« Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.» B.Pascal
19 septembre 2009
17 septembre 2009
16 septembre 2009
11 septembre 2009
08 septembre 2009
Dimanche matin. Au beau milieu de la rue Mouffetard. Il fait beau et frais. Un temps idéal. On dirait un décor de cinéma. Tout paraît trop beau. L'animation un peu factice à la "Amélie Poulain" bat son plein. Les marchands de fruits et légumes voisinent avec les boutiques de fringues et de déco branchées dans le plus pur style bobo. La terrasse du "Verre à Pied" qui mange la moitié de la chaussée est bondées des sempiternels habitués. Les touristes qui descendent la rue et dont je dois fendre le flot bon enfant sont aux anges. C'est la même rue Mouffetard que celle de mon enfance, celle de Gripari, celle de la sorcière du placard à balais, celle du petit Bachir et du sorcier poisson rouge. Ce sont les mêmes pavés que je foule. C'est la même rue Mouffetard que nous dévalions à toutes jambes à la sortie de l'école. C'était une rue de labeur, noire et mystérieuse, d'avant Malraux et ses ravalements obligatoires, on y roulait des tonneaux de vins, on y portait des sacs de charbon sur les épaules, on s'y interpellait dans une langue rugueuse, on n'y traînait pas, on entrait par une porte qui actionnait une sonnette enrouée chez des marchands de couleurs où des balais et des martinets étaient suspendus au plafond dans l'obscurité. On y tirait encore des charrettes à bras parfois malgré la pente. Il y flottait perpétuellement des odeurs fortes et étranges, des odeurs d'adultes, celle un peu écœurante du vin répandu sur les parquets, celle acre de la poussière de charbon, des odeurs de marché, de champignon, de feuilles mortes. Parfois les fumées de brûleries de café autour de la place des Gobelins toute proche mais aussi de la rue de l'Estrapade (qui est restée active jusqu'à la fin des années soixante dix) embaumaient l'air. Les fils des bougnats du quartier, en galoches et blouses grises pardessus leurs culottes courtes nous y attendaient en embuscade, il y eu des empoignades mémorables. Et puis, tout en bas, le marché éclatait à la sortie de Saint Médard. Tous les jours nous nous y perdions dans les odeurs et les bruits. Maintenant c'est la ville musée, quoiqu'en dise mon copain Franklin. Moi même je n'habite plus là qu'en pensée et j'y reviens, comme magnétisé par des bribes de souvenir de mon enfance, sans trop savoir pourquoi, pas plus que les papillons qui reviennent se brûler les ailes à la même chandelle ne savent eux aussi pourquoi. Le sentiment que tout cela est mis en scène, qu'il ne s'agit pas de la vraie vie, que tous ces gens font semblant de s'activer, qu'ils sont employés par l'office du tourisme, que tout est reconstitué comme dans le "Pueblo Espanol" de Barcelone, avec ses faux artisans qui font semblant de fabriquer sur place des objets depuis longtemps manufacturés en Chine, m'envahit comme une vieille paranoïa et me voilà arrêté au milieu de la rue, bousculé par les touristes, immobile, mon sac de plastique à la main (je reviens d'une urgence de dimanche matin à l'"Arbre à Lettres") en train de bougonner sur mes souvenirs perdus. Pour ne rien arranger je viens de m'apercevoir que le marchand de journaux vers lequel je me dirigeais a vendu son échoppe à une gadgeterie et qu'il ne sera plus possible d'acheter le "Journal du dimanche" avant d'aller prendre son café à "la Bourgogne". Qui prenait donc son café à "la Bourgogne" le dimanche matin au temps de mon enfance ? Et qui même y lisait son journal ? On n'y trouve en tout cas plus aucun maraîcher ni aucun mareyeur ni aucun garçon-boucher ni aucun négociant en vin accoudé au bar. Pendant un moment on a pu trouver les tout derniers au zinc de chez "Papillon" mais ils ont disparu depuis plusieurs années et les nouveaux commerçants ne boivent pas d'alcool. Quant à "Papillon", la dernière survivante des gargotes de Balzac, c'est tout juste si elle a échappé aux irrésistibles grecs qui ont commencé à coloniser la rue par le haut il y a vingt cinq ans. Cela ne saurait très certainement tarder. Sauf que ce n'est plus tendance - "à la mode", disait-on du temps de mon enfance - . Je suis là, avec mes deux bouquins dans leur sac en plastique, à râler dans mon fort intérieur sur la disparition du petit commerce et à me laisser heurter par les épaules