qu'adviendra alors l'atrophie de notre mémoire biologique, faute d'utilisation, sorte d'Alzheimer inverse, la machine se servant de notre dépouille corporelle en guise de membres artificiels et commençant la conquête d'un univers où l'homme sera devenu éternel.

14 juin 2009

Pensée de la nuit N° 156 "Les amanites phalloïdes c'est vachement bon, mais faut en manger rien qu'un tout petit peu" In "Les notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion"

12 juin 2009
















Excellente série "Tintin, on les a retrouvé !" sur le "Blog à Dessin" de
François Matton qui s'appelle d'ailleurs désormais "Tout va Bien"
Chicago, 0


Selon l'OuLiPo,
Un Chicago
Est une devinette
Homophonique.

Exemple :

Nul boulgour
Néant couscous
Zéro patate
Nada polenta

PAS RIZ


Pisse homme de peu se foi
Vomit dévot
Crache bigot
Expectore grenouille

CHIE CAGOT


Gant sarha
Chapeau Myriam
Bas Rachel
Robe Léa

MANCHE ESTHER

11 juin 2009

Tanka, 6


Rue des cinq diamants
Deux chats gris tirent leur flemme
Dimanche à midi

Promenons nous dans le temps
Où notre jeunesse a fui

10 juin 2009

Un haïku par bain, 87


Je pense à Marat
Pourrissant dans son sabot
Où es-tu, Charlotte ?

09 juin 2009

Les jours ne contiennent pas assez d'heures. J'ai à nouveau du boulot par dessus la tête, des rapports en retard et des travaux d'écriture prioritaires et rasoirs que j'ai remis de soirs en soirs. Plus moyen de reculer. La procrastination vire à la catastrophe, comme d'habitude ( amical clin d'œil à Mnémoglyphes). Je n'ai pas de temps pour bloguer malgré toute l'envie que j'en ai. En attendant Je consigne mes idées sur de petits carnets Clairefontaine pour plus tard, à la retraite peut-être. A plus. Quoiqu'il en soit.
Roosevelt Island

C'est là que le Queensborough bridge
Jaillissant de la frondaison
Enjambe l'île et les maisons
D'un pas fier que rien ne fige

Là-haut dans le Tram qui voltige
Sur le skyline à l'horizon
Nous irons plus que de raison
Vers Manhattan et ses prodiges

Mais avant de nous embarquer
Viens, allons marcher sur le quai
Où l'East River roule une eau grise

Puis au bar assis côte à côte
Nous nous ferons porter des floats
Par le tamoul de chez Trelli's

(un sonnet par lieu, 7)

29 mai 2009

Villabé (lez Corbeil-Essonnes)