des grands hollandais, à recevoir des coups de cabas à roulette dans les mollets et à passer pour un parfait abruti. Au coin de la rue de l'Arbalète, devant la pharmacie fermée, un type d'à peu près mon âge, tout à fait assorti au décor, chante en s'accompagnant mollement à la guitare ce qui, dans le brouhaha de la foule qui s'écoule devant lui, doit être un tube de la "chanson française" des années soixante-dix (se souvient-on que le premier joueur de gratte venu chantait Brassens ou Brel et que nous connaissions pratiquement toutes leurs chansons par cœur ?) Il lance des regards effarés et inquiets de tout côtés tout en continuant de chanter et de jouer de plus en plus vite comme s'il cherche le moment propice pour s'échapper de ce guêpier vu que la sébile posée devant lui à même le pavé reste vide. Le temps de me retourner pour prendre la photo ci-dessus, il a décampé. Faisant le deuil du "Journal du dimanche" je me décide à redescendre la rue dans le sens du courant. Il y a des travaux sur le parvis de Saint Médard. C'est l'heure de la sortie de la messe mais il n'y a personne à l'intérieur. Le restau qui fait des brunchs en face en a profité pour étendre son empire. Ses tables en fer peint s'alignent en rangs serrés de l'autre côté de la rue, bousculant les derniers étals du marché. Il multiplié son espace vital au moins par trois. Ce n'est pas un endroit où l'on peut s'attabler seul avec une absence de journal. La terrasse de la bourgogne est bondée. Pas une seule place. Tant pis. De toute façon je suis attendu au Village Saïgon à des milliers de kilomètre de là pour déjeuner. Je fuis vers la modernité, il n'est que temps!
04 septembre 2009
02 septembre 2009
01 septembre 2009
31 août 2009
25 août 2009
20 août 2009
09 août 2009
02 août 2009
Tout au bout du jardin la rive de l'Orvane
Moussait de fraîcheur à l'ombre d' un bois profond
Nous venions le soir poser des lignes de fond
Et pêcher des anguilles les matins diaphanes
Notre chienne Letchee sur la pelouse plane
Poursuivait les poules du voisin furibond
Pendant que les yeux vagues et l'esprit vagabond
Tous deux nous refaisions le monde dans nos crânes
Tu te souviens de ce mois d'août de soixante huit
De l'armée rouge à Prague et de l'espoir en fuite ?
Et de ce jour splendide de tes dix neufs ans
Sur l'écran noir et blanc le petit pas d' Armstrong
Te rendais fier de l'homme. Au bout de la nuit longue
L'aurore ne serait jamais plus comme avant
(un sonnet par lieu, 8)
28 juillet 2009
24 juillet 2009
19 juillet 2009
Ceci n'est en aucune manière peint sur une vitre, on n'a tendu aucune bande colorée. Aussi incroyable que cela paraisse, c'est peint dans l'espace. Sur les murs, sur le plancher, sur la fenêtre, au plafond. A l'égal de Roman Opalka, Felice varini fait partie de mes peintres préférés. Chacune des œuvres que j'ai vue de lui m'a profondément réjoui, remué et donné à penser. Il est probablement à l'origine d'une révolution esthétique aussi importante que le cubisme ou l'abstraction. On peut dire qu'il donne un réponse sublime à la question angoissée de Picasso concernant le sujet dans la peinture. Il inverse l'alchimie de la représentation. Non seulement il préserve l'intégrité du sujet en ne le reportant pas sur la toile - la copie est toujours un rapt - mais il lui laisse son entière liberté d'être là. Ce n'est plus la peinture qui ravit le sujet comme l'appareil photo des explorateurs en Papouasie, le vidant d'une partie de sa substance, le collant sur la toile et le clouant aux cimaises, mais le sujet lui-même qui, devenant support surface de la peinture alors réduite à sa propre couleur, s'épanouit dans sa splendeur singulière et inaltérable. D'abord on ne voit rien, des traits épars dans le paysage, sans signification apparente, dont un seul indice marque l'unité : la couleur. Il faut se déplacer, bouger, chercher. trouver un point de vue, un seul, et c'est la révélation, tout s'ordonne dans une impeccable perfection. On comprend d'un seul coup, on bat des mains comme devant un feu d'artifice ou un numéro d'acrobate. Si vous avez du mal à saisir ce que je veux dire et si vous ne connaissez pas Felice Varini, dieu merci, son travail se prête particulièrement bien à la video, en voici donc deux pour vous persuader de sa magie :18 juillet 2009
16 juillet 2009
14 juillet 2009
07 juillet 2009