SOIR D'ORAGE SUR VILLABE

28 mai 2009

Un haïku par bain, 86


Je sais que ces bulles
Sont des bulles de savon
Et pourtant pourtant

24 mai 2009

Tanka, 5


Déjeuner à Mer
Passer voir Max à Laborde,
Scarlett à Saumry

Nos pas ne résonnent plus
Dans l'escalier de Chambord

22 mai 2009



Je suis un fan des "Sopranos". Ceci est une réduction (au sens culinaire) , une concoction, une jivarisation parfaitement réussie. Les images défilent à toute allure. La voix tente de les suivre, elle y parvient, il y a cette sorte d'urgence qui fonce vers la fin inéluctable, qui accélère. J'ai aussi l'impression que c'est ainsi que notre mémoire fonctionne : nous n'avons certes pas retenu des "Sopranos" plus que ces 7 minutes, je veux dire que notre cerveau n' en a probablement pas enregistré plus - et probablement moins à mon avis- mais nous en mémoire le sentiment de la durée, cent cinquante ou deux cent heures en temps réel, huit jours. C'est très paradoxal. Si nous tentons dans notre tête d'arrêter la course folle des souvenirs de notre vie ou de la ralentir, d'y opérer une sorte de zoom temporel, de dilater la durée de tel ou tel épisode ou de tel moment nous ne retrouvons certainement pas plus qu'une seule image, agrandie certes, mais ne possédant en aucune manière plus d'information que celle contenue dans le pauvre chaînon d'un centième de seconde qui nous reste. Nous sommes tout à fait incapable d'y ajouter le moindre détail (c'est ce que Sartre explique dans "l'Imaginaire", je crois) et pourtant nous avons le sentiment de la pleinitude du moment. Nous avons la certitude de l'avoir vécu. Aucune preuve de cela, cependant. On pourrait tout à fait nous avoir "greffé" le dossier, nous faire croire que nous avons vécu alors qu'en réalité nous sommes une machine initialisée il n'y a que quelques secondes. Qu'est-ce qui prouve que nous ne sommes pas une série télé ou une machine vidéo ? Mais n'allons pas jusque là, foin de paranoïa. A l'âge où je suis arrivé, qui n'est pas si canonique que ça, je peux ainsi résumer ma vie : "Ciscoblog en sept minutes". Je peux "zoomer" à toute allure, d'avant en arrière ou d'arrière en avant quand je veux, faire défiler les images et les sons, quand je me brosse les dents devant le miroir de la salle de bain, sur les toilettes ou dans les embouteillages. Je suis même certain que je pourrais sans difficulté résumer toute ma vie en une seule page de 20 lignes de 60 signes et qu'on entendrait la même urgence que celle du commentaire des "Sopranos en sept minutes" Et vous ?


18 mai 2009

Pensée de la nuit N°155 "Les livres empilés à mon chevet semblent se lire eux-mêmes à haute voix pendant mon sommeil" Alberto Manguel, le journal d'un lecteur in Journal Volubile d'Enrique Vila-Matas

16 mai 2009

Fleurs d'ail


La force de l'art






(On a vu cette photo un peu partout mais celle-ci c'est la mienne)

13 mai 2009

Un Haïku par bain, 85


Un joli jet d'or

D'ailleurs sans valeur aucune

Découpe la mousse
Roger Planchon est mort. Je suis certain que beaucoup d'entre vous se demandent qui c'est. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc. Dans ma génération tout le monde connaît Planchon, même ceux qui ne s'intéressent pas plus que ça au théâtre. J'ai été plutôt triste à la mort de Brassens, assez indifférent à celles de Sartre et Lacan, triste à celle de leo Ferré et Mitterand et serai rigolard (si je vis encore) à celle de Brigitte Bardot ou Johnny Halliday. Mais je suis très triste de la mort de Roger Planchon. Pas seulement parce qu'il était un maître, un modèle - et je vais dire quel modèle il a été pour nous - mais triste aussi parce que c'est notre jeunesse qui nous revient tout à coup dans la gueule comme une gifle. On me disait cet après midi que Planchon représente une grande part de ce que nous n'avons pas pu transmettre, de ce que notre génération n'a pas transmis à ses enfants. C'est bien de ça, précisément, qu'il y a lieu d'être triste. La mort de Planchon scande notre échec. Il nous avait montré la voie que nous n'avons jamais suivie. Planchon était, comme disent les japonais, un trésor national vivant. Il était à lui tout seul, tant par sa vie que son travail le symbole de ce qui nous paraît maintenant un improbable oxymore : la culture populaire. Je veux parler de la "popularité" de la culture et non pas de la culture "du peuple", loin de moi toute intention culturaliste, que Dieu me tripote. Car quand j'emploie le mot "culture" je parle de celle avec un grand K qui nous fait, quand on l'entend prononcé, sortir notre révolver même. Ce que Planchon nous disait était que la culture pouvait à la fois être "hard" et "populaire". Qu'il n'y avait pas un culture pour les riches ou les savants et une autre, au rabais, pour les pauvres et les ignorants, comme voudrait nous le faire croire les communautaristes de maintenant, mais une seule culture pour qui voulait bien se donner la peine d'y entrer, comme les pauvres d'esprit au Paradis. A condition qu'on les y laisse entrer, qu'elle leur soit simplement accessible, comme un droit, aussi important que le droit à la santé (ouaf, ouaf) ou au logement (re oauf ouaf), accessible, pas en terme de comprenette, comprenez-moi bien, si j'ose dire, mais tout simplement en terme de sous, d'économie, de mise à disposition, de désserte, d'usagers. Et qu'on ne vienne pas me gonfler avec l'élitisme. Il disait qu'on pouvait se fendre la gueule même avec des chefs d'oeuvres immortels. Vilard avait déjà fait ça. Mais en plus, Planchon était un théatreux de génie, qui savait tout de son métier. J'ai déjà dit ici quel choc ésthétique avait été pour moi la représentation de la deuxième version de son Tartuffe de 1973, proche, et c'est un spécialiste qui vous parle, du syndrome de Stendhal. Planchon travaillait, formait des succésseurs, tentait de passer le flambeau (Patrice Chéreau par exemple, qui ne l'a lui, repassé à personne) Parce que Planchon était aussi un chef. Il avait un théâtre, une troupe, tout comme Molière, il faisait vivre des gens, il dirigeait, en remontrait aux ministres mêmes, ne se laissait jamais damer le pion. C'est précisément ce que nous n'avons jamais pu être, ce genre de chef . Je ne saurai bien dire pourquoi. Je pense aussi à mon maître Bonnafé, qui savait tout de la psychiatrie, mort il n'y a pas si longtemps en 2003, qui a eu des enfants, nous, notre génération, mais qui n'aura pas de petits enfants. Je pense aussi à Marcel Sassolas qui lui est bien vivant, ardéchois comme Planchon, qui a travaillé toute sa vie aux pied des grattes-ciel de Villeurbanne avec les plus fragiles, qui lui aussi sait tout de la psychiatrie et de la culture. Longue vie à Marcel Sassolas ! Qu'on ne vienne surtout pas me dire que ce n'est pas notre faute. Eux en tout cas, avaient tout fait pour qu'on n'en arrive pas là. C'est ce que j'ai envie de dire en ce soir de grande tristesse.

08 mai 2009

Tanka, 4


En haut du volcan
D'éphémères parapentes
s'élevaient dans l'air

Et par ce soir doux et clair
J'avais plus de cent mille ans
Pensée de la nuit N° 154 :"Moi, monsieur, de mon temps il fallait se lever pour changer de chaîne !" G Genette, Codicile

04 mai 2009



Quand je pense à tout ce qu'on aurait perdu si Flaubert avait écrit "Madame Bovary" sous Word 1857... (site extraordinaire, car loin de la magie de l'informatique (qui nous donne à voir tout ça) il y a un formidable travail "à la main", via CG)




01 mai 2009

Le phare de Sauzon


Accroupi sur la jetée du phare vert
En marinière et salopette Hosh Kosh
Petit garçon minuscule gavroche
Il lançait son carrelet dans la mer

Le fier pêcheur - et moi j'étais son père -
m'apportait en courant parmi les roches
Les crevettes qu'à la ligne on accroche
Et que les poissons préfèrent aux vers

Terreurs de gobies bourreaux d'éperlans
Plus têtus encor que les goélands
Nous étions les rois, mon fils et mézigue

Une équipe un attelage un tandem
Sérieux et sages comptant sur nous-mêmes
Jamais plus heureux que sur cette digue


(un sonnet par lieu, 6)