05 juillet 2009
03 juillet 2009
29 juin 2009
28 juin 2009
24 juin 2009
Bis Commedia del arte
Toujours Bunraku
A nouveau Kabuki
RE NO
Deux chênes
Trois sapins
Quatre tuyas
Cinq Platanes
SIX TROENES
Country court bas
Classique vole culotte
Jazz venge jarretelle
Reggae part string
FOLK VA GAINE
Dame vitesse
Femme dilligence
Femelle presse
Demoiselle précipitation
FILLE HATE
Soupe troupe
Chinoise équipe
Baguette bande
Bol tribu
PHO HORDE
Terre épluche
Mer écale
Feu décortique
Air écosse
EAU PELE
21 juin 2009
14 juin 2009
12 juin 2009

Excellente série "Tintin, on les a retrouvé !" sur le "Blog à Dessin" de François Matton qui s'appelle d'ailleurs désormais "Tout va Bien"
11 juin 2009
09 juin 2009
C'est là que le Queensborough bridge
Jaillissant de la frondaison
Enjambe l'île et les maisons
D'un pas fier que rien ne fige
Là-haut dans le Tram qui voltige
Sur le skyline à l'horizon
Nous irons plus que de raison
Vers Manhattan et ses prodiges
Mais avant de nous embarquer
Viens, allons marcher sur le quai
Où l'East River roule une eau grise
Puis au bar assis côte à côte
Nous nous ferons porter des floats
Par le tamoul de chez Trelli's
(un sonnet par lieu, 7)
29 mai 2009
24 mai 2009
22 mai 2009
Je suis un fan des "Sopranos". Ceci est une réduction (au sens culinaire) , une concoction, une jivarisation parfaitement réussie. Les images défilent à toute allure. La voix tente de les suivre, elle y parvient, il y a cette sorte d'urgence qui fonce vers la fin inéluctable, qui accélère. J'ai aussi l'impression que c'est ainsi que notre mémoire fonctionne : nous n'avons certes pas retenu des "Sopranos" plus que ces 7 minutes, je veux dire que notre cerveau n' en a probablement pas enregistré plus - et probablement moins à mon avis- mais nous en mémoire le sentiment de la durée, cent cinquante ou deux cent heures en temps réel, huit jours. C'est très paradoxal. Si nous tentons dans notre tête d'arrêter la course folle des souvenirs de notre vie ou de la ralentir, d'y opérer une sorte de zoom temporel, de dilater la durée de tel ou tel épisode ou de tel moment nous ne retrouvons certainement pas plus qu'une seule image, agrandie certes, mais ne possédant en aucune manière plus d'information que celle contenue dans le pauvre chaînon d'un centième de seconde qui nous reste. Nous sommes tout à fait incapable d'y ajouter le moindre détail (c'est ce que Sartre explique dans "l'Imaginaire", je crois) et pourtant nous avons le sentiment de la pleinitude du moment. Nous avons la certitude de l'avoir vécu. Aucune preuve de cela, cependant. On pourrait tout à fait nous avoir "greffé" le dossier, nous faire croire que nous avons vécu alors qu'en réalité nous sommes une machine initialisée il n'y a que quelques secondes. Qu'est-ce qui prouve que nous ne sommes pas une série télé ou une machine vidéo ? Mais n'allons pas jusque là, foin de paranoïa. A l'âge où je suis arrivé, qui n'est pas si canonique que ça, je peux ainsi résumer ma vie : "Ciscoblog en sept minutes". Je peux "zoomer" à toute allure, d'avant en arrière ou d'arrière en avant quand je veux, faire défiler les images et les sons, quand je me brosse les dents devant le miroir de la salle de bain, sur les toilettes ou dans les embouteillages. Je suis même certain que je pourrais sans difficulté résumer toute ma vie en une seule page de 20 lignes de 60 signes et qu'on entendrait la même urgence que celle du commentaire des "Sopranos en sept minutes" Et vous ?
18 mai 2009
16 mai 2009
13 mai 2009
08 mai 2009
04 mai 2009

Quand je pense à tout ce qu'on aurait perdu si Flaubert avait écrit "Madame Bovary" sous Word 1857... (site extraordinaire, car loin de la magie de l'informatique (qui nous donne à voir tout ça) il y a un formidable travail "à la main", via CG)
01 mai 2009
Accroupi sur la jetée du phare vert
En marinière et salopette Hosh Kosh
Petit garçon minuscule gavroche
Il lançait son carrelet dans la mer
Le fier pêcheur - et moi j'étais son père -
m'apportait en courant parmi les roches
Les crevettes qu'à la ligne on accroche
Et que les poissons préfèrent aux vers
Terreurs de gobies bourreaux d'éperlans
Plus têtus encor que les goélands
Nous étions les rois, mon fils et mézigue
Une équipe un attelage un tandem
Sérieux et sages comptant sur nous-mêmes
Jamais plus heureux que sur cette digue
(un sonnet par lieu, 6)