25 avril 2009

Tanka,3


Près de la chapelle
Un aigle dans le ciel pur
Au loin disparait

Le pic du Gar éternel
Et les saisons reviennent
Gare de Toulouse Matabiau, sept heures trente. Le petit train de Luchon vient de s'ébranler. Une heure plus tôt j'avais débarqué, un peu chiffonné dans une aube calme et prometteuse, du train de Paris où j'avais dormi quelques heures en couchette de première en compagnie d'une sympathique famille mono-parentale et montalbanaise, Ce sont les premières heures des vacances, J'apprécie, même un peu courbaturé. Hier, mon voisin Christian m'a accompagné à la gare de Juvisy d'où en RER j'ai gagné la gare d'Austerlitz. Arrivé très en avance pour le train de nuit, j'ai traîné un long moment dans le relais H. Les relais H sont un de mes vices cachés. Surtout dans les gares. Je ne peux pas m'en passer. Pour moi relais H rime avec voyage. c'est une faiblesse coupable et néanmoins délicieuse. J'ai acheté le dernier numéro de «La Recherche» que je ne lis que quand je voyage (c'est un tort, excellent numéro sur la disparition des langues dans le monde) et je ne sais plus quel revue de cuisine, et au milieu des bestsellers du mois, un bouquin de philosophie amusante intitulé «Planton et l'ornithorynque» à bases de blagues juives américaines pas mal tournées du tout. Je suis allé récupérer la première carte senior de ma vie (je pense à Sheila : «C'est ma première surprise partie») au guichet. Je n'ai pas pu empêcher de faire le malin, J'ai dit : «C'est terrible, je n'arrive pas à m'y faire» et la jeune femme du guichet, une brune ravissante sanglée dans le bel uniforme bleu roi de la SNCF m'a très aimablement répondu avec un sourire : «eh oui, c'est terrible mais ça permet de voyager» sans se démonter et sans plus de compassion que ça. Après je suis retourné vers les quais regarder les filles. c'est fou ce qu'on voit comme filles, à Paris, surtout dans les gares un samedi soir de chassé croisé de vacances. j'adore ça, même dans des moments plus ordinaires. Déjà dans le RER, une blonde. Magnifique créature assise juste en face de moi, cheveux longs savamment crantés, impeccablement maquillée à la mode d'aujourd'hui, visage et long cou de madone du Pontormo ceint des écouteurs blancs d'un téléphone multifonction très chic, ne daignant à aucun moment regarder le pauvre monde environnant, perdue dans son ennui ses pensées sa musique ou sa conversation avec sa meilleure copine si ce n'était son amant, que je regardais à la dérobée, de même que la plupart de mes voisins mâles, dont un grand noir au visage sympathique qui souriait à la vie, un magrébin portant à l'envers une casquette marquée «SECURITE» et plus loin encore un fou à lunettes de soleil et santiags parlant à haute voix de Sarkosi et de la «maire» de Juvisy tout en regardant tout le monde d'un air entendu. Je lui jetais de rapides coups d'oeil furtifs, surtout pas trop insistants, en m'efforçant de regarder un point plus ou moins fixe derrière elle par dessus son épaule, ou tournant ostensiblement la tête vers le paysage nocturne qui défilait par la fenêtre et qui reflétait l'ombre de mon propre visage, captant ainsi son image juste le temps du mouvement, par peur de croiser son regard qui m'aurait transpercé de honte. Je pense qu'a treize ou quatorze ans, devant la même fille (qui devait en avoir vingt tout au plus) j'aurais été encore plus mal à l'aise. Je me souviens qu'il y a dix ans, voire cinq, j'aurais essayé un sourire, à tout hasard, pour la frime mais pas plus. D'ailleurs, divine surprise, nos regards s'étaient croisés une fraction de seconde. Elle levait donc les yeux elle aussi furtivement sur nous, pendant que nous nous efforcions de ne pas la regarder, testant le pouvoir universel de son charme, se demandant peut être si nous la regardions si nous la trouvions belle, et moi, le petit monsieur assis en face d'elle à soixante quinze centimètre de distance, ce fut comme si le regard de la déesse Aphrodite en personne où la grâce s'étaient posées sur lui. Mais j'avais pu rester stoïque. Elle nous avait finalement délivré en se levant une station avant la notre, à «Bibliothèque de France», empoignant sa valise roulante et bousculant la mienne, sans un sourire même d'excuse, définitivement indifférente, sculpturale, grande comme la statue de la Liberté dans son jean moulant de marque, roulant sur les talons hauts qui en faisait une vraie star de magazine, suivie, je le vérifiai tout de suite, par les regards admiratifs et respectueux de toute la gente masculine du wagon. Des filles, de tous les pays, de tous les âges, déambulant comme à la «passagietta» en groupe voire en troupeaux, avec leurs sacs à dos ou tirant des valises à roues, touristes japonaises habillées n'importe comment, espagnoles chantant des cantiques avec entrain, par trois ou quatre à la recherche de leurs copains, de leurs familles, seules avec ou sans enfants, des filles. Debout face au grand tableau des départs, légèrement en retrait de la foule attentive, une asiatique longiligne appuyée sur un parapluie transparent à la Courrèges, bas et escarpins noirs, un long manteau noir de couturier sur une minirobe vert pastel exactement assortie au liseré qui borde le tour du parapluie, les longs cheveux de jais encadrant son visage allongeant encore sa silhouette filiforme, le nez chaussé de grandes lunettes blanches rectangulaires, parle dans l'inévitable portable dernier modèle. D'une voix qui n'a pas du tout la distinction de sa vêture, elle engueule sans aucun accent - elle est française, à coup sûr ce n'est pas la fille du maffieux japonais ou du magnat chinois que vous imaginiez - un pauvre correspondant affecté d'un retard semble-t-il inadmissible. Dans la queue du guichet grandes lignes, cette africaine avec son copain, tous les deux très tendance, minutieusement sapés, joyeux dans l'éclat de leur jeunesse. Sous un béret noir, ses cheveux défrisés auburn (mais ne serait-ce pas une perruque ?) et ses sourcils rasés remplacés par deux courbes de maquillage très nettes et très noires soulignent la beauté de ses yeux en amandes. J'ai erré un peu dans la foule. Le train avait du retard. C'était la cohue des départs en vacances. Pas une seule place assise sur les banquettes réservées à cet effet devant la salle d'attente des grandes lignes. J'étais là au milieu de toute cette agitation et je m'ennuyais un peu, aspirant au repos dans un compartiment de première et ses couchettes confortables et n'arrivais toujours pas à me faire à l'idée que c'était ma première carte senior.

21 avril 2009

Un haïku par bain, 84

Est-ce assez décent
Les attributs recouverts
D'Obao moussant ?



17 avril 2009

Un haïku par bain, 83



Les deux pieds croisés,
Ce sont les queues des sardines
Serrées dans leur boite.

12 avril 2009

Pensée de la nuit N° 153 "On les a pourtant bien fermés, mais la nuit entre par les fentes des volets." Eric Chevillard, l'autofictif

11 avril 2009

A nouveau Haltmann hantait sa propre mémoire, se livrant à la minutieuse récolte du moindre lambeau de souvenir. Pendant des heures, il ne trouvait rien, arpentant en un vaste désert froid où le ciel avait la couleur exacte du sable. De loin en loin il rencontrait des scènes figées dans des paysages en ruine qu'il ne parvenait pas, malgré tous ses efforts à animer. Le petit latin, le pot de l'Ecole, l'assistanat à Châlon... C'était un homme du début du siècle dernier, il avait cru se souvenir de son nom - Harnois - mais juste au moment de l'écrire il lui était revenu qu'il pensait en fait à un autre professeur de Français latin grec, qu'il avait eu plus tard, en première et que celui duquel il s'était souvenu en premier, il l'avait eu en quatrième (on commençait le latin en sixième en même temps que la première langue) mais il ne se souvenait plus du tout de son nom. Il leur faisait faire du "petit latin". C'est là que Haltmann voulait en venir : au "petit latin". "Ils faisaient du petit latin." Cette expression qu'il n'avait ni lue ni entendue depuis au moins trente ans lui était revenue à la lecture des mémoires de Catherine Clément (les gens de son âge commençaient à publier leurs mémoires - il n'est tout de même pas de la génération de Claude Lanzmann, loin de là - c'était une mine inespérée pour ses propres recherches, qu'ils exaltaient en quelque sorte). Le professeur de quatrième était toujours bien habillé, costume trois pièces gris souris et cravate unie bleu marine, les joues roses, les cheveux blancs jaunissant impeccablement bien peignés. Avec son menton légèrement fuyant et son sourire aux grandes dents il ressemblait un peu à un personnage du Bébète Show. Mais qui connaît le Bébète Show de nos jours à part ceux qui se souviennent ? Il avait fallu pénétrer encore plus profondément les strates des souvenirs empilés, pousser la focale de l'instrument mémoriel à l'extrême, remonter à des scènes imprécises et indatables de lecture de cahiers de textes, d'écriture au stylo à plume, de copies Clairefontraine à grands carreaux et à marge rouge à gauche, feuillets de deux pages recto verso dont on n'utilisait que les deux premières pour les versions et à peine la moitié de la première pour les thèmes (qui étaient déjà en perte de vitesse, devenant désuets et traditionnels, très proches des maths, ne servant plus du tout à la selection comme encore une génération plus tôt). Faire du petit latin c'était comprendre un texte latin avec la traduction sur la table, en plus du Gaffiot, toujours autorisé. Le grand latin, le latin "de compétition" avait deux épreuves : la version, qui était d'une difficulté normale et le thème latin, qui était beaucoup plus difficile puisque d'ordinaire le thème est la langue étrangère "parlée" et qu'on ne pouvait en principe pas "parler" latin . Tout thème était forcement un exercice de littérature ardu nécessitant la plupart du temps une maturité et un goût rares à leur âge. Il se souvenait qu'en thème latin, qui était probablement l'exercice le plus difficile de toute la scolarité, il avait eu des notes négatives, des moins onze ou des moins neuf, il n'avait jamais du dépasser les trois ou quatre sur vingt, ce qui le situait tout de même dans les cinq meilleurs de la classe. Le professeur qui leur donnait des notes négatives pour qu'ils ne se découragent pas et puissent mesurer leurs progrès, ce qu'il n'aurait bien sûr pas pu faire en accumulant les simples zéros, s'émerveillait quand un élève atteignait les notes positives et proposait au concours général celui qui avait atteint la moyenne. Le "petit latin" se situait entre le thème et la version, il était à la fois du thème et de la version. Tout le monde aimait le petit latin, c'était comme se reposer, se divertir, faire ce qu'on n'avait pas le droit de faire "en compétition", comme jongler avec le ballon à l'entraînement du foot par exemple. Malheureusement, il n'y avait pas d'épreuve de petit latin même si on était capable d'y être bien plus brillant qu'en "Grand Latin" (on se fait sortir par l'entraîneur quand on se met à jongler pendant un match) En fait, ils apprenaient le latin en faisant du petit latin, c'était là qu'ils rencontraient vraiment les romains, se frottaient à leurs grands esprits, leur mode de vie, leurs certitudes, leurs doutes, ce qui leur donnait un sens très profond de l'histoire. C'était un divertissement intelligent, comme la "physique amusante". Les professeur "modernes" , comme celui de quatrième, dont Haltmann ne se souvenait plus du nom, poussaient encore plus loin l'esprit du petit latin vers la détente et l'accessibilité : ils faisaient de la conversation latine. Ils leur proposaient de dialoguer en "version originale", de traduire des mots comme "vélomoteur" ou "avion à réaction" ou bien encore "téléphone" ou "ascenseur". Il fallait inventer des mots. leur professeur de quatrième était un as de l'exercice. Il parlait latin couramment "à la restituée". Il les émerveillait. Haltmann le revoyait, transfiguré, du haut de sa chaire, comme un demi dieu, une star des stades micrognathe, raconter sans le moindre effort le "petit chaperon rouge" en latin ou doubler en "live" des extraits de "capitaine courageux" ou des "trois mousquetaires". Ils avaient envie d'applaudir.